[Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres - Partie II

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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[Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres - Partie II

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Sur la rive les vagues nuageuses se brisent,
Les soleils jumeaux s'enfoncent derrière le lac,
Les ombres s'allongent
À Carcosa.

Étrange est la nuit des étoiles noires,
D'étranges lunes tournent dans le ciel,
Mais l'étrangeté est la plus grande
À Carcosa.

Les chants que les Hyades entonneront,
Sont rythmés par les loques du Roi,
Ils mourront sans être entendus
À Carcosa.

Chant de mon âme, ma voix est morte,
Je meurs sans t'avoir chanté
Mes larmes sécheront sans être versées
À Carcosa.






Pensée du Jour :
Pour ceux qui recherchent la perfection, il n’y a point de repos de ce côté-ci de la tombe.



815.M41.
Système Neustralia, 11 nuits terriennes après la sortie du point Mandeville.






Image


L’immensité noire de l’espace était étrangement rassurante. Même pour ceux qui n’étaient pas habitués aux voyages stellaires, l’horreur du voyage à travers le warp en pleine tempête donnait envie de retrouver l’abysse de vide et d’obscurité — tout était mieux que de revivre ce qui s’était produit.


Il y a onze jours, l’Indomptable Ravel, immense frégate de plus de vingt mille âmes, s’était retrouvé au bord de la perte éternelle entre les bras de l’empyrée. À bord, le chaos s’était saisi des cœurs et des corps de tout le monde. Agressions, viols, meurtres ; sur tous les ponts, l’être humain s’était changé en animal réduit à ses plus bas instincts, et on avait assisté dans chaque annexe et dans tous les résibloc à des scènes terrifiantes. Mais tout était rentré dans l’ordre. En faisant taire au maximum les rumeurs qui parlaient de pirates montés à bord, et qui auraient tué plusieurs dizaines de personnes à l’arme automatique — tout au plus la prévôté de bord parlait de passagers clandestins qui étaient devenus plus insanes que les autres. Pourtant, le prévôt-général du vaisseau avait décidé de donner sa démission, ce qui était un moyen poli et honorable de dire qu’il avait été licencié, c’est que quelque chose s’était bien produit.


Pour les quatre acolytes de l’Inquisitrice Astrid Skane, peut-être que la réalité de ce qui s’était produit à bord était plus saisissable encore. Mais dans la police secrète de l’Imperium, on apprend vite à ne pas divulguer d’informations, car il n’y a pas arme plus puissante qu’un secret. Theonus Wullis et Enkidu pourraient ressasser mille fois leurs souvenirs de l’assaut dans le Librarium, et leur découvert de l’Inquisitrice apparemment torturée par les preneurs d’otages — mais s’ils répandaient la moindre rumeur, on en remonterait vite à la commère originelle, et ça se punirait d’une balle dans la nuque. L’identité des preneurs d’otages était au moins connue du mécamancien Mora — Il avait eut le droit à une petite cérémonie menée par quelques technaugures des Lathès, qui lui confièrent officiellement ce rang dans le clergé de Mars, mais il ne pouvait se défaire de l’idée que cette promotion avait pour but de l’apaiser après qu’on l’eut abandonné mort et contaminé par les propres cosmomarines du vaisseau. Quant à la sœur de bataille, Séphone, elle avait laissé une partie d’elle dans l’Indomptable Ravel. Pour qu’elle continue de se rendre utile, on lui avait greffé un nouveau bras, et ouvert son cerveau afin de faire fonctionner le morceau de métal : en se contorsionnant devant un miroir, elle pouvait clairement voir la cicatrice à la base de sa nuque, où une entaille semi-infectée l’avait ouverte. Mais la douleur était encore vive, à peine calmée par les antibiotiques et le kodeia qu’on lui avait prescrit en cachets.


En somme, c’est ce pour quoi ils avaient signé. Même la poignée de main et le mot de félicitation que Wullis et Enkidu avaient reçu de la part de Masteel sonnaient faux — dans les globes oculaires scintillants du lexiconographe, il y avait une lueur de vice couplée à celle du lumen électrique ; personne n’était indispensable dans l’Imperium. Personne. Et il fallait s’en rappeler à chaque instant.





Mais enfin, dans la tapisserie noire dans lequel le regard se perdait, il y eut des couleurs qui n’étaient pas celles des lointaines étoiles et du soleil plus proche : une planète apparaissait et grossissait. Du bleu, vif, brillant. Et le lendemain, quand la navigation avait continué, cette petite tache bleue était devenue immense, et l’on voyait maintenant la trace d’un grand monde recouvert d’un magnifique océan.
Depuis la baie d’observation du quartier où résidaient les acolytes, plusieurs matelots en permission accompagnés de leurs familles s’étaient regroupés pour s’agglutiner devant la longue vitre, afin de mieux voir le nouveau monde sur lequel ils allaient peut-être marcher, au moins pour ceux qui n’étaient pas d’astreinte, ou trop terrifiés pour quitter la maison générationnelle qu’était devenu l’Indomptable Ravel. Il y avait des enfants sur les épaules de leurs parents, qui pointaient du doigt, et posaient en chuchotant mille questions. Plus étonnant encore, les quatre acolytes pouvaient voir qu’un des marins était un peintre : Debout sur une plateforme, une femme albinos aux cheveux blancs et crépus avait installé un chevalet, et elle peignait le monde sur une petite toile par aplats de couleurs qu’elle mettait par couches afin de donner un air très réaliste à ce qui s’offrait à leur regard, un moyen d’immortaliser à jamais leur contact avec ce monde.

Vu d’ici, Neustralia Prime était jolie. L’océan était parcouru d’une île gargantuesque et d’un continent pangéen, et l’on voyait maintenant qu’on était beaucoup plus proche les traces des nuages, le relief rocailleux des montagnes, le vert profond de forêts primaires, et, à la courbure de la Terre, vers le pôle, on voyait la fumée noire et le souffre d’un volcan actif. Tout semblait beau, et paisible.
Mais il y avait déjà une trace de contamination. Sur l’île principale, on voyait à l’œil nu une sorte d’immense cercle crénelé de lignes. Un gros cercle hideux de gris et de brun, qui marquait la surface du globe comme le fer rouge marquait le bétail — c’était la pseudo-cité ruche de Salbris, la construction récente d’un écosystème urbain rationalisé pour maximiser la production. Et tout autour, on voyait les stigmates de la fondation de cette cité ; sur cette île, contrairement au continent, il n’y avait quasiment pas de forêts, et le vert était en train de faire progressivement sa place au brun. Les manufactorum de Neustralia Prime poussaient et sortaient de terre en même temps que les immenses flèches de la ruche. Petit à petit, la cité grossirait, et cannibaliserait le continent, un ogre affamé qui se jetterait sur tout ce qui peut le nourrir. Ce gros cercle marquant cette magnifique planète terraformée, transformée à l’ère du Moyen Âge Technologique par le génie de l’être humain pour ressembler au monde originel de notre espèce, c’était un cancer métastasé. Bientôt, tout ne serait plus que ville, et désert de poussière exploité jusqu’au moindre millilitre d’hydrocarbure.
L’Imperium était en train d’élever ce monde si beau et si pur, afin que l’on puisse en sortir fusils, obus, artillerie lourde, chars d’assauts, et les millions d’enfants qui nourriraient l’Astra Militarum et les bras innombrables de l’Adeptus Terra.




L’Indomptable Ravel s’arrêta juste avant d’entrer dans l’orbite. Les vrais vaisseaux de l’Imperium étaient si immenses qu’ils ne pouvaient tout simplement pas se permettre d’entrer dans l’atmosphère d’une planète, seules les planètes les plus modernes ou les plus essentielles pour l’Administratum avaient les infrastructures titanesques permettant d’accueillir de telles embarcations — ce n’était visiblement pas encore le cas de Neustralia Prime. À la place, des dizaines de modules de transports et porte-conteneurs commencèrent à quitter la soute pour atteindre l’ozonosphère, et commencer les allers-retours pour débarquer cargo et passagers vers le spatioport principal de Hourtin. Lentement, les pilotes dirigés par Gereon Rath alignèrent le vaisseau dans le champ gravitationnel d’une des trois lunes de la planète, celle qui était truffée de barres de métal et de docks volants, afin que l’on puisse mettre l’Indomptable Ravel en cale et permettre sa réparation. Déjà, des centaines de machines s’agglutinèrent tout autour de la structure comme des fourmis autour d’une sucette laissée par terre, pour refaire des soudures, des rivets, et surveiller les impacts et les défauts tout le long de la coque sur laquelle un fils de l’Empereur avait éclaté une bouteille, quand ce navire était sorti des ateliers de Jupiter au 31e millénaire.


L’équipe d’acolytes avait été contactée par Masteel à la 4e période de rotation — mais il fallait maintenant se mettre à la page de Neustralia Prime et sa rotation quotidienne de 21 heures et 38 minutes terriennes : à en croire les sabliers astronomiques que des servitors reprogrammaient et retournaient, on était en début de matinée sur la planète. Le long de la baie d’observation, on pouvait voir, en contrebas d’une passerelle qui plongeait jusqu’à 50 mètres en bas, des scènes de personnes qui se préparaient au débarquement : des énormes conteneurs remplis de ressources, des militaires en uniforme de parade, des voyageurs pauvres qui s’agglutinaient par familles entières, en poussant les bagages sur des caddies tandis que des enfants jouaient bruyamment dans tous les sens. Dans les vox tout autour, on entendait une musique simple et calme, religieuse, venant de la station-radio du vaisseau, parfois entrecoupée de prières et de sermons intelligents rappelant l’importance de la discipline et de l’obéissance.

Alors que les acolytes attendaient patiemment, quelqu’un vint enfin les trouver : Rorich Peyrilhac, en équipement complet, accompagné d’un servitor chenillé qui roulait derrière un wagon à bras. L’adjudant-chef s’arrêta devant eux et avec un ton braillard, lança un simple :

« Allez, on se bouge le cul — la libre-marchande atterrit dans deux heures et donc ça va devenir impossible de sortir du spatioport. Elle a prévu un énorme défilé jusqu’au palais royal, ça sera bouchonné comme pas permis.
Je vous dégage sur place et vous pourrez vous mettre au boulot. Vous avez pas intérêt à oublier quoi que ce soit à bord, on est pas sûrs de repartir par le Ravel. »


Les acolytes savaient déjà que s’ils avaient de dernières choses à faire à bord, ces derniers jours étaient l’ultime moment pour. Aussi, tous les quatre suivirent Masteel et grimpèrent avec leurs paquetages et effets personnels dans le wagon. Le servitor put alors redémarrer, et permettre ainsi aux serviteurs de l’Inquisition de traverser tout le hall principal, où partout autour d’eux, la fourmilière s’agitait, de la cave au plafond, par centaines, sinon milliers de manœuvres et ouvriers tous attelés à une tache, flanqués de servitors et servo-crânes volant, roulant, et marchant par colonnes entières partout où le regard se posait. Une libre-marchande était avant tout une marchande, et ainsi, alors que le wagon passait à travers le hall, les acolytes pouvaient voir tout ce qui se chargeait dans les conteneurs, les immenses quantités diverses et variées de marchandises convoitées par une planète : il y avait là des biens de luxe, des soieries fines alignées en draps fins qu’on compartimentait dans des boîtes traitées contre les insectes, des bouteilles faites en pierre précieuse contenant des alcools multicolores, des bijoux élégants qui agrémenteraient les robes des puissants de ce monde, des parfums, des cosmétiques en coffrets au détail, des souliers en cuir d’animaux xenos chassés sur de lointaines planètes. Mais il y avait aussi d’énormes barils puants remplis d’hydrocarbures, du prométhéum sécurisé pour éviter une explosion, des boîtes pleines de cristaux pythosiens. Il y avait de l’outillage issu de mondes-ruches et de mondes-forges, des blocs prêt-à-l’emploi de lithobéton, que des servitors bossus et à moitié cassés chargeaient sur leur dos. Il y avait des armes, alignées sur des racks, et puis, des outils électroniques, étiquetés et soigneusement rangés. Assez de ressources étaient stockées sur ce navire pour faire la richesse d’une planète pour quelques années, et il n’y avait qu’à marcher quelques minutes pour comprendre d’où venait l’immense puissance des libres-marchands.



Enfin, le wagon s’arrêta devant une baie d’embarquement. C’était une sorte de grand hangar rempli à ras bord d’engins volants de toutes les tailles : des navettes de transport, des bus volants pour passager, des modules d’abordage et d’observation, quelques intercepteurs Furie, et pas mal d’ADAV Valkyrie ou Vautour pour le soutien orbital. La maison Selleniz avait ainsi sa petite force aéronautique privée, sans doute fort utile pour les campagnes militaires contre les Xenos encore méconnus de l’étendue de Koronus, le morceau d’espace adjacent au secteur Calixis où l’Imperium ne faisait pas encore totalement sa loi.

Rorich mit le pied à terre et ramassa ses affaires. Il continua à marcher suivi des quatre acolytes, jusqu’à ce qu’ils atteignent une navette orbitale dont la soute était en train d’être surchargée de matériel. Devant, deux personnes étaient en train de discuter : Ndiame Masteel, les mains dans le dos, et l’Inquisitrice. Astrid Skane avait troqué ses beaux habits d’aristocrate pour une tenue qu’elle avait plus habituellement — une grosse armure carapace de flic d’intervention, dont les symboles de l’Adeptus Arbites, la maréchaussée impériale, avaient été remplacés par le « I » Inquisitorial. Skane semblait en pleine forme, elle n’avait pas de stigmates du voyage à travers le warp. Et pour une fois, au lieu de passer par ses subalternes, elle décida d’approcher les acolytes directement pour leur parler.

Bien que « parler » soit un bien grand mot. Elle fit de grands pas devant les acolytes qui se placèrent instinctivement au garde-à-vous, et leur lança juste en les pointant du doigt :

« La police de Salbris a récupéré un nouveau cadavre mutilé ce matin ! C’est la dix-neuvième victime connue du ou des assassins qui sévissent dans la ville !
Ce crime représente une rare opportunité de pouvoir étudier un cadavre directement au lieu de passer par les rapports des prévôts — l’acolyte-medicae Sand est déjà en route, dès que vous avez posé le pied sur le spatioport, vous irez le rejoindre ! »


Et sans rien dire de plus à leur attention, la voilà qui partait pour prendre Rorich à part. L’adjudant-chef et elle s’éloignèrent un peu pour parler à voix basse. C’est le bureaucrate, Masteel, qui s’approcha les mains dans le dos pour offrir plus d’explications.

« Cette navette de transport appartient à la libre-marchande Selleniz. Comme des dizaines d’autres, elle transporte matériels et passagers au spatioport principal de l’île de Hourtin. Une fois débarqués au spatioport, je vous ai réservé un passage via un train maglev de la force de défense planétaire, qui vous amènera directement à Salbris. Il y a apparemment… Beaucoup de troubles sur la planète. Une guerre civile a été déclenchée par des populations de second ordre sur le continent principal, et la conscription a été ordonnée pour plusieurs centaines de milliers de Neustraliens. Vous risquez de trouver une ville encore plus agitée et bouillonnante que prévue.
Une fois débarqués à la gare militaire, j’ai arrangé la location d’un véhicule qui vous appartiendra à tous les quatre. À partir de là, vous recevrez vos ordres de Sand, mais il va falloir vous attendre à travailler en solitaire. Sand n’est pas tellement quelqu’un de très… Doué pour travailler avec d’autres gens. »

Il marqua une petite pause visiblement gêné.

« Le comm-vox de l’acolyte Enkidu vous permettra de rester en contact avec moi tant que l’Indomptable Ravel est en orbite, mais nous allons bientôt être déployés au palais royal et je ne pourrai pas être joignable tout le temps, il faudra donc vite que vous vous débrouilliez seuls. Si vous contactez l’Indomptable Ravel pour demander le renfort de l’équipe d’assaut Glaive 3, sachez que votre indicatif officiel est : Luciole Rouge.
Vous êtes des acolytes de l’inquisition, c’est officiel et vous avez un papier pour le prouver. Mais n’utilisez pas inutilement le nom de l’institution ou de maîtresse Skane. Officiellement, vous êtes juste les assistants d’un détective privé. Vous ne pourrez pas vous balader à Salbris avec toutes vos armes et votre équipement de protection sans être questionnés par la police, et j’aimerais autant que vous fassiez preuve de discrétion — n’utilisez la force que si c’est la meilleure option. »


Il marqua à nouveau une pause, et d’un coup, son ton changea : il arrêta de garder ses mains dans son dos, et son ton fut soudain un peu plus acerbe.

« C’est votre première opération. L’inquisitrice Astrid Skane lira le débriefing en personne. Vous serez jugés sur beaucoup de critères, et il va sans dire que l’échec n’est tout simplement pas une option.
Nous avons suffisamment investi en vous, maintenant, il est temps pour vous de rendre à l’Imperium ce que vous lui devez.
Si vous avez des questions, c’est maintenant ou jamais. »
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Reinhard Faul
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres - Partie II

Message par Reinhard Faul »

Tout s’est passé très vite, et sur le coup je n’ai pas réfléchi à grand-chose. Tirer sur un type, puis tirer sur un enfant qui tenait une grenade (il a explosé), sauter, ne pas glisser sur une flaque de sang, courir, l’Inquisitrice est par là, tirer…

Puis c’était fini.

Les plus fins observateurs d’entre vous auront remarqué que l’adjudant-chef Rorich Peyrilhac m’a mis une grosse droite dans la figure parce que j’ai failli tuer le précieux otage, mais ça vaut à peine le coup de le relever. C’est pas grave. Tu crois que c’est une punition ça ? En réalité c’est à peine une reconnaissance que j’ai un peu merdé sous le coup de la panique. J’ai déjà oublié.

La seule petite concession que j’ai fait à mon cerveau fatigué après tout ça, une fois que l’Inquisitrice était sécurisée, qu’il fallait ramasser les cadavres, ranger le bordel, et que moi et Wullis on était aussi utile qu’un chien dans un jeu de quille, c’est de demander d’une voix étrangement plate si je pouvais aller aux toilettes. Luvarn m’a dit oui. J’ai couru comme jamais jusqu’aux sanitaires les plus proches – grâce soit rendue à l’Empereur, je savais où elles étaient dans cette partie du vaisseau -, j’ai ouvert la porte de la cabine d’un coup d’épaule, balancé mon casque avec le Vox et la caméra dans le coin le plus éloigné et je me suis enfermé dedans une demi-heure pour une petite crise de nerf bien méritée. Des fois, faut décompresser. J’ai vomi et pleuré très fort à cause de la peur de mourir et des gens que j’ai tués, ce genre de bêtise qui n’intéresse personne. Modérément apprécié de voir un enfant partir dans toutes les directions à la fois, pour être honnête.

Ça m’a fait du bien, et j’ai pu reprendre le cours de ma vie comme si de rien n’était. On nous a enfermé dans nos cellules Wullis et moi pendant quelques jours – même pas eu le temps d’échanger un mot, mais c’est pas comme si j’en avais envie. On passe souvent très vite sur ce genre de non-événement dans la narration, « il a été enfermé dans une pièce pendant quelques jours », alors que ça attaque bien le mental de rester des heures et des heures sans rien faire, sans télé, sans bouquin, sans personne à qui parler (et sachant que ma chambre est bien sûr filmée). Heureusement, j’ai du métier en matière d’incarcération et je parviens à garder le contrôle de mes nerfs aussi facilement que je peux prononcer le mot « dissocier ».

Le débriefing a été bien plus éprouvant, pour être honnête.

Le début, ça allait, c’était standard, je connaissais. On m’a fait rentrer dans une pièce aux murs vides, il y avait Luvarn et Masteel. Bien sûr, je n’ai aucune idée de pourquoi je suis traité comme un criminel alors que je n’ai rien fait de mal, mais c’est l’expérience basique de n’importe quel membre de l’Adeptus Terra.

Il y a une table, des parchemins dessus, de l’encre, et une tablette de données avec mon Dossier. Tu sais, le fameux Dossier qu’ils ont sur toi. Le mien est copieux parce que je suis un Psyker, mais il y a un tas de raison d’avoir un Dossier plein de détails et je suis loin d’être la personne la plus intéressante de l’Impérium. Situation angoissante donc, mais qui le devient moins parce qu’à mon arrivée, Masteel est en train de frénétiquement appuyer son doigt sur la tablette de donnée tout en déclarant d’un ton agacé :

« Je n’arrive pas à fermer la fenêtre ! C’est coincé sur le volet médical et il me demande la date de ses dernières règles ! »

Je connais, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Ni à moi ni à plein d’autres gens. Les tablettes de données n’aiment pas beaucoup les humains bizarres. Tant que tu es un Garde basique avec deux bras et deux jambes, tout va bien, mais dès qu’on sort des sentiers battus ça ouvre la porte à tout un tas d’exceptions, de circonstances uniques et donc d’impuissance face à l’Esprit de la Machine. J’ai que du respect pour ça, et mon respect est d’autant plus grand que je ne pige rien à la technologie et que ça me fait un peu peur. Néanmoins c’est pas la première fois que je perds du temps à cause de ces conneries, donc je déclare le plus respectueusement possible :

« Euuuh, si vous allez dans paramètres, puis affichage pour passer en mode… »

Luvarn me coupe :

« Tais-toi ! »

Mais je vois bien depuis l’autre côté de la table que Masteel va où je lui ai dit d’aller, coche et décoche plusieurs cases au hasard afin que la relique sacrée arrête de s’intéresser à mon cycle menstruel. On peut passer au dur. L’Interrogateur m’ordonne :

« Assieds-toi. »

Je m’assieds. J’ai aucune idée de ce qu’on me veut. C’est la première fois que je tue pour l’Empereur, la première fois que je traverse une tempête Warp et je n’ai aucune attente spécifique pour la suite des événements. C’est terrifiant.

On m’a juste posé des questions en réalité, plein de question, des heures durant, pendant que Luvarn fouillait dans mon esprit avec la discrétion d’un phacochère sous amphétamine. Difficile de décrire ce que ça fait. Imagine qu’un type que je connais à peine rentre, baisse mon pantalon, et tienne mes couilles dans sa main. Il ne me fait pas mal intentionnellement, mais la sensation de vulnérabilité est assez massive. Sans parler de l’offense à ma pudeur, évidemment.

Au début, les questions étaient assez normales. Qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai vu, est-ce-que j’en suis sûr ? Déjà, cette partie-là a duré plusieurs heures. Même en étant un bon petit soldat, je suis épuisé et nerveux bien avant que ça finisse. Ensuite, presque sans que je m’en rende compte, Masteel est sorti de la pièce et l’Interrogateur m’a posé des questions plus… précises. Beaucoup autour du dysfonctionnement du Champ Gellar. De mon ressenti autour de ça. Tout en fouillant copieusement dans mes souvenirs et mes émotions, bien sûr. Mal à l’aise recouvre difficilement ce que je ressens en la circonstance. Je n’ai rien fait ! Je ne les ai pas écoutés ! Ils m’ont vu, mais ils ne m’ont pas trouvé ! En même temps il truffe ça avec les questions et les tests standard que j’ai déjà subi des milliers de fois sur Sainte-Terra et Malfi pendant les visites médicales obligatoires. Il y en a plein, sans doute autant qu’il y a de démons dans le Warp, donc c’est difficile à décrire, mais je peux donner des exemples.

On me montre une photo de cadavre humain mis en pièces et on me demande si c’est bien (la bonne réponse est « ça dépend si c’est un hérétique ou pas »). On me demande si, au milieu des Voix, j’entends celle de l’Empereur (celle-là c’est un piège, bien sûr que je ne suis pas digne de l’entendre). On me fait tenir une espèce de poignée en métal relié à une machine, puis on m’ordonne d’allumer mon tatouage électronique (me demande pas à quoi ça sert je ne sais pas). Un tas de trucs. De temps en temps Luvarn sort une petite dinguerie qui n’a pas d’autre but que de me faire craquer, par exemple :

« Tu as vu l’Inquisitrice en sous vêtement et blessée, est ce que ça t’as excité sexuellement ? »

Il m’en faut plus pour perdre la tête, je réponds d’un ton calme :

« Non. »

J’aurais pu répondre oui, c’est pas ça qui compte, tant que je ne mens pas. L’important c’est de ne pas ressentir d’émotion violente, et l’outrage en est une. La honte aussi. Le Warp se nourrit de ça, donc la seule attitude raisonnable est d’être mort à l’intérieur et tout vide. Je m’y efforce, c’est pas facile.

Enfin jusque-là je m’en sortais bien, jusqu’à ce que Luvarn, l’air las (lui aussi doit être fatigué), me demande d’un ton ennuyé tout en tapotant la tablette de donnée :

« Ta maîtrise de l’Ailleurs a augmenté. Un petit peu. Tu ne l’as pas senti ? »

Là j’ai écarquillé les yeux d’horreur et j’ai failli perdre mon cool. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour moi. Comme si on m’annonçait après dix ans de cancer qu’il a décidé de métastaser, mais c’est super parce que je peux balancer de l’acide avec les yeux ou je ne sais pas quelle connerie. J’ai failli protester. J’ai failli dire que ce n’était pas possible, parce que ça faisait plusieurs années que ça stagnait, et on a jamais vu un type dont les pouvoirs s’éveillent aussi tard que moi devenir « plus puissant ». Que c’est pas juste. Que je tiens beaucoup à mon plan de carrière de sbire en arrière-plan, que j’ai aucun besoin de plus de Warp merci bien. S’il vous plaît s’il vous plaît enlevez-moi ça. Empereur-Dieu, je ne sais pas si j’ai la force de mettre ma souillure à Votre service, et que Votre Grâce décuple mes forces naturelles ; car, au spectacle de ces monstres, je puis mourir de peur. On meurt à moins.
Je réponds d’un ton calme :

« Non, mais mes talents restent au service de l’Impérium.

- Très bien, on a fini. »

C’est après ça que j’ai eu la poignée de main, les félicitations, et l’argent. J’étais content, mais je me sentais un peu sale aussi. Enfin peu importe, j’ai pu retourner à ma petite vie – où je m’ennuie beaucoup, pour être vraiment honnête.

C’est… solitaire, la vie de Psyker quand tu es le seul dans ton cas au sein d’une équipe. Et personne ne me demande de soigner des gens, parce que personne n’a envie de me fréquenter à peine quelques jours après un incident du Champ Gellar. L’avantage c’est que je n’ai jamais à chercher de place pour m’asseoir à la cafeteria et qu’on ne me bouscule jamais dans les foules. J’apporte partout mon propre cercle dénué de gens, ça se fait tout seul. Effectivement, peut-être que Wullis, cette âme simple, aurait pu me parler de la pluie et du beau temps à l’occasion, mais ça impliquerait que j’arrête de bouder et de lui lancer des regards furieux. Ce fils de pute a eu une lettre de félicitations ! Pour avoir sauvé des stupides membres d’équipage de merde qui servent à rien ! Je pourrais m’en bouffer les couilles de jalousie – même si je serais un peu inquiet que la libre-marchande connaisse mon nom. Et lui il a le droit de discuter avec des putain d’arbres ! Moi si je le fais j’ai pas fini d’en entendre parler. Gneugneugneu je suis Wullis j’ai le droit de parler aux autres Gardes et avoir des amis regardez-moi je sauve des gens. SALE MERDE VA.

Mais c’est vrai qu’on était quatre acolytes, et même en étant très narcissique je suis curieux de savoir si ils sont vivants ou morts. Personne ne m’a rien dit. Comme j’avais un peu de temps à tuer… j’ai décidé de les chercher. J’ai commencé à la première place qui m’est venue en tête, la plus logique, le secteur Medicae.

T’imagine l’état où il est.

Évidemment qu’une gentille dame à l’accueil ne m’a pas renseigné sur Sephonus ou Mora. Il n’y a pas de gentille dame. Ni d’accueil d’ailleurs. On est pas dans une boutique de luxe sur Malfi mais dans le secteur Medicae d’un vaisseau qui vient de subir un…. Un problème. Du sang, des odeurs, des mourants – et encore je suis gentil, je suis à peu près sûr d’avoir vu un ou deux cadavres – posés dans les couloirs comme des paquets de linge sale. J’ai failli glisser dans du vomi. J’ai reconnu un des cosmomarines présents lors de l’assaut du Librarium en train d’arracher des bandages raides de souillures de son ventre en pleurant. J’ai parlé des odeurs ? Oui, mais là encore ce n’est qu’un mot. Ça ne rend pas justice à la sensation physique d’avoir des particules de merde en train de remonter dans mes sinus. Comment retrouver quelqu’un dans un chaos pareil ?

Bah ça prend du temps. Heureusement c’est pas comme si j’avais autre chose sur le feu en attendant d’arriver à Neustralia Prime – le Warp nous a vomi à de nombreuses rotations de notre destination. Mis à part les services religieux et la salle de sport, je n’ai rien à faire et personne à qui parler. Donc je me renseigne auprès de gens blessés et malades pour savoir si ils ont vu deux acolytes de l’Inquisition, une dame chauve avec des dents en métal et un membre de l’Adeptus Mechanicus avec une canne, deux servocrânes et un bras en moins – heureusement que les collègues sont riches en détails physiques intéressants.
J’ai retrouvé Sephonus en premier.

Au moins elle est dans une chambre à peu près propre et toute seule… si on essaie de voir le verre à moitié plein. Sa douleur physique impacte mes sens les plus mystiques dès que je m’approche d’elle, et y a une raison logique et flagrante pour ça : elle a perdu son putain de bras. Elle a une prothèse à la place, je la reconnais… elle appartenait à feu le pirate qui a pris l’Inquisitrice en otage. Je me demande si ce détail horrifierait Sephonus, mais je n’ai sans doute pas le droit de lui dire. On m’a dit de bien passer sous silence ce que j’ai fait pendant le saut Warp – comme si il y avait besoin de me prévenir !

Enfin ça me fait un choc de voir la pauvre Sœur de Bataille dans cet état. Personne n’a l’air fringant après une blessure pareille, et la douleur est terrible – je le sais parce que je la sens. J’aurais le pouvoir de l’atténuer ; je ne lui propose pas. Socialement, ça serait comme si je lui offrais de lui pisser sur le visage pour la rafraîchir pendant une canicule. Le remède est pire que le mal.

Mais c’est costaud une Sœur de Bataille, c’est impressionnant. Je sais qu’à sa place, je serais au moins en train de gémir. Elle, elle me sourit faiblement et répond à mon bonjour. J’avais apporté un des catalogues de matériel militaire,, parce que je sais ce que ça fait de se faire abandonner comme un paquet de merde dans une chambre quelque part avec absolument rien. Et qu’est-ce que ça aime, les Sœurs de Bataille, pour ce que j’en sais ? La religion (et je suis, par nature, défavorisé à ce niveau-là), et tuer les gens. En plus c’est la seule lecture que j’ai sous la main. En tout cas je suis assez fier d’avoir pensé à apporter un truc, d’autant que c’est ma seule bouée de secours pour gérer le moment social gênant d’être en présence de quelqu’un qui est bien bien dans la merde.

D’abord je me renseigne sur les courses que je lui avais demandés, on a parlé un peu de ça – mais honnêtement avec tout le bordel ça m’est un peu sorti de la tête. Ensuite elle me demande, inquiète, si elle pourra encore faire des gâteaux… honnêtement j’ai failli perdre pied à ce moment-là, ça a duré une seconde, mais j’ai été super triste. De vagues souvenirs de ma sœur aîné en train de faire la cuisine m’ont attaqué en traître et je les ai chassés très vite. Certaines choses sont interdites. J’ai bredouillé une citation religieuse et Sephonus a eu l’air satisfaite. J’ai hoché la tête. C’est bien d’être religieux, et je me sens naturellement un peu merdeux devant une Sœur de Bataille qui a forcément dix longueurs d’avance sur moi dans le domaine. Je me suis évidemment demandé pourquoi cette Sœur-là n’est plus avec le reste de ses copines là où euh… bah où elles bricolent leurs trucs quoi (je suis pas très renseigné à ce sujet). J’imagine que ça serait très indélicat de demander. Je n’aimerais pas qu’on me pose ce genre de question, moi.

Donc puisqu’on a pas le droit de parler de ce qui s’est passé pendant le saut Warp, de nos passés respectifs, de nos émotions, de nos loisirs (j’en ai pas, et je ne sais pas cuisiner du tout), bah ça écrème pas mal les sujets possibles qu’on peut aborder dans un lit d’hôpital. Heureusement, le catalogue de matériel militaire est là pour me sauver. J’ai reçu de l’argent pour mes services et j’ai passé littéralement des heures à feuilleter ce fichu truc, donc je raconte à Sephonus tout ce que je vais acheter. Je lui parle aussi de ce que j’aimerais acheter, et j’écoute ses opinions en la matière, mais la pauvre est affaiblie et j’aime beaucoup le son de ma voix donc sans m’en rendre compte je l’assomme de bavardages. Faut dire aussi que j’ai pas eu une simple conversation amicale depuis que j’ai quitté mes collègues sur Malfi, donc ma solitude déborde un peu.

Mais même en étant très bouché j’entends dans ma tête lorsque Sephonus a trop mal et est très épuisé pour prendre plaisir à ma présence. Je me retire donc.

Bon, où il est passé le petit Mora ?

J’aurais pu passer ma vie à le chercher sans le trouver, parce que va savoir pourquoi, il s’est foutu dans un hangar à munition. Pas n’importe lequel : là où il y a eu des « incidents ». C’est un de ses collègues qui m’a indiqué (avec beaucoup de répugnance) qu’il l’avait vu traîner dans ce coin-là.

Je devrais pas être là. Les gens qui travaillent ici me regardent d’un air suspicieux. Pourquoi je me promènerais là où des pirates ont attaqué ? Quand on me demande je réponds honnêtement que je cherche mon collègue. Le nettoyage n’est pas fini et le secteur n’est pas fonctionnel. Ça sent bizarre, une odeur chimique acide et presque douloureuse que je n’identifie pas exactement. Les machines font des bips et clignotent des alarmes que je ne comprends pas, ce n’est pas mon domaine. Je n’aime pas fouiner là où je ne devrais pas.

C’est assez insolite, j’ai trouvé mon malheureux collègue dans le noir, tout seul, en train de regarder une flaque de vomi par terre. C’est pareil que Sephonus, sa douleur physique m’est très vite perceptible, même si je n’ai aucune idée de l’étendue de ses blessures (à vrai dire, je ne connais pas non plus la couleur de ses cheveux où même le nombre exact d’organe qu’il possède encore, c’est cachotier un membre de l’Adeptus Mechanicus pour ces choses-là). Il sent… plus mauvais que d’habitude. Je veux pas juger, mais d’habitude l’odeur d’encens couvre à peine celle de la boucane, et là visiblement il s’est roulé dans un produit chimique quelconque qui empire encore le phénomène. Vu ça et les nociceptions que je reçois, je dirais qu’il a été pris dans un feu provoqué par un truc technologique, mais je ne suis pas sûr. Ça ressemble à des brûlures en tout cas.

Donc j’essaie de lancer du bavardage mondain qui détend l’atmosphère, mais c’est vraiment pas facile. C’est très mystérieux l’Adeptus Mechanicus pour le neuneu standard qui vient de sa petite planète dans le trou du cul du monde. On ne m’a pas expliqué grand-chose, seulement qu’il ne fallait pas poser de question parce que ça énerve l’Esprit de la Machine quand un profane vient foutre sa merde dans ce qui ne le regarde pas. Comme tout le monde, j’ai hurlé de terreur et j’ai fait des cauchemars après avoir vu mon premier servitor. Comme tout le monde (et peut-être un peu plus que tout le monde), je ne conçois pas que s’arracher un membre et le remplacer par un morceau de métal soit mieux que la version naturelle. Que ça dépanne, que ça soit parfois indispensable ou que ça permette de servir l’Imperium à un niveau au-dessus, je le conçois parfaitement, mais je sais aussi que les humains sont conçus pour vivre dans la chair. Si le bras peut saisir un objet par réflexe, sans définir à chaque seconde son cap et sa place dans l’espace, c’est parce que le cerveau a des milliers de circuits automatiques qui fonctionnent en arrière-plan pour que ça marche. Par des procédés mystérieux, les membres les plus dévoués de l’Ad Mech se contentent de s’asseoir là-dessus.

Et le pauvre petit Mora, bah… visiblement, il couve un truc. Je peux pas dire mieux parce que entre le respirateur, la capuche, et sa posture bien orthopédique je suis incapable de savoir si il est content ou dans les abysses du désespoir. J’essaie de lui parler de ses servocrânes (énorme échec), je lui donne des nouvelles des collègues, et j’arrive enfin à l’accrocher avec la prothèse de Sephonus. Enfin, accrocher… j’ai rien à en dire parce qu’il me pose des questions dont je n’ai pas les réponses. Le modèle ? L’entretien ? Les rites ? De quoi ? Putain, aucune idée.

En plus Mora il me fait peur, il se gratte jusqu’au sang. Puis pourquoi il vient regarder une flaque de vomi tout seul dans le noir ici ? Il faut pas être grand clerc pour comprendre que quelque chose pendant le saut Warp l’a secoué. Mais si il se promène ici, c’est que des médecins l’ont jugé apte au service non ? Bon, il faut être tolérant. Les Psykers ont pas le monopole de la bizarrerie, et des fois ça vaut le coup d’être euh… sympa. Oui je sais c’est très exotique comme concept pour moi aussi.

Donc j’essaie de lui suggérer que, peut-être, il serait mieux dans un lit qu’ici tout seul. Il m’annonce qu’il va avoir une petite cérémonie de son culte. Une cérémonie d’élévation. Je ne sais pas ce que c’est, et je ne peux pas demander, mais vu le nom ça doit être… bien ? Je le félicite de euh… s’élever, j’imagine, mais il en a rien à foutre. Comme ça, sorti de nulle part, le petit Mora me parle du Warp. Plus exactement : de la possibilité de mourir dedans. Putain de merde, faudrait que je lui dise d’arrêter de faire ça. J’ai aucune envie de penser à la possibilité d’être submergé par l’Ailleurs, c’est le pire truc qui pourrait m’arriver, de loin. À lui aussi d’ailleurs, même si il n’a pas la possibilité physique de s’en rendre compte. Il me fait peur.

Et c’est là qu’il y a eu… l’incident.

Je sais pas ce qui lui a pris, je lui ai dit je sais plus quelle banalité. J’essayais de le recadrer sur notre prochaine mission, je crois. Lui rappeler qu’être zinzin c’est sur le temps perso. La base. Et là, sorti de nulle part, il a eu ses vapeurs et il a flippé tout seul. Sauf que moi, je savais pas qu’il flippait. Il s’est mis à faire des bruits de machine bizarres et indiquer un trou dans le plafond. Le trou, je sais pas ce qui l’a provoqué, mais il est évident que c’est un reste des combats qui ont eu lieu. Mon explication évidente est que Mora a vu un pirate dans ce trou, un qui aurait échappé à la sécurité du vaisseau.

Je fais ce que n’importe qui aurait fait à ma place : je sors mon arme et je couvre l’orifice avec ma visée. Mes sens sont aiguisés par le flot d’adrénaline qui me submerge. Pour moi aussi la semaine a été longue, j’ai eu peur de mourir, j’ai vu plein de cadavres, on m’a tiré une balle dans le ventre et j’ai dû continuer à courir, sauter et parler. Y a un télépathe qui m’a molesté le cerveau pendant plusieurs jours. Enfin bref, tout ça pour dire que quand je me suis rendu compte que ce putain d’enculé de Mora de merde savait pas gérer son stress post-traumatique tel un enfant de cinq ans j’ai honnêtement failli coller ma main dans sa gueule.

Normalement je n’ai pas le droit d’exprimer d’émotion trop violente, mais là j’ai opté pour un compromis entre mon envie de le frapper et maintenir mon calme : je lui ai hurlé dessus.

« Putain ! Tu... TU FAIS CHIER. Tu sais ce que je risque, moi, si je m'amuse à tirer sur des trucs qui existent pas et câbler pour rien ? MERDE. »

Au moins, il a eu l’air de se rendre compte de sa connerie, il s’est excusé. J’ai voulu lui faire la morale – normal quoi – et il s’est mis à faire des bruits bizarres et à s’enfuir. C’était un peu rigolo d’ailleurs, parce que vu qu’il est blessé j’aurais pu l’attraper par le bras ou lui faire une balayette à n’importe quel moment. Je l’ai laissé partir. Déjà parce que je n’ai pas le droit de perdre le contrôle de mes nerfs et cogner les gens pour me défouler, ensuite… pour accomplir quoi ? Rien. Donc je me suis contenté de le traiter d’inadapté social (c’est la version polie) dans ma langue natale pendant qu’il s’enfuyait.

Ça, ça va sans doute être un problème sur Neustralia, mais je ne peux rien y faire.

Leur convalescence, à Mora et Sephonus, a été plutôt courte en tout cas parce qu’à peine trois jours plus tard bah c’était l’heure de descendre. On est en orbite, ça y est. Après ma rotation de repos je me suis levé, sorti de ma cellule, et par la baie d’observation j’ai vu une gigantesque boule bleue. C’est donc ça une planète ! C’est drôlement joli ! J’ai poussé un petit cri de surprise quand je me suis rendu compte que l’espèce de machin blanc qui flottait, bah c’était les nuages vu du dessus. J’y aurais jamais pensé, mais c’est logique… j’envie les enfants à côté de moi qui peuvent poser des questions à leurs parents, j’aimerais bien faire la même chose. J’envie aussi la dame qui a des petits pinceaux et tout. Elle est en train de peindre la planète sur une toile. Je l’observe de loin avec une jalousie dévorante. Moi aussi j’aimerais bien bidouiller des trucs, mais j’ai pas le droit. Personne, absolument personne, n’aimerait que j’expose mon monde intérieur ou mon imagination comme ça. Ça me pourrit même un peu mon plaisir de regarder le décor, d’être aussi jaloux. Je tourne les talons et je vais rejoindre le pont principal, où les autres doivent m’attendre.

Après avoir esquivé mille servitors en train de déplacer des trucs, observé avec envie des marchandises luxueuses, mis un coup de poing à un enfant qui me fonçait dessus – pas de toute ma force, je suis pas un barbare, juste assez pour lui mettre un hématome et le dissuader de recommencer quoi – et marché vingt minutes, j’arrive à mon poste où les chefs sont pas encore arrivés. Je pose mon barda à mes pieds. C’est le même cirque que d’habitude, j’attends debout sur place qu’on ait le temps de s’occuper de moi. C’est long. Je salue mes collègues d’un hochement de tête le temps qu’ils arrivent.

L’adjudant-chef nous fait grimper dans un wagon qui nous conduit au quai d’embarquement. Là se trouve Masteel et l’Inquisitrice. Cette dernière semble totalement remise de la prise d’otage. Elle nous parle de la mission : il y a un cadavre neuf à se mettre sous la dent. Sinon pas tellement de nouvelles en plus, mis à part qu’il y a une guerre civile sur la planète. Pour ce que j’en sais, c’est l’état normal d’une civilisation (il y en avait toujours une en cours sur mon monde natal) donc je n’en pense pas grand-chose.

Le seul truc qui me fait tiquer, à vrai dire, c’est qu’on nous demande de faire preuve de discrétion tout en gardant nos affaires avec nous et sans nous fournir de vêtements civils. Je ne comprends pas comment on est censé faire, mais j’ai aussi très peur de poser la question. Peut-être que je suis censé la poser ? Et si on m’engueule ? Masteel c’est le seul qui ne m’a pas engueulé, traité de sorcier ou collé une droite jusque-là, mais ça me semble quand même une faille logique énorme. Je sais qu’on est l’équipe secondaire d’acolytes parce que la principale est en train de faire autre chose, peut-être qu’on a tout simplement oublié de nous fournir des vêtements civils. Peut-être qu’il y a un arrêt prévu pour ranger nos affaires et se changer, et que je vais passer pour un crétin. Mais j’ai vraiment pas envie de me faire lapider dans la rue ou finir en prison… je lève timidement la main, terriblement mal à l’aise :

« Euh, excusez-moi monsieur, peut-être que j’ai mal compris mais… on nous demande de faire preuve de discrétion et euh… enfin on est très reconnaissable et l’adjudant-chef nous a demandé de prendre tous notre matériel avec nous euh… je ne comprends pas comment on est censé s’y prendre. »

Évidemment je suis mort à l’intérieur de suggérer qu’on aurait oublié le détail de se trimbaler avec un longlas en bandoulière en matière de discrétion, mais je préfère ça qu’être mort tout court.
Natus est cacare et abstergere coactus est.
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Lien Fiche personnage: Ici

Stats :
Voie du sorcier de Nurgle (Profil avec empreintes occultes et mutations)
For 9 | End 14 | Hab 10 | Cha 6 | Int 15 | Ini 10 | Att 10 | Par 9 | Tir 9 | Foi 8 | Mag 18 | NA 3 | PV 140/140

Mutations/marques :
Nuages de mouches : -1 ATT/PAR/TIR/INI pour toutes les personnes à moins de 6m
Plaies suppurantes : 1d3 dégâts retranchés à chaque blessure
- Morsure Venimeuse : Poison hallucinogène
- Hideux (Effet : Peur)
- Organe du Chaos (-1 CHA/HAB, +1 END, +5 PV)
Pourriture de Neiglish : Porteur sain
Protection de Papy : 2d4 PdC à chaque critique en incantation
Grimoire :

- Lumière : À appliquer sur un objet ; Fait de la lumière pendant 1h
- Flammèche : Petite étincelle au doigt pendant une minute
- Météo : Connaît la météo prochaine
- Repos : Peu faire se détendre quelqu'un

- Infestation de Nurglings : 24m / 1d4 tours / Projectile magique. Une fois qu'une personne est touchée, elle subit 10+2d10 dégâts magiques par tour / Dès la fin du sortilège ou la mort de l'ensorcelé, des bubons explosent, libérant 2d3 amas de chair, qui sont autant de nurglings
- Fontaine putride : 6m / Instantané / 30+2d10 dégât devant lui + gain de 7 armure temporaire magique / +5 dégât par point de MA
- Gerbe corruptrice : 12m / 10+1d10 dégât dans une zone de 6m, esquivable ; métal rongé après 1d4 tours / -1 esquive par MA

- La multitude fait le tout : Se change en nuée de mouches
- Prodigieuse santé : Contact / Devient ultra bogosse et ultra chad
- Grande invocation de petits amis : Invoque des insectes pour servir d'ingrédients
- Immonde messager : Peut envoyer des messages twitter (Caractères limités)
- Allégresse fétide : Supprime toute douleur mentale ou physique
- Divine urgence : Force la cible à faire un jet d'END. Diarrhée en cas d'échec.
- Paludisme dévorant
- Vent de Nurgle
- Torrent de corruption

- Invocation : Nurglings
- Invocation : Bête de Nurgle
- Invocation : Porte Peste
- Octogramme de conjuration
Compétences :
- Résistance accrue : +1 END aux jets testant la résilience physique (Fatigue, drogue, alcool, torture...)
- Vol à la tire : +1 pour escamoter quelque chose
- Baratin : +1 pour endormir la vigilance de quelqu'un
- Déplacement silencieux : +1 pour fureter quelque part
- Déguisement : +1 pour s'infiltrer en étant déguisé
- Alphabétisation
- Autorité
- Humour
- Empathie
- Coriace

- Sens de la magie : Sur un test, détecte les événements magiques
- Incantation (Domaine de Nurgle)
- Maîtrise de l'Aethyr (Nurgle) : 3
- Contrôle de la magie
- Divination (Oniromancie) : Sur un test au cours de son sommeil, peut découvrir la destinée de certains personnages
- Langue hermétique (Langue Noire) : Parle la langue immonde du Chaos
- Confection de maladies : Peut fabriquer des maladies communes et rares
- Connaissance des démons
Équipement de combat :
- Bâton démoniaque : 2 mains ; 10+1d8 dégâts ; 8 parade ; Assommante & Utilisable seulement par les classes magiques. +1 PAR
- Pistolet à répétition : 46+1d8 dégâts, malus -2 TIR/8 mètres, peut tirer cinq fois à la suite avec un malus de -1 TIR par chaque nouveau canon qui fait feu
- Agaga (Épée à une main) : 18+1d10 dégâts ; 13 parade ; Rapide, Précise, Perforante (2) ; +1 INI
- Cocktail Molotov (x4) : Dans un rayon de 1m, toute personne qui est touchée par la bouteille prend trois états de « Enflammé ». Dans un rayon de 2m, c'est 2 états seulement. Dans un rayon de 3m, un seul état.

- 15 balles et poudres

- Tenue de cultiste de Nurgle : 5 protection ; Tout le corps sauf tête

- Anneau d'Ulgu : Lorsque porté, vous pouvez faire croire à ceux qui vous entourent que vous êtes un humain lambda (sans mutation aucune ni trait particulier) pendant 1 heure. Vous ne pouvez utiliser cette capacité qu’une fois par jour. Vous ne pouvez pas prendre l’apparence d’une personne en particulier.

- Miroir de la Demoiselle d'Acques
- Cor de la harde des Museaux Annelés
Équipement divers :

- Marque de Nurgle
- Caresse de la vipère (poison) : Un sujet blessé par une arme enduite de ce venin doit réussir un jet d'END-4 sous peine de mourir dans END minutes. Chaque minute avant sa mort, le sujet subit 5 points de dégâts non sauvegardables, et un malus cumulable de 2 à ses caractéristiques.


- Couverts en bois
- Sac à dos
- Couronnes dentaires en bois
- Tatouages
- Porte-bonheur

- Sap-biscuit

- Costume de répurgateur + Fleuret (Déguisement)
Divers divers :

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Diederick von Bildhofen
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres - Partie II

Message par Diederick von Bildhofen »

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Besoin d'un écorchement ? D'une cérémonie en milieu sylvestre ? D'un bras solide, armé et violent pour le service du dieu-empereur ? Votre ami Théonus Wullis est là pour vous. Loués soient les Anciens Dieux de la Forêt.

Pâtisseries offertes aux copains après les missions.

Sauvetage de la patronne, poignées de mains aussi chaudes qu'une dague plantée dans la neige par une nuit hivernale, cadeau d'une lettre de félicitations et puis au trou pour plusieurs rotations. Et serment de tenir secret tout ça, comme de bien entendu. Je m’étais entaillé la main devant l’arbre sacré pour réitérer mon serment de ne pas souffler mot de ce qui s’était passé. Enfin, pas à n’importe qui ni n’importe où quoi. C’était l’esprit plus que la lettre qu’il fallait suivre, disaient les mendi-catins. Reste que la lettre je la planquais bien à l’abri dans mes affaires. Dans le petit coffret où j’avais mes possessions les plus précieuses et mes volontés. Des fois que je claque dans le devoir, j’entretenais l’espoir qu’on renvoie mes affaires à mes proches sur Phyrr. La lettre pourrait être usée par quelqu’un de mon clan en aillant l’utilité un jour, peut être. Si jamais elle leur parvenait entre les mains.

En tout cas le temps passait pas vite en isolation. Pompe, abdos, poirier, marche en rond, tractions, lecture du manuel d’instruction du fantassin… ça ne pouvait tenir qu’un moment avant que l’ennui ne vienne me titiller à la baïonnette dans les parties. Ce fut un véritable bonheur de passer à la casserole et enfin sortir du trou.

Et bon dieu que c’était chiant comme retex, les marrants me demandant plusieurs fois la même chose de manières différentes. Est ce que ça vous à fait quelque chose de voir la patronne à poil ? Alors d’une elle l’était pas complètement et de deux c’était salop de leur part de l’humilier comme ça. Et dégradant. Bande de connards. L’empereur nous protège tous mais ceux là auraient bien besoin de quelques bonnes raclées avant d’être placés sous la protection de ses racines. Est ce que votre foi en l’empereur est toujours aussi ferme ? Bien sûr. Ils m’en posent de ces questions bêtes. Et en veux tu en voilà. Pas mal de temps perdu pour rien.

Le reste de mon temps à bord fut passé pour effectuer quelques achats. Pas grand-chose. Juste du matériel de combat. Grenades, vision thermique, masque à gaz, lampes torche fixable sur lasgun et tout ce qui peut permettre de faire joujou dans des couloirs emplis de lacrymo tandis que les connards d’en face n’y voient rien. Et quelques pâtisseries pour l’équipe, achetées dans un commerce. Des petits machins sucrés parfait pour prendre le thé. Pour faire du teambuilding comme disait un des missionnaires sur Phyrr. Manque de bol néanmoins, les collègues étaient rarement dans leurs quartiers attribués et pas moyen de faire un truc où ils étaient tous là. D’ailleurs j’ai appris peiné que Séphone avait finie dans les vapes, un bras en moins. Et l’homme de fer s’était prit du sarin dans les poumons. Saleté ça. Puis Enkidu était toujours aussi antipathique je savais même pas pourquoi. Mais je n’avais rien à craindre du sorcier, j’avais à nouveau un trophée pour me protéger des mauvaises humeurs et miasmes émis par sa malfaisance – non pas que ce soit de sa faute au pauvre, il est sans doute né comme ça et n’a jamais reçu les correctes rituels des hommes verts – on peut pas lui en vouloir d’être né comme ça. Puis il sert le dieu-empereur donc tout va bien. Il trouvera le repos entre ses racines.
Avec cette protection c’était désormais l’âme du pêcheur qui allait attirer le mauvais sort. J’étais protégé à nouveau de l’influence maligne de Ceux de la Glace.

Eh oui ! Après avoir fait fondre le preneur d’otage avec le bouclier techno-machin-chose, je lui ait correctement pillé son âme comme tout bon guerrier de Phyrr. Les ancêtres seraient fiers s’ils pouvaient me voir. Mais bon, pas d’arbres, pas d’ancêtres. En tout cas je lui ait piqué son médaillon qu’il avait autour du cou. Dedans il y avait une photo avec des gens. Sans doute sa famille. À l’intérieur du médaillon j’y ait glissé une de ses dents que j’ai arraché à sa mâchoire et quelques uns de ses cheveux. Il est désormais prisonnier de ma personne et n’ira rejoindre ses ancêtres que lorsque les flammes purificatrices de mon bûcher funèbres viendront consumer mon enveloppe charnelle et mes trophées, privant ainsi de mon corps Ceux de la Glace et leur malfaisance impie. Foutus profanateurs de cadavres, nécrophages damnés et putains de nécromants. Une engeance tellement impie qu’on ne peut lui faire le supplice de l’aigle ou de l’arbre sacré. Puissent ils sommeiller à jamais par-delà les terres de l’hiver éternel, car sinon la Longue Nuit sera de nouveau sur nous...

Mais bref. Le sorcier par formé par les chamans et les hommes verts mais sauvé par le dieu-empereur a accepté mes pâtisseries, même si son discours et ses actes ne disaient pas la même chose. Apparemment il ne boit pas. Ça rend les gens bêtes. Ça doit être quelque chose de sa religion. Les soirées avec ses collègues doivent pas être marrantes. Qu’est ce qu’on s’amusait en tout cas après l’instruction avec les copains, à s’enfiler de la bière par la narine et autres bêtises. J’espère qu’ils rendent honneur à Phyrr ces sales bagaudes misérables. Je l’ai aussi invité venir prier avec moi devant l’arbre sacré. Avec un peu de chance, les Anciens Dieux de la Forêt pourraient avoir une vision à lui communiquer. Après tout, un sorcier de l’empereur, quelque part, c’est un genre de chaman non ? Ils sont plus propices à les entendre. Moi j’étais surtout là pour organiser et mener les rituels et sacrifices aux dieux, pas pour communiquer avec eux. Mais non il voulait pas. Par contre une fois que j’aurai fini mon magazine il a accepté d’y jeter un œil.

Ensuite j’ai rendu visite à Mora. L’homme de métal. Mais c’était franchement flippant. Y’avait de ces créatures damnées partout, dépourvues d’âmes et à jamais prisonnières de leur enveloppe maudite. Je l’ai vu, j’ai déposé les pâtisseries et je me suis tiré de là. C’était pas saint comme coin du vaisseau.

Le reste du trajet je l’ai passé à faire ma gymnastique, prières, lectures et visites à sœur Séphone. Je lui ait donné mes pâtisseries et même partagé l’une de mes bonnes rations, mais elle semblait pas en terrible état. Quand je venais au medicae je pensais à prendre un pain chaud ou une viennoiserie à un centre de distribution alimentaire, quand j’y arrivais assez tôt pour encore en avoir. La réserve de sucre commençait à être rationnée plus que d’habitude apparemment.
J’ai bien essayé de rallumer la flamme de la sœur mais d’une elle était fatiguée et de deux il lui manquait un morceau. Non pas son bras qui avait été transformé en ration alimentaire – c’est une blague, on y a tous cru à l’instruction ; en vrai c’est de la viande de rats qu’il y a dans les conserves de grox – mais aussi une partie de son âme. Lors d’une rotation j’y ait amené mon arbre sacré dans son pot – de nos quartiers jusqu’au medicae – ce qui n’était pas une mince affaire. Mais au moins ça a semblé faire plaisir aux enfants dans le medicae. Parfois ils posaient des questions et j’avais à répondre sur comment prendre soin d’un arbre sacré, comme faire les prières – c’était pas compliqué, il suffisait de se mettre à genoux et parler aux Anciens Dieux de la Forêt dans sa tête – ou bien à quoi ressemblait un bosquet sacré.
C’était soit ça ou bien passer des heures en silence, assis sur une chaise pas loi de Séphone, à roupiller ou lire en silence le manuel d’instruction, ou bien un nouveau numéro du Figaro. Il y avait bien sûr l’annuel encadré dédié au commissaire Ciaphas Cain, mais aussi la continuation de la dernière aventure de Black et Mortimer, officiers de la marine impériale. J’avais dévoré la dernière aventure où ils avaient démasqués un contremaître qui sabotait les auspex de leurs appareils pour le compte d’hérétiques. Le traître était en réalité un horrible mutant qui cachait ses déformations sous la peau de sa dernière victime – le véritable contremaître. Dans ce numéro ci Blake avait été enlevé par l’énigmatique Olrik, le vilain architraître au service de mystérieux xénos, et seul le technaugure Mortimer se trouvait en capacité de contrarier ses malfaisantes machinations.
Je retrouvais les habituels articles des héros de l’Imperium, le chef d’équipe de mine qui s’était fait sauter à l’explosif pour enterrer vif une horde de mutants dissimulés dans sa section, le dernier prêche de l’archidiacre de tel monde inconnu. Puis il y avait la section consacrée aux maximes, celles pour les satires et blagues nouvelles. Lorsque j’avais à filer je laissais le magazine derrière à Séphone. Faut dire qu’elle avait pas beaucoup de lecture sous la main. En tout cas pas grand-chose de drôle.

Parfois je jettais un œil par un hublot pour observer le vide spatial, glacé et inhospitalier. Ou bien, par chance, on pouvait voir le monde vers lequel on se dirigeait. Neustralia. Un beau petit monde, bien vert et bleu, petit à petit transformé en gris et jaune.

Finalement à la quatrième rotation les collègues et moi même furent convoqués pour un dernier débriefing. Et nouvelle importante, la patronne elle même était venue nous accorder de son temps. Un petit discours pour nous motiver. Puis de laisser Masteel faire la parlotte. Je crois qu’il ne m’aime pas beaucoup. Mais je crois aussi qu’il n’aime pas beaucoup de monde. Par contre il nous en apprend des belles. C’est la guerre civile. Et ce coup ci y’a pas les copains sous le coude pour mettre dans le rang les brigands. Et ça recrute à tour de bras. J’aime pas ça. On risque de se faire tabasser par des recruteurs zélés si on fait pas gaffe. Ça risque de gêner notre mission. Ça et la guerre, aussi.
Puis il y a Enkidu qui soulève un point très intéressant : comment faire pour ne pas attirer l’attention ? La réponse me paraît évidente.

Simple. On est le service de sécurité. Mercenaires. Escorte. Au service de… Sans ?
Fis-je en haussant du sourcil. Qui est en mission pour… sécurité de sa personne, fiers à bras, ou quelque chose comme ça. La guerre, les gangs, ce genre de choses.

Ça semblait logique. La tête de plomb avait la tête de l’emploi. Et on gardait l’attirail sous le coude en cas de coup dur, sans trop hausser les soupçons, ni risquer de se faire embrigader par des recruteurs aux dents longues.
Modifié en dernier par Diederick von Bildhofen le 12 avr. 2024, 01:10, modifié 1 fois.
Le savoir c'est le pouvoir. Et savoir quand le garder, le cacher, le partager, cela est la véritable épreuve de ceux le détenant.

Diederick Maria Reichenbach Bruno "Ruichen" von Bildhofen, Voie de l'étude de la connaissance
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« Alors que tu défiais le couvre-feu, tu découvres une vertu trop zélée. »

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Helveticus Matix
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres - Partie II

Message par Helveticus Matix »

Pour une meilleure lisibilité des dialogues de Mora, Je vous conseille fortement de télécharger et d'installer la police utilisée : http://www.fontpalace.com/font-details/Binary+CHR+BRK/
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< Connection 0000.1...
Connection 0000.2...
Connection 0000.3...
///[Succ. reg. 789.0344] || [Act. init.] [ID 8627]
///num_OS opera.reini. AKT // : REINSTALLATION_
///decrypt.ini... succ._
Retrans. [crypte. de. donnees. 042..._053..._087..._036..._021...//ERREUR//_002...//ERREUR//]._
///comm.hote [ID 8627] // : ALLUMAGE_
///allum.ini... succ._


+++ GLOIRE À L'OMNIMESSIE +++ >


Je "vois" mon Code se réécrire lentement. Il y a tant de messages d'erreur, tant de lignes inachevées ou abandonnées. Des parties de "cette unité" perdues à jamais faute d'un cryptage erroné lors du processus d'urgence de sauvegarde. Ces données de réflexion, de médiation, d'analyse, de diagnostics que j'ai préféré archiver dans mes cogitateurs plutôt que les laisser se fondre dans ma matière grise.
Cette fois, c'est la machine qui me faillit, et la chair qui me permet de garder mon identité et la plupart de mes souvenirs non archivés.

Le numéro de ma cuve de gestation. Oublié. L'identifiant de mon servo-éducateur. Oublié. Omnus Rox. Non-identifié.

Je suis tenté d'intervenir, mais j'ai peur que la moindre tentative ne fasse voler tout le décryptage en éclats. La ligne d'écriture de mon Code est fébrile, elle tressaute sans arrêt. À chaque fois qu'elle se bloque sur un calcul, je la sens grincer d'effort et crains qu'elle n'abandonne, qu'elle ne se bloque pour toujours.
Alors j'observe, impuissant devant ce nombre effroyable de messages d'erreurs qui, sans la moindre douceur, balaient chacun une infime partie de mon être.

Mais où suis-je d'ailleurs? Quand? Pourquoi? Aucune donnée n'est accessible pour émettre le moindre diagnostic. Seul le passé m'est offert sous forme de fichiers fraîchement réorganisés. Le présent n'a pas de substance et le futur n'a pas de théorie. Il serait illogique de s'attarder sur cette réflexion.

L'éternité prend de l'orgueil et moi, je veille patiemment, sans ennui ni envie autre que la réécriture de mon Code. Un 1 dans l'infini 0. Les lignes s'amoncèlent et je m'égare dans la contemplation de mon passé. Il a commencé au début et terminera à la fin, que j'attends avec impatience.

Le processus ralentit, cogitant furieusement pour fouiller le fond du panier. Il arrive à son terme. Toujours aussi curieux, j'étudie les derniers dossiers. Cette vie, que j'ai observé avec un certain détachement, provoque soudain en moi une vague d'émotions terrifiantes. L'anticode, le servitor antique... Netotsi... j'anticipe la suite avec terreur, sans savoir ce qui arrive.
Puis vient le visage de fer.







J'ouvre les yeux dans un spasme de terreur. Immédiatement, une lumière vive me grille la rétine qui n'est pas protégée d'un monocle. Je lève les bras pour me protéger, mais ne sens que douleur se diffuser en eux, comme si on frottait vigoureusement du papier de verre sur ma peau. Est-ce le contact de ma tenue sacrée qui provoque cela? Les plis de ses manches me font l'effet de lames de rasoir!

Mes poumons sont vides, il faut remédier à cela. Seulement alors, je pourrai cogiter. Prenant de l'élan en les vidant pour mieux les remplir ensuite, je soulève ma cage thoracique et... un mur. Rien ne passe. Mon niveau de panique passe instantanément de "élevé" à "INNUMÉRABLE".
Je retente de toutes mes forces. Diagnostic similaire. Le mur. Enfin non... je remarque une fissure infime, insuffisante. Je tente de nouveau pour l'élargir. Elle se resserre. Niveau de panique : "INNUMÉRABLE +++"

Le blocage ne vient pas de mon respirateur. Il est opérationnel. C'est ma trachée qui tente de me tuer! La voilà la preuve! Celle qui affirme que la chair sera ma perte!
Impossible de hurler, n'ayant plus rien à expulser. Mon vox est éteint et je ne parviens pas à suffisamment me concentrer pour le rallumer. Alors je... bouge. Je gesticule dans tous les sens, mes bras formant des hélices autour de mon corps, mes jambes tambourinant comme des pistons hydrauliques. L'information de la douleur que cela provoque sur mon corps n'atteint même pas mon cerveau.

Une silhouette de couleur vive apparaît. On m'injecte quelque chose et les hélices et les pistons se calment. Je ne peux plus m'acharner sur ma trachée et, pour la première fois depuis mon rallumage, je respire. Très peu, un fin filament d'oxygène. Mais par l'Omnimessie, que c'est bon!
Je ferme les yeux.





Mon nouveau rallumage est presque aussi abominable que le précédent. Une sensation de froid glacial dévore le bas de mon visage. J'ouvre les yeux et vois mon respirateur. Détails supplémentaires : je vois l'intérieur de mon respirateur, la partie qui a été fixée à vie sur ma chair et soudée sur l'os. Celle qui ne devait jamais revoir le jour. Pas simplement le compartiment d'entretien que j'ai déjà retiré suite à mon malaise sur la passerelle. Ma bouche édentée et sans mâchoire est à présent à l'air libre.
On est en train de le retirer, de m'amputer.

J'essaie d'hurler, mais ma trachée refuse toujours de m'obéir. Peut-être pour le mieux, car la douleur a installé son royaume dans mes poumons. Et à présent, je la sens. Des milliers d'aiguilles y résident et percent les parois à la moindre expiration. Je ne vois pas d'autre diagnostic à pareille torture.
Quelques secondes plus tard, on m'enfonce une série de tubes dans le trou béant qui me sert de gueule avec la subtilité d'un tank de bataille Leman Russ modèle 400-TX. Je n'ai pas pour habitude de faire dans la métaphore, mais l'image me vient toute seule.

Pendant les jours qui suivent, je tente de m'accommoder à la vierge de fer qu'est devenue mon corps. Encore une métaphore. Il faut croire que la douleur rend un homme créatif.
On m'a libéré de ma sainte tunique. Je n'en ai pas pris offense tant elle me faisait mal. Le moindre contact, la moindre brise sur ma chair me fait l'effet d'un acide particulièrement corrosif. Lorsque les servitors viennent pour faire ma "toilette", ils ne font pas preuve de délicatesse. Pourtant, j'apprécie la douche sous très haute pression car elle me donne l'impression de purifier mon corps infecté.
Fort heureusement, mes augmentiques sont hydrorésistants.

Les heures sont longues dans cette capsule de métal. Malgré ma dévotion envers le Culte, je ne peux trouver de confort dans cet environnement qui m'est synonyme de la pire torture de mon existence. Tant physique que morale.
J'ai beau me l'imposer, me réprimander de mes actes et de mes paroles, je ne parviens pas à m'accuser d'hérésie. Tous mes diagnostics arrivent à la même conclusion : j'ai fait tout mon possible pour sauver le vaisseau et tous ceux à bord. Ma discussion avec la pirate a été bénéfique pour sa neutralisation. J'en suis convaincu.

Non, la culpabilité ne vient pas de l'hérésie. Ni de ma ferveur dans mes conversations avec Netotsi. Impossible d'avoir de regret là-dessus, malgré mes efforts.
Cette culpabilité me vient de nos derniers instants. Je ne peux m'empêcher de simuler les dernières pensées de la Méritech à mon égard et chaque diagnostic me ravage. Elle n'a pu que me détester pour avoir tenté de saisir le détonateur.
Notre dernière altercation restera à jamais gravée dans mes cogitateurs, qu'importe le nombre de purge tentées.

1 - la porte
0 - le détonateur
Dans l'urgence, j'ai fait le pire choix possible. Un choix aux conséquences dérisoires pour l'Indomptable Ravel, car elle n'a jamais pressé le bouton. Un choix déterminant pour moi et Netotsi, car il a sectionné l'étrange moment qui nous a uni.

Un simple choix, et me voilà nu, allongé sur une table, enfermé dans une capsule, chaque pore de ma peau s'acharnant à me rappeler mon erreur. Je ne peux pas parler, ni même me plaindre d'un râle.

Ma survie est un miracle, c'est une certitude. Que l'on ait décidé de gazer la pièce malgré ma présence ne devrait pas m'atteindre. Je suis une ressource à la valeur définie, et mon sacrifice survient automatiquement si cette valeur est inférieure à celle d'autres ressources en danger. Un simple calcul mathématique.
Pourtant, je leur en veux. Terriblement. C'est un étrange sentiment contradictoire que je n'ai pas pour habitude de ressentir, mais je n'y peux rien, comme pour ma culpabilité.

Et puis, il y a le visage de fer. Je ne sais pas si cela vient d'une terreur organique, ou de la réécriture incomplète de mon Code, mais ce visage a pris une terrible signification dans mon esprit. C'est la dernière chose que j'ai capté avant de m'éteindre, et à présent, je le vois dans mon sommeil. Il me regarde, il attend ma mort. La provoque même.
J'ai l'impression qu'il se cache dans chaque coin d'ombre de la pièce, attendant patiemment que je le vois pour m'attaquer. Moi qui aime tant observer, étudier, analyser, j'ai peur de laisser s'égarer mon regard.

Le quatrième jour de ma convalescence dans la capsule, j'ouvre les yeux pour découvrir quelque chose sur la table posée à côté de mon lit. Habituellement, ce sont les outils des servitors qui y reposent, mais pas aujourd'hui. Je ne suis pas familier avec la nourriture du reste de l'Impérium, ne pouvant me ravitailler qu'exclusivement de capsules nutritives. Mais je parviens à identifier le même genre de pâtisseries que l'excommuniée m'a proposé il y a des éons de cela.
C'est anecdotique, mais ce geste à un effet très agréable. Je suis satisfait de savoir que Sephone est saine et suffisamment opérationnelle pour m'apporter ce présent. J'ai diagnostiqué que, malgré la futilité aberrante de l'acte, le résultat a provoqué quelque chose de positif.

6 jours, 23 heures et 7 minutes après mon entrée à l'hôpital, j'ai ma seconde visite. Et pas des moindres! Le magos Ziegler en personne s'est déplacé pour m'annoncer une grande nouvelle. Je suis de nouveau opérationnel! Cette information me choque, je ne l'avais pas anticipée. Certes, mon corps est moins douloureux, mais je n'ai senti aucune amélioration mentale de mon état. Plutôt une dégradation même. Mais si le magos le dit, alors ce doit être vrai.
Il m'annonce ensuite que, pour mes services, je vais être promu au rang supérieur au sein du Culte. La déclaration m'emplit de fierté et de joie, mais ce sentiment s'évapore presque immédiatement.

Un silence s'installe. Je ne veux pas offenser son éminence, aussi je lui pose respectueusement plusieurs questions en respectant le protocole hiérarchique. Elles concernent l'acte de piraterie, leurs méthodes et leur plan. Étrangement, l'attitude de Ziegler change pour me répondre vertement que ce n'est plus mon souci. Évidemment, j'en reste là.

J'ai malgré tout d'autres questions, moins protocolaires. Je demande au magos ce qu'il est advenu des augmentiques de la pirate et s'ils étaient classifiés comme technohérésie ou Dons de l'Omnimessie. Il me répond qu'ils n'avaient pas d'utilité concernant l'enquête sur l'attaque du vaisseau et questionne mes interrogations.

J'hésite, je sens que je m'apprête à dépasser les bornes. Pourtant, malgré toutes mes alertes protocolaires, je persévère.


< Pardonnez à cette Unité, votre éminence._
Requête : // Cette... cette unité diagnotique qu'elle pourra... augmenter sa valeur avec de tels Dons de l'Omnimessie. Elle s'est sentie... impuissante durant l'incident._ >


Je sens les larmes me monter aux yeux à la mention de l'incident. Mon bras organique d'approche de lui-même pour balayer le liquide, mais je le stoppe avant de terminer le geste. Mieux vaut éviter le contact de ma chair contaminée avec mes globes oculaires.

< Cette unité aurait aimé faire plus. Elle pense pouvoir augmenter sa valeur de rendement à l'avenir si vous lui faisiez l'honneur de les lui confier... Cette unité prendrait grand soin de ces Dons malmenés par leur greffe à un hérétique._ >

L'œil organique du magos se plisse et son augmentique modifie sa focale dans un petit bruissement métallique menaçant. Ziegler me demande si j'exige une faveur de sa part alors qu'il vient de m'accorder l'ascension au rang de Mécamancien. Je me tasse sur moi-même pour tenter de disparaître dans mon lit.

< B... bien évidemment, votre éminence! Cette unité vous en est éternellement reconnaissante!_
Elle théorise pouvoir se rendre plus | utile | efficace avec un tel équipement. Pour l'enquête qui nous attend sur Neustralia Prime._
Commentaire additionnel : // mais... cette unité ne peux trahir son diagnostic : elle augmenterait aussi son propre quotient de valeur | désir déplacé._ >


Je ne peux mentir à représentant de la parole du Dieu-Machine. Autant expier mes fautes. Je me redresse pour plonger mon regard dans le sien et me dévoiler complètement.

< Requête : // Est-ce mal, votre éminence? De vouloir protéger des Oeuvres de l'Omnimessie dégradées par autrui en se les appropriant?_ >

Son éminence va marquer un temps de pause avant de me répondre de sa voix si étrange.

« Si le but de récupérer des artefacts est de se les approprier, c'est un larcin. Récupérer des dons du Dieu-Machine doit servir le culte et l'Imperium. Chaque technoprêtre a sa propre conscience et ses pairs pour juger du bienfondé de ses actions. Mais toujours est-il : le don du métal doit se mériter. Vous obtiendrez des améliorations de votre ossature lorsque vous aurez apporté transactionnellement quelque chose en échange. »


< Pardonnez à cette unité votre éminence. Le gaz doit avoir affecté ses cogitateurs. Elle méditera sur vos paroles._
Requête :// Quel type de transaction est évoquée, votre éminence?_ >


Le magos me répond simplement.

« Faire son travail serait un bon début, mécamancien »

J'accepte la remarque amicale d'un hochement de tête révérencieux. Ziegler sait probablement qu'il m'honore en me nommant de mon nouveau titre avant son officialisation. Cela démontre bien que la parole d'un magos fait preuve de loi au sein de cet univers.

< Alors cette unité va s’acharner à la tâche. Merci votre éminence._ >

Et il s'en alla.






Beaucoup de choses se sont passées depuis que je suis sorti de la capsule. Ma peau toujours couverte de bandages, je me suis d'abord rendu dans le hangar à munitions. Il n'y avait aucune logique mathématique à tirer de cela. Je me suis senti obligé de m'y rendre, comme un aimant attiré par une force magnétique.
Dans le noir presque complet, les lueurs des munitions à plasma me permettant de me repérer, je me suis tenu au-dessus de la tâche qui souillait le sol. J'y ai analysé de la masse nutritive partiellement digérée, ainsi que du sang. L'air était encore chargé de cette odeur de gaz terrifiante et j'ai fait le diagnostic que c'est pour cela qu'on n'avait pas encore récuré le sol.

Évidemment, cette tâche ne provenait pas de mon propre estomac. La mienne se trouvait un peu plus loin, noirâtre, sans couleurs, provenant des injections qui me servent exclusivement de nutrition. Celle de Netotsi était colorée, comme ses vêtements. Bizarre, étrange, vivante. Je sentis presque physiquement le poids de la nouvelle gravure sur mon bras. Je l'ai dessinée alité, sur la partie cachée d'une des plaques de mon bras de métal. Un animal ondulant que je ne connais pas. Une représentation satisfaisante du pendentif que tenait la Méritech dans ses derniers instants.

Pourquoi m'être ainsi souillé d'un symbole hérétique? La peine encourue est terrible si on l'apprenait, même si les risques sont dérisoires. Et ma Foi alors? Ma dévotion envers le Dieu-Machine? Lui le sait. Il sait que j'ai gravé sur l'un de ses enfants quelque chose d'indigne de lui. Et... alors?
Je pense avoir bien payé cet affront, et continuer de le faire. S'Il veut me châtier pour mon acte, Il le fera, j'en suis certain. Tout comme je suis certain que, sans cette gravure, je ne me serais jamais levé de mon lit.

Le corrompu est venu me rejoindre. Sa présence m'a profondément agacé, car j'espérais pouvoir méditer seul ici jusqu'à ma cérémonie d'élévation. N'aurait-il pas pu venir me voir à l'hôpital, quand ma solitude m'a rendu presque fou? Au moins, il est opérationnel. C'est déjà ça.

Enkidu m'a parlé de mes servocrânes, plantant une dague supplémentaire dans mon moral. J'ai vite éludé la question, préférant moi-même ne pas trop réfléchir sur ce qu'il est advenu d'eux. Leur absence est assourdissante. Depuis des années maintenant, je m'étais habitué à penser en triade. Leurs voix binaires me confortaient dans mes décisions et je sentais une certaine légitimité dans mes actes. Maintenant, je doute. Constamment.
Eux m'auraient interdit de souiller mon métal de ma récente gravure.

Nous avons discuté un petit moment et j'ai eu de plus en plus de mal à comprendre la raison de sa présence. Nous n'allions nulle part dans ces échanges de données anecdotiques et j'ai très vite souhaité ne plus être là. Mais je ne voulais pas paraître injurieux, mes nouveaux protocoles d'intégration m'incitant à prendre soin de mes interlocuteurs et de ne pas les froisser. Alors je suis resté.
Il m'a tendu une écharpe, achetée par Sephone pour nous permettre de nous dissimuler sur Neustralia Prime. J'ai eu un mouvement de recul, craignant qu'il ne me touche. Le corrompu a posé le présent au sol et je l'ai ramassé.

J'ai appris que Wullis et lui s'en étaient bien sorti durant l'attaque, mais que l'excommuniée n'avait pas été si chanceuse. Mentalement, j'ai maudit l'équation du destin. Pourquoi elle et pas Wullis? Lui récolte les honneurs et Sephone frôle la destruction de peu.
J'étais un peu content de savoir qu'elle avait perdu un membre et reçu un Don de l'Omnimessie en échange, bien que jaloux. J'ai questionné Enkidu sur le sujet, si son respect des rites d'entretien. Mais il ne m'a rien offert de significatif. Juste qu'elle n'est pas opérationnelle.

La conversation s'est éternisée. J'ai commencé à vraiment souffrir. Mon respirateur sifflait de plus en plus bruyamment et mon corps commençait à avoir du mal à rester debout. Mon bras métallique grattait mes bandages jusqu'au sang, ma peau à vif me tiraillant de démangeaisons insupportables. Ma tête a commencé à tourner, et alors je l'ai vu. Lui. Le visage de fer.
Il me contemplait depuis le plafond, le trou laissé par le tir du fuseur de Netotsi. Comme lorsque je l'ai vu pour la première fois, il était là, me fixant de ses yeux abominables.

J'ai totalement paniqué, je l'ai pointé pour le faire partir, oubliant la présence du corrompu. Ce dernier a réagi immédiatement en sortant son arme. Une fois ma crise passée, se rendant compte de la "supercherie", il... il est entré dans une colère noire. À mon encontre. Tous mes voyants sont passés au rouge. Je me suis rappelé que c'était un psyker, un corrompu, une bombe à retardement.
La panique m'a repris. J'ai tenté de bredouiller quelques mots pour le calmer, mais me dirigerais déjà vers la porte, claudiquant maladroitement pour m'échapper. Il me fallait partir.

Une fois dehors, j'ai continué de courir [boîter] de plus en plus vite. Chaque seconde, je m'attendais à être balayé par une détonation de l'antimatrice, à sentir replonger le vaisseau dans la catastrophe de la tempête d'Immaterium. Mais rien de vint.

J'ai rejoins le lieu de ma cérémonie en avance, toujours bien secoué par ma rencontre avec le corrompu. Pendant le rite (orchestré par des acolytes de Lathès...) je n'ai pas ressenti l'extase attendue, malgré le point déterminant qu'il marquait dans mon existence. Je me suis évanoui une ou deux fois, la douleur me faisant perdre la tête, mais cela n'a pas perturbé mon ascension.






J'observe Sephone dans son lit d'hôpital depuis l'embrasure de la porte. Je n'ose pas me faire remarquer, mais le sifflement défectueux de mon respirateur dévoile ma présence. Lorsqu'elle tourne les yeux vers moi, j'hésite et me sens accablé de malaise. Elle les écarquille, comme surprise de mon état. Il faut dire que mes bandages sont tâchés de sang et défaits par endroits, à force de me gratter.

Sephone m'annonce qu'elle ne "mord pas". Je lui réponds n'avais jamais pris cela en compte dans mes diagnostics. Je décide de m'approcher, prenant bien soin de ne pas cogner un meuble de ma chair sensible.
Son Don de l'Omnimessie, est une prothèse du bras de qualité médiocre. Je suis déçu, m'attendant à contempler un Présent digne de ce nom.

Sephone se redresse sans s'aider de son augmentique et j'analyse que ses muscles se crispes. Elle est perturbée par les câbles branchés à son crâne. Finalement, elle dit être heureuse de me voir et me nom même comme "cette unité". Je sens un peu de chaleur dans mes joues.
Je me penche un peu en avant pour observer son bras mécanique, tout en gardant une distance raisonnable. Ma tablette de données en main, je tapote instinctivement toutes les informations collectées sur l'attirail.
Je lui dis avoir croisé Enkidu qui m'a informé de son Don de l'Omnimessie.


« Ce bras n'est pas béni, je regrette. Mais il est la preuve que j'honore le Dieu-Empereur de la meilleure des façons. »

Je stoppe mon pianotage, surpris et choqué. Puis je regarde droit dans les yeux l'excommuniée.

< Cet augmentique est de qualité médiocre : // accordé._
N… négatif cependant : // il reste un don de +++ omnimessie +++ | ++ Empereur ++ >


Je ne m'attendais pas à cela. C'est la première fois que je converse avec quelqu'un qui vient tout juste de se voir accorder Sa Bénédiction. Contre son gré, certes, mais tout de même!

Je lui demande s'il est défaillant, lui propose de vérifier ses connectics et de tenter d'apaiser son Esprit de la Machine. Sephone refuse, considérant que le problème n'est pas là.


< Illogique._
Si l’augmentique est opérationnel, pourquoi refuse-t-il de vous obéir?_
Théorie : // lutterait-il contre votre volonté?_ >


Elle étudie son bras avant de répondre.

« Oui. Ou du moins, je ne l'ai pas encore apprivoisé et puis... il y a beaucoup de détails sur l'entretien. J'ai appris à le démonter sommairement pour nettoyer les pièces les plus importantes du mécanisme, mais il me reste encore beaucoup à apprendre. C'est un dédale de pistons, de leviers amplificateurs d'inertie, de percuteurs, de ressors et d'écrous de douze. »

Je ne réponds pas de suite, un peu confus. En cogitant, je me plonge dans ma tablette pour chercher quelques données. Je jette quelques coups d'œil furtifs à l'excommuniée, qu'elle remarque probablement. Finalement, je rabaisse ma tablette.

< Remarque : // la complexité de l’entretien n’a rien de différent avec les armes utilisées par votre ordre. Quant aux rites réguliers d’apaisement, ils ne peuvent être exécutés par un profane. Il faut consulter un adepte pour cela._ >

Je la regarde un long moment, les cliquetis de mes cogitateurs en activité n'étant perturbés que par le sifflement de mon respirateur. J'en tire un diagnostic hasardeux que je me permets tout de même d'émettre.

< Remarque : // vous… semblez troublée, Sephone._ >

Sephone m'accorde cette remarque avant de m'analyser des pieds à la tête.

« Bien sûr Rex. J'ai perdu une partie de moi, et je regrette ce qui m'est arrivé. Ce que tu vois comme une bénédiction, d'autres peuvent le voir comme un malheur. Je ne sais pas comment je vais pouvoir tirer avec ce nouveau bras."
Elle marque un temps de pause.
»

Elle marque une pause.

« Et puis mon fils me manque. »

Mon malaise s'approfondit. Je ne peux maintenir le regard de mon interlocutrice et le détourne. Sans que je ne m'en rende compte, mon Bras Véritable va gratter son cousin de chair, avant que je ne le force à se rétracter.
Le silence s'installe. Il y a tant de données que je ne parviens pas à interpréter correctement. Je manque d'expérience en la matière.


< Cette unité a analysé votre dossier… en détail. Elle a… ne…_ >

Je stoppe mon dialogue. Mon intention était de l'informer que j'avais connaissance de la destruction de sa progéniture et de... d'autres choses. Mais le sujet m'est difficile à aborder. Et surtout, il ne me semble pas approprié.
Mon vox finit par émettre des bips réguliers, en attente de mots à prononcer. Il détecte mon intention de parler, mais s'irrite de ne recevoir aucune directive.

Soudain, un peu brusquement, je lui tends mon bras de métal. Une pulsion, un acte instinctif qu'il me faut suivre sans le comprendre. Malgré la crainte qu'il m'inspire.


< Requête : // joignons nos Dons._ >

Une partie de moi [conséquente] me hurle de me rétracter. Si le contact de chair à chair m'est impossible, même celui du métal reste compliqué pour moi. Pourtant, je ne bouge pas, main déployée, dans l'anticipation. Je diagnostique que c'est un excellent moyen de forcer Sephone à surmonter ses blocages pour "prendre en main" son augmentique. Après tout, moi-même, je surmonte un blocage.

Elle marque une pause, avant de s'approcher. Son bras reste inerte sur le lit. Je sens un immense effort en elle et il porte ses fruits. Au bout de plusieurs secondes, presque une minute, les doigts gris se mettent à pianoter. D'abord timide, les mouvements prennent en ampleur et en précision. Finalement, le bras se lève pour s'approcher du mien.
Mon respirateur se bloque. Mes propres doigts ont un mouvement de recul juste avant le contact. Puis, dans un cliquetis harmonieux, nos Dons se joignent en une poignée délicate.


« Apprends-moi donc. »

Je lache une profonde expiration défectueuse. Après une longue pose contemplative, je décide de pousser le vice. Je m'assois sur le lit, à distance raisonnable des jambes et de la hanche de l'excommuniée. Ce ne sont pas mes cogitateurs qui me dictent cela, mais seulement mon instinct. Pourtant, ces mêmes cogitateurs continuent leur activité d'analyse. Je veux tout capter, tout étudier, tout archiver.

< Requête : // Écoutez. Pas par vos récepteurs organiques, mais par la connexion neurale._ >

Je bloque une bonne partie de mes systèmes pour ne plus émettre aucun son. J'ai déjà exécuté ce rituel un nombre incalculable de fois, mais il me fait toujours le même effet. Après plusieurs secondes d'un silence total, sans bruit parasite, je finis par le capter. Ce son, ce bourdonnement mélodieux et irrégulier, preuve ultime que des consciences sont en interactions. Il est discret, presque inaudible. Nos Esprits de la Machine se font discrets.

< Requête : // Les entendez-vous? Nos Esprits de la Machine s’évaluent / se présentent / échangent. - Timides - puis + curieux +._ >

< Qu’il soit issu d’un formidable vaisseau | Indomptable Ravel | ou d’un simple cogitateur de pont, un ++ Esprit de la Machine ++ reste une entité + noble +._
Chacun a son caractère, un ressenti. Simplement les - dompter - est une procédure erronée. Il faut les accompagner dans leur lourde tâche quotidienne._ >


Je resserre un peu ma poigne et plonge mon regard dans celui de ma symbiose.

< Diagnostic : // vous n’êtes plus seule | Sephone |
Ces rouages / ces pistons / ces câbles ne sont qu’artifices [saints]. C’est ce qu’ils contiennent qui expriment pleinement le +++ Don de l’Omnimessie +++._
Il vous accompagnera jusqu'à la fin de votre fonction, lorsque votre équation sera arrivée à son terme pour l'Ultime Résultat._ >


Elle ressent quelque chose. Je le capte, et cela m'emplit d'une joie indescriptible. Comme lorsque je parviens à apaiser un Esprit de la Machine troublée. Après tout, c'est aussi ma fonction que d'apporter la paix et la connaissance aux profanes.

« Tu veux dire que ce bras a une âme ? »

Ses yeux s'écarquillent et les miens se plissent, seule représentation du sourire que mon visage puisse se permettre.

< Affirmatif. Diagnostic Absolu._ >

Je baisse mon regard vers nos mains jointes.

< 1 + 1 = 1._ >

Je sens ma vision se troubler sous les larmes. Ce n'est pas uniquement l'irritation de mes globes oculaires qui provoque cela, inutile de prétendre le contraire. 1 + 1 = 1. Cette formule a plusieurs sens. Elle témoigne aussi bien de l'Esprit de la Machine et de son augmentique, mais aussi de son augmentique et de son corps, ou encore de nos deux corps en symbiose. Ils sont plusieurs, mais forment un tout, une équation erronée qui pourtant une vérité totale. Un paradoxe qui me plait malgré tout.

Elle pense que sa prothèse porte son nom. C'est une possibilité, mais je préfère préciser.


< Inexacte._ >

Je rotationne un peu mon bras pour lui exposer la multitude de gravures qui le recouvrent.

< Σ-8818._
[Σ-88] nom du model | [18] car 18ème implant de cette unité._ >
Je marque une courte pause d'hésitation, un peu gêné de ce que je m'apprête à partager.

< Cette unité l’appelle [parfois] Sigma | antiprotocolaire |._ >
1 + 1 = 1 mais 1 est différent de 1._
Vous êtes un | tout | en restant | chacun |._ >


Je lui propose ensuite de faire nos rituels d'entretiens ensembles, en harmonie. Nous démontons pièce par pièce avec extrême minutie, sous ma supervision, avant d'en nettoyer chaque composant. Presque toutes les miennes sont couvertes de gravures et je les lui explique presque toutes. La presse stylisée à la base de mon épaule, origine de mon unification avec Sigma. Des symboles, des schémas, des dessins, assez finement tracés pour ne pas paraître criards.
J'ai laissé la plaque retournée abritant l'animal onduleux de Netotsi exposée, dans un moment d'inattention. Je la dissimule rapidement, en espérant qu'elle n'ai pas été remarquée.

Notre entretien s'étale des heures durant. Je n'ai plus aucune attention pour mon propre état d'épuisement, ni pour celui de Sephone d'ailleurs. Je tiens quelque chose de fort : un lien, une connexion nouvelle, si agréable. Je n'ose la lâcher de peur qu'elle ne se brise. Même une fois les entretiens terminés, je cherche un moyen de rester. Mais mes cogitateurs finissent par arriver à cours d'excuses.
Aussi, cet étrange moment hors du temps et de mes problèmes se termine et je m'en vais en saluant l'excommuniée.







Nous nous tenons sur la passerelle, enfin réunis. Mes bandages sont propres et ma peau m'irrite un peu moins. Devant nous, au travers de la vitre surblindée, nous voyons notre destination s'approchée. Neustralia Prime.

Rorich Peyrillac, toujours équipé de sa somptueuse Larme de l'Omnimessie, nous "incite" au déplacement. Après nous être installé dans un wagon dirigé par servitor, nous explorons de nouveau le vaisseau pour aller rejoindre notre destination. L'activité à bord était égale en ampleur au chaos ayant affecté les membres de l'équipage durant la tempête de l'Immatérium. Mais cette fois, on pouvait capter une nette organisation - qui avait cependant beaucoup à envier aux protocoles millimétrés de déchargement de l'Adeptus Mechanicus.

La baie d'embarquement atteinte, je ne peux que m'extasier devant le formidable attirail qu'elle abrite. Des machines fantastiques dont les Esprits de la Machine ronronnent d'excitation. Ils attendent impatiemment qu'on les utilise et je dois me contenir pour ne pas répondre à leurs appels.

Rorich nous escorte au travers du hangar et nous finissons par rejoindre Masteel. Je suis satisfait de voir que ce noble personnage a survécu à l'assaut du vaisseau. Mais surtout, à ses côtés se tient l'Inquisitrice en personne. Je suis honteux de me présenter ainsi, couvert de bandages et la respiration toujours bruyante. Sans parler de mes difficultés à marcher.

Astrid Skane se tourne alors pour s'adresser directement à nous. J'ai déjà reçu cet honneur, mais les circonstances n'avaient d'élogieuses. Je tente de faire bonne figure en me redressant et manque de perdre l'équilibre. Heureusement, ma canne est toujours là pour me sauver dans ce genre de situation.

Elle nous informe qu'un nouveau cadavre a été découvert. Je valide mentalement l'opportunité certaine que cela nous apporte. Et c'est tout. Cela reste beaucoup pour de simples acolytes tels que nous autres. L'Inquisitrice s'éloigne pour aller rejoindre Rorich et Ndiame s'approche pour nous faire un bilan de la procédure et de la situation sur la planète.

Cette dernière est peu reluisante. Déjà je sens l'angoisse me gagner. Quittons-nous une zone de massacre pour aller en rejoindre une autre? Et surtout, mon Code y survivra-t-il cette fois? Dérisoire, Mora. Tu as une fonction et il te faut l'accomplir, quel que soit le volume de tes genoux qui s'entrechoquent. De plus, cette fois, tu ne seras pas tout seul.

J'archive toutes les informations qui nous ont été confiées, prêt à notre départ. Mais c'est sans compter sur les interventions de Wullis et d'Endiku. Elle restent pertinentes, j'admets moi-même être curieux sur notre identité de substitution.


< Validé._
Remarque : // Les adeptes de l'Adeptus Mechanicus ont de nombreuses affectations dans tous les niveaux de la société. La présence de cette unité ne devrait pas relever [trop] d'interrogations._ >
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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Valindra
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres - Partie II

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Magdela Sephone, Soeur de Bataille

Le temps a un petit goût d’éternité lorsque les heures de votre vie se dilapident devant vous sans que vous ne puissiez même effleurer du bout des doigts le moindre répit, le moindre contrôle sur cette fuite en avant. Fort heureusement pour calfeutrer la brèche du sablier au travers de laquelle se déversent les heures, j’ai des compagnons. De tendres compagnons, tous très différents, mais chacun d’une certaine beauté singulière.
Prostrée sur mon lit de convalescente, handicapée à vie, j’ai contourné le désespoir en essayant d’imaginer comment les choses auraient pu se passer autrement. Etrangement, j’ai déroulé toute mon existence en sens inverse au cours de cet exercice : j’ai cherché comment corriger ce règlement de compte avec le prévôt coupable de m’avoir arraché un membre, puis comment j’aurais pu esquiver l’appartement du Père Gregorius pour m’évader du mauvais sort. Et puis j’ai continué de reculer, j’ai repensé à Nox et à ce que j’aurais pu faire pour qu’il vive, puis à mon excommunication, à ce que j’aurais dû faire pour n’être jamais écartée du Saint Ordre. Je n’ai su hélas dissimuler la malédiction dont je suis sujette, et qui m’offre un regard à travers la fenêtre de l’âme humaine, au prix très lourd d’être considérée comme une sorcière.

Il existe beaucoup de tabous et de sujets sensibles autour de la Foi. L’extrême chance d’être élue comme une des Filles de l’Empereur implique une obligeance de pureté, la moindre souillure étant rédhibitoire pour notre communauté. J’ai rapidement décelé la présence de ce pouvoir parasite dans mon corps et il n’a pas été difficile d’entrevoir la fatalité qu’il amenait avec lui sur la ligne tendue de mon destin.
Mais j’ai commis des erreurs que je dois mettre sur le compte de mes péchés, car la dimension qu’a pris ce pouvoir est devenue si oppressante que je n’ai pas su me garder de le tester. C’est comme dire à un animal qui a soif de ne pas boire : j’ai été tentée, et le désir m’a dominé. Or il n’est pas nécessaire d’être une Sœur pour comprendre que la séduction est l’arme du chaos. N’importe qui le sait. N’importe qui peut imaginer comment s’est arrêté ma carrière profane.

Le plongeon vers l’abîme de mon désespoir a duré plusieurs années. Mais bien des années encore après, je crois m’être remise de ces mauvais pas. Je pense avoir remonté la pente. A présent que je me considère hors des ténèbres, je crois qu’il faut maintenir une position plus haute sur l’échelle de mon estime personnelle. Je dois puiser la force dans la lumière de l’Empereur pour m’inonder d’espoir, pour revitaliser mon esprit, pour conjurer mes démons. Certes, la malchance me poursuit. Mais j’ai toujours fait avec.
Je suis encore en vie, et déterminée à le rester.

Je rêvasse, mais la douleur me ramène souvent à la réalité. J’ai l’impression d’être piquée par des centaines d’aiguilles au niveau de mon épaule droite. Je peux ressentir chaque fibre musculaire, chaque pointe de métal fixée à ma peau, chaque tube cousu à mes veines. Je ne sais comment se sont débrouillés les experts, mais on a connecté mon système neuromoteur au circuit électronique de cet instrument. Cela engendre une douleur monstre, et j’ai parfois l’impression de devenir folle. Pour m’apaiser, je me concentre sur autre chose. Sur mon souffle vital. Sur le mouvement de mon abdomen. Sur le paysage de mon imagination quand je tente de lire le message de l’Empereur. Je m’enfouis sous un monticule de réflexions personnelles, et j’essaie de mieux me comprendre, de mieux me connaître.

Et voilà que mon premier visiteur arrive. Enkidu débarque dans ma chambre, un catalogue sous le bras, et je lui rends son salut. Je suis surprise de voir que l’on s’intéresse à moi, et de le découvrir là où je ne m’attendais pas à le voir. Comment a-t-il appris que je suis hospitalisée ? Je me suis vu morte, comme feu le Père Gregorius, et je n’ai pas communiqué directement avec lui… peut-être le prévôt coupable de mon état ? Le doute me ronge mais je ne veux pas faire peur à mon cher visiteur.
Quand je tourne la tête, je sens un tiraillement au niveau de la nuque. Une puce électronique a été fixée au niveau de ma moëlle épinière, et ses branches sont reliées à tous les nerfs rachidiens, réseau central de la motricité selon les dires des bouchers qui ont fixé ma prothèse. Je n’ai pas l’habitude et le circuit ne s’est malheureusement pas encore accoutumé à son nouvel environnement, alors j’ai la sensation de recevoir une décharge dans tout le corps. Ca réveille une vive douleur au niveau de la cuisse, là où j’ai vu Nox. Mais je mords sur ma chique, et j’échange avec Enkidu.

Je suis heureuse de le voir en bon état et aussi lucide. J’ai l’impression d’être une extra-terrestre à côté de lui (un peu comme tout le monde dans ce vaisseau à vrai dire), et se sentir aussi anormale à côté d’un psyker, c’est quand même éprouver un certain degré d’aliénation. Je pointe les écharpes aussitôt qu’il se pose. Il est vrai que je n’ai pas su respecter la commande qu’il m’a intimé de régler, j’espère donc ne pas le décevoir. A ce moment précis, tandis que j’explique quel rôle symbolique jouera cet étoffe au milieu des foules de Neustralia, je réalise à quel point Enkidu est une créature complexe, à la fois débrouillarde et capable de neutraliser l’impact de ses propres émotions sur l’action à réaliser (je l’ai vu lors du combat contre le servitor), mais aussi capable d’exprimer une générosité solaire. Je le réalise aussitôt que je déplore la partie de moi qui n’est plus en vie, et qu’il me ramène à ce qui peut rassurer. Je l’interroge sur mon état et mes capacités opérationnelles.

« T’as pas envie que je réponse à ça. Mais bon, la souffrance est la sensation physique de la foi, hein ? »

Il tape dans le mille. Ce sont exactement les mots qu’il faut pour que je rebondisse. Je suis envahie par une onde de chaleur, par un immense sentiment de fierté et de puissance. Je souffre pour l’Empereur. Je lui livre mon corps et j’endurcis mon âme pour lui. J’ai survécu, une fois de plus, pour me révéler à Sa Grandeur. C’était pourtant évident, mais je crois que je n’ai pas su interpréter ce message.

« Ainsi parle Sainte Alicia Dominica. Merci, Enkidu. Ta présence me fait du bien. Tu as l’air en forme dis-moi ? Si tu me parlais de ton magazine ? »

C’est décidé, Enkidu sera mon Etoile du Nord. Il est celui qui me guidera dans les nuits de l’Impérium, dans l’immensité du monde matériel, dans les turbulences du Warp, sur les routes cahoteuses de la perdition. C’est comme s’il venait, à chaque moment trouble de ma vie, renouveler mes forces et me tirer des sables mouvants.

Le temps passe et mon Etoile me quitte. Je sombre dans les méandres du sommeil, et les heures poursuivent leur course vers la fin de ce monde.

Entre deux rêves, j’ai vu Wullis passer. Toujours un magazine à la main, taiseux et vigilant. Il a répété cette action plusieurs fois, à la manière des médecins et des infirmiers qui passent vérifier mes courbes, mes connexions, mon état de conscience. Wullis passe toujours à des heures où je décline. Nous parvenons à avoir quelques échanges, mais je m’endors très vite. A chaque départ, le brave soldat s’est enquis de me laisser un fascicule, de quoi me distraire. Il me livre une sensation étrange teintée d’un sentiment de fraternité et d’une sensation de confort. En vérité, je crois qu’il se contente de me protéger tant que je veille. Suis-je menacé ? Je ne le sais pas. Mais il est l’auteur d’un acte, notamment, qui fait surgir à l’intérieur de moi des millions de fourmis causantes.

C’est son Arbre Sacré. Il se passe quelque chose quand il l’amène jusqu’ici. Toujours le même syndrome, la même connexion. Ces murmures qui m’envahissent, ce bruissement sibyllin qui chante à l’intérieur de moi. Est-ce qu’il est en train de me convertir ?
Il va falloir que l’on parle, lui et moi, pour que je comprenne un peu mieux ses pratiques. J’ai trop regardé l’homme d’arme, le guerrier qui livre bataille, et je n’ai que trop peu prêté attention à l’homme de foi qui sommeille en lui, qui reste pieux, qui garde presque secrète sa dévotion pour l’Empereur. Je ne sais pas encore ce que représente Wullis dans la courbe de mon existence. Et c’est justement ce qui m’interroge.

Le temps passe. Le temps passe toujours, et les heures s’enchaînent. J’ai toujours mal. Je perçois parfois des signaux depuis le bout des doigts de mon bras métallique. Je commence à ressentir ce canal électronique, ce circuit supplémentaire, ce nouvel horizon de mon corps. C’est une extension, mais elle reste étrangère. Je ne me sens pas capable de l’apprivoiser, tant que je la refuse. Cette partie n’est pas de moi. Elle n’est pas moi.

Certes je suis encline à la désapprobation et à l’obscurantisme, mais il existe des variables qui peuvent changer mes représentations. C’est peut-être l’un des seuls aspects de mon excommunication : en étant privée de la doxa scholastique de l’Ordre des Sœurs, j’ai ouvert d’autres canaux pour mon éveil spirituel. Ma représentation du monde a changé : elle a été rendue plus miséricordieuse et tolérante, plus à même de saisir certaines nuances sur les volontés de l’Empereur. Je suis peut-être moins soldate, et meilleure philanthrope. Enfin. J’ignore comment l’exprimer avec des mots, mais je suis différente de ce que j’étais.
Parmi ces variables, je redécouvre Mora sous un autre angle, et si je n’ose pousser le sermon, je n’en pense pas moins au sujet de cette créature machine. Mora est fabuleux. Après les passages de mon Etoile du Nord et du brave Garde Impérial, le Mécamacien se révèle à la Cantus que je suis devenue, force de souscrire à la souffrance que je dédie à l’Empereur.

Au départ, il m’a livré une très mauvaise impression. Mora sait, pour mon excommunication. Alors, quand j’ai entendu sa respiration défectueuse et que j’ai découvert sa présence dans l’embrasure de la porte, j’ai cru qu’il venait me tuer. Tout s’est remis en place : voilà pourquoi Wullis me protège ! C’est évident, le Mécamacien n’acceptera jamais qu’une sorcière comme moi souille l’Esprit de la Machine !
Je recule sur mon lit d’hôpital, j’ignore quoi faire. Il y a, tout proche de moi, un combiné téléphonique et un bouton d’alarme, mais le temps que les secours viennent il sera trop tard. Je cherche des yeux quelque chose. Une arme ? Non, impossible dans mon état. Alors je décide de ne plus bouger. Je calcule les risques. J’analyse la pièce. J-je…

« Je ne mords pas, tu sais. »

Je tente de feindre que je ne suis pas apeurée. Je le vois entrer, claudiquant avec sa canne. Aucun signe de violence de sa part, mais je décèle dans sa démarche qu’il a vécu des ennuis, lui aussi.

< Cette unité ne comptait pas cette possibilité dans ses diagnostiques. >

Je pousse un soupir de soulagement. A ce moment débute un échange que je n’aurais jamais cru aussi spirituel avec un membre du Culte Mechanicus. Mora sent quelque chose d’autre, c’est étrange. Il pique le nez, mais j’aime comment les choses se présentent.

« Je suis heureuse de revoir cette unité. Quel bon vent t’amène, mon tendre Rex ?
< Cette unité a échangé avec le psyché | Enkidu |. Elle a été informée de votre bénédiction par +++ omnimessie +++ >
- Ce bras n’est pas bénie, je regrette. Mais il est la preuve que j’honore le Dieu-Empereur de la meilleure des façons. »

J’ai reconnecté un câble qui s’est débranché pendant que je reculais. Mora pianote sur sa tablette de données et réalise un diagnostic. J’ai déjà saisi que l’entretien de ce bras obéit au même protocole que l’entretien d’une arme, et c’est une chose que je sais faire : faire reculer une goupille, désarticuler une pièce, démonter le boîtier de mécanisme, caler le canon en butée pour délivrer l’ensemble mobile, sortir l’extracteur et l’obturateur, gratter les interstices, éjecter le ressort, neutraliser le percuteur, dessabler, huiler, réassembler. Il me faudra un peu de temps pour accélérer la manœuvre, mais je suis assez sûre d’être capable de maintenir cet implant en bon état.

J’ai regardé mon Rex de la tête au pied. Tout cet amas bien huilé, avec cet effluve de poison et de sulfate, avec ses bouts de chair cachés, avec son allure de machine. Rex m’a toujours paru comme étranger, le métèque de la bande, mais j’ai l’impression qu’une partie de moi vient de se rapprocher de lui. La façon dont il m’ausculte est tout à fait nouvelle : peut-être qu’il est en train de me voir d’une façon différente, et c’est sûrement ce qui le pousse à me faire la leçon sur l’Esprit de la Machine.

C’est alors qu’il a fait ce qu’il n’aurait sans doute jamais fait à une créature bipède composée uniquement de matière organique. Il s’est connecté à ma prothèse, simplement en me tenant la main. Il s’est alors produit quelque chose de sensationnel, comme un trajet vertigineux vers une nouvelle matrice.
J’ai été transportée par ce courant magique. J’ai ressenti depuis ce contact une nouvelle connexion intérieure, comme si l’on venait de débroussailler un nouveau sentier spirituel vers de nouveaux paysages pour la nature de ma Foi. Une connivence s’est créée, un lien subtil et harmonieux entre Mora, mon bras, et moi. Un bourdonnement a étalé une note grave dans ma tête, comme un ultrason délié, comme si je capturais de nouveaux sons, de nouveaux sens que la nature humaine m’avait amputé. Cela m’a rappelé l’Arbre de Wullis, et le fait que les évènements se succèdent ne m’a pas laissé indifférente.

J’interprète cela comme un nouveau sillon tracé par l’Empereur. Une route bâtarde entre les différentes natures de Son message sacré. Je me suis éveillée.

Un et un, font Un. J’ai accueilli Sigma dans le paysage de ma vie comme si je donnais naissance à un nouveau fils. J’ai embrassé son premier chant comme j’ai admiré le premier cri de Nox. Je suis redevenue mère, mais d’une façon différente, en me disant qu’il fallait que je le devienne pour tous.
Les Filles de l’Empereur, c’est une évidence, sont des Mères pour toute sa création.


Nous sommes arrivés tous ensembles sur la passerelle. Quand je dis nous, je parle bien sûr de Sigma, de Nox, des murmures qui nous suivent, de l’Empereur, et de mon moi organique, en dernier lieu. Mora nous l’a dit il y a quelques jours : nous ne sommes plus seuls. Nous sommes un tout, et le squelette de Sephone n’est qu’une partie d’un plus vaste ensemble.

Revoir nos alliés nous ravit. Mora semble en bien meilleure forme. Notre Etoile et Wullis ont bonne stature, et nous avons l’impression de les voir de façon différente. Et ce n’est pas qu’une impression : ils ont changé, et notre perception du monde aussi. Nous remarquons un peu plus les alliages du vaisseau, les chaînes mécaniques, l’architecture des engins, les décors de notre navire. Nous avons décidé de ne plus regarder l’Empereur seulement dans sa partie périssable, mais aussi dans sa partie peut-être la plus noble : au métal, Il a donné l’immortalité.

Nous nous sommes contentés de suivre la mouvance, et nous avons eu l’insigne honneur de converser avec l’Inquisitrice en personne. Rorich et Masteel ont repointé le bout de leurs museaux, et nous les avons de manière différente, comme s’ils étaient parties d’un tout. Définitivement, eux aussi, sont périssables.

On nous parle de désordre, de guerre civile, d’un nouveau cadavre. Nous notons les détails, mais notre harmonie intérieure est tout accaparée par nos nouvelles sensations : nous marchons, quoique de façon un tantinet gauche, et nous ne ressentons ni le froid ni la chaleur sur une partie de notre union. Nous devons composer avec notre nouvelle identité. Nous ignorons si Mora sera heureux de nous redécouvrir enfin unis, alors nous osons un salut timide de la prothèse.

Tout le monde a parlé avant nous. Nous nous sommes regardés, eux et nous, presque à tour de rôle, chacun prenant la parole à son tour. Notre Mère Sephone a accueilli de ses oreilles les questions de chacun et nous les avons analysés. Notre Etoile a évoqué la presque incompatibilité entre l’objet de notre mission et notre inventaire : c’est malin, c’est piquant, c’est bien notre cher Enkidu. Nous ressentons une vive joie de le voir toujours aussi vif. Wullis, notre sentinelle, demande à son tour des informations plus pratiques. Nous sommes sûrs de pouvoir compter sur lui pour réfléchir aux éléments les plus élémentaires de l’action : pour que la partie organique de Mère Sephone survive, nous pouvons compter sur lui. Mora, notre nouveau guide spirituel, a évoqué son lien avec les autres produits de l’Adeptus Mechanicus : il nous rassure.
Les regards se tournent vers nous. Il est de bon ton de poser une question, mais nous sommes pris de court. Nous réfléchissons une petite seconde, un peu gênés par la façon d’être de Ndiame. Mais nous finissons par songer à quelque chose qui nous interroge vraiment.

« Aurons-nous un logis ? Sur quelle quantité de renforts peut-on compter en cas de problèmes ? Notre équipe est plutôt éclectique et nous avons nos qualités propres, certes, mais vous parlez de guerre civile… d’une situation que nous pourrions avoir du mal à appréhender. Voyez ce qu’il s’est passé sur ce vaisseau. Quelles sont les consignes de repli ? »

Nous avons peur, oui, de mourir avant d’avoir terminé notre devoir pour l’Empereur, l’Omnimessie… l’Arbre Sacré ?
Valindra | Haut-Ælfe, Voie du noble
Profil : For 8 | End 7 | Hab 9 | Cha 10 | Int 8 | Ini 9 | Att 10 | Par 9 | Tir 10 | Mag | NA 1 | PV 55/55
Fiche personnage : Lien

États Temporaires
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Compétences
• Acuité visuelle (B)
• Acuité auditive (B)
• Arme de prédilection - Lance (B)
• Monte (A)
• Diplomatie (B)
• Chant (B)

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