[Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

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Depuis la Déchirure jusqu'à la création de l'Empire et de la Bretonnie, revivez ces âges passés de légendes.

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Le Westermark était vraiment un beau pays. Baerenthal et la vallée de la Vaswasser n’étaient qu’un avant-goût, une grande ville entourée de plateaux montagnards, où soufflait un air pur et frais ; ça ne ressemblait pas du tout aux paysages marécageux de la vallée du Reik, ou aux forêts ténébreuses de la Reikwald — il n’y avait bien que le Vorbergland autour d’Ubersreik, avec ses immenses champs de blés et ses vignes sur des coteaux, pour rivaliser en beauté avec ce qui se faisait de l’autre côté des Montagnes Grises. Depuis des jours maintenant, alors que le cirque Bonchardon descendait vers le nord-ouest, tout ce qui s’offrait aux yeux des Halfelins, c’était du vert, du vert et du vert — et un peu de gris, aussi, quand on regardait un peu trop haut vers les falaises.
Des prairies à l’herbe grasse, de grands arbres qui commençaient à peine à bourgeonner, et des hameaux de bergers, crachotant vers le firmament la fumée des feux qui les réchauffaient. La vie ici avait l’air belle, et bonne. Beaucoup de terre, peu de gens. Si le Reikland que connaissait bien le cirque était fertile et productif, c’était surtout parce que l’Homme avait apposé sa patte de force sur le paysage : les forêts avaient été clairsemées puis replantées pour faire des rangs d’arbres bien délimités en rangées parfaites, les champs avaient été labourés et divisés pour faire des parcelles qu’on pouvait répartir entre des propriétaires, les rivières avaient été endiguées pour maîtriser leur débit, et détournées pour former des canaux navigables.

Mais le Westermark, ça ressemblait à un conte de fée. On aurait dit, en fait, le pays fantasmé de Rhya, pas même celui de Taal qui pourtant portait la culotte dans le couple, en bon patriarche ; Nulle faune sauvage et dangereuse, pas d’arbres inquiétants, pas de hurlements de loups dans la nuit qui glaçaient le sang — les animaux qu’on arrêtait pas de croiser, c’était des moutons tout blancs, et les patous qui les pourchassaient pour mordiller ceux qui s’éloignaient trop du troupeau, rappelant que même ici, il y avait tout de même du danger aux frontières…




Deux jours seulement étaient passés, depuis que le cirque avait définitivement plié bagage hors de Baerenthal, la plus grande ville du Westermark bâtie aux pieds des Montagnes Grises — ou plutôt rebâtie, car les monuments Elfes en ruine affirmaient qu’un peuple plus ancien que l’Homme avait vécu dans cette région. À Baerenthal, le cirque Bonchardon avait bien rempli ses coffres ; les numéros avaient duré des semaines, les spectateurs avaient été nombreux, y compris des artisans et des marchands bien lotis qui avaient passé toute une saison à s’ennuyer ferme, tout entourés qu’ils étaient de neige — les Halfelins avaient été les premiers parmi les saltimbanques voyageurs à parvenir jusqu’à chez eux pour cette année, et comme toujours, les premiers ont la part du lion. Maintenant, les Halfelins voyageaient avec des chariots pleins de vivre, de tissu et de marchandises, ce qui avait de quoi provoquer des sueurs froides chez tout errant normal : un chariot plein de richesses, c’est un appât à brigands.
Cette belle histoire faillit peut-être s’achever bien vite, et bien plus cruellement. La faute à une jeune fille camouflée parmi les dizaines de Halfelins qui marchaient ou montaient avec le convoi. Susi Bonchardon, « Tristepanse », avait fait quelque chose à Baerenthal. Un crime qu’elle comprenait très bien : cambrioler un vicaire du culte de Sigmar, la grande religion fort puissante, à laquelle l’Empereur Ludwig le Grand (Ou le Gros, selon à qui on demandait) semblait très allié. Et un autre crime qu’elle comprenait beaucoup moins ; Elle avait libéré quelqu’un, qui tenait aujourd’hui dans une lanterne. Une sorte de créature, dont la place était dans les récits d’horreur de Beauconteur, un mauvais esprit avec des pattes d’animaux, des griffes acérées, et des mots séduisants. Quelle était la nature précise de cette chose ? Ses objectifs ? Risquait-elle de s’échapper ? Allait-elle tuer tout le monde sur son chemin, si tel était le cas ? Tant de questions encore sans réponses. Et pour l’instant, Susi n’avait pas osé poser trop de questions à Sirrah. L’Arabéenne avait encore pas mal à digérer, même si elle était toujours là, et n’avait pas accouru pour rejoindre sa mère de l’autre côté des montagnes — c’était bien la preuve que le long discours de la jeune fille l’avait touchée, et qu’il faisait maintenant bien son chemin dans sa conscience.



L’ambiance était calme, et détendue. Il faisait frisquette, mais de moins en moins, surtout qu’on quittait les falaises et le cours agité de la Vaswasser pour s’enfoncer dans une vallée. Alors que oncle Drido était parti en éclaireur avec Assmus et d’autres garçons, oncle Wiseman avait demandé à ce que d’autres sortent les arcs et entourent le convoi. Les Halfelins ne sont pas d’un naturel violent, mais il était suicidaire de les sous-estimer — Wiseman avait expliqué qu’il craignait les brigands, et qu’il valait mieux prévenir que guérir, et que beaucoup de gens penseraient que de petites gens avec plein de choses étaient une proie facile.

En fait, Susi avait bien deviné ce qui motivait Wiseman et d’autres à s’armer et à regarder avec suspicion tous les voyageurs qu’ils croisaient : les Bretonni. Ce peuple guerrier n’était pas loin. On le devinait, loin, loin derrière ces montagnes, loin au-delà de ces terres qui paraissaient si belles et si sûres. Partout dans les hameaux et aux relais, il y avait des rumeurs, portées par des marchands, et des prêtres de Sigmar — on expliquait qu’un grand seigneur tout en haut des montagnes, Martrud, avait attaqué des gens innocents, brûlé des fermes, enlevé des femmes. Les Sigmarites ordonnaient aux villageois de s’armer et de s’entraîner pour la guerre, car bientôt, le margrave du Westermark demanderait aux hommes-libres de partir à la guerre. Surtout, ils conseillaient de se méfier des Bretonni qui s’étaient installés dans leur pays, les hommes et femmes qui avaient épousé des enfants de la Comète, qu’il fallait les surveiller et craindre leur trahison.
Les sermons de ces Sigmarites tranchaient énormément avec ceux du père Talecht, à Baerenthal. Le vicaire avait lui demandé à ses ouailles de ne pas céder à la peur, de tendre la main aux Bretonni, il avait expliqué qu’ils étaient des frères, et que la foi finirait par les conquérir et faire d’eux des amis de Sigmar et de l’Empereur comme les autres. C’était l’opinion du Lecteur, apparemment. Visiblement, le Lecteur ne contrôlait plus beaucoup son clergé. Et partout, commençait à se répandre l’inquiétude et la méfiance…



Susi était en train de roupiller à l’arrière d’une charrette. Elle était avec Calvin sur les genoux de sa maman, d’autres enfants qui étaient en train de jouer à un jeu de cartes, et mamie Ida qui rêvassait sous un tas de peaux pour lui tenir chaud. C’était à son tour de glander, mais il allait bientôt prendre fin, et il faudrait remarcher. Déjà, cousine Poppy, la joueuse de marionnettes, surgissait du bas-côté, en ne perdant pas une seule seconde pour prendre sa pause. Elle siffla pour alerter Susi, tendit sa main, et se laissa être hissée derrière.

« Elle marche bien ta copine ! En même temps c’est pratique, elle fait deux fois notre taille ! »

Elle désigna Sirrah du doigt. En effet, l’Arabéenne n’était pas dure à trouver : elle avait plusieurs têtes de plus que tout le monde. On ne pouvait pas dire qu’elle était chiante ; Tous les Halfelins avaient été beaucoup trop hospitaliers avec elle, mais elle avait refusé le privilège de rester tout le temps assise avec les gosses, et prenait sa part des corvées et des obligations, avec le sourire même. Elle semblait être habituée à vivre sur les routes. À l’entendre, elle n’avait en fait qu’une seule plainte ; son cheval blanc lui manquait, et elle espérait vite le revoir. En fait, il était marrant de l’entendre plus pleurer sa grande monture que sa mère, mais peut-être n’osait-elle pas en parler…

« Par contre faudra que tu dises à tes frères de lui lâcher les basques, je crois pas qu’elle soit intéressée, et ça va leur jouer des tours. »

Ah oui, ça en revanche, Susi l’avait assez vite remarqué : Rudi et Rimi n’arrêtaient pas de fuir le cirque et de revenir pour lui offrir des cadeaux. Et vas-y que l’un avait trouvé une pomme, et vas-y que l’autre avait trouvé une fleur sympa qui venait juste de fleurir, et vas-y qu’un autre avait emprunté des lacets pile quand elle avait cassé les siens un matin… Sirrah répondait toujours à leurs cadeaux avec un joli petit sourire, et il était clair qu’elle semblait en profiter un peu. À voir ce que Susi pensait de voir ses deux frangins se faire plumer comme pas permis.



Un des Halfelins archers tout en tête, le jeune Lulu, siffla fort, avec l’écho de la vallée, et se mit à crier :

« Héla ! Hannos est là, arrêtez-vous ! »

Les cochers tirèrent sur leurs bestioles, poneys et mulets, et alors on entendit plus le roulis des essieux.

Juché sur un grand bouc, Hannos « Fiercouteau », le papa de Calvin, revenait. Il s’arrêta près de la charrette devant celle de Susi, et voilà que Perrin Beauconteur se levait pour entamer la discussion avec lui :

« Alors ?
– Drido nous a trouvé un p’tit coin sympa, une clairière entourée d’arbres fruitiers. Il y a des routes qui mènent dans tous les sens autour, et pas d’humains trop proches.
On peut faire un campement pénard, en attendant de continuer.

– Parfait alors ! Guide-nous ! »

Hannos hocha la tête, tourna son bouc, et retrouva la tête. Puis on redémarrait.

Vers où le cirque allait-il ? Königsfluss. La rivière du roi. À en croire Beauconteur, c’était un gros château que Sigismund avait construit dans un endroit stratégique, juché sur le gigantesque fleuve de la Grismerie, là où ils pouvaient surveiller les Bretonni, les Orques d’Orquemont, et les montagnes. C’était l’endroit civilisé le plus éloigné de l’Empire en ces terres, sans compter les avant-postes peuplés de militaires. Et c’était là que le margrave qui dirigeait la province était actuellement en train de résider, avec sa cour et ses guerriers. Probablement que le cirque allait pouvoir se faire pas mal d’argent là-bas, mais plaire à des bourgeois et des artisans, ce n’était pas la même chose que plaire à des nobles ; qui sait si ces militaires allaient bien accueillir un tas de Halfelins alors qu’apparemment, ça bardait avec les barbares ? Qu’importe. Il fallait bien se remplir les poches avant de rentrer dans le Reikland, c’était bien pour ça que les Bonchardon tentaient ce périple.

« Bon bah… T’es chanceuse Susi, t’as plus à marcher bien longtemps. »

Et sur ce, Poppy prit la place de Tristepanse, et poussa un soupir d’aise tandis qu’elle demandait aux enfants à quoi ils jouaient ; ils firent comme les enfants font, et prétendaient que Poppy ne connaissait pas les règles, histoire de rester bien entre eux…




Un peu de marche plus tard, et voilà que le cirque prenait un embranchement un peu ardu ; on quittait les jolies routes Impériales bien entretenues et marquées de bornes miliaires, pour entrer dans un sentier escarpé, sinueux, et entouré d’arbres. Ça devenait difficile, les bêtes de somme renâclaient, mais Hannos disait à tout le monde de lui faire confiance, et tant bien que mal, ça passerait…
…Et finalement, ils débouchèrent sur une vision bien singulière.
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C’était bien une clairière. C’était bien entouré d’arbres fruitiers. Il y avait un fin ruisseau d’eau fraîche qui coulait, et c’était en hauteur et bien dégagé, pour voir venir les méchantes bêtes et les brigands — un lieu de campement absolument parfait.
Mais il y avait ce grand bâti, une sorte de porte d’entrée à une chapelle, mais sans la chapelle qui avait été comme arrachée par un géant. Et il y avait ces pierres tombales couvertes de mousse, partout. Peu étonnant que les humains n’avaient pas installé quoi que ce soit, pas même un relai de chasse, dans un coin aussi parfait : leurs superstitions et leurs religions devaient les interdire à vivre au milieu des morts ! Les Halfelins, même bons croyants, n’étaient pas trop du genre à avoir peur des fantômes — tant qu’ils ne les embêtaient pas, où pourrait bien être le mal ? C’est pas comme s’ils cassaient leurs monuments, ils feraient attention…

Sitôt les chariots installés, déjà ça tapait dans les mains et ça sifflait. Il fallait creuser une fosse septique, installer les tentes, se préparer au cas où il y avait de la pluie, libérer et soigner les bêtes qui avaient mérité de se désaltérer, changer Calvin, et faire tout ce qui était nécessaire pour faire tenir un camp…

Susi décida de s’approcher de la grande porte de chapelle toute seule. À ses pieds se tenait Assmus Folbouffon, qui avait accompagné son père en éclaireur. Il regardait tout haut pour voir le sommet. Il sursauta quand Susi arriva dans son dos, mais lui sourit bien vite :

« À ton avis, c’est qui qui a construit ça ? »

Elle n’en avait aucune idée. Probablement que Beauconteur, comme d’habitude, allait avoir la réponse, mais il semblait occupé.

« Mate un peu la vue. »

Assmus dépassa la porte, grimpa une toute petite motte, et en effet, c’était à couper le souffle.
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Toute la région s’étalait devant eux. Ses routes, ses villages, ses forêts. Un énorme tas de vide.

« Tu vois la grande étendue d’eau ? C’est la Grismerie. Königsfluss est derrière. Il nous faut bien… Deux jours, au moins je crois, pour y aller. Encore une bonne marche, quoi.
En bas, la bourgade, elle est à une demi-journée de nous. Acques, elle s’appelle. 
»

Il avait prononcé un mot bizarre, Susi avait cru qu’il avait toussé.

« Acques ! C’est pas du tout Impérial comme nom. Bretonni. Mais ils ne l’ont pas renommé.
Il y a d’autres hameaux plus petit, probablement avec d’autres noms, et puis, comme tu vois par là-bas, une grande forêt — c’est beau, ça me rappelle la Reikwald. Rudi va adorer. »


Il sourit un peu.

« Tu sais quel jour on est ? Le 32 Jahrdrung. Ça veut dire que dans deux jours, c’est l’équinoxe de printemps. Et il est hors de question qu’on soit paumés sur la route pour un tel jour. Je veux une vraie fête. »

Le Mitterfruhl n’avait pas la folie de l’équinoxe d’été, mais c’était bien un jour sacré pour Taal — le jour où l’été commençait à vaincre sur l’hiver, le jour sur la nuit, où Ulric repartait dormir ; il y avait beaucoup de pitance, d’alcool, de la joie et des gens peu habillés. Il y avait aussi une tradition d’offrir des œufs de griffon aux temples de Sigmar, mais à défaut d’avoir ça, les enfants aimaient bien chasser des œufs en sucre laissés par leurs parents.
Ça commençait à dater, le Monstille passé à Ubersreik, et en effet, une bonne fête passée au milieu d’humains pouvait être drôle.

« J’ai très envie de filer à Acques avant tout le monde pour voir à quoi ça ressemble.
Vu qu’il y a peu d’humains, je crois que mon père va pas s’empêcher d’organiser une petite chasse — trouver des lapins, voire plus à manger. Ça peut être sympa aussi.
Et puis, je suppose qu’il y a tout le monde qui a toujours besoin d’aide au camp…
C’est quoi qui te tente ? »
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Susi Tristepanse Bonchardon
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Re: [Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

Message par Susi Tristepanse Bonchardon »

Alors qu'on entre dans la clairière, je porte la main à ma gorge, mais n'y trouve pas davantage ma patte de taupe que lors de mes centaines de précédentes tentatives. Je sais que je l'ai prêtée à Serilda, mais les réflexes ont la vie dure. Alors à la place, je sors ma tabatière de ma poche, m'attrape une feuille de tabac et l'enfourne dans ma bouche pour la mâchouiller doucement. Y a Assmus qui me parle mais je répond pas de suite - je suis un peu distraite par ce qui m'entoure. Les pierres tombales surtout. La famille craint pas les esprits, mais moi un peu quand même. Faut dire que mes dernières péripéties à Baerenthal sont encore bien fraiches dans ma mémoire, et que la dame de la lampe m'a fait forte impression dans son genre.

J'ai eu l'occasion de réfléchir sur la route. De prendre un peu de recul sur ma folle aventure avec Sirrah. Et plus j'y repense, plus j'ai des étoiles dans les yeux. C'était vraiment une nuit grisante, surement la plus excitante que j'avais vécue de toute ma vie. Alors, oui, j'ai eu un peu peur par moments, et puis je me suis blessée de partout, mais tout s'est si bien fini ! Déjà, ma nouvelle copine est restée avec moi, et maintenant on voyage ensemble, et même si au début l'ambiance était un peu bizarre, ça s'améliore de jour en jour. Aussi, je suis revenue avec plein de trésors chapardés au prélat qui ont fait le bonheur de la famille : il n'a pas fallu longtemps pour que le contenu de mon sac se retrouve éparpillé un peu chez tout le monde selon les envies ponctuelles de chacun. J'ai cependant gardé les plus jolis bijoux d'Otilla et quelques pistoles trouvées dans le bureau de Talecht, ainsi que sa bouteille d'alcool que je veux préserver pour une grande occasion : l'équinoxe de printemps sera un prétexte idéal pour lever la corne avec. Et puis il y a eu mes rencontres avec les esprits. Mori et la femme de la lampe étaient, je m'en suis rendue compte, des entités peu recommandables. Le premier avait une langue de vipère qu'il utilisait pour suggérer tout un tas de vilaines choses, et la seconde des griffes trop aiguisées, pour tuer les choses qu'elle voulait manger ensuite. Mais alors qu'ils m'inspirent beaucoup de crainte, avec le temps qui passe je ne peux pas m'empêcher de développer à leur égard une curiosité intarissable. Je suis intriguée par leur nature surnaturelle, subjuguée par la rupture qu'ils représentent avec mon quotidien monotone et ennuyeux. J'y peux rien, j'ai envie de les revoir, c'est plus fort que moi.

Pourtant, je n'ai pas reparlé à Mori depuis Baerenthal. Peut-être parce que j'avais pas envie qu'il sache ce que j'ai fait. Et Sirrah garde précieusement la lampe avec elle. Je suis sure que comme moi elle meurt d'envie de la frotter. Toutes les deux, on a envie d'aventure. Et puis l'esprit dedans a surement des informations sur des choses qu'elle a oublié. Mais elle sait aussi que ça pourrait mettre en danger toute ma famille.

Quand je suis retournée voir les miens, c'était un sacré moment d'allégresse. Pour eux parce qu'ils étaient rassurés de me voir réapparaitre - même si j'aurais pas été la première de la famille à manquer à l'appel un matin à cause d'une beuverie ou d'une coucherie nocturne. Et pour moi surtout, parce que plusieurs fois j'avais cru que je pourrais jamais les revoir. Et alors qu'en cette matinée de retrouvailles je n'aurais pu jurer plus que par l'amour familial et mon envie de ne plus jamais les quitter ou de me mettre en danger, il ne m'avait fallu qu'une poignée d'heures pour me disputer à nouveau avec mes frères et ma mère, et retrouver ce désir familier de m'éloigner d'une famille qui ne m'acceptera jamais vraiment pour qui je suis. Maman m'a pas lâchée au sujet de toutes mes égratignures, elle a pas aimé que je lui fasse des secrets. Elle se fait du souci pour moi, je sais que c'est gentil au fond. Mais je suis plus une gamine, je m'en sors toute seule maintenant, j'ai pas besoin d'une mère poule. Elle a demandé à Rudi et Rimi de me garder à l'œil, c'est trop pénible.

J'ai besoin de personne, je peux très bien vivre toute seule.

Mais quand j'étais toute seule et en danger, je faisais que penser à eux.

Bah.

On a vu un drôle de spectacle le premier soir de notre retour sur les routes. Un baveux sigmarite qui rendait les gens anxieux avec des discours sur l'insécurité de leur quotidien. Il dénigrait la bonne mère Rhya devant une chapelle à son effigie, ce que j'ai trouvé particulièrement malpoli. Et puis il dressait un portrait vraiment affreux des Bretonni, en disant que c'étaient rien que des monstres qui tuent les enfants et n'aiment personne. J'ai eu envie de lui rétorquer que c'était pas vrai, que mon amie Sirrah elle en avait rencontré un qui était amoureux d'elle, mais j'ai préféré me taire. Déjà parce que avec l'état de la mémoire de Sirrah j'étais pas certaine que mon argument soit bien fiable. Et aussi parce que j'avais eu bien assez de problèmes avec les fervents du marteau pour les semaines à venir sans en rajouter inutilement.

"Aujourd’hui, on vit dans un monde de Talecht", avait dit Aetulff Reginarr. Je cerne un peu mieux ce qu'il a voulu dire quand il évoquait le monde qui change. Les humains écoutent de moins en moins les anciens dieux pour se réfugier majoritairement dans la foi sigmarite. Et personne sait vraiment ce que Sigmar a prévu pour l'Empire dans les années à venir, mais quand on voit ce que ses représentants racontent, ça ne sonne pas comme le présage d'une époque future de paix et d'harmonie. Tout le contraire en fait.

Talecht il était contre la guerre, je me rappelle ses sermons à Baerenthal. C'est bien que j'ai empêché la femme de la lampe de le tuer, il pourra continuer de prêcher la paix, pas comme le vilain prêtre de ce hameau. J'espère juste que mes actions auront pas trop porté préjudice à ce bougre.

Moi ça me parait vraiment bizarre d'abandonner Rhya pour Sigmar quand on a des preuves aussi flagrantes des bienfaits de la première devant soi à longueur de journée, ce qui est le cas des habitants du Westermark. Ici les paysages sont idylliques, et alors que j'ai souvent ressenti de longues périodes d'ennui lorsque nous errions au cœur de l'Empire, dans cette contrée le simple fait d'avoir toutes ces merveilles à contempler suffit à occuper l'esprit pendant nos longues heures de marche. De vertes vallées à perte de vue, des fermiers et des bergers vivant une vie paisible, des animaux inoffensifs gambadant aux côtés d'oiseaux chantant l'arrivée du printemps. La nature dans tout ce qu'elle a de meilleur à offrir.

Tout n'était pas idyllique non plus, bien sur. Si les rayons du soleil étaient doux sur la peau, le vent était encore désagréablement froid lorsqu'il se mettait à souffler. Les sentiers rocailleux montaient et descendaient de par les vallées, et on se fatiguait plus rapidement que sur les routes bien droites du Reikland. Et puis si on s'en était mis plein les poches à Baerenthal, permettant de faire ripaille comme jamais tous les soirs, ça nous rendait plus attractifs aux yeux des brigands de grand chemin, alors forcément on était davantage aux aguets la journée, un peu tendus, à bien surveiller partout. Rudi est à l'avant de la caravane avec son arc - il fait partie des sentinelles du cirque, ceux qui assurent notre sécurité. Moi j'ai juste mes bolas - j'ai aucune espèce de talent ou affinité avec les armes. Et puis... plus que les brigands, je pense que tous les discours des impériaux entendus ça et là sur les Bretonni nous ont affecté. On s'imagine facilement débarouler une centaine de guerriers à cheval venir nous massacrer sans pitié. C'est peut-être que des rumeurs, ces histoires avec le seigneur Martrud, et on s'inquiète surement pour rien. Mais peut-être que c'en est pas, et dans ce cas... c'est mieux de rester prudents.

Sirrah s'est bien intégrée. Elle a tout de suite choisi de ne pas être traitée en invitée, mais comme membre à part entière du cirque : elle fait les corvées de bon cœur, et marche sans jamais se plaindre. Après tout, elle aussi est une nomade, elle a l'habitude de cette vie, même si c'était en compagnie plus restreinte. Je sais que son cheval lui manque en revanche, le grand équidé blanc dont elle s'occupait à Baerenthal. Je sais pas ce qu'il est devenu alors je me mure dans le silence quand elle en parle. Je lui ai néanmoins présenté nos poneys : ils sont moins fringants, mais ils aiment aussi être brossés.
J'ose pas trop imposer ma présence à Sirrah la journée parce que je veux qu'elle trouve ses marques, son bonheur dans la famille sans moi. Cependant, quand je vois mes deux sottards de frangins qui lui tournent autour, ça me rend un peu jalouse, j'ai l'impression qu'ils essaient de me voler mon amie. Leur présence n'a pas l'air de la déranger du tout : mais faut dire qu'ils la couvrent de cadeaux alors je peux comprendre qu'elle les tolère avec le sourire. J'ai essayé de leur dire qu'elle est pas intéressée et qu'ils sont pénibles, mais Rimi s'est juste foutu de moi en disant que j'étais jalouse parce que personne me courtisait et me faisait de cadeaux.

Ca m'a blessée plus que je suis capable de l'admettre.

J'entends Assmus qui se racle la gorge, me ramenant à la réalité. Je lui fais un sourire un peu gêné vu que j'ai pas écouté sa question. Il me fait un mouvement de tête pour qu'on avance jusqu'au bord de la clairière, qu'on grimpe le haut d'une motte, et qu'on puisse observer la région depuis les hauteurs où le cirque s'est installé. Je le suis sans rechigner, et ne regrette rien. La vue est à tomber, toute la région à nos pieds se dévoilant dans son entièreté.
Assmus me montre des points d'intérêt en tendant son doigt. La Grismerie, le gros fleuve qui traverse tout le paysage. Il y a Königsfluss au loin, qui est notre destination : un gros château plein de nobles chevaliers qui surveillent la frontière bretonienne. Des gens très tendus qui seraient absolument ravis de pouvoir relâcher un peu de tension en venant s'amuser au cirque Bonchardon. Plus proche de nous, il y avait Acques, un petit village au nom rigolo.

Assmus me parle ensuite du Mitterfruhl, et de son désir de ne surtout pas le fêter sur la route, mais de rejoindre une vraie ville pour festoyer dignement.

- Je te soutiens totalement cousin, il est hors de question de fêter l'équinoxe avec seulement la famille ! Je...

Je rougis un peu avant de continuer. Mais j'ai confiance en Assmus, alors même si je parle désormais bien plus bas, je poursuis ma pensée.

- J'aimerais bien faire des rencontres. Tu sais, pour... faire plaisir à Rhya.

Il se fout un peu de ma gueule, alors je lui crache mon tabac mâchouillé à la tronche. J'espère qu'il y aura de jolis chevaliers à Königsfluss. J'aimerais bien réussir à attirer l'attention de l'un d'entre eux, même si je sais que c'est impossible avec mon physique. Mais on a bien le droit de rêver - après tout, ce que j'ai accompli à Baerenthal aussi pouvait être qualifié d'impossible, non ?

Finalement, Assmus me signale son désir d'aller visiter Acques, et me demande ce que je compte faire dans l'immédiat.

- Oh bah tu sais, moi ce que je préfère quand on arrive quelque part, c'est de prendre une pelle et nous creuser la plus belle fosse à caca possible.

Je lui fais un sourire idiot.

- Evidemment que je t'accompagne, abruti ! Faut bien quelqu'un pour te protéger en cas de danger...

L'appel de l'aventure me tient les tripes : pas moyen que je me tape les corvées nulles quand le monde s'ouvre ainsi à moi !
Susi Tristepanse Bonchardon, Voie de la voleuse, rang 2.

Profil : For 7 | End 7 | Hab 14 | Cha 12 | Int 9 | Ini 9 | Att 8 | Par 7 | Tir 9 | NA 1 | PV 50/50

États temporaires :
-

Compétences :
- Roublardes : Acrobaties, Contorsionnisme, Crochetage, Déplacement silencieux, Évasion, Vol à la tire,
- Intellectuelles : Acuité visuelle, Langage secret - Jargon des voleurs
- Martiales : Esquive, Résistance accrue, Résistance à la magie(2)
- Divers : Chance, Cuisine, Vision Nocturne

Équipement :
Porté :
- Bolas
- Grenades assourdissantes
- Grappin
- Outils de crochetage
- Boucle d'oreille en or
- Couteau à beurre
- Gibecière
- Lait du Moot

Équipement de voyage (pas systématiquement porté) :
- Costume de scène
- Tenue de Monte-En-l'Air
- Miroir maudit
- Stocks de tabac
Awards \o/
Warfo Award 2021 du meilleur PJ - RP
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Re: [Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Assmus souhaitait s’empresser de partir — si pressé, d’ailleurs, qu’il avoua préféré partir le plus furtivement possible, sans prévenir le cirque, et surtout, les aînés. La peur généralisée chez les meneurs de la famille, celle-là même qui les poussait à sortir les arcs et observer tous les horizons avec suspicion, était une crainte qui pouvait les encourager à interdire aux jeunes de s’éloigner seuls.
Susi semblait partager cette idée, mais pas au point de vouloir s’échapper sans donner d’informations à personne. Aussi, elle alla voir la cousine Poppy, pour la mettre dans la confidence. La jeune marionnettiste fit la moue, et expliqua aux deux qu’elle n’aimait pas beaucoup leur façon de faire : elle aussi avait peur des Bretonnii, et comprenait l’importance de ne pas errer sur des routes qu’on ne connaissait pas. Heureusement, elle accepta tout de même de se taire, à condition qu’ils reviennent tous deux avant qu’il ne fasse nuit. Il était bien connu que la nuit attirait le mal et tout ce qu’il y avait de dangereux sur cette terre…


Finalement, le cousin et la cousine purent ramasser leurs affaires, de la monnaie s’il fallait acheter des provisions, et une gibecière chacun. Et en coupant à travers la forêt bordant le cimetière, ils purent commencer à dévaler une pente, sauter au-dessus de quelques ronces, avant de rejoindre la route principale et suivre le chemin vers Acques.



Quatre à cinq heures de marche Halfeline les séparaient de la bourgade — ils y seraient probablement passé un peu midi, tout ça selon les estimations de Folbouffon qui s’y trompait rarement. C’était grâce à son père, qu’il avait cet œil pour l’orientation ; tonton Drido élevait son fils comme un ranger, et il préférait toujours voir sa progéniture passer du temps en plein air que se maquiller et s’entraîner pour ses numéros. Évidemment, Drido aurait dû prévoir qu’il lui avait inculqué de très bons préceptes pour quitter discrètement le campement et vivre tout seul, ce qui ne manquait pas de lui provoquer un immense sang d’encre…
En soi, Susi et Assmus se ressemblaient assez. Peut-être que c’était pour ça que le Bouffon aimait tant passer du temps avec sa cousine.


Le paysage du Westermark continuait de se dérouler autour d’eux, même si maintenant, ils avaient plus de temps pour errer et s’arrêter à leur guise. Ils passèrent devant un minuscule hameau : cinq petites chaumières un peu éloignées de la route, et encerclées de terres sillonnées qui attendaient de produire les blés d’hiver. Puis ils croisèrent une grosse borne miliaire, qui indiquait la distance en pas depuis Altdorf.
Assmus désigna une plante au-dessus d’un fossé sinueux sur le bas-côté de la route :

« Tiens, un framboisier sauvage.
Cet endroit il doit être chic à traverser l’été — y a juste à se pencher pour trouver à manger. »

Et voilà qu’ils entendaient des oiseaux gazouiller, qu’ils entendaient le ruissellement d’une eau claire qui coulait à travers un sentier forestier, et qu’ils voyaient les jolies couleurs de la canopée qui reconstituait ses branches. Ils trouvèrent les premières fleurs en train d’éclore, et les premières baies bien rouges qui apparaissaient fugacement dans les buissons.

Aussi idyllique que soit le paysage, la marche avait de quoi vivifier, surtout après ces derniers jours qui n’étaient pas de tout repos. Les narines se mettaient à couler de mucus clair, la peau en sueur à cause de l’effort grelottait de froid au gré du vent, et l’estomac Halfelin, qui aimait bien être rassasié, se mit à gargouiller. Susi se sentait un peu crevée, et même son organisme demandait un peu de quoi béqueter.



Enfin, ils trouvèrent Acques dans leur périmètre visuel.


La localité était bien une ville, mais de taille bien, bien moindre comparée à Baerenthal. Tout autour, on voyait une palissade — pas une enceinte en pierre, mais du bois. Les portes en étaient grandes ouvertes, et on pouvait y voir des chaumières en terre, même si on devinait quelques bâtiments en vraie pierre ; probablement leur église et le palais du seigneur, comme partout dans le Reikland. Combien de gens devaient vivre ici ? Peut-être trois ou quatre centaines, ça faisait la taille de bourgades comme Diesdorf ou Weissbruck d’où ils venaient.

En tout cas, on croisait enfin des humains, bien réveillés et en train de bosser. Devant la palissade de la ville, des manants promenaient des moutons.

Mais surtout, il y avait un attroupement, que les Bonchardons ne purent éviter : deux douzaines de villageois des deux sexes et de tous les âges, bien habillés pour l’hiver, poireautaient en plein sur la route qui menait à leur ville. Discrètement, Susi et Assmus se firent une place à côté de cette masse, pour voir qu’est-ce qui les interpellaient ainsi.



Une scène bien étrange se joua alors. Il y avait une grande charrette arrêtée en plein sur un terrain vague, et des gens habillés comme des bons bourgeois d’Altdorf qui entouraient les attelages : ils étaient armés de grandes lances, alors qu’ils n’avaient pas du tout l’aspect de militaires. Et puis, il y avait devant eux une sorte de grosse boîte, sur laquelle on avait placé un drap.
Et l’un des bourgeois, un bonhomme grassouillet portant le bouc, il s’agitait devant, son chapeau à la main : il était en train de faire le prestidigitateur, il parlait avec plein d’emphase, comme Beauconteur devant son public. Un autre itinérant qui récoltait l’argent des gens en manque de divertissement.

« …Et pour vous donner un avant-goût de notre zoo, et vous donner envie de venir nous visiter, je vous ai amené rien que pour vous une cruelle bête, terrifiante, bonne à hurler la nuit lorsque Mórr vient vous saisir !
Cette terrifiante créature a dévoré des chevaux et des vaches sans même mâcher ! Mais il a un appétit de prince, car son mets préféré, ce sont les petits enfants, qu’il avale par dizaines comme s’il s’agissait de crevettes ! Il a fallu que les plus braves guerriers du Loup Blanc le capturent, et aujourd’hui, prenez garde, car il est devant vous !
L’ogre ! Voyez la terreur qu’inspire l’OGRE ! »


Le bourgeois attrapa un bout de la couverture recouvrant la boîte. Dans la foule de spectateurs, il y eut des cris aigus et des souffles retenus, tandis qu’il la tira.

Il dévoila alors une grande cage de fer. Et dans cette cage, il y avait une grosse bête, comme un homme complètement disproportionné, et nu — il était grand, beaucoup plus grand que le plus long des hommes, avec des bras qui faisaient la taille des cuissots d’un cheval. Mais gras, aussi, avec d’immenses poignées d’amour si exagérées que ça ne pouvait même plus faire rêver une Halfeline. Il avait une grosse tête ronde, avec des yeux vides, un air perdu, il regardait partout comme une poule, avec presque… De la peur, dans le regard.
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Assis par terre dans une cage trop petite pour lui, l’ogre n’avait en fait pas du tout l’air agressif. Ça sembla désappointer la foule, qui se répandit en murmures.
Le prestidigitateur nota la gêne, si bien qu’il fit un signe à l’un de ses sbires qui portait une lance. Alors, celui-ci approcha son arme de la cage, et commença à planter le bout de ferraille pour larder un muscle de l’ogre. Celui-ci se cambra, donna un coup pour repousser la lance, mais alors lâchement, un autre des employés lui fit le même traitement sur ses fesses.

Alors, l’ogre se mit à rager, et à frapper dans tous les sens contre la cage, en criant dans une voix hachée et grotesque, à peine compréhensible… Mais c’étaient bien des mots intelligents, qu’il formulait en reikspiel :

« ARRÊTEZ !
J’AI MAL !
ARRÊTEZ ! »


Certains dans la foule eurent une peur bleue, tandis que les barreaux de la cage se mettaient à trembler. Mais les plus courageux se mirent à rire, et se penchèrent par terre pour attraper des cailloux ou de la terre : et ils commencèrent à bombarder l’ogre.


À côté d’elle, Susi pouvait sentir Assmus en train de bouillir. Il serrait ses poings, autant que ses dents. Il fit bien attention de chuchoter ses émotions, de peur qu’un humain ne l’écoute :

« C’est horrible, ce qu’ils lui font…
Il faut qu’on l’aide — on le doit, c’est… Un de nous. »


C’était une bizarrerie de la nature, mais c’était ce que Beauconteur avait raconté de nombreuses fois aux Halfelins : Les ogres, le peuple géant, sont liés aux semi-hommes. Lorsque Susi était enfant, elle se souvenait qu’un ogre voyageait avec le cirque : on lui préparait des petits plats, et en échange, il participait aux numéros, et il protégeait les petits bouts des gros dangers. Il était si énorme, il pouvait tenir une corde à sauter au-dessus de lui, et ça devenait une balançoire, un jeu qu’il aimait faire avec les enfants du cirque.
Malheureusement, cet ogre était mort après une attaque de loup ; il avait sauvé le cirque de l'assaut, mais les morsures lui avaient laissé des plaies qui l’avaient infecté. Et c’était la dernière fois que Susi en avait vu un, d’ogre. Elle devait avoir dix ans.


Et maintenant, ils tombaient sur l’un d’eux, enfermé dans une cage, et torturé par un zoo qui venait de s’installer dans le coin. Alors que la foule se mettait à éclater de rire, le grand bourgeois croisa les bras et sourit fièrement de sa démonstration.

« Allons, allons, braves gens ! Ne le mettez pas trop en colère ! Voyez comment cette brute rêverait de tous vous manger, si seulement il s’échappait de sa cage ! »

La cage semblait être retenue par au moins deux chaînes ayant chacune son loquet. Un bon ouvrage bien solide, probablement long et bruyant à scier.
Mais c’était exactement le genre de cage d’où Susi s’échappait pour ses numéros…
Jets de discrétion d’Assmus et Susi : 6 et 6, double réussite.

Jets d’endurance : 12 et 11, deux échecs.
Assmus et toi souffrez d’une fatigue modérée. Vous avez un -1 à tous vos tests jusqu’à ce que vous vous soyez restaurés.
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Susi Tristepanse Bonchardon
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Re: [Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

Message par Susi Tristepanse Bonchardon »

L'ambiance anxiogène et xénophobe qui s'était développée à proximité de la frontière bretonienne, couplée à mes récentes mésaventures solitaires dans Baerenthal ont peut-être un peu affecté ma manière de penser. Il y a une poignée de jours, Assmus m'aurait proposée une petite escapade furtive comme celle-ci, j'aurais bondi sur l'occasion sans me soucier de rien. Mais aujourd'hui, je me surprend à faire preuve de prudence, et à émettre une condition : je descend vers Acques avec lui, mais seulement à la condition qu'au moins un Bonchardon sache où l'on allait. Impossible de prévenir nos parents néanmoins, pas sans risquer l'interdiction d'agir à notre guise ; aussi c'est à ma cousine Poppy que j'ai choisi d'accorder ma confiance. Elle désapprouve évidemment notre tempérament aventureux, mais je sais que nous pouvons lui faire confiance pour au moins nous couvrir quelques heures. C'est pas une très bonne menteuse, mais c'est pas une balance non plus, et elle a assez de jugeote pour déterminer avec justesse le moment où il faudra potentiellement vendre la mèche.

Je laisse Assmus prendre les devants alors qu'on commence à serpenter sur les chemins qui devaient nous mener vers Acques. Il mène avec une aisance naturelle notre duo : il a un bon instinct pour identifier les chemins les plus praticables, et pour ne jamais perdre le cap qu'il s'est donné quand bien même les sentiers n'allaient jamais en ligne droite et notre objectif se dissimulait derrière quelques collines et vallées. Sans avoir à me soucier de notre itinéraire exact, je peux me déplacer l'esprit léger : j'ai juste à suivre le pas sûr de mon cousin, tout en discutant avec lui, ou en rêvassant quand il est concentré.

J'aime bien quand on est que tous les deux. Avec Assmus... les choses sont toujours simples. Il s'inquiète pas pour mon apparence, ou ma santé, ou mes excentricités. J'ai pas l'impression d'être différente des autres halfelins avec lui, il me fait me sentir normale.

C'est peut-être pour ça que je lui ai jamais parlé de mes activités nocturnes dans les villes et villages qu'on traverse avec le cirque. Que même si c'est en lui que j'ai le plus confiance de toute la famille, je ne lui ai pas dit la vérité sur Sirrah, ou la famille Reginarr. Ou sur Mori, qui est pourtant dans ma gibecière en ce moment-même. Parce que je ne veux pas le mettre en danger en l'impliquant dans des problèmes que je me crée toute seule, mais aussi parce que je veux garder notre relation telle qu'elle est maintenant. Je suis juste sa cousine Susi, et c'est bien ainsi.

Le trajet est plus long que je ne me l'étais imaginée lorsque j'avais aperçu Acques depuis la hauteur de la petite motte où le cirque s'était installé. Et plus éprouvant aussi : la nature, c'est joli vu de loin, depuis l'abri du tout confort de sa caravane avec places assises, protection familiale et nourriture accessible dans chaque sac, mais c'est un peu moins hospitalier quand on est plongé dedans. Le beau soleil dans le ciel ne suffit pas à nous protéger de ce vent glacial qui se faufile sous ma pelisse pour faire se dresser les poils sur ma chair. La rosée du matin accrochée à l'herbe haute s'accumule rapidement au-dessus de mes bottes, et bien vite mes braies deviennent désagréablement humides jusqu'à mi-cuisse. Les cadeaux de Rhya sont parfois désagréables, mais rarement déplaisants pour autant : la nuance est maigre, mais ces gênes ne sont qu'un faible prix à payer pour toucher du doigt une certaine émotion qu'on ne trouve qu'ici, lorsqu'on redevient enfant de Rhya. Décrire la beauté d'un début de printemps parait plus niais que de le vivre - car c'est bien le cumul de tous les sens qui se mettent ici en éveil qui permettent d'apprécier pleinement l'instant présent. Je me sens vivante ici, bien davantage que lorsque je suis au milieu d'une cinquantaine de parents et cousins braillards sur des grosses routes impériales.

Anecdote amusante à mon sujet : à force de m'entendre dire que je ne mange jamais rien, j'ai tendance à prendre la chose pour vraie. Mais la vérité véritable que ma famille tend à oublier, c'est que si je mange peu, je le fais néanmoins avec une régularité tout à fait normale. Je participe à tous les repas, du gouter de onze heures à l'après-souper de dix-neuf heures sans oublier la collation nocturne qui se réalise entre le premier et le second sommeil, même si ce n'est pour m'enfourner que quelques timides bouchées. Aussi suis-je partie le ventre vide pour cette escapade de plusieurs heures, certaine que "je n'aurais pas très faim de toutes manières" ; et évidemment, maintenant je gargouille à tout bout de champ, et je ne peux m'empêcher de fixer les baies rouges qu'on croise sur la route en me retenant très fort de m'en enfiler quelques poignées malgré leur risque de toxicité.

Ca nous a pris quelques heures, mais notre destination se dessine finalement devant nous. Acques était une cage plus rudimentaire que Baerenthal, entourée de bois et non de pierre, mais elle semblait de taille suffisante pour répondre à nos attentes. Des gens, beaucoup de gens, et donc potentiellement plein de rencontres et de gens avec qui faire prochainement la fête.

Sur la route menant à la cage, il y avait un petit attroupement de ruraux qui nous intriguait. Incapables de voir la raison de leur regroupement et bien trop curieux pour ne pas sauter sur l'occasion de mettre notre nez partout, Assmus et moi on s'est vite faufilés à travers leurs jambes pour comprendre. Bien mal nous en pris, car c'était un bien déplorable spectacle qui nous attendait. Au début, voir un gros bateleur présenter un tour nous a intéressé, c'est toujours plaisant de croiser des confrères, de partager sur la qualité du public local, et parfois même d'échanger quelques marchandises ou informations. Mais quand on a compris la nature de son "numéro", consistant à faire le rabatteur pour son zoo en maltraitant un ogre enfermé dans sa cage, notre enthousiasme à tous les deux a prix une douche glaciale.

D'abord curieuse, je me suis figée sur place à l'instant où la couverture dissimulant la cage a été retirée. Au début j'ai pas vraiment réfléchi à l'éthique de la chose : j'étais juste fascinée par l'apparition d'un ogre devant mes yeux. On a beau être un peuple nomade qui voyage à travers tout l'Empire, je ne me rappelle pas avoir croisé un autre individu de cette race colossale depuis de nombreuses années. Je sais que papa a quitté le cirque pour vivre une romance avec une ogresse quand j'étais toute petite, mais ça ne compte pas vraiment. Le seul ogre dont j'ai un vrai souvenir, c'est Enka, notre ventripotent ami qui protégeait les Bonchardon en échange du gite et surtout, du couvert. Mes souvenirs à son sujet sont un peu flous, j'étais petite à l'époque, il ne me revient que quelques instants fugaces qui ont marqué ma mémoire. Son appétit dévorant. Son ronflement à réveiller les morts. Les jeux qu'il proposait à Assmus, Alice, Poppy et moi. Maman l'avait enguirlandée parce que je m'étais éclatée le menton au sol en jouant au trampoline sur son ventre. "Susi est fragile, tu dois faire plus attention Enka !"
Ce sont les cris de détresse de l'ogre du présent qui m'ont fait sortir de ma mémoire pour revenir à la réalité. Afin de le faire correspondre à la description terrible qu'on dressait de lui, on lui transperçait la peau avec des pointes en métal. La méthode est on ne peut plus efficace pour le faire réagir avec fracas. Mais même alors, je suis restée paralysée sur place, immobile, le regard rivé sur le triste spectacle qu'on présentait à la foule pour les divertir. L'ogre hurlait et frappait sa cage, dans un mélange de peur et de colère - il n'y avait aucune échappatoire pour lui, aucun moyen de sortir entre deux barreaux pour retrouver sa liberté : non, il ne pouvait que réagir comme un animal pris au piège. Je l'entends exprimer avec de vrais mots sa souffrance et ça ne me tétanise que davantage.

Je ne comprends pas.

Mes pensées s'entrechoquent sans réussir à aller où que ce soit.

Pourquoi ? Qu'est-ce que je suis en train de regarder ? Il souffre, c'est évident, alors pourquoi ?

Je ne comprends pas.

La foule, elle... elle a peur de lui. Il est très grand, très gros, c'est vrai que ses cris font peur. Mais d'autres... ils rient. Ils trouvent ça amusant ? C'est amusant ?

Ils lui jettent des pierres.

Je ne comprends pas.

J'entends Assmus qui me chuchote quelque chose. Lui aussi est horrifié. Lui aussi doit se souvenir d'Enka.





Je n'aime pas le public.

Je ne l'ai jamais aimé. Je n'ai jamais fait mon numéro pour lui. Lui, il vient se distraire, s'amuser, rire. Mais je ne suis pas un être vivant à ses yeux, je suis juste un divertissement. Un monstre de foire, une curiosité à observer pour oublier le quotidien. Dans la famille, on aime parler de la gratification ressentie lorsque le public nous applaudit à tout rompre, de l'amour qu'il nous porte, du service qu'on rend comme si nous étions des artisans reconnus pour notre expertise. Mais l'argent qu'il donne au cirque n'est pas pour me féliciter de mon travail ou de mon abnégation, de mes années à perfectionner ces trois minutes infernales que je lui présente. Non, ces pistoles, ce n'est qu'un paiement pour le service que je procure : je l'amuse, il paie. Tout cela est parfaitement égoïste des deux côtés : je pratique mon art pour moi-même, parce que j'aime faire ce que je fais, et il vient me voir pour lui-même, parce qu'il aime ce que je lui procure quand il me regarde. Il n'y a pas d'humanité dans cet échange, pas vraiment.

Moi, on m'a déjà qualifiée de monstre. Nos acrobates, on reconnaît que c'est leur travail qui les a mené là. Nos jongleurs, nos cracheurs de feu, nos lanceurs de couteaux, tout cela le public y voit une certaine forme de compétence forgée par les années. Mais pas moi. Le contorsionnisme, accentué par ma maigreur, n'est pas considéré comme une compétence qu'on acquiert avec rigueur et efforts. Aussi l'on ne s'amuse pas en félicitant mon travail, mais en s'extasiant de ma singularité. Ce que je fais parait impossible à apprendre, aussi le public n'a que deux déductions possibles : ou bien je suis née comme ça, ou bien j'ai acquis cette capacité magiquement par quelque rituel occulte que l'on s'invente. Dans tous les cas, mon numéro divertit, mais aussi surprend, interroge, voire fascine et dérange. Me qualifier de monstre, c'est trouver une réponse facile à l'énigme que mon numéro représente.




Je comprends, parce que j'ai toujours compris, mais je n'aime pas l'amertume que ça laisse dans la bouche.



Si l'on est un monstre, alors le public n'a plus besoin de se comporter avec humanité avec nous. On est plus "quelqu'un", on est "quelque chose". Et c'est pas grave d'avoir les yeux secs si c'est quelque chose qui souffre et non pas quelqu'un.

Je serre mes poings très fort. Mes mâchoires aussi. J'ai un coup de sang de Taal qui monte très fort et très vite.
Je ferme les yeux pour me calmer. Je suis juste une petite personne. Qu'est ce que je vais faire avec de la colère, hein ? Taper très fort avec mes tout petit poings sur la cage pour l'ouvrir ? Si l'ogre n'y arrive pas, je doute le surpasser.

J'expire longuement pour retrouver mon calme.

Ranald a misé sur moi. Sa pièce a virevolté et la croix m'a sauvée. Je dois être digne des espoirs que le Chat a fait reposer sur mes vaillantes épaules.

- On va le sauver.

Je me tourne vers Assmus, et le force à me regarder droit dans les yeux alors que je chuchote à nouveau.

- Mais pas ici, ni maintenant, cousin. Fais-moi confiance, d'accord ?

C'est pas l'endroit pour les explications, avec tous ces gens autour qui pourraient avoir une oreille indiscrète. Mais si ces derniers mois de chapardage m'ont appris quelque chose, c'est bien que l'impulsivité ne fonctionne pas comme unique atout lorsqu'on est un bon serviteur du Rôdeur. Si on doit libérer cet ogre, ce n'est ni le moment ni l'endroit pour le faire : en pleine journée, au milieu d'une route fréquentée, alors qu'il est la seule et unique chose que les types à la lance ont à surveiller. J'ai jamais chapardé d'ogre, mais je suppose que la même logique s'applique que pour le reste : d'abord on prépare le terrain, on apprend les habitudes de son propriétaire, on fait un repérage de son lieu de vie, et on établit un plan auquel on essaie de se tenir.

Normalement, j'aurais envoyé Assmus jouer les diplomates, mais c'est l'une des premières fois que je le vois aussi affecté par quelque chose. J'ai peur qu'il n'arrive pas à dissimuler ses émotions si je le laisse gérer la situation seul, qu'il se mette à chercher noise malgré lui au sale bige au bouc, et j'ai l'impression qu'armée de ma certitude divino-féline, je suis bien plus capable que lui de garder mon sang-froid. Aussi je m'enfourne une pincée de tabac à chiquer pour me détendre, me compose un visage enjoué, puis m'approche seule de l'enfumé qui rabattait pour son zoo.

- Ouaaaaah il est trop impressionnant votre monstre, c'est incroyable que vous n'ayez même pas peur de le garder avec vous quand on voit comme il a l'air carrément féroce! C'est sur que êtes très courageux, Herr...?

Je laisse une pause d'une seconde pour lui laisser le temps de me donner son nom, avant de poursuivre :

- Et vous dites que vous avez tout un zoo avec d'autres terribles créatures comme celle-ci ? Il est situé où ? Moi ça me dérangerait pas de payer une poignée de pistoles si c'est pour pouvoir voir d'autres terribles créatures comme celle-ci c'est sur ! Mais rassurez-moi, on est bien en sécurité dans votre zoo hein, on risque pas de se faire attaquer par un monstre qui réussirait à sortir de sa cage, vous avez bien tout ce qu'il faut pour assurer la sécurité du public hein ? Parce que si c'est risqué je suis pas sure de vouloir dépenser mes sous pour me faire manger après, ah ça non !
Susi Tristepanse Bonchardon, Voie de la voleuse, rang 2.

Profil : For 7 | End 7 | Hab 14 | Cha 12 | Int 9 | Ini 9 | Att 8 | Par 7 | Tir 9 | NA 1 | PV 50/50

États temporaires :
-

Compétences :
- Roublardes : Acrobaties, Contorsionnisme, Crochetage, Déplacement silencieux, Évasion, Vol à la tire,
- Intellectuelles : Acuité visuelle, Langage secret - Jargon des voleurs
- Martiales : Esquive, Résistance accrue, Résistance à la magie(2)
- Divers : Chance, Cuisine, Vision Nocturne

Équipement :
Porté :
- Bolas
- Grenades assourdissantes
- Grappin
- Outils de crochetage
- Boucle d'oreille en or
- Couteau à beurre
- Gibecière
- Lait du Moot

Équipement de voyage (pas systématiquement porté) :
- Costume de scène
- Tenue de Monte-En-l'Air
- Miroir maudit
- Stocks de tabac
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"Avec Susi, y a pas de souci !"

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Assmus répondit à l’ordre de Susi par un simple hochement de tête solennel — il avait assez confiance en sa cousine pour obéir sans discuter, et le voilà qui se fit plus petit qu’il était en reculant d’un pas dans la foule, quand bien même il était ironiquement compliqué pour un Halfelin de passer totalement inaperçu.


Alors qu’elle fit quelques pas vers le rabatteur, le grand bourgeois eut un mouvement de recul en levant sa main devant lui — il paraissait bien outré de se faire interrompre en plein numéro. Ses gardes à la lance observèrent la Halfeline avec des petites mines, mais aucun n’eut le moindre geste : ils paraissaient vraiment pas farouches, ils étaient bien des citadins avec des bâtons ferrés, sans le sang-froid et la réactivité de vrais guetteurs, chose utile à savoir si elle prévoyait de dérober un ogre…

Mais si le prestidigitateur marqua un silence, suivi d’un grognement, le voilà qui fit apparaître un grand sourire sur son visage, et qui reprit la discussion avec plein d’emphase, comme si l’irruption de Susi faisait partie de son pitch :

« Herr Reginus Langeben, petite Fraülein ! Mais tu me fais trop d’honneur : Crois-tu que j’ai une carrure à chasser de terribles bêtes ?! Haha, non non ! »

Et voilà qui tapota sa petite bedaine d’homme qui aimait un peu trop la bière et la bouffe.
Il la laissa dérouler, avant de prendre une grosse voix théâtrale pour continuer son petit numéro :

« Par ordre de son altière excellence, le margrave du Westermark, Arnulf von Jungfreud, notre zoo a une stricte interdiction de s’approcher à moins d’une lieue de toute communauté humaine établie — tant est la dangerosité qu’inspirent nos créatures ! Mais nous nous sommes installés dans l’ancienne clairière aux lémures, avec accord du seigneur d’Acques ; nous sommes ainsi à une demi-journée de marche de ce bon village, et nous- … et nous… et… »

Le bourgeois criait fort. Mais sa voix masquait en fait à grande peine les hurlements de rage et de douleur mêlés de l’ogre ; c’est ça qui le perturbait et l’empêchait de terminer sa phrase. Avec un vif geste du pouce, et des yeux dardés de colère, Reginus encouragea ses sbires à reprendre la couverture, et la jeter sur la cage, comme si ça allait calmer la bête à la manière des poules qui s’endorment sitôt dans l’obscurité.
Ça ne fonctionnait pas vraiment.

« -et donc…
Nous avons… Quantité, de créatures terrifiantes ! Et oui, il nous faut de nombreuses précautions afin de les garder enchaînées et en cage ! Mais enfin — l’être humain est né sur cette Terre pour dominer la nature, écraser la faune, et porter sa lumière dans chaque lieu qui existe, y compris les terres interdites où nos ancêtres n’osaient pénétrer ! Et c’est par un miracle divin en plus de notre intelligence offerte par les cieux, que nous pouvons ainsi ferrer ces monstres !
Car le nom de notre zoo est le nom de notre patron, celui qui chasse toutes ces dangereuses bêtes — il s’appelle : Tassilo le Forestier ! C’est un envoûteur, doté de grands pouvoirs qui lui permettent, d’un seul regard, dominer tout monstre se tenant sur son chemin ! Il est né dans la forêt, près d’une souche de bois, et a été élevé par une meute de loups — il est certain que Taal est son père, et qu’Ulric l’a adopté comme son filleul ! Tassilo est venu ici, pour répondre aux rumeurs qui disent que cette terre est hantée par les Fées, les Lutins, les esprits de la forêt — et tout comme il a forcé les monstres de l’Empire à s’agenouiller devant lui, il fera la même chose à ceux qui vivent ici ! »


Et tandis que le rabatteur achevait sa réclame, les gens du zoo avaient changé d’équipement ; à la place de lances ferrées, deux d’entre eux s’étaient saisis d’une sorte de gros rondin de bois très fin, comme une sorte de bélier pour enfoncer les portes ; et en allant entre les barreaux de la cage camouflée par un drap, ils donnèrent de grands coups bas dans l’ogre qui ne pouvait prévenir l’assaut : ils martelaient soit ses rotules, soit son ventre, soit son entre-jambe. Qu’importe ce qu’ils visaient, les hurlements de l’ogre sonnaient maintenant aigus, et on entendait du fracas tandis que le grand-halfelin tombait par terre.
Et là-dessus, il y eut des rires cruels qui jaillissaient de la foule. Reginus souriait avec la grimace d’un renard satisfait d’avoir dévoré sa charogne, un terrible rictus qui montrait ses belles dents blanches.

« Comme tu vois, jeune fille, même un ogre mangeur d’enfants est bien sous notre contrôle, nous sommes habitués à leur maîtrise ! Ces geôles sont faites avec du grand fer, de l’alliage de Nuln, qui ne peut pas être bien aisément scié ! Et nos employés sont bien entraînés à réagir à tout accident !
Mais malgré tout, à ta place, je ferais bien attention à ne pas trop m’approcher des barreaux ! »


Et là-dessus, il ouvrit ses paumes et agita les mains devant Susi, en faisant mine de l’attraper comme le ferait peut-être l’ogre. Ça fit rire tout le monde derrière.



Ensuite, suivi un moment où Reginus allait vers la foule pour répondre à d’autres questions, trouver des clients intéressés, et encourager tout le monde à en parler à sa famille et à ses proches partout autour : il voulait non seulement qu’Acques soit au courant, mais également tous les relais, les hameaux et les camps de bûcherons alentours. Une dame inquiète lui demanda si tout ça était bien légal : il répéta mordicus que le seigneur du coin l’avait autorisé, et que le margrave était également au courant. Un autre demandait combien ça coûtait ; Reginus assurait que l’entrée au zoo serait facturée deux pistoles par adulte, six sous l'enfant — mais qu’en échange de ce prix, on avait droit à une consommation gratuite, car ils amenaient des tonneaux de bière avec eux.
C’est que ce sale zoo risquait de faire une méchante concurrence aux Bonchardons. Offrir de l’alcool, il fallait y penser.



Voilà qu’Assmus réapparaissait, avec toujours cette trogne renfrognée. Les pognes dans les poches, il fit un grand tour autour de la cage recouverte, en grinçant des dents. Il attendit que Susi vienne à lui pour grommeler quelque chose :

« Comment tu penses qu’on peut le libérer ? Je pense pas que le type mente sur la force de sa cage — pour tenir un ogre, ça doit être de sacrés barreaux.
Mais un type qui peut calmer une bête avec un regard… T’y crois ou c’est des bobards ? »

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Acques était donc bien un gros village, mais pas vraiment une ville. À l’entrée, il y avait la cheminée d’un fourneau de forgeron, et à son sommet, on pouvait voir le clocher d’un temple religieux, et la motte castrale d’un seigneur — vivaient donc ici un bon prêtre et ses chanoines, et un seigneur avec ses vassaux. Et sous eux, leurs manants, des paysans qui faisaient pousser des céréales et des légumes, et paître des moutons et des vaches qu’on voyait un peu partout.

Mais un gros village, ça voulait dire qu’il y avait une taverne, et ceci était une bonne nouvelle pour deux Halfelins affamés et frigorifiés par leur longue marche un peu trop hivernale. C’est naturellement là qu’Assmus se proposait de se rendre, à la fois car c’était le meilleur endroit pour débuter dans une ville, poser des questions, entendre les rumeurs et savoir où se repérer, mais aussi car il espérait converser avec Susi sur quelques plans pour libérer leur futur ami ogre — si c’était une bonne idée, car pas sûr que le cirque partage toute la ferveur du Folbouffon…



Les deux Halfelins passèrent les portes en bois d’Acques grandes ouvertes. Il n’y avait pas vraiment de voirie, mais des chemins labourés par les sabots des hommes et des animaux passaient entre toutes les chaumières en torchis, délimitées par de simples petites barrières en bois tressé pour protéger les potagers des rongeurs et des renards. Ça avait un bruit de village, très différent d’un bruit de ville — on entendait des cot cot de poules, des chiens qui buvaient dans une gamelle, du bois qu’on sciait ; et alors que Susi se rapprochait du centre de ce grand cercle qu’était la bourgade, on entendait des crépitements de flammes vives autour desquelles on pouvait se tenir chaud.


La « taverne » d’Acques n’était pas vraiment un bâtiment. Il y avait une sorte de grande grange en chaume ouverte, pour protéger la marchandise et loger les voyageurs, mais on mangeait et on buvait en plein air, sous un chapiteau de toile pour se protéger de la pluie — c’était sans doute mieux pour prévenir les incendies. Il n’y avait pas vraiment foule à cette heure-là : les tables se trouvaient presque toutes vides, et le tavernier, un homme tout fin et moustachu, fût occupé à laver le bois des tables au torchon.
En voyant venir les Halfelins, il se gratta la tempe, avant de les saluer de la main.

« Hélà voyageurs. Qu’est-ce que deux p’tits semi-hommes viennent faire à Acques ? »

Semi-homme était un terme insultant, mais le tavernier ne l’avait pas dit de façon agressive, son ton sonnait même agréable — sans doute qu’il avait sorti ça sans se rendre compte que c’était une façon impolie de s’adresser à des Halfelins.

« On vient juste manger et se réchauffer, herr, fit un Assmus d’ordinaire plus loquace.
– Héhé, j’espère que vous allez pas tout bouffer ! » répondit un tavernier tout sourire, fier de sa blague, comme si ses deux clients ne l’avaient jamais entendue celle-là. « Héé, installez-vous près du feu, j’arrive tout de suite pour vous servir. »

Il n’y avait pas beaucoup de clients, certes — mais difficile d’ignorer ceux qui étaient en train de manger. Il y avait un trio de messieurs âgés, les cheveux bien blancs, qui sirotaient leur bière dans un coin. Mais il y avait surtout un… Type, qui faisait tâche dans le paysage bien champêtre.
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Un jeune homme était assis sur un haut tabouret. Grand, mince, rasé de près, les cheveux en bataille, portant une grande robe noire impeccable qui descendait jusqu’à ses mollets. Il avait devant lui une tablette, sur laquelle il écrivait, et des volumes de livres en coin. Surtout, sur son nez, il portait des lunettes.
Tellement peu de gens savaient lire et écrire. Même chez les nobles — beaucoup savaient faire le premier en étant incapables du second. On aurait dit que l’écrit était un don rare, réservé aux Nains et au clergé, à ces prêtres Sigmarites qui aimaient bien rédiger la loi, et lire les ordres de Sigmar couchés sur le parchemin.
Mais voilà que c’était à Acques, en plein milieu du Westermark, que Susi tombait sur ce bonhomme qui semblait sorti d’un beau quartier de Reikdorf. Il avait un habit de clerc, mais il semblait trop maigre, et surtout avec le visage trop lisse pour être un serviteur de Sigmar — à moins qu’il ne soit une espèce de moine ? Si oui, il devrait être enfermé dans un monastère, pas tout seul en plein milieu d’un coin perdu aux frontières de l’Empire…


Le tavernier avait fait vite, car en réalité, sitôt Susi installée, voilà que le tavernier posait deux petites choppe en bois devant les deux petits clients.

« Hé… Les chaises vont être assez grandes pour vous ? Vous voulez des coussins ? » fit le moustachu visiblement bien embêté.
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Susi Tristepanse Bonchardon
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Re: [Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

Message par Susi Tristepanse Bonchardon »

"L'ancienne clairière aux lémures", que je me répète mentalement pour bien mémoriser le nom du lieu où s'est établi le zoo. Je sais pas vraiment où ça se situe, mais ça ne devrait pas être une information bien difficile à obtenir auprès des locaux.

J'écoute avec attention le monologue du baveux bouffi d'orgueil - on dirait un coq sur son fumier. En apparence je hoche la tête un peu stupidement, avec la bouche entrouverte, mais en dedans je suis déjà en train de réfléchir à la manière d'aller libérer l'ogre. L'avantage d'un zoo, c'est qu'il y a plein de diversions faciles à organiser. C'est pas possible de surveiller toutes les cages à la fois, et j'aurais vite fait de libérer une chose ou une autre pour attirer l'attention loin de mon véritable objectif. J'ai pas de doutes sur ma capacité à faire sortir l'ogre de derrière ses barreaux, mais je crains en réalité les dommages collatéraux. Quoique je libère, il va falloir que je m'assure que ça ne blesse ou ne tue personne.

Je hausse un sourcil à la mention du dénommé Tassilo le Forestier. Non pas que j'ai jamais entendu parler de lui, mais sa description a de quoi susciter la curiosité : un envouteur chasseur de monstres patron de zoo fils de Taal filleul d'Ulric venu pour exorciser des esprits, c'est peu commun. Difficile de croire en la véracité de pareille présentation, même si j'ai naturellement envie d'aller vérifier ça de mes yeux : j'adore les histoires de magiciens, de voyants et de paranormal, ça me file la trouille mais c'est ça qui est marrant. Néanmoins, si celui-ci a bien des pouvoirs, entendre la détresse de l'ogre derrière son rideau me fait penser qu'il les utilise d'une bien cruelle manière.

Je serre et desserre à nouveau mes petits poings pour évacuer la colère qui monte. Les gémissements du géant, qui se fait tabasser à coups de rondins, sont difficiles à ignorer, mais je ne peux rien faire pour lui pour le moment. Je suis obligée de me le répéter dans ma tête comme une litanie pour me convaincre moi-même, parce qu'une partie de moi a vraiment besoin d'agir pour faire arrêter cette souffrance injuste. Si ce dénommé Tassilo s'amuse ainsi de la captivité de créatures intelligentes, il allait vraiment falloir que je lui apprenne les bonnes manières façon Tristepanse !

Sirrah et moi aussi, on détient en captivité des personnes intelligentes qu'on juge dangereuses.

Je ne sais pas d'où cette pensée m'est venue, mais je ne l'aime pas beaucoup. Alors je la met de côté et me force à ne pas y songer davantage.

On attend pas que le dénommé Reginus finisse son rabattage pour se tirer, avec Assmus. Chaque mot sortant de sa bouche commence à sérieusement nous échauffer, alors ça vaut mieux qu'on aille à Acques se calmer les nerfs. Le cousin a quand même fait le tour de la cage pour vérifier sa solidité avant qu'on ne mette les voiles, et semble un peu dépité de ne pas y avoir vu de faille. Alors je le rassure en bombant le torse et en me la racontant un peu avec des airs de conspiratrice :

- Tu sous-estimes ta cousine, mon cher Assmus ! Le fer est solide, c'est normal, faudrait être un bel enfumé pour enfermer un ogre dans une prison de paille. Mais les deux petits loquets à l'arrière, sur la partie supérieure, c'est des verrous tout ce qu'il y a de plus basique, et il est possible que j'ai quelque talent pour ouvrir les mécanismes qui se mettent entre moi et ce que je veux chaparder... quant aux gardes, je les ai bien observés, c'est tout sauf des professionnels, ça sera pas bien dur de leur faire la nique d'une manière ou d'une autre.

Je prends un air un peu plus sérieux.

- Mais t'as raison, si on veut libérer l'ogre, faut qu'on se méfie de leur "Forestier". Si ce bige peut se permettre de faire garder ses bêtes par les premiers quidams venus, c'est qu'il a une certaine confiance dans son contrôle de la situation. Va falloir qu'on enquête sur ce type avant d'agir, c'est sur.

L'ambiance est un peu morose sur les derniers mètres nous séparant d'Acques. On était plein d'enthousiasme jusque là, mais on a encore tous les deux les cris de détresse et de souffrance de l'ogre qui hantent nos tympans. Même en se donnant bonne conscience en préparant son chapardage, c'est pas évident de retrouver l'esprit léger en pensant à ce que chaque minute de captivité peut lui réserver de mauvais traitements. C'est donc plutôt naturellement que nos premiers pas dans le village nous dirigent droit vers la taverne locale - même si en réalité, quel que soit notre état d'esprit, c'est surement là qu'on aurait fini.

L'endroit a le charme de la vraie ruralité, celui qui fait sourire Rhya quand elle nous regarde. Il n'y a pas de délimitations bien claires entre l'homme et ses cultures : les potagers sont à côté des habitations le long des chemins terreux déformés par le passage des bottes, et les animaux de la ferme se baladent librement autour de nous. Ca sent les fleurs et la fumée, la rosée et le fumier. Des fois, je me dis que s'ils avaient des terres, les halfelins pourraient vivre comme ça eux aussi, en harmonie avec la nature, à cultiver sereinement leurs champs et élever leurs cochons.

Ca se voit qu'Acques est pas une plaque tournante du tourisme local à l'aspect de sa taverne : c'est juste une grosse grange qui a été reconvertie en lieu de beuverie en y accolant un chapiteau pour l'éventuel voyageur de passage, et il y a peu de chances que le propriétaire des lieux ne vive que de ce seul commerce au vu de son affluence limitée. Peut-être qu'aux heures de repas c'est un peu plus peuplé, mais ça ne doit pas dépasser les quelques poignées d'individus dans les grands jours.

Y a Assmus qui fronce un peu les sourcils quand le tavernier nous appelle semi-hommes. C'est pas le seul de la famille qui n'aime pas beaucoup cette appellation - faut dire que c'est pas très joli, ça nous retire un peu notre spécificité pour nous décrire comme des moitié d'humains... mais j'avoue que personnellement je n'y prête même plus attention à force de l'entendre un peu partout. Ca m'arrive même de me décrire ainsi, parfois. C'est je suppose la force de ceux qui comme moi ont été moqués toute leur vie - les mots perdent un peu de leur puissance nuisible à notre encontre. J'adresse un sourire poli au tavernier qsuand il fait une blague sur notre appétit : ça coute rien d'être gentille, et Assmus semble avoir vu sa bonhomie bien entamée par notre rencontre avec Herr Langeben.

On s'approche près de la table qui nous a été désignée près du feu, mais avant de s'y installer on profite des flammes pour se réchauffer un petit peu, les mains levées paumes tendues pour apprécier la chaleur. Avec la différence de température j'ai des petits tremblotements qui parcourent ma fine carcasse, et je suis obligée de nettoyer ma morve qui coule avec le revers de mon pardessus régulièrement pour rester présentable.

C'est là que mon regard l'a croisé.

L'éphèbe aux cheveux de jais.

L'apôtre de l'élégance.

Le damoiseau de la culture.

L'étalon de Véréna.

C'est frappant à quel point son apparence jure avec la couleur locale. C'est évident qu'il n'est pas à sa place ici - et pourtant il est là, à m'attendre. Enfin, pas m'attendre moi littéralement parlant, là je le regarde mais lui il scrute sa tablette, mais c'est sur que c'est Rhya qui l'a placé ici pour moi, j'en mettrais ma main à couper au feu. Faut que je la coupe d'abord et que je la fasse brûler ensuite ou c'est l'inverse ? J'espère pas l'inverse, ça doit faire super mal d'attendre toute la cuisson. Merde, ça fait déjà longtemps que je le fixe, faut que je regarde autre chose ou il va me prendre pour une azimutée ! Voilà, c'est bon, je fixe le feu, je peux regarder le feu, ça me fait pas passer pour une frappée.

Faut que j'aille lui parler, je peux pas insulter Rhya en ignorant ma destinée, mais je vais lui dire quoi ? Laide comme je suis, je pars déjà avec un bel handicap, mais alors si en plus je rate mon entrée... Rimi il m'avait appris des phrases d'accroche pour l'occasion, faut que je m'en rappelle, allez, que ça me revienne... "Ta mère aime le pain sec je parie, parce que t'es trop craquant". Putain la honte, je peux pas dire ça... il y en avait une autre je crois... "J'suis nouvelle en ville et un peu perdue, tu pourrais me donner le chemin de ta chaumière ?". Nan ça fait vraiment sottarde, attends, c'était quoi encore le truc des dents, il m'avait dit que c'était imparable, qu'il y a pas un garçon que ça marquerait pas... Ah oui ça me revient ! "J'ai de belles dents tu trouves pas ? Elles feraient un super collier pour ta..." PUTAIN RIMI TU SERS A RIEN !

Je sais pas quel genre de buches ils mettent dans leur cheminée ici, mais je crève de chaud. Le tavernier me fait sursauter en arrivant dans mon dos pour savoir si on veut des coussins. Je suis sure qu'il a remarqué mon comportement et qu'il me juge maintenant. Je fais quoi s'il va me dénoncer au beau jeune homme ? Peut-être que je pourrais utiliser l'une des poteries éblouissantes de Sirrah pour m'enfuir tant qu'il en est encore temps.
Vu que je réponds pas, Assmus le fait à ma place en refusant les coussins - c'est vraiment un truc de dignité masculine mal placée parce qu'on en aurait bien eu besoin en vérité - mais il a la présence d'esprit de demander de quoi grignoter un peu pour accompagner nos chopes.
Je grimpe à table, et descends la mienne cul sec pour me calmer un peu l'esprit. J'ai besoin de courage alcoolisé si je veux aller alpaguer l'affriolant savant qui partage ces lieux avec nous. Sans réelle surprise, j'arrive surtout à avaler une gorgée de travers et tousser bruyamment pendant une bien trop grosse poignée de secondes. J'ose même pas vérifier s'il a levé la tête de sa tablette pour me regarder - je me contente de fixer le fond de ma chope pleine de mes postillons avec les joues qui virent au carmin.

Allez Susi, tu as dompté le spectre maudit du miroir maudit et la cannibale de la lampe, t'as affronté un prélat de Sigmar et t'as été sauvée par Ranald en personne, c'est pas possible que t'aies peur d'une conversation avec un humain, aussi appétissant soit-il !

Je me tourne vers ma cible, saute de mon tabouret, et j'avance d'un pas.

Il est vraiment séduisant avec ses petites lunettes.

Je me retourne vers Assmus, escalade mon tabouret, et observe le bois de ma table.

J'y arrive pas.

Je lève mon regard vers mon cousin. Il me fait les gros yeux : je le soupçonne d'avoir partiellement deviné ce qu'il se passe dans ma tête, mais qu'il ne me laissera pas m'en sortir sans le dire à haute voix. Je cède donc, et prononce d'un chuchotement si faible que je dois répéter à deux reprises pour être audible alors qu'il est ridiculement penché vers moi :

- Tu... tu peux m'aider à aborder le garçon là-bas, s'il te plait, cousin ?
Susi Tristepanse Bonchardon, Voie de la voleuse, rang 2.

Profil : For 7 | End 7 | Hab 14 | Cha 12 | Int 9 | Ini 9 | Att 8 | Par 7 | Tir 9 | NA 1 | PV 50/50

États temporaires :
-

Compétences :
- Roublardes : Acrobaties, Contorsionnisme, Crochetage, Déplacement silencieux, Évasion, Vol à la tire,
- Intellectuelles : Acuité visuelle, Langage secret - Jargon des voleurs
- Martiales : Esquive, Résistance accrue, Résistance à la magie(2)
- Divers : Chance, Cuisine, Vision Nocturne

Équipement :
Porté :
- Bolas
- Grenades assourdissantes
- Grappin
- Outils de crochetage
- Boucle d'oreille en or
- Couteau à beurre
- Gibecière
- Lait du Moot

Équipement de voyage (pas systématiquement porté) :
- Costume de scène
- Tenue de Monte-En-l'Air
- Miroir maudit
- Stocks de tabac
Awards \o/
Warfo Award 2021 du meilleur PJ - RP
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"Avec Susi, y a pas de souci !"

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Re: [Naissance des Nations] [Susi] Sommes-nous tous les enfants de Rhya ?

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Assmus n’avait vraiment pas l’air dans son assiette. C’était assez désolant de voir un clown triste — sans son maquillage de scène, cet exubérant Halfelin ressemblait plus à un étrange poupon, avec de grands yeux qui fixaient à moitié le feu servant à réchauffer leur table. Il sirota gaiement l’alcool que le tavernier leur apporta, car il avait tout de même un bon appétit, mais le voilà bien silencieux, quelque chose de rare chez lui.

Mais voilà que Susi quittait la table, avant de revenir aussitôt, en demandant l’aide à son cousin. Assmus fronça les sourcils, regarda le grand garçon en train d’écrire sur sa tablette, puis il se mit à cligner fort des paupières.

« Att-… Que. Quoi ? »


Il observa à nouveau le bonhomme, sans gêne, là où Susi s’était contentée de l’épier furtivement. Il se mit à bégayer un peu, sous l’étonnement :

« C’est… C’est ça ton genre ?! Mais il… Il est tellement… Grand ! Et… Mince ! »

Susi aurait peut-être dit qu’elle était attirée par les femmes que Folbouffon en aurait été moins choqué.
Mais le voilà qui eut un immense rictus sur le visage. Il retrouvait son air goguenard et fripon qui lui seyait bien plus — à défaut d’autre chose, la jeune Halfelin venait de trouver une bonne idée pour égayer son ami.

« Ohohoh, mais si j’avais su ! C’est pour ça que tu fais diète ?! Ah là là, qu’est-ce qu’on ferait pas pour soulager sa crampe !
Je vois tellement de choses différentes maintenant — j’en reviens pas ! »

Il observa à nouveau le lettré. À force de lancer des regards, il fallait bien que ça arrive : le bonhomme aux lunettes leva le museau, et pencha un peu la tête de côté quand il comprit qu’il était devenu l’objet de curiosité d’un Halfelin.
La gêne était tellement immense que peut-être que Susi aurait préféré disparaître en cet instant.

« Bon sang, je sais même pas comment faire avec des types comme ça…
Allez. Je vais improviser. »


Et voilà qu’il sauta de sa chaise trop grande pour lui, et d’un pas décidé, il alla jusqu’à la table du garçon.

L’attente fut horrible. Susi regarda son cousin se hisser au niveau de l’homme aux lunettes sans aucune gêne. Il sembla engager la discussion en commençant une parlotte un peu forte, mais qui sonnait brouillée à ses oreilles. L’homme aux lunettes sembla faire la moue, avant de remettre ses lunettes qui tombaient sur le bout de son nez bien au sommet. Est-ce qu’il avait l’air agacé ? Ou mal à l’aise ? Impossible d’interpréter les traits de son visage-
-et là, au pire moment possible, le tavernier lui obscurcit la vue en se mettant pile devant elle.

« Ah au fait j’ai oublié d’mander – vous préférez des fèves ou de la bouillie avec la barbaque ? Nan parce que j’ai de la bouillie à finir je fais une promotion d’ssus si vous voulez ! »

Il fallut attendre de prendre commande pour renvoyer le tavernier, qui se contenta de partir en faisant une remarque qu’elle n’écoutait pas vraiment ; il dégagea son cul et offrit à nouveau la vision du garçon en robe noire.

Assmus continua de parler un petit instant, avant de se tourner et de faire de grands signes de main pour qu’elle vienne à eux — dos au mur, il fallait maintenant qu’elle s’approche, tandis qu’elle saisissait la discussion en cours de route.

« -passionnant vos histoires, faut les réserver pour l’ancien de notre cirque — Beauconteur qu’il s’appelle — mais il raconte pas que des contes pour amuser les gosses, il a une grande sagesse, je sais qu’il aimerait bien causer avec vous, mon bon frère.
Mais elle, Susi, elle arrête pas de collectionner des trucs incroyables — même des gens. Croyez-moi ou pas, elle a ramené une Arabéenne à nous ! Une Arabéenne d’Arabie ! »

Le bouffon s’écarta un peu et cessa sa parlotte à toute vitesse. Il ouvrit la paume de sa main, tandis qu’il offrait les présentations :

« Susi, je te présente frère Alcuin de Nuln — moine de Véréna, dévoué à l’ordre des gardiens des rôles. Il sait plein de choses, et il sert de scribe pour le margrave du Westermark ! »

Nuln. Rien que la ville faisait rêver — Nuln, la vraie ville, la capitale de l’Empire, la cité la plus éclairée du monde entier. Alors que Reikdorf n’était qu’un immense bidonville grouillant et puant sous l’égide du Grand Théogoniste, Nuln était la ville digne des Dieux et des Princes. On disait qu’elle était blanche de marbre, et scintillante de verre, et qu’à Nuln voyageaient des érudits, des artistes, et même des magiciens du monde entier.
On racontait aussi que c’était la ville qui avait expulsé hors de ses murs tous ceux qui priaient Ulric, et que Sigmar y était tout-puissant. Pourtant, Alcuin priait une déesse plus discrète que les autres, une sorte de divinité qui aimait bien la lecture et les chouettes. Véréna semblait étrangère, bien peu impériale, mais elle avait pris comme époux le sombre et froid Mórr, qui lui était bien digne d’une grande vénération parmi les enfants des forêts.

En tout cas, Alcuin avait penché la tête de côté à la mention d’une fille d’Arabie. Assmus était vraiment un pur imbécile ; il était censé faciliter l’abordage de sa cousine, pas ouvrir une brèche pour Sirrah ! Quel cancre, quand il s’y mettait !

« Comme vous y allez, Assmus, je ne suis que l’un des grattes-papiers de Son Excellence, et actuellement en congé… »

Il parlait avec une voix douce, avec un petit accent noble — et pas celui d’un chevalier braillard, celui d’un bel aristocrate du palais des Hohenbach.

« Enchanté, Susi. Et appelez-moi Alcuin plutôt que mon frère, autrement ça me rappelle trop le séminaire et ce ne sont pas que des bons souvenirs.
– Ah ? Sévère la vie de moine ?
– Plus que celle d’étudiant, c’est certain. »

En se plaçant à table, la jeune Halfeline zieuta rapidement la tablette d’Alcuin ;
C’était… Bizarre. Ça ne ressemblait pas du tout à un texte, c’était plutôt un tas de gribouillis bien collés ensemble, avec des dessins, des chiffres, et des figures géométriques placées dans tous les sens.
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« -et bref, ce monsieur, Alcuin, d’après ce qu’il me dit, il est historien, et écrivain, et traducteur, et même qu’il est architecte. Et Susi, elle a tellement de questions sur tout, je m’en sors pas avec elle ! Alors je me disais, bah p’têt bien que vous pourriez l’ensemencer avec toute votre savoir ?
– Ha ? »

On faisait franchement pas pire comme entrée en matière. Quoi qu’Assmus essayait de faire, ça ne marchait pas, mais alors pas du tout.
Et maintenant il y avait un tout petit blanc de deux secondes qu’il fallait très vite combler, pendant que le grand monsieur à lunettes regardait la Halfeline derrière les verres de ses lunettes, avec un petit sourire très froid en coin.
Jet de wingman d’Assmus (Bonus : +2, amusant) : 19, aïlle, aïlle

Tu ne gagnes aucun bonus pour tenter de séduire ce garçon, va falloir te débrouiller seule.

Jet d’intelligence : 18, pas ouf non plus.
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