[Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

À la première question du psyker, Masteel fronça les sourcils. Enkidu crut d’abord avoir commis une bourde, mais en fait, il semblerait que c’était plutôt parce que l’adepte était en pleine réflexion. Il pianota sur la plaque de données accrochée à la carte, fit quelques bruits avec sa bouche alors qu’il farfouillait avec son doigt, avant d’obtenir l’information à relayer.

« Hé bien, on dirait que ni les arbitres ni la police nationale n’ont eut la présence d’esprit d’appeler à l’aide un psyker. Les cadavres n’avaient pas sur eux des runes. Ils ont tous été retrouvés dans des lieux publics sans signes particuliers, graffitis ou autres liant les crimes à l’hérésie. En fait, cette affaire ne concernerait probablement pas l’Inquisition si Astrid Skane n’avait pas donné l’ordre qu’on s’en occupe.
Il est une chance que nous ayons un psyker parmi vous, donc, puisque ce sera à vous d’utiliser la psyniscience pour venir en aide aux prévôts. »


Il bomba ses lèvres dans une grimace peu satisfaite.
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Helveticus Matix
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Helveticus Matix »

Masteel semble prendre acte de mes remarques. Mais, je ne saurais dire pourquoi, sa réponse me met mal à l'aise. Je me sens... un peu bête, comme si j'avais exposé une information erronée ou insignifiante. Ces dernières, aux yeux d'un adepte, sont rares, tant nous préférons gorger nos échanges de données diverses et variées. Mais même le plus datavore des technoprêtre sait faire le tri et il me parait que le lexiconographe ne trouve aucune saveur au repas que je lui ai offert.

Sa réponse à destination de l'excommuniée est, cette fois, clairement venimeuse. Toute structure, organique ou non, est "sensible" à la puissance des Larmes du Dieu Machine. Ainsi, exposer ce fait à voix haute a un autre objectif que de nous énoncer un fait. Ndiame nous prend pour des ignorants, pour des petits êtres tout juste sortis de la cuve à gestation.
Je pense avoir appris quelque chose sur ce genre de comportement. On m'a déjà infligé le sarcasme pour un acte d'incompétence ou d'idiotie, mais à de très rares occasions. Mes éducateurs préféraient la punition, plus ou moins sévère, à ce genre de trait d'esprit.
Sincèrement, je peux dire à présent que je préfère la punition.

Pour la suite de la conversation - qui n'est pas un échange, mais une exposition brute de données, ce que je préfère - l'homme aux yeux véritables nous détaille la situation du système Neustralien, en s'intéressant particulièrement à Neustralia Prime. La quantité d'informations fournie est enivrante et je prends soin d'en stocker la totalité.

Pour ce qui est de la mission en elle-même, je suis un peu dubitatif. Aucune forme d'archéologie, d'exploration de lieux oubliés par les âges ou même de technologie mystérieuse ne semble être concernée. On ne parle que d'enquête et de meurtre sur des êtres organiques. Mais alors, quelle est la nature de mon affectation pour cette mission? Quel genre d'expertise pourrais-je bien apporter? Je ne serais même pas l'unique représentant du Culte au sein de l'équipe d'intervention, puisque le magos biologis Ziegler - potentiellement celui que nous avons croisé aux côtés d'Astrid et de la Capitaine - sera présent. Son domaine de compétence est bien plus adapté à la situation.

Foncer au travers de ruines antiques pour découvrir des merveilles oubliées ne m'effraie aucunement et je l'ai prouvé à maintes reprises. Ma curiosité est mon carburant, étouffant ma crainte par la seule perspective de ce que je pourrais dévoiler. En revanche, m'exposer dans une enquête politique basée sur une série d'homicides ne me ravit guère.
Mais je suis Son outil et sa volonté ma guidée jusqu'ici. Aussi, je me dois de servir.

Le nouveau possesseur de ma lime à ongle pose une question qui attise l'intérêt du lexiconographe. Je dois admettre qu'elle est pertinente : si l'Impérium s'abaisse à l'utilisation de psykers, alors faut garantir leur emploi lorsque nécessaire. Avec un encadrement rigoureux, cela va de soi.
En parallèle, je cogite sur les faits exposer pour tenter d'en dégager quelque chose. La nature du crime me révulse car je ne conceptualise pas le fait de gâcher l'opportunité de la perte d'un organe pour le remplacer par un autre de chair et de sang. La substitution doit se faire au profil de la Machine et, même si je n'ai plus l'audace de m'amputer moi-même, j'accepterai la perte d'un membre organique avec joie.

Plusieurs détails de l'enquête éveillent néanmoins mon attention.


< Cette unité s'interroge : // les individus détruits viennent tous d'un environnement de travail avec un taux de pollution élevé. Les individus sont d'un âge variable, ce qui signifie que leur état n'est pas systématiquement neuf [d'une tranche de 15 à 40 années d'utilisation]. La Chair est Faible, il y a implication d'une dégradation exponentielle des composants organiques._
Question_1 : // Peut-on réellement tirer profit du commerce d'organes dégradés de la sorte? / Cette unité comprend la nécessité de cibler des individus de moindre ressource / mais ses calculs interrogent sur l'expertise utilisée par ces criminels en opposition avec les biens collectés.
Question_2 : // Les données medicae des individus détruits listent-elles la possession d'implants? Si négatif, cette unité émet la possibilité que les organes ablatés ne soient pas organiques. Une analyse sanguine approfondie pourrait diagnostiquer d'une éventuelle absence d'un ancien implant._ >


Echo et Strepitus semblent vouloir participer à l'argumentation, avides de m'exposer leurs probabilités. Mais je les repousse d'un "bip" discret de négation, ne voulant pas tester d'avantage la patience de Masteel.
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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Diederick von Bildhofen
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Diederick von Bildhofen »

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L’eau noire du bosquet sacré de Tombe-Hiver sembla se transformer en une large étendue d’eau, alors que mes environs venaient à flouter. Je sentis mon corps couler dans l’eau chaude. La vision octroyée par la sève de l’arbre sacré débutait.

Comme dans un rêve, je sentis mon corps s’élever de lui même, remonter à la surface sans effort. Mais je tombais autant que je montais. Je n’avais de sens de la direction. Et rien, où que ce soit, ne montrait de terre. J’étais seul dans l’eau noire, aussi noire que les cieux, les étoiles étant masquées par quelque voile inconnu. Peut être que les Anciens Dieux souhaitaient m’avertir de ténèbres approchant ?

Puis c’est là, dans le lointain, que je voyais émerger une lumière. Je sentais un besoin en moi de m'y rendre. La lumière était lointaine. Mais je savais - sentais - que je pouvais nager jusque là bas. En fait, c'était même un sentiment agréable qui me parcourait alors que je faisais un peu de natation nocturne.
À mesure que j'approchais de la lumière, mes yeux pouvaient deviner les alentours éclairés par celle ci. Une plage de galets, similaire aux nombreuses habillant les côtes du vrai Nord, au centre de laquelle un grand rocher, peut être un menhir, était érigé. Et au sommet de cette construction, une sorte de phallus, de tour, métallique, qui éclairait d'une lumière électrique les coin. Même si vaguement différente des machines animées par les hommes de fer. Cette création technologique renvoyait une image…. Primaire ? Primordiale ? Fondatrice peut être était le terme ?

Alors que j’émergeais de l’eau, je remarqua alors une chose : j’étais dépourvu de mes atours. Me voilà nus comme au premier jour. M’enfin pourquoi pas. Ce n’était qu’une vision après tout. Même si ça faisais quand même un peu mal de marcher sur les galets comme ça. Et il ne faisait pas froid. Pas de vent, pas de chute de température. Rien de cela.
C'est en retirant une touffe de cheveux mouillés en face de mes yeux que je remarquas alors qu'il y avait de la compagnie : un groupe de collègues - malfiens par contre - se tenaient prosternés, comme devant l'un de leurs étranges autels morts dédiés au Dieu-Empereur. Et face à leur regard se trouvait une belle apparition.

Une très grande femme, encore plus que moi-même, et fine comme une guêpe, dotée d'une superbe armure, se tenait là. C'était vraiment du bel équipement. La protection semblait être portée de la manière la plus naturelle possible, comme une sorte de seconde peau. On devait vraiment être à l'aise là dedans. Et le fait que le matériau épouse les formes du corps, comme le montraient ces magnifiques abdos.... Non seulement ça devait être du sur-mesure, mais rien qu'imaginer la maniabilité de l'équipement en combat de mêlée... Rien que d'y penser, les glorieux combats pour la plus grande gloire de la bouture primordiale, les nombreux captifs, trophées et sacrifices pouvant être obtenus avec pareille armure, pourvu qu’elle protège aussi bien qu’elle permettait à son porteur d’agir avec grâce…. Je sentais bien que je commençais à durcir en bas. Puis la cape blanche autour des épaules, cette belle lance qui pourrait être abreuvée du sang des ennemis du Dieu-Empereur... Cette grande dame était superbe. Surtout qu'avec une taille pareille, elle devait avoir de superbes hanches pour donner naissance à de solides guerriers.

C’est lorsque cette dernière réflexion me vint que cette belle dame se décida de creuser la chaire d’un des malfines pour lui dessiner une espèce de tatouage. Une espèce d’idéogramme ou de lettre ? Certainement pas issue de la vieille langue par contre.
Bon.

Peut être qu’elle n’était pas si parfaite que ça. Mais après tout, qui était il pour juger ? Tout le monde n’avait pas la même manière d’honorer le Dieu-Empereur. Non pas qu’il arrêta de pendre aux arbres par leurs tripes les ennemis de l’empereur pour autant s’il le pouvait.

Et ce furent sur ces considérations théologiques qu'elle me remarqua pour m'adresser la parole. Et par les Anciens Dieux qu'est ce qu'elle avait une jolie voix. Et de très beaux yeux, d'un mauve si délicieux....

Es-tu venu ici chercher quelque chose, pèlerin ?

Je cherche la sagesse des Anciens Dieux de la Forêt, chamane. Mon rêve m'a amené à vous, dis-je, quelque peu précautionneux. Il manquait à ce rêve la présence d'un arbre sacré.

La femme baissa alors sa sarisse et à nouveau la porter à une main. Avec la même voix douce mais métallique, elle me répondit.

Les Anciens Dieux offrent beaucoup de chose. La sagesse est parmi eux. La sagesse serait d'abord de s'agenouiller devant moi.

Haussant un sourcil, je vérifiaos à nouveau qu'il n'y ait pas un arbre sacré aux alentours. C'était étrange. Comment pouvait elle prétendre connaître les Anciens Dieux de la forêt et ne pas avoir un arbre sacré dans cette vision ? Et les vrais serviteurs des Anciens Dieux n’exigeaient pas de leurs coreligionnaires de prosternation. Plissant les yeux, je me mordilla la lèvre inférieure. Et si il s'agissait là d'une servante de Ceux de la Glace ? C’était une question qu’il convenait de se poser.

Mon âme est vouée à la première bouture. Reconnais tu comme frères Ceux de la Glace, chamane ?

La chamane pencha alors la tête de côté, et répondit sans aucune hésitation du tac-au-tac.
"Répond-moi d'abord : Est-ce que ce sont tes propres mots qui sortent de ta bouche, ou bien d'autres qui les y ont placés ?"

Fronçant les sourcils devant l'absurdité de pareille question, je fit claquer ma langue sur mon palais avant de répondre.

Leurs enseignements sont toujours aussi vrais à ce jour. Découvrir les étoiles n'a fait que les renforcer, finit-je en haussant les épaules. À quoi pouvait bien jouer la chamane ?

Encore une fois, elle répondit sans aucune hésitation.

Au contraire. Les étoiles devraient te faire comprendre beaucoup de choses. Sais-tu que ta planète partage son nom avec une autre ? Qu'il y a des mondes sans arbres ni glaces, mais où les Dieux existent ? Il y a forcément quelqu'un qui t'as menti. Soit un ancien, soit le disciple venu des étoiles. C'est être sage que de toujours remettre en question ce que l'on sait. Alors je pense que tu m'as menti, et que ce n'est pas la sagesse que tu cherches."

Non, oui, certainement, peut être, répondis-je e du tac au tac à chacune des questions. Et non. Je suis sincère. J'ai accomplit les rites comme auparavant en quête de sagesse de Dieux, de guidance. Et tu n'a pas répondu à ma question chamane, fini-je avec un léger ton méfiant dans ma voix, en croisant les bras,

Cette fois-ci, elle resta silencieuse un moment, fermant son poing qu'elle posa à sa hanche.
Je ne reconnais pas les Dieux comme frères ou sœurs. Je voyage parmi eux, je regarde leurs actions, et je dirige les autres vers leur Quête. Il y en a des milliers, même si un seul semble être digne d'une vénération suprême. Les pèlerins viennent auprès de moi parce qu'ils cherchent mon aide pour se réaliser eux-mêmes. C'est toi qui semble être venu à moi de toi-même.

Visiblement les Anciens Dieux avaient choisis de se montrer farceurs. Ou bien un mauvais esprit avait détourné cette vision, ce rêve. Je n'avait jamais été un excellent chaman pour ce qui touchait aux rêves oniriques. Ma compétence relevait davantage des rituels et sacrifices. Mais j'essayais malgré tout d'imaginer un bourgeon d'arbre sacré, dans le creux de sa main. Un bourgeon à arroser de quelque gouttes de mon sang, qui donnerait alors naissance à une fleur, une branche puis un jeune arbre sacré.
Les Anciens Dieux de la Forêt ont plusieurs noms, formes et aspects. Certains sont morts ou devenus fous lors de la Longue Nuit. Qui suis-je pour prétendre tout connaître d'eux ?
S'avançant de quelques pas sur les galets, je cherchais un rocher ou quelque chose sur quoi m'asseoir.
Un esprit ne peut être aiguisé sans s'exercer. Je peux écouter ce que tu as à dire sur la première bouture telle que tu La connaît, chamane. Après tout, Elle m'a menée à toi pour une raison, finis-je en haussant les épaules.

Juste avant que je ne puisse m'asseoir, la Chamane souleva sa sarisse et la pointer sur moi pour stopper mon geste, et me forcer à demeurer debout.

Cesse. Je ne suis pas à ton service. J'aide ceux qui viennent m'offrir quelque chose, et tu n'as même pas la volonté de te mettre à genoux comme tes frères d'armes autour de toi.

Je ne l'ai jamais prétendu, chamane, fit-je en fronçant les sourcils. Avisant la sarisse, je choisis de faire un pas en arrière sans quitter des yeux les yeux de la chamane. Les Anciens Dieux m'ont menés à toi pour une raison. Mais jamais n'ont ils demandés à leurs serviteurs de s'agenouiller."Je reculais à nouveau vers l'eau. Puis j'ouvris le poing dans lequel j'essayais d'imaginer la graine d'arbre sacré, pour voir si je pouvais laisser à la chamane celle ci en présent. Si tel est leur dessein, alors nous nous reverrons. Puisses tu trouver confort sous leurs branches.

Visiblement je devais avoir commis un impair pour me trouver en présence de cette chamane. Nous ne devions pas avoir les mêmes manières de servir le Dieu-Empereur et les siens.

Il y eut un bref rire sous le masque d'or. "Le destin de chacun est tissé dès la naissance. Mais les couards cherchent toujours à l'éviter.

Tirant légèrement mes lèvres vers le haut, je souris à cette réflexion de la chamane et m’apprêtait à lui livrer une saillie sur ces nombreux héros crachant au visage de la mort et hardis à défier le destin, parfois en vain, mais toujours avec valeur, quand soudainement je me sentis empli d’une immense vague de panique. Une peur même presque animale sembla s’emparer de moi, et le goût du sang vint alors envahir mon palais.
Et tous les malfiens tournèrent leur tête d’un seul coup en ma direction, avec un regard inquiétant, surtout avec pareille chorégraphie.

Complètement inquiet, j’avisais les galets à mes pieds, recherchant des yeux un gros parmi eux, pouvant servir d’objet contondant. Car si jamais ces tarés venaient à se lever et marcher vers moi de manière menaçante, je comptais bien me défendre et lutter à mort. Car toute vision que cela était, aussi en sécurité soit mon corps, ce n’était pas aussi le cas pour mon âme immortelle.

Je ne suis pas un ennemi, frères, leur lançait-je, un galet à la main. Ou du moins essayait-je de leur annoncer malgré le sang que j'avais en bouche, et cette peur dans mes entrailles, qui semblait entraver ma diction. La part rationnelle de mon être se faisait grignotter au profit des réflexes animaux, ceux ci n'ayant jamais quitté les hommes tout à fait. Mon être semblait crier le combat, tandis qu'une autre partie, celle de la préservation, suggérait la fuite.

Et j'étais là, mon galet à la main, face à ces frères et cette délicieuse chamane. Le sang me montait à la tête et au bas ventre. Je sentais l'excitation du combat monter en moi, malgré les vagues signaux que mon cerveau cherchait à envoyer au reste du corps, lui intimant de se calmer.
Le savoir c'est le pouvoir. Et savoir quand le garder, le cacher, le partager, cela est la véritable épreuve de ceux le détenant.

Diederick Maria Reichenbach Bruno "Ruichen" von Bildhofen, Voie de l'étude de la connaissance
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« Alors que tu défiais le couvre-feu, tu découvres une vertu trop zélée. »

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Valindra
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Valindra »

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Magdela Sephone, Soeur de Bataille
Alors que la langue de Masteel persifle contre moi, je songe que je représente peut-être tout ce qu’il déteste, et lors je décide de ne pas envenimer les choses. Je baisse la tête pieusement en songeant que l’Aigle sera heureux de savoir que j’ai agi en faveur de ses intérêts, quitte à sacrifier ma fierté de Sororitas. Après tout j’ai toujours appris à me faire petite, à ne pas offenser la tutelle, à expier mes fautes, à garder le silence ; alors je répète tout ce que l’on m’a enseigné. Mon rêve fou de redevenir une Sœur de Bataille brûle encore d’une belle flamme, aussi me dis-je que Masteel doit arriver dans ma poche. Mais comment m’y prendre pour acheter son affection ?

Chose certaine, j’ai bien mal débuté. Je décide du reste de ne pas prendre litige de cette maladresse pour me focaliser sur tout ce qu’il nous présente ; pendant qu’Enkidu s’assied sur une caisse de munition, je reste debout, attentive.
L’analyse du système Neustralien et de la cité-ruche Neustralia Prime est exhaustive. J’aurais bien voulu durant cette introduction ma foi copieuse être dans la peau de mon tendre Rex deux petites minutes afin de mémoriser tout ce panel, mais je n’ai jamais eu ce don de métamorphose. J’en ai eu un autre, de don, mais ce n’est point le nom qu’il doit porter : le terme de malédiction lui correspond mieux dans mon cas. Il a fait de moi ce que je suis devenue : une excommuniée.

Je note que la contraception et l’avortement sont interdits sur Neustralia Prime. Je suis fin heureuse : c’est que la Foi doit être importante pour eux aussi. On ne prive pas le Dieu-Empereur de ses sujets, cela va de soi. Les femmes ne sont que les porteuses des enfants de Sa Majesté. Des relais de sa puissance créatrice si l’on devait être plus précis ; c’est aussi ce qui allège mes tourments parfois. Nox n’était pas complètement mon fils. C’était aussi le Sien. Sûr que cela ne m’empêche pas de l’aimer et de regretter chaque jour de l’avoir perdu, mais savoir qu’il a rejoint le flanc de Sa Grâce me met du baume au coeur. Si seulement j’avais été plus forte à ce moment…
La faiblesse de la chair, comme dirait mon Rex.

Je tente de faire le point dans ma tête alors que le lexiconographe nous bombarde de renseignements, et c’est alors que mon cher Dudu réplique dare-dare. Sa question me surprend sitôt qu’elle est posée et me laisse un peu bête devant l’évidence de cet impératif. Dans la foulée, Masteel nous fait saisir que ce qui n’a pas été fait par les autres doit être compensé par notre concours à la résolution de ces crimes. Je m’apprête à prendre la parole mais Rex me précède, toujours aussi incisif, toujours aussi précis. Les hypothèses commencent à se décliner. Il n’a pas tort : pourquoi ne pas extraire des organes plus frais, plus rouges ? La remarque me projette dans un océan de questions, mais je guette la réaction de Masteel. Je crains qu’il ne prenne cette curiosité pour une nouvelle offense. Peut-être est-ce l’heure réagir pour moi, de m’impliquer dans le débat pour nourrir l’enquête.
Finalement, c’est plutôt une bonne chose d’avoir ce bidule à nos côtés.

« Tu marques un point, Rex. On dirait bien en apparence que cette histoire tient du trafic d’organes mais… mais quelque chose me rebute. D’abord, j’ai du mal à concevoir qu’une populace aussi pauvre, aussi exposée à la pollution comme le dit très bien notre acolyte, puisse posséder des implants assez qualitatifs pour que notre tueur prenne le risque de se mettre la justice à dos en revendant leurs organes. Néanmoins, vous avez dit, cher Masteel enfant de Dieu, que des organes différents avaient été prélevés sur chaque corps ; cela pourrait corroborer l’idée qu’il s’agisse d’implants, en effet… car sinon, le tueur aurait extrait un maximum de chiffre d'affaire sur les corps. Et si c’était pour autre chose que l’argent ? »

Je dis cela en me ressassant les mises en garde du lexiconographe : les maisons nobles ne sont potentiellement pas de notre côté.

« Savez-vous qui régit l’arrondissement Lutèce dont vous avez fait mention ? »

Ce sera ma seule question officielle, car je crains de provoquer son courroux si je me montre trop curieuse. Ceci dit, mes yeux fuguent en direction de Dudu. Je sais qu’il est rusé comme un singe. Il saura faire ce qui est bon pour nous.
Valindra | Haut-Ælfe, Voie du noble
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États Temporaires
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• Acuité auditive (B)
• Arme de prédilection - Lance (B)
• Monte (A)
• Diplomatie (B)
• Chant (B)

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Les soldats Malfiens observaient Wullis s’armer d’un simple galet retrouvé sur le sol. Face à une bande de militaires portant pare-éclats, lames de combat et lasfusils en bandoulières, pouvait-il seulement faire le poids ?
Mais l’un des gendarmes, visiblement le plus gradé, se contenta de foudroyer le jeune païen du regard, pour lui lancer un simple et éminemment direct :

« Ferme ta putain de gueule, ou je te la ferai fermer. »

Si ce n’était qu’une illusion de sa conscience en manque cruel d’oxygène sanguin, il était clair que le cerveau de Wullis n’était pas très autocentré. Il fallait peut-être songer à l’idée qu’il n’était réellement pas là…
L’un des soldats avait déjà tiré un magnifique coutelas long comme son bras, dont il testait le tranchant en passant son doigt dessus — ça lui laissa une entaille. Un autre recouvrit ses poings de bagues renforcées par la cruauté de fils barbelés. Wullis avait beau être brave, il ne ferait jamais le poids face à ces soldats. Ils semblaient être une bande de militaires aguerris, des experts de la mort semée sur les champs de bataille de l’Empereur. Une communauté de frères d’armes marqués par des tatouages, des cicatrices, et maintenant, par les entailles que la chamane creusait sur leurs fronts.
Parce que la dame violette, vite plus trop perturbée par le cirque du jeune païen, était passé à un autre, qui s’était agenouillé en face d’elle. Et à nouveau, elle dessina des runes à l’aide de ses griffes si tranchantes, pour désigner d’autres lettres impossibles à déchiffrer.

Et voilà qu’elle psalmodiait une ode à la guerre.

« Quel est le nom de la grande dame bénie entre toutes ? »

Et les Malfiens, comme d’un seul homme, hurlèrent au fond de leurs poumons à en s’arracher les cordes vocales, dans le genre de cérémonies que l’Astra Militarum faisait juste avant une bataille :

« SAINTE HAYNE !
– Qui sépare le bon grain de l’ivraie ?
– SAINTE HAYNE !
– Qui verse le sang des lâches et des faibles ?
– SAINTE HAYNE !
– Qui ordonne de prendre les armes et les lames ?
– SAINTE HAYNE !
– Quelle est celle que vous détestez ?
– SAINTE HAYNE ! »

Ils postillonnaient tous en hurlant. Ils frappaient leurs torses et les galets, à s’en écorcher les phalanges.
Wullis sentait qu’il avait sa place parmi eux… Mais son irrespect l’avait coupé de cette communauté de frères.

Le lexiconographe écouta donc les questions des deux autres acolytes. À l’intervention de Mora, il eut un petit instant de réflexion interne, avant de répondre toujours aussi habilement :

« Ce sont des suppositions adéquates, mais de bien mauvaises conjonctures. Le problème d’une enquête c’est que trop de personnes veulent immédiatement tisser des hypothèses à étayer avec des indices, au lieu de partir des indices pour tisser des hypothèses.
Au temps où l’honorable Astrid Skane n’était encore que interrogatrice, nous traquions un tueur en série nommé « le Boucher du M12 », du nom d’une voie Maglev, car l’on trouvait toujours les cadavres aux abords de gares de cette ligne. À cause de ce surnom, tous les enquêteurs n’ont fait que des recherches en lien avec la ligne Maglev — ils ont imaginé que ça pouvait être un employé du rail, un contrôleur, quelqu’un qui travaillait peut-être dans les chantiers autour…
En fait le tueur en série vivait à 50km de toute ligne ferroviaire et était un cadre employé de bureau, il se débarrassait juste de ses victimes dans un coin isolé et loin de son travail pour ne pas être suspecté. Il est très important de ne pas être prisonnier de ses théories.

Du reste, le clarificateur Sand a probablement procédé à l’autopsie des victimes, mais malheureusement son dernier rapport astropathique était avant son opération de médecine légale — il y a depuis eu la tempête warp, et je n’ai plus eu de contacts avec lui. Il aura probablement plus à vous dire sur l’état physique des victimes une fois que vous le rencontrerez en face-à-face. »



L’intervention de Séphone eut droit à une réponse beaucoup plus laconique, en revanche.

« Faits. Reposez sur du tangible. Preuves matérielles, témoignages. C’est cela que vous allez devoir acquérir. »

Mais sa deuxième question, au lieu d’être un simple rappel à l’ordre, recueillit un hochement de tête de la part de l’adepte.

« Lutèce est un lieu pauvre et semi-anarchique. Les gens y sont plus de passage qu’autre chose — on y va pour travailler avant de rentrer chez soi. Seuls les habitants les plus marginaux et les plus pauvres, incapables de payer un loyer un tout petit peu plus élevé, y résident à l’année. C’est un endroit presque volontairement abandonné par le Magistratum de Salbris.
Il y a apparemment une petite chapelle du Ministorum sur place, ainsi qu’un dispensaire pour venir en aide aux plus démunis. L’ordre et la loi sont représentés par le major de police Léonel Locan, policier de cinquante-sept ans à la carrière sans aucun intérêt ou fait remarquable, hormis qu’il appartenait autrefois à la brigade Antigang de Salbris, quand il était plus jeune.
Même les criminels se désintéressent totalement de Lutèce. Le Mitan, nom donné à la pègre immensément puissante de Neustralia, n’y a posté aucun homme, mais il y a une quantité non-négligeable de petits narcotrafiquants et criminels de droit commun qui y résident.
Je vous suggère de faire preuve d’une grande discrétion quand vous vous déplacerez dans ce quartier. Vous allez apparaître très notables et le bouche-à-oreille fait que très vite, vous allez être repérés. Merci de ne pas dire à tout le monde que vous êtes des acolytes de l’Inquisition, cela compliquera votre travail. Sand se fait passer localement pour un détective privé, vous direz que vous êtes des agents de son agence, Sand Déductions. »


Masteel soupira et leva les yeux au ciel. Visiblement, le nom de la fausse-entreprise du clarificateur l’emmerdait beaucoup.

L’adjudant-chef Peyrilhac, jusqu’ici silencieux, se posta aux côtés de Masteel, mains à sa ceinture, pour reprendre.

« Vous allez être lâchés un peu à vous-mêmes dans Lutèce. En cas d’urgence absolument vitale, une Force de Réaction Rapide restera en stand-by sur l’Indomptable Ravel. La très-honorable mademoiselle Selleniz nous gardera au frais une escouade de cosmomarines fortement armés avec un ADAV Valkyrie sur la flèche principale de la capitale — nom de code Glaive 3.
Si vous êtes en danger de mort absolue, vous pourrez les appeler à l’aide et ils sont censés se déployer entre une demi-heure et une heure. Merci de ne faire appel à eux qu’en cas de nécessité vitale. La coopération avec damoiselle Selleniz est déjà assez difficile comme ça, j’aimerais beaucoup ne pas avoir à expliquer à dame Skane pourquoi on doit faire un chèque de cinquante mille trônes pour quatre acolytes. Surtout qu’on vous payera pas ça en salaires. »


Rorich leva alors un porte-vox qui tenait au fond de sa main : un engin un peu encombrant. Il regarda chacun des acolytes, un à un, comme s’il attendait un volontaire.
Le choix n’était pas anodin… Celui qui porterait la radio serait en quelque sorte le responsable des acolytes. Peut-être pas le chef non plus, mais quand même…

« En parlant de salaire…
Une fois arrivés à Salbris, vous obtiendrez chacun deux cents trônes en liquide pour couvrir vos frais de travail. Merci de les utiliser de manière raisonnable, et vous penserez à la fin de votre opération à bien vouloir remplir la fiche A-38-Z intitulée « Notes de frais » pour votre déplacement, votre séjour et votre restauration, la fiche annexe A-38-ZQ intitulée « Notes de frais d’équipement » en cas d’achat d’armement et d’outils pour votre mission, ainsi que la fiche B-88-A intitulée « Notes de frais discrétionnaires » en cas d’utilisation de votre argent pour des services spéciaux, tel le versement de pots-de-vins aux autorités — merci de faire attention à cette fiche de frais et à me la rendre dans une enveloppe scellée dans un intérêt de discrétion, mais non-signée, alors qu’en revanche, vous devrez dater et signer — AU STYLO — les deux autres feuilles.
Je précise car trop souvent les acolytes me rendent des notes de frais mal remplies et si c’est le cas je vous forcerai à faire un atelier commun pour les remplir, le Conclave Calixis surveille ses dépenses, ce sont les deniers de l’Empereur que je vous confie ! »


Masteel était devenu tout rouge, comme s’il était particulièrement énervé de quelque chose. Difficile à croire que la sainte Inquisition, qui avait le pouvoir d’ordonner et exécuter un Exterminatus d’une planète avait quelque chose à faire d’un paiement de deux cents trônes par tête (Une misère absolue, Enkidu gagnait ça en une heure de boulot de son temps à Malfi. Par contre pour Séphone ça représentait bien un salaire mensuel…), mais visiblement l’adepte était en rogne à l’idée qu’on ne signe pas correctement ses papiers.
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Bip.

Bip.

Bip.

Bip.





Les battements de cœur de Wullis étaient en rythme avec le bruit artificiel d’une machine. Le corps du garde était couvert de bidules en tout genre, de câbles, de sondes, d’aiguilles qu’on avait accroché dans tous les sens pour surveiller sa pression artérielle, remplacer son noble sang par celui d’un illustre inconnu, évacuer son urine sans lui permettre de se lever lui-même pour faire ce besoin. Le corps du païen n’était que souffrances, ou ne le serait si seulement il n’était pas à moitié endormi par le morpheus.

Ses yeux s’ouvrirent. Au-dessus de lui, un ciel de tuyaux et de métal. Sur ses côtés, des lits médicalisés, ou sommeillaient à moitié des blessés plus-ou-moins amochés, mais aucun comme lui. S’il levait un peu sa tête, il pourrait voir son ventre couvert de dizaines de couches de bandages.
Mais il était surtout occupé à regarder comme se tenait devant lui un ange.
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Une infirmière, portant une blouse blanche toute rapiécée, la peau couverte de cicatrices de brûlures. Une jeune femme qui était en train de fixer la poche à sang qui abreuvait le corps de Wullis. En le voyant soudain faire un geste, elle bondit de surprise, avant de lever sa main pour l’inviter à se tranquilliser.

« Du calme, soldat, tout va bien.
Vous vous réveillez d’une opération chirurgicale. Vous êtes sauf et toujours à bord de l’Indomptable Ravel.
N’essayez pas de bouger, vous êtes en sécurité. »


Elle avait une voix douce, habituée à rassurer les gens. Avec un beau sourire qui affichait des dents jaunes ayant poussées un peu de traviole, elle acheva de calmer le militaire.
Elle s’excusa un instant, et quitta la salle. Elle laissait Wullis là, perdu au milieu de cette grande pièce aux murs blancs, avec d’autres mourants silencieux comme lui. Sur un de ces murs, d’ailleurs, il voyait des dessins d’enfants : on avait gribouillé des dizaines d’aquilas.

L’infirmière réapparue avec un grand homme tout fin, qui portait aussi une robe blanche qui avait connu un meilleur éclat. Un gars à la peau noire, couvert de dreadlocks dans les cheveux et à la barbe, et dont les lunettes carrées sur le bout du nez ne faisaient qu’amplifier la profondeur de ses cernes. Il força un sourire, mais qui était beaucoup moins naturel et magnifique que celui de l’infirmière.

« Bonjour soldat. Je suis le médecin-chef Disasi. Vous êtes un costaud, on peut dire ! Vous êtes arrivé ici en état de choc suite à une profonde lésion à l’abdomen et vous êtes passé en chirurgie d’urgence.
Vous pouvez remercier le servitor médical, on a été capable de vous recoudre et de vous ramener parmi nous. »


Pas certain que Wullis soit ravi de remercier un servitor.
Disasi commença à surveiller le petit écran tout vert qui affichait un encéphalogramme à côté du lit. Il gribouilla quelque chose sur un calepin, et grommela des mots incompréhensibles à l’infirmière.

« Vous avez passé douze heures dans le coma, soldat, il est donc normal que vous soyez très désorienté. Nous allons vous garder le temps que vous vous soignez, et au cours des prochains jours, je chercherai à voir l’étendue des dégâts. Mais votre pronostic est très encourageant : je pense qu’après quelques moments de rééducation et une évaluation psychologique, vous serez très rapidement apte à servir à nouveau l’Empereur.
– Vous auriez pu tomber pire niveau clinique que l’Indomptable Ravel ! Fit l’infirmière avec son merveilleux sourire. Franchement pour avoir travaillé dans beaucoup d’hôpitaux, celui-ci a une cuisine plus-que-potable.
– Étant donné l’état de vos intestins, je pense qu’il vaut mieux vous garder sous sonde pour vous alimenter pour l’instant… Mais on vous réhabituera petit à petit à la nourriture solide.
Avez-vous des questions ? Besoin d’autre chose ? »


Douze heures… Cela ne lui avait pas semblé si long. Effectivement, Wullis était totalement dans les vapes, comme perdu dans la brume, et il avait l’impression qu’on le retenait au lit sous une couverture de plomb.
Mais l’ambiance l’invitait à la détente, l’atmosphère l’encourageait à se tranquilliser. N’était-ce pas le rêve de tout Garde Impérial ? Être alité dans un hôpital tranquille à l’arrière ? Un sursis avant la prochaine offensive. Avant la mort.




Le trio d’acolytes commençait à être habitué à demeurer dans le décor. Baladés d’un coin à un autre de cet immense vaisseau, toujours guidés tantôt par Rorich, tantôt par Masteel, invités à aller dans leurs cellules personnelles dans l’Ingeniarium, puis à être réveillés pour suivre un officier silencieux, sans jamais trop comprendre la raison de leurs mouvements perpétuels d’un côté à l’autre du navire… Quelle était l’utilité de ce cérémonial ? On disposait d’eux comme d’outils, on n’arrêtait pas de leur faire comprendre qu’ils ne devaient que suivre et se taire, et en même temps, ils étaient les témoins silencieux d’énormément de choses. L’Inquisition fonctionnait-elle ainsi ? Apprenait-on à voir et à entendre avant d’apprendre à parler ?

Plus d’un jour entier était passé depuis le briefing et l’horreur de la blessure de Wullis — même si « jour » était un terme étrange dans un voyage stellaire. Il n’y avait pas de sens du temps, pas comme quand on avait un soleil au-dessus de la tête. L’équipage était rythmé par les sirènes annonçant les changements de groupes de travail, par les cloches qui répétaient les instants de prière où l’on s’arrêtait pour se recueillir un instant et réciter ses litanies, par des sabliers que des sous-officiers laissaient pour chronométrer le temps que leur prenait telle tâche ou tel travail.
Mais oui, les acolytes avaient pu se retirer dans leur petite pièce personnelle et réservée, ils avaient eu à manger à la cafeteria de l’Ingeniarium (À part dans leur coin, tant ils inspiraient la crainte des ouvriers…), et on en était resté là. Aucun prévôt du vaisseau n’était venu les interroger, alors qu’apparemment, tout l’étage du navire avait été reçu un par un par des inspecteurs, et qu’il y avait eu un ballet incessant de technaugures — ça puait l’encensoir partout dans leurs chambres.

La rumeur du voyage s’était répandue comme une traînée de poudre dans le vaisseau. Des bidonvilles de la soute jusqu’au pont des officiers, le bouche-à-oreille et les communications vox avaient renseigné le plus simple et le plus brillant des milliers d’hommes d’équipages du navire. Pourtant, à l’étonnement des acolytes, cela n’avait pas créé un vent de paniques, de grèves, de protestations ou même d’émeutes. Au contraire — une espèce de sentiment de résolution grave et froide semblait s’être emparée de l’équipage, qui ne cessait de marmonner des prières, ou de se regrouper par clans familiaux devant des diacres du Ministorum pour obtenir des bénédictions. L’ambiance était électrique, et l’on camouflait l’immensité de son angoisse derrière un masque de grande foi et d’une piété expiatoire.


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Présentement, le trio était forcé, comme à leur habitude, d’attendre droits comme des piquets. Ils se trouvaient sur la timonerie du vaisseau, le point névralgique de tout le navire. C’était là que l’on commandait, là où l’on donnait les ordres qui allaient impacter l’entièreté de cette ville-volante qui voyageait à travers la galaxie depuis des millénaires. Tout autour, d’immenses vitrages blindés permettaient de voir le vide des étoiles et de l’espace — plus que n’importe où ailleurs sur le navire, on apercevait la grandeur de l’abysse où étaient perdus les mondes de l’Imperium. L’expérience avait de quoi agiter les âmes — et les tripes, également. Le technographe Mora fut sans aucun doute le plus touché, puisqu’alors qu’il était tranquillement dans son coin, il se mit à dégobiller de la bile derrière son respirateur, le forçant à s’échapper à toute vitesse pour se faire aider par un servitor, se débarbouiller, et reprendre sa place dans les rangs, sous les regards interloqués des autres attentistes.

Parce que, fait unique, cette fois, les acolytes n’étaient pas les seuls à attendre bêtement. S’ils étaient bien à l’arrière de la timonerie, juste devant eux se trouvaient leurs supérieurs : Rorich Peyrilhac, Masteel Ndiame, Caius Sixtus Luvarn, l’étrange magos biologis Ziegler, tous trois noblement debout, même s’ils commençaient à avoir mal aux cuisses au point d’un peu tanguer — seul Rorich, probablement habitué au garde-à-vous, avait compris qu’il devait soulager une jambe puis l’autre en répartissant son poids.
Mais au-dessus d’eux tous, Astrid Skane était là. La grande inquisitrice, avait l’autorité pour mettre à mort qui elle souhaitait, y comprit des mondes entiers, se tenait devant ses troupes, les mains dans le dos, à observer droit devant elle. Tandis que Mora reprenait sa place après s’être lavé le visage, elle fit alors quelque chose d’étonnant qui fit froid dans le dos des acolytes :
Elle retourna sa tête, comme une chouette, et leur parla.

« Préparez le motilium, technographe, la suite va être moins reposante. »

Elle sourit à sa propre plaisanterie, et recommença à regarder tout droit devant elle. Il était extrêmement rare que Skane parle directement à ses sbires, et l’idée qu’elle puisse se rappeler qu’ils existent était bizarrement angoissant.




Qu’attendaient-ils, au juste ? Sur la timonerie, devant eux, des dizaines d’officiers en uniforme s’agitaient. Des hommes et des femmes couverts de galons, d’écharpes et de médailles, pas mal marqués de tatouages ou d’implants cybernétiques, étaient en train de s’écharper sur des choses incompréhensibles, tandis que derrière eux des cogitators généraient des planètes virtuelles pour servir de plans et de maquettes. Visiblement, ils préparaient le voyage, et il y avait un intense débat qui confrontait le Prime Technaugure (Le chef des ingénieurs du vaisseau, un honorable serviteur du culte de Mars plus augmenté que fait de chair) et le maître-timonier (Un vieux monsieur immense et barbu), sur comment charger le moteur-warp pour leur prochain saut. Pendant ce temps, l’honorable sénéchal (Le maître de la maison Selleniz), tout magnifiquement vêtu d’or et de soieries, discutait à voix basse aux côtés de la trésorière, une très grosse dame poudrée et perruquée, et la maîtresse des chuchotements, une petite femme bridée qui dépassait tout juste 1m50 et qui avait le visage recouvert d’étranges peintures ésotériques représentant des larmes et des vagues — une libre-marchande n’était pas qu’une simple voyageuse et exploratrice, mais également la meneuse d’une immense maison richissime disposant de réseaux commerciaux, de vassaux politiques, de planètes sous ses ordres et d’un réseau d’espionnage personnel. Les ressources immenses que même une petite maison de libres-marchands pouvait posséder avait de quoi fasciner.

La-dite libre-marchande était bien absente. Son trône, dressé tout au bout de la timonerie, surplombait les dizaines de postes de commandement, les consoles, les cogitators, les autels à la gloire de l’Omnimessie, les tables pleines de cartes et de croquis, les tablettes affichant des maquettes virtuelles flottantes et les plaques de données remplies de renseignements. Mais personne n’était assis dessus. Cela faisait une heure maintenant que mademoiselle Selleniz était dans le seclusiam des navigateurs. Une sorte de grand manoir privé accolé à la timonerie, c’était là que les quelques navigateurs (Trois, a priori) servant l’Indomptable Ravel résidaient. Trois mutants aux trois yeux, qui vivaient à l’écart du reste de la population. On disait que ces êtres-là étaient fragiles, complètement mutés, incestueux, terrifiants à regarder, et ayant le pouvoir de pétrifier et d’arracher les âmes de dizaines de personnes simplement en les regardant. Le rôle essentiel qu’ils géraient dans l’Imperium leur permettaient de s’offrir tout le luxe dont ils pouvaient rêver, et on imaginait très bien ces mutants-là se prélasser dans un palais fait d’or et d’argent, à profiter d’un confort qui rendrait jaloux même Marius Hax.

Les navigateurs étaient si puissants qu’ils pouvaient faire poireauter une heure une inquisitrice. Skane grinça des dents, se tourna vers Ziegler, et demanda, en râlant :

« Ne serait-il pas possible de voyager sans avoir besoin d’un navigateur ? Je vois des cogigators partout, pourquoi Mars n’a-t-il pas créé une machine pour voler dans le warp sans avoir besoin d’eux ? »

Ziegler sourit en hochant de la tête. Avec toujours le même ton poli, maniéré, et mélodieux, mais d’une voix qui ne venait pas de sa bouche (Où était le porte-vox ? Impossible à dire…), il expliqua :

« Il est possible de voyager dans le warp sans navigateur, maîtresse ! Les saints de l’Âge Sombre Technologique ont bel et bien inventé des chiffreurs très puissants qui permettent de faire des sauts calculés à travers l’autre dimension, et en effet, chaque jour, des centaines de milliers de vaisseaux utilisent ces machines pour faire des sauts sans avoir recours aux mutants de la Navis Nobilite. Tout le monde ne peut pas payer les honoraires exorbitants de ces créatures…
…Ce qui est impossible à calculer, en revanche, c’est l’incalculable. Le warp est parcouru de courants, c’est un univers en perpétuel changement, frappé régulièrement de tempêtes et de cataclysmes. Sauter quatre, cinq années-lumières dans le warp est à la portée de l’Esprit de la Machine, c’est comme ça que des navires commerciaux arrivent à lier des planètes d’un même système solaire ; mais dès que l’on dépasse cette portée, des milliers d’inconnues entrent dans l’équation, et plus la distance s’agrandit, plus les sauts calculés sont hasardeux, et dangereux.
Le navigateur, lui, peut toujours voir le warp, et comprendre les cartes de cette étrange dimension ainsi que les points de repères aperçus par ses ancêtres ; aussi, dès que l’on parle de dizaines, voire de centaines ou de milliers d’années-lumières, il est impossible d’envisager un voyage sans eux. Leur troisième œil aperçoit les tumultes du warp et ses dangers bien plus rapidement que n’importe quelle autre machine.

– …Je vois. Moi qui croyais que les mystères du Dieu-Machine permettaient de tout comprendre et de tout faire. »

Elle avait dit ça sur un ton provoquant. Une insulte envers les techno-prêtres. Ziegler ricana.

« L’homo navigo possède un gêne apparu pendant l’Âge Sombre. Ils ont été créés, et ils se perpétuent en se croisant entre eux depuis des millénaires. Ce sont donc des saints-inventeurs qui les ont mis au monde, les prédécesseurs des Biologis que je représente.
Ne vous méprenez pas, maîtresse Skane — fut un temps où l’Humanité était capable de merveilles, et nous n’inventerons jamais rien qui n’ait pas été déjà fait de façon grandiose par nos prédécesseurs. Tout est à redécouvrir, si nous sommes assez forts pour être dignes de l’Omnimessie. »



Les discussions parmi les officiers de bord s’envenimèrent. Alors que jusqu’ici, de leur côté de la timonerie, les acolytes n’entendaient que des bruits étouffés et des grognements un peu indistincts, le prime technaugure monta le volume de sa machine, et avec un son robotique il fit entendre son opinion de façon franche :

« NÉGATIF. AU RISQUE DE ME. RÉPÉTER. AUGMENTER LA. CHARGE DE CARBURANT PROVOQUERA. INSTABILITÉ. RISQUE AGRANDIT DE. INCENDIE. »

Mais le maître-timonier était aussi capable de se faire entendre en braillant plus fort, quitte à postillonner au visage du clerc martien.

« ET SI ON DOIT S’POUSSER D’FLANC, J’FAIS COMMENT AVEC LA CHARGE STANDARD ?! DE TOUTE FAÇON C’EST PAS UN DÉBAT, MOI MON JOB C’EST D’PILOTER, TOI C’EST D’ME PERMETTRE DE PILOTER ! »

Le second capitaine dans son coin à lire une plaque de données, crut peut-être que le moment était le bon pour mettre fin à l’engueulade, puisqu’il sauta sur place, et en six grandes enjambées, arriva entre les deux protagonistes pour les inviter très fermement à baisser d’un ton. Cela ne sembla ni calmer ni tempérer la rancœur de l’un ou de l’autre, ce qui n’allait pas faciliter les opérations.



Mais alors qu’ils se criaient tous dessus, les immenses portes de la timonerie se déverrouillaient automatiquement, dans un immense cri de métal et de roulis d’essieux. Et alors, elle apparaissait.
Madame Hippolyte de Selleniz s’était habillée majestueusement. Elle s’était agrandie par le port de talons de 12 centimètres, et par le port d’une immense perruque très élaborée qui lui en donnait 12 de plus, ses cheveux blancs sertis de diamants et de petites têtes de mort en platine. Une robe en pourpre échancrée marquait sa taille, tandis que sur ses épaules elle avait placé une peau de fauve avec une grosse tête de prédateur empaillée, et virevoltait derrière elle une robe à traîne d’hermine qui était soulevée derrière par deux petites filles de moins de dix ans, habillées comme des poupées avec des bigoudis et des jupes à pompons. Dans le ciel volaient servocrânes et chérubins avec des petites ailes. Sur ses côtés, de solides cosmomarines avec fusils radiants et tenue de parade impeccable, y comprit une casquette à visière qui obscurcissait leurs visages de bouledogues, et puis des diacres et aumôniers, aux vestons et écharpes de couleurs et de broderies différentes, qui agitaient pour certains des encensoirs, pour d’autres qui portaient des saintes reliques sur des coussins : par exemple un casque de Space Marine, ou un coffret serti de bijoux qui devait contenir des ossements pour un autre. Et puis derrière, il y avait sa suite personnelle de domestiques, d’enfants-choristes, de jeunes filles-servantes qui portaient des boîtes de coutures et des vêtements de rechange, de laquais qui tenaient des amphores d’alcool ou des plateaux de petits-fours.
Surtout, il y avait un étrange personnage qui avait caché sous son corps sous des vêtements d’un bleu outremer, et son visage derrière un immense casque à ailes : c’était lui. L’un du trio de navigateurs. Sous ses fringues, il devait être un monstre couvert de mutations, et au milieu de son front, il devait avoir le troisième œil qui lui permettrait de brûler les âmes de quiconque regarderait dedans.
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D’une façon ou d’une autre, Hippolyte devait avoir entendu le débat de ses officiers. Car d’une immense voix raillant et vulgaire, qui tranchait avec l’absolue majesté de sa personne, elle vociféra :

« Votre travail à tous les deux est de servir mon bon plaisir ! Je vous conseille de garder ceci à l’esprit à chaque instant ! »

Tous les hommes et les femmes de l’état-major du vaisseau se mirent instinctivement en arc-de-cercle et courbèrent le dos dans une révérence. Plus étonnant par contre, Rorich, Ziegler, et Masteel baissèrent aussi le regard. Seule Astrid Skane restait toute droite, affrontant le regard de dame Selleniz.

Celle-ci ignorait royalement l’inquisitrice. Elle s’approcha de son second capitaine, qui lui tendait la plaque de données sur laquelle il s’était amusé à pianoter, tout en rapportant la conversation.

« Notre timonier-en-chef souhaite que l’on surcharge le moteur warp, afin de lui permettre de manœuvrer plus facilement en cas d’urgence. L’honorable prime technaugure Fernel est contre cette décision, car il pense que cela ajouterait une pression trop importante sur les machines.
– Encore un incident ? Demanda la libre-marchande en lisant rapidement la plaque de données.
– IL Y EN A. QUOTIDIENNEMENT. NOUS SOUPÇONNONS. ACTE DE SABOTAGE.
– Ou un branleur qui fait pas son boulot correctement, railla le maître timonier.
– Du calme, Gereon.
En temps normal, nous mettrions le vaisseau à quai pour faire une inspection complète. Mais malheureusement pour nous, chers officiers, ceci n’est pas un temps normal. »


Elle se tourna alors, et regarda Skane. Et tout l’état-major l’imita. Des dizaines de paires d’yeux hagards ou suspicieux qui tentaient de foudroyer la représentante du Conclave Calixis.
Mais Skane demeura absolument impassible. Même alors que le navigateur s’approchait d’elle à petit pas aidés de sa canne, apparemment gêné par un âge vieillissant (Ou alors une horrible excroissance qu’il cachait sous sa robe…). Avec un ton blagueur, il lança :

« Alors, c’est à cause de vous que tout le vaisseau s’agite depuis quelque temps ? Je confesse qu’à me demander de faire traverser une tempête à ce vaisseau, j’hésite énormément à simplement vous laisser me tirer une balle dans la nuque. Ça serait peut-être plus rapide et moins douloureux. »

Il ricana. Son humour pince-sans-rire avait de quoi faire froid dans le dos. Mais Skane se contenta de répondre très instinctivement, pleine de suffisance :

« Si vous n’êtes pas apte à la tâche, je trouverai un navigateur qui le sera. »

Le navigateur rigola de plus belle. Mais voilà qu’il fut pris d’une horrible quinte de toux terriblement grasse, à en faire grésiller le métal de son casque. Une servante, jeune femme au crâne rasé qui portait une livrée à la même couleur que lui, lui apporta une seringue, mais celui-ci refusa poliment d’un signe de la main, et reprit de plus belle.

« Nous allons voyager sans que je puisse apercevoir à chaque instant l’Astronomican. Ma maison possède des cartes de ce côté du warp, mais dans une tempête, les points de repères peuvent être déplacés, les monuments et les horreurs autrement plus figées peuvent se déplacer d’un instant à l’autre.
Je suis apte à relever le défi. Notre équipage a déjà affronté des horreurs similaires. Mais vous devez me jurer, maîtresse Astrid Skane, que tel risque mérite d’être pris.

– L’Empereur-Dieu le commande.
– Alors pour nos destins à tous, j’espère que ce sont bien les mots du Maître de l’Humanité qui sortent de votre bouche. »

Et ayant dit cela, il fit un signe du chef à la libre-marchande, qui rendit sa plaque de données au second capitaine.

« Fernel, je comprends vos craintes, mais nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Surchargez le moteur du vaisseau.
– À VOS ORDRES. DAME-CAPITAINE.
– Gereon, vous avez prévu votre rotation de timoniers ?
– Beh, ça ça dépend d’combien d’temps on passe dans l’warp, hein !
– En temps normal, le trajet devrait nous prendre quatre à cinq jours dans le warp. Le navigateur pense pouvoir nous emmener là-bas en dix jours.
C’est son estimation optimiste.

– J’ai assez d’drogue pour pas dormir pendant quatre jours, après ça d’viendra coton. J’ai deux gars aptes à prendre ma suite, j’préfère pas laisser un novice aux commandes.
Si ça dépasse c’laps de temps, en r’vanche, ben… Hé, c’est en forgeant qu’on d’vin faiseur d’métal.

– Comme le navigateur le dit, on a déjà affronté pire. Un peu de nerf. Et un peu de sourire, aussi, les gars ! Bientôt on sera à Neustralia et on va pouvoir se faire un énorme pactole et renouveler la cargaison !
Pas vrai ?! »


Elle s’adressa à la trésorière. La grosse dame, encore inquiète tout à l’heure, eut un franc ricanement avant d’approuver :

« Tout à fait, dame-capitaine. »

Dame Selleniz s’approcha maintenant d’un autre officier : Le vicaire-vox, en charge de diriger tous les clercs-vox qui assuraient les transmissions sur le vaisseau. Un étrange homme, il avait remplacé sa bouche et ses cordes vocales par un immense microphone, et il avait partout sur sa nuque des prises pour divers câbles et embouts radio. La libre-marchande ordonna :

« Prévenez le vaisseau.
– Oui, dame-capitaine, répondit une voix grésillante. Mais je dois prévenir : le secteur B de l’Ingéniarium ne reçoit plus nos communications. Le poste-vox central semble être défectueux depuis quelques heures.
– C’est une blague ?!
Envoyez une équipe le réparer et déployez des clercs-vox sur place avec un sablier pour suivre l’opération. Tout le monde doit être synchrone.
Préparez-vous à démarrer à mon ordre.

– Oui, dame-capitaine.
– Pour la gloire de l’Empereur, annoncez. »

Et ceci étant-dit, le vicaire-vox attrapa des câbles, et se les attacha un peu partout dans son corps. Et d’une voix qui fut portée à travers (Presque) tout le vaisseau, il annonça :

« Attention, attention, attention. L’Indomptable Ravel s’approche d’un point Mandeville. Préparez-vous à un saut warp dans la rotation.
Attention, attention, attention. L’Indomptable Ravel s’approche d’un point Mandeville. Préparez-vous à un saut warp dans la rotation. »


La dame-capitaine ferma les yeux, soupira longuement, avant de se retourner vers son sénéchal :

« Cher Alcméon, faites préparer quelques bouteilles d’amasec pour les officiers. Et en attendant, allons implorer la pitié de Dieu. »



Le vaisseau tout entier était une cathédrale à la gloire de l’Empereur-Dieu. Mais il y avait bien une salle religieuse pour y faire ses dévotions. Une nef colossale, haute de vingt mètres, longue de près d’une centaine, des milliers de fidèles pouvaient s’y entasser pour venir dire leurs dévotions. Et au fur et à mesure que la croisée des destins s’approchait, effectivement, la chapelle se remplissait jusqu’à devenir noire de monde.

Des enfants des écoles s’étaient revêtus de leurs habits du jour saint. Des ouvriers de toutes les parties vitales du vaisseau, que ce soit l’Ingeniarium ou les batteries de canons, en avaient fait de même. On s’était regroupés par clans familiaux, guidés par des dizaines de diacres qui répartissaient tout le monde dans cette immense salle. On entendait un petit brouhaha de milliers de voix en train de chuchoter, des quintes de toux de vieillards et de malades qu’on poussait en chaises roulantes, et des cris de centaines de bébés rassurés par leurs mamans, leurs taties, ou, dans le cas d’orphelins, leurs marraines. Dans le ciel volaient des chérubins qui jetaient dans la foule des confettis, et des servitors escaladaient les murs pour déployer en l’air d’immenses bannières claquantes qui montraient les couleurs de la dynastie Selleniz, de celles de la maison de navigateurs, du clergé de Mars, de l’Ecclésiarchie et de l’Adeptus Terra.
Creusées dans le métal du vaisseau, deux colosses de pierre se dressaient d’un côté et de l’autre de l’immense autel élevé à mi-hauteur — à droite, il y avait une statue de l’Empereur-Dieu en personne, les mains reposées sur une épée, le visage froid et impassible. À gauche, en face de lui, se tenait son fils, Rogal Dorn, boltpistolet à la main droite et armure assistée sur le corps.
Élevés sur une plateforme, des dizaines de choristes de tout âge, accompagnés par les astropathes du vaisseau, chantaient un violent cantique en haut-gothique pour inviter tout le monde à la plus absolue piété et à la mort contre l’Œil Infernal, tandis que des musiciens faisaient tonner orgues, trompettes et tambours, assistés par des servocrânes musicaux.

La libre-marchande, suivie par tout son entourage, s’approcha le long de la travée. Elle s’avança d’un pas lent, les mains jointes en prière, tandis que sur son passage, des aumôniers rependaient encens et fleurs vespertines qu’ils jetaient à la volée. À droite et à gauche, les milliers de fidèles avaient les yeux écarquillés, et beaucoup s’agenouillaient devant elle, ou se signaient par le signe de l’Aquila, ou bien se mettaient à hurler des phrases de dévotion :

« GLOIRE À LA DAME-CAPITAINE !
– NOUS MOURRONS POUR SELLENIZ !
– MENEZ-NOUS À TRAVERS LES ÉTOILES, DAME-CAPITAINE ! »


Les vitrages blindés étaient ici faits de vitraux colorés, qui représentaient des scènes d’importance religieuse : Sanguinus donnant sa vie pour arrêter Horus. L’Empereur endormi sur son Trône d’Or. Le Seigneur-Général Maccharius levant son épée pour guider ses légions de soldats. Sebastian Thor élevant des tablettes de commandements purifiés. Saint-Drusus ensanglanté relevé du puits de l’éternité par des anges. La planète Cadia tenant fermement l’ultime limite contre l’Enfer.
Et derrière ses vitraux, on apercevait le vide de l’espace, maintenant teinté de violet. On s’approchait dangereusement du point Mandeville, là où le vaisseau exploiterait une déchirure dans la réalité pour s’y risquer. La foi envers l’Empereur ne serait pas de trop pour secourir tout le monde.

Des technaugures se tenaient près de l’autel. Ils semblaient être dans leur petite bulle : ils faisaient leurs propres dévotions et leurs prières en binaire, agenouillés dans des postures étranges devant des cogitators de vaisseau, sous le regard des chapelains de l’Ecclésiarchie qui agitaient des goupillons afin de répandre de l’eau bénite sur les masses de fidèles. Pendant ce temps, l’archi-aumônier dressé sur l’autel se préparait à ouvrir la cérémonie, sa voix portée à travers les canaux-vox alors que la dame-capitaine continuait de remonter d’un pas peu pressé la centaine de mètres de la nef.

« A spiritu dominatus,
Domine, libra nos ;

De la foudre et de la tempête,
Notre Empereur, délivre-nous.

De la peste, de la tentation et de la guerre,
Notre Empereur, délivre-nous.

De l’assaut du Kraken,
Notre Empereur, délivre-nous.

Du blasphème des apostats,
Notre Empereur, délivre-nous.

Des mensonges des démons,
Notre Empereur, délivre-nous.

De la malédiction du mutant,
Notre Empereur, délivre-nous.

A morte perpetua,
Domine, libra nos.

Pour que Tu ne leur apportes que la mort,
Que tu n’en épargnes aucun,
Que tu n’en pardonnes à aucun,
Nous t’implorons :
Détruis-les tous ! »



La dame-capitaine monta les marches qui la menèrent à l’autel. Il y avait là d’immenses gradins pour ses officiers, qui trouvèrent tous naturellement une place d’importance grandissante : le navigateur, le sénéchal et le second-capitaine juste à ses côtés, tous les autres progressivement éloignés. Skane et ses acolytes étaient bien discrets, aux pieds de l’autel, tout proches de la foule tenue en respect par des diacres officiant et des prévôts de bord en tenue de cérémonie bien au garde-à-vous.

L’aumônier termina de réciter son sermon, les enfants et les astropathes terminèrent de chanter leurs cantiques, et alors qu’un silence de mort à peine perturbé par les pleurs lointains de bébés et les murmures binaires des technaugures s’abattait sur la cathédrale, Hippolye de Selleniz s’approcha avec toute sa dignité royale à la place du chef religieux.
À l’aide du micro-vox, elle s’exprima ainsi à son équipage. À ses sujets.

« Indomptable Ravel, depuis dix millénaires maintenant, je continue d’accomplir la mission qui a été confiée à mes ancêtres par le Primarque Dorn, et vous continuez d’accomplir cette même mission confiée à vos ancêtres qui servent depuis dix millénaires la gloire de ma dynastie.
Nous repartons à nouveau braver l’Immense Océan. Mais cette fois-ci, ce ne sont pas les horreurs habituelles de l’éther qui se dressent face à nous ; L’Enfer gronde. Un cataclysme s’est emparé de l’au-delà, et c’est pourquoi je vous ordonne tous d’être résolus, car nous nous préparons à une terrible épreuve.
Les vagues vont frapper contre les coques de notre navire. La foudre va frapper contre ses flèches saintes. Les voix des sirènes vont hanter vos oreilles. Et partout, il n’y aura qu’une profonde nuit aux ténèbres insondables.
Je relève ce défi, car il en va de la survie de nos mondes ! Neustralia, où nous nous rendons, est en proie aux émeutes et à l’insurrection ! D’ignobles hérétiques se tapissent dans l’ombre, bafouent mon autorité, et à travers elle, celle de Dorn et de l’Empereur !
Permettriez-vous à ces rats de demeurer impunis ?! Ou seriez-vous prêts à brûler vos âmes et meurtrir vos corps pour défendre mes domaines ! »


Et alors, des milliers de voix hurlèrent en cœur : « Nous sommes prêts ! Nous sommes prêts ! »

« Vous aussi, vous relèverez ce défi, car je vous l’ordonne ! Abandonnez tout espoir, vous qui voyagez sur ce vaisseau ! Préparez-vous à votre fin et à la venue de votre destinée ! Seules votre foi et votre expérience permettront à tout le vaisseau de surmonter l’Empyrée lui-même ! Failliriez-vous là où vos ancêtres ont su vaincre ?! Ou bien lutterez-vous en me donnant tout ce que vous êtes ?! »


Et à nouveau, ils hurlèrent, en cœur : « Nous le donnons ! Nous le donnons ! »

Alors, Selleniz leva haut ses bras, en criant à nouveau :

« Nous partons dans une courte odyssée ! Une énième, et celle-ci ne sera pas la dernière ! Car c’est ma destinée, et la vôtre par ordre divin : Nous voyageons à travers les étoiles ! Nous regardons l’Enfer droit dans les yeux, et notre corps ne saurait avoir la chair de poule ! La galaxie appartient à l’Empereur, et c’est nous qui amenons Sa lumière !
Pour ma gloire absolue !
Pour le domaine Selleniz !
Pour Rogal Dorn !
Et pour l’Empereur-Dieu de l’Humanité ! »


Et en cœur, la chapelle entière, officiers compris, hurlaient : « SELLENIZ, DORN ET l’EMPEREUR-DIEU ! SELLENIZ, DORN, ET L’EMPEREUR-DIEU ! »


C’est alors que des volets commençaient à se baisser sur les vitraux de la chapelle. D’imposants blindages qui couvraient la lumière du warp et l’immensité de l’espace. Skane chuchota à travers les hurlements répétés des fidèles à l’intention de Ziegler :

« Je dois vous avouer quelque chose, honorable dévot de Mars… Cela fait de nombreux voyages que j’entreprends, et je ne sais toujours pas comment un champ de Gellar fonctionne. »

Le magos hocha de la tête.

« Je ne comprends pas non plus les arcanes de son fonctionnement. Rares sont les technoprêtres qui le peuvent, ceux qui les construisent et les entretiennent font partie d’une caste étrange et un peu à part, car ils apprennent autant les mystères de la Force Motrice que les arcanes du warp. Néanmoins, j’en ai saisi son principe de base : De puissants calculateurs forcent la création d’une « bulle » de réalité autour du vaisseau, pour le garder du warp, une protection où le monde matériel se force contre les insanités de l’éther.
– Y a-t-il un risque que le champ échoue ?
– Si les rites de l’Esprit de la Machine sont respectés, non. Mais la bulle est poreuse : il arrive parfois que le warp s’immisce et assaille un vaisseau. D’où l’importance de la vigilance, des rondes de soldats, et de la foi…
– D’accord. Et les volets, ils servent à quelque chose ? C’est une protection additionnelle ?
– Non.
C’est pour empêcher les gens de voir ce qu’il y a dans l’éther. »


Et alors, la chapelle n’était plus illuminée que par les bougies et les chandelles. Et le porte-vox annonça fermement :

« Point de Mandeville atteint.
Saut warp dans une heure.
Priez l’Empereur. »
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

L’Indomptable Ravel atteint le point de Mandeville — un point d’un système solaire sans champs gravitationnels ni astéroïdes, là où l’espace devenait entièrement noir, à peine illuminé par la tapisserie d’étoiles. Le moteur-warp fonctionna à plein régimes, et arracha l’univers dans un atroce saignement. Le monde se contorsionna. La toile du vide dégueula dans tous les sens. Et alors, dans un hurlement primal, venant d’une bouche pré diluvienne, le navire s’enfonça profondément dans l’Empyrée.

Que l’Empereur préserve ses pauvres voyageurs.


Pensée du Jour :
Ne crains par l’oblitération, car elle nous attend tous.



Ingeniarium, secteur B.

La vie dans un vaisseau forçait à ne pas être claustrophobe — encore plus quand son poste de travail était dans l’Ingeniarium, le nom que les Impériaux donnent à la partie du vaisseau contenant tous les « organes » du navire : le moteur-warp, les systèmes de survie assurant le traitement de l’oxygène et la gravité artificielle, les générateurs à plasma pour faire se mouvoir l’énorme vaisseau, et surtout les boucliers voides qui protégeaient le navire bien plus encore que le blindage qui n’était au fond que la « dernière chance » d’un navire bombardé par un adversaire.

Kryptaestrex Mora s’y sentait à l’aise. Marcher dans les travées étroites couvertes de câblages et de métal de l’Indomptable Ravel lui rappelait son enfance à bord de l’Œil de Thule, des siècles passés au sein d’une flotte d’Explorators qui parcouraient les étoiles au service de l’Omnimessie. Alors qu’il marchait derrière le magos Biologis Ziegler, il se sentait bien plus à l’aise que le genetor dans les entrailles de cette vénérable machine en train de parcourir l’horreur du warp. L’atrocité de l’Immaterium bien camouflée derrière d’épais volets, les ouvriers continuaient de travailler comme si de rien n’était — excepté qu’on était dans un silence uniquement brisé par le bruit des machines et des outils. Tout le monde travaillait avec un sérieux absolu, absorbés par une tâche qui les faisaient oublier la dangerosité de leur situation. La routine avait quelque chose de rassurant.

Un prévôt de bord attendait Ziegler et Mora. Il appuya sur le micro-vox de son casque pour communiquer à son chef dans un murmure :

« Les personnes d’intérêt sont là. Je les descends. »

Puis, il appuya sur le bouton d’un monte-charge de service qui s’ouvrit, et grimpa à bord. Silencieusement, Ziegler et Mora y entrèrent sans même un regard pour l’officier, qui appuya alors sur un autre bouton.
Ce n’était vraiment pas un accueil digne d’un maître d’hôtel. L’ascenseur était bruyant, poussiéreux, crénelé — c’était un monte-charge qui devait servir tous les jours, constamment, pour élever ouvriers et outils d’un étage à l’autre de l’ingéniarium. D’ailleurs, en plein milieu de la lente descente, alors qu’on entendait le grésillement du roulis de chaînes qui nécessitaient une bonne lubrification, voilà que le monte-charge s’arrêta net dans un petit contre-choc.
Le prévôt tapa les boutons, soupira longuement, et tourna sa tête pour regarder les technoprêtres :

« Désolé, vos éminences — ce vieil ascenseur pourri fait toujours des siennes. Un bon coup de pied et il va repartir. »

Ziegler, avec sa voix bizarrement humaine, gronda :

« Veillez à ne pas insulter l’Esprit de la Machine de ce vénérable ascenseur, prévôt — lui manquer de respect peut tous nous entraîner à la mort. Ce genre d’insulte peut être condamnée à la servitude perpétuelle. »

Le prévôt écarquilla des yeux, et murmura une excuse toute penaude. Il appuya à nouveau sur le micro-vox de son casque pour faire son rapport.
Deux minutes plus tard, ils étaient repartis. Ils descendaient un peu plus dans les entrailles de l’ingéniarium, illuminé par des centaines de loupiotes colorées au plafond, et de la lumière artificielle faite par des lampes dont une d’elle n’arrêtait pas de s’éteindre par intermittence — le néon nécessitait un renouvellement.

Le duo passa devant de nombreuses portes d’accès qui menaient à divers ateliers et lieux de travail, indiqués par des insignes en gothique dans tous les sens. Le prévôt passa son crypto-ident dans la fente d’un cogitator de bord, et alors, un sas s’ouvrit. Une porte se trouvait à côté d’un plan de cette partie du vaisseau et d’un extincteur, et alors, le prévôt laissa les deux serviteurs du Mechanicus entrer dans une grande salle toute faite de métal.

C’était un atelier de réparation. Suspendus sur des racks, on pouvait voir des centaines de machines cataloguées et étiquetées dans un savant capharnaüm. Et sur une table au milieu, deux technaugures étaient en train de travailler avec des chalumeaux.
Ceux-ci s’arrêtèrent soudain en voyant arriver Mora et Ziegler. L’un d’eux avait un visage encore humain, même si ses mécadendrites apparentes montraient l’importance de son architecture métallique. L’autre avait un visage entièrement fait de fer, excepté pour deux lumières à la place des yeux.

« Technographe, je vous présente les technaugures Jerod Aselm et KV-8. Ils sont en train de travailler sur les servitors qui ont attaqué votre groupe avant notre départ dans l’éther. »

C’est là que Mora nota le détail le plus important, et qui pourtant de prime abord semblait le plus anodin : Ces deux technaugures étaient de petite taille. 1m60, 1m65, pas plus.

Ils venaient des Lathès. Le cœur du Mechanicus dans le Secteur Calixis était un trio de planétoïdes à la gravité particulièrement importante. C’était une bénédiction pour le Mechanicus, parce que cela permettait de mettre au point des alliages particulièrement résistants — la conséquence, c’est que les habitants de ces trois mondes étaient souvent courts sur pattes.
Et c’était aussi une terrible nouvelle pour Mora. Le culte Mechanicus dans le secteur Calixis était notoirement divisé en dizaines de factions différentes, toutes toujours à la gorge les unes des autres, à s’entre-accuser de techno-hérésie. Une blague qu’il avait déjà entendu dans la bouche d’un employé de l’Administratum était, « enfermez trois technoprêtres dans une chambre et il en ressortira cinq factions différentes ». Les théories déviantes, la soif de connaissances, tout ça traversait le secteur Calixis.
Les Lathès, elles, étaient le siège de l’orthodoxie la plus brute et la plus pure. Le Haut-Fabricator Castellar s’en assurait. Et malheureusement pour Mora, les Lathès étaient le saint-siège du Mechanicus dans le secteur Calixis.

Paracelsus Thule n’était pas officiellement un technohérétique. Mais cet intrépide explorateur, disparu dans les étoiles il y a des décennies, avait laissé derrière lui des fidèles qui avaient souvent des pratiques qui remettaient très en doute la façon de faire droite, obséquieuse, et très superstitieuse de ses coreligionnaires des Lathès. Intelligent et passionnant, Thule avait été pendant longtemps l’ennemi invétéré de Castellar.

Les deux nabots allaient lui chercher des emmerdes. Et d’ailleurs, ça ne rata pas. Le technaugure au visage humain le pointa du doigt.

« Est-il vraiment nécessaire de le laisser traîner dans nos pattes, honorable magos ? Nous avons un servocrâne pour prendre des notes, pas besoin d’un technographe.
– Si un cadet n’apprend jamais de ses aînés, comment peut-il comprendre les mystères du culte, frère Aselm ? »

KV-8, au visage de métal, gronda de son ton métallique un avertissement bien plus malpoli :

« UNITÉ : IDENTIFICATION EN COURS.
ATTRIBUTS VESTIMENTAIRES : EXPLORATOR.
REQUÊTE : UNITÉ, VEUILLEZ MARCHER À DÉCOUVERT. QUI EST VOTRE MAÎTRE ? »


Il lui demandait s’il était Thulien. Pas sûr qu’il apprécie la réponse.



Baie médicale tertiaire, étage Caminus.


Wullis se sentait de mieux en mieux. Toujours alité, il était parvenu au cours des derniers jours à marcher, aidé de l’infirmière, et petit à petit, sa force et ses réflexes lui revenaient. Le médecin qui l’avait retapé avait fait un miracle, il fallait remercier le Dieu-Empereur.

La difficulté de la situation, celle de voyager dans l’éther, avait de quoi inquiéter tout le monde. L’heure n’était pas aux réjouissances. Les rêves étaient agités, et la crainte assaillait son ventre. Mais le personnel médical faisait tout son possible pour maintenir une aura de normalité salvatrice. Même quand ses patients étaient inquiets, l’infirmière venait avec son sourire, à faire des blagues, à mettre de la musique sur la chaîne-vox, à distribuer des plateaux-repas insipides dont elle assurait avec insistance que c’était mille fois meilleur que dans mon ancienne clinique ! Globalement, ça pourrait être pire…

Léona, elle s’appelait. Ancienne infirmière d’un hôpital de Scintilla, elle avait décidé de quitter les siens et sa planète natale pour accepter une offre d’emploi sur l’Indomptable Ravel — en ça, elle tranchait beaucoup avec le reste de l’équipage, tous des hors-mondes pâles et nés sur le navire, n’ayant jamais connu autre chose. Qu’est-ce qui pouvait bien motiver une fille comme elle à tout quitter pour voyager à travers la galaxie ? Wullis ne lui avait pas posé la question…

Actuellement, elle était en train de changer sa sonde urinaire. Pas la chose la plus galante, même une opération particulièrement humiliante, mais Léona le faisait avec le sourire, et un détachement absolu. Nul doute qu’elle avait changé des poches remplies de pisse des dizaines de milliers de fois dans sa vie de soignante, on en était à un point où ça lui faisait ni chaud ni froid.

Un camarade de chambrée siffla à l’intention du garde.

« Hé, soldat — tu joues aux Rois Suicidés ? »

Il montra son jeu de cartes. Bien sûr que Wullis connaissait les règles des Rois Suicidés — contamination de l’Astra Militarum, tous les soldats des autres régiments y étaient accro. Il savait aussi que c’était interdit, qu’on pouvait être condamné à 10 coups de fouets si un commissaire ou un officier prenait les joueurs en flagrant délit, et que les prêtres du Ministorum mettaient en garde contre le démon du jeu : on y pariait sa solde, et à cause de la chance et du bluff, on pouvait la perdre tout entier, ce qui entraînait parfois des rixes.
Mais le camarade alité lançait ça d’un air bon enfant. C’était un gars qui avait une bonne cinquantaine, un ouvrier qui s’était blessé en bossant et qu’on appelait Julyien. Mais alors qu’il commençait à mélanger son paquet de cartes, Léona l’attrapa des mains.

« Et puis quoi encore ?! Vous allez vous battre dès la rivière !
– Tu déconnes gamine ? T’es la plus accro de tout le bateau à ce jeu ! »



Pièce de panique Beta, étage Alvearium.



On avait ordonné à Enkidu de se mettre à l’écart. On ne savait pas s’il maîtrisait vraiment ses talents de psykers, et le risque de voyager avec un sorcier à son bord durant un saut-warp était beaucoup trop grand. C’était la même soupe chaque fois qu’il allait dans un bateau destiné à quitter son système solaire.
Sauf que cette fois-ci, Enkidu ne passerait pas le voyage dans le cellier d’une chapelle, avec un cadet-commissaire de bord totalement nerveux toujours une main sur son laspistolet. À son grand étonnement, et probablement parce qu’il était sur le navire d’une libre-marchande richissime, il eut droit à accéder à un quartier sécurisé qui avait un luxe incroyable.

Le fait d’être un acolyte de l’Inquisition devait aider. La salle ressemblait bel et bien de l’extérieur à un gros bunker, avec une porte étanche verrouillée par une écoutille. Mais à l’intérieur, il y avait une jolie ambiance, un petit piano-automate qui jouait de la musique, un tableau de maître représentant un bateau sur une mer déchaînée, un immense billard, et des lits au matelas très confortable.

Seul fait gênant : il avait un compagnon de chambre. Caius Sixtan Luvarn, l’interrogateur de l’Ordo Xénos, était bloqué avec lui.

Les premiers jours avaient été d’un malaise palpable. L’inquisiteur-en-herbe n’était pas du tout loquace, et n’arrêtait pas de lancer des regards suspicieux envers Enkidu. Le jeune représentant de l’Ordo Xenos passait tout son temps à gribouiller dans un carnet ou à lire sa plaque de données, et ils prenaient leurs repas amenés par un room service aux petits soins chacun dans leur coin. Mais l’être humain est une créature sociable, et au bout d’un moment, même un futur inquisiteur très secret et dans son coin se devait de parler aux autres pour ne pas devenir cinglé.

Et c’est comme ça que maintenant, Luvarn et Enkidu n’arrêtaient pas de piailler.

Luvarn avait décidé d’apprendre à Enkidu les règles du billard. Et ils jouaient, en série, entre deux gavages de petits-fours, de poisson mariné et de profiteroles sucrées avec une gelée royale. Ce n’était pas un jeu très intéressant, mais ils n’avaient que ça, ça et un jeu de régicide, mais Luvarn était trop bon alors le jeu n’était pas très drôle.

Astiquant soigneusement sa queue, l’interrogateur était en train d’avoir une conversation très passionnant sur sa planète natale, Kulth — elle n’était pas loin du tout de là où ils allaient, mais Luvarn savait que l’Inquisition ne lui permettrait pas d’y prendre des vacances. Selon lui, Kulth était une planète constamment envahie par les Orques, depuis près d’un siècle maintenant, elle était en première-ligne face à l’assaut constant des Peaux-Vertes. C’était ça qui l’avait convaincu de rejoindre l’Ordo Xenos.
Et alors qu’il tapait dans le mille d’une boule noire, il regarda soudainement Enkidu, et lui demanda, sèchement :

« Et vous, docteur », fit-il en plaisantant sur l’ancien boulot qu’Enkidu avait occupé. « Pourquoi avoir rejoint la Sainte Inquisition ?
Par choix, ou par la contrainte ? »



District commercial, résibloc Saphir.


Séphone était en train de se promener dans le quartier de vie de l’Indomptable Ravel. Ce vaisseau et ses nombreux habitants étaient une ville géante qui volait à travers l’espace, aussi, étrangement, ce vaisseau avait décidé de singer la vie humaine. Il y avait des commerces du ce bateau, un district commercial où l’on trouvait des échoppes en tout genre, une boulangerie, un boucher, un magasin d’alimentation générale… On aurait pu croire que tout ne serait que uniformes et rations, mais visiblement, le capitalisme était une nécessité humaine, ou alors c’était une sombre idée de capitaines qui aimaient bien ainsi diriger leur population.

Depuis le début du voyage dans l’immaterium, ce quartier avait soudain changé. Autrefois plein de vie, de gens en train de bouger dans tous les sens, on s’y dirigeait maintenant d’un air résolu et silencieux, totalement grave. Quelques enfants trop rigolards et ne comprenant pas l’urgence de la situation rigolaient ensemble en jouant autour d’une fontaine, sous le regard anxieux de leurs mamans assises sur un banc.

Des radio-vox transmirent le message d’une jeune fille à la voix douce et souriante :

« N’oubliez pas : La vigilance est un commandement d’ordre divin. Dénoncez aux prévôts de bord tout comportement suspicieux ou inhabituel. »

Errant un peu sans trop de but dans ce bloc résidentiel, elle parvint à trouver un lieu qui lui était familier : une petite chapelle du Dieu-Empereur. Rien à voir avec l’immense cathédrale où la libre-marchande avait fait sa cérémonie avant le saut : c’était un tout petit édifice entre deux immeubles, à la sortie d’une bouche de ligne de téléphérique.

Il y avait foule dedans. Visiblement, l’anxiété de voyager à travers le warp incitait à la plus grande ferveur. Des dizaines de fidèles de tous âges étaient à genoux, en train de réciter les prières. Séphone y avait sa place : toujours les temples du Ministorum lui seraient ouverts, excepté celui du couvent qui l’avait pourtant accueilli comme une enfant…

…Mais alors qu’elle se trouvait au milieu des fidèles, elle fut étonnée de ne pas trouver de prêtre. Aucun curé, pas même un simple diacre pour diriger la cérémonie. Cela sembla en agacer certains. Il ne lui faudrait pas longtemps pour poser la question et obtenir la réponse d’une dame âgée et particulièrement mauvaise langue :

« C’est le père Gregorius qui est en charge de cette chapelle. Autant dire qu’on est pas prêts à avoir notre service !
Ce rat est toujours bourré ! »

Insulter un prêtre dans la maison de l’Empereur-Dieu n’était pas conseillé. Tout le monde la regarda avec inquiétude.

« Martha, steuplé, pas maintenant… » chuchota un jeune homme.
« Bah quoi, j’ai tort ?! Il est probablement en train de roupiller à se remettre de sa picole !
Franchement, jeune fille, j’ai passé l’âge d’aller le tirer par l’oreille pour le ramener à son autel ! Si vous vouliez bien le faire à ma place, vous serviriez bien l’Empereur ! »
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Reinhard Faul
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Reinhard Faul »

Il s’est passé beaucoup de choses ces derniers jours, donc je vais trancher dans le gras et ne parler que de moi, parce que dans le fond c’est le sujet qui m’intéresse le plus.

J’ai appris par Masteel que j’allais devoir examiner un cadavre sous un angle mystique. Ça ne m’inquiète pas trop parce qu’il a aussi expliqué qu’on avait trouvé zéro rune, zéro autel maléfique, zéro mise en scène autour des corps. En général les hérétiques ne sont pas très discrets quand il s’agit de se débarrasser de cadavres. Ils aiment jouer avec. C’est l’impact psychologique qui les excite. Les Voix me montrent souvent leurs jeux, et parfois je me réveille en me disant « tiens, ça fait longtemps que j’ai pas mis des globes oculaires en pyramide sur une table », sauf que cette envie ne m’appartient pas et que je n’ai jamais rien fait d’aussi maboule de ma vie. Après je passe la journée à ne pas penser à des globes oculaires. Des fois c’est plus dur que d’autres. Jusqu’ici je n’ai jamais ne serait ce que cassé un verre à cause d’une influence démoniaque, mais on reste méfiant.

Après blablabla contexte socio-économique blabla les deux autres parlent trop et oublient leur place, ça me concerne pas directement je p…
Vous vous déplacerez discrètement ? Vous aurez des frais de séjour ?! Excusez-moi j’écoutais pas j’ai pas entendu le petit addemdum qui précise, bien sûr, que le Psyker restera au chaud dans un bâtiment officiel quelconque, et que les trois autres lui apporteront les cadavres, les blessés et les gens à interroger là où son délicat derrière se trouve. Non, j’ai les oreilles bien ouvertes et très clairement on est en train de m’inclure dans l’équipe de terrain. Ziegler et Sand feront l’équipe scientifique, je suis pas dedans.

J’aurais dû m’en douter, mais peut-être qu’un espoir un peu vain m’avait empêché d’envisager cette éventualité jusque-là. On va nous faire sortir dans la rue en petit comité, déguisé en employé local, comme… comme des gens, quoi. Ça ne m’est pas arrivé depuis avant mon éveil psychique (qui ne s’est, ÉVIDEMMENT, pas bien passé), donc quasiment dix ans. Je jette un coup d’œil aux deux autres, et mis à part Sephonus je pense que mes confrères masculins sauraient pas retrouver leur cul avec leurs deux mains. On est foutu on va mourir.
Non. Non et non. Je peux pas penser comme ça ! Je peux pas m’auto-apitoyer et chouiner de terreur parce qu’on va me demander de marcher dans la rue. Y a mille fois pire que ça. Je me secoue les puces mentalement et me concentre sur ce que dit Masteel, il insiste très lourdement sur le remplissage de formulaire, et j’ai pas envie que ce type-là me cause des problèmes parce qu’il me trouve trop nonchalant. J’ai intérêt à retenir quel formulaire signer et dater au stylo. Super important.

… marcher dans la rue, avec des foules et de l’air frais, les deux trucs que je déteste. Sur Malfi on m’avait installé dans un joli centre Medicae payé par un conglomérat de nobles adeptes des réductions de frais généraux. C’était gigantesque, j’avais des collègues exactement dans la même situation que moi et, mieux que tout, je n’avais pas besoin d’en sortir pour mes besoins courants. Les rares fois où ça aurait pu être nécessaire il y avait des esclaves pour le faire à ma place. De toute façon l’autonomie et l’amour des grands espaces, c’est pas des qualités cultivées chez un Psyker. Je sais à peine m’habiller tout seul en réalité. Je suis ébahi qu’on me mette dans cette position alors que jusque-là la dame de l’évaluation psychologique en était presque à m’envoyer des fleurs pour mon extraordinaire capacité à rester là où on me dit de rester.

… mais je sais que c’est stupide et irrationnel ! Il y a les démons, les sorciers, les xéno et l’hérésie à s’inquiéter, mille morts plus terribles les unes que les autres, et ce qui me fait suer de trouille c’est de marcher dans la rue. Ridicule ! J’entreprends de faire ce qu’il faut toujours faire avec les sentiments : les prendre, les enterrer loin loin loin dans sa tête et absolument les éviter.

Du coup la réunion est passée à autre chose. J’ai récupéré le Vox presque avec frénésie, mais j’étais surtout motivé à ce que Kryptaestrex ne l’ai pas. Sacré Kryptaestrex. Je le dégoûte et je lui fais peur, mais c’est bien naturel et je ne peux qu’approuver. Et puis il m’a filé sa lime. C’est vrai que se ronger les ongles c’est dégoûtant et ça trahit une vie émotionnelle un peu trop riche (ce que je veux éviter à tout prix), et c’est… gentil, d’avoir fait ça. Dingo, inadapté, mais avec un bon fond. Ça m’a mis un peu en colère de le découvrir, maintenant je vais être triste quand il va mourir. Voir paragraphe précédent au sujet des sentiments.

Enfin voilà, les servitors et cette réunion, c’était un peu notre haut fait de la semaine. Ensuite, il ne s’est rien passé. Dormir, manger, rester debout à des réunions entre les deux. Pas que je me plains. Si il y avait pas les sauts Warp, j’adorerais servir dans un vaisseau dans les trois mêmes couloirs toute ma vie. Mais mon bonheur sans nuage est sans cesse interrompu par des pensées parasites à propos de notre mission future. Comment on fera pour manger ? Pour aller aux toilettes ? La plupart des gens ont l’air de se débrouiller avec ça, mais j’arrête pas d’y penser quand même. Et les vêtements ? Je vais quand même pas sortir dans la rue… comme ça ? Je baisse le nez sur mon uniforme fatigué de l’Adeptus Astra Telepathica. Il y a un énorme œil floqué sur mon torse, un autre sur la boucle de ma ceinture, me désignant au premier coup d’œil comme un sorcier maléfique et instable. Je suis assermenté, j’ai le tatouage électronique sur la main pour le prouver, mais c’est un détail qui est un peu long à expliquer à une foule terrorisée. Je sais même pas si le civil moyen de Lutèce sait ce qu’est l’assermentation. Et évidemment que j’ai pas d’autres vêtements, j’ai tout laissé sur Malfi. Ce change-là quand j’ai besoin de le laver je reste tout nu dans ma chambre le temps que ça sèche, et je finis toujours par me rhabiller avec quelque chose de très humide. Oui, c’est la misère à ce point là.

Puis même, on nous a demandé de la discrétion. Le chauve sans sourcil qui se fait lapider par une foule en colère colle pas dans le tableau. Et c’est sans doute de l’hérésie de penser ça… mais je ne fais pas confiance à mes supérieurs pour penser à ce genre de détail. Ou y penser mais foncer quand même parce que l’Administratum a dit que blablabla. J’avoue tout. L’influence des nobles malfiens, là encore. Parfois ça m’a beaucoup servi « d’anticiper » certains ordres. Il me faudrait des vêtements civils, mais comment faire ? C’est bête, mais j’ai jamais acheté de vêtements. Je ne suis pas allé dans les parties civiles du vaisseau, pas tout seul de mon plein gré en tout cas. Ni sur ce vaisseau, ni sur aucun autre. C’est grand et plein de gens qui me regardent avec colère et terreur. En plus bon… c’est pas comme si on me l’avait spécifiquement interdit, mais j’imagine qu’un Psyker qui se déguise en civil serait mal vu par le Commissaire standard. Pas dur à deviner, la liste de ce qu’on a pas le droit de faire est très longue. Ça ressemble à des idées dangereuses, personne veut d’un Psyker qui se cache et qui déambule incognito, qui sait lire une carte ou piloter un véhicule. C’est pour ça que sur la plupart des sujets mon ignorance est préservée comme un trésor.
Mais y a un corollaire à ça, c’est que quand j’ai besoin de quelque chose (comme me déguiser pour ne pas me faire lapider minute deux sur Neustralia), c’est parfois plus efficace de ne pas demander, afin de ne pas avoir l’occasion de se faire refuser quelque chose. Ensuite il faut faire de grands yeux ébahi de surprise en disant qu’on y avait pas pensé. Cette logique frôle l’hérésie, mais honnêtement je m’en suis toujours servi pour des trucs bêtes et inoffensif, comme apporter mon propre sandwich quand il faut attendre longtemps. On sous-estime le nombre de mec qui me foutrait dans un cellier pendant un saut-warp par exemple, et qui oublient que pendant les trois jours que ça dure j’ai besoin de boire, de manger, et d’au moins un seau pour faire pipi sur les vaisseaux qui ont pas l’habitude de transporter des Psykers. Les collègues se sont moqué de mon seau et moi sur le voyage Calixis-ici, mais après j’ai échangé son usage contre une cigarette à chaque fois et j’ai fumé trois paquets.

Enfin imagine comme j’ai eu l’air d’une andouille de première classe en arrivant avec mon seau et ma boite de biscuit dans la pièce sécurisée luxueuse de Caius Sixtan Luvarn, l’interrogateur de l’Ordo Xénos. On m’avait pas prévenu – mais pourquoi on l’aurait fait ? Maintenant je me sens très bête… d’autant que je soupçonne qu’il est télépathe. Ça expliquerait qu’il soit aussi précieux à l’Inquisition. Du coup tu comprends la panique quand j’arrive et que je tombe sur lui et ses profiteroles, son piano-automate et son billard. Je ne connais pas son opinion sur les zones de gris comme les seaux ou combiner avec Sephonus pour me procurer des vêtements normaux. Bêtement, à la vitesse à laquelle peut aller le flot de la conscience, j’épluche mes propres pensées pour voir si par hasard je serais pas devenu hérétique sans m’en rendre compte depuis la dernière fois où j’ai vérifié. Je me sens coupable de quelque chose d’indéfini même si j’ai rien fait, comme ça peut parfois arriver avec les représentants de l’ordre. Ensuite je me dis « merde faut pas penser à ça ! » et « ça non plus ! » et « oh zut, ça doit vous arriver tout le temps non ? », mais Caius n’a pas réagi. Peut-être qu’il est pas télépathe alors. J’en ai déjà croisé pendant mes dernières années à la Scholastica Psykana, quand on avait le droit de parler à d’autres gens et tout. Je dirais pas que c’était des « bons » souvenirs, mais les moins mauvais. On avait tendance à se regrouper par domaines de magie, et critiquer les autres. Les télékynésistes c’est des bourrins bas du front, les télépathes de vicieux fouineurs sournois, les biomanciens des obsédés sexuels vénaux et superficiels etc… enfin du coup j’ai appris que c’était jamais mauvais de partir du principe que quelqu’un peut fouiller ta tête. Ça l’empêche pas de le faire mais ça te rappelle que l’hérésie peut pas gagner.

Enfin du coup j’ai posé mon seau à côté de la porte et j’ai attendu là où j’étais avec le dos bien droit. L’habitude. Au début on était très embarrassé tous les deux, je me tenais debout dans un coin et il lisait une plaque de données comme si je n’existais pas. Ensuite, quand l’écho étouffé d’une dernière alarme à travers la porte blindée nous a informé que le navire passait dans le warp, Caius m’a invité à m’asseoir sur un fauteuil pour prier avec lui. Toujours une bonne chose de prier, d’autant qu’on était encore tout ébloui par la cérémonie dans la timonerie. Il y en a toujours une avant un saut Warp, mais c’est ma première dans un vaisseau libre-marchand. J’aime bien, il y a plein de jolis choses à regarder, des beaux vêtements, et puis on peut voir l’espace. Ça n’arrive pas souvent. C’est noir avec des points lumineux. Je me demande quelle texture ça aurait si on mettait la main dedans, j’imagine une espèce de soupe. Enfin ils baissent les volets avant l’instant critique mais c’est toujours intéressant de voir de ses yeux le machin dont on me parle tout le temps. J’aimerais bien observer une planète de l’extérieur une fois, mais je suis jamais dans la timonerie quand on en approche une.

Enfin après tout ça on nous a très vite déblayé Caius et moi sous escorte de soldats. J’ai l’habitude des regards méfiants, mais lors d’un saut Warp on en prend toujours un petit rab pour la route. C’est comme si tout le monde se mettait à suivre les règles du manuel d’incorporation sur le bout des doigts d’un seul coup, même les parties qui se contredisent. C’est ce qui conduit à des situations type « seau ». Pas que je leur en veuille, les pauvres, vu que les Voix m’ont montré ce qui se passerait si je… me montrait influençable, disons. Avoir été gentil avec moi une heure avant ne changerait rien à l’horreur qui se produirait ensuite.

Donc on a prié, et si n’importe quel humain peut tenir des heures sur ce registre, les Psykers sont particulièrement blindés en la matière. On a de longs textes en vers avec des thèmes comme « décentrer le Soi pour atteindre la Vraie Lumière », écrit par plein de gens dont on connaît la biographie sur le bout des doigts. On a aussi tout le registre « pardon d’être un mutant, c’était vraiment mesquin de ma part » qui tient une place conséquente. Mais même en étant très empreints de sacré, très terrifié par le Warp, très désolés d’être des monstres et très respectueux de l’Empereur, Caius a eu le ventre qui s’est mis à gargouiller et moi j’ai commencé à me tortiller sur mon siège par envie de faire pipi.

Une fois on m’a dit que la plupart des incidents graves pendant un saut Warp se produisent pendant la première heure de voyage. Comment est-on parvenu à ce nombre ? Qui a mesuré ça ? C’est sans doute fumeux mais ça me semble tellement logique que j’en tire une certaine sécurité. Peut-être qu’en réalité il y a déjà eu des incursions et la moitié du vaisseau est détruit en ce moment même, et il ne me reste que quelques secondes pour disposer de ma propre âme avant qu’elle ne soit avalée… mais c’est vraiment malsain de penser à ça. Alors je me concentre sur les profiteroles.

Quand Caius a commencé à agité de la vaisselle et que j’ai senti des odeurs de nourriture, j’ai sorti avec moult regards méfiants et gestes lents ma boîte de biscuit. C’était le moment décisif, celui qui allait me montrer si l’Interrogateur était un type décent ou un petit vicieux qui a ses vapeurs chaque fois qu’il fait chier un subalterne.

En fait, le gars est vraiment sympa. Avec tout le respect que j’ai pour les biscuits de Sephonus, que j’aurais savouré comme le plus exquis nectar si on m’avait enfermé dix jours dans une pièce vide, quand Caius m’a vu sortir ma gamelle militaire, mes serviettes piquées à la cafétéria et mes biscuits fait maison, il m’a proposé d’un ton jovial de me servir des commodités de la pièce à panique, en s’excusant de ne pas l’avoir précisé avant. Il a ajouté qu’il allait me servir des profiteroles parce que « c’est meilleur quand le chocolat est chaud ». J’ai failli me pisser dessus de soulagement. D’accord, c’est un de ceux-là.

Enfin du coup je me sentais beaucoup mieux et plus disposé à discuter une fois que j’étais sûr d’avoir accès aux toilettes et à un coin de canapé pour dormir. Il m’a proposé en premier de jouer à un espèce de jeu de plateau très compliqué que je ne connaissais pas, en marmonnant à propos de s’entraîner pour ma revanche comme monsieur Untel (son grand-oncle champion de sa planète sur ce jeu-là je sais pas quoi m’en fous). Comme tous les gens qui expliquent très mal les jeux, il a pas arrêté de dire des insanités du type « voyez ? Ce mouvement en tournoi s’appelle le Saint Passant, c’est très pratique pour les ouvertures de niveau intermédiaire... » alors que je n’avais même pas compris les mouvements de base des vingt pièces différentes sur le plateau. J’ai vraiment voulu faire plaisir, j’ai vraiment essayé, mais c’était trop dur d’apprendre sur le pouce un jeu compliqué que mon adversaire adore depuis plusieurs années.

Le billard c’est plus facile. Je connais mieux les jeux avec des parties rapides. En l’occurrence Caius joue avec des règles du billard de la périphérie, plus débraillées que celles « façon Terra » mais que j’aime beaucoup. Je perds toujours, mais cette fois de façon plus satisfaisante pour l’adversaire, et surtout volontaire de ma part. Je suis un excellent perdant, juste assez fort pour provoquer des rebondissements et du suspens, juste assez faible pour que l’autre ait toujours les meilleurs moments. Je dis « wow, j’y aurais jamais pensé » devant le moindre coup un tant soit peu inventif. Je hoche la tête au bon moment, avec cette expression faciale bizarre qui exprime le respect pour les capacités de l’interlocuteur. Il ne faut pas en faire trop, évidemment, et si Caius gagne trois fois de suite je m’efforce de mettre fin à la série de victoire pour garder les choses intéressantes, mais il est hors de question que je joue de mon mieux. C’est pour les abrutis ça. Moi je sais que je ne suis pas le personnage principal de l’histoire et il est hors de question de pousser Caius à vouloir me le rappeler. Ça ne sera pas conscient, il ne me voudrait même pas de mal, mais si je l’éclate au billard il va se dire « tiens c’est bizarre cet individu semble moins sympathique d’un seul coup » et ça serait le début des problèmes. Je sais comment ça marche un cerveau d’officier. On me la fait pas.

Enfin ce qui a vraiment brisé la glace, c’est le frigo. Je viens d’une planète féodale, et en dehors des écrous - fabriquées dans des usines-reliques d’un temps que personne connaît - on avait un niveau technologique assez bas. J’ai des souvenirs d’avoir salé du poisson, fumé de la viande, creusé une cave, et fait tout un tas de corvées longues et pénibles pour conserver de la nourriture, donc j’aime bien les frigo. J’ai gardé un émerveillement enfantin à en voir un, même si ça fait des années que j’ai pas vu un poisson entier. J’aime bien mettre les mains dedans pour constater que c’est bien froid. Et Caius m’a vu, et comme il vient d’une planète féodale aussi, il a pu reconnaître les symptômes d’une éducation de bouseux sauvages et on avait ça en commun. Des souvenirs de chevaux, de tir à l’arc, de vêtements faits à la main pendant des heures. Les siens ont un poil plus de dorure quand même. Il vient d’une famille importante, c’est pour ça qu’il a des profiteroles et un côté un peu… pipou, quant aux réalités de l’existence. Il a pas eu l’air de comprendre pourquoi j’avais apporté un seau, petit veinard. Être né dans une famille importante en étant Psyker a l’air d’accorder à la chose une approche dont je n’ai pas bénéficié, et je ne connais pas cet aspect de l’affaire. Je préfère pas en savoir plus, j’ai peur de me mettre à pleurer.

Mais je t’avais dit de te méfier de l’officier et de sa vision fantaisiste du monde, et j’ai eu raison, parce que j’ai été pris à revers par la question la plus lunaire que j’ai jamais entendue. J’ai froncé les sourcils, répétant à mi-voix :

« Par choix… ? »

Ah, ce cinglé croit que je choisis mes affectations ? Il est fou ou quoi ? Je savais même pas que j’étais dans l’Inquisition avant de voir des gros I sur les uniformes qui m’ont escorté sur le vaisseau. Je suis personne moi, on me demande pas mon avis sur des trucs. Pas un Psyker très puissant, et en plus spécialisé en guérison ? Qui ça intéresse de guérir des gens à l’arrière ? Même le plus fou furieux des officiers aurait admis du bout des lèvres que c’est pratique d’avoir des soldats neufs sans passer par les étapes qui durent neuf mois puis dix-huit ans, mais c’est pas le genre de position où on vient te demander avec respect comment employer au mieux tes capacités. En plus on a vendu mes papiers d’intégration - et ceux d’une dizaine d’autres Psykers semblables - à des nobles malfiens, dans une façon très détournée et très « collecte de fonds » pour « servir l’Empire ». Il n’y a aucune version de l’univers où quelqu’un est venu me demander si je préférais l’Inquisition ou autre chose. Non ; la question cache autre chose, elle est trop… bizarre. Et je sais c’est quoi : l’Interrogateur a forcément lu mon dossier avant de passer plusieurs jours enfermé avec moi. Je refuse de croire que c’est demandé innocemment. Mais je peux pas non plus être trop honnête, de peur de passer pour un filou. Je suis épuisé, ça fait des heures que je joue la comédie pour l’officier et j’ai envie de dormir, mais je peux pas aller me coucher avant lui. Il a sans fait la grasse matinée, mais dans le jeu des roulements de planning on ne m’a pas prévu de sieste quand on m’a fait rentrer six heures avant lui dans la timonerie pour des raisons d’organisation. Du coup je réponds, un peu hésitant :

« J’ai… pas choisi ? Mon employeur a été condamné pour des crimes graves, et c’est la section locale de l’Administratum qui s’est occupé de la saisie et de la vente aux enchères de ses biens. »

Dis-je d’un ton tiède en cachant difficilement mon embarras. Honnêtement, je ne sais pas si j’aurais pu m’en sortir en mentant. Je ne crois pas. Il a forcément lu mes papiers. J’ai évidemment pas quitté ma position super luxueuse parce que j’adore les I sur les uniformes. J’étais obligé. Mon plus gros « mécène » (on va utiliser ce mot si tu veux) gérait un trafic d’être humain massif. Je lui ai fait les mêmes prestations qu’aux esclaves légaux. Aucune différence avec les jeunes gens qu’il m’amenait d’habitude, mais on m’a embêté avec des interrogatoires et tout ça, et même si j’étais super innocent, que mille servo-crânes m’ont filmé en train de rien faire, bah après c’était embarrassant de me garder dans le coin. Et maintenant c’est en train de me retomber sur la figure et c’est pour ça que je panique.
Natus est cacare et abstergere coactus est.
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Stats :
Voie du sorcier de Nurgle (Profil avec empreintes occultes et mutations)
For 9 | End 14 | Hab 10 | Cha 6 | Int 15 | Ini 10 | Att 10 | Par 9 | Tir 9 | Foi 8 | Mag 18 | NA 3 | PV 140/140

Mutations/marques :
Nuages de mouches : -1 ATT/PAR/TIR/INI pour toutes les personnes à moins de 6m
Plaies suppurantes : 1d3 dégâts retranchés à chaque blessure
- Morsure Venimeuse : Poison hallucinogène
- Hideux (Effet : Peur)
- Organe du Chaos (-1 CHA/HAB, +1 END, +5 PV)
Pourriture de Neiglish : Porteur sain
Protection de Papy : 2d4 PdC à chaque critique en incantation
Grimoire :

- Lumière : À appliquer sur un objet ; Fait de la lumière pendant 1h
- Flammèche : Petite étincelle au doigt pendant une minute
- Météo : Connaît la météo prochaine
- Repos : Peu faire se détendre quelqu'un

- Infestation de Nurglings : 24m / 1d4 tours / Projectile magique. Une fois qu'une personne est touchée, elle subit 10+2d10 dégâts magiques par tour / Dès la fin du sortilège ou la mort de l'ensorcelé, des bubons explosent, libérant 2d3 amas de chair, qui sont autant de nurglings
- Fontaine putride : 6m / Instantané / 30+2d10 dégât devant lui + gain de 7 armure temporaire magique / +5 dégât par point de MA
- Gerbe corruptrice : 12m / 10+1d10 dégât dans une zone de 6m, esquivable ; métal rongé après 1d4 tours / -1 esquive par MA

- La multitude fait le tout : Se change en nuée de mouches
- Prodigieuse santé : Contact / Devient ultra bogosse et ultra chad
- Grande invocation de petits amis : Invoque des insectes pour servir d'ingrédients
- Immonde messager : Peut envoyer des messages twitter (Caractères limités)
- Allégresse fétide : Supprime toute douleur mentale ou physique
- Divine urgence : Force la cible à faire un jet d'END. Diarrhée en cas d'échec.
- Paludisme dévorant
- Vent de Nurgle
- Torrent de corruption

- Invocation : Nurglings
- Invocation : Bête de Nurgle
- Invocation : Porte Peste
- Octogramme de conjuration
Compétences :
- Résistance accrue : +1 END aux jets testant la résilience physique (Fatigue, drogue, alcool, torture...)
- Vol à la tire : +1 pour escamoter quelque chose
- Baratin : +1 pour endormir la vigilance de quelqu'un
- Déplacement silencieux : +1 pour fureter quelque part
- Déguisement : +1 pour s'infiltrer en étant déguisé
- Alphabétisation
- Autorité
- Humour
- Empathie
- Coriace

- Sens de la magie : Sur un test, détecte les événements magiques
- Incantation (Domaine de Nurgle)
- Maîtrise de l'Aethyr (Nurgle) : 3
- Contrôle de la magie
- Divination (Oniromancie) : Sur un test au cours de son sommeil, peut découvrir la destinée de certains personnages
- Langue hermétique (Langue Noire) : Parle la langue immonde du Chaos
- Confection de maladies : Peut fabriquer des maladies communes et rares
- Connaissance des démons
Équipement de combat :
- Bâton démoniaque : 2 mains ; 10+1d8 dégâts ; 8 parade ; Assommante & Utilisable seulement par les classes magiques. +1 PAR
- Pistolet à répétition : 46+1d8 dégâts, malus -2 TIR/8 mètres, peut tirer cinq fois à la suite avec un malus de -1 TIR par chaque nouveau canon qui fait feu
- Agaga (Épée à une main) : 18+1d10 dégâts ; 13 parade ; Rapide, Précise, Perforante (2) ; +1 INI
- Cocktail Molotov (x4) : Dans un rayon de 1m, toute personne qui est touchée par la bouteille prend trois états de « Enflammé ». Dans un rayon de 2m, c'est 2 états seulement. Dans un rayon de 3m, un seul état.

- 15 balles et poudres

- Tenue de cultiste de Nurgle : 5 protection ; Tout le corps sauf tête

- Anneau d'Ulgu : Lorsque porté, vous pouvez faire croire à ceux qui vous entourent que vous êtes un humain lambda (sans mutation aucune ni trait particulier) pendant 1 heure. Vous ne pouvez utiliser cette capacité qu’une fois par jour. Vous ne pouvez pas prendre l’apparence d’une personne en particulier.

- Miroir de la Demoiselle d'Acques
- Cor de la harde des Museaux Annelés
Équipement divers :

- Marque de Nurgle
- Caresse de la vipère (poison) : Un sujet blessé par une arme enduite de ce venin doit réussir un jet d'END-4 sous peine de mourir dans END minutes. Chaque minute avant sa mort, le sujet subit 5 points de dégâts non sauvegardables, et un malus cumulable de 2 à ses caractéristiques.


- Couverts en bois
- Sac à dos
- Couronnes dentaires en bois
- Tatouages
- Porte-bonheur

- Sap-biscuit

- Costume de répurgateur + Fleuret (Déguisement)
Divers divers :

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Diederick von Bildhofen
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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par Diederick von Bildhofen »

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Pendant un moment j'ai cru que ça allait être les derniers moments de mon existence sur ce plan, et que ce rêve allait s'achever par une violente conclusion, où j'aurais à mourir bravement galet à la main contre coutelas et baïonnettes. Je sentais la soif du combat monter en moi... Puis déflater lorsque l'attention des autres croyants fut détournée vers leur étrange cérémonie. C'était pas très correct tout ce sang versé sans la présence d'un arbre sacré. Ça me perturbait. Je préférais m'en éloigner et retrouver les eaux chaudes et sombres de mon rêve. L'eau me recouvrait à nouveau et je sentais que je perdais à nouveau mes sens, les notions de haut et bas perdant de leur sens, comme dans un transport aérien en pleine perte de contrôle. Il y avait dans le lointain comme un étrange bruit, celui d'un engin explosif entamant comme un décompte.... C'est ce moment là que mon corps choisit pour quitter le plan astral et regagner... L'endroit où j'étais. Le bruit que j'ouillais était celui d'une machine. J'essayais de prendre conscience de mes environs mais c'était pas facile quand on avait l'impression d'avoir été broyé par un grox, et l'esprit aussi éclairé qu'après une soirée régimentaire beaucoup trop arrosée d'alcools pas réglo du tout. Lorsqu'enfin mes paupières réussirent à s’ouvrir, ce fut avec une lumière éblouissante qu’elle furent récompensées, comme si mille obus de phosphate venaient à exploser sous mes yeux par une nuit ténébreuse.
Il me fallut un bon moment à battre des paupières pour chasser le désagrément lumineux et que j'y voit enfin quelque chose. Et là j'ai remarqué par mal de chose préoccupantes. Déjà, j'étais bardé de bidules médicaux. Pas bon ça. Pour un peu on pourrait me confondre avec un des hommes de l'écrou. Puis j'avais aussi de vilains bandages sur tout le long du ventre. Les pires blessures. Celles où l'empereur jetait en l'air un dé pour voir si vous alliez y passer dans la douleur ou bien simple blessure bénigne. Mais bien plus intéressant était le fait qu'en face de moi il y ait une très belle dame en habits de doc.

Pas de bidules mécaniques terrifiants, un corps normal, et qui savait ce qu’elle faisait. Rien que ça vous calmait la plupart des blessés. Et l’habitude à rassurer les blessés qui se sentait dans sa voix acheva l’anxiété morbide qui subsistait mon esprit.
Puis le fait qu’il y ait de nombreuses aquilas sur les murs, dessinées par la main d’enfants, contribuait à me rassurer. Et même à me faire sourire légèrement, quelques secondes.

Puis un grand bonhomme réapparut au côté de l’infirmière. Le patron de l’hospice. Un docteur du nom de Disasi. Visiblement il trouvait que je m’en sortais bien. Mais à quel point pouvait on se fier à un doc qui ressemblait à… ça ? Il avait pas la trouille qu’on imaginait pour un médecin. Mais d’un autre côté il était à bord d’un bâtiment libre marchand. Ces gens là étaient pas les plus grands observateurs du credo impérial.

Merci doc…. Puis cherchant du regard mon armure, mes armes, ainsi que mes effets, je remarquais qu’il y avait un gros problème. Où sont mes trophées ? Fis-je d’une voix hésitante.

C’est que c’était sacré tout ça. J’en avais besoin. C’était l’âme de mes ennemis sous ma garde que j’avais là. Comment serais-je protégé des sortilèges et créatures de Ceux de la Glace si je ne pouvais leur offrir l’âme de mes ennemis en lieu et place de la mienne lorsque ceux ci feraient usage de leur sorcellerie interdite ? Comment survivrais-je aux pires blessures que les ennemis des Anciens Dieux de la forêt me couvriraient si les totems et trophées n’étaient pas là pour atténuer la sévérité de mes blessures ? Ou même être en sécurité lorsque le navire s’enfoncerait dans les méandres infernaux de l’espace étherique ?
Et en parlant d’enfer…

J’aurais besoin d’un chaman pour parler d’un rêve, fis-je d’une voix faible.

Par l’empereur, qu’est ce que j’avais besoin de boire ! Mais ceci n’était pas important. Ce qui comptait était que je puisse parler de ce rêve étrange pour savoir ce qu’un professionnel pourrait m’en dire. Qui était sainte Hayne ? Quelle était cette étrange lettre gravée sur la chaire ? Et est ce que tout ceci était correct au vu des dogmes du dieu-empereur ?



Aussi hétérodoxe le doc pouvait il être, Wullis devait bien admettre qu’il avait fait un très bon travail. Comme quoi l’apparence ne faisait pas tout.

Puis la bouffe était bonne. Il n’y avait pas de viande de rat dans les conserves de viande de grox, contrairement au dernier déploiement.

Durant mon séjour dans la clinique j’ai pu faire davantage connaissance de la demoiselle Léona, et le manœuvre Julyien, un des camarades de chambrée, à ceci près que lui était resté bien plus longtemps que les autres. Distraction du jour  proposée par le camarade Julyien : une partie de Rois Suicidés.
À la mention du jeu interdit, je jetais un œil aux environs, vérifiant qu’il n’y avait aucun officier à la ronde. Faut dire que la dernière fois où je m’étais fait avoir, ça avait été un sale quart-d’heure.

Regardant l’infirmière, je décidais de poser la question à mille trônes : il en vient souvent, des officiers dans le coin ?

Parce qu’avec ma chance, ce serait vraiment pas de bol de me faire chopper la main dans le sac par un galonné. Ce serait douloureux, mais aussi embarrassant. J’étais encore en train de me faire vider le bide à la sonde. Puis se faire avoir dans un lieu où il y avait plein d’aquilas sur les murs, avec en musique de fond quelque chant hors-monde apaisant diffusé par les vox…. Franchement, j’avais pas envie de…. Puis de toute façon je mettrais pas en jeu plus de… hum… 15 trônes. Parce que voilà. Ce sera ma limite.
Le savoir c'est le pouvoir. Et savoir quand le garder, le cacher, le partager, cela est la véritable épreuve de ceux le détenant.

Diederick Maria Reichenbach Bruno "Ruichen" von Bildhofen, Voie de l'étude de la connaissance
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« Alors que tu défiais le couvre-feu, tu découvres une vertu trop zélée. »

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Re: [Dark Heresy] Le tranchant des ténèbres

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Qu’il était étrange de parler avec Caius Sixtan Luvarn, Ordo Xénos, comme si c’était un bon ami. Peut-être que c’était le petit cocktail gin-agrume de tantôt ramené par le room service qui l’invitait à délier sa langue, mais voilà que le psyker Enkidu était en train de tranquillement se mettre à devenir copain comme cochon avec lui. L’interrogateur continuait de taper dans des boules avec sa quille, profitant d’une confortable avance d’autant plus qu’on le laissait discrètement gagner.
Sitôt la réponse du sorcier prononcée, Luvarn reprit :

« Contraint, donc.
Il n’y a pas de honte à avoir. L’Inquisition recrute ses acolytes tant sur motivation, que par appât du gain, que parce que ses agents n’ont pas le choix. Quelques-uns des plus grands Inquisiteurs de l’histoire de l’organisation étaient des gens qui au départ ne voulaient rien avoir à faire avec nous.
Vous avez été amené ici parce que, d’une manière ou d’une autre, vous aviez un talent que nous pouvons affiner… Et exploiter. »


Ou parce qu’il était de la chair à canon facilement utilisable. Enkidu n’était absolument pas dupe. L’interrogateur était en train de le brosser dans le sens du poil, mais ça le rendait bizarrement d’autant plus flippant. Skane ne sentait pas le besoin de s’amuser à gratter ses Acolytes, pourquoi lui s’amusait à le faire ?
Il tapa dans une autre boule, et rata complètement le filet. Il allait falloir donner tout ce qu’il avait pour continuer à perdre…

« Moi même fut un temps où j’étais un simple acolyte. Je vais vous étonner, mais je n’ai jamais été sur Sainte-Terra — j’ai été trié avec d’autres jeunes psyniscients sur le Vaisseau Noir pour être entraîné dans une école domaniale du secteur Scarus voisin. Parfois ça arrive à quelques psykers prometteurs, pour les entraîner plus vite, par exemple quand les chapitres de Space Marines ont besoin de Libraires — des psykers qui sont transformés en Anges de l’Empereur — ou bien, dans mon cas, parce que j’ai eu la malchance d’être repéré.
Mes parents ont été tués par les Peaux-Vertes sur Kulth. Ils étaient des membres d’une grande famille patricienne. Il a été jugé que la haine naturelle que je vouais alors envers ces créatures ferait de moi quelqu’un d’apte. Ça ou alors c’était parce que j’étais le seul à ne pas hurler dans ma cage, enfermé par les Sœurs du Silence… »


Il eut un sourire figé.
Là, pour le coup, il était sincère. Mais il changea vite de sujet.

« J’étais donc déjà acolyte à 14 ans. Et je suis devenu interrogateur à 29. J’en ai aujourd’hui bientôt 37. »

Il regarda un peu dans le vide. Puis il observa Enkidu droit dans les yeux.

« Astrid Skane est déjà une Inquisitrice pleine et entière. Pourtant elle n’est devenue acolyte qu’à 28 ans, interrogatrice à 30, et elle en a aujourd’hui 34. Une rapidité de promotions absolument époustouflante et sans pareil dans le Conclave. »

Son ton pouvait faire penser qu’il était admiratif.
En fait, il était en train de bouillir de jalousie. Voire, il sous-entendait quelque chose de terrible…

Il posa la quille, laissa sa main sur le billard, et se mit à parler d’un petit ton maintenant clairement inquisiteur

« Je sais que vous n’êtes pas familier, mais je me demande, docteur
Que pensez-vous de maîtresse Skane ? Pensez-vous qu’elle soit… Adaptée, à sa charge ? »


Ce n’était pas du tout le genre de questions où Enkidu devait répondre. Botter en touche était la chose logique et intelligente à faire.
À quel foutu jeu était en train de jouer Luvarn ?
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