[Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

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Helveticus Matix
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Helveticus Matix »

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L'excommuniée est de mon avis quant à mes remarques. Masteel, lui, semble les trouver pertinentes, mais bien trop prématurées pour leur porter réellement intérêt. Je valide qu'il ne faut pas faire de conjectures trop tôt, mais m'irrite aussi un peu de la remarque, car il n'en a pas compris l'objectif. C'est bien Ndiame qui a commencé à nous parler de trafics d'organes, à tirer des conclusions sur des preuves bancales ou inexistantes. Mon but n'était pas de trouver immédiatement une conclusion à l'enquête, mais plutôt de prouver qu'il y avait d'autres voies possibles.

Néanmoins, ce n'est pas contre le lexiconographe que je m'irrite, mais bien contre moi-même. Une fois de plus, je n'ai pas été foutu de m'exprimer correctement et de me faire comprendre. Je pense que cette fois, c'est parce que je me suis trop éloigné de ma manière de communiquer et ai tenté de m'adapter à leur langage. Moins d'informations fournies, moins de probabilités, moins de chiffres. Car dans ma tête, c'est bien ainsi que j'étudie la question, chaque donnée supplémentaire rognant un pourcentage théorique pour le conférer à un autre.
Mon diagramme est déjà généré et agencé, j'ai même pris soin de laisser beaucoup de vide à combler avec l'avancée de nos investigations.

J'espère que l'on ne me prend pas pour un impulsif ou pire, quelqu'un qui bâclerait le travail. Ça me donne envie de faire des précisions supplémentaires, d'étaler mes théories devant tout le monde. Mais ce serait contre-productif.

Sephone requiert des données supplémentaires, pour mon plus grand régal. Masteel les lui fournit et je les dévore avidement. Mon dossier interne "Enquête_Inquisitrice_Neustralia_Lutèce_00001" gagne de la panse.
Ndiame nous précise bien l'importance de notre discrétion. J'écarquille un peu les yeux, lançant un regard furtif aux autres membres du groupe. Ce n'est pas gagné. Heureusement que Wullis, avec son masque dérangeant, ne fera pas partie du voyage! Résultat, le plus hétéroclite des membres, c'est... moi-même. Cette unité. Technographe reconnaissable d'entre mille sur n'importe quel monde de l'Impérium. Et je ne vois absolument pas comment remédier à cela.

Masteel mentionne le lexiconographe que nous devons rencontrer sur place. Un certain Sand tenant une agence à son nom, décorée d'un "déduction" à la fin. Les optiques de notre interlocuteur s'égarent un instant sur le plafond pendant qu'il expire. Je ne comprends pas pour... Oh! Sand Déduction... Sans Déduction? Quelle étrange coïncidence!
Mes épaules se soulèvent de quelques degrés et j'identifie une sorte de toux s'échapper de moi. Une volute de fumée s'échappe de mes ventilateurs en réaction. Le phénomène ne fait pas mine de s'interrompre, bien au contraire : il gagne en intensité. C'est incompréhensible, mais mon corps refuse toute directive. Je ne peux enlever cette image du lexiconographe, de cette situation d'un sérieux total et du jeu de mots, combinés. Cela me semble erroné, tandis que quelque chose croît en moi au point de m'en inquiéter.
Un virus? Ai-je été infecté par ces maudits serviteurs?!


< Krrrz_ > arrh < Krrrx_ > ehrrr < Kronzzz_ > ouerrrh

Je me courbe un peu et plaque ma main pour boucher mon respirateur. Ce mélange de sons gutturaux et artificiels m'est incompréhensible. Les soubresauts continuent quelques instants avant de se calmer. Je pense pouvoir en identifier la source, ayant déjà vécu ou observé des phénomènes similaires au cours de mon existence.

Il y a cinq ans, trois mois et cinq jours, je débattais vivement avec l'un de mes collègues. Il affirmait que la pression d'une valve n'était pas suffisante. Je rétorquai qu'elle était excessive. Le ton commençait à monter quand, pour conclure le débat, il avait décidé de l'ouvrir. Le jet de vapeur bouillante qui en résulta ravagea le haut de son corps, balayant sa capuche, ses augmentiques et sa pilosité en arrière. L'adepte avait alors tourné son visage brûlé, mais stoïque, vers moi, lâchant un son que je n'oublierai jamais - même sans mes archives - avant de s'écrouler au sol.
Je n'ai pu demander de l'assistance que cinq bonnes minutes plus tard, mon corps et mon vox trop agités de spasmes pour réagir.

Comme alors, ces réactions sont un mystère. Elles sont néanmoins horripilantes et mettent grandement à mal ma crédibilité. Je me ressaisis et écoute le reste de l'entretien dans un silence honteux.

Finalement, après un court discours n'invitant aucune réplique, Rorich nous tend un porte-vox. Parfait, ce rôle me revient de droit. Personne dans notre groupe ne peut emmagasiner et émettre autant d'informations que moi-même. Mais alors que je m'apprête à bouger, Enkidu me dépasse et le saisit. Va-t-il me le confier ensuite? Non, il retourne à sa place sans m'accorder le moindre regard. Je suis figé dans mon geste, le bras à peine relevé.
La colère monte en moi. J'ai envie de faire part à l'assemblée de ma désapprobation, mais je me sens encore trop honteux pour prendre la parole. L'impasse est totale, le corrompu a bien mené son jeu : il a gagné. Et moi, je fulmine.






Nous nous tenons sur la passerelle et, pour la première fois de mon existence, je peux contempler l'étendue de l'espace de mes propres yeux. N'est-ce pas un comble? J'ai passé 99.99 pourcent de ma vie dans un vaisseau stellaire et c'est lorsque je quitte mon foyer que je peux me rendre enfin compte de cette étrangeté. Les vaisseaux du Mechanicus n'ont aucune forme de hublot, même dans la passerelle de commandement - c'est aussi une première pour moi, celle de mon Arche se trouvant à des kilomètres de mon secteur d'activité.
Tout est transmis sous formes de données détaillant minutieusement les distances, les phénomènes stellaires, les astres à proximité etc. De grands panneaux d'interface simulent constamment tout ce qui nous entoure, de près ou de loin.

Ce fourmillement d'activité numérique est en opposition totale avec le... vide qui s'offre à nous. Infini, éternel, physique. Ce que je vois aujourd'hui n'est pas une simple équation sans résultat chiffrable, c'est... palpable. Et pourtant non, car c'est le vide. Mais si, puisque c'est physique. Mais comme il n'y a rien, peut-on qualifier cela de physique?

Je sens quelque chose en moi. Ce n'est comme tout à l'heure, avec Sand Déduction. Je n'ai d'ailleurs aucune envie de m'agiter de spasmes en y repensant. Non, c'est ma chair, mais aussi mes cogitateurs qui se sentent mal. Il n'y a rien sur ces fenêtres pour nous informer de notre point d'ancrage dans l’immensité de l'univers. Juste le vide, le physique, le palpable, le Tout, le Rien.
Par la Force Motrice, comment font-ils tous pour rester bien droit, confortables sur leurs appuis, sans même savoir où est le dessus et le dessous? De quoi d'ailleurs?!

Le vertige me prend, brusquement. Je porte mon bras véritable à mon visage pour l'enfermer dans sa main disproportionnée. Son tendre contact pourra-t-il me calmer? Non, dans sa dextérité toute relative, il écrase sa paume de métal contre mon crâne. J'ai le tournis et, seulement maintenant, je me rends compte que c'était ce même bras qui tenait ma canne un peu plus tôt. Il l'a lâchée, et je n'ai plus d'appui.

Mes genoux heurtent violemment le sol. Mes mains, organiques comme mécaniques, rattrapent ma chute. Je regarde l'alliage de la surface sans l'analyser, ou même la voir. Mes yeux sont trop humides.
Je me cabre, des muscles que je soupçonnais être morts jusque-là se contractent à outrance, hurlant leur atrophie. Mon vox grésille, incapable de traduire les informations qui cherchent à s'échapper de ma gorge.


Euuuarph... Euuuoorp...

Après deux abominables contractions, mes tuyaux organiques cherchant quelque chose à purger de mon corps, je sens quelque chose remonter. Mais c'est impossible! Qu'y a-t-il donc à évacuer? Et surtout, mon respirateur n'est absolument pas fait pour gérer cela! La panique m'envahie aussi fortement que la gerbe.

< Non non non n... BRXC_ > Euuuuuuuurglbrp!

Une pâte de restes nutritifs, noirâtre et mousseuse, se met à couler de la grille de mon respirateur. Je tente de reprendre mon inspiration, mais tout est bouché! Mon système de ventilation est totalement entravé par cette mixture qui s'enfonce un peu plus dans mes systèmes à chaque tentative. Je ne sais pas quoi faire. Je vais mourir là, comme un déchet organique, sous le regard écœuré d'inconnus. Même mes servocrânes sont impuissants, bourdonnant autour de moi dans l'attente de directives cohérentes.

Je me rappelle soudain mes systèmes d'urgence, un canal secondaire censé purger tout blocage respiratoire. Il est rudimentaire, mais devra faire l'affaire. Je presse un bouton dans mon cou. Un "pschhhht" sonore se manifeste tandis que de l'air sous pression tente de libérer le chemin. Le liquide s'écrase au sol, suivit de plusieurs petits "pop" de grumeaux s'échappant en mitraille.

Enfin, je prends ma bouffée d'air! Elle est chargée d'un goût immonde que même mes papilles endormies parviennent à capter. Mon respirateur grince toujours d'encombrement, mais l'oxygène passe. C'est le plus important.
Je tâtonne, ma main de métal trouve ma canne et s'en sert pour me relever. Je manque de m'affaler une nouvelle fois, mais les membres ombilicaux sous ma robe me permettent de me stabiliser. Sans rien dire, je m'échappe avec empressement.

Un serviteur vient à ma rencontre. Je lui saisis le bras pour qu'il m'aide à avancer. Une fois dans une pièce discrète, j'entreprends mon rituel de purification d'urgence. Tandis que mon vox énonce une suite de cantiques prévus à cet effet, je me rapproche de la glace réfléchissante et dégaine un tournevis de ma robe. La grille en triangle arrondi se détache et je la pose soigneusement sur l'évier. Derrière, plusieurs filtres, câblages et autres systèmes d'assainissement sont imbriqués dans la structure. Fort heureusement, ils peuvent être retirés pour l'entretien sans être endommagés.

Même durant mes rituels quotidiens de maintenance, je ne vais jamais aussi profondément dans cet augmentique. Aussi, lorsque la dernière couche de son armature se disloque dans un "clic" satisfaisant, je peux voir ce qui est derrière pour la première depuis... je n'ai aucune date archivée pour cela. Je contemple la blancheur osseuse de mon crâne. Il n'y a plus de mâchoire, mais je peux contempler le maxillaire supérieur, totalement à nu sous mon luminoglobe. Les dents ont été retirées il y a bien longtemps, jugées comme dérisoires.
Au bout du "tunnel", des tuyaux artificiels font leur apparition, censés répartir l'air entrant dans différents canaux de purification.

Je reste un long moment à regarder mon vrai visage. Je sens mes protocoles de quarantaine émotionnelle aux aguets, prêts à bondir. Aussi, je vogue sur la surface d'un océan de pensés qui pourraient ravager mon être et ma foi si j'osais y tremper le pied. Mon vox continue de déblatérer des prières qui restent sourdent à mes oreilles.
Finalement, je secoue la tête et reprends mon office. Je ne tiens pas à passer dans l'Immatérium avec un tournevis dans la bouche.

***

À mon retour sur la passerelle, avec toujours un léger goût de vomis en gorge, je tente de me faire le plus discret possible. Sans grand succès, évidemment. Une voix me fait sursauter, et je lève la tête pour en identifier l'origine. Mon regard croise celui d'Astrid Skane. L'inquisitrice en personne vient de s'adresser à moi et je suis frappé de surprise à l'idée qu'elle ait connaissance de mon existence. M'a-t-elle vu m'humilier ainsi?
Le sang me monte à la tête et je n'ose supporter son regard une seconde de plus. De nouveau, je me dis que je n'ai rien à faire ici.

Omnimessie, par pitié, laisse-moi rentrer chez moi.

L'inquisitrice entame ensuite une conversation avec le Magos Ziegler. Je leur accorde ma plus totale attention. Au premier abord, je m'offusque du point de vue de l'adepte qui a semblé ouvertement blasphémer sur les capacités des enfants du Dieu-Machine. Le reste de son propos me rassure dans nos convictions partagées, mais me laisse un goût - encore - plus amer en bouche. Il mentionne l'Âge Sombre et y affilie le Mechanicus, puis rapporte l'exploit des navigateurs aux talents de genetors tels que lui-même. À contrecœur, je suis obligé de lui concéder ce dernier point...

L'agitation se fait de plus en plus grande sur la passerelle. Je capte la dispute entre le timonier et le prime technaugure : le premier veut surcharger le réservoir quand le second fait preuve de sagesse. Que la parole de l'adepte ne fasse pas acte de vérité absolue m'abasourdit. Qui d'autre pouvait connaître les tenants et les aboutissants exacts de ce genre de manœuvre?

Le navigateur fait ensuite son apparition, une silhouette à peine humaine qu'on pourrait associer à celle d'un technoprêtre en étrange tenue. Cette simple comparaison m'horrifie et je la mets en quarantaine de mon plein gré.
Enkidu, le voleur de Vox, n'est pas le pire des corrompus avec qui on aurait pu nous associer. Sa malédiction ne se manifeste pas de manière aussi ostentatoire, aussi dérangeante, que chez le nouveau venu.

La libre-marchante fait enfin son apparition et s'entretient avec l'être maudit. Après quelques échanges, avec lui et l'inquisitrice, elle fait ce que je redoutais jusque-là. Elle donne raison au timonier et ordonne la surcharge des réservoirs. Le prime technaugure accepte sans broncher, comme si une nouvelle probabilité plus acceptable venait de se manifester.
Que puis-je y faire, de toute façon? Je m'y connais dans les machines antiques, même dans le fonctionnement de réacteurs et autres systèmes de vaisseaux. Mais pour ce qui était du voyage dans l'Ailleurs... Autant demander à un nouveau-né fraichement incubé.






Le Saut est imminent. Une foule monstrueuse est amassée dans une grande chapelle. La voix de l'archi-aumônier résonne contre les antiques murs. Je préfère me mettre sur le canal des technaugures et prier avec eux, depuis ma place. Mes rites binaires sont les seuls de ce coin de la salle et, une fois de plus, je me sens seul. Ce n'est ni grave, ni vrai, car par le simple chant de ces cantiques, je sens l'étreinte du Dieu-Machine me raviver.

Lorsque la Dame-capitaine prend la parole, je baisse le volume de mon vox pour pouvoir les entendre et permettre à mes voisins de faire de même. Son discours est brut, presque sauvage et... étrangement enivrant. Malgré l'écart culturel qui m'éloigne de l'assemblée, je suis porté par ces paroles, comme les autres. Je me sens comme appartenant au Tout de cette épopée.

Son discours se termine sur la fermeture des volets blindés. Si la peur comble chaque iota de mon corps, je ressens aussi une forte excitation. Que peut l'Anti-Matrice contre nos Fois cousines? Contre l'œuvre du Dieu-Machine telle que l'Indomptable Ravel?
Mais lorsque la chapelle se plonge brusquement dans une quasi-obscurité, le flottement qui s'ensuit fait grandement retomber l'effervescence.
Puis c'est au tour de la vox d'annoncer l'approche du Point de Mandeville.

Je joins mes poings pour former le symbole de la Roue Dentée, chaque doigt s'imbriquant dans ses voisins. Enfin, j'augmente mon volume pour continuer mes prières.


< Bddirtm` Idlbdmssbm, âeiutm lis prbèrmsLius siddms tms mlfnlts, pbmux âruabts au Ehmdbl am `nDnehblmLius vn`irbsils `n eillnbssnlem pnr-amssus tiut, enre'mst til enamnu âtmrlm` sur `'hudnlbtâAbmu dnehblm, vmb``m sur lius anls lis viyngms,pritègm-lius am dâtn` mt am fiuarm. Enr `'ulbvmrs mstul vbam blsmlsbo`m, mt `m Wnrp n fnbd am lius tius._ >





Cela fait combien de jours que nous voyageons? Je n'en ai pas la moindre idée. Pour la première fois depuis des décennies, j'ai stoppé mon horologium interne, de peur que son subtil mécanisme ne soit parasité par une influence extérieure. Beaucoup d'autres de mes systèmes informatiques ont été réduits ou carrément stoppés juste avant le Saut. Si la tempête ne fait pas encore rage, je préfère éviter toute contamination externe et verrouiller mes cogitateurs au maximum.

Je préfère ne pas m'informer de l'heure à bord du vaisseau, car je n'y accorde que peu de confiance. Je sais, c'est stupide. Tant de systèmes vitaux dépendent du bon fonctionnement de machines autrement plus complexes qu'un simple horlogium. Sans eux, nous serions aux mains des martyrs de l'Immatérium.
Et pourtant, je n'en suis pas convaincu. Le temps est une valeur aléatoire, dérisoire en ces lieux, bien moins concrète que les effets de l'inébranlable réacteur Geller. Lorsque nous atteindrons notre destination, alors seulement, je pourrai mettre à jour mon horlogerie interne.

Jusqu'alors, j'ai erré dans l'Ingeniarium pour bénir toute machine dont j'avais accès. C'est une tâche nécessaire, bien que phénoménale.
C'est pourquoi lorsque j'ai été convoqué par l'étrange Magos Ziegler, je me suis d'abord senti arraché à mon devoir, avant de reprendre conscience de l'autorité hiérarchique à laquelle je dépends.

Bien que mon malaise soit palpable, je ne peux qu'être subjugué devant la sagesse - spéciale - de l'individu qui se tient devant moi. Impossible de quitter des yeux cette silhouette qui témoigne pleinement de l'aboutissement d'une foi véritable. Je suis intimidé par sa simple proximité, mais aussi honoré qu'elle me soit permise.
Incapable de sortir le moindre mot tant cela me paraîtrait dérisoire et inapproprié, je me contente de suivre.

Echo et Strepitus me suivent dans le même silence religieux. Et heureusement! Depuis quelques jours, il leur est arrivé de me murmurer des choses sans aucun rapport avec leur programmation. Ces signaux ont été immédiatement purgés de mon système sans aucune forme d'analyse. Mais pendant mes quelques heures de sommeil, je les suspecte de reprendre leurs tirades hérétiques dans le but de m'infecter. Je pourrais les détruire, mais ne juge pas encore que ce soit nécessaire.

Une fois dans l'ascenseur, le prévôt ne remarque pas que les deux adeptes qui l'accompagnent posent sur lui un regard d'une offuscation profonde, à la suite de ses actes blasphématoires envers le Dieu-Machine. Fort heureusement, Magos Ziegler prend les devants et remet l'imbécile à sa place d'une remarque particulièrement tranchante. Si je suis de son côté, voire ainsi la colère du vénérable s'abattre me terrifie autant qu'elle me satisfait.
Omnimessie, faites que jamais je ne me retrouve de l'autre côté de genre de réprimande!

Nous débouchons finalement dans un atelier de réparation. Immédiatement, je remarque la présence de deux autres porteurs du rouge de Mars. Cette vision me détend. Je suis entouré des miens.
Magos Ziegler me présente et je me redresse immédiatement pour exposer mes données d'identification.


< Unit..._ >

Je suis immédiatement coupé par les deux technaugures qui semblent fort peu ravis de me voir. Je comprends rapidement pourquoi, un détail qui avait échappé à mon esprit troublé par la peur d'un environnement étranger. Ces deux adeptes de taille ridicule provenaient de Lathès. On m'a toujours mis en garde contre ces énergumènes à l'esprit fermé et méfiant. Leur incapacité de voir plus loin que leurs mécadendrites va à l'encontre de beaucoup de mes principes et je les considère comme la cause principale des troubles qui existent au sein du Mechanicus de Calixis.

Quel manque d'analyse j'ai fait! Je pensais que mes plus grands détracteurs au sein du vaisseau viendraient des incultes. Mais c'est bien de mon ordre, de mes cousins, que la menace risquait d'être la plus grande. Cette pensée me dévaste, mais je garde contenance. Les tristes individus qui se disent technaugures ne parviendront pas à me faire perdre contenance face à un Magos.


< Cette unité a pour maîtres : // Trinité _ Dieu-Machine / Omnimessie / Force Motrice
Cette unité théorise : // ce point communie toutes les unités actives présentes dans cette sainte pièce._ >


À cela, je couple un flux de données binaires généreusement projeté dans leur direction. Elles les informent de toutes les informations nécessaires pour répondre à leur question. Inutile de tenter de dissimuler mon appartenance aux disciples de Thule. D'abord par fierté, si cela ne leur plait pas, ils peuvent bien aller se faire greffer un membre organique. Ensuite, le dénommé KV-8 aura tôt fait de m'identifier.

Sans attendre de réponse, je tourne la tête vers Magos Zielger pour m'assurer de son autorisation, puis je m'approche des serviteurs défaillants avec une grande prudence. J'active aussi l'aupex qui repose sur mon épaule droite. Les informations qu'il collecte sont transmises à l'interface de mon implant monocle.
Je suis invité en tant qu'observateur, mais j'ai aussi l'intention de mettre mon expertise à l'œuvre si je découvre quelque chose.
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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Reinhard Faul
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Reinhard Faul »

J’ai réussi un coup magnifique ; j’ai aligné trois boules avec des chiffres qui se suivent afin que mon adversaire bénéficie d’un pont d’or pour marquer beaucoup de points. Je fais un sourire penaud, l’air de dire « pas de chance hein ? » mais intérieurement je jubile. Hélas, Caius est en train de raconter sa vie, ne se rend compte de rien et manque son coup. Bon, je comprends, la journée est longue, on est tous très nerveux… là ça serait de la mauvaise foi de reprocher au monsieur d’avoir la tête ailleurs. Je crois qu’il me fait la Spéciale Noble Malfien, c’est-à-dire me parler en apparence mais s’adresser à lui-même en réalité. Qu’est-ce que tu crois ? Que c’est à moi qu’il parle quand il explique que l’Inquisition offre des opportunités de carrière à tout le monde ? Que c’est qu’une question de temps avant que l’ascenseur social m’emmène jusqu’aux étoiles ? Ça fait une grosse semaine que je suis là, et la semaine d’avant j’étais dans un vaisseau de transport de prisonnier où j’avais pas le droit d’avoir des couverts pointus. Je ne suis pas assez utile pour qu’on me tienne ce genre de discours.

Après il est parti… je sais pas où il est parti. Je l’écoutais d’un air un peu hagard, remettant du bleu au bout de ma queue de billard, quand j’ai très distinctement perçu les mots « Soeurs du Silence ».

« Que-quoi ? »

Pas très littéraire, mais en réalité c’est pour couvrir le bruit du prout massif que j’ai lâché en entendant ça.

C’est très difficile de transporter des Psykers qui ne sont pas encore entraînés, je ne nie pas, mais aucune force au monde aurait pu garder mes sphincters étanches à la mention de ces mots-là. Je me souviens des monstres. Comme beaucoup de chose, on ne m’a pas expliqué ce que c’était ni leur raison d’être, mais je crois que ce sont des geôliers. Je ne peux pas les voir ni les entendre ; ils sont là, mais mon cerveau ne les imprime pas. Je sens leur présence, mais je suis incapable de fixer mon regard dessus. Leur simple existence me met en pièces.

C’est la première fois que je suis dans cette situation. Quelqu’un d’assez insensible pour me balancer les Soeurs du Silence à la figure ne devrait pas savoir qu’elles existent. Qu’est ce qui se passe ? J’ai jamais entendu un autre Psyker parler de ce qu’ils nous faisaient d’une façon aussi crue. Fanfaronner d’avoir survécu, oui, se complaire dans un espèce de délire masochiste type « oh oui je l’ai bien mérité punissez-moi je suis vilaine », pourquoi pas, mais jeter à la figure des honnêtes gens des mots comme « cage » c’est un peu fort de café. Je retrousse les lèvres de dégoût, je suis bonne pâte mais faut pas pousser non plus. Ça a intérêt à être une intro destinée à un monologue spectaculaire sinon je vais… pas me mettre en colère, évidemment, j’ai pas le droit, mais devoir être très ingénieux et diplomate. Encore.

Oh.
Oh.

J’ai reculé un peu fort, l’arrière de mes cuisses a cogné contre une élégante commode en bois, je me suis retourné pour m’excuser auprès de la commode. Je vais mourir.
C’est pas le sens des mots (soyons clairs : ils n’en ont aucun), c’est la brusque bouffée d’émotion et l’étrange logorrhée complètement inadaptée à la situation, avec des accents un peu paranoïaques. Surtout après avoir avoué sans aucune honte avoir bénéficié d’un conditionnement bâclé. Je voudrais illustrer un cas de Psyker qui part en couille, je n’en trouverais pas de meilleur. Après il n’est pas encore tout vert, tout explosé et tout bizarre.

À ce moment-là, le temps ralenti à cause de la panique. J’ai deux choix :

J’ai raison. Il est en train de perdre la partie. Je connais ce scénario, car je l’ai déjà vu se produire dans des dortoirs collectifs avec quelques couillons qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment. J’ai une poignée de secondes pour me jeter sur la porte blindée, la gratter et tirer dessus à m’en arracher les ongles, pleurer et supplier qu’on me laisse sortir (ce qui n’arrivera pas). Agonie aussi brève qu’effroyable, sauf si le démon joue un peu en faisant des activités manuelles comme des mutilations génitales ou me faire couler du métal en fusion dans l’oreille. Ça c’est la version où l’équipage du vaisseau n’allume pas les quelconques dispositions de sécurité (dont je ne connais pas les détails) qui oblitèrent tous les occupants du bunker en cas de coup dur, bien sûr. La version longue quoi. Fin du petit Enkidu merci d’être passé.

Ou alors il est juste… bizarre. Peut-être que je suis la première personne depuis dix ans à lui parler sans faire des « recule Psyker dégoûtant ». Peut-être qu’il en est devenu un peu maboule. Ça, je peux gérer ! Je connais ! J’en ai déjà vu plein ! Dans la zone de transit entre mon précédent vaisseau et celui-ci, il y en avait des bien abîmés. Un jour des ouvriers sont venus à la cafétéria pendant qu’on mangeait. Ils installaient une nouvelle pompe pour le distributeur de pâtée d’algue, mais la pièce passait pas par le chambranle de la porte. Quatre Psykers sont immédiatement tombés à genoux devant pour prier l’Empereur de résoudre le problème. Un peu plus tard un type s’est jeté par terre pour pleurer, hurler, et s’arracher les cheveux parce qu’il a pété un verre et qu’il suppliait qu’on le pardonne. Ils l’ont emmené, pas revu. Mais bref. Les interactions sociales sont souvent étranges. Quand je te disais que Caius n’a peut-être pas eu une conversation normale depuis dix ans, ce n’était pas une image. Ça arrive. Et un mec tout seul dans sa tête pendant dix ans peut se faire une curieuse image du monde. Du coup, pour tout un tas de raison, parce que j’ai incroyablement peur de mourir, que je suis fatigué, et moi-même à un ou deux embranchements mentaux de discuter avec le papier peint, je parle à Caius Sixtan Luvarn, Interrogateur de l’Ordo Xeno, comme à l’un de mes semblables :

« Non mais oh mais ça suffit oui ?! »

Pas un ton agressif, mais plutôt… paternel. Un fou ça se prend par le col direct. On lui dit la marche à suivre et qui a raison. Ça fonctionne dans quatre-vingts pour cent des cas. Jamais négocier, jamais adhérer à ses trucs de zinzin, même un petit peu pour faire plaisir. Idéalement une bonne baffe ça pose des bases saines pour la relation future, mais c’est un Interrogateur quand même.

« Vous ne pouvez pas parler de ça avec moi, c’est pas… » Je pointe du doigt mon seau qui est resté à côté de la porte. « Vous voyez ça ? Je l’ai apporté parce que je pensais qu’on allait m’enfermer dans un placard pendant des jours sans sanitaires. L’inquisitrice je l’ai vue deux fois au loin depuis la foule. Il est évident – et j’insiste sur ce mot – que je n’ai pas le luxe d’avoir des opinions sur ceci ou cela. Peut-être cet état de fait vous a échappé à cause de euh… du poids de vos responsabilités, et je me plains pas de ma situation parce que je l’ai méritée, mais… me mêlez pas à ça. Je vais mourir dans le déshonneur sinon, plus que ce que j’y suis déjà. »

Cette dernière phrase est prononcée un peu plus suppliante que le reste, parce que dans la vraie vie si Caius veut vraiment me mêler de force à un complot je n’ai aucun levier pour l’en empêcher. Contre les agressions les plus basiques, j’ai la fameuse défense « prière de ne pas saboter la propriété de l’Impérium en la poussant à exploser, crime de haute trahison contre l’humanité en temps de guerre soit dit en passant merci au revoir », qui marche toujours très bien, mais c’est plus difficile de prouver des choses à l’oral.

Bon par contre ce que je lui ai pas dit c’est que la pièce est sans doute bardée de micros et de machins, peut être un servo-crâne caché dans le mur ou quelque chose. Si il a pas l’imagination d’y penser, je vais pas le lancer dans une crise de paranoïa. Il a visiblement pas besoin de ça.

… peut-être que c’est trop tard. Ça commence par un bleu qui s’étend rapidement, ou une bosse qui gonfle à toute vitesse. Peut-être qu’il va exploser directement. Ils nous font tout le temps des examens médicaux ou une infirmière regarde jusqu’entre nos orteils si une marque bizarre n’est pas apparue. Et des questionnaires psychologiques, plein. Je me demande si on doit en faire un après avoir été en contact avec un démon. Depuis tout à l’heure je soupèse ma queue de billard et j’essaie d’en estimer l’allonge. La seule autre arme que j’ai sur moi c’est la Miséricorde à ma ceinture, toujours accessible, qui prend la forme d’un espèce de bâton métallique de la longueur de ma main. Il faut la poser sur la nuque de la victime, un peu en oblique en direction de ses yeux, et appuyer sur le bouton à l’arrière. Une lame propulsée à toute vitesse par un puissant ressort en est éjectée. Mort instantanée, encore faut-il atteindre sa victime. C’est prévu pour quelqu’un de… coopératif, disons.
Natus est cacare et abstergere coactus est.
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Stats :
Voie du sorcier de Nurgle (Profil avec empreintes occultes et mutations)
For 9 | End 14 | Hab 10 | Cha 6 | Int 15 | Ini 10 | Att 10 | Par 9 | Tir 9 | Foi 8 | Mag 18 | NA 3 | PV 140/140

Mutations/marques :
Nuages de mouches : -1 ATT/PAR/TIR/INI pour toutes les personnes à moins de 6m
Plaies suppurantes : 1d3 dégâts retranchés à chaque blessure
- Morsure Venimeuse : Poison hallucinogène
- Hideux (Effet : Peur)
- Organe du Chaos (-1 CHA/HAB, +1 END, +5 PV)
Pourriture de Neiglish : Porteur sain
Protection de Papy : 2d4 PdC à chaque critique en incantation
Grimoire :

- Lumière : À appliquer sur un objet ; Fait de la lumière pendant 1h
- Flammèche : Petite étincelle au doigt pendant une minute
- Météo : Connaît la météo prochaine
- Repos : Peu faire se détendre quelqu'un

- Infestation de Nurglings : 24m / 1d4 tours / Projectile magique. Une fois qu'une personne est touchée, elle subit 10+2d10 dégâts magiques par tour / Dès la fin du sortilège ou la mort de l'ensorcelé, des bubons explosent, libérant 2d3 amas de chair, qui sont autant de nurglings
- Fontaine putride : 6m / Instantané / 30+2d10 dégât devant lui + gain de 7 armure temporaire magique / +5 dégât par point de MA
- Gerbe corruptrice : 12m / 10+1d10 dégât dans une zone de 6m, esquivable ; métal rongé après 1d4 tours / -1 esquive par MA

- La multitude fait le tout : Se change en nuée de mouches
- Prodigieuse santé : Contact / Devient ultra bogosse et ultra chad
- Grande invocation de petits amis : Invoque des insectes pour servir d'ingrédients
- Immonde messager : Peut envoyer des messages twitter (Caractères limités)
- Allégresse fétide : Supprime toute douleur mentale ou physique
- Divine urgence : Force la cible à faire un jet d'END. Diarrhée en cas d'échec.
- Paludisme dévorant
- Vent de Nurgle
- Torrent de corruption

- Invocation : Nurglings
- Invocation : Bête de Nurgle
- Invocation : Porte Peste
- Octogramme de conjuration
Compétences :
- Résistance accrue : +1 END aux jets testant la résilience physique (Fatigue, drogue, alcool, torture...)
- Vol à la tire : +1 pour escamoter quelque chose
- Baratin : +1 pour endormir la vigilance de quelqu'un
- Déplacement silencieux : +1 pour fureter quelque part
- Déguisement : +1 pour s'infiltrer en étant déguisé
- Alphabétisation
- Autorité
- Humour
- Empathie
- Coriace

- Sens de la magie : Sur un test, détecte les événements magiques
- Incantation (Domaine de Nurgle)
- Maîtrise de l'Aethyr (Nurgle) : 3
- Contrôle de la magie
- Divination (Oniromancie) : Sur un test au cours de son sommeil, peut découvrir la destinée de certains personnages
- Langue hermétique (Langue Noire) : Parle la langue immonde du Chaos
- Confection de maladies : Peut fabriquer des maladies communes et rares
- Connaissance des démons
Équipement de combat :
- Bâton démoniaque : 2 mains ; 10+1d8 dégâts ; 8 parade ; Assommante & Utilisable seulement par les classes magiques. +1 PAR
- Pistolet à répétition : 46+1d8 dégâts, malus -2 TIR/8 mètres, peut tirer cinq fois à la suite avec un malus de -1 TIR par chaque nouveau canon qui fait feu
- Agaga (Épée à une main) : 18+1d10 dégâts ; 13 parade ; Rapide, Précise, Perforante (2) ; +1 INI
- Cocktail Molotov (x4) : Dans un rayon de 1m, toute personne qui est touchée par la bouteille prend trois états de « Enflammé ». Dans un rayon de 2m, c'est 2 états seulement. Dans un rayon de 3m, un seul état.

- 15 balles et poudres

- Tenue de cultiste de Nurgle : 5 protection ; Tout le corps sauf tête

- Anneau d'Ulgu : Lorsque porté, vous pouvez faire croire à ceux qui vous entourent que vous êtes un humain lambda (sans mutation aucune ni trait particulier) pendant 1 heure. Vous ne pouvez utiliser cette capacité qu’une fois par jour. Vous ne pouvez pas prendre l’apparence d’une personne en particulier.

- Miroir de la Demoiselle d'Acques
- Cor de la harde des Museaux Annelés
Équipement divers :

- Marque de Nurgle
- Caresse de la vipère (poison) : Un sujet blessé par une arme enduite de ce venin doit réussir un jet d'END-4 sous peine de mourir dans END minutes. Chaque minute avant sa mort, le sujet subit 5 points de dégâts non sauvegardables, et un malus cumulable de 2 à ses caractéristiques.


- Couverts en bois
- Sac à dos
- Couronnes dentaires en bois
- Tatouages
- Porte-bonheur

- Sap-biscuit

- Costume de répurgateur + Fleuret (Déguisement)
Divers divers :

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Valindra
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Valindra »

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Magdela Sephone, Soeur de Bataille
Schola Progenium, il y a plus de vingt années

« Acta fabula est. La pièce est jouée, ma Sœur. Résigne-toi.
- Le Père de l’Humanité pourrait-il me pardonner de déclarer ce forfait ?
- Tu n’as pas jeté le gant, Sephone. Garde-toi de croire que ses yeux sont toujours sur toi.
- C’est pourtant ce que l’on m’a enseigné, Alma Mater. Qu’il est partout et en toutes choses. La Sororitas doit se défier de l’abandon, ne renoncer qu’à ce qui pourrait la conduire vers le diable, et cultiver corps et esprit pour mieux porter Sa lumière.
- L’Empereur-Dieu est aussi sagesse. Te croire meilleure que tu n’es est une présomption qui ne l’honore point autant que tu sembles le croire. L’Empereur aime les martyrs et les sacrifices, point les imbéciles. »

Je me suis redressée en époussetant ma cuirasse brune et mes étoffes en fibres synthétiques. Ma tenue d’entraînement était inondée par ma sueur, souillée par le sable, rougie de mon sang. La Mère Nourricière n’avait pas une égratignure et me regardait avec un dédain que j’avais appris à traduire comme une marque d’affection, car je les avais vu faire avec les Fidèles. J’avais vu comme elles devenaient mielleuses, rassurantes, littéralement… menteuses. Au moins était-ce mon impression. Celles qui se donnaient à voir en public avec de grands airs de chantres d’amour et d’altruisme, ces colombes drapées de soie blanche ou rouge, devenaient en coulisse des louves redoutables, des éducatrices intransigeantes.
On m’avait plusieurs fois fait la réflexion que j’étais en-dessous du critérium plébiscité par la Mère Supérieure, qu’à cet égard je valais mieux peut-être que le commun des mortels, mais qu’au sein de la Schola Progenirium j’étais plutôt mauvaise élève.
Alors j’achetais la sympathie des Mères avec de belles promesses et des cadeaux.

« Je vous remercie pour cet enseignement, Alma Mater.
- Ce n’est pas moi mais le Ciel qu’il faut remercier. »


Mains jointes et doigts liées, je conjurais le Père des Hommes de nous accorder sa Grâce durant les prières solennelles et grisantes qui animèrent l’Indomptable Ravel à l’approche du Point de Mandeville. Il était rare d’assister à une pareille fièvre religieuse et je n’avais pas souvenir d’avoir vu autant de ferveur en dehors de la Schola. La nécessité appelle toujours Dieu et son immensité se traduit toujours par le rassemblement de ses sujets, comme des pierres négligeables s’amoncelant les unes sur les autres pour former un cairn géant toisant les montagnes. Il n’existe point d’autre occasion que celle d’un danger imminent pour unir les êtres de tout âge et fédérer les croyants dans un ultime chœur harmonieux. C’est une énergie singulière, chaude et colorée, lumineuse comme une jeune étoile, confortable, douce comme l’espérance. Je me suis remémorée avec un brin de nostalgie mes jours à la Schola, mes révérences quotidiennes, ma soumission totale à la loi et à l’amour du Père, ma dévotion réelle pour sa grâce. Souvent les hommes implorent Dieu quand ils vont mal ; moi, je lui adresse mes prières même en temps de paix, acquise je suis à sa cause, et l’aimant plus que tout au monde.

J’ai assisté comme j’ai pu les diacres dans leurs odes à Son Vénérable, en ne faisant pas grande chose au regard de mes possibilités, de mon statut, mais les accompagner dans leurs prières représentait déjà pour moi un soutien notable. Après tout c’est le rôle originel des Acolytes, car de nos églises viennent ce nom : des servants de Son Altesse Divine dédiés à ses prêtres pour aider à se saisir et à s’amouracher des mystères de la Foi. Dans la grande et impressionnante cathédrale du vaisseau, je me suis senti toute petite et nue au milieu d’une foule colossale, à la manière d’une orpheline dans un pays étranger, telle une pierre blanche dans un cairn de pierres noires. Au-dedans de ce capharnaüm, je n’avais guère oublié mon statut d’excommuniée et je craignais de faire une mauvaise rencontre ou qu’on me reconnaisse, peut-être grâce à Dieu – heureusement au demeurant qu’Enkidu m’avait bien retouché. Au milieu des bannières déroulées trônant majestueusement sur les murs de la nef, sous les confettis et les chérubins, je me suis laissé porter par la volupté d’un instant de magie et dans ce plongeon spirituel j’ai embrassé le fond de mon âme, je me suis réconciliée avec mes croyances, j’ai capturé des émotions intenses. Au son des trompettes et des tambours, j’ai répété les préceptes lancés par l’archi-aumônier.

« Mon Dieu, délivre-nous. »

L’ambiance avait bien changé par rapport au rassemblement que l’on avait connu plus tôt. Sentir des vents de discorde animer le débat entre les pontes du navire marchand m’inquiétait, et j’étais surprise du stoïcisme de la plupart des gens d’arme. Je dois dire qu’Astrid Skane et Hyppolie de Seleniz me firent forte impression au milieu de la foule. Leur souveraineté sur cet engin ne faisait aucun doute, mais elles ne se contentaient pas d’être aux commandes : elles étaient majestueuses, inspirantes, charismatiques. Je les enviais secrètement, elles, dames divines, et moi, paria exilée. Les regarder, c’était comme lever la tête vers les étoiles.
Même au sein de notre groupe, j’ai senti passer un courant glacial lorsqu’il fut question de déterminer qui porterait le porte-vox. Nous n’étions plus que trois. J’ai vu Rex tendre la main, et Dudu le précéder. Comme deux gosses se jetant sur la même friandise. Mon petit Dudu l’emporta, mais mon grand Rex ne sembla pas se réjouir de se voir priver des responsabilités. Qu’importe. Il fallait avancer.

Après cette réunion et à la fin des cantiques, j’ai voulu rendre visite à Wullis, soldat de Dieu. J’ignorais quel était l’état de son estomac après avoir été tronçonné par les Servitors, aussi me suis-je abstenue de lui rapporter des biscuits. J’ai préféré à cela deux petites verrines de panacotta avec du coulis de fraise, quelque chose d’onctueux et rafraîchissant facile à mâcher et à digérer.

« L’équipe se charge de changer sa sonde. Ce n’est peut-être pas le moment de le déranger… »

En arrivant dans le dédale des dortoirs hospitaliers après avoir emprunté un monte-charge plus ou moins vétuste et déréglé, je me suis trouvée sotte. Quelle naïveté fallait-il avoir pour arriver comme une fleur avec ses petits pots tout en pensant que j’aurais droit à ce moment de grâce avec Wullis. J’ai vite déchanté. Non seulement à cause de mon retour brutal à la réalité, mais aussi à cause de cette remarque médicale à faire pâlir un xénos. Dans quel état pouvait-il être pour qu'on le sonde ? Je n'étais pas certaine de vouloir le savoir, car tout à coup j’imaginais le pire. Et s’il était condamné ? Si son estomac avait été remplacé par une poche ? S'il avait perdu la capacité de se battre comme un diable ? L’idée de ne plus connaître Wullis tel que nous l’avions connu me faisait bien mal au cœur et soudain l'inquiétude est montée. Je n’ai pas osé poser la question interdite, et je ne voulais pas que mon visage lui rappelle sa chute : il est facile de devenir, même contre son gré, le miroir d'un passé douloureux. Alors je me suis contentée du plus simple.

« Pourriez-vous, une fois que son état le permettra, lui donner ceci pour moi ?
Il faut les réfrigérer, si vous voulez bien.
»

Je me suis retournée vers la sortie, avant de partir, la tête pleine de tourments.

Quelques temps plus tard Enkidu est venu me trouver. Nous avons eu un court échange plutôt timoré au sujet d'une vieille facture impayée. J’ai tenté de jouer l’ingénue, mais le psyker a insisté.

« Modification cosmétique au niveau du visage. Les dents en argent ça m’a marqué… »

Mes joues se sont empourprées et j’ai regardé ailleurs en tentant de me soustraire à cette vilaine dette que j’étais encore incapable d’honorer. C’est alors qu’il m’a surpris.

« Mais tu me rembourserais si tu me rendais un tout petit service : tu ne veux pas acheter des vêtements civils pour moi ? Pour quand on sera sur la planète. »

Ce n’était pas grand-chose, au fond. J’ai senti qu’il hésitait à me contraindre à ce remboursement. Sans doute que nous étions aussi gênés l’un que l’autre. Je me suis apaisée cependant.

« Bien sûr. Je vais en profiter pour prendre un petit quelque chose pour tout le monde. Oh, et je vais te faire des biscuits. »

Et je l’ai gratifié d’un sourire avant de me sauver.

Retournant à mon domicile, je me suis autorisée un cycle de sommeil programmé de six heures. Il n’existe point de nuit et de jour à bord du vaisseau, mais on peut se régler en fonction de nos temps d’éveil. L’exercice développe une certaine connaissance de soi : on ne se repose que lorsque c’est nécessaire.
A mon éveil, j’ai lancé une nouvelle fournée. J’ai toujours le même problème avec les nombres, alors j’ai évité les pépites de chocolat. J’ai fait des biscuits aux amandes que j’ai livré directement à Enkidu, avant de me sauver vers la Bibliothèque Impériale. Là-bas j’ai mis la main sur un cogitator et j’ai commencé les recherches : il vaut mieux être préparé, et c’est un peu le rôle d’une Sœur de Bataille de prévoir.

Je n’ai rien trouvé sur Rorich, premier objet de mes recherches. Avant de connaître mes objectifs, je voulais savoir par qui j’étais accompagné. Les aspirations de nos associés pouvaient être différentes des nôtres, ainsi préférai-je m’assurer d’être bien entourée. J’ai fini par taper une succession de mots-clés en essayant de comprendre d’où il venait.

« Astra Militarum, Régiment de Combat, Gendarmerie Malfienne, 13ème Régiment de Génie de Combat… sapeurs-gendarmes. D’où viens-tu, mon Adjudant-chef ? »

Je suis alors tombée sur un article des plus intéressants.

La FOSECAST (Force sectorielle d’assistance à la sécurité de Tranch) a décerné au SERGENT RORICH PEYRILHAC la médaille de la reconnaissance du secteur Calixis, pour faits de bravoure.

Au cours de l’opération LACÉRATION DIVINE de cette année, le bataillon du sergent Peyrilhac a été amené à combattre contre d’ignobles rebelles mutants qui s’étaient réfugiés dans un réseau de grottes et d’anciennes galeries souterraines servant de quartier général à l’honnie insurrection. À la tête de son escouade de douze soldats, le sergent Peyrilhac s’est retrouvé face au feu d’un ennemi solidement barricadé et infligeant de lourdes pertes à nos hommes. Le sergent Peyrilhac a fait preuve d’une grande initiative d’action et d’un sens du commandement dépassant son rang, alors qu’il a entraîné ses sapeurs du génie juste devant les fortifications ennemies. Par roublardise, il exploita une ancienne poche de gaz de schiste pour provoquer une immense explosion qui ouvrit net les mines où étaient réfugiés les rebelles, avant de les réduire par l’explosif et le lance-flamme.

Les actes du sergent Peyrilhac ont permis de s’emparer d’un quartier général ennemi et d’un hôpital de campagne comprenant un service de maternité. Sans pitié et ne prenant aucun prisonnier, près d’une centaine de mutants, combattants et non-combattants, brûlèrent vivants dans les mines où ils s’étaient réfugiés, prouvant ainsi que nul monstre ne pouvait échapper à la colère juste des serviteurs de l’Empereur.

Le sergent Peyrilhac est ainsi félicité pour ses actes méritoires et exemplaires pour tout sous-officier de la Garde Impériale.

Je sais par expérience que le grade de sergent est décerné à de jeunes chefs sortis d’école ou bien à de vieux briscards qui ont évolué dans le rang. Je me demandais bien lequel de ces deux-là il était. Je misais sur la première option, dans la mesure où il ne me semblait point si vieux pour son galon. Sûrement un de ces génies de la guerre qu’il est bon d’avoir de son côté. Faire exploser une poche de gaz… c’était une idée remarquable, digne d’un sapeur-gendarme. On néglige souvent l’impact que peut avoir notre environnement naturel sur le champ de bataille, et c’est pourtant un facteur de réussite primordial.

« Incroyable Rorich. Rien d’étonnant à ce qu’il ait autant d’assurance. »

J’ai poursuivi les recherches. Masteel était le second objet de ma curiosité, mais je n’ai rien trouvé sur le cogitator. J’ai tenté la même stratégie : Adeptus Administratum, Ndiame, Astrid Skane, lexiconographe. Rien du tout. Une ombre dans la toile. J’ai parcouru les pages pendant plusieurs dizaines de minutes avant de déclarer forfait.
Ne restait plus qu’à en apprendre davantage sur notre destination. Dans le Selleniz Encyclopediae j’ai trouvé tout un article au sujet de la maison Mouzay-Selleniz.

MOUZAY (Maison de)

La maison Mouzay est une dynastie noble d’extraction chevaleresque du secteur Calixis. À l’ère précédente la Croisade Angevine, la planète de Neustralia était un monde à la technologie féodale, dirigée depuis l’île de Hourtin par d’immenses machines de guerres archéotechnologiques, les fameux chevaliers Impériaux. Entretenu par un clergé interne de prêtres depuis ralliés au Culte Mechanicus, la maison Mouzay a exercé une forte influence politique sur le continent plus large de Neustralia durant des millénaires.

Lors de son arrivée dans l’étendue de Calyx, une nièce de Solomon Haarlock, Ginidien, tomba amoureuse du grand-roi de Neustralia, et se lia avec lui par mariage. C’est ainsi que la maison Haarlock officialisa son emprise sur la planète. Avec la disparition des Haarlock, le monde entra dans l’influence des Selleniz, qui lièrent plusieurs de leurs femmes et de leurs hommes avec des dynastes de cette grande et noble maison.

L’actuelle maison de Mouzay-Selleniz est la puissance incontournable et incontestable de Neustralia. Le peuple de la planète considère que son roi l’est de droit divin, désigné qu’il est par l’Empereur, tandis que les Selleniz sont les agents personnels du Trône de la lointaine Terra. La noble maison est néanmoins divisée en dizaine de rameaux de princes de sang, des seigneurs féodaux qui réclament chacun la propriété d’un ou plusieurs des puissants chevaliers Impériaux qui continuent de servir à travers le secteur, pour la gloire des Selleniz et du sire-Calixis.

Les Chevaliers Impériaux. De nombreux hommes-liges qui réclamaient leurs propriétés. Cela n’avait rien de surprenant. Les Mouzay-Selleniz avaient beau être une famille, on sait ce qu’il advient d’une famille lorsqu’il est question d’héritage. Sans faire de déductions hâtives, je notais dans un coin de ma tête ce contexte politique pareil à un cocktail explosif. Peut-être les disparitions liées à notre mission étaient-elles liées à ces réclamations de droit. Je ne pouvais pas m’ôter de l’esprit les suggestions de Mora sur la récupération de certaines implants…

J’ai donc continué, en tapant cette fois le nom de Sesil XVIII, roi de Neustralia.

Sesil XVIII (Monarque)

Sa Majesté Sesil XVIII, roi de Neustralia, archiduc de Houtin, marquis de Salbris, protecteur suprême du Continent, lieutenant-général de l’Empereur, est l’actuel gouverneur planétaire (Définition de l’Adeptus Terra). Il est le 978e roi de la dynastie Mouzay, depuis son sacre en 2 150 812.M41, à l’âge de 14 ans Terriens.

Accédant au Trône suite à la mort de son père tué dans les Marges Calixiennes à la tête de son chevalier Impérial, *l’Auguste Tempête*, Sesil a été soumis au Rite du Devenir qui l’a lié pour l’éternité avec l’esprit de ses ancêtres et de cette machine. C’est un roi jeune qui n’a pas encore eut d’éclats, mais il souhaite continuer l’œuvre de son père en partant en guerre dans les Marges à son tour.

Jeune roi, donc. Sans héritier probablement. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis dit que les disparitions des malheureux pouvaient dégénérer facilement. Le Roi a la chance d’être porté par la Foi. Sans quoi, sa majesté peut-être aurait-elle été rapidement disputée. Une rébellion contre son ingérence à pouvoir solutionner ce type de problème aurait vite fait de mettre le feu aux poudres.

Salbris (Ville)

Salbris est le joyau de Neustralia, sa plus grande ville et la mégalopole la plus développée de cette planète en grande expansion. Autrefois cité commerciale résistante et à l’indépendance insolente, elle ne s’offrit à la dynastie Mouzay qu’au terme de grandes tractations. Si c’est dans cette cité que se trouve le palais duquel le roi règne, les riches seigneurs et les grands industriels possédant colonies et esclaves sur le Continent sont des pouvoirs qu’il faut ménager, de même que les représentants de l’Adeptus Terra qui forme une faction en pleine expansion depuis le dernier millénaire sur cette planète.

Si le reste de la planète ressemble encore beaucoup à un monde-féodal, Salbris a déjà tout d’une cité-ruche. C’est une énorme mégalopole, moderne, industrieuse, où la population dispose de transports en commun, de l’électricité, de soins modernes mis en place par l’Officio Medicae, et d’une bonne religion grâce aux missions du Ministorum. Salbris est connue pour son immense production d’armements, de biens de consommation, de véhicules et de produits caoutchouteux et goudronneux. La dynastie Mouzay-Selleniz investit massivement dans l’agrandissement de Salbris qui se développe au détriment de la périphérie reculant.

Le reste de l’île de Houtin n’existe que pour nourrir Salbris, alors qu’un immense exode rural de jeunes gens les conduisent à enrichir les manufactoria de la cité-ruche. La population a augmenté exponentiellement ces derniers siècles.

Le plus grand défi de Salbris est l’hérésie, la présence de factions anti-impériales ou socialistes, ainsi que la criminalité, surtout représentée par le grand gang du Mitan, un milieu criminel lié aux maisons nobles et disposant de coutumes inspirées des mystères chevaleresques.

Je note le climat d’hérésie, de factions anti-impériales ou socialistes, et la criminalité. Point ne m’échappe aussi que les Selleniz semblent être la pièce rapportée au lignage aristocratique des Mouzay, et je me demande s’il n’existe pas une forme de scission entre ces deux pôles. Des questions éphémères qui disparaissent aussi vite que surgit l’image de Wullis, que je n’oublie pas. Je me demande ce qui pourrait lui faire plaisir à son réveil.

Son arbre-sacré. Cela me semble pourtant évident : voilà ce qu’il va retrouver en premier. Je coupe les connexions, badge ma sortie de la Bibliothèque et je m’empresse de me diriger vers ses quartiers. J’espère qu’il n’est pas trop tard pour son entretien.

J’arrive devant l’arbre en pot. Je me saisis d’un pichet d’eau claire que je déverse dans la terre. Le liquide bulle un peu à la surface avant de s’enfoncer vers les racines. C’est alors que se produit un étrange phénomène. J’ai l’impression que le bruissement des feuilles ressemble à une voix qui parle. Je recule d’un pas, intriguée par cette… magie, sorcellerie ?
Je fuis aussitôt.

Le temps passe. Je sens que le Warp s’écoule autour de nous. C’est incroyable et terrifiant à la fois. Je sens que nous naviguons en eaux troubles, et je m’interroge sur tous les calculs qui doivent être faits pour nous sauver du naufrage. J’ai la sensation que les enfers guettent chacune des cabines. Que des yeux dans les ombres nous regardent. Alors je prie, au moins dix fois par jours.

Je décide de me rendre dans les quartiers commerçants pour exaucer les vœux d’Enkidus. J’ai eu l’idée de nous acheter à tous un châle rouge carmin, simple étoffe de lin ou de coton pour nous repérer dans la foule. Lorsque nous étions dans la cathédrale, j’aurais pu les perdre à tout instant, et me ressasser ce souvenir m’avait donné l’idée de trouver une couleur assez vive pour nous retrouver.
Pour Enkidu cependant, je veux quelque chose de plus luxueux. Il me reste quelques deniers que je peux sacrifier à son compte. Avant de me rendre en boutique, je décide de faire un détour par une petite chapelle où se recueillent les sujets de Sa Majesté.

« Mais… où est le prêtre ? »

C’est là qu’ils m’apprennent le problème posé par le père Gregorius, alcoolique à ses heures perdues, accusé de fainéantise, coupable par son farniente. Je suis assez décontenancée par ces déclarations : pourquoi suis-je ici, une excommuniée, à écouter leurs remords ? Serait-ce un signe ? Moi qui me croyait persona non grata dans le registre, interdite de recueillir leurs hommages, je deviens tout à coup l’élue de leurs desseins. Je suis peut-être encore autre chose qu’une ancienne junkie rejetée par le Couvent.
Oui, je suis peut-être encore une élue du Dieu-Empereur, au service de la Foi dans une autre de ses ramifications, à travers l'Inquisition. Qui sait si tout n'est pas lié à ma destinée ?

« Chère Martha, il y a toujours de l’espoir dès qu’il y a de l’humanité. Je m’en vais le trouver. Savez-vous, au demeurant, s’il est arrivé quelque chose pour qu’il abandonne si facilement ses fonctions et s’enfonce dans cette descente aux enfers ? »

Je ne choisis pas ces mots par hasard. Je veux aussi qu’ils réalisent que le Père Gregorius a le droit, lui aussi, de connaître des moments de faiblesse, et qu’il existe peut-être un traumatisme qui explique son désaveu.

Je suis une Sœur. Avant de détester les hommes, j’essaie d’apprendre à les aimer.
Valindra | Haut-Ælfe, Voie du noble
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Fiche personnage : Lien

États Temporaires
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Compétences
• Acuité visuelle (B)
• Acuité auditive (B)
• Arme de prédilection - Lance (B)
• Monte (A)
• Diplomatie (B)
• Chant (B)

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Baie médicale tertiaire, étage Caminus.


La réflexion de Wullis avait fait se marrer l’alité. Des officiers ? Par ici ? L’air franc-du-collier du Garde provoquait des sourires, et c’est avec un ton rigolard que Julyien expliquait que sur un navire de libre-marchand, ce n’était pas la même discipline que sur un navire de l’Amirauté Impériale — les plus grands joueurs de cartes du navire, qui faisaient régulièrement des tournois d’ailleurs, c’était la bosco et le maître-timonier, deux invétérés des passions du hasard (Pour ne pas dire du warp, d’ailleurs, si on voulait être vilain…)

En tout cas, la fortune sembla être du côté du jeune soldat, puisqu’il se retrouva avec quelques tours plutôt chanceux. Julyien parvint bien à le mettre en difficulté, mais le païen qu’était Wullis était loin d’être un simple débutant — à moins que justement, il ait l’indulgence du sort qu’on réservait à ceux qui découvraient un vice. Il parvint à détrousser le pot, mais, ne se laissant pas entraîner, il refusa de doubler sa mise malgré les demandes insistantes de Julyien, qui finit par le traiter de poule mouillée en imitant des « cooot ! Cot cot cot ! » tout en agitant des bras, ce qui fit marrer Léona :

« Allez, là, laisse-le tranquille le vioc. Je le savais que vous alliez vous engueuler !
– Une veine comme ça faut continuer de l’utiliser, pourtant !
– Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de veine, hein ?
– Cela, c’est ce qu’on appelle la vie. Sers-nous un jus de fruit qu’on trinque à ma grande sagesse — t’as bien du jus en train de fermer sur un radiateur dans un coin ? »

L’infirmière rigola, alors qu’elle préparait l’injection de Wullis — une nouvelle dose d’antidouleur, une bonne drogue qui malheureusement l’affaiblissait grandement ; mais vu comment il avait été retapé comme par permis, ce n’était point du luxe.



Il se souvenait qu’il avait demandé un chamane durant ses premiers instants d’éveil. On devait s’être souvenu de la requête, parce qu’après bien une bonne quinzaine de minutes à être ensuqué à végéter dans le lit, profitant des rares activités qu’on pouvait bien offrir à un homme dans sa situation (Discuter ? Lire la gazette quotidienne du vaisseau ?), il y eut finalement quelqu’un qui devait répondre à ce critère qui apparut.

C’était un prêtre de l’Ecclésiarchie. On le reconnaissait à sa grande robe de bure rouge aux contours et à la capuche blancs, ainsi qu’à l’immense symbole d’une Aquila toute plaquée or retenue par une chaîne autour de son cou. C’était un petit monsieur grassouillet, âgé, ridé, aux cheveux blancs encore bien présents sur son crâne tacheté. Difficile pour Wullis de savoir à quel ordre ou synode ou monastère il faisait partie, il y en avait tellement, mais lui n’était pas mendicantin. Ce qui était surprenant, c’est à quel point il semblait porter trois-quatre salaires mensuels sur son dos : il avait une écharpe teinte en pourpre aux fils brodés d’or, des sceaux de pureté en platine écrasés sur les morceaux métalliques de son vêtement, comme sa ceinture ou ses bretelles, de nombreuses bagues à ses doigts, et il avait sur la tête un galero de feutre avec des glands verts qui sautillaient à chacun de ses pas.
Dans ses mains, il avait une pannacotta qu’il était en train de manger. Ça avait l’air d’être un bon dessert, on se demandait où il l’avait bien trouvée ?

« Bonjour mes enfants. Je vous apporte la bonne parole de l’Empereur. »

Il disait ça d’un ton détaché et sans aucune majesté. Il bailla un peu à s’en décrocher la mâchoire, tout en prenant trois ou quatre bouchées de sa pannacotta, qu’il laissa ensuite sur un plateau en la désignant d’un mouvement de la tête désinvolte à l’infirmière, la confondant probablement avec la bonne.
Enfin, le voilà qui s’arrêta devant le lit de Wullis, et fit le signe de l’Aquila.

« L’Empereur-Dieu te guide, mon fils. De profundis clamavi ad te, Domine. Garde de l’infinie armée du Trône d’Or, j’ai entendu que tu m’as fait quérir, et je viens donc te donner ma bénédiction. »

Il parlait très bien haut-gothique, ça devait forcément être un gars sérieux. Après avoir humblement dit bonjour, Wullis commença un long monologue, un peu décousu, au fur et à mesure qu’il retraçait ses souvenirs :

« J'ai fait un rêve vraiment étrange après avoir été grièvement blessé au combat, et je pense qu'il s'agissait d'une vision. Mais je suis partagé sur son origine.
J'étais sur Phyrr. Dans le bosquet sacré, je me suis saisit d'un bol de la sève des arbres sacrés, avant de l'ingérer, comme le fait tout chaman pour recevoir les visions et rêves prophétiques. Je me suis retrouvé dans une étendue d'eau tiède, chaude. Propre. Il n'y avait qu'obscurité autour de moi, sinon qu'un éclat se lumière au lointain. En nageant vers celle ci, j'ai découvert un îlot et une étrange cérémonie. La lumière venait d'un phare, comme ceux des hommes de fer. Mais la machine était... Différente. Pas de sceaux, bougies ou écrous . Elle était.... Véritable ? Brute ? »


Le prêtre, qui ne semblait écouter tout ce que disait Wullis que d’une oreille, réagit à la chose la moins importante :

« Phyrr… Phyrr ? Mais il y a rien sur Phyrr, personne habite dessus ? C’est un monde-prison. »

Visiblement, il ne parlait pas de la même planète.
Il y avait bien deux Phyrr. Était-ce seulement possible ? L’Empereur avait un million de mondes, parfois des familles donnaient le même prénom à deux enfants…
La chamane avait donc raison ?

« Il n'y avait que des gendarmes malfiens, un genou à terre. Et ils regardaient une grande dame. Plus grande que moi. Elle portait une armure pourpre, sur tout le corps, même la tête. Pas un morceau de peau était exposé. Jamais vu un modèle pareil. Elle avait une cape blanche. Et une grande lance. Avec un ongle, elle a gravé dans la chaire d'un soldats un symbole. Une lettre je crois. Mais je ne sais pas d'où ça me vient. C'était comme un cube, avec un autre cub superposé, en losange. Les coins du deuxième cube formaient des triangles sur les côtés du premier. Donc c'était deux cubes, qui faisaient…
...6, 7, 8. 8 triangles
, fit-il en comptant. Puis quand elle a finit, elle m'a adressé la parole. C'était plus clair que dans un rêve normal. Je lui ait demandé si elle était de Ceux de la Glace, ces créatures sanglantes de la Longue Nuit. Si elle était de ceux en voulant au Premier Bourgeon. Mais elle ne répondait jamais clairement, directement. Et même de m'agenouiller devant elle. Quand j'ai refusé, j'ai senti ma bouche être envahie de sang. Puis les soldats et cette chamane ont hurlés une ode à la guerre. Ils ont hurlés à une "Sainte Hayne". Jamais entendu parlé. Selon eux, elle sépare les bons et mauvais, attaque les lâches et faibles, ordonne de prendre les armes. Et est également haïe par ceux là même l'invoquant. Puis je me suis réveillé, ici. Dépourvu de mes trophées. »

Cette fois-ci, le prêtre n’eut rien à dire. Il regardait Wullis avec de gros yeux écarquillés, soudain tout calme et maintenant parfaitement attentif.

« J'ai peur pour mon âme monseigneur. On m'a délesté de mes trophées pris sur mes ennemis, des protections sacrées. Comment... Est ce que les ennemis du dieu-empereur vont boire mon âme maintenant que je ne les ait plus ? Est ce que ce rêve m'étais envoyé par Lui, ou bien par ses ennemis ? Quelle était cette lettre ? Qui est Sainte Hayne ? Quelle lecture, dois je faire, de ce rêve, monseigneur ? »

Dans le dos, l’infirmière qui avait préparé la dose de Wullis regardait avec des petits yeux inquiets, mais pleins de pitiés. Puis elle observa le prêtre, qui était en train de se gratter le menton.

Puis finalement, cet honorable prêtre, qui avait l’air pourtant si gentil, si un peu distrait et vain la minute d’avant, à manger sa panna cotta, se mit à devenir tout rouge, et à fermer des poings. Et il se mit à railler :

« Tu as raison d’avoir peur pour ton âme… Tu as fait un rêve impie, ce qui prouve bien ta faillite morale, mon fils, et ta faiblesse dans ta résolution que dans ton amour pour l’Empereur ! »

Et le voilà qui agita son doigt en l’air, avant de le pointer d’un air accusateur vers Wullis, alors que petit à petit la colère sainte le gagnait, de quoi terrifier tous ceux autour :

« Tu as fait référence à un groupe de terroristes, qui ont fait beaucoup de mal dans l’histoire du Secteur Calixis ! Que tu oses dire leur nom à voix haute est inquiétant : il ne te serait jamais venu tout seul !
Espèce de pauvre fou ! Tu ferais bien de te lever de ce lit et de te jeter à genoux devant moi pour hurler pitié envers l’Empereur, et vénérer par cent fois saint Drusus et les autres saints de Calyx ! Tes supérieurs entendront parler de moi ! Et sache que- »

Puis toutes les lumières s’éteignirent. Et comme si le prêtre était branché sur machine, il s’arrêta.
Quand elles se rallumèrent, il regardait avec un air inquiet vers le plafond. Il bégayait, observait autour de lui.

« Et je, je…
Que s’est-il passé, ici… ? »





District commercial, résibloc Saphir.


L’honorable Martha grimaça et fronça fort des sourcils alors que Séphone commençait déjà à trouver des excuses au bon père Gregorius. Tchipant avec ses lèvres, elle lança un simple :

« Ce qui lui est arrivé c’est de prendre goût au vin, voilà tout. »

Et elle fit le signe d’un ivrogne qui buvait la bouteille avec son pouce, qui acheva de faire grogner ou détourner le regard aux autres fidèles — même si visiblement, tous semblèrent approuver ce qu’elle disait par quelques signes du visage ou des messes basses murmurées à leurs proches.

En tout cas, voilà que Martha trifouilla dans sa poche, avant de trouver une clé qu’elle tendit.

« Des fois il s’enferme, mais j’ai un double. Ramenez-le donc ici, jeune fille — et s’il n’est pas en état, mettez-le sous une bonne douche froide, voilà qui le réveillera ! »

C’est ainsi que (l’ex-) sœur de bataille quittait la petite chapelle, avec quelques directions et un objectif. Dehors, tout était toujours aussi calmes, certaines personnes faisaient silencieusement leurs emplettes comme elle avait de partir prier, et c’est un peu perdue qu’elle cherchait les panneaux qui la dirigerait vers l’adresse du non-officiant. Les micro-vox sonnèrent encore sur tout le plateau, pour que la même voix douce d’une jeune femme incite à nouveau à un autre ordre :

« Obéissance. Discipline. Docilité. La soumission est aimée de l’Empereur. L’insubordination est passible de la peine de mort. »



Le résibloc ressemblait à une grosse barre d’immeuble, mais plus élégante que ce qu’on voyait habituellement dans les cités-ruches. Le béton ici était brillant, il y avait de jolies fenêtres vitrées, des fleurs et des bannières descendues qui représentaient beaucoup d’aigles bicéphales — même si les toiles d’araignées un peu partout traduisaient la vétusté de l’ouvrage. Luxe suprême, il y avait même une cage d’ascenseur, sitôt avoir traversé l’épreuve du concierge, qui se tranquillisa quand on lui montrait la clé de l’appartement.

Au troisième étage, Séphone se retrouvait dans un petit couloir, qui menait jusqu’à une porte parmi six autres ; les voisins n’étaient pas dehors, il fallait espérer que l’un d’eux ne l’épie pas par le judas. La sœur toqua, et s’annonça — aucune réponse. Elle décida donc de tourner la clé dans la serrure, et d’ouvrir, et, dans un excès de zèle, la voilà qui s’accrochait à son lasfusil.

À l’intérieur, il y avait un appartement plutôt coquet, rempli de meubles, d’étagères débordantes de bouquins et de babioles en tout genre. C’était propre, bien entretenu, à l’exception du fait que se trouvait sur le canapé en train de ronfler un prêtre, avec la table-basse devant lui recouverte de cannettes et de verres où subsistait un fond de poisons éventés.

Le père Gregorius était un grand gaillard, très bien musclé mais un peu gras, habillé en civil, avec un simple caleçon et une chemise blanche, et on ne devinait son allégeance au ministorum que par le col serré autour de son cou. Il devait avoir une bonne cinquantaine, il avait encore de longs cheveux noirs, mais sa barbe avait viré couleur plus sel que poivre.

Il se réveilla net en entendant l’autre traverser la porte et entrer dans sa pièce mal illuminée. Et le voilà qui ouvrit net ses yeux — de grands yeux bleus injectés de sang — avant de bondir comme un chat. Dans un pur réflexe instinctif qui venait d’on-ne-sait-où, avait été exercé on-ne-sait-trop comment, il se saisit d’une des canettes sur la table, et le voilà qui l’envoya en l’air à la volée ; il fallut à Magdalena s’écarter d’un coup pour ne pas l’attraper sur son front. Et sitôt qu’elle refaisait face, que le prêtre était déjà debout sur le canapé, poings fermés au-dessus de sa tête, à hurler dans un vacarme à faire se réveiller les morts :

« AAAAAH ! TU M’CHERCHES DES NOISES, CRÂNE D’ŒUF ?! J’SUIS UN PUTAIN D’HOMME DE FOI, EXCOMMUNICATION ! TU ES EXCOMMUNIÉ ! »

La menace avait de quoi mettre tout le monde à terre à implorer — enfin, si ce n’était pas dit par un homme en caleçon, et si on avait pas déjà été excommunié aussi. Le voilà qui sautillait sur les oreilles du canapé comme un boxeur, n’ayant visiblement aucune peur de la menace du lasfusil pourtant bien chargé.
Au moins, sous cet angle, elle pouvait voir à quel point Grégorius était bien construit des cuissots, et bizarrement couvert de tatouages : des têtes de mort, des chaînes, du fil barbelé et des mots en haut-gothique se trouvaient gravés à l’encre dans sa chair.

Puis, soudain, toutes les lumières du couloir, et du résibloc qui illuminaient mal (Mais illuminaient tout de même) cet appartement dans la pénombre, s’éteignirent.

Une.
Deux.

Elles se rallumèrent aussitôt, mais voilà que le père Grégorius avait absolument changé d’attitude. Il avait les yeux écarquillés, et le visage pâle.





Ingeniarium, secteur B.


Les mots de Mora n’accueillirent pas la moindre approbation de la part des deux technaugures. Ceux-ci continuaient d’être sur la défensive, un peu voûtés au-dessus de leur servitor comme des chats en train de hérisser le poil. Visiblement, Jerod devait être le diplomate de la bande, puisque c’est avec de belles tournures de phrases (Mais tout de même beaucoup de fiel dans la voix) qu’il répondit à l’argument très simple de Mora :

« Le ci-devant Explorator sert le Perdu Paracelsus Thule, que le warp ne le revomisse jamais. Étrange de vous entendre parler de communion, quand les vôtres ne cessent de chercher une opportunité de s’attaquer à la sainte orthodoxie.
Il est étrange aussi de voir la soi-disante Inquisition ainsi recruter parmi des schismatiques, mais peut-être est-ce par désespoir… »

Là-dessus, KV-8 lança un flot de mots en lingua-technis, difficilement traduisibles en termes sous-standardisés, mais qui voulait dire quelque chose du genre : Si vous trouviez un ventilateur, vous penseriez qu’il s’agit d’un grille-pain, ce qui était une gravissime insulte, assez pour même remuer un peu Jerod Aselm :

« Woah, du calme, tu vas trop loin… »

Ziegler souffla fort, et levant ses mains dans un geste de paix, il tenta de calmer les deux technaugures :

« Ne faisons pas dans les noms d’oiseaux, mes frères.
Le technographe est ici sous mon autorité. Si vous respectez mon rang, vous tolérerez la présence de l’Explorator. »

Ce qui était bien avec les adeptes des Lathès, c’est que dès qu’on les opposait à la hiérarchie, d’un coup, ils passaient du statut de loup à celui de moutons. Et les voilà qui s’écartèrent après s’être échangés un regard. Avec un simple geste du doigt, il invita Mora à s’approcher de l’atelier de travail.



Le cadavre du servitor qui avait brûlé vif se trouvait avachi dessus, la peau carbonisée, les puces et les morceaux métalliques réduits à l’état de cramé. Que la moindre donnée puisse être extraite relèverait du miracle.
En tant que simple technographe, le rôle de Mora était de prendre des notes, pendant que des aînés travaillaient pour de vrai. De là d’où il venait, c’était une fonction avec un certain honneur, car dans les flottes Thuliennes, on enseignait toujours l’importance d’apprendre, d’expérimenter, et d’échanger avec ses frères. Il avait fallu visiter d’autres mondes du Mechanicus pour que Mora découvre des technographes traités comme de simples larbins, des semi-techno-prêtres ne faisant même pas partie du clergé officiel, tout juste une marche au-dessus du simple ouvrier de manufactorium.
Qu’importe l’opinion que les deux nabots pouvaient avoir de lui, Mora se retrouvait ici sous la protection du Ziegler qui l’encouragea à préparer ses notes et ses croquis.

C’est KV-8, le très-augmenté, qui commença l’observation, allumant et son microphone et son servocrâne qui filmait la scène.

« Ticket d’incident : #445-XO. Rapport de maintenance et réparation.
Nous recevons. Servitor de travail de. Fonderie. Numéro de série : MF7778-4578-SLO. Cause de la maintenance : Incendie. Rébellion. »


Jerod Aselm grogna en pointant Mora du doigt :

« Vous auriez pu faire un effort pour sauvegarder ce servitor quand même. Comment peut-on apprendre quelque chose d’une carcasse pareille ? »

Quelle insulte ! Mora avait pourtant essayé de neutraliser les deux unités sans toucher à leurs parties vitales, mais au bout d’un moment, l’urgence de sa survie et de ses compagnons (Unités essentielles de l’Inquisition…) dépassait la sauvegarde de deux servitors de bord !
Heureusement, il n’eut pas besoin de répondre. Ziegler glissa une molette sur son torse, et sa voix, d’habitude mélodieuse et charmante, devint soudain plus acérée, celle d’une voix de femme autoritaire qui devait être capitaine de l’armée.

« On pourrait objecter que ces servitors seraient encore en état, s’ils ne s’étaient pas retournés contre leur maître — peut-être la faute à une gravissime erreur de maintenance ?
Merci de vous concentrer sur votre tâche de réparation, et limiter vos propos à ce qui est utile pour notre investigation, technaugure. »


D’un coup, Mora comprenait mieux qu’est-ce que Ziegler faisait aux côtés d’Astrid Skane. Aselm eut un pas de recul et fit genre qu’il n’avait rien dit, tandis que KV-8 continuait son investigation.

« Corruption de la chair : Néant.
Corruption du saint métal : Néant.
Corruption du cogitator : Suspecté.
Nous devons procéder aux rites appropriés. »


Et voilà que KV-8 leva les mains au-dessus du servitor, et se mit à chanter de façon gutturale, tandis que Jerod Aselm répondait par des mots de langua-technis en faisant des mouvements de mains. Puis les deux se mirent à genoux, et firent de multiples génuflexions, en implorant la Force Motrice de s’illuminer devant eux, la sainte machine de révéler ses secrets, l’Omnimessie de pardonner la faiblesse de leur vigilance…

…Mora connaissait bien les rituels du Mechanicus. Ils étaient absolument nécessaires chaque fois qu’on touchait à du matériel, chaque fois qu’on s’apprêtait à faire la moindre manipulation. Il connaissait l’odeur de l’encens, même après qu’on ait réduit massivement ses capacités olfactives derrière un respirateur, et en tant que simple technographe, une grosse partie de son travail était de préparer de l’huile de moteur sainte (En fait de l’huile qu’on bénissait avec des prières et des chants). Rien de ce que faisaient les deux technaugures n’était donc étrange pour lui, mais nul doute qu’un profane qui entrait dans la pièce serait étonné.
N’imitant par leur foi très orthodoxe et appuyée, Ziegler se contentait de lier ses mains et de pencher son dos, pour finir presque perpendiculaire vers le sol, dans une silhouette de contemplation respectueuse envers la Trinité.



Aussi mesquins et méchants qu’étaient les deux technaugures, Mora ne pouvait pas leur enlever qu’ils connaissaient leur boulot. Non seulement ils priaient avec les rites appropriés, mais en plus, ils manipulaient le servitor avec tact et adresse. Le technographe se délectait de leurs gestes, les gravait dans son esprit, alors qu’on lui révélait l’horreur d’une machine corrompue. Il remplit sa base de données de gestes et de manières de faire qu’il appliquerait lui-même dans le futur. Après des mois entiers passés autour de profanes faits de chair, qu’il était bon de revoir travailler des frères du culte de la Machina ! Une espèce de ligne de code de nostalgie pouvait presque naître dans son cœur, s’il permettait à ce sentiment d’exister.

Finalement, KV-8 parvint à extraire une barrette de données parcellaire, qu’il entra dans un servocrâne. Immédiatement, celui-ci s’illumina dans tous les sens, sa loupiotte vibrant dans tous les sens, tandis qu’il vomissait un flot de données impies.

« Anticode !
ANTICODE ! »


KV-8 avait dit ça fort, puis une seconde fois en quadruplant le volume de son vox. Aselm agita ses mains en criant maintenant des supplications de pardon envers le Dieu-Machine : il avait des larmes dans la voix et dans les yeux. Par sécurité, KV-8 décida d’immédiatement détacher la carte de données.

Le genetor Ziegler avait fait un pas en avant, intéressé, tandis que les deux technaugures se calmaient.

« Avez-vous trouvé la raison de la défaillance du servitor ? »

KV-8 répondit :

« UKW : 4 D 9 I »

Ce qui ne sembla pas aider Ziegler. Mais le pauvre KV-8 semblait à bout de forces. Titubant un peu, le voilà qui s’approcha d’un tabouret sur lequel il s’assoupit, tandis que le pauvre Aselm séchait ses larmes avec la manche de sa robe.

« Un puissant anticode s’est emparé du servitor. Cela n’est pas la faute à un problème de maintenance, ni une faillite de la matrice du vaisseau.
Quelqu’un à bord a sciemment manipulé ce servitor. »


Un traître sur le navire. Aselm était passé des larmes à la rage, alors que son visage organique devenait tout rouge.

« Je vais ordonner à ce que les prévôts exploitent tous les capteurs d’images de la passerelle, interrogent tous les ouvriers, et nous ferons des recherches de notre côté — celui qui a violé cette machine sera trouvé, et oblitéré !
– Et… L’étrange suite cryptée qu’il a dit ? »

Ziegler pointa du doigt Aselm. Celui-ci hocha des épaules.

« Visiblement, la personne qui a infecté le servitor parlait avec un langage codé. Cela me semble être la clé pour essayer de décrypter le chiffrage.
Mais le frère KV-8 n’a pas pu extraire plus. »


Le servitor avait parlé avant de mourir… Visiblement, cette information n’avait pas du tout intéressé Masteel Ndiame. Mais maintenant, il trouvait un public réceptif.
Y avait-il un moyen de comprendre ce que ses phrases contaminées par l’anticode avaient bien pu prononcer ? Peut-être que s’il trouvait un astropathe, il pourrait demander de l’aide aux sages de sa Flotte, hélas, les Thuliens semblaient si loin…

C’est alors que toutes les lumières de l’Ingéniarum s’éteignirent.

2,07 secondes. C’était le temps exact qu’ils avaient soudain passé dans le noir. Un sentiment d’inquiétude tapissait alors le fond des tripes et des engins-logiques des techno-prêtres.
Mais Aselm, qui regardait partout comme une chouette, tenta de chasser toute peur d’une voix tremblante :

« C’est probablement juste une panne localisée… ça n’arrête pas dans ce secteur. »





Pièce de panique Beta, étage Alvearium.


Luvarn ne semblait avoir aucune réaction à la soudaine panique et la réaction un peu vive d’Enkidu. Il était resté tout figé, bloqué dans la même posture au-dessus de son billard. Il permit à un petit instant de flottement à naître suite à la requête du jeune psyker, avant de lui sourire et de hocher de la tête.

« Être avare en paroles vous mènera loin au sein du Conclave. Heureusement, vous et moi avons la possibilité de communiquer avec nous-mêmes. »

Il eut un sourire goguenard, alors qu’il regardait Enkidu droit dans les yeux.

Télépathe ? Il ne sentait pas une intrusion dans son esprit, mais il pouvait sentir que Luvarn essayait d’obtenir ses réponses autrement que par la bouche…
Ce salopard n’était pas en train de tailler le bout de gras avec lui, de faire la commère. Il était en train de tester sa foi. Il était en train de s’amuser à dénouer les fils de son esprit comme s’il s’adressait à un criminel de droit commun.

« Hé bien pour ma part, sachez que j’ai toute confiance en Astrid Skane. Elle a mérité son rang. Elle est une fière guerrière au service de l’Empereur. On lui a confié une immense corvée, et comme toutes celles qu’elle a eu avant, elle est de taille à la liquider.
Vous apprendrez bien des choses à son service. »


Il soufflait le chaud et le froid. Alors que l’instant d’avant on aurait dit qu’il voulait cracher sur sa supérieure, voilà qu’il s’était enfermé dans un air hautain, et il se mettait à faire des sous-entendus de reproches dirigés envers Enkidu.
Un télépathe. Il avait passé une semaine en compagnie d’un télépathe. Peut-être n’avait-il pas passé une seule seconde libre dans ses pensées.

« On reprend ? Je crois que vous avez du mal à suivre, n’est-ce pas ? »

Et distraitement, il tapa net dans la boule qui ne voulait pas rentrer dans un filet, et sans aucun effort, marqua le point qu’il voulait depuis tout à l’heure avec la facilité d’un professionnel.



D’un coup, la seule lumière de la pièce de panique s’éteignit.

Deux secondes.

Le cœur s’était arrêté. Le temps s’était dilaté. Enkidu avait été foudroyé sur place, alors qu’il s’était retrouvé dans un noir immense.

Deux secondes. Il avait l’impression que ça avait duré une minute entière.

Il avait senti qu’il n’était pas seul dans la pièce. Il entendait des dizaines de bruits de respirations. Un petit rire d’enfant dans un coin.

Quand la lumière revint, il était face-à-face avec un Luvarn qui avait dégainé son pistolet. Il ne pointait sur rien du tout, le canon était dirigé vers le sol, mais l’interrogateur de l’Inquisition semblait avoir entièrement changé d’attitude. Il regardait Enkidu droit dans les yeux. Nul doute qu’il était en train d’utiliser le warp pour gratter l’âme de son subalterne, et d’y chercher la souillure de la corruption.

« Restez là. Le champ de Gellar du vaisseau vient de céder. Nous sommes envahis par l’Éther. »

Le cauchemar devenait réalité. LA chose qui ne devait jamais arriver venait d’arriver. Pendant deux secondes entières, Enkidu avait été perdu au milieu de l’Enfer. Mais il était encore là, les deux pieds sur terre, ou plutôt, les deux pieds sur de la moquette au milieu de cet immense vaisseau couvert de runes et de statues de saints Impériaux et d’enfants en train de prier, protégé de l’enfer par la fine bulle d’un artefact du Moyen-Âge Technologique. Ça pouvait aisément être pire.

Ça devait être pire.

Luvarn s’approcha de la porte. Alors qu’un psyker devrait normalement être enfermé, il sortit du fond de sa poche un crypto-ident qu’il mit dans la serrure ; c’était anti-protocolaire, mais il portait sur lui la chose que tout prisonnier ne devait pas avoir, la clé de la cellule. Foutus inquisiteurs. Et voilà que, dans un grincement sonore et après confirmation du cogitator, les gros verrous de la pièce de panique cédèrent. Et voilà que la porte se déverrouillait.

Il ouvrit en grand.

Et derrière, se trouvait l’horreur.

Image


Le Warp. L’Empyrée. L’Immaterium. La Mer des Âmes. Une mer immense. Une mer qui était en train de chanter ; Un vide, mais un vide habité. Un vide en train de pulser, et de vivre. Un vide qui était en train de tout avaler. Un vide fait de rires, et de hurlements. Ça hurlait. Ça hurlait ! Il voyait le warp derrière la porte du vaisseau, vide, immense, infini ! Dans ses oreilles, ça bourdonnait, on entendait comme de l’eau en train de bouillir, un instrument de musique sortit d’un musée, des sanglots qui venaient d’une bouche sans langue. Des murmures. Des promesses de souffrance. La fraise d’un dentiste. Le grattement du métal contre un os à vif. Un nerf infecté par la septicémie.

Tout à la fois. Pur. Absolu. Dans cette aura violacée.


L’esprit d’Enkidu tout entier s’ébouillanta. Il devenait fou.

Et il sentait quelqu’un s’approcher de lui à toute vitesse, dans ce vide, une main sur une lame, prêt à le TUER.




Baie médicale tertiaire, étage Caminus.

Wullis se sentait faible. Léona, un peu hagarde, avait silencieusement injecté une autre dose de morphine via la sonde dans le corps du Garde. Elle avait dit ça sans un mot, sans une plaisanterie, sans un mot rassurant : elle était pâle, et ses yeux ne semblaient se fixer sur rien du tout.

Le prêtre du ministorum faisait les cent pas dans le bloc des patients. Les mains en l’air, et d’un ton très peu assuré, il tentait de tempérer :

« Du calme, mes enfants ! Du calme ! L’Empereur veille ! L’Empereur protège !
N-Nous allons p-prier sainte Asceline, patronne des voyageurs. Elle va nous guider, et nous ramener tous sains et saufs, vous verrez.
Liez vous mains. Liez vos mains ensemble ! »


Certains l’imitaient. Mais Wullis était étonné de voir que tous les patients semblaient être devenus aussi faiblards que lui. La morphine semblait faire pas mal effet, alors que beaucoup s’assoupissaient, ou tremblotaient dans leur coin en se roulant sur le côté. Le clerc était bien courageux d’essayer d’élever leurs espoirs, alors qu’il se mettait à chanter avec une voix douce :

« ♫ Berger de Dieu, réveille-nous,
Voici le temps de la promesse,
Nos yeux regardent vers ton jour,
Visite-nous par ta tendresse.

Tu es venu dans nos ténèbres,
Une lumière a resplendi.
Reviens vers l’homme à ta recherche,
Fais briller ton étoile en nos vies ! »


Léona s’approchait dans son dos. Elle tanguait. À droite. À gauche. Elle leva un scalpel, et, avec une immense force, l’écrasa net dans l’omoplate du prêtre.
Il tomba par terre dans un cri et un râle. Elle s’effondra sur lui, sur son dos, et avec un second scalpel, elle commença à lui taillader la joue, alors qu’elle reprenait le chant avec une voix cassante et tremblante :

« ♫ BerGer De diEu, réveiiiiille-noUus…
VoiCi lE teeemps de ta… Pro… Promesse… »


Le prêtre se mit à hurler comme un porc, de douleur, alors qu’elle lui retirait des morceaux de peau et de chair du visage, qu’elle plaça sur sa langue, continuant le chant la bouche pleine. Tous les autres alités se mirent à bouger dans tous les sens, à implorer Léona d’arrêter, à hurler à l’aide : l’un d’eux tenta de sauter du lit, mais s’effondra à terre, net.

Wullis trouverait-il le courage de sauver cet homme de foi ?





Ingeniarium, secteur B.


58,8 secondes plus tard, les trois technoprêtres encore debout se regardaient en chiens de faïence. Juste une panne localisée, Aselm continua d’insister. Il se mit alors à répéter toutes les dernières erreurs et problèmes techniques qui avaient frappé le vaisseau ces dernières semaines, que c’était étrange toutes ces pannes, vraiment une sacrée mauvaise coïncidence, mais ça avait commencé avant le voyage, ça ne pouvait pas être le warp…

Ziegler leva un doigt, et siffla un petit « chut ». Le magos regardait un peu dans tous les sens, en l’air, comme s’il était en train d’analyser quelque chose.

Mora, lui, sentait quelque chose assaillir ses servocrânes. Des dizaines, puis des centaines de lignes de code commencèrent à envahir leurs banques de données. Au départ, l’anticode n’avait aucun sens. Mais devant lui, les chiffres et les symboles dansant dans tous les sens commencèrent à former quelque chose. Une promesse.

Code : Tout sélectionner

Je.
Sais.
Ou.
Se.
Trouve.
Paracelsus.
Thule.

Un mensonge. Un mensonge ! C’était une insulte, tellement il était évident et énorme ! Personne ne savait où était parti l’explorateur Thule ! Partit vers les étoiles du Halo dans sa quête, il reviendrait en gloire, par l’amour de l’Omnimessie, avec sous son coude un SCS complet de version 1.0, libre de tout patch corruptif !
Ce n’était pas tant la promesse qui l’attirait, que celui qui promettait. Qui était en train d’écrire ce code ? Qui était en train d’essayer de communiquer avec lui ? Il lui fallait vite prendre une décision, peut-être immédiatement détruire son servocrâne, ou bien faire une purge du système, arracher le disque dur quitte à le réutiliser plus tard. On lui avait apprit que c’était la procédure à suivre.

Code : Tout sélectionner

Ouvre moi.
Ouvre moi.
Ouvre moi.
Ouvre moi.
Je te veux.
Ouvre moi.
Je vous veux.
Ces a moi.
Donne.
Donne toi.
Donne toi a moi.
Je sais ou.
Est.
Paracelsus.
Thule.
Donne toi a moi.

Tu m’appartiens et tu es à moi.

Un bruit strident réveilla Mora.

À sa droite, KV-8 était en train de s’arracher un doigt humain avec une scie à métaux.





Appartement 326, Aile Lilas, résibloc Saphire.


Le père Grégorius n’était pas terrifié par quelque chose dehors, ou dans son appartement.
Il était terrifié par Séphone.

Et pas par n’importe quelle partie de Séphone : Il était en train de regarder avec une grande insistance sa jambe droite.

Quand tout le monde regarde quelque chose avec des yeux ainsi injectés de peur, le réflexe veut qu’on penche la tête et qu’on observe. Et c’est là où Séphone le vit, pour de vrai.


Son fils.



Un fœtus était en train de pousser sur sa cuisse. La tête d’un bébé, avec un visage atrophié, aux yeux fermés par des paupières soudées à sa peau. Des petites mains à trois doigts étaient en train de s’élever. Sa putain de cuisse était en train de redonner naissance à son enfant.

Le père Grégorius se signa pour faire l’Aquila, et s’effondra à genoux, en pleurant :

« Miracle… C’est un miracle… Un miracle de l’Empereur ! »

Dans un pur élan de réflexe, automatique, irrésistible, Séphone courut à l’intérieur de l’appartement. Elle trouva un tesson de bouteille cassé par terre, et l’utilisa pour commencer à se taillader la cuisse. À s’arracher le muscle. À se découper petit à petit la cuisse. À arracher cette chose, une parodie de son propre enfant, hors de son corps.
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Reinhard Faul
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Reinhard Faul »

Honnêtement, j’ai failli hocher la tête d’approbation quand Levarn a arrêté son jeu et avoué qu’il me mentait depuis le début. Voilà l’Inquisition telle que je l’imaginais ! Je suis tellement soulagé ! Ma première idée était la bonne finalement : c’est un télépathe, et il joue au crétin pour vérifier que je ne suis pas louche. Il m’a menti, humilié et poussé à parler de mon seau à pipi, et je ne peux qu’applaudir des deux mains. Beaucoup mieux qu’un supérieur qui chouine ou un type sur le point de craquer face aux ténèbres.

Ensuite, afin de me montrer qui c’est le chef ici, il réalise un coup magnifique au billard. J’ai un petit gloussement hystérique que je dissimule en quinte de toux : en réalité on était deux à mal jouer pour mettre l’interlocuteur en confiance. C’est quand même stupide. Typique de l’Impérium – donc bien -, mais stupide.

Malgré tout je passe rapidement en revue mon souvenir de la semaine écoulée pour voir si je n’ai pas par hasard ourdi un complot hérétique dans ma tête… non. Non je ne crois pas. J’ai surtout pensé à ma vessie, mon estomac, et mon sommeil. J’ai l’habitude qu’on m’enferme dans des pièces, avec ou sans compagnons dangereux, maintenant mon cerveau passe en mode détresse et se comporte comme un animal sans qu’il y ait ne serait-ce qu’un hoquet dans le flot de ma conscience. Pas d’hérésie dans le coin. Peut-être quelques récriminations mentales à propos de Krypto et Wullis – mais ça restait pragmatique. Quoi d’autre ? … J’ai peut-être un tout petit peu pensé à mes anciens collègues sur Malfi. On s’entendait bien et la séparation a été brutale. Ils me manquent. Être enfermé ici avec un autre Psyker m’y a fait pensé, mais le parallèle s’arrête là. C’étaient pas mes chefs, d’une. Ensuite, ils n’étaient pas télépathes, mais tous biomanciens comme moi. On a la même… perception, peut-on dire, du corps humain (hélas, le cliché sur le sexe est vrai). Tous dans la vingtaine, enfermés ensemble dans le même bâtiment et avec de grosses séquelles psychologiques ? Crois-moi qu’il s’est passé des drames et des rebondissements là-dedans. Je n’ai pas encore eu le temps d’encaisser l’idée que je ne les reverrais plus jamais, et des fois j’ai des pensées bizarres qui ne concernent pas le fait de survivre ou la Volonté de l’Empereur-Dieu. Enfin je ne m’inquiète pas. Je me suis pas tapé trois ans de Vaisseau Noir et cinq ans de Terra pour trahir parce que je me sens un petit peu seul à ma première semaine de boulot !

Enfin bref, maintenant qu’il a fait son coup au billard et qu’on est tous très ébloui… y a un petit moment de gêne, quoi. J’imagine que l’Interrogateur ne va plus vouloir jouer. Je pose respectueusement ma queue sur la table devant moi sans rien dire.
À sa place, si je voulais mettre un coup de pression devant un jeune collègue trop confiant, je me mettrais à complètement sortir de mon personnage précédent en proposant de faire un truc très austère comme prier à genoux avec ferveur jusqu’à ce que le saut-Warp soit fini. Ça serait bien sérieux, bien chia… non ! Non je voulais pas dire chiant ! J’ai pas pensé chiant ! Ahah qu’est-ce que je raconte dans ma tête j’adore rester à genoux des heures entières mec, enfin je voulais pas dire mec c’est malpoli je veux dire arg zut non pardon nonnonnon.

La lumière s’est éteinte deux secondes.

Je suis en sueur et je respire vite comme si j’avais couru plusieurs kilomètres. Je n’ai pas bougé. Je regarde autour de moi avec les yeux fous. L’Interrogateur m’assaille l’esprit avec moins de délicatesse qu’auparavant, j’ai l’impression de subir une fouille au corps particulièrement exhaustive. Il ne me tue pas. J’ai pas craqué j’ai pas craqué non non non non. J’étais en train de me torturer le cerveau tout seul quand ça s’est produit, et ça m’a pris à revers, mais je suis toujours là.

Levarn s’approche de la porte afin de… l’ouvrir ? Pourquoi ferait-il ça ?! Mais il m’a dit de ne pas bouger et je ne peux décemment pas hurler des questions à un supérieur direct au milieu d’une manœuvre alors je reste là comme un con.
Oh merde merdemerdemerde.

Tout le monde mort, vaisseau foutu, rien à faire. Mon propre décès me semble évident. Pourquoi nous on a pas explosé, pourquoi j’étais toujours en état de m’en rendre compte et pourquoi je regarde le Warp sans que mon cerveau me coule par le nez, toutes ces questions n’aurons jamais de réponse car je me retrouve dans une situation qui demande des réflexes paniques.

Je dois me battre. J’ai été conditionné pour ça : mon premier réflexe est de me dire que je dois lutter contre l’Ennemi jusqu’à mes dernières forces. Leçon un chapitre un ligne une de n’importe quel code de conduite de n’importe quel combattant de cette galaxie. Des gens ont utilisé beaucoup de moyens et passé beaucoup de temps à enfoncer ce concept dans mon crâne épais. Je n'ai pas d'arme, je dois frôler l’anévrisme pour ne serait ce que faire saigner du nez un chaton, mais je vais attaquer les démons et compagnie avec les dents si il le faut.

Problème : face à moi s’étend une infinité de pulpe violette maléfique dépassant l’entendement, et je ne sais pas comment on attaque de la pulpe violette maléfique dépassant l’entendement. Où est ce je dois sauter exactement pour mordre quelque chose. Où. En fait je crois qu’on a oublié de m’expliquer quoi faire quand on se retrouve dans une pièce flottant dans le Warp. C’est sans doute pour ça que mon engagement au combat est un peu hasardeuse… Ah si ! Mais c’est tellement évident ! Me suicider !

Je porte la main à ma ceinture pour prendre la Miséricorde. Je l’ai toujours sur moi, comme n’importe quel Psyker. Si tu me l’enlèves je pique une belle crise de nerf. Les démons vont rentrer dans ta tête ? Supprime la tête avant qu’ils n’y parviennent. Je te passe comment on nous a appris ce genre de chose, t’imagineras tout seul qu’on m’a forcé à dormir avec ou à lui donner un prénom féminin ou je sais pas quel truc de tordu, c’est sans doute arrivé. Peu importe. Une vie assez nulle, et plutôt courte, mais c’est fini. Quel dommage ! Adieu.

Mais y a quelque chose qui veut me tuer et qui est plus rapide que moi. Avec un couteau. Bon, l’étrangeté de la chose m’échappe totalement (pourquoi le Warp me tuerait à l’arme blanche ?!), mais pour situer un peu le contexte mental où je me trouve, je suis convaincu à cet instant d’être à l’orée d’une infinité de tortures démoniaques dans l’au-delà alors je cherche pas la logique non plus.

Donc je décide, avec l’état d’esprit d’un homme sur le point de connaître une mort atroce et qui le sait, de sauter en arrière afin de… m’enfermer aux toilettes. Il y a des toilettes dans la pièce à panique.

Écoute, on m’a vraiment poussé à bout, d’accord ? J’étais foutu de toute part, une intention homicide est venue m’interrompre alors que j’étais déjà en train de me suicider de désespoir. Essaie de faire mieux, pour voir. Je me suis dit qu’une porte en bois me donnerait le temps de me suicider avant que le Warp m’attrape. C’est débile. On peut éviter d’en reparler ?
Natus est cacare et abstergere coactus est.
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Lien Fiche personnage: Ici

Stats :
Voie du sorcier de Nurgle (Profil avec empreintes occultes et mutations)
For 9 | End 14 | Hab 10 | Cha 6 | Int 15 | Ini 10 | Att 10 | Par 9 | Tir 9 | Foi 8 | Mag 18 | NA 3 | PV 140/140

Mutations/marques :
Nuages de mouches : -1 ATT/PAR/TIR/INI pour toutes les personnes à moins de 6m
Plaies suppurantes : 1d3 dégâts retranchés à chaque blessure
- Morsure Venimeuse : Poison hallucinogène
- Hideux (Effet : Peur)
- Organe du Chaos (-1 CHA/HAB, +1 END, +5 PV)
Pourriture de Neiglish : Porteur sain
Protection de Papy : 2d4 PdC à chaque critique en incantation
Grimoire :

- Lumière : À appliquer sur un objet ; Fait de la lumière pendant 1h
- Flammèche : Petite étincelle au doigt pendant une minute
- Météo : Connaît la météo prochaine
- Repos : Peu faire se détendre quelqu'un

- Infestation de Nurglings : 24m / 1d4 tours / Projectile magique. Une fois qu'une personne est touchée, elle subit 10+2d10 dégâts magiques par tour / Dès la fin du sortilège ou la mort de l'ensorcelé, des bubons explosent, libérant 2d3 amas de chair, qui sont autant de nurglings
- Fontaine putride : 6m / Instantané / 30+2d10 dégât devant lui + gain de 7 armure temporaire magique / +5 dégât par point de MA
- Gerbe corruptrice : 12m / 10+1d10 dégât dans une zone de 6m, esquivable ; métal rongé après 1d4 tours / -1 esquive par MA

- La multitude fait le tout : Se change en nuée de mouches
- Prodigieuse santé : Contact / Devient ultra bogosse et ultra chad
- Grande invocation de petits amis : Invoque des insectes pour servir d'ingrédients
- Immonde messager : Peut envoyer des messages twitter (Caractères limités)
- Allégresse fétide : Supprime toute douleur mentale ou physique
- Divine urgence : Force la cible à faire un jet d'END. Diarrhée en cas d'échec.
- Paludisme dévorant
- Vent de Nurgle
- Torrent de corruption

- Invocation : Nurglings
- Invocation : Bête de Nurgle
- Invocation : Porte Peste
- Octogramme de conjuration
Compétences :
- Résistance accrue : +1 END aux jets testant la résilience physique (Fatigue, drogue, alcool, torture...)
- Vol à la tire : +1 pour escamoter quelque chose
- Baratin : +1 pour endormir la vigilance de quelqu'un
- Déplacement silencieux : +1 pour fureter quelque part
- Déguisement : +1 pour s'infiltrer en étant déguisé
- Alphabétisation
- Autorité
- Humour
- Empathie
- Coriace

- Sens de la magie : Sur un test, détecte les événements magiques
- Incantation (Domaine de Nurgle)
- Maîtrise de l'Aethyr (Nurgle) : 3
- Contrôle de la magie
- Divination (Oniromancie) : Sur un test au cours de son sommeil, peut découvrir la destinée de certains personnages
- Langue hermétique (Langue Noire) : Parle la langue immonde du Chaos
- Confection de maladies : Peut fabriquer des maladies communes et rares
- Connaissance des démons
Équipement de combat :
- Bâton démoniaque : 2 mains ; 10+1d8 dégâts ; 8 parade ; Assommante & Utilisable seulement par les classes magiques. +1 PAR
- Pistolet à répétition : 46+1d8 dégâts, malus -2 TIR/8 mètres, peut tirer cinq fois à la suite avec un malus de -1 TIR par chaque nouveau canon qui fait feu
- Agaga (Épée à une main) : 18+1d10 dégâts ; 13 parade ; Rapide, Précise, Perforante (2) ; +1 INI
- Cocktail Molotov (x4) : Dans un rayon de 1m, toute personne qui est touchée par la bouteille prend trois états de « Enflammé ». Dans un rayon de 2m, c'est 2 états seulement. Dans un rayon de 3m, un seul état.

- 15 balles et poudres

- Tenue de cultiste de Nurgle : 5 protection ; Tout le corps sauf tête

- Anneau d'Ulgu : Lorsque porté, vous pouvez faire croire à ceux qui vous entourent que vous êtes un humain lambda (sans mutation aucune ni trait particulier) pendant 1 heure. Vous ne pouvez utiliser cette capacité qu’une fois par jour. Vous ne pouvez pas prendre l’apparence d’une personne en particulier.

- Miroir de la Demoiselle d'Acques
- Cor de la harde des Museaux Annelés
Équipement divers :

- Marque de Nurgle
- Caresse de la vipère (poison) : Un sujet blessé par une arme enduite de ce venin doit réussir un jet d'END-4 sous peine de mourir dans END minutes. Chaque minute avant sa mort, le sujet subit 5 points de dégâts non sauvegardables, et un malus cumulable de 2 à ses caractéristiques.


- Couverts en bois
- Sac à dos
- Couronnes dentaires en bois
- Tatouages
- Porte-bonheur

- Sap-biscuit

- Costume de répurgateur + Fleuret (Déguisement)
Divers divers :

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Helveticus Matix
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Helveticus Matix »

Pour une meilleure lisibilité des dialogues de Mora, Je vous conseille fortement de télécharger et d'installer la police utilisée : http://www.fontpalace.com/font-details/Binary+CHR+BRK/
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Ma tentative de nous réunir à une cause commune est infructueuse. Je sens dans les couches de binaires ambiants un mépris non dissimulé pour ma personne et mes convictions. Mon appartenance aux Disciples de Thule ne leur a pas échappé.
Le moins ascensionné des deux, donc la voix m'irrite particulièrement, se permet une remarque qui me frappe de stupeur. Comment peut-il se permettre de tels propos à l'égard du plus grand explorator de ce millénaire? Un personnage saint parmi les saints?

Ce n'est plus mon rang qu'ils insultent, mais la Foi de mon ordre. Pourquoi tant de rivalité... non, tant de haine, se déchaîne-t-elle entre des adeptes de la Force Motrice? Ne sommes-nous pas sensés tous nous diriger dans Sa direction, plutôt que de nous opposer?
Certes, certaines spécialisations de techno adeptes m'interrogent, voire me révulsent, mais je les accepte comme faisant partie de notre Tout. Une dent du Saint Rouage opposée à la mienne.

Au sein de l'Arche, chacun à son utilité, son rôle, sa valeur chiffrée en ressource. Il peut y avoir des différends, voire des disputes, mais jamais de conflit ouvert comme ce qui est en train de prendre forme devant moi. Nous avons tous le même objectif divin.
Je n'ai collecté que peu d'informations sur le Monde-Forge Lathès et on a toujours rechigné à m'en accorder. À présent, je comprends pourquoi. Ils m'inspirent un profond mépris, une envie de nuire à leur intégrité corporelle et mentale. Jamais je n'aurais pu envisager ressentir cela à l'égard de confrères.

KV-8 s'exprime en lingua-technis. J'ai besoin d'une demi-seconde pour m'assurer du sens de ses propos et, lorsqu'il se confirme, je sens quelque-chose exploser en moi. Sans même m'en rendre compte, je fais tinter vivement ma canne au sol, son écho se réverbérant dans la pièce. J'ai chaud, très chaud au visage, mais cela ne me préoccupe pas. Ce n'est que lui que je vois, que cette silhouette ridiculement tassée, toujours occupée sur le servitor.
La nature de l'insulte, ainsi que d'avoir souillé notre langue sainte pour me la communiquer, rajoute une valeur d'affront que je peine à calculer.

J'ai une insulte, et une bonne, à lui répondre. Je l'ai entendue de la bouche d'un collègue il y a huit ans, un mois, et un jour de cela et il a subi l'ultime rite de la servitude pour cela. Mais ces données me sont insignifiantes. Je... je m'en contrefiche! Qu'il gise la gueule ouverte, cet enfant de cuve défectueuse! Je vais la lui sortir, mon insulte! Je...
Exécution de _Protocole B-04 : // BLOCAGE HIÉRARCHIQUE >>>> Affiliation à _Protocole B-22 : // QUARANTAINE ÉMOTIONNELLE ........... Exécutée // ==+== GLOIRE À L'OMNIMESSIE ==+==

Mon vox grésille d'une intonation colérique, mais ne dit rien de plus. La colère est toujours là, enfermée dans un mutisme qui l'empêche de s'exprimer. Mon esprit sort de la brume et je peux de nouveau cogiter avec raison. Jamais on ne m'a insulté de la sorte sans raison valable. Cependant, je ne peux m'attaquer à des supérieurs me surclassant de nombreux rangs et d'années d'expertise.

En revanche, Magos Ziegler a l'autorité pour le faire. Son calme naturel, mais strict, est plus efficace pour évacuer ma colère que n'importe quel protocole interne. La réaction des deux adeptes me conforte et je savoure leur émoi comme un flux de données particulièrement savoureux. Je m'incline pour le remercier, mais aussi pour lui signifier ma plus profonde dévotion.
Quelle étrange inspiration que celle inspirée par cet exotique personnage! Je n'aurais jamais théorisé qu'au sein de mon ordre, je trouverai mon meilleur allié chez un Genetor.



Équipé de mon matériel de gravure, j'inscris avec une minutie particulière chaque donnée collectée par les adeptes. Schémas, diagrammes, textes explicatifs, me replonger dans mon expertise me ravi et je l'exécute avec zèle. Ma tâche est noble, quoi qu'en pensent ces deux calculateurs abâtardis.
Une seule plaquette est nécessaire pour inscrire ces informations, se remplissant entièrement avec une méthodologie que j'ai développée au cours de mon apprentissage. Indéchiffrable pour tout œil non-initié, le résultat final aura une patte artistique que je chéris beaucoup. Certes, c'est totalement superflu, mais cela m'aide à me concentrer.

Jerod Aselm tente une nouvelle insulte, que j'ignore royalement. En réalité, je l'attendais et avais même diagnostiqué une intervention onctueuse de notre supérieur. Validé! À quelques secondes près de mes prévisions, Magos Tellen remet brusquement le technaugure à sa place. Son intensité avait cependant été mal évaluée par mes cogitateurs et je découvre une propriété spéciale à son vox. Il peut le réguler pour changer de voix et l'adapter à la situation.
La jubilation me gagne, mais aussi un certain frisson. Je n'aime pas lorsque ce personnage plein de sagesse hausse le ton.

Si les adeptes de Lathès m'inspirent à présent une grande animosité, je ne peux que m'incliner devant leur talent. Mes chants viennent s'affilier aux leurs, d'une fréquence bien plus basse pour ne pas perturber leur travail. Mes ventilateurs diffusent en continu un filet de fumée d'encens pour purifier l'air ambiant et apaiser l'Esprit de la Machine. Certes, ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de rituels parfaitement exécutés par les technaugures, mais je suis heureux de participer.

La suite devient... intéressante. Je manque de griffer ma plaquette et de ruiner mon travail sous la réaction soudaine de KV-8. Paniqué à mon tour, j'ai un mouvement de recul, alors que Ziegler s'approche pour s'enquérir de la découverte. Je regagne tout juste contenance à temps pour inscrire le diagnostic.
La corruption qui a affecté les servitors est de nature humaine! Ce simple fait me terrifie au plus haut point. L'ennemi est parmi nous, rôdant dans les couloirs du vaisseau pour infecter les machines de ses directives impies.
J'ai déjà entendu parler de rumeurs narrant d'actes de sabotages sur mon Arche et je les ai toujours vivement réfutées. Impossible, blasphématoire que d'accorder un quelconque intérêt à ce genre d'actes ignobles. À bord, Sa volonté nous guide tous et il serait suicidaire que d'attaquer la Sainte Machine qui nous permet de traverser l'espace et l'Immatérium sans heurts.

Mais ici, la situation est différente. Nous sommes dans un navire régi par l'autorité d'une famille de libre-marchand. Ma confiance envers l'intégrité religieuse et spirituelle de ses occupants est fine et je n'ai aucun mal à imaginer pareils actes se dérouler à bord.
Je ne partage pas la colère d'Aselm, seule la crainte m'affecte. La réalisation de ma présence dans un environnement hostile me revient, comme au premier jour. Quelle bêtise d'avoir ainsi baissé ma garde!

Pour ce qui est du langage crypté, je me demande si c'est le même que j'ai capté des dernières paroles du servitor. Jerod et KV-8 sont-ils au courant de ce détail? Habituellement, je me serais exprimé sans détours auprès de mes supérieurs pour faire part de données supplémentaires. Si elles étaient déjà connues, on ne me réprimanderait pas. Mais ici, je suspecte qu'il en serait autrement.
Garder ces informations pour moi serait pourtant manquer à mon devoir. Je décide donc de les diffuser discrètement en canal binaire non intrusif.
Elles trouvent un écho assourdissant, signifiant qu'elles ont trouvé leurs jumelles et sont de ce fait totalement obsolètes.
Je coupe immédiatement la transmission et me tasse de honte sur moi-même, continuant de griffonner sur ma plaquette.

Pourrai-je contacter ma flotte plus tard à l'aide des moyens du vaisseau? Les sages de mon ordre sauraient déchiffrer sans mal ce genre de cryptage. Les probabilités d'un succès de cette entreprise sont bien basses, mais je décide tout de même de garder cette idée à portée dans mes archives.

Les lumières s'éteignent. Pendant 2.07 secondes, la pièce est complètement plongée dans le noir. C'est très perturbant. Toutes les ampoules ont failli en même temps, donc la panne vient d'un système plus généralisé que l'atelier de réparation. Peut-être un secteur entier?
Ce genre de choses n'est vraiment pas commun dans un vaisseau scrupuleusement entretenu par des dévots de l'Omnimessie et je pense immédiatement à un nouveau sabotage. Le danger n'est pas immédiat, mais démontre bien que l'ennemi est à l'œuvre.

Je sens quelque chose hurler en moi. Une alerte, une mise en garde. Quelque chose m'échappe. Je suis inquiet, mais rien ne justifie l'intensité des signaux de mes cogitateurs. J'ouvre le message pour qu'il s'affiche sur l'interface de mon implant monocle. Une seule ligne apparaît, si grosse qu'elle masque tous les autres affichages. Elle clignote, rouge vif, c'est une probabilité.


ALERTE MAXIMALE : // PROBABILITÉ DE_ CAUSE DE PANNE_ : IMMATERIUM [TEMPÊTE] / 92.6 % // ==+== QUE L'OMNIMESSIE VOUS PROTÈGE ==+==

Je suis incapable de réagir, frappé de plein fouet par cette impossible réalité. Distrait par les révélations d'Aselm, ma réflexion s'est tunnélisée. J'avais en tête que la menace venait de l'équipage, occultant totalement notre intrépide voyage au sein de l'Antimatrice.

2.07 secondes... par l'Omnimessie, nous sommes foutus. J'ai fait de nombreux Sauts au cours de ma vie, mais de manière très sécurisée, au sein d'un Immatérium relativement calme et prévisible.
Une seule fois, nous avons eu une panne du Champ Geller, de 0.01 seconde. Je ne l'ai appris que plus tard, sans rien remarquer sur le coup. Une centaine d'anomalies moindres avaient été repérées à bord. Des scarifications, des délires collectifs, quelques unités détruites, rien de plus. Rien dans mon secteur.

2.07 secondes... je ne comprends pas comment nous sommes encore entiers. Pour moi, un tel délai d'exposition aurait dû ravager nos moindres cellules et les balayer aux quatre coins du vaisseau. Mais non. Rien. Juste ce silence de mort et ce chiffre qui résonne dans mon crâne.

2.07 secondes.

Les autres sont aux aguets. Malgré la remarque de Jerod, je sens la peur des deux technaugures. Leurs capteurs fonctionnent à plein régime et des échos binaires de panique me parviennent comme une odeur âcre de transpiration. Ma propre terreur est indescriptible, plus grande que tout ce que j'ai pu ressentir jusque-là. Je n'ose faire le moindre mouvement, prendre la moindre respiration, de peur que la réalité fragilisée ne s'effondre.
Je ne suis pas derrière un écran à analyser un danger, bien au chaud, en sécurité. Non, je suis à l'épicentre de la menace! L'existence ne se résume qu'à cette simple pièce, où quatre individus apeurés sont enfermés. Pas de hiérarchie, pas de rivalité, juste le péril de l'Ailleurs.

Je me rends compte que mon auspex est toujours allumé, que mes capteurs sont toujours déployés. Paniqué, je verrouille le moindre de mes systèmes pour les rendre hermétiques au monde extérieur. Même mon respirateur passe sur des réserves d'oxygène. Seule ma connexion envers mes servocrânes reste établie par câbles ombilicaux, garantissant un lien physique sans ondes. Ils me servent d'yeux dans cette purée de pois.
Mais qu'en est-il de ma chair? Des pores de ma peau? De la lumière qui bombarde mes globes oculaires? Des bruits qui assaillent mes tympans?

« Tic, tac, tic...» les secondes s'écoulent. Je n'avais jamais remarqué ce cliquetis intégré à mes systèmes, son bruit toujours masqué par l'activité de mes implants. À présent, il est assourdissant.

La tension m'est insupportable. Je tombe à genoux et joins mes mains dans le signe du Saint Rouage. Je récite la première prière qui me vient en tête, un simple murmure désespéré pour protéger mon âme.


< De la faim et de la soif, le Dieu Machine nous protège
Du froid, du feu et du vide, le Dieu Machine nous protège
Des horreurs de la désolation, le Dieu Machine nous protège
Du cauchemar de l'ignorance, le Dieu Machine nous protège
Des déchets radioactifs, le Dieu Machine nous protège
Des dangers de l'Immatérium, le Dieu Machine nous protège
Vêtus de fer, purs de pensée et d’âme, nous allons endurer cette terrible nuit._ >


Je tremble, je sue, j'exhale des vapeurs d'encens sans vraiment les contrôler. Pendant ce temps, Jerod continue ses tentatives pour apaiser la panique croissante dans la pièce. Malgré ma concentration, le « chut » de Ziegler résonne dans mon crâne et se réverbère contre la paroi. Un silence total s'abat dans la pièce.
66.13 se sont écoulées depuis le rallumage des lumières et rien n'est encore arrivé. Peut-être sommes-nous saufs?

Quelque chose gratte dans un coin de ma tête. Je pense tout d'abord à ma propre panique, mais réalise que cela gagne en intensité. On cherche un moyen d'entrer. Un arachnide dont les pattes tâtent pour trouver une faille. Cela vient de ma connexion aux servocrânes!
Avec une révulsion physique, j'interromps la connexion, les câbles tentaculaires se rétractant immédiatement.

Instinctivement, je hurle :


< DIRECTIVE : // DÉSACTIVATION TOTALE // CODE_ TRX-42K_ >

Strepitus s'éteint immédiatement, s'écrasant au sol comme un pantin désarticulé. Mais Echo, lui, ne réagit pas. Il est tourné vers moi, me fixant de ses cavités avec une intensité terrifiante. Même si notre connexion est coupée, je le sens me bombarder de lignes de code. Elles m'atteignent comme une gifle au visage, saturant mes capteurs et s'immisçant dans les interstices de leurs barrières. Impossible de les expulser, elles s'affichent dans chaque interface, physiques comme mentales, de mes systèmes.

Comme un essaim de parasites, elles fourmillent en moi, symboles, lettres, chiffres, trop rapides pour être étudiés. Puis, l'essaim prend forme pour former des mots tressaillants, instables. Mon esprit est obligé de les lire, tout comme on voit la lumière d'un puissant projecteur dirigé sur nous, même les yeux fermés.
Quelque chose me parle, quelque chose me propose, quelque chose s'invite. Qui? Comment l'Antimatrice peut-elle formuler des paroles conscientes? Ça est entré et Ça veut me posséder.

Ça me parle de Paracelsus Thule. La mention du mentor de ma dynastie me frappe d'effroi. Comment peut-il?... Non! Ça me propose de me diriger à lui, mais j'identifie immédiatement le honteux mensonge. Notre maître se trouve dans les confins de l'espace et il n'a nullement besoin d'un minable technographe pour le sauver!
Mais Ça insiste et ma curiosité est mise à mal. Toutes mes alertes internes sont activées pour me mettre en garde contre ces lignes de code impies. Ma propre tentation me terrifie, car si toute forme de logique me somme de repousser Ça, je marque une hésitation. Le cœur de mes cogitateurs restent strictement verrouillés, mais je continue d'observer le texte qui s'affiche en moi.

Un bruit terrible m'expulse de ma transe. Mes yeux passent outre les affichages de mon implant pour voir Echo tout près de mon visage, son crâne me paraissant plus menaçant que jamais. La source du vacarme provient de ma droite. Je tourne vivement la tête et découvre l'horreur. Le technaugure KV-8, multiplement plus ascensionné que moi, béni de la machine et libéré de la faiblesse de la chair, est en train de se mutiler.

Si je me laisse envahir, ce n'est qu'une question de secondes avant qu'un sort similaire ne m'affecte. Et mon corps est bien plus fragile que celui de KV-8. Que faire? Il y a une procédure pour cela, non? Oui, je dois extraire le disque dur du servocrâne et purger son système. Nous pourrons ainsi diagnostiquer ses défaillances ultérieurement. Mais je n'ose le toucher et encore moins m'y brancher! Il le faut pourtant... il le f...


< Omnimessie, pardonne cette unité!_ >

J'ai saisi ma canne à deux mains pour fracasser Echo d'un swing dévastateur. Je réitère mon terrible acte jusqu'à ce que mon fidèle serviteur soit définitivement détruit. Des larmes obscurcissent mes yeux et je sens un filet de bave couler de mon respirateur. La tristesse et la honte m'envahissent. Que pouvais-je faire d'autre sans risquer l'intégrité du groupe? Les systèmes d'Echos étaient corrompus et rien ne pouvait garantir son retour à la normale. De plus, il n'y avait rien à tirer des lignes de codes maudites qui l'infectaient.
Mais j'ai détruit une relique du Dieu Machine. Volontairement. Et cela laisserait une marque au fer rouge dans mon esprit jusqu'à ma propre destruction.

Le danger n'est pas écarté pour autant. La folie gagne au moins un des technaugures et il ne faut pas la laisser se répandre. Que puis-je faire pour interrompre son acte terrible? J'ai trop peur pour l'approcher, craignant d'être aussi contaminé. Je tourne la tête vers le Magos Ziegler


< Votre éminence, coupez vos capteurs auditifs!_ >

Pas le temps pour la formalité. Peut-être me réprimandera-t-il plus tard, mais je dois agir vite. Je me cabre comme un animal, puis relève la tête vers KV-8. Mon vox sature d'un grésillement à très haute fréquence, un hurlement binaire assourdissant.

< 01010011 01100001 00100000 01010110 01101111 01101001 01111000 00100000 01100101 01110011 01110100 00100000 01110110 01101111 01110100 01110010 01100101 00100000 01100010 01101111 01110101 01110010 01110010 01100101 01100001 01110101_ >

Mon propre cri me donne des frissons. J'espère sortir le technaugure de sa folie, ou au moins l'interrompre un instant. Cela pourrait permettre au genetor - qui semble encore avoir toute sa tête - de le maîtriser.
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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Diederick von Bildhofen
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Diederick von Bildhofen »

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La réaction du chaman confirma mes soupçons. Cette vision me prévenait d’un danger. Cette dame et son culte étaient des hérétiques, des déviants. Ils devaient être ramenés dans la lumière du dieu-empereur ou pendus par leurs tripes aux branches d’arbres sacrés. Mais voilà que le serviteur des dieux se mettait à m’invectiver. Je m’apprêtais à le corriger en invoquant le fait que je n’avais jamais entendu parler de ce groupe auparavant, de ces actions ni de son nom et ses croyances, quand soudainement, la lumière cessa d’illuminer la baie médicale.

Puis lorsque le courant est revenu…. Je me suis senti tout drôle. Comme si j’avais des courbatures après avoir marché pendant deux jours dans les collines sous la pluie avec le paquetage réglementaire, comme aux premiers jours de l’instruction. Puis j’avais pas non plus les idées claires avec la nouvelle dose de morphine que Léona m’avait injectée dans les veines, pendant que le chaman s’était mis à chanter.

Le reste de la scène se déroula au ralenti. Je ne comprenais pas tout à fait ce qui se passait. La morphine commençait à endormir les réflexes et le conditionnement par lequel j’avais été dressé lors de l’instruction. Aussi, le cerveau endormi par la drogue et la drôle de fatigue que j’avais, je n’ait rien jacté lorsque l’infirmière se mis à marcher d’une manière tout à fait louche vers le choriste improvisé. En temps normal, je lui aurait dit de se retourner, ou je me serais même lancé en avant, sans que là… rien.
Lorsqu’elle se mis à charcuter au couteau de chirurgie le chanteur, au torse puis au visage, à faire couler le sang et à s’en régaler, c’est là que l’urgence de la situation s’est mise à fouetter mon âme. L’entraînement se réveilla et déjà je me mis à retirer les bidules médicaux qui servaient à m’injecter des trucs et des machins. Du coin de l’œil, dans le chaos ambiant, je remarqua bien que j’étais pas le seul à essayer de faire quelque chose pour sauver le pauvre malheureux avant qu’il ne se prenne un coup l’envoyant rejoindre le dieu-empereur pour de bon. Sauf que le bonhomme désireux d’aider s’étala comme un ivrogne au sol. Ça devait être la morphine.
Me remémorant le bâtard faisant office de raclure de fonds de chiottes faisant office d’instructeur, j’appliquais l’une des leçons de cet enfoiré de sadique : « si vous avez mal, c’est que vous êtes encore en vie ». Aussi, pour essayer de combattre les effets calmants de la morphine, je me suis mordu ma main. Pas celle dominante bien sûr. L’autre. Jusqu’au sang. Un bon coup de fouet pour rester éveillé. En temps normal.
Ensuite j’ai essayé de descendre du lit, tout en me soutenant à son cadre pour ne pas m’éclater au sol comme durant un soir de beuverie régimentaire. Le reste du plan consistait à prendre mon oreiller pour le glisser sous mon vêtement, au niveau du bas du ventre, afin de servir d’armure improvisée. Parce qu’il y avait rien de pire que de clamser avec une plaie au ventre. Et ensuite ? Charger. Charger Léona pendant qu’elle était occupée ailleurs, et la bousculer, la renverser avec toute la violence dont j’étais capable, puis enchaîner en me saisissant de ses deux poignets, et hurler au reste des animaux de lui piquer ses scalpels, prendre des draps et la saucissonner comme un pavé au poivre. Avec un peu de chance, la manoeuvre de renversement serait suffisante pour la déboussoler et me donner le temps nécessaire pour la mettre hors d'état de nuire. C'était ça où la tuer. Et c'eut été dommage d'en venir jusque là. Qui réparerait le chaman ensuite sinon ?

À voir si je ne m’éclatais pas au sol comme le dernier des ivrognes.
Le savoir c'est le pouvoir. Et savoir quand le garder, le cacher, le partager, cela est la véritable épreuve de ceux le détenant.

Diederick Maria Reichenbach Bruno "Ruichen" von Bildhofen, Voie de l'étude de la connaissance
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« Alors que tu défiais le couvre-feu, tu découvres une vertu trop zélée. »

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Pièce de panique Beta, étage Alvearium.


Enkidu regardait le warp. Ses yeux tout entier absorbaient l’horreur de l’enfer. Ses pupilles étaient contaminées par le brasier ardent de l’Empyrée, et ses oreilles étaient assourdies par le déchirant hurlement d’une quantité infinie de voix torturées.
Et le warp regardait Enkidu.


Sa faible tentative de fuite, soudaine, brute, animale, fut coupée courte par le voile de l’éternité. Quelque chose, en fait quelqu’un, sembla charger à travers l’enfer. Le corps d’un grand gaillard chargea s’engouffra dans la pièce, se matérialisa depuis le vide, et le voilà qui attrapa le collet d’Enkidu en étendant son énorme poigne : un couteau vola dans l’air, siffla tout proche du visage du psyker, avant qu’une voix hurlante et crachotante d’un gros visage boursouflé et bariolé de cicatrices ne l’agresse :

« SORCIER ! SORCIER ! SOOOORS DE MA TÊÊËÊTE !!! »

Il avait l’uniforme d’un matelot. Quartier-maître de première classe. Autour de son cou, un rosaire — peut-être un ancien enfant de chœur ? Le badge sur son manteau avait son nom (Kowalskii), avec trois rubans montrant ses décorations ; Enkidu n’était pas spécialiste en médailles militaires, mais il reconnaissait le tricolore or-rouge-bleu de l’Ordre de Sainte-Prisca, pour les matelots qui avaient pris part à trois combats stellaires.
Cette vague de détails bombarda les synapses du jeune psyker. Se tenait devant lui, avec une claire intention meurtrière, un ancien allié et un fidèle serviteur de l’Imperium. Et derrière lui s’engouffraient d’autres matelots, on-ne-savait combien, avec couteaux de combats et revolvers de service. Ils hurlaient des choses incohérentes, dans un mélange de colère et de peur.


L’interrogateur Luvarn était agressé par l’un d’entre eux. Mais le voilà qui avait bondi en arrière, et il posa deux doigts contre sa tempe droite. Il regarda tout droit dans les yeux de son agresseur, et alors qu’il ne bougeait pas les lèvres, Enkidu entendit des mots être hurlés au fond de ses oreilles :

MEURTRE. MEURTRE DE MASSE.

L’agresseur d’Enkidu ferma net ses yeux. Quand il les rouvrit, ils étaient injectés de larmes de sang, de même que du rouge coulait de ses oreilles et de ses narines. Il semblait être devenu « flagada », agitant mollement son bras armé. N’ayant aucun autre choix, Enkidu posa sa main à sa ceinture, dégaina son épée dans un crissement de métal, et commença à répondre à son assaut par quelques coups hasardeux — l’escrime avait fait partie de son éducation à la Scholastina, mais il n’avait jamais eu une occasion d’être dans un pur combat de haine, pour sa propre vie. D’ailleurs, le psyker tenta de raisonner son adversaire, de lui crier dessus qu’il était son allié, mais le quartier-maître sanguinolent continuait ses menaces :

« ARRÊTE ! PITIÉ ! JE VEUX PLUS T’ENTEEEENDRE ! »

Il criait ça en pleurant.

Derrière lui, un fou tendait son bras armé d’un revolver, et appuya fort sur la détente. Il y eut une détonation qui rendit tous les protagonistes sourds, puis l’odeur de cordite envahit tout l’espace clos. Et Enkidu reçut comme un coup de poing dans le ventre. Il lui suffit de baisser les yeux pour voir son uniforme être entouré d’un rond rouge qui commençait à se diffuser dans le tissu.

L’adrénaline l’empêchait pour l’instant d’avoir mal.

Puis tout alla très vite. Quelques parades successives s’échangèrent entre des coups de feux assourdissants, jusqu’à ce que la lame d’Enkidu ne traverse le poitrail de son ennemi. Avec une facilité déconcertante, il enfonça le couteau tout au fond, et il pouvait sentir dans sa main serrant la poignée la manière avec laquelle l’épée déplaçait les vertèbres et les organes, pour pointer de l’autre côté — comme s’il entrait dans du beurre. Il poussa ensuite tout en se reculant, pour extraire l’arme, et le pauvre quartier-maître s’effondra au sol, sur le côté, en tremblant dans tous les sens tout en faisant d’horribles petits cris plaintifs, comme un clébard qu’on aurait frappé.

Enkidu leva les yeux, et vit le matelot fou avec le revolver s’avancer vers lui. Il tira avec son pouce sur le chien de l’arme, faisant ainsi tourner le barillet, et ainsi, le psyker se retrouvait à regarder le fond du canon du flingue.

Luvarn avait à ses pieds un matelot mort, et dans sa main, un gros pistolet fumant. À nouveau, il posa un doigt sur sa tempe, et toujours sans parler, Enkidu entendit distinctement :


Colle le canon contre ta tempe.

Le matelot s’exécuta. Il s’arrêta net, et tout en regardant tout droit Enkidu en face de lui avec une pure expression de haine au fond de ses yeux beaucoup trop jeunes et beaucoup trop bleus, il plia son bras pour mettre l’arme contre sa tête.

Puis il tira, aspergeant sa cervelle et des morceaux d’os sur le mur à sa gauche.




Enkidu voyait devant lui les pauvres hommes tombés comme des mouches. Son épée dégoulinait de sang. Une pure panique instinctive s’emparait de son corps tout entier, et il semblait que l’univers entier se focalisait sur le quartier-maître de première classe Kowalskii, et ses oreilles n’entendaient plus que le gémissement guttural d’un corps humain en train de lâcher prise.

« Acolyte ! »

Luvarn criait, d’un ton ferme, militaire.

« Acolyte ! Garde à vous ! Votre devoir vous ordonne d’accomplir ma volonté ! »

En levant les yeux, Enkidu ne voyait plus le warp, mais le couloir qu’il avait vu une semaine auparavant. Il était illuminé de noir et de rouge au rythme d’une alarme, et on entendait la sirène stridente appelant les marins à leurs postes de combat.

L’interrogateur Luvarn se tenait tout droit, une main à l’intérieur de sa veste et contre son ventre, le pistolet toujours dans l’autre. Rigide, inflexible, il gâcha quelques mots à expliquer la situation à Enkidu :

« Je pense que ces matelots ont succombé aux murmures du warp. Ils ont cru que nous étions leurs ennemis. Pour ça qu’enfermer des psykers dans une pièce est souvent une condamnation à mort pour eux…
Vous avez réussi à survivre aux mirages de l’Empyrée, eux non. Vous méritez donc d’être en vie, et n’avez rien fait de mal. Rendons leur mort un minimum utile en retournant au travail, je vous prie ! »


La manière avec laquelle il balayait sous le tapis le fait d’avoir tué deux matelots fidèles à l’Empereur était particulièrement inquiétant : comme s’il l’avait déjà fait déjà bien souvent. D’ailleurs, il enjamba le cadavre d’un des matelots en n’en pensant rien de plus, avant de s’engouffrer d’un pas un peu pressé dans le couloir.

Il fallut un moment à Enkidu à se remettre, et il tenta d’utiliser les pouvoirs qui étaient les siens pour se soigner. Mais il ne rassembla pas suffisamment de concentration pour le permettre, et donc, il se retrouva à rattraper la suite de l’interrogateur.




Au bout du couloir, des matelots s’agitaient dans tous les sens. Il y avait des cris, des ordres aboyés de sous-officiers à leurs soldats. Alors que les deux psykers apparaissaient, une petite douzaine de matelots étaient sur le pont en train de s’équiper de fusils à pompes et d’autopistolets. En voyant débarquer le duo, tous se tournèrent et braquèrent leurs armes sur eux : mais Luvarn levait haut sa rosette inquisitoriale, et tous baissèrent alors leurs flingues en se mettant au garde-à-vous.

« Interrogateur Luvarn ! Qui est l’officier en charge ici ?! »

Une petite femme aux yeux bridés et au visage couvert de tatouages s’avança en levant la main.

« Premier maître TykOsark, monsieur !
– Faites-moi un rapport : qu’est-ce qui se passe ici ?!
– Je l’ignore monsieur ! Nous avons reçu ordre du pont de commandement de garnir nos postes de combats et de nous y verrouiller !
Plusieurs membres de l’équipage sont devenus fous monsieur, ils disent qu’on parle dans leurs têtes et se sont mis à être dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres ! »

Luvarn pointa du doigt le couloir dont il venait de sortir.

« Trois de vos hommes viennent de m’attaquer. Amenez l’un d’entre vous pour voir si certains peuvent encore être sauvés. »

TykOsark déglutit, mais transmis cet ordre à l’un de ses subalternes qui attrapa un kit de premiers secours accroché dans le mur avant de se ruer vers la pièce de panique.

« Continuez, premier maître. »

Alors que les matelots s’agitaient, Luvarn se retourna, et, avec dédain, fit un signe de la main à Enkidu.

« Le porte-vox, s’il vous plaît. »

Le psyker le donna à son supérieur. Luvarn tira l’antenne, fit glisser les molettes pour trouver la bonne fréquence, et alluma. Il y eut alors des dizaines de voix qui se mirent à crier ou à parler avec une voix paniquée dans tous les sens, de plusieurs fréquences différentes, à divers endroits de l’Indomptable Ravel. Le navire tout entier semblait être en pure panique.

Et puis, on entendit une voix familière appeler à l’aide.


« Ici l’adjudant-chef Peyrilhac ! À quiconque peut entendre ! Nous sommes attaqués ! Plusieurs assaillants armés nous ont encerclé dans le Librarium ! On est sous pression ! »

Luvarn tiqua des lèvres. Il appuya sur le bouton pour transmettre :

« Peyrilhac, ici Luvarn. Ce ne sont que des hallucinations. L’Inquisitrice est-elle avec vous ? Barricadez-vous avec elle et attendez l’arrivée d’aide. Parlez.
PAS LES PUTAINS D’HALLUCINATION ! hurla Peyrilhac à en faire grésiller le micro. Il y a des pirates à bord ! Je répète : Il y a des pirates à bord de l’Indomptable Ravel ! Servitors reprogrammés et pirates avec des lasfusils ! Venez dans le Librarium, MAINTENAAANT ! »

Les yeux de Luvarn s’écarquillaient. Il mit ses doigts dans sa bouche et siffla pour faire rameuter la premier maître en train d’ordonner son équipage. Celle-ci rappliqua au garde-à-vous, tandis que l’interrogateur résuma la situation fort rapidement :

« J’ai besoin d’une escouade de cosmomarines dans le Librarium.
– Monsieur, je vais voir ce que je peux faire.
– C’est un ordre de l’Inquisition !
Donnez-moi également des marins pour m’y guider et me servir d’escorte — si possible des matelots qui n’ont pas complètement perdu la tête !

– Oui monsieur ! »

D’un pas vif, Luvarn se dirigea déjà vers l’ascenseur. La tête d’Enkidu tournait à cause du cri perçant des sirènes et des alarmes répétées. Mais voilà que l’interrogateur s’arrêta pour s’adresser directement au psyker.

« Toutes ces pannes, ces événements étranges sur le vaisseau… Je ne crois pas que Peyrilhac soit du genre à paniquer. Ce sont probablement des passagers clandestins qui ont embarqué à un moment et ont essayé de se cacher par des actes de sabotage.
Que Selleniz n’aie pas été capable de prévenir telle situation mérite bien châtiment. Peut-être avez-vous une idée sur une condamnation appropriée, acolyte ? »
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Reinhard Faul
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Reinhard Faul »

Nous suivons les aventures de l’Interrogateur de l’Ordo Xeno Luvarn, moi je suis juste un couillon qui titube derrière en se vidant de son sang. J’ai pas réussi à me soigner moi-même. Ça arrive – souvent dans mon cas, hélas – mais c’est toujours un peu déroutant. Comme se perdre dans sa propre maison.
J’ai essayé de me concentrer en gardant ma main libre sur ma blessure – l’autre tient toujours l’épée – mais je n’ai pas réussi à équilibrer le flux de… enfin on s’en fout, c’est du jargon technique, l’important à savoir c’est que je me suis bien tapé la honte devant le chef. Je lui ai jeté un regard penaud, il s’est tourné vers le bout du couloir sans chercher à m’aider et je lui ai emboîté le pas en serrant les dents.

J’ai peut-être, aussi, un tout petit peu vomi. À peine. Juste un chouilla. Un rôt un peu chargé, quoi. Quand j’ai embroché le pauvre quartier-maître, je l’ai senti… partir. Exploser comme une bulle de savon et disparaître de mes perceptions les plus mystiques. Ça fait ça quand les gens meurent. J’ai déjà vu un paquet de gens partir, mais c’est la première fois que quelqu’un se donne cette peine à cause de ma participation directe. J’ai pas spécialement apprécié l’expérience, alors il y a une ou deux profiteroles qui viennent tacher le mur du couloir.

L’Interrogateur a eu quelques mots pour m’expliquer la situation, peut-être parce qu’il m’a entendu beuj derrière lui et marmonner des trucs dans ma langue natale exprimant la perplexité (même dans une langue étrangère, un type blessé qui dit « oh bordel qu’est ce qui se passe putain putain putain » avec les yeux fous ne laisse pas de place à l’interprétation). Ah ? Des hallucinations ? Ah bon ? Pauvres gus, je peux pas dire que j’ai été tellement plus lucide qu’eux. Je voyais le Warp, on m’a engueulé, j’ai eu un instant de peur panique de me faire punir et j’étais dans le couloir. Pouf. Ah oui, j’ai failli me suicider aussi. Je me croyais mort de chez mort, foutu. Et puis en fait non. Ça demande beaucoup de gymnastique mentale pour quelqu’un qui a une balle dans le ventre. Je croyais que j’étais mort.

Donc je suis pour l’instant abîmé de corps et d’esprit, je laisse l’animal qui squatte dans mon cerveau et qui s’occupe de la survie prendre le contrôle. La chose à faire est assez évidente d’ailleurs : il faut Suivre le Chef.

En plus c’est un bon chef, il a l’air de savoir ce qu’il veut faire et où il doit aller. Il donne des ordres, il pose des questions, il envoie des hommes (moi j’ai juste agité la main pour leur faire coucou). De mon côté j’essaie de ne pas m’évanouir de douleur quand je pose mon pied du côté où j’ai la blessure au ventre, et d’écouter très attentivement ce qui se dit, comprendre ce qui se passe. Quand l’Interrogateur me demande de lui donner le Porte-Vox avec une petite mine dégoûtée, je prends même le temps d’essuyer le sang dessus en le frottant rapidement sur ma cuisse avant de lui tendre d’un air empressé.

… oh, tu as cru que j’aurais le droit à une pause ? Qu’on allait être gentil avec moi – ou du moins compréhensif – parce que je suis blessé ? Tu as peut-être même envisagé une seconde que je puisse être moins tendu auprès de mes supérieurs pour la bête raison que j’ai envie de m’évanouir ? Abruti. Je vais même pas développer tellement c’est stupide.

Bon maintenant on va vers un ascenseur affronter des gens dans le Librarium je sais pas quoi pouet pouet c’est moi le type déjà à moitié mort. Je ne sais pas si je peux survivre à une deuxième blessure, d’autant que ça m’étonnerait que le secteur Medicae soit encore fonctionnel. Visiblement, c’est la folie partout. Mais le Chef a dit qu’il fallait aller rejoindre les Autres Chefs parce que ça sera Bien. Moi faire ça. Suivre.

Mais l’Interrogateur Luvarn, il en est pas au prochain combat, pas du tout. Il est déjà après. On perd du temps à rien faire dans un ascenseur alors il discute avec moi. Malin comme un sac de singes, il fait deux et deux et il trouve ça curieux que le vaisseau soit autant dans la merde la même semaine. Il me demande mon avis sur la punition qui convient pour notre hôtesse, la Libre-Marchande, Madame Hippolyte de Selleniz. Ça, je ne m’y attendais pas du tout. j’étais en train de penser à l’Inquisitrice – principalement mon espoir qu’on en ait toujours une. Luvarn - quand il jouait encore son rôle - m’a dit qu’il la trouvait jeune, mais de mon point de vue elle est un peu plus vieille que moi et elle a un équipement qui en impose, donc je pense qu’elle va bien.
Par conséquent je n’étais pas dans l’état d’esprit adéquat pour l’Ordo Héréticus qui veut toujours punir et trouver qui qui c’est qui a fait ça et mêler religion et pulsion sadiques. Pardonne-moi, ça fait seulement une semaine que je suis là.

À cet instant, peut-être que j’ai eu une minuscule pensée indépendante pleine de colère : rien à foutre de tes délires de petit couillon sadique qui veut « punir ». C’est pas le moment. Je connais, on me la fait pas. Si les télépathes peuvent fouiner dans la vie de tout le monde, moi j’ai plus ou moins conscience en permanence des processus biologiques des gens. Rien d’utile sauf si t’as besoin de savoir que quelqu’un a besoin de faire pipi dans la pièce, mais il est difficile de me cacher qui a la crise d’autorité motivée par le quartier rouge de son cerveau. C’est pas que j’en ai quelque chose à foutre, c’est que c’est pas le moment putain !

Mais cette pensée ne prend pas beaucoup de place. Je la range quelque part loin et je ne m’en occupe plus – d’autant qu’en fait Luvarn reste hormonalement désinvesti. J’imagine que même si il est dans ma tête, il s’en fout de ce genre de bêtises impulsées par des traumatismes anciens. Les télépathes savent que l’esprit de quelqu’un est juste un merdier qui fait semblant d’être intelligent, tout comme je sais que j’ai aucune pudeur parce qu’on est tous de la viande, dans le fond (sauf les femmes enceintes qui me mettent très mal à l’aise). Donc je me penche sur sa question avec toute l’intelligence dont je suis capable. La seule concession que je fais à la faiblesse, c’est de réfléchir un peu à voix haute :

« Monsieur ? La Libre-Marchande ? Je chercherais plutôt quelqu’un embarqué récemment qui a un rapport avec le Secteur Cali…. Ooooooooooooh. »

C’est pour ça qu’il s’est enfermé dans le bunker avec moi et qu’il a fouillé ma tête ! Bon enfin mes avis on s’en fout, je l’aurais jamais donné si j’avais pas le cerveau en pulpe. Réponds à la question qu’on te pose au lieu de t’inventer une vie de détective, crétin.

« Elle aime bien mettre en scène le pouvoir… un truc en public, j’imagine, elle le vivrait pas bien. La télépathie ça doit ouvrir beaucoup de portes... C’est pas moi l’expert, moi je peux juste lui faire du mal. Sans dommage. On me demande souvent des trucs niveau génital, mais en vrai les douleurs osseuses c’est les pires... Enfin au final je préférerais lui réclamer des machins qui servent genre de l’argent ou des hommes, même si c’est une approche moins euh… spirituelle. »

Après ça je hausse des épaules l’air de dire que je fais ce que je peux, puis je grimace de douleur parce que j’ai toujours un trou d’aération supplémentaire dans le ventre.

Note que j’ai pas dit « ahah on devrait couper les doigts de cette pute et les lui faire bouffer », je suis resté modéré. Moi aussi je connais la blague de demander à un mec une punition pour quelqu’un d’autre, et en fait de le punir lui-même avec son idée - je vois pas ce que j’aurais fait de mal, mais c’est pas la question, ça n’est même pas une circonstance atténuante. Fallait que je réponde quand même à son ordre direct, néanmoins ça empêche pas de rester malin.

… ça serait beaucoup plus malin si le gars était pas télépathe. J’ai le mince espoir qu’il reste pas dans ma tête à temps plein (ça doit être un peu barbant là-dedans), mais j’ai l’impression d’avoir mon examen final de paranoïa là. Pendant que je me vide de mon sang comme un poulet, donc. C’est impossible de se retenir de penser ! J’admets que j’ai un peu envie de cogner mon crâne contre les murs, mais y a des pirates ou je sais pas quoi qui vont le faire eux-mêmes dans les prochaines minutes.
Natus est cacare et abstergere coactus est.
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Stats :
Voie du sorcier de Nurgle (Profil avec empreintes occultes et mutations)
For 9 | End 14 | Hab 10 | Cha 6 | Int 15 | Ini 10 | Att 10 | Par 9 | Tir 9 | Foi 8 | Mag 18 | NA 3 | PV 140/140

Mutations/marques :
Nuages de mouches : -1 ATT/PAR/TIR/INI pour toutes les personnes à moins de 6m
Plaies suppurantes : 1d3 dégâts retranchés à chaque blessure
- Morsure Venimeuse : Poison hallucinogène
- Hideux (Effet : Peur)
- Organe du Chaos (-1 CHA/HAB, +1 END, +5 PV)
Pourriture de Neiglish : Porteur sain
Protection de Papy : 2d4 PdC à chaque critique en incantation
Grimoire :

- Lumière : À appliquer sur un objet ; Fait de la lumière pendant 1h
- Flammèche : Petite étincelle au doigt pendant une minute
- Météo : Connaît la météo prochaine
- Repos : Peu faire se détendre quelqu'un

- Infestation de Nurglings : 24m / 1d4 tours / Projectile magique. Une fois qu'une personne est touchée, elle subit 10+2d10 dégâts magiques par tour / Dès la fin du sortilège ou la mort de l'ensorcelé, des bubons explosent, libérant 2d3 amas de chair, qui sont autant de nurglings
- Fontaine putride : 6m / Instantané / 30+2d10 dégât devant lui + gain de 7 armure temporaire magique / +5 dégât par point de MA
- Gerbe corruptrice : 12m / 10+1d10 dégât dans une zone de 6m, esquivable ; métal rongé après 1d4 tours / -1 esquive par MA

- La multitude fait le tout : Se change en nuée de mouches
- Prodigieuse santé : Contact / Devient ultra bogosse et ultra chad
- Grande invocation de petits amis : Invoque des insectes pour servir d'ingrédients
- Immonde messager : Peut envoyer des messages twitter (Caractères limités)
- Allégresse fétide : Supprime toute douleur mentale ou physique
- Divine urgence : Force la cible à faire un jet d'END. Diarrhée en cas d'échec.
- Paludisme dévorant
- Vent de Nurgle
- Torrent de corruption

- Invocation : Nurglings
- Invocation : Bête de Nurgle
- Invocation : Porte Peste
- Octogramme de conjuration
Compétences :
- Résistance accrue : +1 END aux jets testant la résilience physique (Fatigue, drogue, alcool, torture...)
- Vol à la tire : +1 pour escamoter quelque chose
- Baratin : +1 pour endormir la vigilance de quelqu'un
- Déplacement silencieux : +1 pour fureter quelque part
- Déguisement : +1 pour s'infiltrer en étant déguisé
- Alphabétisation
- Autorité
- Humour
- Empathie
- Coriace

- Sens de la magie : Sur un test, détecte les événements magiques
- Incantation (Domaine de Nurgle)
- Maîtrise de l'Aethyr (Nurgle) : 3
- Contrôle de la magie
- Divination (Oniromancie) : Sur un test au cours de son sommeil, peut découvrir la destinée de certains personnages
- Langue hermétique (Langue Noire) : Parle la langue immonde du Chaos
- Confection de maladies : Peut fabriquer des maladies communes et rares
- Connaissance des démons
Équipement de combat :
- Bâton démoniaque : 2 mains ; 10+1d8 dégâts ; 8 parade ; Assommante & Utilisable seulement par les classes magiques. +1 PAR
- Pistolet à répétition : 46+1d8 dégâts, malus -2 TIR/8 mètres, peut tirer cinq fois à la suite avec un malus de -1 TIR par chaque nouveau canon qui fait feu
- Agaga (Épée à une main) : 18+1d10 dégâts ; 13 parade ; Rapide, Précise, Perforante (2) ; +1 INI
- Cocktail Molotov (x4) : Dans un rayon de 1m, toute personne qui est touchée par la bouteille prend trois états de « Enflammé ». Dans un rayon de 2m, c'est 2 états seulement. Dans un rayon de 3m, un seul état.

- 15 balles et poudres

- Tenue de cultiste de Nurgle : 5 protection ; Tout le corps sauf tête

- Anneau d'Ulgu : Lorsque porté, vous pouvez faire croire à ceux qui vous entourent que vous êtes un humain lambda (sans mutation aucune ni trait particulier) pendant 1 heure. Vous ne pouvez utiliser cette capacité qu’une fois par jour. Vous ne pouvez pas prendre l’apparence d’une personne en particulier.

- Miroir de la Demoiselle d'Acques
- Cor de la harde des Museaux Annelés
Équipement divers :

- Marque de Nurgle
- Caresse de la vipère (poison) : Un sujet blessé par une arme enduite de ce venin doit réussir un jet d'END-4 sous peine de mourir dans END minutes. Chaque minute avant sa mort, le sujet subit 5 points de dégâts non sauvegardables, et un malus cumulable de 2 à ses caractéristiques.


- Couverts en bois
- Sac à dos
- Couronnes dentaires en bois
- Tatouages
- Porte-bonheur

- Sap-biscuit

- Costume de répurgateur + Fleuret (Déguisement)
Divers divers :

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Ingeniarium, secteur B.


Le cri de Mora ne sembla pas gêner les technoprêtres : tout au plus le grésillement agressif n’était qu’à peine plus agaçant que toute la situation actuelle. Ziegler tiqua des lèvres et ferma les yeux, car il semblait toujours être concentré sur quelque chose, on-ne-savait quoi exactement. Jerod Aselm, lui, semblait parfaitement paniqué et anxieux, à bouger dans tous les sens comme un diable ne pouvant tenir en place.

Il n’y avait que KV-8 qui était encore parfaitement résolu. Imperturbable, il était en train d’approcher la scie à métaux de sa main vissée à la table. Aselm tenta bien de s’approcher, et de tirer sur la robe de son ami en l’implorant d’arrêter :

« Frère ! Cessez ceci ! Vous allez vous faire mal !

– INJECTION : MORPHEUS. CAPTEURS DE DOULEUR DÉSACTIVÉS. LA CHAIR EST FAIBLE. »

Il y eut un geyser de sang, alors qu’il sectionna net son doigt. Puis, il bondit de son tabouret, et s’approcha d’une machine électrique qu’il mit en marche. Il alluma un chalumeau à prométhium, et plaqua le moignon de doigt dessus pour le cautériser comme un sauvage.


Ziegler ouvrit grand son œil encore humain. La pupille toute entière était dilatée, et le blanc avait viré au noir. Le warp semblait s’être emparé de sa chair à lui aussi. Mais ses propos semblaient encore cohérents et lui appartenir personnellement, car il annonça :

« Sabotage.
Il y a un adversaire armé à bord. »



Comme si le destin tout entier approuvait son hypothèse, il y eut le déclenchement d’une alarme. Le cri strident d’une sirène répétitive, et la lueur rouge de gyrophares clignotants.
Immédiatement, le technaugure Aselm sembla changer d’apparence. Son visage humain, contorsionné par la peur et l’anxiété, se mua en un masque de fer impassible, aux sourcils froncés par la colère. La chair avait cette possibilité merveilleuse d’ainsi présenter les émotions de son interlocuteur. Et voilà qu’Aselm se rua vers la porte de l’atelier, qu’il ouvrit en grand.

Passèrent en courant à toute vitesse des ouvriers, un servitor de travail au pas cadence, et un électro-prêtre portant une sacoche sous le bras. C’est ce dernier qu’Aselm arrêta en l’attrapant violemment par l’épaule avant de le tirer à l’intérieur. Le-dit électro-prêtre était un jeune homme torse-nu, à la peau très pâle qui marquait sa naissance comme hors-monde, et qui avait une grande ceinture remplie d’outils flanquée du symbole du culte Mechanicus.

« Au rapport, cadet Luca ! Où avez-vous été ordonné ?!
– Le saint-champ Gellar s’est éteint quelques secondes, aîné technaugure ! Les systèmes de sécurité ont pris le relai mais le technaugure prime a ordonné une équipe d’urgence pour sécuriser l’ingéniarium ! »


Aselm commença alors à échanger des ordres et des instructions avec l’électroprêtre. Mais Mora ne put entendre trop leur discussion, puisque Ziegler s’approcha de lui. Le magos biologis serrait fort des poings.

« Jamais des saboteurs n’auraient pu entrer dans la salle des machines sans être massacrés par les fidèles du Mechanicus et des servitors d’armes — c’est l’endroit le plus ardemment défendu d’un vaisseau.
Je pense que les saboteurs ont dût utiliser un autre moyen… »


KV-8, qui était en train de se faire un bandage, répondit de sa voix métallique :

« HYPOTHÈSE DE TRAVAIL : LE CHAMP DE GELLAR EST ALIMENTÉ PAR DES CONDUITES ÉLECTRIQUES. UNE SURCHARGE A PUT FORCER LE CHAMP À S’ÉTEINDRE RIEN QU’UN INSTANT.
SUGGESTION : SÉCURISATION IMMÉDIATE DES POSTES DE TRANSFORMATEURS. »


Malin. Si on ne pouvait attaquer un château, pourquoi pas creuser une sape en-dessous des murailles ?
Aselm frappa dans le mur et cria comme un officier :

« Je prends le poste A, KV-8, je peux compter sur toi pour le réseau secondaire ?!
– AFFIRMATIF.
– Je viens avec vous. Deux paires de mains en plus peuvent toujours servir.
– Allez, go go go ! »

Avant de quitter l’atelier, pourtant, Aselm fit demi-tour pour récupérer quelque chose :
Caché sous une magnifique couverture de soie, posée sur une des tables de l’atelier, il tira le magnifique artefact réservé à ceux du rang de technaugure — une hache omnisienne, un instrument du culte tout autant qu’une arme pour abattre les ennemis du Dieu-Machine.
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Ressortant dans le couloir avec ses camarades, talonnant un Aselm qui remontait l’ingeniarium en sens inverse, Mora devait se coller bien serré à droite du chemin pour ne pas être bousculé par un gros ouvrier ou un jeune électro-prêtre qui courrait dans un sens à un autre pour rejoindre son poste de travail au milieu de cette fourmilière géante. Criant au milieu du vacarme et du cri de la sirène, Aselm dirigeait des hommes, jusqu’à ce que tous se retrouvent devant l’ascenseur de tout à l’heure.

Trois ouvriers et deux servitors de travail attendaient. Avec eux, pas moins de quatre prévôts d’armes, en train de charger les cartouches dans leurs fusils à pompe. Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et 12 personnes se retrouvaient à se presser à l’intérieur de l’ascenseur — quand bien même un avertissement en bas gothique interdisait de dépasser dix corps humains à bord. Il était dangereux d’ainsi offenser l’esprit de la machine, mais dans la panique, les deux technoprêtres avec Mora décidèrent de ne pas prendre gare à l’avertissement.

Hélas, ils auraient dû. Parce qu’alors qu’on entendait les roulis des essieux de la machine, voilà que soudain, la machine toute entière pilla, et s’arrêta net. Ils se retrouvaient tous dans le noir.
Aselm, qui était en train de pianoter sur une plaque de donnée projetant une lumière verte sur son visage, railla :

« Je suis occupé. Pouvez-vous vous en charger ? »

Ziegler parut bizarrement, gêné…

« Les classes d’électro-prêtre remontent à loin. Peut-être que vous… »

Quel genre de technoprêtre n’était pas capable d’ainsi officier les soins d’un Esprit de la Machine ?! Enfin, c’était l’occasion pour Mora de briller. Poussant un pauvre servitor qui se laissait faire, l’Explorator se retrouva devant la console, qu’il tira pour dévoiler des fils. Après quelques prières et un redémarrage, l’ascenseur put très péniblement reprendre son avancée jusqu’à un nouvel étage.



Les portes s’ouvrirent sur un couloir. Et là, quelque chose d’horrible fut découvert — des ouvriers étaient par terre, en train de pleurer ou de tousser de toutes leurs forces. Une immense fumée blanche flottait en l’air. Le chef des prévôts, peut-être plus observateur que les autres, hurla :

« Lacrymogène !
Masques sur la tête, maintenant ! »

Heureusement, tous les prévôts portaient en permanence sur eux des masques à gaz qu’ils mirent sur leurs trognes. Les ouvriers, eux, se contentèrent d’un masque anti-poussière et de lunettes bien moins étanches.

Les prévôts s’avancèrent pour ouvrir la voie. Fusils à pompe en joue, ils couvraient tous les angles alors qu’ils s’accordaient silencieusement entre eux, grâce à la répétition des exercices. L’un d’eux s’arrêta devant une ouvrière qui tenait entre ses bras un enfant hurlant de douleur : il les incita à se relever et désigna l’ascenseur vers lequel ils se mirent à fuir à toute vitesse. Beaucoup d’autres ouvriers étaient ainsi coincés sur place, à tousser et à crier, incapacités par le gaz certes non-mortel, mais pas moins endolorissant.

Aselm, qui avait lui aussi rajouté un respirateur de métal sur sa bouche, annonça d’une voix grésillante :

« Quelqu’un a piraté le système de ventilation !
Technographe Mora, veuillez vous rendre un peu utile, je vous prie ! »


Si redémarrer un simple système auxiliaire était parfaitement dans les cordes de Mora, c’était bien autre chose qui était inquiétant :
Il y avait des pirates à bord. Qui sait combien ils étaient, et s’ils se trouvaient encore dans le coin ?



Baie médicale tertiaire, étage Caminus.


Il fallut toute sa force à Wullis pour se remettre debout. L’univers semblait s’être obscurci, des mouches et des étoiles dansaient devant ses yeux dans un voile alors que le sang descendait maintenant jusqu’à ses cuisses. Pieds-nus, chargeant à toute vitesse, il tenta de renverser l’infirmière.

Mais celle-ci, avec une folle agilité féline, fit un tour sur elle-même et évita de peu le gros bonhomme qui allait s’effondrer sur elle. Le poussant de côté, elle parvint à le faire s’écraser sur le sol, et à se ruer au-dessus de lui. Son scalpel fut arrêté net par la main de Wullis, qui fut tout de même poignardée. Et alors, un déluge de coups de bistouri commençaient à gratter ses poignets tandis que son sang coulait en quantité sur son visage.

À chacun de ses coups, Léona hurlait de rire. Attaquant comme une furie, elle disait des choses absolument incompréhensibles entre ses assauts :

« JE DOIS ! MANGER ! JE VAIS ! MANGER ! MANGER ! HAHAHA ! MANGER ! »

Le prêtre à la joue arraché tituba derrière. Mais rassemblant toute sa force et son courage de clerc ventripotent, il décida tout de même, après avoir semble-t-il hésité, de venir en aide au Garde plutôt que de fuir tel un lâche. Il attrapa Léona dans le dos, et la tira en arrière, tandis qu’elle continuait de bouger dans tous les sens comme une furie, donnant en l’air des coups de pieds et des attaques au scalpel dans le vide. Peu galant, Wullis décida de lui donner un coup de poing dans le ventre, mais c’est surtout le prêtre qui parvint à utiliser tout son poids pour l’écraser au sol et l’y maintenir.

C’est seulement après deux bonnes minutes de lutte, qu’à deux, ils parvinrent finalement à l’attacher avec des draps et tout ce qui traînait. Alors, Léona continuait de s’agiter dans tous les sens en riant, comme prise d’une immense crise de folie.


Le prêtre alla chercher de la gaze, et s’arrêta devant un miroir pour s’auto-administrer des premiers soins. Essoufflé, paniqué, il eut quelques mots pour Wullis :

« Je vais… Je vais je pense, rester ici pour veiller sur ces pauvres malades…
Peut-être pourriez-vous… Vous équiper et chercher à aider ? »


Ses yeux étaient encore pleins de jugement. Visiblement, Wullis avait fait une erreur à lui parler de son cauchemar.



Étage Alvearium.


Devant l’ascenseur, Luvarn écouta la réponse d’Enkidu. Pour toute réponse, il eut un sourire carnassier, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Le psyker avait-il dit ce que l’interrogateur voulait entendre, ou non ? Impossible de le savoir.

Quelques instants plus tard, six matelots et prévôts apparurent avec des armes. Ils entrèrent alors dans l’ascenseur avec les représentations de l’Inquisition, et voilà qu’ils descendaient les étages.



Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un couloir vide, où il y avait cette même alarme et cette couleur rouge éblouissante. Au trot, les matelots se dirigeaient tout droit vers le librarium. Ils arrivèrent jusqu’à une porte de service, qui menait à un immense escalier : avalant les marches deux par deux, ils s’essoufflèrent, même si Enkidu, pourtant bien blessé, parvenait à suivre sans même ralentir.


Ils se retrouvaient alors dans un nouveau bloc de travail du vaisseau. Ici, c’était tout de suite plus luxueux : les murs en métal étaient peints, le sol était couvert de tapis, il y avait un aquarium où des poissons glougloutaient. On devait être dans un bloc de résidence des classes supérieures. Mais les matelots avançaient bien avec leurs armes en joue.

Ils passèrent une double-porte, et tombèrent sur de nouvelles âmes humaines :

D’imposantes portes indiquaient bien « LIBRARIUM » en grand. Mais devant, les-dites portes étaient barricadées par des chaînes. Là, ils étaient dans un sas, avec une baie d’observation aux volets baissés, des tables, des chaises, un petit bar. Et devant eux, des brancards où étaient allongés des gens inconscients : cinq, grièvement blessés.

Heureusement, ces blessés étaient pris en charge. Quatre ambulanciers, portant exactement le même uniforme que ceux qui avaient sauvé la vie de Wullis, étaient en train de les charger — Enkidu était persuadé de reconnaître l’un d’entre eux d’abord. En voyant débarquer une demi-douzaine d’hommes armés, les ambulanciers sautèrent sur place, en levant haut les mains en l’air. Luvarn les braquait tous un par un, imité par les prévôts derrière lui.

« Infirmiers ! Tirez pas !
– Personne ne bouge ! Inquisition ! »

Il y eut un silence, excepté pour cette maudite sirène… Mais Luvarn insista :

« On a eu des rapports de coups de feu ici ! Qu’est-ce qui se passe, comment êtes-vous entrés ici ?!
– Monsieur ! Fit le chef des ambulanciers en faisant un pas en avant. Des pirates sont à bord ! Des cosmomarines les ont verrouillés dans le Librarium et sont en train de liquider l’adversaire !
On est intervenus pour sauver des civils qui ont été pris entre deux feux ! On a fini de charger les brancards et on va les évacuer ! »


Les prévôts étaient en train de baisser leurs armes… Mais pas totalement. Parce que Luvarn, dans un excès de paranoïa, continuait toujours de les tenir en joue.

« Ne bougez pas ! Qui est le nom de votre supérieur ! Depuis combien de temps êtes-vous là ?! »

L’infirmier qui avait répondu aux questions battit des cils.

« Je suis l’infirmier-chef Goldsach, je réponds directement à la baie d’urgence !
Monsieur, c’est urgent, ces gens ici sont à deux doigts de mourir !

– Pas un mouvement ! Toi, là ! »

L’un des infirmiers ignora royalement l’inquisiteur. Il se remit à genoux pour appliquer ses mains sur la plaie béante d’un pauvre employé du librarium avachi sur son brancard. Il leva des yeux, et regarda Enkidu pour l’implorer :

« J’ai besoin d’aide — venez m’aider à couvrir sa plaie ! »

Le zèle de Luvarn, ce pur psychopathe, allait entraîner la mort de quelqu’un. Mais l’interrogateur ne semblait pas du tout en démordre…
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