[Reinhard Faul] Grande galère

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 02 août 2019, 16:45

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Frida et Reinhard faisaient la gueule. Tout silencieux, ils se contorsionnaient dans tous les sens pour que Lucie Desaix prenne diligemment et silencieusement leurs mesures, tout en affichant une mine d’enterrement qui faisait clairement dire qu’ils n’avaient pas envie d’être ici.
Mais pas Max. Max souriait aux éclats. Et Max ne pouvait pas s’empêcher de tailler la discute avec la tailleuse, ralentissant donc les opérations.

« Cela fait combien de temps que vous êtes à Nuln maintenant ? Vous vous y plaisez ?
– Oh ! Depuis cinq ans maintenant ! C’est beau, c’est très charmant, j’aime beaucoup le Westen… Mais il faut avouer que c’est cher, très cher. Surtout les taxes, les contributions à la guilde… C’est très compliqué, il y a beaucoup de paperasse…
– Ouais. Vous étiez où avant ?
– Oh j’ai beaucoup voyagé ! Avant par exemple j’étais à Wurtbad.
– Sérieux ?! Mon beau-frère vient du Stirland ! Biberhof, vous connaissez ?!
– Oui, oui c’est juste à côté de Wurtbad ! Oh, c’était une ville magnifique ! Mais je n’y suis pas resté longtemps, juste une toute petite année… Par contre, Talabheim, ça j’y ai passé pas mal de temps !
– Arf, je connais assez mal Talabheim pour tout vous dire… Quoi que, j’ai un très bon ami- enfin, je l’ai plus revu depuis un moment, mais, un ouvrier de force qui venait du Talabecland. Nuln le déprimait, c’était un campagnard, un gars qu’aimait la campagne, vous comprenez ?
– Oui, oui, et Nuln c’est pas juste une ville… C’est très, très différent. Vous savez, j’ai grandis à Bordeleaux, et pour les Bretonniens, Bordeleaux c’est une cité immense et incomparable ; Mais même Bordeleaux elle ressemble à une bourgade quand on la met à côté de Nuln.
– Ouais ! Ahah ! Mais, il faut avouer qu’ils ont fait beaucoup d’efforts dans le Westen, c’est très joli ces petits parcs partout, y a plein de coins à l’ombre, en été c’est très sympa, et- »

Pendant qu’il parlait, Frida élevait les yeux au ciel. Elle tourna la tête vers Reinhard, et elle mimait les paroles de Max en bougeant ses lèvres chaque fois qu’il prononçait une phrase. Et ainsi Max rebondit en parlant de la canicule de l’année dernière, de comment son nouvel appart’ était bien chauffé, Lucie Desaix se plaignit des loyers, et ensuite, elle se mit à faire des commérages sur sa clientèle.

« C’est pas vraiiiiiii ? Oh là là, mais les gens ont un CULOT de nos jours !
– C’est exactement ce que je disais à mon amie… Monsieur… ?
– Max, appelez-moi Max, tout le monde m’appelle Max. »

Nurgle Merci, le calvaire qu’ils enduraient se finit tôt après ça. Ils purent alors payer, remercier Desaix, et alors Max reparti dans un petit commérage très court avant d’enfin quitter le magasin. Frida lui fit la gueule et l’alpagua sitôt qu’ils recommencèrent à respirer l’air du dehors.

« Dis-moi, Max, t’es toujours comme ça ?
– Comme quoi ?
– Comme ça, à faire la conversation à tout le monde. »

Il ricanait.

« Toi je crois voir quel genre de personne tu es, Frida ; Toujours à raser les murs, à sceller tes lèvres et à ne rien dire. Hey, c’est bon, fait pas une tête d’enterrement tout le temps. Sourit !
On est des gens qui ont échappé à la mort. Grand-Père nous a donné une seconde chance. Tout ce qui peut nous arriver de nos jours, c’est du bonheur.

– Si tu le dis.
– Je vais profiter de mon jour de congé avec ma femme et mes gosses. Faites pas trop de bêtises, ok les jeunes ? »

Il leur fit une petite révérence puis s’éloigna d’un pas guilleret. Frida grimaça, puis fit un geste pour signifier à Reinhard de le suivre.

« Oui, allez, vient avec moi. »
***
Le chemin fut bien silencieux : Frida ne pipait mot. Traçant tout droit, mains dans les poches de son doublet, elle s’avançait tout vite sans même s’occuper de Reinhard derrière elle. Alors qu’elle était plutôt petite, elle marchait avec de grandes foulées, ses pas rythmés par des petits bruissements métalliques des sangles et des lacets ferrés de ses grosses bottes de soldat.
Ce ne fut pas un chemin bien long. Ils ne s’étaient pas éloignés du Westen de beaucoup. Et pourtant, l’ambiance avait changé du tout au tout. Finis les beaux arbres et les bâtiments résidentiels : Reinhard était entré dans le cœur même de Nuln. La véritable raison pour laquelle cette ville était si importante et respectée à travers le Vieux Monde, au-delà de ses usines fumantes de l’autre côté du Reik : Il était dans le quartier de l’Université.
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Les bâtiments étaient des édifices gigantesques, des constructions imposantes qui, à certains endroits, plongeaient une rue entière dans l’obscurité la plus totale, le soleil dans le ciel camouflé par les toits de tuiles, et parfois de bronze de certaines de ces constructions. Reinhard reconnaissait certains de ces endroits, même s’il n’y avait jamais mis les pieds : Derrière des grilles en fer hautes comme cinq hommes, se cachait un grand jardin avec des fontaines qui menait vers la Faculté de de Médecine, parrainée par la guilde des Chirurgiens et le culte de Shallya, cette dernière reconnaissable à sa saleté de colombe qui était gravée sur toutes les fenêtres fermées. Plus loin, dans un bâtiment plus étroit et avec moins d’étages, mais tout aussi bien verrouillée et fermé par une ceinture de pierre qui ressemblait à un bastion de château fort, Reinhard se sentait tout à l’aise et étrangement en bonne santé : Il passait en fait juste devant l’Académie de Sorcellerie, celle où il aurait pu finir enfermé et éduqué de force s’il n’avait pas fait le choix de l’illégalité.
Mais surtout, surtout, après avoir dépassé l’École aux Halflings (Qui donnait les meilleurs cours de gastronomie de l’Empire) et le Barreau (La faculté de droit), il se retrouvait devant un véritable complexe épais, fermé, dont les murs de pierres pouvaient sans aucun doute supporter un siège militaire : L’École Impériale d’Artillerie.

« Bon, mes copains ils zonent pas loin d’ici. Vendent de quoi faire la fête à des étudiants de l’EIA – Qu’est-ce que ça peut boire, fumer, et faire l’abruti, un étudiant…
Tu te tais et tu leur dis rien je m’occupe de tout. Ça devrait aller non ? »


Ils quittaient leur petite rue étroite et sombre pour déboucher sur une énorme place entièrement pavée et soumise au cagnard du soleil : La Reikplatz. La plus grande place ouverte de toute la ville, elle était construite tout autour du Deutz Elm, l’Orme de Deutz, un arbre plus vieux que Nuln lui-même, dont le tronc était large et épais comme une petite maison. C’était sur cette place grandiose que les vendeurs de journaux offraient ou criaient les nouvelles, que les agitateurs politiques et les candidats aux élections communales tentaient leurs campagnes, que les avis de recherches pour des employés ou des personnes disparues étaient placardées, et Reinhard, comme des dizaines de milliers de personnes, était souvent venu à la Reikplatz pour trouver une offre de saisonnier, pouvoir être engagé pour bosser une petite dizaine de jours en remplacement de quelqu’un. Lors des grandes fêtes, c’était aussi ici qu’étaient produits les spectacles, les représentations théâtrales, les concerts et les défilés militaires.

Normalement, ce jour-ci, alors qu’il ne devait pas être seize heures, il ne devrait pas y avoir beaucoup de monde, tout juste quelques promeneurs, et des vendeurs à la sauvette qui proposaient sur leurs stands des sandwichs ou une boisson chaude. Et pourtant, il y en avait, du monde. Pour une raison inconnue, assez étonnante pour faire que Frida s’arrête, tout un tas de bourgeois s’étaient soudainement arrêtés et avaient commencé à former naturellement un cercle irrégulier. On entendait, de derrière de ce cercle, des cris, des hurlements de terreur, et pourtant, aucun des bourgeois ne s’enfuyait. Frida fit un signe de tête à Reinhard, et les deux cultistes se frayèrent un chemin en poussant un peu les badauds – les « désolée » de Frida passaient plutôt pour des « dégage » très agressifs étant donné le ton qu’elle employait.

La scène qui se jouait alors sous leurs yeux, une fois qu’ils atteignirent les premiers rangs, fut tout bonnement terrifiante.

Du sang. Du sang partout. Des gerbes de sang qui ruisselaient entre les pavés, dégoulinant lentement entre les interstices pour se répandre. Au milieu du cercle formé par les curieux habitants de Nuln, quarante personnes peut-être étaient torses-nues. Des femmes et des hommes, vieux ou jeunes, l’un d’eux ne semblait même pas avoir douze ans, recouverts pudiquement d’un simple haillon autour de leur taille qui descendait jusqu’à leurs chevilles, découvrant ainsi leurs pieds nus. Ils avaient entouré un tabouret sur lequel était monté une quarante-et-unième personne, elle aussi à moitié dénudée. Tous portaient dans leurs mains des fouets, des verges cloutées, et ils se frappaient, en même temps qu’ils frappaient leurs camarades, tout en hurlant et en pleurant. L’un d’eux, une jeune femme blonde dont les trois quarts du crâne était rasé, tomba à terre, se roula en boule en criant complètement hystérique, mais si sa main droite tremblait comme une vache malade, c’était uniquement pour trouver la force d’élever le bras pour à nouveau se frapper.
Sur la chaise, la quarante-et-unième personne élevait les bras au ciel. Il affichait son dos à la foule.
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Sa chair était littéralement à vif. Ses muscles tremblaient à l’air libre. Et pourtant, il tenait encore debout. Reinhard ne pouvait être que bouche-bée. Et pas seulement parce que c’était proprement terrifiant de voir des blessures aussi atroces sur un être humain :
Le flagellant empestait de magie. Sa trace Aethyrique était plus que patente : Elle était dégoûtante. Comme lorsque, étant sur l’Halbinsel, Reinhard avait eu mal à la tête et saigné du nez en passant devant un sanctuaire de Shallya ; Le chef de la procession monstrueuse resplendissait, scintillait d’un air éblouissant, comme le soleil. Reinhard était incapable de voir son visage, même lorsqu’il le présentait à la foule.
En revanche, il entendit bien son discours. Il rugissait d’une voix, qui, sûrement par Magie Divine, retentissait dans un écho, comme s’ils étaient enfermés dans une cathédrale, alors même qu’ils étaient dehors sur une place ouverte.

« Nuln SAIGNE ! Nuln est brisée, touchée, affamée ! L’arrogance et la décadence de ses élites a entraîné la ville tout entière dans sa chute ! La Ruine l’assaille, l’infecte, l’écrase ! Partout, la merde de ses égouts remonte et souille les âmes putrides des habitants !
Et qui en est responsable ? VOUS TOUS! »


Il leva son fouet et le projeta en l’air pour toucher son propre dos. Son sang doucha les bourgeois aux premiers rangs tout autour de lui.

« Vous tous, oui ! Vous tous ! Vous avez oublié les leçons de SIGMAR ! Vous avez sciemment oublié ses enseignements ! Vous avez accepté de coucher avec le Chaos, vous avez refusé de vous saisir de vos épées et de vos marteaux contre lui ! Vous avez toléré pendant beaucoup trop longtemps des puissances qui souhaitaient vous entraîner dans la déchéance, et vous en avez jouis ; Par plaisir, par ambition, par abandon, vous vous êtes allongé à ses côtés, et avez servi ses plans !
L’aristocratie de cette ville pèche ! Les étudiants de cette ville pèchent ! Les patrons d’usine pèchent ! Oui, Emmanuelle von Liebwitz sert le Chaos ! Karl Richthofen sert le Chaos ! Les truands servent le Chaos ! Tous, qu’ils le veuillent ou non, dansent au rythme des claquements de doigts des démons !
Vous méritez tous punition pour vos actes ! Seule la douleur peut vous faire rentrer dans le droit chemin ! Seule la douleur peut vous sauver de la Fin des Temps qui arrive ! Seule la douleur peut vous faire mériter contrition ! »

Compétence FOI de ??? : ???
Jet caché.
Le flagellant regarda dans la foule. Au fur et à mesure de son discours, il regardait tour à tour chacun des visages des fidèles apeurés qui formaient le cercle.
Jusqu’à ce qu’il arrête. Jusqu’à ce qu’il plongea ses yeux droit dans ceux de Reinhard.

Il bondit du tabouret. Il fit de grands pas avec ses pieds nus à travers les flaques de sang qui s’étaient déversées sur le pavé. Les flagellants tout autour de lui cessèrent de se fouetter, soudain curieux, et ils suivirent de leurs regards injectés de larmes leur chef foncer tout droit vers le mage.

« Oui… La corruption est partout… Elle est OMNIPRÉSENTE ! Elle souille tout ce qu’elle touche !
REGARDEZ ! REGARDEZ COMME LA RUINE EST PARTOUT ! SIGMAR PROTÈGE ! TU M’ENTENDS, PESTILENT ?! SIGMAR ME PROTÈGE DE TOI ! »


En face, le cercle des bourgeois fut brisé. Ils étaient poussés dans tous les sens, manu militari. Émergea alors d’un passage créé de force à travers eux, un homme gigantesque, portant une armure de fer, une robe carmin qui descendait jusqu’au sol, et un grand marteau entre ses mains. Il était accompagné de prêtres en habits de cérémonie, mais surtout, une petite demi-douzaine de chevaliers portant un harnois, portant une héraldique représentant un cœur enflammé, et en guise d’armement, de grandes épées à deux mains qu’ils faisaient reposer contre leurs épaules.
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INT de Reinhard : 9. Bonus : +2 (Habitant de Nuln)
Jet : 3, réussite.
Reinhard reconnaissait distinctement ce grand homme chauve avec son marteau gigantesque : C’était l’archi-lecteur de Nuln en personne, Monseigneur Kaslain. Il était le chef de tout le culte de Sigmar dans le sud de l’Empire, et en ville, l’autorité religieuse suprême et absolue. Il passait en fait assez peu de temps dans la cité, mais Reinhard l’avait déjà vu dans des grandes processions les jours de fêtes. Il ne savait en fait pas grand-chose de Kaslain, ni de ce qu’il avait bien pu faire pour le culte de Sigmar. Mais voilà. Un type extrêmement célèbre et connu dans tout l’Empire se tenait devant lui, à même pas deux mètres.

Et il lui sauvait la vie. Parce que Kaslain se mit à hurler tout en pointant son marteau en direction du flagellant.

« Qu’est-ce que ce fanatique fait ici ?! Comment peut-il être toléré qu’un extrémiste excommunié empoisonne le bon peuple de Nuln avec son venin et son mensonge ?!
Qu’on se saisisse de lui et qu’on l’amène à la Tour de Fer ! »


Les flagellants ensanglantés se levèrent comme d’un seul homme. L’un d’eux glissa sur la mare de sang qu’ils avaient provoquée au milieu des pavés. Tous, ils levèrent leurs matraques, et leurs fouets, et ils se mirent en bloc derrière leur chef, qui cessa regarder droit dans les yeux de Reinhard pour faire directement face à Kaslain.

« Il n’est pas de votre ressort de me détenir, Monseigneur ! Les chevaliers qui vous suivent ne sont que des truands servant de milice, ils n’ont aucune autorité pour se saisir de ma personne !
– Peut-être, mais j’ai encore de quoi te faire dégager d’ici de force, hérétique. Si tu voulais servir Sigmar, tu serais parti trouver des Hommes-Bêtes sur lesquels te faire tuer, plutôt que de revenir souiller cette ville avec ta présence !
– Nuln n’a pas besoin de moi pour être souillée, monseigneur ! Rugit le flagellant. Elle l’est déjà, un véritable domaine du Chaos ! Chaque jour, des enfants naissent mutés dans ses bas-fonds. Chaque jour, des personnes disparaissent sans jamais laisser de traces ! Hier encore, un enfant a disparu, alors qu’il était sous la protection du culte de Shallya !
Même les serviteurs de Dieux sont à présent incapables de protéger le peuple de Nuln ! »

Cette nouvelle terrible qu’il annonça eut son effet : Les bourgeois apeurés se mirent à se confondre dans des rumeurs qui bourdonnaient partout.
Sur le front de Kaslain, une petite veine tressauta.

« Et quelle solution proposes-tu pour endiguer cela ? Lancer des attaques diffamatoires contre toutes les grandes personnes de cette ville, puis passer tes journées à te fouetter ?
– Sigmar m’a béni, Kaslain ! Alors que vous m’avez tous abandonné et traité comme un paria et un hérétique, il m’a insufflé sa puissance !
C’est ton manque d’action qui me choque, monseigneur ; À croire que la corruption lancinante du Chaos t’arrange ! »


L’accusation avait du panache, il fallait l’admettre. Mais la lancer publiquement à l’encontre d’une autorité religieuse reconnue dans l’Empire entier, du Reikland jusqu’à l’Ostermark, n’était peut-être pas la chose la plus intelligente à faire : Surtout à en juger par l’écarquillement des yeux de l’archi-lecteur, et sa bouche bée.
Il fit un seul signe de main, et alors les six chevaliers derrière lui firent tomber leurs épées de leurs épaules et se mirent en position de combat, tandis que les clercs autour du prêtre se rangèrent docilement derrière-lui.

« Assez ! Je te suggère de prendre tes cohortes de galeux édentés et de les amener loin de Nuln : Dès maintenant, je m’en vais porter plainte auprès de la Cour de Nuln afin que le bras séculier te condamne comme le Culte t’as déjà mis au ban ! En attendant, disperse tes chiens, ou je les abats comme on abat ceux qui mordent. »

Les flagellants se préparèrent eux aussi à se battre. Déjà, des bourgeois étaient en train de reculer et de vider la place. Mais étrangement, alors même qu’ils étaient menacés par une demi-douzaine de chevaliers armés, le chef des flagellant leva à nouveau ses bras au ciel. Il chuchota à ses fidèles. Et tous baissèrent leurs armes, et leurs têtes, et prirent une apparence inoffensive.

« Nous ne craignons pas la douleur, Kaslain. Et nous ne craignons par la mort non plus. Ta terreur est digne d’un extorqueur de la pègre.
Je pars pour protéger les miens. Mais ne crois pas une seule seconde que je quitte Nuln. Je suis revenu pour purger la ville du Chaos, et c’est ce que je compte faire !
Vous tous, peuple de Nuln, écoutez-moi ! Je suis venu ici pour vous sauver ! Plus jamais vous ne craindrez la corruption ! »


Kaslain serra les crocs, se fit bien menaçant. Mais le chef des flagellants guida les siens bien loin de la place. Alors, l’archi-lecteur parti de son côté.
Une minute plus tard, ce furent les sergents de la ville qui arrivèrent, avec des hallebardes et des matraques, pour disperser la foule. Il allait falloir un moment pour nettoyer tout le sang dégoulinant.

Frida alla trouver Reinhard et le tira un peu au loin. Ses sourcils étaient obliques sur son front et elle affichait une mine aussi inquiète qu’attristée.

« Comment ça va ? C’était quoi ça putain ? »

Elle regardait nerveusement derrière elle.

« Il t’a pas fait de mal ? Tu veux t’asseoir deux minutes ? Aller boire un truc ? »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Reinhard Faul
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 03 août 2019, 13:35

J'ai senti quelque chose de tiède et poisseux couler autour de mes pieds nus. J'ai baissé le nez. Du sang. La foule est en train de se rassembler autour de quelque chose qui saigne. Elle est trop compacte, on ne peut pas en faire le tour. On se retrouve piégé en quelques secondes. Ça ne peut pas être une exécution, pas au milieu de la rue. Les gens autour ont l'air trop ému pour que ça soit un abattage d'animaux. Je jette un regard paniqué à Frida, qui me le rend. En plus y a un de ces sangs qui est bizarre... je le vois au milieu des autres... il a pas la même couleur...

La truande décide de foncer à travers les gens en train de crier de terreur (ils restent pourtant tous immobiles, c'est ça le plus terrible). Je la suis en vitesse, elle qui traverse la foule comme un char d'assaut. J'espérais qu'elle nous fasse tout traverser vite. On est finalement arrivé au premier rang du public de « la chose ». C'est pas là que je voulais être.

Des espèces de gros cinglés sont en train de se massacrer tout seuls en pleurant. C'est pas la première fois que je vois ça, mais en général je les évite. Ils font un bruit de malade à cause des tortures qu'ils s'infligent. Je grimace en voyant des lambeaux de chair claquer au vent chaque fois que leur bras s'abat. C'est une putain de boucherie, ils ont l'air de beaucoup souffrir, c'est très pénible à regarder. Et complètement absurde. Je me prends quelques gouttes de sang dans les cheveux, que je m'empresse d'essuyer du plat de la main alors que d'habitude les productions humaines ne me gênent pas. Ils passent un sale moment ces gens, sous la coupe d'un « dieu » qui les déteste. Je me sens très mal à l'aise. Très mal à l'aise. Quelque chose de répugnant s'en vient.

C'est comme si le soleil s'était levé à deux mètres devant moi. Il faut quelques secondes à mes yeux pour s'adapter à la lumière aveuglante. Les bruits de la foule deviennent bizarre autour de moi, les sons se distordent – je ne vois plus que la silhouette des gens à contre-jour de toute façon. Ça sent mauvais comme dans un cabinet de médecin, avec les antiseptiques et tout. Des vents mauvais. J'ai horriblement mal à la tête comme si on me la fendait en deux, je m'attrape le crâne à deux mains. Une voix retentit et me hurle dessus. Je peux sentir tout son dégoût, physiquement. Elle veut me tuer. Mieux : elle veut faire en sorte que je n'ai jamais existé. M'oblitérer totalement, chaque bouffée d'air que je respirer est une offense à tout ce qui vit. Elle voit tout, elle peut juger chaque moment et m'expliquer en quoi j'ai été une sous-merde. Son ton peut être colérique, méprisant, triste, condescendant, moqueur, la finalité sera la même : elle me veut du mal. Son existence est bancale tant que la mienne perdure.
Oui, c'est très précis comme sensation physique.

C'est un flagellant encore plus massacré que les autres qui porte toute cette magie. Sa voix résonne plus fort qu'elle ne le devrait, elle est porteuse d'images. Je comprends ce qu'il dit mieux que lui même, j'ai l'impression. Il voit du sale, du sale partout. Il me hurle le nom de Sigmar au visage, j'ai envie de lui hurler du démonique en retour. Je mets ma main sur ma bouche pour m'en empêcher, les mots sont déjà dans ma gorge. Sale connard.
Il me voit.

Et merde ! Moi aussi je suinte de la magie partout. Je peux pas m'en empêcher, c'est comme de la sueur. J'ai un moment de panique. Je me dis que je vais être obligé de faire quelque chose. Genre lui gerber du vomi magique corrosif en plein sur sa tronche. J'en ai pas envie mais je...

A ce moment là, l'archilecteur de Nuln se pointe.
Je me demande au milieu de quel événement public on a bien pu se fourrer pour finir en pareille compagnie. Y a tout le cirque, les types avec les grosses armures, le marteau géant, tout. Je m'aperçois que je saigne du nez, j'en ai le goût sur les lèvres. Je m'essuie le visage avec ma manche. Kalsain détourne providentiellement l'attention du gros maboule avec son fouet, je redeviens maître de mes esprits.
On peut reprocher beaucoup de choses aux sigmarites, mais quand il s'agit de s'engueuler ils ont de la classe. L'archilecteur porte un équipement qui doit faire dans les cinquante kilos, sans compter le marteau. Les cœurs en flamme sur les bannières écarlates sont très impressionnants, et la douzaine de gros chevaliers qui prennent la pose en dessous ne gâtent rien. Quant à l'autre pignouf, l'aura de fanatisme maboule qu'il dégage est moins envahissante quand il se fait tancer, mais ça reste une menace pesante. Ils se braillent dessus en faisant référence à des événements que je ne connais pas, où l'écorché vif a visiblement connu des problèmes (et on sera pas surpris qu'un type pareil en rencontre, des problèmes). J'essaye de reculer mais la foule a l'air de me ramener toujours au même point, y a des charrettes et des trucs comme ça qui m'empêchent de m'éloigner directement et j'arrive pas à retrouver Frida. Et puis les divers protagonistes de l'engueulade prennent une posture de combat. D'un seul coup ça panique sec. Un bourgeois massif me bouscule sans vergogne en s'enfuyant. Je tombe à plat ventre par terre comme une victime, bien en avant avec le menton en pole position. Je me fais marcher dessus par une femme qui a du sang plein la figure. Les sergents arrivent. Je me relève en titubant à l'aveugle pour prendre le large. Si il suffisait de me marcher dessus pour me mettre hors d'état de nuire, ça ferait longtemps que je ne serais plus de ce monde.

Frida me retrouve et me tire jusqu'à l'abri de la haie d'un petit parc. Je fais des grimaces comme pour me chasser un sale goût de la bouche.

« Ah, putain d'enculé de meeeerde. Il m'a touché avec sa sale... »

Ma vision floue se focalise sur la truande. Elle a l'air un peu inquiète. Assez pour me proposer de l'eau. Je dois avoir une sale gueule. Je secoue la tête pour chasser les dernières vapeurs nauséabondes de l'autre cinglé dépressif. On voyait sa colonne vertébrale à vif tellement il se massacre. C'était super dégueu.

« Nan merci ça va aller, c'est gentil. T'as rien senti hein ? Je vais t'expliquer en chuchotant à l'oreille, c'est pas des sujets dont on parle comme ça. »

Je lui fais signe de rapprocher sa tête de moi – c'est une grande nénette costaude et je suis assis dans l'herbe humide.

« Le type qui gueulait le plus c'était un sale sorcier de je sais pas quoi. Il faisait son prêchi-prêcha dégoûtant et ça l'ambiançait tout seul, absolument dégueulasse, moi ça me fout en l'air les trucs « religieux ». »

Je fais les petits lapins avec les doigts (j'ai aucune chance de savoir ce que sont des guillemets).

« Y a certains prêtres et machin comme ça qui peuvent détourner le... je préfère pas dire le nom exact. La magie quoi. Les trucs de Grand-P... de tu-sais-qui, pour faire leurs petites affaires dégoûtantes. Ils la maltraitent tellement que ça me fait saigner du nez. »

Je me remets à parler à un volume normal :

« Mais t'inquiète pas, on va les niquer tous ces gros cons. Je comprends de mieux en mieux ces histoires là, dès que j'ai cinq minutes je reviens lui mettre la tête au carré. Regarde ce qu'il est obligé de s'infliger pour faire sa transe ce sale barjot. J'ai failli lui gerber dessus. Connard va. »
Reinhard Faul, Voie du Sorcier de Nurgle
Profil: For 8 | End 8 | Hab 9 | Cha 8 | Int 8 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | Foi 8 | Mag 10 | NA 1 | PV 60/60
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 04 août 2019, 09:29

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CHAR Reinhard : 8
Jet : 8, réussite.
Frida écouta Reinhard en croisant les bras et en voûtant un peu le dos. Elle fronçait les sourcils et serrait les crocs. Un petit tic au coin des lèvres affichait clairement son agacement – pour ne pas dire sa haine. Elle haussa les épaules en guise de réponse à son comparse.

« Non, j’ai rien senti. Enfin… Rien de spécial, pas comme toi t’as dû ressentir… ça se voit que t’as dégusté, merde. »

Elle posa son doigt sous son nez pour indiquer à Reinhard qu’il dégoulinait du sang du sien.

« J’avais un copain… Un pauvre abruti, un raté qui allait nul part dans la vie. Il a finit chez eux. »

Il y avait de quoi interpeller Reinhard : Ce souvenir ne lui était absolument pas parvenu au cours de la cérémonie noire. Il avait eu beau avoir accès à de nombreux souvenirs de Frida, il se souvenait plus de casses, de nuits d’ivresses et de parties de cartes endiablées que quelque chose d’aussi intime.
Elle serrait à présent beaucoup plus les dents, et les mots qu’elle prononçaient comportaient une ire grave et tremblante.

« ‘fin, eux… je veux dire, pas eux, là, pas ce type-là, je le connais pas. Mais les flagellants en général. C’est un peu tous les mêmes, même si leurs confréries portent pas le même nom. C’est, « la confrérie des pauvres pénitents », ou « la confrérie des va-nu-pieds apitoyés », ou « la confrérie des moutons apeurés de Sigmar »… Ils sont vachement originaux dans leurs choix de noms, hein ? Mais c’est tous les mêmes connards, tous. Des types qui débarquent, comme ça, à hurler sur la misère et les péchés. Y te retournent le cerveau de n’importe quel garçon – ou fille – un peu paumé et errant dans la nature. Pire que les rabatteurs de régiments qui te mettent des pépettes sur les genoux et un godet de bière dans le museau pour te convaincre de t’enrôler sous les drapeaux.
Sérieux, comment tu peux convaincre quelqu’un de passer sa journée à se fouetter jusqu’au sang ?! Jusqu’à quel point t’es atteint, bordel de merde ?! »
INT Reinhard : 9
Jet : 14, raté.
Elle paraissait franchement énervée. Mais pas moyen pour Reinhard de creuser davantage le sujet. Il se retrouvait juste un peu bébête, face à une Frida qui se retrouvait soudain terriblement contrariée et en colère, un cocktail d’émotions surgissant en elle.
Mais elle se calma rapidement, en passant une main sur son visage. Et elle reprit sa mine quelconque et impassible.

« Peu importe… Maintenant il risque d’y avoir des sergents partout dans le coin, j’espère juste que mes potes ont pas décarré.
Si tout va bien, on y va, d’ac ? »

***

Elle ne l’entraîna pas beaucoup plus loin. À peine deux, peut-être trois petites minutes de marche à travers des rues pavées. Toujours dans ce quartier de l’université aux bâtiments imposants, aux statues terrifiantes et aux bourgeois bien vêtus.
Et pourtant, ce quartier n’avait rien de tranquille. Il n’était pas au Westen où des serviteurs-bouffons et des mères de familles jouaient tranquillement dans des squares. Ici, les gens vivaient, dans toute leur diversité. Aussi bons, que mauvais.

Reinhard se sentait étrangement guilleret. La magie pulsait ici. Et pas seulement à cause de la proximité de l’Académie de Sorcellerie ; Il était au cœur de Nuln, au milieu du pire et du meilleur que le joyau de l’Empire était capable de produire.
Le problème, c’est qu’il était loin, très très loin d’être le seul à bénéficier de cette trace patente des Vents Aethyriques.
Image
Les rues de la Neuestadt ressemblaient à un labyrinthe. Et pourtant, Frida s’y mouvait sans se perdre. Quittant tantôt une grande avenue pour emprunter un coupe-gorge, elle amenait Reinhard dans des arrières-cours de restaurants, pénétrait en ignorant sciemment les panneaux d’interdictions ou les directions officielles des édiles dans des jardins de copropriétés, et dans des sens uniques qui en fait débouchaient sur de minuscules escaliers qui permettaient de retourner à nouveau sur telle ou telle avenue. Il y avait de quoi avoir mal aux genoux : Nuln était une ville millénaire, construite sur des hauteurs que l’Humanité avait domptés : les rues portaient la trace des âges, des bâtis successifs sur des générations avec des visions et des matériaux différents pour poser leurs rues et faire pousser des maisons, un véritable casse-tête pour les percepteurs d’impôts et les agents chargés de la construction civile. Et encore, tout ceci aurait été impossible si Dieter IV, le plus incompétent des Empereurs à avoir jamais régné, n’avait pas tant investi pour rénover sa bonne ville de Nuln.
Tiens, c’était marrant. Encore hier Reinhard n’en avait strictement rien à foutre de la construction d’habitations, et était incapable de dire qui était Dieter IV. Voilà une connaissance inutile qui lui était rentrée à cause de Bernhard Steiner, à défaut d’avoir pu apprendre des secrets plus impressionnants.

Frida elle, n’en avait cure. Elle marchait aussi facilement dans cet environnement qu’une ballerine sur les planches d’un spectacle. C’était assez fascinant à voir, en fait : Alors même qu’elle était fringuée en homme, et avait un physique très sec aux muscles affinés, elle était loin d’avoir une démarche de bonhomme. Tout à l’inverse, elle naviguait aisément en bondissant au-dessus de flaques d’eau (Peut-être pour économiser ses botes pourries), sous une échelle, ou même un instant où elle tournoya en s’excusant pour éviter de justesse un commis de cuisine qui déboulait pile à l’angle-mort dans lequel elle voulait s’engager. Elle guidait Reinhard, qui sans doute se perdrait dans ce capharnaüm si elle n’était pas présente.

Et finalement, elle arriva quelque part. Elle pénétra dans une ruelle étroite et sombre tout près d’un temple de Sigmar, traversa une ouverture sous une arche, et elle se retrouvait dans la dépendance d’un restaurant. Une sorte de gros rectangle entouré de murs et de maisons, un escalier donnant sur un immeuble résidentiel où des tas de familles devaient supporter les cris des clients ivres la nuit. Il y avait là des tables, des chaises, et dans un coin, des toilettes sèches. En face de ces tables et ces chaises, une grande vitre sale qui donnait sur l’intérieur d’une auberge. Frida mis ses mains dans les poches, et alla s’approcher d’un groupe de quatre personnes attablées qui étaient en train de se charger à l’eau-de-vie en rigolant très fort. Frida vint donner un petit coup de pied dans les hanches de l’un d’eux.
Le bonhomme bondit et se retourna. Mais il se figea en découvrant la truande. Un énorme sourire apparut sur ses lèvres et il cria :

« AAAAAH ! Fridaaaaa ! Hé hé hé, ça faisait longtemps dit ! Ça faisait longtemps ! »

Ils étaient tous les quatre jeunes, peut-être même assez pour passer pour les enfants de Reinhard. Le plus vieux devait même pas avoir trente piges. Et pourtant, alors même qu’ils avaient des bouilles juvéniles avec des barbes incomplètes et pas une ride sur le front, ils avaient déjà des sales gueules à emmerdes : Quelques cicatrices, des sourires figés, des grimaces canailles à l’attention de Frida. Et ils étaient foutrement bien habillés. Ils portaient tous les quatre de beaux mantels et des doublets fourrés, des chaussures cirées ou des bottes montantes de double-solde : Ils paraissaient avoir du fric, et pourtant, leurs gueules de voyous patentés, avec leurs nez casés ou leurs incisives manquantes, faisait clairement comprendre que ce n’était pas papa-maman qui avait fait l’acquisition de leurs frusques. C’était des criminels.

« Le salut à vous. Titi, Eyck…
– Et moi, tu m’dis pas bonjour ? Demanda un quatrième en s’affaissant dans sa chaise, tandis que le-dis « Titi » posait ses doigts sur ses lèvres et sifflait tout en faisant des grands gestes à l’attention d’un garçon de café.
– Toi va te faire foutre.
– Salope. Toujours aussi salope. Tu sais que Giacomo il m’a dit que tu suçais ? Maintenant j’imagine plus que ça quand je pense à toi. Salope.
– Hey, hey, du calme, c’est cool, on est cool.
– Toujours aussi salope, toujours aussi salope ; Moi au moins quand je me fais baiser par un Tiléen je suce en me la fermant, toi tu hurles comme un goret quand il t’enfonce sa matraque dans le derche on croirait que t’en redemandes.
– T’as dis quoi ?! T’as dis quoi là ?!
– Frida va t’faire mettre ! Gueula Eyck.
– Nan mais c’est bon là HO ! On est calmes là ! On est tranquille ! On est tranquilles, zou là ! Hey ! Vous avez mangé du lion ou quoi là ?! »

Cela avait dégénéré en à peine trois secondes. Le type insulté d’homosexuel avait déjà bondit en faisant crisser les pieds de sa chaise, Eyck frappait du poing de la table, et le garçon à qui Frida avait donné un coup de pied avait également bondit en l’air pour calmer tout le monde en faisant des grands gestes. Seul Titi restait assis : il paraissait être le plus vieux et le plus nonchalant de la bande. Après avoir hélé un serveur, il leva sa main et ne laissa apparaître que deux doigts, alors, le garçon se saisit de deux tabourets qu’il approcha.
Frida restait debout, les mains dans les poches.

« C’est bon, c’est bon, c’est bon ! Hey ! Hey la Fouine, tu connais Frida, elle est taquine, elle aime bien un peu chercher, ahaha ! Mais toi t’es tout le temps au taquet, c’est fou, là on est posés, tranquilles !
– Putain Johann t’es toujours aussi couille-molle j’en ai mal aux oreilles. Regarde comment tu trembles là, t’essayes de calmer le jeu mais on sait tous que dès que ça chauffe ça se chie dessus.
Vous buvez quoi ? »


Eyck ricanait, Titi avait un mauvais sourire aux lèvres. Johann balbutia quelque chose puis se rassit. Il n’y avait que la Fouine pour rester debout, visiblement toujours aussi piqué et énervé d’avoir été accusé d’entreprendre des relations sexuelles avec un Tiléen – Restait à savoir si le plus choquant était l’homosexualité, ou le fait de coucher avec un étranger. Homophobie et xénophobie sont deux marques fortes de l’identité des Nulnois.

Frida, elle, s’en foutait. Toujours les mains dans les poches, elle s’assit lourdement sur le tabouret qu’on venait d’installer, et siffla vulgairement en faisant un signe de tête pour que Reinhard pose ses fesses. Enfin, le quatuor semblait remarquer qu’il y avait quelqu’un derrière la voleuse.

« C’est qui ce type ? Hey putain, t’es tombée bien bas pour que ce soit ça ton souteneur ! Ricana Eyck.
– Putain mais c’est qui ça ?! Mais il schlingue ! Mais putain regardez-le, oh merde, il est pied-nu ! Hurla la Fouine avec un ton précieux, visiblement pincé entre le rire et un véritable choc.
– Ah merde attend je déplace un peu ma chaise, j’ai pas envie de rester à côté de ce type, continua Johann, bizarrement ragaillardit.
– Hey, oh, il est avec moi alors vous calmez le jeu.
– On calme que dalle, se plaignit Eyck en pointant son doigt vers Frida. Sérieux, on te voit plus pendant des lustres – en même temps ça nous faisait des vacances – et là pendant qu’on est tranquilles, posés, sur un coup, tu débarques de nul part avec un clodo ?
– Vous êtes posés sur aucun coup, vous êtes des grosses merdes. Les seuls coups que vous entreprenez ça se finit mal, toujours par votre faute. Bande d’attardés.
– C’est pas vrai, geignit Johann. On est sur un vrai coup là, un vrai coup ! Même qu’on va se faire des pépètes on va être pépouze, hey, t’as vu mon écharpe, achetée comptant, c’est sûr que toi t’as l’air d’être sur des gros coups avec ton mac’ qui se ramène fringué comme un clochard !
– Et puis au moins on suce pas des Tiléens, salope, caqueta la Fouine.
– Je sais que tu sais pas lire mais tu pourrais au moins apprendre d’autres insultes, gros taré. Hey, quand tu dis que t’adores m’imaginer en train de sucer, ce qui te branche c’est ma trogne ou c’est la queue à Giacomo ? »

À nouveau, la Fouine cria en répétant très fort : « T’as dis quoi, t’as dis quoi ?! » tandis que Johann « couille-molle » sifflotait avec des petits « hey, hey, hey, c’est bon là on se calme ! » alors que Eyck tapotait la table : « Oh-oh ! Oh azy tu fermes ta bouche ?! ». Et voilà qu’ils retombaient dans un festival de noms d’oiseaux, de vulgarités, de mauvais mots en tout genre qui auraient fait rougir de honte Heidemarie. Ils sortaient tout le vocabulaire ordurier de leurs cervelles.
Jusqu’à ce que Titi, avachi nonchalamment sur son fauteuil, éclaircit sa gorge. Et soudain, tout le monde, même Frida, boucla ses lèvres.
Titi fit un grand sourire à Reinhard. C’était le plus vieux du quatuor, et celui avec la tête la plus laide. Un gros pif, trois grosses cicatrices qui le lacéraient de toutes parts, un morceau de son oreille gauche arraché, deux dents manquantes et trois couronnes dentaires, une en plomb et les deux autres en or. C’était un type aux cheveux bruns quelconques, aux yeux bruns quelconques, mais qui était loin de passer inaperçu avec son beau costume sur-mesure.
Il était très clair que c’était lui le chef. Et alors que tous ceux autour de lui rugissaient, hurler, et professaient des insultes, lui parlait d’une toute petite voix calme, posée, et un peu rauque.

« C’est quoi ton nom ?
– Il s’appelle Reinhard, c’est-
– Je te demande pas à toi, gronda Titi. Je demande à lui. »

Frida se remit sur son tabouret et regarda dans le vide.

« Bon, Reinhard. Tu connais Frida ? C’est pas commun, ça. Elle a pas beaucoup de potes, et les quelques-uns qu’elle a elle a tendance à les planter ensuite… Pas vrai Frida ? Regarde, elle fait genre elle me regarde pas, mais elle sait que ce que je dis c’est vrai.
Tu me payes à boire, Reinhard ? J’ai soif. Paye-moi à boire. »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Reinhard Faul
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 04 août 2019, 21:09

Je m'attendais à ce que les copains de Frida ne soient pas agréables à fréquenter. Des abrutis violents j'en ai déjà vu un paquet, mais ça fait jamais plaisir. Je suis obligé de traîner dans le groupe sociologique des gens qui peuvent pas garder un boulot. Y a différentes saveurs, les gros tarés violents c'est pas ma préférée, même si j'ai souhaité très fort en faire parti quand j'étais jeune. Ceux-là sont friqués néanmoins : leurs fringues classes en témoignent. Ça doit bien marcher pour eux. A une époque j'en aurais crevé d'envie. Maintenant... ben entre deux il y a eu le typhus, les crises de démence, tout ça... enfin j'ai eu l'occasion de m'élever spirituellement quoi.

Ils commencent à papoter entre truands. J'aimerais mieux ne pas entendre. La xénophobie j'approuve entièrement, aucun problème avec ça. J'aurais adoré qu'ils pourrissent les étrangers. C'est évident qu'ils sont merdiques. Ils font des bruits bizarres avec leur bouche. Les trois quarts veulent nous tuer en plus, alors que je leur ai rien fait moi. Enfin ce qu'on entend sur eux est vraiment dérangeant la plupart du temps, même les récits de première main font état de nourriture bizarre, de vêtements qui ressemblent à rien et de maisons biscornues. Même sortir du Wissenland c'est déjà de l'exotisme extrême. Aucun problème avec les racistes du coup. Mais pour le reste... Quand ils commencent à chambrer Frida ça devient plus délicat. J'aime pas embêter les filles : j'y vois pas trop d'intérêt et il y en a qui peuvent se défendre. En plus c'est quelqu'un que je connais. Je ne sais pas si un espèce de code moral m'oblige à intervenir, j'espère que non (oh putain pitié non). Je ne sais pas si parler de fellation de façon répugnante fait parti de parade nuptiale de ces gros dégénérés ou pas.
Heureusement Frida sait y faire. Elle réplique avec une magnifique salve homophobe. Je me retiens de hocher la tête pour approuver. Ça marche toujours très fort, elle a bien fait, même si ça me met mal à l'aise.

Le sujet revient assez fréquemment pour que je garde un visage impassible. L'entraînement. Même dans la vie d'un gentil garçon, la quéquette prend une place considérable. La moitié de l'humour en société (en société que je fréquente du moins) se résume à la sodomie et aux mensurations de bite. J'ai essayé de faire des vannes aussi, mais j'arrive pas à avoir cette fraîcheur. J'en fais trop et les détails sont trop spécifiques. J'ai laissé tomber. Ne pas participer et essuyer les tirs est plus discret.
Frida, elle, c'est pas une manchotte. Bien sûr que ça marche du feu de Dieu : toutes les baltringues sautent de leur chaise. Le présumé homosexuel se met à couiner comme un goret. Son copain essaye de le calmer. Y en a qu'un seul qui arrive à se retenir devant la puissance évocatrice de la matraque dans le cul, c'est dire.

Ensuite c'est mon tour, parce que je suis sale et que j'ai l'air aussi inoffensif qu'inutile. Ça, c'était prévisible. Pareil, j'ai l'habitude. Les gens se sentent souvent obligé de m'expliquer que je pue. Le monde n'est pas gentil. C'est comme ça. Avant je me serais énervé, maintenant je me sens juste vieux et froid à l'intérieur, comme mort. J'apporterai Grand Père au monde, c'est tout ce que je peux faire.

Ça s'engueule gentiment, et puis le plus vieux – le seul qui s'est pas levé quand ça parlait de matraque – me parle directement à moi. Je me retiens de lancer un regard à Frida pour l'appeler au secours. Ça sent la provocation à dix kilomètres à la ronde. J'aime pas ça. Si elle m'oblige à utiliser la magie ici je... ben je vais rien faire, mais j'en penserais pas moins.
Il dit que Frida met des coups dans le dos. C'est pour faire cogiter, ça prend pas. Moi je me laisse pas démonter, elle fait parti du groupe maintenant. Même si elle raconte qu'elle a fréquenté un flagellant mystérieux ça me gêne pas. Par contre pour le coup à boire...

Alors pour les gros taré violent y a pas trente six milles façon de faire. Pour pas se faire taper dessus, il faut qu'ils aient une raison de pas le faire. C'est simple dit comme ça, mais encore faut il trouver sur quel levier appuyer. Moi par exemple je ne peux pas espérer qu'ils aient envie de me faire plaisir, pour faire affaire plus tard par exemple, ou que je leur présente des gens du milieu. Il est flagrant que je n'ai aucun intérêt. Je peux espérer qu'ils ne me trouvent pas assez intéressant pour me faire chier. Ou alors qu'ils me voient comme une victime pénible, parce que je suis assez cinglé pour me défendre au delà de la douleur ou que je risque de filer des maladies. Je dis ça parce que c'est les tactiques que j'emploie pour pas me faire taper la plupart du temps. C'est triste, mais le monde est pas gentil voilà.

« Ça sert à rien de me traiter de pouilleux si c'est pour me mendier du fric la minute d'après. J'en ai pas. Ça s'voit non ? Je fais le voyage pour quelqu'un qui peut pas sortir, c'est tout. »

Si, j'en ai, du fric, et c'est ça qui me rend malade. Jamais été doué pour ces jeux là. C'est jamais bien de trop s'écraser. Faut pas avoir la tête qui dépasse non plus. Pas simple à doser, surtout avec les troubles liés à l'alcool etc, tu m'étonnes que ça soit un milieu violent. Tant de malentendus.

« On cherche juste quelqu'un pour une petite affaire vite fait, cette nuit. »
Reinhard Faul, Voie du Sorcier de Nurgle
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 04 août 2019, 21:44

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


CHAR Reinhard : 8
Jet : 5, réussite
Titi leva les yeux au ciel au refus de Reinhard. La Fouine, lui, n’en démordait pas. Il fit semblant d’être déçu, tandis que Eyck rapprochait son siège à côté de celui de Reinhard.

« Allez, copain, tu vas me dire que t’as pas une pièce ? T’sais c’est pas très poli quand tu veux faire connaissance avec des gens…

– Ouais, allez, t’es sûr t’as pas une pièce ou deux ? Allez, hey, attend je vérifie. »

Eyck approcha ses pattes de Reinhard. Mais il fut vite coupé dans son élan. Titi posa une main ferme sur l’épaule de son comparse, et l’obligea à se rasseoir. Il se tourna ensuite et fit un signe vers le garçon de café.

« Ramène une bouteille d’hydromel, et six verres, je paye pour tout le monde. »

Un mauvais sourire s’afficha sur ses lèvres fendues. Un petit signe de tête à l’attention de tous les invités attablés.
Autour de lui, la petite cour rectangulaire se vidait un petit peu. Un couple décida que c’était le bon moment de partir, peut-être importunés par les cris des criminels. D’autres jeunes, qui avaient des allures d’étudiants à en juger par leurs beaux uniformes flambants neufs de l’EIA, se contentaient de se masser entre eux et de se faire tout petits dans un coin.

« T’as pas de fric. D’accord. Mais donc tu me dis que t’as une affaire ? C’est un peu bizarre, avoue. Et puis…
Et puis est-ce que tu fumes, Reinhard ? Frida, t’as un peu envie ? »

Il sorti une petite tabatière joliment décorée, et une pipe qu’il commença à bourrer. La compagnonne de Reinhard haussa les épaules.

« Je vais en tirer une petite taff’, oui. »

Titi sourit de plus belle tandis qu’il préparait soigneusement son poison. Il ne leva pas les yeux de son œuvre tandis qu’il continuait de parler au mage.

« C’est quoi cette affaire ?
– Un petit casse.
– Cette nuit-même ? Et comme ça, tu te pointes et tu dis que t’as besoin de nous ?
– Je n’ai pas besoin de vous, je peux le faire toute seule. Mais avoir un guetteur ça peut m’être utile, oui. Vous seriez payés. »

La suggestion fit ricaner Titi. Il enflamma le tabac et leva sa pipe à l’intention du premier qui oserait s’en saisir.

« Comme tu vois les affaires vont très bien pour moi, Frida. C’est pas le pognon qui m’intéresse.
Mais t’as pas répondu à ma question, Reinhard. D’où tu connais Frida ? Comment un type comme toi a fait pour traîner avec elle ?
Et c’est quoi cette affaire dont t’as besoin ?

– Pas besoin. »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 05 août 2019, 15:10

Titi nous commande des verres. Oh merde. Déjà, ça veut dire qu'on va devoir rester un certain temps, ensuite ça signifie également que je vais être obligé de boire. Je vois aucune façon polie de refuser. Ça serait comme refuser de respirer le même air que lui, ça passerait pour un peu hostile. Moi même il y a encore peu de temps je n'aurais jamais refusé un verre. Je ne vois aucun contexte où être saoul pourrait être mauvais. Aucun. Sauf quand on est en mission sacrée pour Grand Père. Là c'est différent.
De la fumette par dessus ? J'adorerais accepter, mais je ne sais même pas ce que c'est. Je fais non de la tête, à regret. Crois moi, mon passe-temps préféré c'est de me déchirer la tête. C'est génial la drogue. Tout le monde aime ça. C'est toujours mieux que de se faire chier comme un con non ? Je voudrais bien en prendre pour plus tard, histoire de relaxer après mes aventures, mais j'ai pas vraiment d'argent à moi. Tant pis. En plus il est beaucoup trop agressif ce Titi Il se mêle de ce qui ne le regarde pas, en plus.
Je ne sais pas à quel jeu il joue. Au con, sans doute. Je commence à m'interroger sur son passé commun avec Frida, dans un sale petit coin de ma paranoïaque de tête pouilleuse. Il a l'air très au taquet sur le sujet. Elle l'a peut être doublé, ou elle a tué un gars dans un contexte un peu douteux point de vue commercial. Des histoires comme ça ça arrive tout le temps, mais j'ai pas envie que ça poursuive. Je lui réponds :

« Qu'est ce que ça peut foutre ? Je t'en pose pas des questions sur Frida moi. C'est juste pour un petit truc vite fait bien fait, y a pas besoin de se raconter nos vies. Après, si y en a aucun de vous qui est dispo cette nuit on se tire et fin de l'histoire. Si t'estimes que t'as envie de te déplacer, Frida va t'expliquer les détails. Moi je vois pas quoi dire de plus. »
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 05 août 2019, 19:35

Image
Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


CHAR Reinhard : 8. Bonus : +2 (Titi réceptif au ton sec et à la défensive)
Jet : 7, réussite
« Du calme Reinhard, c’est bon, fait pas ta pute. »

On pouvait être bien en peine de savoir ce que « fait pas ta pute » signifiait, mais Titi agitait ses mains devant lui et changea légèrement de ton, pour en prendre un bien moins calme et bien plus agressif. C’est à ce moment que le garçon de café revenait avec une grosse bouteille d’hydromel qu’il déposa sur la table.

« Je suis juste curieux, c’est tout. T’es bizarre, je sais pas d’où tu viens, je connais rien sur toi à part ton prénom.
Tiens, Frida, sers-nous à boire.

– Non, va te faire foutre. Je suis pas ta bonne je suis venue faire du biz’.
– ‘tain mais si vous avez besoin de mon aide vous vous y prenez mal, bande d’enfoirés ! C’est quoi ces manières ?! Je commence à me demander s’il faut pas que je vous fasse bouffer vos dents pour vous apprendre à parler comme-
– Hey hey, Titi, c’est bon, je vais servir ! Je vais servir ça me dérange pas ! »

Couille-molle, comme l’avait appelé Frida, se saisit alors aussitôt de la bouteille et commença à remplir tous les verres autour de la table. Au grand dam de Titi qui soupira en se tapant un genou.

« C’est pas une question de-… Rah, oublie ! »

Il serra les crocs et attrapa son verre, pour le boire sitôt qu’il fut servi par son camarade, sans attendre de trinquer. Il rida son front et plissa des yeux à cause de l’aigreur de l’alcool, et sa voix rendue plus étranglée, il rebondit.

« Bon. C’est quoi cette affaire ?
– Casse, un truc tout simple.
– Et tu me laisses aucune préparation ? C’est juste, là, cette nuit, tu fais un casse ?
– C’est pas un casse pour voler des valeurs, c’est un casse qui est un prélude à un autre. J’ai besoin de me taper une chapelle de Sigmar pour récupérer des insignes religieux. Le genre de choses qu’on achète pas dans le commerce.
– Je vois. Je comprend. Comme la fois où on a forcé l’entrée dans une caserne de la sergenterie pour récupérer des uniformes ? Je me souviens, on a pu piller un imprimeur en nous faisant passer pour des veilleurs du Guet, on avait bloqué toute la rue personne avait rien dit...
Alors, pour quelle raison t’as besoin de te déguiser en clerc de Sigmar ?

– Ça te regarde ? Je te demande pas sur quels plans t’es, toi. Hey, c’est bon, on va pas tourner en rond. J’ai du fric, je te paye. J’ai juste besoin d’un guetteur et de quoi fuir au cas où on tombe sur un os, si ça se trouve j’aurai même pas besoin de toi. »

Titi mordit ses lèvres. Il regarda Reinhard, puis Frida, puis à nouveau Reinhard. Il fixait le clochard droit dans les yeux, tandis qu’il continuait de parler à la truande.

« C’est quoi la paye ?
– Dix couronnes.
– Qu’on doit diviser entre nous quatre ? C’est pas beaucoup.
– Tu rigoles ? C’est énorme pour juste attendre dehors. C’est moi qui fait tout le boulot.
– Oui, oui, bien sûr, parce qu’aucun casse ne se passe jamais mal…
Désolé mais elle pue un peu ton affaire là. »


Frida soupira.

« T’as raison. Va te faire enculer. Tu viens Reinhard ? »

La truande eut juste à lever ses fesses du tabouret. Immédiatement, Titi se redressa et s’empressa de l’arrêter :

« Attend ! ‘ten, ‘ten ! Hey, c’est bon, t’enfuis pas ! On en discute, c’est tout ! Hey, bordel ! »

Frida se rassit aussitôt, mais elle eut bien du mal à cacher son petit sourire à la réaction de son ancien collègue. Titi paniqua un peu, tandis qu’il se resservait de l’hydromel.

« T’as, heu… T’as déjà fais du repérage ? Pour-
– Des églises de Sigmar c’est pas ce qui manque à Nuln. Oui y a deux ou trois églises de quartier où je sais que je vais croiser personne la nuit que je peux me taper.
– Mais t’as quand même besoin d’un guetteur ?
– Le culte de Sigmar, Titi. Y a une raison pour laquelle ils laissent des reliquaires dorés à la vue de tous et qu’ils sentent pas le besoin de les enfermer dans des coffres ou de les garder constamment, même dans les quartiers pauvres.
Si on apprend qu’un temple de Sigmar a été pillé t’as qu’à croire que Kaslain il va prendre des mesures. Et Kaslain il adore ça, prend des mesures. »


Titi approuva d’un simple hochement de tête. Il regarda dans le vide, puis se tourna pour chercher le soutien de ses camarades. Ce n’est qu’ensuite qu’il eut un petit sourire qui apparut de nouveau.

« Tu sais quoi ? C’est d’accord. Moi je veux bien t’aider pour ce casse. Mais pas pour du fric : Ton fric tu te le gardes. Non. On le fait gratos, mais en échange, toi, tu nous devras de l’aide. Et ton pote Reinhard aussi.
– De l’aide ? C’est quoi ces conneries ?
– De l’aide, pour notre coup. Nous aussi on prépare un casse, et un vrai. Et y a un paquet de pognon à la clé. Vous pourriez vous faire une sacrée petite somme, vous auriez votre part…
Je pourrais vous donner des détails, mais avant faut que vous acceptiez. Tout ce que je peux vous dire c’est que ça serait dans le Wissenland, que ça serait dans un peu plus d’un mois, et qu’il y a un gros pactole à la clé.
Et j’aurais en effet besoin de quelqu’un avec tes compétences, Frida. Je pensais me trouver quelqu’un d’autre, mais… Mais voilà. Disons que c’est Ranald qui a décidé de t’amener jusqu’à moi, hein ? On questionne pas les bizarreries de Ranald. »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 07 août 2019, 21:47

Titi veut pas de notre argent, mais il veut bien nous aider si nous on va l'aider pour un casse dans deux mois. Putain.
Comme je te l'ai déjà dit plein de fois, j'ai été entre autre cambrioleur. Le plus effroyable cambrioleur du monde, celui qui renverse des trucs chez les gens sans faire exprès et qui reste trop longtemps sur place (parce qu'il est bête), mais un cambrioleur quand même. J'ai une idée très exacte de ce qu'on peut foirer dans un casse. A peu près tout. Et j'ai aucune envie de suivre des gamins de la moitié de mon âge habillés comme des putes dans ce genre d'histoire. Je me sens si vieux. Je dois salement faire la tronche.

Je jette un coup d’œil en coin à ma compagne. Elle a l'air concentré sur la conversation. J'espère qu'elle se dit aussi qu'un de ces cons va forcément nous dénoncer aux forces de l'ordre, ou voler le fric, ou nous faire tuer. Ça finit toujours comme ça. Enfin, franchement, regarde comment il parle Titi : est ce que tu as envie de faire confiance à ce mec là ? Avec ses sourires énigmatiques et ses allusions à la con.

En même temps, notre casse à nous il est cette nuit et le leur il est dans un mois. Il peut se passer un paquet de trucs en un mois. On pourrait oublier de venir. On pourrait apprendre à se servir super bien de la magie et les transformer en crapaud. Un de mes grands principes dans la vie c'est de ne jamais penser au futur pour ne pas déprimer. Voilà une belle occasion de mettre en acte cette idée.

Je jette un nouveau coup d’œil à Frida. Est ce qu'on a réellement besoin de ses copains glandus pour choper ces insignes ? Puis bon, ne pas faire le pédé en public, ça devrait aller, mais si j'utilise de la magie ? Puis pourquoi Titi a l'air d'avoir un délire malsain sur Frida ? J'aurais dû lui poser des questions sur ces mecs avant de venir. La prochaine fois je la travaille niveau questions avant qu'on fasse des trucs ensemble parce que je trouve que ça pue. Peut être que c'est le cynisme dû au grand âge et au passé triste. Est ce que j'étais aussi méfiant avant ? Non, de toute évidence non. Si il y avait un abruti pour foncer bille en tête dans les pires emmerdes c'était moi (surtout si il y avait l'occasion de faire un peu le pédé au passage). Enfin le cœur du problème c'est que le danger est inhérent au fait de piquer des trucs qui coûtent cher, et comme je suis du genre pépère et un peu con, j'ai jamais pu m'en dépatouiller. A posteriori j'aurais mieux fait de me trouver une petite vie chiante, j'aurais sans doute mieux géré l'ennui et la sensation de mourir à l'intérieur. Tous mes ancêtres meuniers avaient su le faire, eux. Enfin maintenant c'est trop tard.
Comme Titi me fixe, j'imagine qu'il attend une réponse de ma part.

« Ben euh... Frida ? C'est toi qui en sais le plus là, tu en penses quoi ? »

Là y en a un derrière qui tique parce que je demande son avis à une femme pour quelque chose. Du coup il le souligne grassement. Il déclare que mon comportement est sans doute une approche pour avoir des rapports avec Frida (j'ai reformulé pour la décence). Il n'oublie pas de souligner mon obséquiosité dans cette démarche, sans doute le signe d'une homosexualité galopante. Tout le monde se met à rire. Ah putain que je suis bête. Je sais pas ce que j'ai raté dans ma vie pour ne pas penser à ce genre de détails, mais c'est vrai que c'était con à formuler comme ça devant ces grands garçons si savants à propos des bonnes mœurs. Mais c'est moins facile de ramener les gens à des vagins géants quand on a certains de leurs souvenirs et tout. Ça les humanise.
Enfin comme je t'ai dit je n'ai jamais de bonnes idées pour insulter les gens, surtout qu'avec ma gueule de clochard je passe pour une victime direct. Je suis obligé de répondre quelque chose parce que c'est comme ça. On peut pas rien dire et espérer que ça passe quand c'est de l'agression directe. Je t'avais dit que l'option numéro un c'était d'avoir l'air assez inintéressant pour passer entre les gouttes. Passons à l'option numéro deux : être moi même. Complètement cinglé. J'en ai plein le cul de ces conneries j'ai plus envie de faire semblant que je sais avoir une conversation normale. Je me mets à rire très fort, un rire complètement dénué de joie, les yeux écarquillés et les sourcils froncés. J'ai un visage très expressif c'est le moment de le mettre à profit. Le son couvre le rire naturel des autres participants, qui s'arrêtent pour me fixer l'air outré.

« AH AH AH AH ! IL EST TROP MARRANT LUI, IL A PARLÉ DE SEXE AAAAAAAH ! METTRE UNE BITE DANS DES FESSES PUTAIN J'EN PEUX PLUS ! »

Malgré mon petit format j'ai un coffre plutôt impressionnant, et une gamme de hurlements déments d'une grande richesse. Je donne tout ce que je peux. Puis j'arrête ultra brutalement pour tirer la gueule à nouveau. C'est important le timing.

« Du coup Frida, le casse ? »
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 08 août 2019, 13:41

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Charisme de Reinhard : 8. Bonus : +2 (Tests précédents réussis), +4 (Truands très réceptifs à la folie de Reinhard)
Jet : 13, réussite.
Au moment où Reinhard hurla à la mort comme un demeuré, Eyck se releva subitement et bondit. La Fouine avait ses gros yeux écarquillés. Même Titi, qui jusqu’ici entretenait son petit air de mafieux impassible, eut un tic nerveux alors qu’il reculait pour bien se reposer sur son siège. Reinhard venait de terrifier tout le monde.
Et enfin, ils arrêtaient de faire des blagues énervantes ou d’utiliser un langage ordurier.

« Bordel, mais t’es… Mais toi t’es complètement fêlé ma parole !
– Ouais, il est fou ! Caqueta Frida en riant. Allez, parle, j’ai pas toute ma journée. Magne-toi. C’est quoi que tu veux casser ? »

Titi se lécha les lèvres de devant, ses gros yeux exorbités regardant tour à tour ses deux interlocuteurs. Il s’éclaircit la gorge bruyamment et tenta de se redonner un peu de substance.

« Je peux pas te donner trop de détails.
– Bah oui bien sûr.
– Mais ça serait une diligence. »

Frida hocha de la tête. Elle rapprocha son siège un peu plus de la table, et sa voix se fit soudainement beaucoup moins audible.

« Si t’as prévu l’embuscade et la fuite ça le fait. Pourquoi t’avais besoin de quelqu’un comme moi ? C’est pas ma spécialité les diligences.
– C’est une diligence un peu spéciale. Il y a un coffre dedans, j’aimerais que tu le forces.
– Hm. Moué. Tu peux pas faire ça avec de la poudre, ou acheter un mélange alchimique qui servirait de corrosif ?
– Non, ce qu’il y a à l’intérieur du coffre est trop fragile.
– C’est quoi ?
– T’as envie que je te donne l’adresse de ce que je compte braquer pour leur envoyer une lettre aussi ? C’est fragile, c’est tout, t’auras plus de détails plus tard.
– Bah si tu veux que je te force le coffre, va me falloir savoir quel genre de coffre c’est. Si c’est de la serrure Naine, désolé, je peux rien pour toi, je suis pas aussi douée.
– On sait, on est pas demeurés, grogna la Fouine. C’est pour ça qu’on attend les informations de notre com-
– Tais-toi la Fouine ! Mais quel crétin ! »

Frida leva un sourcil.

« Attend… Il y a plus que vous quatre sur cette affaire ?
– Non, y a que nous quatre. C’est juste qu’on fait le braquage pour quelqu’un.
– Un quelqu’un qui a accès à des infos sur le coffre qu’il…
Oh putain, me dit pas que c’est une affaire entre nobles ? Sérieux Titi, tu peux pas attaquer une diligence pour voler des bijoux et des pièces aux passagers comme tout le monde ?

– Y a beaucoup d’argent à la clé, Frida ! C’est sûr que toi tu sais pas ce que c’est, avec ta veine !
– De l’argent à la clé, tu te fous de moi ? C’est pas du braquage que tu fais, c’est du mercenariat. Le seul fric que tu toucheras c’est celui que ton commanditaire voudra bien te filer – et ça c’est s’il pense pas qu’une meilleure option c’est de t’égorger, ou de te jeter en pâture à un homme de loi. Déjà que je refusais de braquer pour des colliers et de l’orfèvrerie parce que c’est chiant à vendre… Tu me connais, c’est du liquide ou rien.
– Le type a promit de nous payer-
– Je me fous de savoir la somme. En fait j’ai même peur de la savoir la somme – plus elle est grosse plus tu sais que ça sent la merde.
– Donc tu refuses ?
– Je refuse de me mettre en danger pour ouvrir un coffre qui appartient à une tantouze poudrée pour le compte d’une autre tantouze à collerette.
– On est pas obligés de le faire pour son compte à lui… Frida, ce qu’on vole, c’est quelque chose d’inestimable. Une correspondance privée, des papelards qui pourraient intéresser énormément de gens – si notre commanditaire veut nous la faire à l’envers, alors on les vendra à quelqu’un d’autre. Le Culte de Sigmar, les autorités, des gens riches qui en veulent à l’aristo... »

Frida baissa les yeux en passant une main sous son menton. Puis elle tourna la tête vers Reinhard.

« Ouais, ça pue un peu quand même. C’est qui cet aristocrate ? C’est quoi les informations que tu penses qu’il détient ?
– Je te l’ai dis, je te donne aucun détail avant qu’on soit dans le même bateau ! Je t’aide à braquer ton temple de Sigmar si tu veux, et ensuite je te file des infos !
– Oui, parce que t’auras de quoi me dénoncer à Kaslain une fois que j’aurai volé l’église, et du coup je serai obligé de participer à ton braquage de diligence à la con. C’est pour ça que tu refuses les dix couronnes, hein ?
Qu’est-ce que t’en penses, patron ? »


Titi fut étrangement interloqué que Frida appelle soudainement le clochard « patron ». Mais il rapprocha son tabouret de Reinhard et lui fit un petit sourire.

« C’est vraiment une jolie somme qu’on peut espérer. Je sais pas combien la correspondance qu’on va voler vaut, mais notre commanditaire il nous a promit huit-cent couronnes. On pensait le partager à quatre, avec Frida cinq, et toi aussi tu peux avoir la tienne si tu peux te rendre utile.
– Il est plus utile que n’importe qui autour de cette table Titi, mais t’es trop demeuré pour t’en rendre compte. Si on prend une part, déjà, ça sera la part du lion, croyez pas qu’on va partager tout équitablement. Et ensuite, c’est si et seulement si on accepte.
Donc, tu te tais et tu me laisses parler avec le patron. T’en penses quoi ? »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 09 août 2019, 15:32

Un aristocrate ?! Bon sang. Le problème avec les nobles c'est qu'ils peuvent très bien vivre sans toi et t'éliminer de leur paysage à tout instant. A la limite on peut faire du chantage, mais ça coûte toujours très cher de chier dans les bottes d'un type avec du pognon ancestral (rien de pire que le pognon ancestral, ça a vraiment une autre saveur que le pognon tout frais de l'équipe des cinglés violents ici présents). Si ils sont malins et expérimentés ils peuvent tirer sur des leviers dont tu n'as même pas idée. Ce ne sont pas des qualités recherchées chez un partenaire commercial. Enfin je dis ça mais, honnêtement, très peu de nobles m'ont demandé de faire des choses.

Y a qu'une sorte de noble que j'accompagne volontiers un bout de chemin sur le sentier cahoteux de la vie : les gosses de riches avec des pulsions de mort qui traînent dans les tavernes. On s'en tire toujours avec une pièce qui brille ou deux, voire un verre, voire des fringues ou n'importe quoi. C'est rare d'en croiser, ils ne restent pas frais très longtemps, et moi non plus je n'ai plus exactement la fraîcheur requise pour donner le frisson du risque à des adolescents dépressifs, mais ça met du beurre dans les épinards. Sinon il y a les nobles il-ne-faut-pas-que-ma-femme-soit-au-courant, mais ça c'est encore une autre affaire (qui met du beurre dans les épinards aussi cela dit).

Et en plus on rentre dans le domaine délicat de la paperasse des aristo. C'est encore une autre catégorie de paperasse que celle qui peut foudroyer par instant la vie de l'honnête Nulnois analphabète. Le pécule de la secte me donne déjà le vertige, j'ai rarement une quantité d'argent que je ne peux pas compter sur mes doigts. Est ce que une fois sur place, dans la diligence avec les chevaux énervés, du sang partout, la précipitation, est ce qu'on va prendre les bons trucs ? Enfin est ce que ça sera super évident quel coffre, quels papiers ? Ça va me donner des cauchemars. J'ai bien les souvenirs des alphabétisés du groupe, mais seulement quelques bribes d’ânonnements fastidieux durant la petite enfance (A comme Abeille, B comme Ballon...). Sinon ils ont l'air de juste regarder de l'encre et la signification leur saute au cerveau, ça tient du réflexe comme toucher son nez avec son doigt sans chercher où sont les uns et les autres (quoique moi je sois capable de perdre mes propres nez et bras). Si on va s'embarquer là dedans il faut embarquer un lecteur en plus. Je sens le nid à emmerdes gros comme ça.

Mais quand même. Le fric quoi. Le culte c'est gourmand. Et peut être que la magie et tout ça c'est de l'ordre de l'impalpable et de la force naturel, mais le pognon ça permet de faire pas mal de truc bien terrestres. Des déguisements, du recrutement... c'est comme toutes les religions. Bien sûr que tous finiront par pourrir dans les Jardins et que l'amour du Grand Père de tout le monde touchera leurs cœurs fétides, mais si t'as un chouette temple et des costumes sympas ça facilite la Révélation. Je veux pas qu'on devienne tous clodo comme moi, on va jamais avancer sinon. Faudrait un pot commun pour dépanner, ce genre de chose.

Du coup je regarde très fixement Titi le temps de réfléchir à tout ça. Les jeunes ont tous été terrassés par mon numéro de cinglé et supportent mal mon regard. Puis on est près de l'Universität, ça me porte sur le système, et ça commence à se voir. J'ai une façon bien à moi de m'agiter sur ma chaise qui est juste assez dérangeante pour mettre mal à l'aise les gens. Et je commence à faire des trucs bizarres avec mes mains. J'ai des tics quand j'ai besoin de rester dans le réel alors que les Vents sont en train de m'embêter, comme caresser le bois de table pour en sentir les fibres et les nœuds, ou essayer de repousser les tâches de couleurs qui sont devant mes yeux. J'ai toujours su qu'ils faisaient du bordel magique dans ce quartier, même si la succursale locale de l'Académie de Magie ne vient pas souvent dans les conversations du badaud moyen. J'ai l'habitude de l'éviter. C'est pas difficile : je vois tout le bâtiment briller des couleurs bizarres même la nuit.
Mais bref. Du coup ça fait de longues secondes que je fixe très bizarrement Titi et ça commence à froncer les sourcils de perplexité.

« Désolé j'ai mal au bide. Je voulais dire : j'pense qu'on pourrait dire oui, sauf si une fois qu'on a les info ça se révèle être de la folie furieuse. Et puis il faudrait embarquer un type ou deux de chez nous avec des compétences en plus. »

Genre savoir lire.

- Je pense pas que ça va être une promenade tranquille où on va trouver de la paperasse à peine gardée en plein milieu du chemin hein ? »

« Reinhard, sale branleur, j'espère que tu seras brûlé espèce de petite merde. »

-  Mais bon sur le principe, si on fait tout le sale boulot, bah la part du lion sur huit cents couronnes on crache pas dessus et... »

« Je vais venir te faire du mal et te brûler. Et ensuite te ramasser avec une pelle et un balais pour te foutre à la décharge, comme on devrait faire avec toutes les merdes. »

Je secoue la tête. Sigmar est encore en train de venir me faire des menaces, tellement fort que je m'entends plus parler. Il est pas là mais il adore s'infiltrer dans les murs et balancer sa voix dans toutes les directions pour que ça résonne, comme du démonique mais en nul. En plus je suis sûr qu'il veut coucher avec moi, mais qu'il assume pas et qu'il préfère m'insulter. En fait je ne sais pas trop. Des fois il me fait réellement peur. Et puis y a tellement d'entités qui viennent m'embêter... Mais ta gueule putain ! Qu'est ce qu'il est collant en ce moment celui là. Je vais le dire à Irmfried.

« Mon père il prenait des pruneaux contre les gaz, tu devrais essayer. »

La remarque inattendue vient d'un des jeunes qui n'avait pas beaucoup parlé jusque là.

« J'essayerai, merci, c'est gentil.

- On va discuter les détails entre nous, je vais le raccompagner à la porte. »

Je dis au revoir à tout le monde et je me lève pour suivre Frida en silence. Puis une fois à la sortie je lui demande, un peu inquiet :

« Euh... on rentre pas ensemble ?

- Oh, ne t'inquiète pas je suis une grande fille je peux m'en sortir toute seule.

- Non non, t'as mal compris. C'était pour que tu m'accompagnes moi. Je connais pas bien le coin, je vois des trucs et toutes les rues du quartier sont « protégées ».

- Bah c'est compliqué là... enfin si c'est vraiment obligé...

- Ah euh... non. Enfin je comprends. Je vais me débrouiller, tant pis. À tout à l'heure. »

- Le prends pas comme ça ! Écoute pour sortir tu vas à droite, ensuite tu prends vers la maison qui a des volets pétés, tu tournes encore à droite, là tu continues jusqu'à un croisement qui fait une fourche à cinq dents. Tu prends la deuxième en partant de la gauche, et puis en continuant jusqu'à un puits où tu prends la petite ruelle juste derrière, qu'on voit pas très bien, et là t'es à peine à un crachat de chez Mémé c'est pas dur. Faut juste faire gaffe à la petite ruelle parce qu'on passe facilement à coté.

- Petite ruelle, OK. À toute. »

Elle est moins gentille que Irmfried quand même. Du coup je pars en expédition tout seul dans le Dédale, et c'est pas facile. J'essaye de raser les murs et de ne pas avoir l'air de flâner. Je voudrais pas qu'on croit que je mendie sur le territoire de quelqu'un d'autre.
J'ai oublié les instructions de Frida au fur et à mesure qu'elle les disait, du coup je me perds très vite et je me contente d'avoir une vague direction tout droit. Après une bonne heure de marche je finis au bord du fleuve, hyper loin de ma destination mais je sais où je suis. J'ai très soif, je suis fatigué et je commence à m'inquiéter de Sigmar, d'autant que la nuit tombe. Y a des étudiants qui m'ont lancé des bouteilles vides et des cailloux en riant. J'ai dû courir un moment et je saigne à la tempe. Le culte me fait faire de la randonnée, y a pas de doute.

Il me faudra bien une autre bonne heure pour rentrer, si j'ai pas de problème. Je commence à marcher. Là c'est pas Sigmar qui m'embête, c'est la sensation que mes organes coulent hors de moi. Des fois ça m'arrive, et ça dure des heures. Au début je croyais que j'étais en train de mourir, j'avais horriblement peur. Maintenant je sais que mes organes ne coulent pas réellement hors de moi, enfin je crois. C'est très réaliste comme sensation c'est difficile. Je marche en me tenant le ventre et je chantonne tout seul très doucement. Ça me détend de chanter. Tu vas me dire, quel maboule chantonne en pleine rue ? Bah ceux qui y vivent. J'ai pas un manoir où me cacher pour faire des vocalises dans la salle de bain. C'est mon lieu de vie à moi, je l'occupe comme je veux. Les autres ne font qu'y passer.
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