Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Les ténèbres se dissipaient sous les rayons du midi.

De vertes plaines se dessinaient aux alentours du fleuve, parcourues de quelques arbres fruitiers qui s'élevaient, nus et solitaires, dans les courtes pelouses raccourcies parle souffle d'Ulric. Le Hijo des Manaan franchit les dernières coudées de la Bruissante et de ses tunnels bien trop sombres puis émergea dans la lumière. Sur le navire, tous les trantiens respirèrent un grand coup: ils étaient chez eux, ils étaient en Tilée. L'air n'était pas le même que celui de l'autre côté des montagnes. Plus salé, empli de ces douces odeurs de mer que les puissants courants océaniques lançaient jusqu'aux pieds des montagnes qui les renvoyaient alors vers les terres. Même chez les plus endurcis quelques larmes coulèrent tant la joie de revoir la patrie natale était forte. Pas question de se laisser aller pourtant: la Tilée était une terre aussi dangereuse qu'une autre et ce que le territoire perdait en hommes-bêtes il le gagnait en écorcheurs des routes, en mercenaires au chômage ou en bandit pur jus. Difficile de dire ce qui était le plus dangereux.l


-"Allez les gars, dans une semaine on arrive à Trantio!"

Le coeur plus léger, oubliant presque les morts de la semaine passée, les marins d'eau douce se crachèrent dans les mains et déroulèrent les voiles pour profiter du vent. Le navire bondit sur la rivière et fonça droit devant, esquivant sans peine les quelques obstacles naturels comme les récits de et les troncs d'arbre. Bientôt on aperçut des champs au loin, puis des vignes, des tas de vignes. Il fallait bien ça pour fournir la piquette qui comblerait les gosiers et les grands crus qui rendraient ivres les puissants.

-"Bon, on devrait arriver à Cambrotta dans moins d'une quinzaine de minutes: la ville est juste après la sortie de la Bruissante."

Evidemment elle n'avait pas été construite juste en sortie à cause de courants trop forts pour y faire des docks et de rochers trop friables pour la construction. Les habitants alléchés par les retombées commerciales s'étaient donc tout simplement placés au plus près. Quelque chose surprit pourtant le capitaine: une bourgade semblait avoir poussé pendant le voyage: une centaine de tentes et de huttes s'élevaient au bord de la rivière, faisant comme un espèce de barrage. Les gens qui y vivaient étaient pratiquement nus, très frustres et bien différents des hommes qu'on trouvait habituellement en Tilée. Leur peau était trop rose et leurs habits trop peu travaillés. Alexandro, qui visiblement s'y connaissait, s'exclama:

-"Oh la puta de la madre de Myrmidia... Des norses!"

Un véritable village norse qui semblait sorti de nulle part, établi sur les berges du pays de la Vierge à la Lance. Certains firent des petits signes au navire mais aucun ne tenta quoique ce soit contre lui. Emilio, très surprit, leur cria en mauvais reikspiel:

-"Holà! Qu'est-ce que vous faites dans le coin?"

Un guerriers lui répondit, alors que le Hijo s'éloignait:

-"On est des mercenaires de Trantio. Les routes sont pas sûres alors on surveille!"

On entendit Christiano murmurer derrière en tiléen:

-"Si on les surveille avec des putains de barbares elles vont pas être sûres, oui..."

Et parlant de putains, une caravane de prostituées semblait longer la rivière pour aller rejoindre ce campement bien trop masculin.

Puis enfin arriva la vision salvatrice: Cambrotta! Miroir de Kreutzhofen, la petite bourgade de trois-cent âmes respirait paisiblement au rythme des saisons, encore endormie en cette fin d'hiver. Le printemps reviendrait bientôt et ses belles rues pavées, cernées de fresques et de statues, s'éveillaient alors tandis que retentirait l'écho des chevaux des marchands. Gustavo décréta qu'on ne s'y arrêterait que trois heures, histoire de se réapprovisionner, ensuite il faudrait repartir: Trantio attendait.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

Après une semaine dans l'ombre avec les rats et l'ennui, le soleil. Le soleil enfin ! L'Astre myrmidien, les rayons chauds et ses caresses. Piero plissa les yeux, heureusement, c'était l'hiver encore et ses yeux finirent par s'en remettre.
Enfin, la Tilée. Quasiment la maison.
Il s'accouda et regarda les vignes. Le sang de la terre, l'or pourpre qui faisait la fortune des cités. Certains vignobles étaient aussi précieux qu'une ville moyenne, et la guerre des ceps en témoigna.
Son front se plissa lorsqu'il vit cet espèce de taudis au bord de la rivière. De grands gaillards aux nuques blondes, bien bâtis, barbus. Pas vraiment le Miraglianais moyen. Ah et surtout on porte pas des braies en peau de phoque à Miragliano.
Ils ressemblaient aux Nordlander, sans la gnôle d'oignon et la misère ambiante. Alexandro s'exclama. Des Norses ? Mais qu'est ce que ça foutait en Tilée ? C'est bon pour attaquer le Kislev et le Nordland un Norse. C'est con, blond et violent. Comme un homme-bête ou un impérial.
Piero regarda à droite et à gauche. Au cas où une nouvelle elfette se ramenait dans les parages. Si tout le foutoir de là-haut avait décidé de descendre vers le sud, autant rester vigilant.

Les Norses répondirent aux questions des Trantiens. Ils étaient là comme mercenaires, et de la Cité. Bizarre. Les rumeurs de guerre dont parlait la Duchesse, ah la Duchesse... Les rumeurs de guerre se confirmaient donc.
Et là bas c'était quoi tiens ? Ah bah une caravane de donzelles à la cuisse légère. Les routes de Tilée seraient bien gardées. Là il ne regrettait pas d'être en bateau.
Cambrotta était une bourgade sans grande particularité à ses yeux. Petite, paisible, marchande. Il décida qu'il était grand temps que son pauvre furpoil se dégourdisse les jambes après ce séjour dans la cale et l'obscurité.
Caressant son chanfrein, papouillant son encolure. Une fois la délicate manœuvre pour le faire sortir, il l'entraina par la longe dans la bourgade. Heureux comme un gosse, il regardait les maisons, saluait les citadins curieux, puis amena sa monture se dénouer les muscles dans un pré. L'aventurier pouvait le regarder trottait des heures, mais l'échéance arriva rapidement et il s'empressa avant de remonter d'acheter des rations de nourriture pour cheval.

Une fois remonté, il finit par retrouver Dalien. Avec une bonhommie et un sourire à la Gustavo il s'adressa au jeune homme.
"Alors gamin ? Ce premier aperçu de la Tilée ? Qu'en penses tu ?"
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"Ma qué ?!"

"Donnez moi de l'allure!
Une ribambelle d'ecchymoses.
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Déballer ses dents comme une parure
Ne plus passer pour une raclure."


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[MJ] Le Djinn
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Le regard au loin, une expression neutre aux lèvres, Dalien observait Cambrotta une dernière fois tandis que les matelots retiraient les cordages aux bites d'amarrages. Le jeune noble avait bien changé en à peine quelques jours de voyage, au point que Piero eut du mal à le reconnaître: la puérilité avait dégagé de son visage à la vitesse d'un amant surprit dans l'acte. Le feu, la douleur, la mort, ces trois émotions avaient façonné son corps et son esprit pour le transformer en autre chose. Dans sa posture et son regard, Piero put découvrir la grandeur de la noblesse impériale, celle qui remontait aux origines de la Civilisation.

-"C'est plus vert que l'Empire, pour sûr. Pas de forêt non plus, du moins c'est ce que je vois. Comment vous faites pour vous approvisionner en bois?"

En réalité la Tilée possédait des forêts, bien que beaucoup moins denses et exploitées que celle de l'Empire, mais cela Dalien ne pouvait pas le savoir. Il était tout de même vrai que le pays importait aussi du bois de l'étranger, surtout du Middenland et du Reikland. Les pénuries de ce matériau n'étaient pas fréquentes, mais elles arrivaient, chose impensable dans l'Empire ou au Kislev.

-"Ce qui m'étonne le plus, ce sont les habitants. Ils ont un mélange de flegmatisme et d'irritabilité assez impressionnant. Tout à l'heure j'ai vu un homme se prendre un coup de poing au visage et se relever comme si de rien n'était avant de replacer son chapeau alors qu'à côté un marchand s'est vu voler une pomme et s'est mis dans une colère si noire qu'il m'en a fait peur. C'est impressionnant."

La discussion continua quelques minutes alors que le Hijo de Manaan s'engageait sur la suite du fleuve. Ne restait que deux lieux avant de descendre, un comptoir de ravitaillement des plus classiques, une auberge fluviale en somme ainsi que l'entrepôt de Darioti qui reliait le Fleuve Bellagio à la route principale vers Trantio. A cet endroit les marins descendraient la cargaison, comme Gustavo l'expliquait:

-"On y descendra les arquebuses avec poudre et munitions et elles seront confiées à mon collègue Mario Viscini. Après quoi nous continuerons jusqu'à Ebino."

Et c'est ainsi que le Hijo continua paresseusement sa route. Dans deux jours ils arriveraient au comptoir de La Virga MIseria et ils pourraient se reposer réellement. Et puis que pouvait-il arriver de mal sous le soleil de Tilée? Avec une joie renouvelée au coeur, les gardes se remirent à leurs jeux de dés, rendant allègrement hommage à Ranald au passage...

------------------------------------------------------- Les râles et la terre brûlée étaient tout ce que ce passage avait à offrir.

Sur les deux rives il n'y avait que de la douleur et des corps éparpillés, des armes en pagaille et des chevaux éventrés. Sous le soleil de Tilée, au sein du pays de Myrmidia, des centaines d'hommes gisaient, tournés vers Morr ou vers les cieux, dans leurs habits aussi colorés que sales, la chair pourrissant au soleil. L'odeur était celui du contenu des intestins, ramené à l'air libre par de l'acier froid ou par le dernier acte d'un esprit s'échappant de son corps. Ca et là des herbes hautes brûlaient à l'infini, léchant les cratères et les tranchées creusées par les boulets de canon. Quelques silhouettes se mouvaient parmi les morts et des cris déchirants retentissaient depuis l'horizon: on appelait un frère d'armes, un mari qu'on avait suivi, un officier disparu. Des bandes plus organisées fouillaient chaque cadavre, volaient les bottes, l'or et les armes. Tout ce qui se vendait serait pris, rien ne serait perdu. De temps à autre ils tombaient sur un blessé un peu plus combattif et terminaient le travail. Emilio en descendit un d'un coup d'arquebuse, bien qu'on ne sut trop s'il l'avait fait par pitié envers un mercenaire comme lui ou pour le plaisir d'ôter une vie.

Bientôt une main se tendit depuis un petit buisson et une forme humaine en émergea. Un garçon d'environ dix-neuf ans, une jambe pliée dans le mauvais sens. Ses joues rouges indiquaient qu'il avait beaucoup pleuré et un fort affaiblissement physique témoignait des tristes conditions de vie des lames à louer.


-"Ohé! Ohé du bateau! Au-secours, pour l'amour de Myrmidia!"

Le Hijo fût arrêté sur ordre de Gustavo et l'ancre jetée, mais les gardes eurent ordre de se déployer: l'endroit n'était pas sûr et un coup de canon était si vite arrivé...

-"Olà! Pas de précipitation, l'ami. Qu'est-ce qu'il s'est passé?"

Le mercenaire parut hésiter quelques secondes, se demandant sans doute d'où sortaient ces énergumènes qui ne savaient rien de la situation locale. On se moquait habituellement de ces gros marchands là, dans les auberges. Ravalant sa fierté de soldat, il parla:

-"Je suis Martino, j'étais Tercio dans l'armée du Prince Alberto de Trantio! On vient de se battre contre l'armée de cet enfant de puta de Leornado Miravelli, qui travaille pour le compte de Luccini!"

-"Et qui a gagné aujourd'hui?"

-"Euh... Aïe... Miravelli... Par pitié, ne me laissez pas, il pourrait revenir finir le travail!"

-"Si ton ennemi a gagné, je crois que nous n'avons plus rien à nous dire. Levez l'ancre, nous repartons!"

-"Quoi?! Pitié! Pitié ne me laissez pas, pour Myrmidia!"

La décision était cruelle mais parfaitement logique: si jamais le navire était contrôlé plus loin par les forces victorieuses, avoir un mercenaire ennemi à bord serait un véritable crime, déjà que des gardes trantiens seraient mal vus. Ce pauvre garçon serait donc abandonné à son sort, laissé aux charognards et aux assassins qui ne tarderaient pas à lui faire la peau. Ou bien, s'il était moins chanceux, il mourrait à petit peu de faim, s'abreuvant à la rivière jusqu'à ce que le manque d'énergie ne se fasse trop lourd. C'était bien triste.

Mais Piero accepterait-il cette horreur? Laisserait il un compatriote mourir dans la boue et la merde? N'essaierait-il pas d'en sauver au moins un? Il n'y avait pas de limite à la cruauté des hommes, mais pouvait-il, lui, faire preuve de bonté?
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Piero Orson
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

"On part dépuis les montagnes pour fournir les plaines en bois. Les villes côtières dévorent les arbres pour sortir les puissants galions qui sillonneront les mers. Dompter les forêts pour pouvoir ensuite dompter les mers. C'est ça l'esprit tiléen."

À la seconde remarque de l'Impérial, le roublard ne pu s'empêcher de rire.
"Bienvenue en Tilée mon grand. Là où on est tous un peu poète et un peu bandit. Où la franchise doit s'avoir se déguiser de beaux atours. Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute disait l'autre goupil, ici c'est la même. Ah et un conseil." Il prit son air le plus grave. "Né critique IAMAIS la nourriture que l'on te propose."
Il sourit à pleine dents ensuite avant de s'en repartir avec les gardes. Dalien apprenait vite. Il reviendrait de ce voyage en grand commerçant. Le déniaisage à la Trantienne.
-------------------------------------------------------
Piero retira son chapeau et le colla contre la poitrine. C'était un spectacle glaçant bien que trop familier à ses yeux. Il avait traversé la moitié du continent mais on ne s'échappait jamais réellement de la Tilée. Jamais réellement des champs de bataille et des charniers. Bien trop souvent vu partir des colonnes de soldats, des couronnes de fleurs de champs autour du casque, les dernières étreintes avec des catins avant de partir en chantant pour ne jamais revenir. Pour ne jamais devenir bidasse il s'était fait bandit, pour ne jamais mourir pour une prince il avait vendu ses principes et son innocence.

Emilio descendit un des détrousseurs de cadavres, le tirant de sa stupeur dans un sursaut. Personne ne disait rien. Il se sentait comme sur la barge qui vous amenait sur l'autre rive. C'était peut être un peu le cas, qui sait. L'Estalo-tiléen regarda le type qui s'était écroulé face contre fange, un trou gros comme une couronne impériale dans le dos. Il avait encore une corde en bandoulière, plein de bottes accrochées. Putain dire que lui aussi avait trainé ses basques sur des plaines encore fumantes pour dépouiller de pauvres bougres. Être un enfoiré ça vous maintenait en vie assez longtemps curieusement. Avec Fantini, les jumeaux ou même Tonio. À resquiller des bottes, des bourses et des armes. Vautours parmi les vautours. Fallait éviter les goules, les autres bandes de charognards et les autorités. Pendre un voleur de morts c'était le dernier soulagement de ceux qui avaient perdu leurs frères sur le front. Et ils s'y donnaient à cœur joie.

Fernando s'accouda à ses côtés, il secoua la tête et remarqua qu'il était blême comme les infortunés en bas. L'hiver impérial avait pas aidé à son teint.
"J'ai peur pour la maison Fernando. J'ai peur..."

Alors que le navire continuait son périple dans cette vision d'horreur, un riverain les interpella. Un gosse envoyé là donner son sang et ses bras à une cause qu'il ne comprenait pas pour trois pistoles six sous. Un pauvre merdeux qui avait probablement moins de poils au menton que d'années passées sur ce monde.
Et il était du camp des perdants. Le camp de Trantio. Piero avait laissé trop de monde sur le bas-côté de sa vie. Il ne pouvait pas laisser ce pauvre gamin se faire égorger par le prochain mercanti venu. Improviser, mentir, emberlificoter ses paroles. Un mensonge pour une vie, était-ce moral ? De toute façon...

Il cria en direction du gamin :
"Martino ? Martino ! Ragazzo ! Attends !"

Se tournant vers Gustavo il pressa un peu plus son chapeau contre sa cœur. "Señor Gustavo. C'est un des gosses dé ma tante Benedetta. Le pauvre a dû se faire avoir par les recruteurs. Je vous en prie. Je m'en porte garant. On ne peut pas abandonner la famille enfin ?"
Il jeta un regard à l'assemblée, un regard chagriné avant de poursuivre :
"On peut lui donner les habits de la garde. On est tous dans le même état de toute façon. Pour lui Gustavo, Pour la Bellona Myrmidia.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Test de charisme de Piero: 15, échec complet.
Un flottement parcouru les airs autour du Hijo de Manaan. Plusieurs trantiens déglutirent dans l'attente de la décision de Gustavo, lequel avait la main posée sous le menton et les yeux orientés vers le ciel, plongé dans sa réflexion. Après avoir pesé le pour et le contre (et sans doute ne pas avoir été dupe), le capitaine-marchand rendit son jugement, intraitable:

-"Je suis désolé Piero, mais la réponse est non. Je comprends ta douleur, crois-moi, mais je ne mettrai pas la marchandise et l'équipage en danger pour un homme, même un proche. C'est trop dangereux."

Ainsi la sentence tomba-t-elle. Le Hijo remonta les dernières amarres et s'élança sur le fleuve. Le mercenaire déchu regarda le bateau s'éloigner avec des yeux ronds comme des soucoupes et il hurla:

-"NON! Ne me laissez pas là! Pitié! Pitié!"

Trop tard, le fleuve emportait déjà l'embarcation. En regardant de plus près, les gardes de convoi observèrent qu'entre les pillards meurtriers des formes plus sombres se présentaient déjà. Distordues, les chairs à vif et les crocs à l'air, des charognards mutants et des goules qui dévoraient des cadavres en observant passer le Hijo, comme des vaches ruminant en regardant filer des charrettes.

-"AU SECOURS! POUR L'AMOUR DE MYRMIDIA!"

Ses cris résonnèrent longtemps, bien plus que ne l'auraient souhaités les matelots et les mercenaires.

-"NE ME LAISSEZ PAS!"

Une demi-heure plus tard le champ de bataille disparaissait enfin. Au loin le claquement des cordes d'arcs, le sifflement des balles et les hurlements des guerriers résonnaient au loin. A ce qu'il semblait, le conflit s'était dispersée sur le territoire après la défaite de l'armée de Trantio. Gustavo, grognant dans sa moustache fort épaisse, craignait plus que tout une embuscade sur le navire ou des tirs perdus. Il put néanmoins se consoler sur ce dernier point.

Les tirs que le Hijo subit ne furent pas perdus.

Alors que le bateau voguait dans un agglomérat de collines qui faisait l'endroit parfait pour une embuscade, des éclats apparurent dans la coque alors que des carreaux et des flèches volaient en rafale. Pas de blessé cependant: tout avait atterri dans la coque et au-dessus de la ligne de flottaison. Fernando hurla pourtant:


-"Attention!""

Un énorme rondin de bois atterrit à quelques mètres du navire qui le heurta de plein fouet, le bois éclatant des deux côtés. Des hommes en armes jaillirent de derrière les rochers, buissons et herbes hautes qui bordaient le fleuve, exceptionnellement étroit à cet endroit. Ils ne portaient pas d'uniformes mais des tabards. Tous à l'effigie d'une ville, reconnaissable à ses deux longues vues croisées et à ses couleurs blanches et rouges rayées en vertical: Trantio. Un homme s'avança parmi eux, le prototype du condottiere, prêt à tout pour de l'or et des honneurs. Grand et fin comme un aigle, le chapeau à plumes vissé sur le crâne, une armure de métal entaillée par endroit sur le torse et des vêtements souffles et un peu larges, dans un mélange des modes impériales et tiléennes.

-"Ah, du bateau! Je suis le capitaine Giuseppe de Darugia, humble serviteur du prince Alberto de Trantio. Dites-moi: ami ou ennemi?"

Ne se le laissant pas demander deux fois, Gustavo fonça au bastingage pour s'exprimer:

-"Amis! Nous sommes des amis! Je suis Gustavo de la Santa Felicia, marchand et capitaine du Hijo de Manaan. Nous allions livrer une cargaison d'armes à Trantio. Mais de grâce, ne tirez pas!"

Les yeux du capitaine brillèrent et tout son corps sembla s'activer alors que ses mains se faisaient moites d'excitation.

-"Allons, allons, les tirs n'étaient que pour calmer les ardeurs. Mais votre voyage s'arrête ici: la suite du fleuve est contrôlée par Luccini et il est hors-de-question que je laisse des armes à ces sales rats. Allez, descendez tous: nous allons vider le bateau."

-"Mais... Et mon argent? Si vous me prenez tout, je suis ruiné! J'ai des dettes sur ces achats, moi!"

-"Je vous ferai une lettre de change que vous vous ferez rembourser à Trantio. Il ne sera pas dit que la cité est ingrate envers ses alliés, hm?"

En tout il devait y avoir une cinquantaine de mercenaires qui surveillèrent avec méfiances les trantiens et les matelots qui vidaient les caisses, une par une. Bien entendu elles furent toutes ouvertes et chaque fusil fût récupéré et les munitions distribuées. En tout il devait y avoir de quoi équiper trois cents hommes au bas mot, peut-être même plus en comptant les munitions et la poudre. Gustavo était livide tandis que Giuseppe lui donnait de grandes tapes dans le dos. Tout l'équipage et les passagers étaient sur la rive, épuisés d'avoir travaillé. Même Dalien n'y avait pas coupé.

-"Ah, un dernier détail à régler. Tout ce bois pourrait être utile. Il n'y a plus personne sur le hijo? Non? Parfait."

Il fit un geste vers un buisson épais en hauteur et un hurlement de feu jaillit des feuilles. Un boulet de canon explosa le Hijo à la diagonale et bien vite le pauvre navire sombra-t-il dans le lit jusqu'à mi-hauteur. Il était irrécupérable et bloquerait la voie pendant longtemps.

-"Si on ne peut pas avoir l'appui des eaux, personne ne le pourra. Allez, fichez le camp maintenant! Trantio est à quatre jour de marche à pied. Je vais vous faire une lettre de change pour celui-là aussi: merci de votre patriotisme, Gustavo de la Santa Felicia!"

Tout le monde était estomaqué. Gustavo avait des larmes aux yeux et les mercenaires trantiens, pourtant encore armés d'armes blanches, n'osaient rien dire. Même Émilio ne caressait pas sa lame tant il était sous le choc. Ils restèrent là encore quelques secondes à observer leur moyen de transport glouglouter et faire de l'écume, jusqu'à ce que l'impatience du capitaine se fasse sentir.

Et alors que le soleil se couchait, ils débouchèrent sur des champs vierges et intouchés par les combats. Au loin, très au loin, il y avait Trantio, la civilisation, la vie. Les reîtres leur avaient laissé de quoi manger et boire plusieurs jours, ce qui était leur seule preuve de bonne volonté. Oui car il y aurait de la boisson cette première nuit, beaucoup de boisson.
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

Son estomac se serra comme une andouillette de Lyonnesse. Sa main lui démangea. Celle près de l'étui de son pistolet. Tenter le tout pour le tout face à Gustavo. Soulever les Trantiens contre lui pour sauver l'un des leurs ? Un enfant du pays comme lui, comme eux. Une mutinerie pour sauver une vie ? Un acte aussi fou que courageux pour un parfait inconnu ? Des gouttes froides comme le Nordland dévalèrent sa nuque. Il n'avait qu'à pointer son arme sur Gustavo et exiger de sauver ce Martino.

Il ne fit rien. Une glaire honteuse se perdit dans sa gorge. Il respira sèchement avant de faire demi-tour et de regarder le pauvre gosse pendant que le navire repartait. Lâche, encore et toujours. Trop mourant pour briller d'éclat, trop vivant pour risquer sa peau. Rien faire sinon de constater sa pleine inutilité. Et voguer pour Trantio.

Lorsque les cris de ce malheureux bougre s'évanouirent, ils furent remplacés par celui des tirs. Le champs de bataille était encore tiède mais il restait bien assez de troupes pour s'écharper au loin. Piero connaissait ça. La guerre attirait son lot de vautours, de bandits, de soudards. Lorsque ça commençait à bien puer le faisandé, tout ce qui portait une lame et sans un chef pour les coordonner irait se jeter sur le village le plus proche. Allié ou ennemi qu'importe. Ils videraient leurs douilles sur les hommes et leurs couilles dans les femmes. Puis ils dévaliseraient le garde-manger. La guerre c'était plein de crasse et d'hommes fous qui prenaient par la force car ils ne savaient faire que ça. Ces derniers soldats de fortune, survivants d'un autre siècle, ils sont les anciens citoyens d'un monde qui les a exclus ou qu'ils ont fuit.

Mais ce n'était pas un village qui subit le dévolu des soudards. C'était le Hijo. Et il fut gros-giovanni comme devant.
Réquisitionné par l'effort de guerre. Le seul effort à faire était de ne pas finir pendu par des badauds en manque de violence. Les retrouvailles avec Trantio n'étaient pas des plus charmantes. C'était celles du fer.

Pantelant après avoir tout déchargé, il regarda Gustavo se faire fournir un pauvre bout de papier en échange de l'armement nécessaire à une armée. Un bout de papier qui représentait l'argent d'une demi-vie. Un pauvre bout de papier qu'il ne lâcherait probablement pas jusqu'à la ville. D'un côté Piero était triste pour ce gaillard qui ne faisait que son commerce. De l'autre le coup fait à ce pauvre bleuet lui restait en travers de la gorge. Sentiments contrastés comme les habits de Giuseppe de Darugia.

Ce qui arriva ensuite lui manqua de s'étouffer avec une chique fictive. Les soudrilles du Capitaine de Darugia firent tonner la grosse fonte sur le pauvre Hijo de Manaan dépouillé comme un bourgeois sur la route des Irranas.
Ils avaient l'air bien cons tous là à le regarder sombrer. Des bouches bées assez grandes pour loger des ruches.
L'aventurier regardait disparaître la brave esquif qui avait porté ses vieux os de Nuln jusqu'à la Tilée. Il s'était habitué à son odeur, à l'humidité et à l'ennui. Comme un vieil ami le Hijo l'avait reconduit à la maison. Et il ne restait plus qu'une forme floue dans les eaux limoneuses.

Un geste de prière, une grande inspiration et on suivit le capitaine. Rester immobile c'était la mort. Le prochain groupe qu'ils croiseraient serait peut être bien moins conciliant que les briscards qui avaient resquillé leur armurerie. Sur un furpoil trop heureux de se dégourdir les sabots, il avança avec la colonne démoralisée de marins, de gardes blessés et d'un Gustavo qui frôlait la neurasthénie.

Des champs déserts, des bosquets que l'on ne quittait pas des yeux, des routes éventrées par le passage des armées, des chariots, des bêtes, des canons et des ogres. Quel spectacle morne pour des gens mornes. Au soir, ils se retrouvèrent autour d'un grand feu. Le vin fort et épicé des mercenaires avait déjà rempli les ventres à défaut de combler leur trou au cœur.
On chantait de gras chants. Oublier un instant les horreurs traversées jusqu'ici.

"Le rire du sergent
La folle du régiment !
La préférée du Capitaine des Dragons"


Se soutenant comme deux estropiés de la place de la Victoire, Fernando et Piero se donnaient la réplique dans ces paillardises bien nécessaires.

"Toi, toi ma belle Estalienne, aussi belle que tu es une chienne !"

Une outre dans une main, l'autre sur l'épaule du comparse. Il y aurait le chemin pour décuver après tout.

"Un jour ou l'autre il faudra qu'il y ait la guerre
On le sait bien
On n'aime pas ça, mais on ne sait pas quoi faire
On dit, "c'est le destin"
Tant pis pour le Sud
C'était pourtant bien
On aurait pu vivre
Plus d'un million d'années
Et toujours en été !"


Au fond d'une tente, le froid de l'hiver venant taquiner le bout des orteils, l'Estalo-Tiléen songea.

C'était le retour du beau temps. Le soleil pointait ses rayons depuis l'Est. Depuis les Appucinis. La ville était en perpétuelle ébullition, pour changer. Et dans la foule grouillante, une bande de gamins furetait entre les chariots chargés de marbres et les citadins toujours pressés. La bande s'était éclaircie de quelques têtes connues. Certains travaillaient désormais avec leurs pères aux carrières, à la forge ou à l'atelier. D'autres s'étaient désintéressés de cette vie pour fréquenter d'autres bandes plus trépidantes. Et quelques uns ne verraient hélas jamais leur treizième printemps. Ainsi était la vie. Mais pour les gosses des rues on faisait ainsi. Mais il y avait une rumeur qu'ils voulaient vérifier. Enfin surtout Piero. Piero le sans-père. Piero l'enfant de la lanterne rouge. Quelle vie pour celui qui n'était qu'un bâtard laissé sur le bord de la vie d'un autre ?

Il ne comptait pas faire carrière dans le marbre. C'était usant, pénible et dangereux. Marcher jour après jour à la même saignée dans la terre pour en extraire des blocs de la pierre la plus réputée au monde. C'était pas une vie ça. Le travail c'est la santé, et on la conservait en ne faisant rien disait l'ivrogne du troquet le plus proche de la Rose blanche. Et le jeune homme au chapeau à plumes et aux mèches rebelles était plutôt d'accord. Pour reprendre, la rumeur en question parlait d'aventuriers à l'estaminet des Ciseaux brisés. C'était un de ces rades à étrangers, à gens pas d'chez nous qui utilisent même pas de marbre pour le perron de leurs chaumières. Ah ça ma bonne dame il n'y a plus de saisons. Je disais, des aventuriers, idéalistes, révolutionnaires.

Quand on est pas du bon côté de l'ordre moral, des gens qui vivent en dehors des lois c'est plutôt intéressant non ? Lorsqu'il se retrouva devant l'énorme entrée de la taverne, large comme des portes cochères, il déglutit avant de se précipiter vers son destin.


Premier jour de marche. Plus que trois avant la ville. La région était totalement livrée au vent qui lui charriait le son des combats. Pas de masures brûlées, pas de pendus aux arbres. On aurait dit que le paysage s'était figé au sortir de l'hiver pour ne jamais avancer. Même l'herbe était terne. Un moment étrange. Ils arrivèrent à leur premier village.

"Ils ont dû se barrer pour Trantio. En emportant tout. Ou presque."

Entre les maisons de pierre et de torchis, un vieux chien rongeait la carcasse de quelque volaille qui avait survécu à la rafle pour mieux finir sous un croc jauni. Le sol avait été labouré dans la précipitation. Des volets se fermèrent, tous mirent la main au fourreau. Un bougre pas bien gras et à l'air peu finaud, une fourche en main les invectiva après avoir ouvert la porte de ses pieds nus et noircis.
"Barr'vous d'nos terres ! Pas des reitres qu'vont r'tourner Volterno !"
"Calme toi l'ami." fit calmement Christiano. "Où sont les autres ?"
"Von' à Trantio. Mais j'laiss'rai personne toucher à ma ferme. Barr'vous !"

Lorsque Volterno la déserte disparaissait doucement derrière eux, Piero ne pu s'empêcher de demander à Fernando son avis. Courage ou folie, la différence était rapidement ténue.
On ne chanta pas ce soir là. Les tours de garde établies, il fallait s'empresser de se reposer sous peine de se retrouver de quart avec une journée de marche dans les gambettes.

Dans le ventre de la taverne, cela puait la fumée du tabac halfelin, les éructations éthyliques et la popote au feu depuis deux jours. Des négociants à la langue gutturale et aux statures imposantes discutaient les mains sur le veston. Contre une table, un bretonnien parlait de la dulcinée trantienne qui lui avait promis son cœur et ses terres en échange d'une quête sous le regard goguenard de quelques soulards moins naïfs. Des Nains, les fameux, maugréaient la qualité de l'alcool dans un tiléen si pierreux qu'il semblait directement venir des carrières. Mais tout cela n'intéressait pas notre jeune homme en mal d'aventure et d'une autre vie. Pas même les serveuses à la croupe fournie et aux gloussements forcés pour combler le client vulgaire. Non, c'était cette table là. Ils avaient des airs d'Arlequins de rue, de marins perdus mais aussi de ces bandits si redoutés par les honnêtes gens. Ceux qu'il était venu rencontrer.

Il y avait un homme grand et à la musculature noueuse sous son armure. Un Hidalgo estalien. Comme son père... Enfin paraissait-il. Une femme belle au regard sévère comme une Myrmidienne ou même... Véréna. Il y avait d'autres moins marquants car ses yeux noirs s'attardaient sur celui qui souriait.



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Lui. Lui il était libre, Piero pouvait le jurer. Il ne servait ni roi ni dieu. Ces traits dignes de Ranald, il ressemblait un peu à un grand frère. Celui qui t'apprenait à pêcher et à faucher les lapins au collet. Le bambino s'avança, penaud face à ces grandes personnes si impressionnantes. Il n'avait que treize hivers après tout. "Qu'est ce qu'il y a petit ? Si c'est pour le bail, dis à Santangelo qu'on a déjà payé..."
"C'est vous... C'est vous dont on m'a parlé. il tenait son chapeau contre sa poitrine, là dedans son cœur battait la chamade.
"Hey Rubio. Je crois que l'un de tes fils te réclame !" Fit l'un des gaillards derrière à un comparse qui ne répondit qu'avec une tape sur l'épaule et un rire.
-Non non. Je viens car on m'a dit que vous étiez des hommes libres.
L'Homme au sourire se redressa. Il interpella une serveuse et demanda un tabouret.
"Il faut de l'audace pour vouloir être libre. Surtout à ton âge petit. Quel est ton nom ?"
"Piero Orsone Salvadore Manicha Enrico de Riviera di Cruz da Trantio, pour vous servir."
"Fantini. Enchanté de te rencontrer Pierino." Il tendit une main tatouée que le jeune homme s'empressa de saisir. "Il y a beaucoup de choses dont nous devons parler."


Deuxième jour, puis troisième jour. Les collines se succédaient. Aux villages dépeuplés se succédaient les carrières vides ou abandonnées parfois depuis des lustres. Ils ne croisaient qu'à l'occasion des gens fuyant les combats. Vers le Sud. Le Nord, Trantio. Ailleurs. Ainsi que des avants-postes de soldats dépêchés par la ville pour surveiller. Malgré l'écho des batailles, les officiers assuraient que la guerre n'avait pas encore atteint la cité. Mais il fallait rester prudent. Les brigades de bidasses, les bandits des franches compagnies recrutés à coup de cravache par Luccini feraient vite irruption dans les abords de la grande ville. Et leur seul mot d'ordre serait de semer désolation et les graines de la tête de pont luccinienne.

"Par toutes les cimes des Appucinis tu n'es pas sérieux enfin ?!"
Les mains sur les hanches, la génitrice fixait d'un air sévère Piero. Piero et ses élucubrations. Piero et ses idées farfelues d'enfant devenu adulte trop vite par la force des choses.
"Mais enfin maman. C'est ce que j'ai toujours rêvé ! L'aventure ! Voir le monde ! La liberté !"
-Pierino... Enfin tu ne peux pas partir sur les routes. Tu as treize ans ! J'ai négocié avec Agustini, il est aux cuisines du cousin du prince tu te rends compte ? Si il te prends comme commis tu n'aurais toujours du pain sur la table. Tes rêves te sont montés à la tête mon fils."
Elle vint lui caresser la joue, peinée.
"C'est comme ça que l'on doit survivre ? Accrochés aux fouilles des riches ? Je veux vivre pour moi. Pas pour un prince ou son cousin ou Agustini. Je veux vivre, pas survivre maman."
"Car tu imagines que la bohème c'est quoi enfin ? Je ne connais rien du monde au delà de ces remparts et toi non plus. Ici je peux te protéger. Je sais que tu vas bien, où tu te rends. Dehors le monde est grand. Dangereux. Et je ne peux pas supporter de te savoir à dormir dans des granges avec une bande de bandits.."
"Ce ne sont pas des bandits ! C'est ce que disent les gens qui ne supportent pas qu'on puisse vivre en dehors de leurs lois. Des lois des princes et de leurs cousins. Pour ces gens je ne suis qu'un bâtard. Dans la vie qu'on me propose je pourrais être n'importe qui."
Grave, elle lui leva le menton et le fixa, yeux dans les yeux. Comme si elle voulait lire ce qui se tramait derrière ses iris."Tu es et tu resteras toujours Piero Orsone. Mon fils. Tu peux être de l'autre côté du monde, devenir un roi. Tu seras mon fils. Je serais ta mère. Et c'est la seule chose qui doit nous importer. Sais d'où tu viens et tu ne seras jamais perdu. Myrmidia. Maintenant restes avec moi plutôt que de t'égarer je t'en supplie."


Le quatrième jour débutait par une aube flamboyante. Il avait tiré le dernier quart. Des paupières pochées, une humeur maussade. Mais aujourd'hui même, il serait à Trantio. Et c'était son unique préoccupation.
Il allait donner de l'avoine à son bourrin. Aujourd'hui était une fête. Celle du retour.

Il partirait ce soir. Avec eux. Ces soirées l'avaient peu à peu convaincu. Pourquoi vivre selon les règles de ceux d'en haut ? Les anciens vivaient en suivant une déesse-reine. Pas un despote qui pendait ses ennemis en évidence au milieu de la ville. Oui. Il avait déjà préparé ses quelques affaires. Et le ciel au dessus des collines trantines serait encore écarlate lorsqu'il deviendrait l'un des hommes de Fantini, de Pedro de Novosso et de Serena. Un homme libre.

Les Hommes de Gustavo mâchaient sans joie leur ration de bœuf salé. Les arbres se faisaient rare. La ville demandait son bois quotidien, la guerre en demandait encore plus. Des souches effilées pareilles à des pals rappelaient qu'autrefois s'étendaient ici des forêts. L'Homme pouvait marquer la face du monde, le Tiléen lui pouvait la défigurer. Les villages par ici étaient encore vivants. Mais l'agitation trahissait l'inquiétude des paysans. Tout abandonner pour rejoindre la ville et ses dangers ? Ou faire face à la vague luccinienne qui allait tout balayer ? Plus près de la ville que Volterno, les palais d'été et les résidences de l'Aristocratie trantine avaient été transformés en bases avancées pour les compagnies militaires. Un maigre sourire se dessina en imaginant des soudards aussi délicats que ceux du Capitaine Giuseppe de Darugia en train d'utiliser les salons décorés de statues de la noblesse pour cuver du vin à deux cuivrées.

Il y avait aussi un ruissellement. Celui des foules. Par des sentiers, des chemins de traverse, des routes secondaires puis des artères commerciales, les gens se rassemblaient. Ils n'étaient plus ce petit groupe de soldats et de marins au milieu d'un paysage lugubre, ils étaient entourés de dizaines, de centaines de gens. Ceux qui allaient se presser dans la cité du marbre. Alfonso n'hésitait pas à braquer son canon sur ceux qui s'approchaient trop près. Vieux réflexe d'un gardien de marchandises qui n'avait plus de marchandises à garder. Piero avait chargé Fernando sur son cheval qu'il tirait par la longe. Ainsi, c'était au milieu de paysans crasseux et d'ouvriers rentrant des carrières qu'il rentrerait à la maison. Soit, on avait connu pire. Et chaque pas le rapprochait, chaque battement de cœur était l'impulsion pour arriver à Trantio. Oui.

La foule entrait et quittait la ville par les différentes portes qui perçaient les phénoménales murailles. Mais la plus grande, la porte princière, était celle qui menait à la grande route qui faisait une ligne droite approximative du nord au sud de la péninsule tiléenne. Et ce soir, accompagnant des malfrats idéalistes, un bâtard prendrait le passage du prince. Un bâtard hésitant, en fugue, un choix que peut être il regretterait. Mais après tout il pourrait revenir de temps en temps, donner des nouvelles, avant de déguerpir pour ne pas être soumis aux lois qui l'accableraient bien vite de tous les maux du monde. Un pincement au cœur. Un regard. Vers les hauteurs de la ville, vers son bordel qui fut un foyer et bien plus davantage. Lorsqu'ils passèrent les portes, il regarda la ville, le seul monde qu'il n'avait jamais connu, de ses remparts à ses ruelles, de ses palais à ses taudis. Il quittait Trantio pour trouver l'aventure.

Les hommes poussèrent des hourras. Il redressa son chapeau. Au loin, à quelques dizaines de minutes tout au plus, cernée par les faubourgs, les champs et les colonies de tentes des soldats, se dressaient, impassibles face au temps et aux problèmes des hommes, les murailles de sa cité. Enfin. Il n'avait cessé d'attendre l'instant où l'Aventure le reconduisait chez lui. Trantio. Aujourd'hui, Piero rentrait à la maison. Ce qui pouvait advenir ensuite serait une autre vie. Aujourd'hui, un bâtard empruntait la porte des Princes.
"Nous y voilà."
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

"Donnez moi de l'allure!
Une ribambelle d'ecchymoses.
Chantez moi, la vie en rose.
Déballer ses dents comme une parure
Ne plus passer pour une raclure."


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[MJ] Le Djinn
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

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Ah, Trantio! Mère des meilleurs sculpteurs humains du Vieux Monde, maîtresse des puissants et terre bénie des mercenaires.

On dénombrait dix mille chansons sur la cité, autant de poèmes et presque autant de livres, mais aucun n'avait su capter l'essence même de la cité. Etait-ce seulement possible? Pouvait-on vraiment capter l'âme d'un lieu si grand, si rempli? Un philosophe aurait répondu à cette question que c'était impossible. Tout comme l'on ne pouvait pas retracer chaque seconde de la vie d'un homme, pour comprendre toutes les actions qui l'avaient mené à son présent, on ne pouvait pas quantifier tous les gestes, les rires, les pleurs, les cris, les murmures, l'amour ou la violence qui s'écoulaient quotidiennement dans les murs d'une ville. Et si l'on ne pouvait pas le faire pour un jour, comment pouvait-on espérer le faire pour une vie ou cent?
Alors se posait l'autre question: ces rues de pierre, ces palais de marbre local, ces maisons pauvres de briques sèches, ces marchés colorés où l'on échangeait des denrées en même temps que des coups de poignards... Ces objets inanimés avaient-ils une âme?

Assurément! Comment pourrait-il en être autrement? Comment ne pas développer son esprit et sa conscience en ayant été frappé par tant de joie et de peine? Ainsi Trantio vivait, bougeait et parlait. Pas dans la langue des hommes bien sûr, mais dans celle de la pierre, dans les fissures qui poussaient sur ses murs peu entretenus, sur son lierre qui grimpait, sa mousse qui brisait la chaussée, dans le ciment qui durcissait et les tours qui s'élevaient à l'aide de grues gigantesques.

Et elle parlait, cette ville, elle parlait à ses enfants et aux étrangers, à ses amis et à ses adversaires. Douce et muette, elle disait:


-"Venez, venez en mon sein! Découvrez mes ruelles sinueuses et mes grandes artères, venez abreuver mon cœur de marchandises exotiques, venez vous aimer sur les coussins les plus moelleux de mes demeures, venez me rassasier de sang dans les taudis, venez circuler sur moi et me rendre plus vivante que jamais, venez me protéger avec vos lames et votre poudre, venez me penser dans les temples, venez m'écouter dans les statues et les fresques, venez me décider dans les palais."

Ce sont ces paroles qui vinrent cueillir les tiléens qui rentraient à la maison. Ils étaient enfin chez eux, après tout ce temps. Et leur mère les attendait, belle et accueillante, mais sur le pied de guerre comme Myrmidia armée. Elle les dominait de toute sa hauteur, avec les impressionnants palais qui se tenaient, menaçants et sévères, au-dessus des quartiers moins fortunés se déversant jusqu'aux murs de la cité et en débordant même un peu. Les trantiens soupirèrent de joie et se jetèrent dans les bras les uns des autres: Enfin!
Gustavo faisait la tête à côté d'eux. Il n'avait aucune garantie que la lettre de change donnée par le capitaine Giuseppe ait la moindre valeur, surtout si Trantio perdait la guerre. Sans cet argent il ne pourrait pas payer ses hommes et ses gages: autant dire la faillite. Blême, plus mort que vif, il salua ses hommes en leur demandant de le rejoindre dans six heures à la Plaza del Sol, dans les quartiers moyens. Pas difficile d'accès, assez large, on pouvait s'y retrouver facilement autour de la Fontaine des Sept Ouailles, qui représentait des religieux en prière. Autant dire que Piero, bien qu'apprécié, ne serait pas invité à la remise des soldes. Sa bravoure lui avait acheté le voyage, pas davantage. Aussi, avec la poigne virile des gens du sud, ce bandit au grand cœur serra les avant-bras de tous ses camarades et accorda même aux plus proches de viriles accolades. Fernando conclut ce voyage par un mot:


-"Les fils de Trantio peuvent être séparés par des continents, mais ils resteront toujours unis dans le souvenir gravé de la Cité de Marbre."

Voilà, tout était dit. A présent Piero repartait vers tout ce qui lui restait: sa famille, sa mère, sa nièce par adoption. Elles vivaient à une demi-heure de marche à travers les rues. En traversant la cité, il constata sans surprise que le nombre de mercenaires n'avait rien à voir avec celui qu'il voyait dans son enfance. Le pavé subissait une véritable invasion de lames à louer, sales et cruelles qui ricanaient en buvant du mauvais vin et qui aiguisait de lourds appétits de butin. Les récentes défaites de Trantio ne semblaient pas avoir douché leurs attentes. Sans doute que la guerre était très loin d'être terminée, ou que quelque prince avait dans son sac un plan bien ficelé qui renverserait le cours des choses.
Il arriva néanmoins sans encore dans les quartiers moyens où l'on trouvait la Rosa Bianca, en quelque sorte le bordel familial. Pas de malfaiteurs ou de mendiants en ces rues, seulement des gardes lourdement armés qui surveillaient avec sévérité les allées et venues. Cette sécurité rassurait les "professions intermédiaires" qui s'étaient installés en masse dans les belles maisons à étage en pierre de cette longue colline. Piero, avec sa dégaine de mauvais aventurier, faisait figure d'exception et de drôlerie. Quelques uns s'en moquèrent au passage. Pas trop loin des soldats, quand même.

Et bientôt le bordel tant attendu: le Rosa Bianca. Il avait changé depuis que Piero l'avait vu pour la dernière fois, sept années plus tôt. La façade avait été réaménagée et faisait désormais plus propre. De lourds rideaux rouges masquaient l'entrée et les colonnes avaient reçues un coup de ciment. A la façade avant on voyait des racoleuses qui minaudaient pour les passants bien vêtus et, venant de l'arrière, on entendait des cris et des rires d'enfants avec des voix féminines grondant par-dessus. Maintenant il fallait entrer.
L'intérieur aussi avait eu droit à un coup de neuf: terminé l'ambiance un peu monastère trop austère, place aux fleurs, à la tapisserie bretonnienne et, comble du luxe, à un tapis. Sans aller jusqu'à dire que l'endroit avait monté en gamme, on devinait un investissement massif destiné à faire oublier que la baraque en elle-même tirait sur ses deux-cents ans. Juste devant la porte, comme un autel de messe, un petit bureau servait de guichet à paiement. Une jolie brune que Piero n'avait jamais vu lui offrit un sourire grand comme le monde, bien que ses traits marquèrent une certaine surprise: il n'avait pas le profil type des clients réguliers. Quand la porte claqua derrière lui, une cloche de clientèle sonna.


-"Bienvenue à la Rosa Biance, mon seigneur. Je suis Anabella, à votre service complet. Allez, installez-vous dans l'antichambre et mettez-vous à l'aise. Avez-vous déjà une dulcinée ici, ou un goût en particulier à voir satisfait?"

A cette heure-ci il n'y avait pas encore grand-monde: les clients arriveraient peu après, aussi Anabella ne pouvait pas le dégager comme un malpropre. Il alla s'asseoir sur une chaise bien empaillée et assez confortable un peu plus loin, presque contraint et forcé. Les tons rouges et bleus de la maison close transpiraient la tranquillité et l'intimité : on s'y sentait à l'aise, près à recevoir de la compagnie. Un joli bout de chou d'à peu près quatorze ans passa une porte à la gauche de Piero et se dirigea vers le guichet. Anabella la vit rapidement.

-"Ah, merci Susanna! Tu peux monter les draps s'il te plait? Et n'oublie pas de saluer le seigneur!"

La jeune fille tourna la tête vers Piero mais ne parut pas le reconnaître. Elle hocha la tête avec élégance et raffinement.

-"Bonjour, mon seigneur. J'espère que vous passerez un bon moment à la Rosa Bianca."

Le hasard de l'histoire ou les machinations des dieux voulurent qu'au même moment une femme descende les marches derrière le bureau d'entrée, ceux qui menaient aux chambres. C'était une femme élégante qui en descendit. Habillé à la mode dépassée mais avec un certain goût, les traits marqués par l'inquiétude et le chagrin mais avec une force de caractère indomptable. Elle laisse une caresse sur les cheveux de Susanna qui remonte, celle-ci lui répond par un sourire heureux. Elle s'adresse ensuite à la guichetière:

-"De la clientèle, Ana? J'ai entendu la cloche."

-"Oui, madone. Ce messire est venu, c'est une première pour lui je crois bien."

Alors la mère de Piero se retourna vers lui. Elle l'observa avec ce sourire commercial qu'ont toutes les femmes de mauvais métier. Ses cheveux lâchés en arrière avaient blanchi en sept ans mais elle avait encore ce charme d'une femme rendue maman trop tôt et qui avait encore, malgré les regrets et les difficultés, de la beauté à revendre. Son visage se décomposa quand elle vit Piero et, doucement, les mains montant sur la bouche, elle demanda:

-"Oh, par Myrmidia, Verena et Ranald... Emilio... ?"
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

Tant de mots inondaient son esprit, tant de mots prêts à se déverser de sa gorge, tant d'adjectifs, de noms, de superlatifs, de compliments, de vers, de proses. Mais un seul s'échappa entre ses lèvres serrées.
"Enfin."

Il retrouvait la ville qui l'avait nourri. La ville qui l'avait fait devenir homme et qui lui avait donné envie de partir. Comment ne pas rêver d'aventure lorsque vous êtes sur les remparts, faisant face aux collines, aux forêts, aux champs. Comment ne pas rêver de ce qu'il y a au delà ? Et il l'avait vu. Oui.
Piero avait découvert le monde. Ses merveilles, ses horreurs, ses banalités, son indifférence. Il avait vu le grand Empire de Sigmar où l'on priait Ulric le père des Loups. Il avait rompu le pain avec une descendante d'un peuple infiniment plus grand et infiniment plus sage que le sien mais pourtant. Quelle effrontée.
Comme l'aventurier l'avait expliqué à une duchesse du lointain Kislev, il avait rencontré des rois et des mendiants. Mais à Trantio. La cité du Marbre où chaque lézarde sur un mur avait une histoire, à Trantio il n'était pas un explorateur. Piero était à nouveau un gamin. Tirant furpoil par la longe, il ne se souciait plus des soldats, des marins. Il revoyait là où jadis il s'asseyait, contemplant la foule les deux pieds dans la poussière de marbre. Les fontaines où il s'était abreuvé avec ses compagnons de jeu lors des plus fortes chaleurs de l'été. De vieilles femmes sévères lavaient le linge. Les choses ne bougeaient pas à Trantio. Les travailleurs se reposaient à l'abri chaud et confortable des gargotes, les gosses courraient dans les rues, les mercenaires attendaient d'avoir de quoi se défouler.

Qu'avait-il ramené de son voyage ? Il n'était pas heureux, n'avait pas de toison ni d'or. Juste ce sentiment étrange. De la nostalgie teinté de soulagement et de réconfort. Mais il était parti longtemps. C'était un homme fait qui rentrait. Un prince de rien. Les gens ne voyaient qu'une troupe dépenaillée de plus. Qui reconnaitrait un gosse exilé depuis un temps tel qu'il était revenu adulte ? Pas grand monde. Le fils prodigue de la Mère Trantio.

Gustavo s'arrêta. C'était la fin de leur trajet commun. Les Trantiens iraient revoir leurs proches. Les autres espéreraient glaner leur salaire. Son cœur se serra un peu en fixant ses compagnons. Les rangs s'étaient éclaircis pendant le voyage, trop éclaircis. Mais il se souviendrait un moment d'eux tous. D'Emilio et de ses lubies morbides, de la sagesse d'Ernesto, des tireurs d'élite, des jureurs, des soiffards heureux et des tristes oiseaux. Un à un il les salua. Il serra des bras forts. Il fit une accolade fraternelle à des hommes qui sentaient l'oignon, le vin et le cuir. Mais il s'en moquait. Il avait voyagé avec eux, bu avec eux, troussé la gueuse et tué avec eux. Il avait vécu avec eux un bout de sa drôle de vie.

Le menton posé dans le creux de l'épaule de Fernando, il ferma les yeux, sentant la chaleur d'un compagnon contre lui. "Dans cette vie, ou dans une autre. On se reverra mes amis."

Puis vint Dalien. Ce bout d'impérial mal dégrossi. Il avait muri trop vite. La guerre ça forgeait le caractère. Droit comme un I, bombant le torse, l'homme au chapeau le fixa avant de venir poser sa main sur son épaule. "Dalien. Ié né peux pas t'offrir plous qué cé qué la vie t'as déjà donné. Mais je peux te dire quelques paroles. Quoi qu'il advienne. Quoi qué tu fasses. N'oublies iamais d'où tu viens, et où tu vas. Un arbre vit de ses racines comme dé ses rameaux. Tu né seras jamais perdu ainsi. Et fait les choix qui té semblent juste. L'Honneur est la seule chose que l'on retient d'un homme."

Et il s'en alla. Ailleurs. Il savait d'où il venait, et il y allait. À la Rosa Bianca. Son modeste séjour, qui lui était une Province et bien plus d'avantage. Piero n'avait ni biens ni terres, ni titres ni père. Mais il avait une mère ça oui. Un reliquat de famille. La providence avait anéanti ses compagnons les uns après les autres, mais là bas il aurait un semblant de foyer. Pourvu que tout y allait bien. Chaque pas était de plus en plus lourd. Dans sa tête, une pensée : Et si ?

Et si il était arrivé quelque chose au lupanar ? Un client floué et revanchard, une concurrence indigne, une épidémie de ces maladies horribles qui mutilaient le corps et l'âme. Si il n'était plus le bienvenue ? Si il était arrivé quelque chose à la petite Susanna ou à sa mère ? Lui pardonnerait-elle ? De l'avoir négligé ? D'être parti si souvent et de n'être revenu que si peu ? Lui qui n'avait pas connu de père, s'était-il seulement rendu digne de celle qui l'avait nourri ? De celle qui l'avait choyé, aimé, protégé ? Non. Lucia Orsone n'avait jamais reçu la gratitude réservée à une mère de la part de Piero Orsone. Celle de voir s'épanouir un enfant. Turbulent, rêveur, il avait fuit pour un destin mirobolant qu'il n'avait finalement pas atteint. Et le voilà, rentrant penaud au bercail.
Mais c'était des mauvaises pensées. Peut être serait-elle heureuse de le revoir ? De savoir qu'il allait presque bien, qu'il était presque en vie. Piero revenait la voir. Avant de se décider quoi faire du reste de sa vie.

Les maisons changeaient d'allure. On arrivait au quartier. Celui dont on ne lui aurait jamais ouvert les portes si il n'y était pas né par un printemps curieux à l'aube d'un nouveau siècle. 2499 selon le calendrier impérial. Un marmot braillard déployait ses poumons dans une couche souillée dans l'arrière-cours d'un bordel. Un marmot qui revenait bien plus poilu, grand et vieux. Le quartier avait moins changé. L'Apathie des lieux à la fois loin de l'agitation de la plèbe et de celle de la politique. Sauf les soldats, présents en masse. Comme pour lui rappeler pourquoi il détestait la guerre.

Lorsqu'il se retrouva devant la Rosa quelques mots volèrent. "Hé bien, les affaires tournent au mieux." Il attacha son cheval au piquet prévu à cet effet. Privilège oblige. Qui vient quelque part à cheval est un homme puissant, il veut le retrouver après. Le merdeux qui sert de palefrenier doit pas avoir une ascendance plus fameuse que lui. Quelques boutons, un nez retroussé et des loupiotes plein la peau. Pas sorti de l'adolescence pour un sou ce gamin. Il était comme ça quand il est parti la première fois. Et regardez comment il revenait. Une cape rouge, un chapeau à plumes et bien trop de tracas pour un seul homme.

On respire. Une. Deux. Allez. Comme on s'en va au turbin, on rentre. Après tout, il avait traversé un Empire pour ça.
L'intérieur est... Familier. Pourtant tout a été refait. Mais on ne se défait jamais des souvenirs. Des détails sautent aux yeux. Le chat n'est plus le même. Ce gros matou de Borgio avait du rendre l'âme paisiblement sur son oreiller. La jeune femme. Une inconnue. Et loin d'être laide en plus.

-"Bienvenue à la Rosa Biance, mon seigneur. Je suis Anabella, à votre service complet. Allez, installez-vous dans l'antichambre et mettez-vous à l'aise. Avez-vous déjà une dulcinée ici, ou un goût en particulier à voir satisfait?"


Par tous les seins. Depuis combien de temps ne l'avait on désigné par Seigneur ? Cela devait se chiffrer en années. Évanoui l'homme fort, l'aventurier ténébreux et solitaire lorsqu'il répondit. C'était quelque chose proche de :
"Bah. Enfin c'est que... C'est compliqué mais...Comprenez bien qu'alors."

Et c'est presque en le tenant par la main qu'elle le fit s'assoir sur une chaise. Il se décoiffa. Toujours au temple et aux putes. Ainsi le voulait la politesse. Contre lui le couvre-con, il vit alors passer ce brin d'fillette.
.
.
.

Putain d'beau diable. Mais c'était Susanna. La fillotte de Fantini et de Serena. Elle devait avoir le double de l'âge à laquelle il l'avait amené ici. La pauvre enfant venait d'être orpheline de père après l'avoir été de mère. L'une emportée par la fièvre, l'autre par la corde. Et il n'était qu'un Hidalgo fou. Si jeune. Il ne pouvait pas forcer une gamine à le suivre à travers monts, champs, villes et nations. Surtout pour trouver qui avait pu trahir les siens. Alors il l'avait confié à la seule forme de stabilité qu'il connaissait. Sa mère. Et elle était là. Et elle lui parla. Et il n'arrivait pas à dire quoi que ce soit. Bouche bée comme pour gober des mouches. Il aurait voulu l'écraser entre ses bras. Cette enfant qui avait comme seul outrage au monde d'être né d'une prêtresse et d'un idéaliste. Mais quelqu'un d'autre descendit les marches. Une personne qu'il pouvait reconnaitre entre mille. Même lui ne savait pas combien d'émotions lui passèrent dessus en cet instant, mais un régiment entier d'ogres chevauchant des mastodontes ne l'auraient pas bouleversé tout autant.

-"Oh, par Myrmidia, Verena et Ranald... Emilio... ?"
Et Piero de répondre : "Non maman. Je suis rentré."
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

"Donnez moi de l'allure!
Une ribambelle d'ecchymoses.
Chantez moi, la vie en rose.
Déballer ses dents comme une parure
Ne plus passer pour une raclure."


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[MJ] Le Djinn
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[Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Un peu de musique ?
Les mains sur les lèvres, Lucia Orsone laissa s'échapper un cri. Une langueur venue du fond des âges, inscrite au plus profond de l'esprit humain. Jamais de sa vie Piero n'avait entendu sa mère créer un tel son, même quand il revenait tabassé après ses escapades dans les rues, même quand il revenait en homme traqué après les échecs de sa bande. Son visage déjà pâle avait viré au blême, son corps se perdait et elle parut défaillir, au point qu'Annabella se jeta en avant pour la rattraper en poussant un aigu:

-"Madone!"

Elle prit sa patronne dans ses bras alors que celle-ci agitait un éventail à toute vitesse pour se donner de l'air. Bien vite elle reprit consistance et se redressa, toujours chamboulée et les yeux embués de larmes. Son esprit se débattait pour savoir comment réagir, quelle était la bonne réaction à adopter. La colère ou le chagrin? La joie ou la déception? Perdue, elle articula simplement entre ses dents, la voix chevrotante et tremblante:

-"Pierino? MON Pierino? C'est impossible, il est... Il est mort il y a longtemps..."

Comme dans un rêve, elle attrapa les mains de Piero pour les toucher, regarder ce corps qu'elle avait vu partir garçon et qui était revenu homme. Ses doigts allèrent ensuite se perdre sur le visage tuméfié, couvert de coutures et de bosses d'un enfant qu'elle avait perdu pendant si longtemps, cherchant à deviner dans les traits s'il était bien celui qu'il prétendait être. Elle reconnue alors une ancienne plaie, une blessure de jeu fait par un caillou lancé trop vite et trop loin. Une preuve irréfutable et infalsifiable. Alors la buée liquide se trouva remplacée par un flot de larmes et elle attrapa à bras le corps ce revenant du passé pour l'enlacer et poser sa tête âgée contre la torse devenu viril.

-"C'est lui, c'est mon garçon! Il n'est pas mort... Mon Pierino n'est pas mort... C'est Morr et Myrmidia qui me l'ont rendu!"

A côté d'eux, Annabella ne savait comment réagir. Jamais elle n'avait vu sa supérieure dans un état pareil et elle avait du mal à comprendre ce qui se jouait sous ses yeux. Ses instincts lui dictaient simplement qu'elle assistait à une réunion attendue depuis fort longtemps et que toutes les règles divines et humaines lui interdisaient de briser ce moment de bonheur pur. Des gouttelettes tombèrent sur ses joues alors qu'au plus profond d'elle son esprit ressentait l'intensité du moment.
Et une voix venant du haut des escaliers brisa le silence.


-"Ana, tu sais où sont les orei... Par le bouclier de Myrmidia, quest-ce qu'il se passe madonne?"

Lucia leva les yeux du torse de Piero pour regarder l'adolescente en robe qui descendait les escaliers avec le regard empli d'inquiétude.

-"C'est Pierino! Pierino est vivant!"

L'incrédulité se lue sur le visage de Susanna.

-"Pierino? Pierino... Piero?!"

A son tour elle lâcha un cri de surprise et descendit les escaliers quatre à quatre pour constater la résurrection du disparu. Elle leva de grands yeux noisette sur le bandit et s'inséra à son tour dans l'étreinte, bouleversée. Même Piero ne sut se retenir devant la beauté et la joie qui émanait de ces deux femmes venant de retrouver un amour disparu. Il pleura avec elle, au point que de toutes les chambres des filles de joie accouraient pour comprendre d'où venaient ces sanglots.

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Une demi-heure plus tard, Piero s'asseyait sur un tabouret de velours devant une table bien dressée. La pièce était assez large quoiqu'un peu sombre et s'il ne s'agissait pas de la plus grande chambre de La Rose, il n'en restait pas moins qu'elle était plus luxueuse que la quasi-totalité des lieux où il avait dormi ces dernières années. Un tapis rouge et blanc couvrait le sol jusqu'à un lit en plumes de canard aux draps de la même couleur. Quelques meubles et tableaux de nature-morte terminaient de donner au lieu une atmosphère cossue. Les rideaux ouvert sur de grandes fenêtres donnaient une belle vue de Trantio, quoique rapidement bloquée par la colline centrale où s'entassaient des palais cadenassés comme des forteresses.

Lucia l'avait abandonné dans cette pièce et Susanna s'en était allée lui chercher un cruchon de vin et un bon plat à manger. Elle ne tarda d'ailleurs pas à revenir, portant dans sa main droite le précieux conteneur en terre cuite et dans la main droite une pitta qu'elle lui déposa sous le nez. La pitta se présentait comme un pain plat, assez épais, cuit dans l'huile et recouvert de morceaux de poulet, de poireau et d'asperge. Ce plat se trouvait sur toutes les tables de Trantio, tantôt nu et pour les pauvres, tantôt richement garni pour les riches. Cela faisait bien longtemps que Piero n'avait pas pu y goûter! Le vin, puissant et âpre, claquait sur la langue et laissait un arrière-goût qui se mariait bien aux légumes choisis. Susanna, qui le regardait se mettre à table, ne se départissait pas de son sourire.


-"Quand tu auras fini nous allons te faire monter un bain, tu sens comme la queue du vieux Miguel Vernantes, et ce n'est pas un compliment!"

Et ainsi la chose fût-elle faite. Un bon bain chaud monté par deux serviteurs (sans doute des sortes de videurs) dans une bassine d'eau. Il n'y avait pas de salle dédiée, aussi Orsone dût-il faire attention à ne pas tremper le plancher ou les tapis, ce qui coûterait sans doute plus cher à l'auberge que de le rhabiller tout du long. L'établissement n'ayant pas de vêtements pour homme de rechange, il devrait quand même garder ses vieux habits jusqu'au soir avant que les lavandières ne les récupèrent et ne les lavent pendant la nuit.

Ce n'est qu'après son bain qu'il revit sa mère. Plus droite, la détermination renouvelée, elle toqua à la porte avant d'entrer avec Susanna. Les mains sur les hanches dans une tentative de passer pour la matronne sévère souhaitant punir un garnement, elle pointa son fils du doigt et dit:


-"Piero Orsone da Trantio, j'espère que tu as une bonne explication pour ton absence sans donner la moindre nouvelle!"
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

Il n'était plus homme depuis l'instant où il l'avait vu. Il était ce gamin qui rentrait les genoux écorchés et la gueule pleine de suie. Les doigts serrés, la honte qui faisait une boule au fond du ventre. Piero s'avança mais ne put répondre. Ses mots s'étranglèrent en entendant ce cri. Une lamentation digne des esprits de la Drakwald si loin au nord. L'aventurier se précipita pour rattraper sa si émotive génitrice mais la petite brune de l'accueil l'empêcha de s'écrouler.
Lucia Orsone lui prit les mains, il ne faisait pas le fière. Elle ressemblait d'un coup à ces veuves aveugles toutes de noir vêtu qui vous auscultaient sous chaque couture dès qu'elles sortaient des temples.

Pour sûr il avait changé, ses doigts étaient noueux, les ongles sales et cassants, les écorchures crevassaient les phalanges. Celles de sa mère sentaient le parfum. Elle remonta alors sur sa mâchoire plus large, les pointes d'une joue rasée mais toujours décidées à repousser. Sa lèvre qui avait encore une vilaine ébréchure après l'attaque des skavens, sa moustache qui était passé d'une arrogante mine de crayon de jouvenceau aux orgueilleuses bacchantes d'un capitaine lansquenet. Son nez cassé une ou deux fois, elle laissa glisser son index sur la cicatrice qui sillonnait sa pommette. Elle le regarda comme si Myrmidia elle même l'avait déposé devant sa porte. Puis elle l'étreignit. Cette étreinte comme seule une mère peut vous offrir. Il avait partagé les bras de bien des femmes, il avait enlacé des compagnons d'armes avant de les laisser pour toujours, il avait même câliner un ours ! Mais l'étreinte d'une mère ne s'oublie pas. Elles s'espacent justes dans une vie jusqu'à la dernière. Et il avait bien cru ne jamais en recevoir de nouvelles.

Sa lèvre trembla. Les commissures de ses yeux se remplirent de larmes, mais le coup de grâce, le pieu dans le cœur fut lorsque Susanna se ramena dans la danse. Il sanglota comme un mouflet. Il n'en pouvait plus après tout. Trop de vies successives, trop d'horreurs, trop de déceptions. Trop de joies, trop de soupirs de femmes et de râles de mourants. Trop de champs de bataille et d'oreillers mordus. Trop de tout, trop de rien. Un homme qui a trop vécu et qui n'a rien sauf ses fripes, son épée et son balourd. Le fils du roi des aventuriers et de la reine de la nuit de Trantio. Le fils qui venait de retrouver sa mère.
***** Il regardait à droite et à gauche, se rassit sur son tabouret. Piero se sentait... En trop dans ce décor. Les beaux meubles, les peintures, le lit. Ça faisait quatre mois qu'il créchait entre tente et paille bon sang. L'aventurier tapota sur le guéridon devant lui. Et sifflota un peu. Et il tapota encore. C'était quoi comme bois tiens ? Du hêtre ? Nan plutôt du noyer vu la couleur.
Il se détourna de son activité xylophile lorsque quelqu'un rentra avec un "hum ?" sonore. C'était Susanna. Ce qu'elle avait grandi. Ce qu'elle avait changé.
Une odeur douce comme la soie lui monta au nez. Une pitta. Si il n'avait pas pleuré toute l'eau de son corps il y a pas une heure il aurait versé une larmichette devant un tel festin. "Merci beaucoup Susanna." Il se remplit le gosier de vin avant de poursuivre. "Ça va, maman te traite bien ? Les autres filles ?"

Il découpa une part avec son coutelas avant de mordre à pleines dents dans la pâte. C'était un délice. Le gras de l'huile, le poulet. Tout. Il en découpa une autre pour la petiote et ajouta entre deux bouchées : "Tu leur ressemble tu sais... Désolé Susanna. Désolé de pas avoir été là pour toi. J'avais des choses à faire. Des choses de grande personne. Et pour quoi au final ? J'aurais dû rester. Oui. J'aurais dû faire tout plein de trucs."
Ses manières s'étaient un peu perdu au cours du voyage. Un à un il suçota ses gros doigts pour glaner l'huile de sa pitance. Quel piteux spectacle que l'aventurier flamboyant agissant en mort de faim. Mais il aurait tout le temps de rattraper celui qu'il avait perdu oui. Faire mieux. Ce n'était pas difficile après tout.

Puis ce fut l'heure de la trempette. Ça aussi ça lui manquait. L'eau de la Soll en plein hiver c'était pas vraiment le plus agréable pour se rincer. Après avoir fait déguerpir la gamine espiègle, il retira ses bottes, son chapeau et son foulard. L'épée et le pistolet sur une chaise comme trophées de guerre, il s'immergea avec un soupir satisfait dans le bain chaud. Ses cheveux longs flottaient dans l'eau en train de se troubler tandis qu'il observait le plafond. Quelqu'un avait passé une couche de mortier sur les lézardes. Il regarda ses bras, les brûlures, les éraflures et les poils entremêlés de crasse. Et il commença à frotter. C'était il ne savait plus qui qui disait que le bonheur se trouvait dans les petites choses. Les bains en faisait partie alors. Sur les genoux, il gratta son torse et ses tatouages. Comme ça il ressemblait au dernier des Ranaldiens. Bon sang. Mais quel plaisir qu'un bain chaud. En s'inspectant dans sa bassine il ne pu s'empêcher de se dire qu'il était encore bien conservé. Puis ce n'était pas tous les vagabonds qui pouvaient se vanter d'avoir plu aux fermières de la Drakwald comme aux Duchesses de Praag. Hé oui !

Une fois décrotté, rincé, parfumé et séché, ses affaires sur le dos et ses bottes à nouveau aux pieds, il attendit à nouveau. Magnifique cette commode en chêne tiens. Maman et Susanna rentrèrent. Elle avait adopté cette mine. Celle de la Madre en colère. Piero s'imaginait presque le rouleau à pâtisserie ou le martinet. Alors qu'il avait passé son trentième printemps. Comme quoi face aux parents on reste un gamin. Au niveau de la petite Susanna.

-"Piero Orsone da Trantio, j'espère que tu as une bonne explication pour ton absence sans donner la moindre nouvelle!"

Il inspira un grand coup avant de répondre. "Non." Ses doigts craquèrent. Il se replaça sur son tabouret. "J'en ai plein des explications, des anecdotes, je peux te citer dix, vingt, cent, mille raisons. Mais aucune ne serait la bonne. Car je suis parti. Je suis parti à nouveau. J'ai quitté Trantio. Non pas pour l'aventure, la gloire, la richesse ou l'amour. Non je suis parti en te laissant Susanna avec la plus intéressée et sinistre des motivations." Il soupira. "La vengeance."

Piero se leva et désigna du menton les palais de Trantio au loin. "Je voulais obtenir justice pour Fantini, pour Tonio, pour Rubio et tous les autres. La seule véritable justice, celle du Talion. Œil pour œil, dent pour dent, vie pour vie. Était-ce raisonnable ? Je laisse les philosophes le trancher. J'ai fais un choix. Un choix qui me hantera à jamais." Une sueur froide dévala le long de sa nuque jusqu'au creux de ses reins. "Mais ce qui est fait est fait. Alors. Pourquoi ne pas rentrer après ça ? Car je me suis accroché à une folie. Celle de la vie d'aventurier. Je voulais retrouver papa. J'ai fuis la Tilée, bravé bien des montagnes, des mers, j'ai écumé l'Estalie. J'ai vu bien des choses, aimé bien des femmes, reçu une seule épée. Mais de père je n'en ai pas trouvé. J'ai cette lame en récompense mais elle est froide. Froide comme celle qui me l'a offert. Je cherchais dans la fournaise que sont les Royaumes d'Estalie la chaleur d'un père. Alors que je délaissais la tienne. Je ne l'ai pas retrouvé. Mais déjà ma vie était celle de l'homme errant. Un peu comme lui. Sans tout le reste." Piero haussa les bras tout en reprenant ses cent pas. "Figure toi que je m'en accommodais bien moi de cette drôle de vie. Je chantais dans les tavernes, je bravais les périples de la route et des bois. Aventureux artiste aux exploits fameux. J'en ai vu tant des choses. J'ai vu la Bretonnie et ses chevaliers aux couleurs éclatantes, j'ai vu les contrebandiers de Marienburg, les seigneurs nains de la montagne. J'ai même été jusqu'au pays des hommes du nord. J'ai vu les grandes villes de l'Empire comme ses villages les plus insignifiants. J'ai même aimé, maman. Pour racheter ma peau et mon âme. Je ne sais pas si ça aurait suffit."

Ses yeux fixèrent un instant le vide. C'était le plus long hiver de sa vie. "J'étais il y a quelques lunes au Nordland. Dans l'Empire, coincé entre la mer des griffes et les forêts les plus denses et sauvages que je n'ai jamais vu. Il y avait ces hommes. Ces hommes qui se battaient pour les leurs. Pour leur pays. Et il y avait cette elfe. Tu as déjà vu une elfe maman ? C'était la première que je voyais d'aussi près. Un être d'un autre temps. On ne pourra jamais comprendre toute la noblesse et la tristesse, la fougue et l'élégance qui se dégagent d'eux. Nous pauvres papillons dont les jours sont comptés. Mais tout ça... Tout ça a été balayé. Par la ruine. Alors je n'avais plus rien à faire. Rien à faire que de rentrer. Te retrouver toi, Susanna. Retrouver mon monde. Car je n'ai pas trouvé mieux que ce monde là maman. J'ai vu les palais dont les rois portent l'or comme les mendiants se surinant pour une pièce de cuivre. Je n'étais chez moi nul part. Nul part qu'ici. Et encore j'en doute. Mais je suis là. Je suis là avec vous deux. Je suis là pour vous deux."

Il se rapprocha des deux seules femmes qui lui importaient réellement, chapeau en main. "J'ai retrouvé le Sud pour vous retrouver. Maintenant, je peux commencer à réfléchir à ce que je vais faire du reste de ma vie. Et je compte bien vous y inclure cette fois."
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"Ma qué ?!"

"Donnez moi de l'allure!
Une ribambelle d'ecchymoses.
Chantez moi, la vie en rose.
Déballer ses dents comme une parure
Ne plus passer pour une raclure."


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