[Déchirure][Vladek] Les chemins de la noirceur
Posté : 02 févr. 2016, 20:25
C’était l’automne et il pleuvait abondamment sur les contreforts des monts Anulii, et encore plus dans la région où serait un siècle et demi plus tard construite la forteresse connue sous le nom de « Porte du Griffon », qui séparait le Sud de la province extérieure de Naggarythe du Nord la province intérieure d’Ellyrion.
Environ une semaine plus tôt, une petite armée d’elfes fidèles à Caledor Ier dirigée par le prince Alégas d’Ellyrion avait quitté les lieux pour s’en retourner à leur cité, Tor Elyr, où de graves troubles avaient éclatés, fomentés par les adeptes des cultes interdits et les partisans du Prince Malékith, et où toutes les forces étaient nécessaires pour maintenir l’ordre. Nul ne pouvait dire, en l’état actuel des choses, si la capitale provinciale et avec elle toute la province, n’allaient pas basculer prochainement dans le camp du fils d’AEnarion.
Ayant levé le camp en hâte, dès l’arrivée du message porté par un célèbre patrouilleur sur un rapide coursier, les soldats n’avaient pas eu le temps d’emporter avec eux Vladek, le magicien grièvement blessé, qui était toujours trop lourdement affecté pour marcher et suivre la cadence, et trop encombrant pour qu’on l’emmène. D’autant que l’armée allait à marche forcée.
La jeune magicienne inexpérimentée qui avait évalué la dangerosité de Vladek l’avait jugé très probablement coupable de pratiquer la magie noire, mais elle n’en était pas entièrement certaine. Il restait une possibilité, très minime, qu’il ne fût que la victime innocente de sortilèges maléfiques ou de l’effet d’un fiasco. Cette hypothèse, ainsi que le respect et l’estime que l’on portait à sa famille bien connue, puisqu’originaire d’Ellyrion elle aussi, avaient joué en sa faveur. Le prince Alégas avait beau être un grand guerrier, un commandant aguerri et un noble de renom, il avait un sens moral très strict, et, s’il n’aurait pas hésité une seule seconde à condamner à mort un « traître », comme il appelait les partisans de Malékith, il lui répugnait de prononcer une sentence aussi définitive sur quelqu’un dont la culpabilité n’était pas prouvée. S’il avait pu l’amener devant un conclave de sorciers expérimentés, comme il comptait le faire à l’origine, le sort de Vladek aurait été scellé, car il aurait été vite convaincu de magie noire.
Mais le noble n’avait plus ce temps. En d’autres circonstances, il aurait très certainement pris ses responsabilités et condamné à mort quand même, en assumant le risque faible d’erreur. Heureusement pour lui, la faiblesse extrême du tatoué avait plaidé pour une autre solution, qui aurait pu être encore plus cruelle, bien qu’exonérant Alégas de toute décision. Il avait en effet décidé de ne rien faire, de laisser sur place le blessé et ses affaires. Ce qu’il pouvait lui arriver, il s’en lavait les mains.
Dans cet endroit peu sûr, être laissé incapable de bouger équivalait à une mort certaine à plus ou moins long terme, surtout en ces temps troublés. Au mieux, il pouvait espérer qu’une bête, un monstre ou un bandit de passage ne l’achève rapidement. Au pire, il mourrait de faim ou de soif, incapable de subvenir lui-même à ses besoins dans la situation présente.
Pourtant, le destin en décida autrement.
Et ce jour là, le destin prit la forme d’un jeune elfe androgyne. Tout en lui était très pâle. Depuis ses longs cheveux plus blancs que blonds à ses yeux d’un bleu limpide, en passant par sa peau de nacre immaculée. Il était frêle avec des membres délicats, et des mains d’artiste et non de guerrier, et les traits raffinés de son beau visage avaient un caractère très féminin. Même ses vêtements et son choix de parures entretenaient la confusion. En effet, il portait un peu à la manière d’une toge une robe bleu-violette en satin, décorée de motifs complexes, et bordurée de deux lignes cousues au fil d’or, et ses cheveux désordonnés étaient disciplinés par une sorte de mince foulard de soie mauve pâle, noué en bandeau. Les bijoux qui l’ornaient semblaient avoir été savamment choisis pour le mettre en valeur. Ainsi, il portait sur et dans son bandeau de soie un collier de perles et d’or, tandis qu’une autre décoration de perles, d’or et de saphir lui ceignait le front et mettait en valeur ses yeux, bien qu’elle fut aux trois quarts dissimulée par sa chevelure rebelle. C’était peu visible, mais en dessous du second saphir du pendentif frontal se trouvait un fin tatouage à l’encre noire, représentant une rune complexe dans un cercle contenant une étoile à huit branches stylisée. Grâce à ses connaissances approfondies en langues occultes, notamment démoniques et de l’arcane noire, ainsi que sa parfaite maîtrise de l’eltharin classique, un elfe tel que Vladek aurait pu identifier là un travail extrêmement précis et fin, dans sa réalisation comme dans sa conception, mêlant des références à Hekarti, Khaine et Slaanesh, et ce en plusieurs langues combinées extrêmement rares. Un second tatouage, au dos de sa délicate main gauche, représentait un pentagramme, un symbole très répandu, mais également très puissant en magie.
Le reste de son habillement était semblable : de nombreux colliers d’or et de perles, incrustés d’améthystes et de lapis-lazuli ornaient son cou et sa frêle poitrine, recouverte par une tunique violette en soie finement brodée d’or. Trois larges bracelets, simples cercles d’or pur, entouraient son mince bras gauche. Habituellement, il ne se déplaçait jamais sans son instrument favori, une flute dont il jouait à merveille, et qui lui avait valu son surnom et lui servait de couverture.
Aux yeux d’un nain, cet individu aurait été la preuve vivante que les elfes étaient tous des êtres efféminés qu’il était difficile, voire impossible pour un non initié de déterminer leur sexe.
Cet elfe s’appelait Gildéon « le Barde », et était très jeune, bien plus encore que ne l’était déjà Vladek. Tout au plus devait-il approcher les quarante ans, ce qui correspondait à peu près en termes de maturité à un humain de dix-sept ou dix-huit ans. Pourtant, ce voyageur solitaire semblait très bien savoir ce qu’il faisait, et il le valait mieux en ces temps troublés. Lorsqu’il avait découvert le corps de Vladek, qui avait de nouveau sombré dans l’inconscience, et ses affaires qui traînaient non loin, il avait tout de suite compris à qui il avait affaire et ce que cette rencontre pouvait signifier pour lui.
Jour et nuit, pendant les cinq jours qui avaient suivi le départ des troupes d’Alégas d’Ellyrion, il avait pris soin du blessé inconscient, soignant ses blessures avec la plus grande attention. Il l’avait nourri, abreuvé, maintenu consciencieusement en vie dans l’espoir qu’un jour, le mage entièrement tatoué se réveille. Et ses efforts furent finalement récompensés. Au sixième jour, Vladek rouvrit enfin les yeux, totalement rétabli physiquement.
Il fut réveillé par une douce mélodie à la flute, une œuvre improvisée, mais digne d’un artiste de grand talent. Puis, il put constater qu’il se trouvait sous une grande tente dont le rideau qui servait de porte était ouvert. Il laissait voir un feu de camp, au pied des Monts Anulii, et permettait d’observer l’étrange personnage qui lui faisait face, assis en tailleur de l’autre côté des flammes, sur lesquelles une marmite était posée et laissait échapper un appétissant fumet de lapin aux herbes.
Assurément, Vladek le sentait, cet homme était mage, ou du moins avait-il un potentiel magique. Gildéon lui avait laissé ses grimoires et tout son équipement à sa disposition, dans la tente, et, dès qu’il s’aperçut du réveil de son ex-patient, le musicien cessa de jouer, reposant délicatement sa flute dans une poche à sa ceinture, et l’acceuillit en ouvrant lentement ses frêles bras et en prononçant les mots suivants, d’une voix charmeuse qui aurait pu être celle d’un elfe vraiment très efféminée, ou d’une elfe vraiment très masculine.
-Enfin tu te réveilles. Je le savais : tu avais bien trop de potentiel en toi pour mourir. Sois le bienvenu. L’on me nomme Gildéon « le Barde », bien que mon nom ne t’apprenne rien sur moi, et que la musique ne soit nullement mon métier, mais tout au plus un passe-temps.
Il te sera plus intéressant, je crois, d’appendre que je suis ce que les ignorants que nous ne sommes pas craignent et jalousent à la fois pour notre pouvoir qu’ils n’auront jamais. Malheureusement, bien que l’on m’ait révélé mes dons et certaines de leurs utilisations les plus basiques, j’ai était interrompu dans cette découverte. Et je sais, je ressens en moi ce potentiel encore inexploité, mais tellement prodigieux, tellement attrayant.
Seul le fou ou le faible ignorerait une telle source d’énergie brute. Mais nous qui la voyons, qui la ressentons, nous ne l’ignorons pas. J’ai besoin d’un guide sur cette voie, quelqu’un qui saurait m’apprendre à contrôler, à maîtriser et à utiliser à ma guise cette puissance.
J’ai été mené vers toi, en suivant un fanal d’énergie noire. Un fanal comme je n’en avais ressenti avant. Une puissance brute pareille à nulle autre, bien plus importante que celle dont aurait jamais pu rêver mes anciens maîtres. Mais il y avait ces soldats, si nombreux, si ignorants, grouillant comme des fourmis, totalement inconscientes de la futilité de leur existence. Et cette lumière blanche près de toi, tellement pitoyable, tellement misérable, tellement faible qu’on aurait dit la pathétique lueur d’une unique bougie dans un océan de ténèbres. Toutefois, tu étais à leur merci, et j’ai eu peur qu’un de ces imbéciles ne se doute ne serait-ce que de l’existence d’une infime parcelle de ce que tu représentes et ne te tues, ou pire encore, que ces insectes ne le fasse par précaution sans même avoir conscience de ce que tu es et pourrait être.
Mais Hekarti, notre déesse tutélaire, avait l’œil, et elle t’a protégé. Les fourmis et la pitoyable créature qui ose réclamer le titre de sorcière sont parties en te laissant et enfin j’ai pu te voir en chair et en os. Tu étais vivant ! Tes tatouages et tes grimoires m’ont confirmé tout de suite qu’il n’y avait pas d’erreur possible, c’était bien toi la source de ce fanal de noirceur. J’ai donc pris soin de toi, et aujourd’hui, je me présente devant vous en espérant que vous m’accorderez de suivre vos pas et vos enseignements, ainsi que l’insigne honneur de vous appeler « maître ».
L'elfe avait peut-être préparé de longue date sa tirade, ou peut-être l'avait-il improvisée, mais toujours est-il qu'il l'avait récitée d'un trait de son étrange voix, sans laisser le temps à Vladek de l'interrompre. Maintenant, passif, il semblait attendre la réponse de son collègue.
Environ une semaine plus tôt, une petite armée d’elfes fidèles à Caledor Ier dirigée par le prince Alégas d’Ellyrion avait quitté les lieux pour s’en retourner à leur cité, Tor Elyr, où de graves troubles avaient éclatés, fomentés par les adeptes des cultes interdits et les partisans du Prince Malékith, et où toutes les forces étaient nécessaires pour maintenir l’ordre. Nul ne pouvait dire, en l’état actuel des choses, si la capitale provinciale et avec elle toute la province, n’allaient pas basculer prochainement dans le camp du fils d’AEnarion.
Ayant levé le camp en hâte, dès l’arrivée du message porté par un célèbre patrouilleur sur un rapide coursier, les soldats n’avaient pas eu le temps d’emporter avec eux Vladek, le magicien grièvement blessé, qui était toujours trop lourdement affecté pour marcher et suivre la cadence, et trop encombrant pour qu’on l’emmène. D’autant que l’armée allait à marche forcée.
La jeune magicienne inexpérimentée qui avait évalué la dangerosité de Vladek l’avait jugé très probablement coupable de pratiquer la magie noire, mais elle n’en était pas entièrement certaine. Il restait une possibilité, très minime, qu’il ne fût que la victime innocente de sortilèges maléfiques ou de l’effet d’un fiasco. Cette hypothèse, ainsi que le respect et l’estime que l’on portait à sa famille bien connue, puisqu’originaire d’Ellyrion elle aussi, avaient joué en sa faveur. Le prince Alégas avait beau être un grand guerrier, un commandant aguerri et un noble de renom, il avait un sens moral très strict, et, s’il n’aurait pas hésité une seule seconde à condamner à mort un « traître », comme il appelait les partisans de Malékith, il lui répugnait de prononcer une sentence aussi définitive sur quelqu’un dont la culpabilité n’était pas prouvée. S’il avait pu l’amener devant un conclave de sorciers expérimentés, comme il comptait le faire à l’origine, le sort de Vladek aurait été scellé, car il aurait été vite convaincu de magie noire.
Mais le noble n’avait plus ce temps. En d’autres circonstances, il aurait très certainement pris ses responsabilités et condamné à mort quand même, en assumant le risque faible d’erreur. Heureusement pour lui, la faiblesse extrême du tatoué avait plaidé pour une autre solution, qui aurait pu être encore plus cruelle, bien qu’exonérant Alégas de toute décision. Il avait en effet décidé de ne rien faire, de laisser sur place le blessé et ses affaires. Ce qu’il pouvait lui arriver, il s’en lavait les mains.
Dans cet endroit peu sûr, être laissé incapable de bouger équivalait à une mort certaine à plus ou moins long terme, surtout en ces temps troublés. Au mieux, il pouvait espérer qu’une bête, un monstre ou un bandit de passage ne l’achève rapidement. Au pire, il mourrait de faim ou de soif, incapable de subvenir lui-même à ses besoins dans la situation présente.
Pourtant, le destin en décida autrement.
Et ce jour là, le destin prit la forme d’un jeune elfe androgyne. Tout en lui était très pâle. Depuis ses longs cheveux plus blancs que blonds à ses yeux d’un bleu limpide, en passant par sa peau de nacre immaculée. Il était frêle avec des membres délicats, et des mains d’artiste et non de guerrier, et les traits raffinés de son beau visage avaient un caractère très féminin. Même ses vêtements et son choix de parures entretenaient la confusion. En effet, il portait un peu à la manière d’une toge une robe bleu-violette en satin, décorée de motifs complexes, et bordurée de deux lignes cousues au fil d’or, et ses cheveux désordonnés étaient disciplinés par une sorte de mince foulard de soie mauve pâle, noué en bandeau. Les bijoux qui l’ornaient semblaient avoir été savamment choisis pour le mettre en valeur. Ainsi, il portait sur et dans son bandeau de soie un collier de perles et d’or, tandis qu’une autre décoration de perles, d’or et de saphir lui ceignait le front et mettait en valeur ses yeux, bien qu’elle fut aux trois quarts dissimulée par sa chevelure rebelle. C’était peu visible, mais en dessous du second saphir du pendentif frontal se trouvait un fin tatouage à l’encre noire, représentant une rune complexe dans un cercle contenant une étoile à huit branches stylisée. Grâce à ses connaissances approfondies en langues occultes, notamment démoniques et de l’arcane noire, ainsi que sa parfaite maîtrise de l’eltharin classique, un elfe tel que Vladek aurait pu identifier là un travail extrêmement précis et fin, dans sa réalisation comme dans sa conception, mêlant des références à Hekarti, Khaine et Slaanesh, et ce en plusieurs langues combinées extrêmement rares. Un second tatouage, au dos de sa délicate main gauche, représentait un pentagramme, un symbole très répandu, mais également très puissant en magie.
Le reste de son habillement était semblable : de nombreux colliers d’or et de perles, incrustés d’améthystes et de lapis-lazuli ornaient son cou et sa frêle poitrine, recouverte par une tunique violette en soie finement brodée d’or. Trois larges bracelets, simples cercles d’or pur, entouraient son mince bras gauche. Habituellement, il ne se déplaçait jamais sans son instrument favori, une flute dont il jouait à merveille, et qui lui avait valu son surnom et lui servait de couverture.
Aux yeux d’un nain, cet individu aurait été la preuve vivante que les elfes étaient tous des êtres efféminés qu’il était difficile, voire impossible pour un non initié de déterminer leur sexe.
Jour et nuit, pendant les cinq jours qui avaient suivi le départ des troupes d’Alégas d’Ellyrion, il avait pris soin du blessé inconscient, soignant ses blessures avec la plus grande attention. Il l’avait nourri, abreuvé, maintenu consciencieusement en vie dans l’espoir qu’un jour, le mage entièrement tatoué se réveille. Et ses efforts furent finalement récompensés. Au sixième jour, Vladek rouvrit enfin les yeux, totalement rétabli physiquement.
Il fut réveillé par une douce mélodie à la flute, une œuvre improvisée, mais digne d’un artiste de grand talent. Puis, il put constater qu’il se trouvait sous une grande tente dont le rideau qui servait de porte était ouvert. Il laissait voir un feu de camp, au pied des Monts Anulii, et permettait d’observer l’étrange personnage qui lui faisait face, assis en tailleur de l’autre côté des flammes, sur lesquelles une marmite était posée et laissait échapper un appétissant fumet de lapin aux herbes.
Assurément, Vladek le sentait, cet homme était mage, ou du moins avait-il un potentiel magique. Gildéon lui avait laissé ses grimoires et tout son équipement à sa disposition, dans la tente, et, dès qu’il s’aperçut du réveil de son ex-patient, le musicien cessa de jouer, reposant délicatement sa flute dans une poche à sa ceinture, et l’acceuillit en ouvrant lentement ses frêles bras et en prononçant les mots suivants, d’une voix charmeuse qui aurait pu être celle d’un elfe vraiment très efféminée, ou d’une elfe vraiment très masculine.
-Enfin tu te réveilles. Je le savais : tu avais bien trop de potentiel en toi pour mourir. Sois le bienvenu. L’on me nomme Gildéon « le Barde », bien que mon nom ne t’apprenne rien sur moi, et que la musique ne soit nullement mon métier, mais tout au plus un passe-temps.
Il te sera plus intéressant, je crois, d’appendre que je suis ce que les ignorants que nous ne sommes pas craignent et jalousent à la fois pour notre pouvoir qu’ils n’auront jamais. Malheureusement, bien que l’on m’ait révélé mes dons et certaines de leurs utilisations les plus basiques, j’ai était interrompu dans cette découverte. Et je sais, je ressens en moi ce potentiel encore inexploité, mais tellement prodigieux, tellement attrayant.
Seul le fou ou le faible ignorerait une telle source d’énergie brute. Mais nous qui la voyons, qui la ressentons, nous ne l’ignorons pas. J’ai besoin d’un guide sur cette voie, quelqu’un qui saurait m’apprendre à contrôler, à maîtriser et à utiliser à ma guise cette puissance.
J’ai été mené vers toi, en suivant un fanal d’énergie noire. Un fanal comme je n’en avais ressenti avant. Une puissance brute pareille à nulle autre, bien plus importante que celle dont aurait jamais pu rêver mes anciens maîtres. Mais il y avait ces soldats, si nombreux, si ignorants, grouillant comme des fourmis, totalement inconscientes de la futilité de leur existence. Et cette lumière blanche près de toi, tellement pitoyable, tellement misérable, tellement faible qu’on aurait dit la pathétique lueur d’une unique bougie dans un océan de ténèbres. Toutefois, tu étais à leur merci, et j’ai eu peur qu’un de ces imbéciles ne se doute ne serait-ce que de l’existence d’une infime parcelle de ce que tu représentes et ne te tues, ou pire encore, que ces insectes ne le fasse par précaution sans même avoir conscience de ce que tu es et pourrait être.
Mais Hekarti, notre déesse tutélaire, avait l’œil, et elle t’a protégé. Les fourmis et la pitoyable créature qui ose réclamer le titre de sorcière sont parties en te laissant et enfin j’ai pu te voir en chair et en os. Tu étais vivant ! Tes tatouages et tes grimoires m’ont confirmé tout de suite qu’il n’y avait pas d’erreur possible, c’était bien toi la source de ce fanal de noirceur. J’ai donc pris soin de toi, et aujourd’hui, je me présente devant vous en espérant que vous m’accorderez de suivre vos pas et vos enseignements, ainsi que l’insigne honneur de vous appeler « maître ».
L'elfe avait peut-être préparé de longue date sa tirade, ou peut-être l'avait-il improvisée, mais toujours est-il qu'il l'avait récitée d'un trait de son étrange voix, sans laisser le temps à Vladek de l'interrompre. Maintenant, passif, il semblait attendre la réponse de son collègue.
