Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Lorenzo se rhabillait avec toute la vitesse et la dignité dont un homme pouvait se trouver capable dans sa situation, quoiqu'à son avantage, personne ne riait dans la salle. Les filles murmuraient en pointant du doigt les reitres masqués ayant pénétré dans l'établissement et surveillant à présent la salle avec des yeux de loups. Une pauvrette informa Piero et Alejandro de la nature de ces messires, quoiqu'apparemment le vétéran la connut déjà.

-"C'est Enrique "Les-Mains-Froides". C'est le chien de garde des Davanzati. Même les ducs des mendiants ont peur de lui. Je connais pas les deux autres gars..."

Cette fois ce fût à Alejandro de l'informer, alors qu'il envoyait un regard vers le mercenaire derrière Enrique, celui qui cachait sous ses habits une arquebuse courte.

-"Lui je le connais, c'est Paõlo, un tireur de ma compagnie. Un jour il a fait exploser la tête d'un remassien à cent pas, en plein dans l'œil droit du type."

La demoiselle, à laquelle, après observation, il manquait les vêtements sous la ceinture, frissonna de dégoût et fit retraite vers l'escalier de service qu'elle grimpa, sans doute pour se mettre à l'abri d'une éventuelle bévue d'un des tueurs. C'est à ce moment que Piero se présenta avec la fantastique idée d'accompagner ces braves gens, dans l'hypothèse où son contrat ne serait ainsi pas brisé.

-"Nous allons s'assurer tous les quatre qu'il rentre sain et sauf au palais une fois prêt n'est ce pas ?"

Le dénommé Enrique sembla hésiter, peser le pour et le contre. Quand il comprit enfin la situation, ou qu'il feignit de ne pas l'avoir comprise précédemment, il sourit cruellement et hocha la tête.

-"Tant qu'il n'y a que toi, le mercenaire, ça me va."

Visiblement peu rassuré, Alejandro finit par se raccorder à la raison. Il était blessé, fatigué et même habile combattant qu'il était, à deux contre trois hommes armés et frais ils ne feraient pas le poids. Inutile de risquer l'accident en les accompagnant envers et contre tout. Tout de même, ce n'était pas rassurant.

-"J'ai déjà pris ma part du salaire, Orsone, je te laisse la tienne. Sois prudent avec eux, quand même."

Il tendit sa main à serrer tandis qu'un des condotierres croisa les bras, passablement vexé.

-"Y nous prendrait pas pour des coupes-gorges des bas-remparts celui-là, là?"

Avec un regard mauvais, Paõlo le fit taire. Lorenzo, désormais habillé de ses plus beaux atours, réapparu, le menton haut et l'arrogance retrouvée.

-"Allons-y et par le jus de Myrmidia je ne veux aucun bruit pendant la marche!"

Avec un froncement de nez devant le blasphème, Enrique s'inclina.

-"Bien compris, mon prince."

A la surprise de personne, l'aller fût d'un calme plat. A cette heure tardive les fêtards se faisaient rares et dormaient déjà dans les caniveaux, de plus les quartiers à mi-colline de Trantio, plus surveillés, n'étaient pas les allées meurtrières qui bordaient le fleuve. De toute façon, qui aurait été assez fou pour attaquer cinq hommes à la fois, même sans reconnaître en eux des mercenaires? C'est dans un silence total, troublé par les taverniers qui fermaient leurs portes et les lupanars qui verrouillaient les fenêtres ainsi que par des chants d'ivrognes remontant des catacombes à l'air libre que formaient les quais, qu'ils arrivent vers le sommet, là où une nouvelle enceinte protégeait les bien-nés de la plèbe. Le palais des Davanzati, rendu trouble dans la clarté nocturne, se dressait désormais à quelques pas et Piero, sa tâche accomplie, entreprit de prendre congé. Les mercenaires le laissèrent partir avec un haussement d'épaules, mais Lorenzo ne l'entendait pas de cette oreille. Il darda l'Orsone d'un regard rempli de colère, celle, caractéristique, du noble bafoué. La lueur d'un brasero déformait ses traits fins, lui prodiguant comme une aura démoniaque qui allait parfaitement avec sa voix dont le ton, plus qu'énervé, devenait venimeux.

-"Vous m'avez abandonné à leurs mains, Orsone, et je saurai m'en rappeler. Oh, je sais déjà comment me venger, j'ai l'idée parfaite..."

Il claqua la langue et, avec un sourire mauvais, s'en retourna vers le palais. Enrique se tourna vers Piero quand son maître fût assez éloigné et lui dit simplement:

-"Il vest convaicant mais il veut juste se donner un air de tyran. Ébruite pas l'affaire et tu t'en tireras à bon compte, va. Allez, la bonne nuit."

Il était tard, la porte de la Rosa serait sans doute close jusqu'à ce qu'il réveille toute la maison en tambourinant, mais enfin il pourrait dormir.
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Piero Orsone
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Ils se regardaient dans le blanc de l’œil, et il était sacrément injecté de sang et de vinasse.
Les trois gaillards étaient du même bois que les meilleurs tueurs du pays lui expliquaient une des ribaudes et le vieux Alejandro. Alors soit ça se terminait bien, soit ils allaient en chier. Et il ferait en sorte de pas partir sans en avoir ramené un ou deux avec lui sur l'autre rive.

Mais finalement, entre deux louvoiements torves et des pincements de l'arête du nez, ils s'accordèrent. Lui et eux. Ramenant le prince. Après tout ce dernier n'avait fait qu'une escapade à son lupanar favori avec deux gros bras pour s'assurer qu'on ne lui vide que ses bourses personnelles non ?

Intérieurement, l'animal estalo-tiléen espérait qu'il ne vienne pas à l'esprit de Paolo, Enrique et le troisième qu'il appelait intérieurement Grumpf, de l'égorger sur la route avant de jeter sa viande encore tiède à la flotte.
Mais rien de tout cela tandis qu'ils remontaient dans un silence religieux la route vers les hauteurs. Il soufflait un peu dans la froidure de la nuit. Si il réchappait à la soirée, il y aurait à nouveau des contrats à chercher. Remplir ses fouilles de cet argent si précieux afin de repartir à neuf. Peut être même avec le jeune Davanzatti une fois calmé. Après tout, l'affaire ne se terminait pas si mal ? Il n'y avait pas mort d'hommes. Enfin si. Mais pas de ce coté là.

Une fois en vue des murs du palais seigneuriale, il s'arrêta là, pas envie de se faire trouer le joufflu par des arbalétriers un peu trop zélé ou sur l'insistance d'un Lorenzo toujours aussi blessé dans son orgueil. Les mercenaires n'en avaient que faire mais ce dernier était toujours aussi fulminant, et il lui signala ça par ses crachats les plus agressifs. Il lui rappelait les serpents cobra de la lointaine Arabie qui pouvaient envoyer leur venin à cinq bon pieds. Sales bêtes que les cobras et les nobles. Mais les deux rapportent beaucoup. Et peuvent vous faire tuer. Avec leurs chausses de cuir écaillé. En fait cette comparaison était parfaite. M'enfin. Il ne répondit à son contractant que par la même polie révérence qu'il lui avait servi en se présentant il y a quelques temps. L'affaire était accompli. Plus qu'à rentrer, et dormir.

Sur le chemin pour la Rosa, il chantonna doucement, envoyant des bourrasques de vapeur dans la nuit étoilée que troublait parfois les flambeaux des demeures marchandes :

Moi... Dans la maison vide
Dans la chambre vide
Je passe la nuit à écouter
Cette symphonie
Aujourd'hui finie
Et qui me rappelle
Que tu étais belle...


Une fois devant les portes fermées, il du taper comme un beau diable pour qu'on ouvre. La fille qui lui ouvrit l'incendia d'injures en frottant ses paupières violacées par le réveil brutale tout en se plaignant par la suite des clients, de leurs manières de rustre et de ses maux d'en dessous des reins avant de repartir se coucher. Il posa ses lames, sa veste et son chapeau près du comptoir. Aux cuisines, une timide odeur de plat refroidissant l'incita à approcher comme un monte-en-l'air dans la trésorerie d'un bourgeois. Une pizza qu'on lui avait laissé avec toute la bonté du monde. Il retira ses bottes, s'étira. Et mangea doucement sa pitance en regardant les sous qu'il avait gagné. Le début de la gloire, jusqu'au prochain travail à faire. Mais ça, c'était pour une autre journée, pour un autre Piero. Car une fois l'encas avalé, il irait gagné son sommeil, bien plus mérité que ses deniers.

Et dans ses songes nocturnes, il y avait autant de crapules en haillons que dans des vestes fourrées en vison. Autant de vieux diestros que de jeunes loups. Mais un seul aventurier à la cape rouge.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Au petit matin, Piero se trouva tiré de sa torpeur par les pleurs d'une enfant.

C'est qu'en effet la petite Maria voyait pousser sa première dent, une incisive bien capricieuse, et en souffrait terriblement, braillant à plein poumons et jetant hors du lit quiconque l'entendait. En l'occurrence, il avait eu la chance de ne pas être réveillé dans la nuit mais plutôt au matin, sans doute bien avancé car un soleil brillant perçait les volets de sa chambre de bonne. Au-dehors une grande agitation régnait, en effet c'était le jour de la grande lessive. On lavait tous les draps au puit non loin de la maison de tolérance et tous mettaient la main à la pâte, y compris les enfants capables de le faire. Dans sa jeunesse, Piero lui-même avait participé plusieurs fois à ce rituel bimensuel où on fermait pour trois nuits les portes de la maison, le temps que le linge sèche.
En maîtresse des linges et des affaires afférentes au ménage, Suzanna menait une danse impeccable, organisant les tâches -nombreuses- entre les différentes prostituées et leurs bambins. Lucia Orsone, elle, n'était visible nul part: sans doute qu'elle participait également, directement au lavoir. Justement, voyant Piero qui sortait, sa nièce adoptive l'interpella tandis qu'elle renvoyait Filipa, une des filles, à son travail.


-"Oh Piero! Tu tombes bien, il est presque midi et... Houla, tu es salement amoché... ! On... On en parlera après!"

Quel étrange spectacle que cet adolescente qui le regardait avec un mélange de désapprobation féminine et d'inquiétude. Il était vrai que le sang avait coulé sur la chemise de Piero et que, si la plaie n'était pas forcément profonde, il faudrait au moins bander et laver les habits.

-"Dépose tout ça dans la bassine à côté et retourne dans ta chambre, je vais chercher Clara, son père était rebouteux."

Difficile de dire s'il s'agissait d'une partie de sa personnalité qu'il n'avait jamais vu ou si en ce jour où elle commandait son caractère s'affermissait, mais elle parlait en guerrière, avec la gestuelle d'une véritable prêtresse de Myrmidia.

-"Et cherche d'autres vêtements dans l'armoire, on va au temple de Morr en fin d'après-midi!"

Dans une étrange tradition, les fleurs de pavé ne pouvaient se rendre prier les dieux qu'à des horaires précises, notamment quand elles y allaient à plusieurs. Souvent il s'agissait de prière les Bienheureux Nasteno et Livia, les deux amants déçus. Deux tourtereaux, un noble et une femme de petite vertu dont l'amour impossible et la mort tragique avait ému jusqu'à Morr qui avait décidé de les réunir en son royaume Ils étaient devenus les protecteurs des maisons closes, les patrons des prostitués.

Il put ainsi trouver des habits, certes pas très assortis, mais au moins de bonne qualité: des pièces oubliées par certains clients lors de leurs passages. Comme certaines en ces lieux en plaisantaient, un homme pouvait apprendre en quelques secondes à voler quand sa femme, folle furieuse, débarquait à l'improviste.
Mais avant de pouvoir se vêtir, il fallait se faire bander. Clara arriva bien vite, sans doute heureuse d'échapper à la corvée. Comme la plupart des filles elle avait les cheveux noirs et les cheveux sombres mais, petite particularité, elle possédait également des... tâches de rousseurs! Un détail physique, souvent considéré comme un défaut en Tilée, mais qui pouvait attiser le désir de certains clients. Pour le reste elle restait plutôt quelconque: pas des plus laides mais sans doute pas parmi les plus beaux bouquets de la Rosa. Dans ses mains, du bandage de lin qu'on gardait en réserve pour les accidents ou les clients qui se battaient. Elle siffla en voyant la plaie.


-"Hé ben mon pauvre Piero, comment tu t'es fait ça? On dirait que t'as croisé un bout d'acier."

Elle opéra tandis qu'ils discutaient: d'abord laver à l'eau glacée, un supplice, puis mettre le pansement avant de le refermer d'une fibule.

-"Frais comme un gardon! Euh, Suzanna m'a dit de te dire d'aller chez le marchand de vin au bout de la rue, la maison avec la façade en marbre vert, et de lui rapporter la commande que la Madonne a passée."

Remballant ses affaires, elle s'apprêta à partir, pas très pressée.

-"Ah et aussi la Madonne a décidée, mais là elle est occupée j'crois, que tu devais éviter de toucher trop aux filles. 'Fin elle dit que si t'es moitié comme ton père tu vas engrosser la Rosa avant la fin de l'année, alors tu y vas doucement!"

Puis en partant, un clin d'oeil complice.

-"Et tu devrais aller voir Kiara, elle a un chagrin d'amour et l'envie de se changer les idées."

Une journée tranquille donc, qui s'offrait à Piero. Pas de truands voulant lui ouvrir la gorge, pas de noble à la rancune facile déterminé à lui faire payer ses erreurs, rien que la routine d'une maison close, avec son lot de petits drames, de grands chagrins et d'ennuyeuse routine.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Dans ses rêves, de sombres figures portaient des gants en fourrure inestimables tandis que riaient des duchesses de ce gloussement cristallin qui n'allait que trop bien avec le froid de leur corps. Des amis continuaient sur un chemin sans but mais où il ne pouvait aller encore. Des flammes dansaient sur un écrin elfique. Un ours se battait avec des chiens de guerre. Et ça dansait, ça dansait. Au son des guitares et des chants du Nordland.

'Tain. Un lardon gueulait. C'est vrai qu'il était au bordel. Le lit était chaud et à peu près propre. Ça lui changeait. Piero bailla, roula jusqu'au sol comme un vieux cabot, le plancher était dur mais il se redressa. Ses bandages étaient dégueulasses, sa mine devait être guère commode. Mais il faisait beau, le soleil brillait, personne n'était venu l'égorger. Que ça fait du bien d'être en vie bon sang.
Aussi échevelé qu'une matrone impériale, il descendit. Petite pierre abrupte dans un monde de douceur, de courbures et de sourires complices. Braies, chemise sale, les pieds nus sur le tapis, rasoir, cuir et savon dans les mains. Qu'il était beau l'aventurier qui passa entre les voiles déployés du navire qui ne devait jamais quitter Trantio. Ses draps tendus par le vent. Les pétales d'une Rose blanche.

"Salut Susanna... Oh. Ça, trois fois rien, tu verrais l'état de ceux qui m'ont fait ça."
Il obtempéra pourtant en glissant le linge dans la bassine, tout en en cherchant une à l'abandon pour se raser. Pisser le sang c'est une chose, apparaitre négligé, ça jamais.
"Au temple ? Faudra bien que j'y passe aussi. Sinon le bon père Morr il va croire que je le boude."
Piero s'arrêta en pensant aux affreux qu'Alejandro et lui avaient refroidi sans plus de ménagement que si il avait dispersé une nuée de pigeons. Peut être qu'en ce moment même, des mères et des soeurs éplorées pleuraient leurs fils qui n'avaient eu que le tort de vivre en brigand. Comme sa mère l'avait pleuré. Il se sentait piteux, tout en raclant ses joues avec la lame. Il aurait bien des choses à confesser aux dieux. Et avec la petite aussi. Et maman.

Mais bon, Susanna voulait lui envoyer une fille. Lui qui voulait en profiter pour se faire pouponner par les Shalléennes. Tant pis. Une fois à la chambre, il ouvrit les volets pour observer le tout-Trantio dans la torpeur du midi. Les ouvriers sur les palais en travaux mangeaient leur pitance sous le soleil du printemps. De belles femmes de marchandes gigotaient leurs larges formes en portant provisions et eau fraiche. Le bal des petits serviteurs de tavernes, de palais ou de lupanars qui revenaient des fontaines tout en ne manquant pas de câliner les paires des filles au pair peu farouches. C'était beau Trantio quand on ne pensait pas à la guerre. Il y avait peu d'hommes qui vaquaient au final. Les bons-à-tuer devaient faire la queue devant les pavillons des mercenaires ou se planquer là où aucun sergent n'avait envie de les dénicher. Ne restait que les infirmes, les pleutres, et les planqués. Artisans qualifiés, employés à la solde d'un prince ou d'un marchand, aventurier mal dégrossi comme lui.

La porte s'ouvrit et on le tira de sa pensée comme la gosse l'avait tiré de son sommeil.
"Bah écoutes Clara. Tout travail comporte ses risques. Le mien comporte beaucoup trop de fer d'épée." Il grimaça quand elle rinça son torse tatoué avec l'eau. Vivement les beaux jours.
"J'y passerai écoute. Faut que je dégourdisse les jambes de mon cheval, le pauvre doit regretter les routes impériales à force."
Tandis qu'elle lui passait les linges blancs en bandoulière, il ne put s'empêcher de sourire.
"J'écouterai la mère supérieure. Et puis. C'est pas bon pour les affaires si je touche trop à la marchandise."
Lorsqu'elle décida de s'éclipser, il ajouta :
"Clara ! Si tu peux voir avec les filles si y a du travail. Je prends toujours." Sourire, clin d’œil complice.
Puis plus qu'à enfiler les beaux atours des messires qui les égaraient dans ce lieu si plaisant qu'il vous fait tourner la tête. Et parfois la queue.
Beau comme un prince qui ne faisait pas la même taille de veste et de chemise, mandoline en main, il se laissa glisser jusqu'en contrebas.

Dans la cour, se lamentait une jeune femme au cœur si lourd qu'il lui tombait comme un boulet au pied. Et pour le galant, c'est impossible que de laisser une belle dans ces sanglots. Des accords s'envolèrent de son instrument de musique comme autant de passereaux invisibles. Une mélodie bien connue dans cette partie là du monde tiléen. Une Chanson qui ne vantait pas un prince ni un dieu. Mais un brigand. Un voleur d'amour. Un fripon et un coquin de la pire espèce comme les adoraient les belles d'un soir. Il vint se glisser à coté de la petite brune à la mine si terne, bien décidé à y apporter de la couleur.

Les paroles étaient tout aussi célèbres. Le bandit revenait voir sa belle chaque matin après une nuit de méfait, il lui contait ses exploits et elle lui offrait chaleur et pain. Mais un matin il ne vint pas. Car les soldats du roi l'avaient attrapé. Pourtant, il s'assura de partir comme il avait vécu. En chantant.

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"Alors mes belles, aimez les bandits, mais sachez qu'ils sont libres ou morts, mais jamais entre les deux car il n'aime ni les chaines du prince ni celles du mariage."
Et dès que les cordes cessèrent de vibrer, il ajouta avec complicité : "Heureusement, je ne suis plus brigand ou bandit, simple aventurier réformé. Signora Kiara, permettez moi de vous offrir la ballade."

Et ce jour si paisible quoiqu'un peu frais, les ouvriers et les passants de la grande rue qui passait dans les quartiers ni trop riches ni désargentés de Trantio purent voir une fille dans ses plus belles robes se tenant en amazone sur un cheval de Middenheim, mené par la longe par un drôle de baladin aux habits flamboyants quoi que désaccordés qui jouait allègrement de sa mandoline. Puisqu'ils le pouvaient, puisqu'ils étaient libres et un peu fou. C'est ce qu'en disaient les bonnes femmes au lavoir et les gamins à l'angle des ruelles. C'est ce que disait le commis du magasin en voyant ces deux zigues demander la commande de la Madonne de la Rosa.

Et tant qu'il ferait beau, on pouvait entendre chanter ceux pour qui la journée de demain serait déjà une autre vie. Ce soir par contre, il y aurait tout un spectacle à offrir à celles qui donnaient tant de joie aux autres mais en recevait si peu.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

La chansonnette, poussée près de la fontaine où les filles-de-joie lavaient les vêtements, se répercuta sur la pierre des maisons et sur les troncs des arbres. On travailla alors, un sourire aux lèvres, en pensant avec excitation à la vie du dehors, aux aventures formidables et aux amours impossibles qui pourtant finissaient bien. Par-delà les murs, Piero le savait mieux que personne, il n'y avait pourtant aucune place pour la joie, l'espoir ou les quêtes épiques ou héroïques. Pour un héros qui parvenait par la chance, l'argent et les appuis à accomplir des exploits dignes de légende, des milliers de pauvres hères mourraient dans la boue des chemins. Dans les grandes batailles épiques entre le Bien et le Mal, où les conteurs ne lésinaient pas sur le sang et les derniers sacrifices de soldats, ils oubliaient souvent quelque chose: tous ces guerriers anonymes étaient les héros de leur propre histoire. Tous avaient cru à leur bonne étoile et pourtant leur propre chanson s'achèverait pourtant dans la souffrance et la peur.

Mais Piero ne chantait pas ce genre de choses à la belle Kiara. Ses paroles, bien que contant les liens inconcevables de deux êtres, emplissaient toujours de rêve et de chimères. On voulait y croire, on voulait croire que dans la vie, à un moment ou à un autre, la bonté et l'amour triompheraient, que l'amitié battrait la trahison et que l'honnêteté mettrait à bas la tromperie tandis que, glorieux, la modestie vaincrait l'orgueil. Piero, quand il finit sa balade, croisa alors le regard des enfants dans la cour. Des petites filles, des petits garçons, quelques adolescents également, pour les filles en fin de carrière. Pour beaucoup, ils représentaient l'espoir de la cité, l'espoir de lendemain meilleurs. Une nouvelle génération, peut-être moins mauvaise que la précédente. Peut-être pouvait on espérer.
Kiara, quant à elle, sortait ragaillardie de cette mélopée et alors que tous les présents l'applaudissaient des deux mains, elle fût celle qui cria le plus fort:


-"Merci! Merci Piero!"

Elle lui envoya un baiser de loin, du genre de ceux qu'on aurait aimé faire si on avait pas eu les mains occupées. Son devoir accompli, il était temps pour le fils de la madone d'aller faire la course qui lui était demandée. A vrai dire elle fût aussi barbante qu'il était possible qu'un tour chez le marchand de vin le soi. Le sire en question, quoiqu'un peu méfiant, ne fit même pas l'honneur à Piero de douter un peu de lui quand il lui affirma venir de la part de la Rosa Blanca. La chose la plus excentrique dans sa boutique, qui en fait ne se constituait que d'une grande pièce, les tonneaux étant en cave, était la façade vert pomme, caractéristique, qui semblait avoir été peinte par un aveugle tant on voyait les traces de pinceau. Piero ressortit ainsi de l'hideux établissement avec deux gros tonnelets de vin jeunes sur les épaules. Il comprit à ce moment là, les poids sur les bras, pourquoi on avait choisi de l'envoyer lui.

Le reste de la journée se fit sans accroche. Les femmes couraient en tout sens pour nettoyer, aider à sécher, dépoussiérer et préparer les repas, sans plus. Lui fût laissé assez tranquille dans sa chambre, dans la cour ou dans les salons. On murmurait à son passage sur ses blessures, en imaginant les épreuves traversées pour les mériter.

Les cloches des temples sonnèrent les seize heures. Il était temps de se mettre en route. Commença alors l'étonnant spectacle de la Marche des Fleurs, un rituel quasiment sacré dans la cité de Trantio ainsi que, disait on, dans cette de Sartosa. Les dames de la Rosa, toutes habillées de blanc et de rouge, sortirent du salon, traînant avec elles leurs enfants et les servants de bordel. C'était ainsi: toutes les femmes de joie de la cité, parées des mêmes couleurs, marchaient dans les rues d'un pas lent, en direction des temples de Myrmidia les plus proches. Elles s'y rendraient pour vénérer la Déesse de la Tilée ainsi que ses Bienheureux.
En l'occurence, Piero n'irait pas au temple principal, plus éloigné, mais se rendrait à celui, plus humble, de son quartier. Une façade de marbre blanc sculpté de reliefs, quelques fresques de pierre racontant la vie et les exploits de la divinité, de très nombreux tableaux de maître retraçant les grands événements miraculeux: le pacte de Tylos et Myrmidia, le départ de la déesse de la Première Cité, son intervention lors de la bataille des Mille Pleurs. Des moments fantastiques dont le récit faisait frissonner des générations de tiléens.
Il y avait du monde à cette heure. Pas autant que le matin, certes, mais assez pour emplir les trois-quarts du bâtiment, pourtant de taille honorable. Une prêtresse en armure de pied en cap lisait la Bible de Myrmidia dans une langue oubliée, que peu de gens comprenaient et encore moins parlaient, bien que chacun essaya d'en imiter les sonorités. Un moment de calme survint quand la prêtresse demanda à ses deux aides de lui apporter la Lance de Bronze, symbole sacré de la déesse, pour qu'elle puisse ensuite, la tenant en main, s'en servir pour bénir la foule. C'est à cet instant, un peu relâché, qu'Ophélia, une douce fille de petite taille, mit un coup dans le dos de Piero et lui indiqua un chapeau dépassant de la foule plus loin.


-"Regarde, je vois Alejandro là-bas. Tu étais avec lui hier soir, non? Il n'a pas l'air très bien..."

La mémoire revint à Piero que c'est bien Ophélia qui, d'après ce qu'il avait entendu un peu plus tôt, connaissait le mieux le loustic pour l'avoir eu en tant que client. Effectivement, le bretteur était bien là, pâle comme la mort mais pourtant droit comme un piquet. Il faisait visiblement de grands efforts pour rester concentré. Il y aurait peut-être possibilité d'aller le voir à la fin du rituel, quoique Piero avait peut-être mieux à faire.
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

On chante sur les guerriers, on chante sur les soldats. On honore les généraux et on se rie des soudards. Les épopées de régiments sacrent aussi bien les femmes qui leur manque que l'espoir d'une victoire. Mais jamais on ne chantait la guerre. La véritable guerre. Ce moment bref que ni les trouvères ni les bidasses ne chantent de leurs grosses voix dans les tablées enfumées des brasseries. Quand la peur liquéfiait les tripes et qu'on savait que c'était nous ou celui d'en face.

Piero y pensa. Ces moments d'infortunes. Francs-tireurs, mot poli pour le gibier de potence qu'on dépêchait en sus de l'armée pour harasser l'ennemi. C'était l'Estalie. C'était Diamanterra contre Bilbali. Et une fois encore, le destin avait décidé pour lui de son camp.
Le fond de l'air était sec à vous en péter les vaisseaux des narines. Un camp d'armée c'est toute une pléthore de soudards, de guerriers, de loufiats, tout le monde se lave dans des ruisseaux boueux que la fonte des neiges printanières a depuis longtemps cessé de renouveler. Les mercantis et les ribaudes passent plus souvent dans les tentes que les sergents et pour cause. On a toutes les armées qui se confondent. Portigelle a levé ses troupes, puis celles de ses vassaux sont arrivées. Il y a aussi tout le fatras des mercenaires, des épées-louées, des engagements plus ou moins forcés. Il a la vingtaine bien entamé, l'hidalgo souriant tandis qu'il emporte aux dés une meilleure solde que ce que peuvent promettre les officiers qui l'ont rassemblé lui et les autres. Ces beaux oiseaux, si jeunes mais déjà bien armées de lames tranchantes qui brillent à leur ceinture.
Puis les clairons tonnent, si les visages sont flous dans son esprit, les sons sont clairs comme le cristal. On sonne la mobilisation. Tout le monde ou presque sait quoi faire. Les Tercios se forment. Ce soir les troupes de la ville au Diamant mangeront du Bilbalien.

Bardés de piques comme d'affreux hérissons hirsutes, braillards et sentant l'ail, les troupes avancent. Les tambours battent la cadence. Les jeunes qui les tiennent n'ont même pas de poils sur la gueule mais ils sont fiers. Les sergent braillent les ordres. On serre sa pique, son arquebuse ou son bordel contre soit, comme on serre une femme ou une mère. Les armées de Bilbali sont devant. Le vieux Rey en a levé de belles de troupes aussi, avec les étendards d'une tour pour les narguer.

Les arbalétriers ouvrent le bal. Ça fuse. Les hommes tombent, on les remplace. On s'arrête. Nos arquebusiers sont plus rapides. Une volée contre eux. Qui fait mal. Piero est un piqueros secos. Bien au milieu. Mais ni eux ni ceux d'en face n'avancent. Le choc serait une boucherie. Et les Bilbaliens jonchent le sol en plus grand nombre. Ils reculent ! Mais ce n'est que pour laisser place au tonnerre des sabots. Les véritables hidalgos. Criant comme des diables fous sur leurs chevaux, pistolets en main. Ils passent devant eux en envoyant une salve de plomb avant de battre en retraite. Les plus téméraires se font percés par les piquiers. D'autres découvrent toute l'habileté au tir d'un Portigellien. C'est comme eux qu'il veut être, ces intrépides aux capes flamboyantes.
Pourtant c'est la guerre. Et lui aussi a un pistolet. L'un de ces hidalgos en fera les frais.
Ils s'éloignent pour recharger et se mettre à l'abri. Les troufions d'en face avancent à nouveau. L'air est sec, chargé de fumée de poudre, du tabac des sergents et de la puanteur des chevaux et des hommes qui se meurent. Les gens hurlent tout autour mais les détonations rendent sourdes. Il serre sa pique à deux mains comme le faisait hier encore une fille des bataillons.
Le choc va être inévitable. Mais pas celui escompté. Derrière ça braille. Le sol tremble. Ceux qui ne sont pas aux prises avec des Bilbaliens tournent la tête avec effroi pour voir la vague en armure qui perce l'arrière-garde. Les Bretonniens. Sur leurs chevaux bardés d'acier et de caparaçons aux couleurs vives. Ils broient sous les sabots ceux qu'ils n'ont pas transpercé de leurs lances. Derrière, ils donnent des coups d'épée avec de larges mouvements de bras. C'est la débandade. Ceux qui retournent leurs armes sont dos aux Bilbaliens. L'état-major donne des ordres que nul n'écoute. Les hommes meurent, pris entre l'écu et la lance. Piero se retrouve par terre, un sabot n'est pas passé loin du visage. Il se redresse, un peu sonné. On l'attrape. "BARRE-TOI GAMIN ! La bataille est perdu !" Il ne demande pas son reste et détale, sautant par dessus un gosse et son tambour enfoncé par les sabots d'un destrier. Il court vers les fourrés. On tire sur les fuyards comme sur du gibier. Des beaux oiseaux. Si jeunes, de beaux faisans oui.

Les cloches. Il était allongé sur le lit. Oh bah merde. Il se redressa, laisser glisser ses jambes jusqu'à atteindre le plancher des vaches et se laissa craquer les lombaires. Foutredieu. De foutredieu. Bon, seize heures, ils allaient au temple, peut-être n'était ce pas le moment pour jurer.
Avec ses nouveaux habits aussi beaux que gratuits, il descendit pour rejoindre les filles. Un sourire complice, une salutation, petite révérence devant maman et Susanna. Et en route.
Qu'elles étaient belles comme ça toutes les monnayeuses d'amour de Trantio. C'est pas une procession qu'ils auraient pu comprendre dans l'Empire. Ils sont chiants comme la pluie quand il s'agit des grâces de la vie. Et pourtant qu'il y avait là bas de belles plantes. Sacrée Cunégonde.

Il se découvrit en rentrant dans le temple. C'était un grand moment. On écoutait la prêtresse déclamer ses litanies en essayant de la suivre. Il ferma les yeux tout en récitant les paroles qu'ils apprenaient par cœur depuis le moment où on leur lâchait la main. Un peu plus prés de la lance et du soleil. Sur les prés d'été et près des temples antiques.
Myrmidia avait sortit les hommes de leur sauvagerie, et ce sauvage là l'a remerciait.
Ophélia le sortit de ses songes. Il fit un quart de tour de rein et baissa la tête pour la voir, hum ? Oh. Alejandro. Mince. Il opina du chef envers la courtisane avant de se faufiler dans la foule des femmes et des employés de bordel pour atteindre le reître.
À voix basse, il vint lui dire : "Oh Alejandro. Tu tiens le coup ? Après la messe, viens à la Rosa, Clara va t'arranger tout ça. Puis je t'offrirais le repas. Tu as l'air d'avoir vu Morr-le-père."
On n'était pas trop de deux dans ce pauvre monde. Surtout quand on n'était doué qu'avec une lame.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Petit test de chance caché.
Le visage d'Alejandro, quand il se tourna, avait de quoi faire bondir Piero de frousse. Il était pâle comme un morrien malade, les yeux cernés si bas que le noir des paupières touchaient ses lèvres et la mine affaissée. En vérité, il était si déformé par la douleur et la fatigue qu'on aurait pensé à un autre homme. Loin était le fier soldat à la retraite, remplacé par un cadavre ambulant.

-"Ah... Orsone. Je ne croyais pas te croiser, je..."

Aux côtés de Piero, quelques filles du bordel s'approchaient sous les regards courroucés des bons citoyens trantiens pour qui les femmes de petite vertu, impures aux yeux de Myrmidia, devaient rester au niveau des bancs dédiés et pas plus près du chœur. Alejandro semblait également un peu gêné par l'invitation de l'hidalgo à se faire soigner au bordel. Question de principe plus que de confiance, en réalité: se faire soigner dans un de ces endroits ou même y pénétrer hors des horaires réglementés demeurait aux yeux des bonnes gens quelque chose de très suspect.

De derrière Piero, Ophélia s'avança et prit le bras du vétéran. Une tendresse certaine se lisait dans ses yeux ainsi qu'une inquiétude sincère.


-"Ne te fais pas prier, Al'! On va te remettre tout ça en place, tu vas voir."

Et pour le motiver davantage elle lui offrit un clin d'oeil et mima un baiser.

-"Et puis tu pourras dormir avec moi ensuite, je suis sûre que la Madonne n'y verra pas d'inconvéni..."

Un avertissement fila depuis le groupe de femmes de la Rosa, indiscernable:

-"Attention!"

Les deux poings réunis comme une masse, un des prieurs debout et qui passait pour sortir frappa Ophélia dans le dos, la jetant au sol sous la surprise. Il hurlait à qui voulait l'entendre:

-"Cette truie essaie de rameuter ce vieillard sous le nez de Myrmidia! CHÂTIEZ CETTE PUTE!"

-"Des Purs! Ne vous approchez pas, salopards!"

Plus mort que vif, mais encore debout, Alejandro s'était placé devant la pauvrette jetée au sol. En face de lui un groupe de quatre hommes, tous vêtus de gris et de bleu de la tête aux pieds, perçaient la foule pour aller mettre des coups de talon à Ophélia, qui rampait entre les jambes des pressés, sous le choc. Une autre fille attrapa le bras de l'ancien mercenaire qui allait en venir aux mains dans son état.

-"Laisse tomber, allons-nous en! Pour nous c'est le quotidien."

Mais ni lui ni les quatre ahuris ne l'entendaient de cette oreille et les poings menaçaient de partir sous les yeux inquisiteurs des statues de la Mère de Tilée et des prêtres qui rangeaient l'appareil de rituel en se demandant ce qu'il pouvait bien se passer par là-bas.
La situation devenait critique. Les femmes de la Rose évacuaient vers la grand-place sous l'impulsion de Lucia qui ne voulait pas voir cet accident s'envenimer. Les Purs... Jamais Piero n'avait entendu parler d'eux, mais les grenouilles de temple avec une haine des catins, ce n'était pas neuf. Déjà dans son enfance il y en avait.

Piero, dans un élan de lucidité, choisit plutôt de diminuer la pression accumulée dans la salle. Tabasser ces gens ne lui amènerait que des problèmes alors mieux valait filer, quitte à leur accorder une petite victoire.

Jet de charisme de Piero: 4, réussite.
Au départ Alejandro ne voulait pas en démordre: il voulait venger l'offense, mais Piero su l'en dissuader. Ces types n'en valaient pas la peine et il y aurait toujours un autre jour pour se battre. Après un nouveau temps d'hésitation, il releva Ophélia et la soutint contre lui pendant que leurs opposants continuaient de les provoquer. Finalement, les filles du bordel quittèrent la place, sous les regards amusés des bons bourgeois. En chemin, Ophélia, un œil au beurre noir et sans doute une côte fêlée, expliqua en sifflant:

-"Ils se font appeler les Purs... Ils ont fait une liste de ce que la déesse Myrmidia ne saurait tolérer sous son regard et chassent les catins comme nous, les mendiants, les charbonniers et les pauvres des basses-rues... Ils sont fous Piero, ils sont fous..."

La congrégation rentrait à la Rosa pour se remettre de leurs émotions. Mais on lisait dans les yeux d'Alejandro que les choses ne s'arrêteraient pas là.
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Piero Orsone
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Quand le mal entrait dans le sang, il n'en ressortait qu'avec la dernière expiration. C'était ce que lui avait expliqué les rebouteux en tout genre, en pointe des progrès de la médecine dans le vieux monde. Et le mal chez ce pauvre Alejandro, il semblait s'être installé un petit nid douillet.

Mais il n'y avait pas que le mal de la blessure. Chez lui comme chez Piero. Il y avait celui d'une vie passée à en prendre d'autres. Pour une poignée de pièces, l'amertume d'une bouteille et la chaleur des femmes. Et Ophélia s'était approché pour convaincre le briscard de venir se faire soigner. Tant mieux, ils ne seraient pas trop de deux pour amadouer le vieux loup.
Ce qui se passa après, Piero ne l'avait pas vu venir. Trantio avait déjà commencé à le ramollir. Le foyer natal retrouvé lui ayant fait oublier que l'Homme était l'Homme partout, même derrière ces murailles si familières.
Des bigots, des putains de bigots trop contents de montrer leur pureté aux autres comme des ribaudes montraient leur cul.
Il serra les poings, à s'en rouvrir sa blessure à peine soignée. Alejandro s'était déjà dressé pour protéger la p'tite. Mais si cela dégénérait. Énerver un avorton richissime était une chose. Excommunié pour avoir versé le sang sous le regard des dieux en était une autre. Ses narines en agitation, le cœur tambourinant, il choisit d'avaler son orgueil et sa colère. Pour les filles. Pour maman. Pour celles qui ne pouvaient partir d'ici. Lui après tout, il n'était que l'aventurier.

Bien en évidence, il se dressa pour forcer tout le monde à redescendre d'un cran. "Qu'on reste calme. Nous sommes sous le regard des Dieux. Pas sur un champ de bataille."
Des champs de bataille, ces culs-bénis ne devaient pas en avoir arpenté beaucoup. Les plus pieux des soldats finissaient toujours par courir aux putes et à la gnôle vendue par des mercantis quand les affrontements cessaient. Car c'est comme ça qu'on oubliait ce qu'on avait dû faire. Pour sa cité, pour son prince, et pour les dieux.

Alejandro aussi, aussi fulminant que minable dans son état, comprit. Il redressa Ophélia et l'aida à partir. Le dernier à quitter le temple fut Piero, sans lâcher du regard ceux-là même qui firent acte de violence les premiers. Une fois dehors, il pesta des jurons à en faire rougir un Ostlander. Il était temps de rentrer, de soigner les deux bougres. Et d'attendre.
Aux explications d'Ophélia il ne put que tristement conclure : "Tout le monde est fou, nous, on a juste le courage de l'assumer. Car sans ça, on n'aurait rien pour vivre."

Une fois à la maison-close, il aurait le temps de songer quoi faire. Un nouveau boulot pour un nouveau nobliau, un riche marchand ou quelques mécènes désireux de bras supplémentaires. Alejandro aurait des pistes probablement, et sans aucun doute possible, il voudrait se venger. Le cycle infernal ne se terminerait pas de sitôt dans la cité du marbre.

Chienne de vie.
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

L'effervescence du retour animait la Rosa, tandis que les filles remettaient leurs tenues de ville au placard et que les plus versées dans les arts médicaux, ce qui ne valait pas rien, s'activaient autour d'Alejandro dont la blessure s'était rouverte sous l'effet de la colère. Lucia, en bonne maîtresse de maison close, ne se trouvait pas très satisfaite qu'on amène un homme dans les chambres en dehors des heures d'ouverture, c'était contraire autant aux lois qu'à l'éthique, mais elle ne pouvait pas décemment non plus demander à ce qu'on remette à la rue un gaillard blessé qui avait essayé de protéger une de ses employées. Elle demanda quand même à ce qu'il soit mis à la porte, avec les convenances, le lendemain au plus tard, quand il serait rétabli. Hors-de-question de commencer à faire des exceptions au règlement ou on en finirait pas. Il se murmurait toutefois qu'Ophélia viendrait se glisser dans sa chambre à la nuit tombée, histoire de lui tenir chaud. Une fois n'était pas coutume, Susanna avait une explication à l'affection de la prostituée pour le vétéran âgé. Elle en parla à Piero au repas du midi, pendant qu'ils partageaient du pain et du fromage arrosé de vin coupé.

-"De ce que j'ai compris, Alejandro et ses hommes auraient sauvés Ophélia et son père il y a une dizaine d'années, pendant une bataille au sud de Trantio. Depuis elle se tient au courant de ce qu'il devient. C'est quand même étrange, être un officier et finir comme lui dans une masure d'après ce que tu m'en as dit..."

Cela expliquait en tout cas pourquoi la jeune prostituée tenait autant à lui et cherchait sa compagnie, voire payait de sa poche une réduction des prix. Les histoires de ce genre arrivaient parfois, la femme qui se liait au sauveur réel ou fantasmé l'ayant tiré d'un mauvais pas et qui passait ensuite des années tous les stratagèmes pour attirer son attention. D'autant plus qu'il n'était pas certain qu'Alejandro lui-même soit au courant de l'affaire et imaginait juste être tombé sur une dame de bon esprit ou que son charme de soldat avait conquis.

Ainsi allaient les affaires de mœurs à Trantio.

Le reste de la journée ne serait pas plus troublé que cela. Alejandro, alité le temps de se remettre, se laisserait cajoler par les vendeuses d'amour qui, nul n'en doutait, s'étaient montrées très impressionnées par son courage et son envie de protéger une des leurs. Et si protéger les petites vertus se montrait peu utile dans la vie de tous les jours, il n'en était pas de même quand on se reposait dans le lit d'une de leurs maisons... Pourtant, un dernier trouble devait venir cueillir Piero en début de soirée, alors qu'il terminer d'aider à ranger les draps. Sa mère s'approcha de lui, le front plié d'inquiétude. Quelque chose la tracassait et ses lèvres brûlaient d'en parler. Elle le passa pourtant sans mot dire alors qu'elle franchissait l'escalier qu'il s'apprêtait à descendre.

Il y aurait peut-être un autre jour pour en parler. En attendant, les filles étaient en train de mettre la tablée pour faire un grande repas en commun avec le vin acheté le matin. Il serait temps ensuite de discuter.
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Piero Orsone
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Un moment à partager autour du fromage et du vin, à comprendre ce qu'il en était de la vie à Trantio durant ses longues années d'absence. Une ville vivait à son propre rythme, aussi rapidement que le fil des jours, aussi lentement que le temps que mettait ses monuments à s'éroder. Et le marbre était une roche dure et solide. Susanna lui expliqua ce qu'il se tramait entre le vieux mercenaire et la jeune pousse verte. Une histoire bien trop commune et toutefois si unique. Celle de deux cœurs effilochés par leurs choix de vie qui ne se comprendraient jamais totalement. D'une vendeuse d'amour et d'un vendeur de mort.
Ah Susanna, belle gosse. La fille de tes parents sans aucun doute possible.
"Tu sais ma grande, j'aurais pu être un grand de ce monde aussi. Le Marquis Orsone da Trantio tu m'imagines ? J'aurais porté des habits filés d'or et des bottes en cuir d'une bête lointaine. Ça aurait eu de l'allure. Pourtant, bah... Je suis là, avec mon cheval, mes godasses et toujours aucune idée de travail à faire qui ne me demande pas de me faire trouer le cuir." Il rigola tout en se resservant du vin. "Regarde tes parents, ils se sont connus quand l'une administrait le procès de l'autre. Une juge de Verena et un agitateur public, finissant par s'aimer. C'est beau non ? C'étaient les meilleures personnes que je connaissais. Sans elles je ne serais pas comme ça."



Il regarda la cour de la Rosa, ses plantes grimpantes et les murs des autres bâtiments. Témoins silencieux de tout ce qui se tramait ici.
Cependant, la journée fut tranquille, raviver le sourire de Kiara, saluer les filles et Alejandro, s'occuper des draps, cirer ses bottes, cirer sa moustache. Il n'y avait que Maman qui semblait... Couver un truc. Il est vrai que depuis qu'ils s'étaient retrouvés, à peine une poignée de jours avant, il n'avait pas trouvé le cran de discuter réellement avec l'amère supérieure mais... Il le ferait. Trop de non-dits, d'inattention. Cela ne pouvait continuer.

Le soir, les filles causèrent des clients, de la guerre, des amants réguliers qui juraient revenir à la fin de la guerre pour les prendre comme femmes, beaux-parleurs de mercenaires qui savaient s'y faire bien plus avec une lame qu'avec une dame malheureusement. Des nobles qui venaient se mêler avec ces petites perdrix au sang rouge qui avaient pour elle la douceur que n'ont pas les nobliaudes. Quelques filons à creuser sûrement. Par folie ou par défi, il demanda même aux filles si l'une d'elle avait eu vent d'un mécène. Après tout, jouer des accords, ce n'était pas si pire et bien moins dangereux que de jouer de la corde. Il devait bien y avoir quelques dames ou quelques hommes de haut rang désireux d'un musicien au moins pour un soir. Qui savait.
Après le repas et les discussions, il irait voir sa mère et lui demander comment elle allait. Terminer la discussion et suturer cette déchirure entre eux avant que la gangrène n'emporte tout, comme avec son père, et comme tous les hommes d'armes.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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