Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

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[MJ] Le Djinn
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[Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Un jet de Charisme, avec +3 parce que c'est quand même ta mère et +2 parce que c'était beau: 19. Ouille.
En d'autres lieux, ce genre de monologue héroïque aurait produit une salve d'applaudissements, peut-être même une ovation. En effet, qui n'aimait pas les grands héros tragiques, ceux qui partaient à la recherche de la vengeance pour la gloire de celle-ci ou pour la beauté du geste? Qui restait insensible à l'épopée malheureuse d'un enfant devenu bandit, cherchant un père qu'il ne connait même pas? Personne, dans tout le Vieux Monde n'aurait pu rester là, debout, sans verser une petite larme.

Personne sauf Lucia Orsone da Trantio.

Son visage était rouge de colère et elle agitait ses bras comme une possédée, vociférant des paroles réprouvées par la bonne morale. A ses côtés Susanna, passablement fâchée elle aussi, tentait néanmoins de la calmer à coup de "Madonne..." sans grand succès.


-"C'est ça que tu me sors? Que tu es parti pour accomplir la vengeance de morts et trouver l'amour d'un père qui nous a tant aimé qu'il m'a planté là, avec le ventre rond et la faim au ventre? C'était donc ça, Piero Orsone, le troubadour de Trantio? Parti sur un coup de tête et revenu tout pareil, après avoir tout raté?"

-"Madonne, s'il-vous..."

La couleur de ses joues virait du rose vin au rouge sang et des années de stress, d'angoisse et de colère explosaient au même endroit. Elle s'en arrachait les cheveux en vociférant, tapait du pied contre le parquet au point d'en faire tremble la structure. Dans toute la maison de passe plus un bruit ne circulait devant la colère de la gérante, personne même n'osait sortir des chambres ou entrer dans le bâtiment de crainte de tomber sous sa fureur.

-"Tu les as aimées, ces filles? Ca je le sais! Je ne pourrais plus compter le nombre de gamines qui sont arrivées ici, colportées par des ragots, pour me présenter un bambin à moitié mort et soi-disant sorti de tes bourses! A ça, comme ton père on peut savoir que tu ne les perds jamais bien longtemps! Je ne te parle même pas de mener une vie honnête, non ça je savais depuis longtemps que ça t'étais impossible, tu as la hargne dans le sang et j'en suis même fière, mais on aurait eu tant besoin de toi ici! Combien de mes pauvres filles se sont faites martyriser par des brutes avant que nous ne puissions améliorer l'établissement! Combien de vies innocentes tu aurais pu sauver avec cette épée, Pierino, plutôt que d'en prendre à travers le Vieux Monde?"

-"Madonne..."

-"Et penser un avenir avec nous maintenant? Alors que tu te présentes sans le sou en poche et la mine basse d'un chien battu, sans un seul mot d'excuse en bouche sinon des histoires comme tu en racontais à tous les..."

-"Madonne! Assez! Par pitié, assez! ASSEZ!"

Le regard de Lucia se tourna vers Susanna, ce petit bout de femme de quinze ans à peine qui se tenait là, droite, le corps arqué, les poings serrés au sang, les yeux perlant de larmes sur son visage de lait et ses joues déjà rosies par la colère et le chagrin. Sa voix était hachée, plus grave qu'à l'accoutumée, ses boucles brunes lui tombant devant les lèvres la forçant à entrouvrir seulement la bouche.

-"Il faut oublier, madonne. J'étais là tout ce temps avec vous aussi... J'étais là quand Louisa s'est faite tuer par ce porc de Zapario, j'étais là quand on a dû renvoyer la Livia avec le bébé mort-né, j'étais là tout le temps... Je suis furieuse aussi. Je sais aussi que si Piero avait été là il aurait pu tout changer en mieux..."

-"Suzannita..."

La jeune servante leva vers sa maîtresse de grands yeux rougis par l'eau des larmes, la gorge serrée d'angoisse.

-"Mais par Myrmidia il est là maintenant! Il est là! Il faut oublier, madonne... Piero est là maintenant, il faut oublier, il faut... Je vous en supplie, je vous en supplie... Aimez-le madonne, juste, aimez-le!"

Elle craqua alors et parti se blottir contre le bandit sur le retour. Il sentit sa détermination, sa vexation, la chaleur puissante qui émanait de son petit corps. C'était quelque chose que cette grande enfant.

-"Moi je l'aime. Je sais que je l'aime, c'est pour ça qu'il faut que je lui pardonne. Que j'y arrive..."

Devant ce spectacle, la gorge de Lucia se noua. Elle resta là, pantoise, elle la puissante maîtresse d'une maison réputée, à regarder ce petit être en enlacer un autre, plus grand en taille seulement. La madonne Orsonne se retourna alors vers la porte et sortit, déclarant seulement en tentant de masquer les sentiments contradictoires qui l'assaillaient:

-"Réfléchis à ton avenir, Piero Orsone, réfléchis-y même bien. La vie est courte en ce bas-monde, tu as dû l'apprendre."
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orsone
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Ce n'est qu'une fois le fond atteint que l'on peut remonter. Et là, le cul sur un tabouret au milieu de Trantio, Piero était au fond de la mer du sud, envasé jusqu'au cou. L'air lui même venait à manquer. Mais il n'était pas en train de sombrer entre deux eaux. Il était là. Là entre ces meubles en noyer qui n'auraient pas déplu à quelques nains ébénistes et sa propre détresse. Et le pire. La déception. Chaque phrase de sa mère était un coup de glaive dans le cœur. Mais au delà de la rage, de la frustration, de la rancœur, elle disait la vérité. Crue, laide, tiède. Comme un oiseau torturé par un chat déjà repu. Mais la vérité. Et pourquoi blâmer ? Cassandra parlait mais on ne l'écoutait pas. Lucia parlait mais c'est lui qui n'avait pas voulu l'entendre.

Jusqu'à maintenant. Là il ne pouvait pas vraiment faire autrement. Le visage en train de fondre, pâle et flasque. Broyé, anéanti. La contenance c'est dur à garder face au pire, face à l'Empire, face aux malfrats pires que lui, face aux innombrables bien meilleurs que lui. Mais face à sa mère et à son chagrin c'était impossible. Le coup de grâce fut Susanna. Susanna qui venait défendre sa peau de vieux salaud. Comme il avait défendu celle de Fantini son père. Pourquoi la jeunesse si vive s'offrait à ces loups si vieux ? Charognards de bandits aux idéaux contradictoires.

-"Réfléchis à ton avenir, Piero Orsone, réfléchis-y même bien. La vie est courte en ce bas-monde, tu as dû l'apprendre."
[/quote]

Il n'y avait plus que Susanna collée contre lui. Piero poussa un long soupir avant de poser son visage dans ses mains. Entre deux doigts de brigand couverts d'engelures, de cicatrices de cloques et de tâches de gras, il bredouilla : "Pardon Susanna."
L'aventurier déglutit, redressa la tête et posa ses yeux tristes sur la bout de femme.
"Pardon oui. Je t'ai laissé comme le dernier des cons. J'espérais vraiment te ramener ton père. Penses tu, il était obstiné jusqu'au bout. Si j'avais qu'un dixième de ses idées j'aurais pu conseiller les princes. Lui il préférait les combattre... Il me manque. Mais pour toi c'est moi qui ait manqué. Tout de A à... Peut importe la dernière lettre."
Il laissa un petit rire remonter entre les sanglots étouffés avant de passer son avant-bras sur sa sale gueule d'ange. "Mais maintenant je suis là. Je sais pas si ça change grand chose en fait. Mais si ça doit le faire, autant que ça soit en bien."

Il passa sa main dans ses cheveux bruns avant de se lever. Il regarda par la fenêtre. "Quand maman ira mieux, je lui demanderai si elle a des tuyaux. Pour du travail. J'ai quelques talents en poche à défaut d'écus."

Toutefois il s'approcha d'elle et attrapa une pistole de son ceinturon. "Tiens regardes. Une pièce de Middenheim. Une grande ville de l'Empire. Ils ont frappé la ville sur un coté. L'autre c'est Todbringer. Je suis passé sous son palais tu imagines. J'ai gagné ça en chantant." Il lui lança. "Commence à te faire un pécule. Ça te servira dans la vie."

Pour se remettre un peu d'aplomb après tout ça, il attrapa son instrument. "J'ai un peu progressé depuis l'époque où je te chantais des berceuses. Tu vas voir." Et il se mit à jouer, à jouer une chanson si connue des âmes en peine de toute la Tilée.

Il fallait remonter. Remonter braver la tempête pour un jour revoir le ciel bleu.
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

La porte de la taverne se referma derrière Piero tandis qu'il en sortait, l'espoir rincé. C'était le troisième lieu auquel il se rendait qui indiquait qu'il n'avait pas de travail à lui fournir. Pourtant les filles de la Rosa lui avaient bien dit que ces trois trous à skavens auraient du métier pour lui! Sans doute de la contrebande ou du racket, bien sûr, mais mieux que rien. Un des aubergistes avait été clair sur le pourquoi du refus: Piero avait disparu depuis trop longtemps. Trantio, comme toutes les cités-états, était un village à l'échelle d'une ville, tout le monde s'y connaissait et personne n'aimait vraiment les nouveaux venus. Pas besoin de se demander dans ces conditions pourquoi la cité employait des armées de mercenaires. Dans tous les cas, lui avait quitté les lieux depuis bien trop longtemps pour être encore "engageable" par la pègre: on ne le connaissait pas assez. Il faudrait trouver autre chose.

Restait une dernière offre, dont lui avait parlé Mathilda pendant qu'elle torchait son bambin de dix-huit mois. Un gus de la haute qui aimait aller s'encanailler dans les rues basses de la cité et qui passait de temps en temps au bordel pour profiter des beaux yeux de Marina, une petite de dix-neuf ans aux seins bien ronds. Dans ses grands projets, il convoitait de passer une soirée au "Cul-de-Morr", un des lieux les plus malfamés de tout Trantio, surtout depuis le début de la guerre où les mercenaires les plus brutaux et les misanthropes éclusaient des verres et se battaient entre eux. On y trouvait les catins les moins chères et la pire piquette de toute la Tilée centrale, mais on s'y amusait toujours. Pas fou, le nobliau prévoyait de ne s'y rendre avec un garde du corps mais jusque là aucun n'avait été assez fou pour accepter de l'y accompagner.

En y réfléchissant, il y avait un autre travail dont Susanna lui avait soufflé le mot: le capitaine Demerio, un mercenaire de l'armée de Trantio, cherchait des irréguliers pour harceler des lignes de convoi et des marchands d'autres villes. Evidemment les actes seraient contre toutes les lois de la guerre et seraient officiellement l'acte de bandits. A ce titre d'ailleurs les pires exactions seraient encouragées: meurtre, viol, torture. Ces "brigands" sans tabard démoraliseraient et affaibliraient les cités voisines, surtout les ennemies. Ce genre de choses ne se murmuraient qu'à voix extrêmement basse d'habitude, mais il semblait qu'avoir son bâton entre les joues d'une donzelle vous déliait les gorges vocales et augmentait considérablement le volume de ce qui en sortait.

Un passant bouscula Piero sans s'excuser tandis qu'il traversait une rue morne aux maisons de marbre sans vie ni personnalité, comme si les propriétaires n'avaient pas eu leur mot à dire sur leur construction.

A la rigueur il pourrait, comme sa mère lui avait subtilement conseillé, essayer de travailler comme videur à la Rosa. Un métier ennuyeux, assez ingrat où il passerait son temps à voir des gens plus heureux que lui emporter dans des chambres des femmes qui diraient à Piero au petite matin à quel point elles étaient contentes de l'avoir comme ami. Au moins il aurait du pain et du vin tous les jours sur la table et pourrait se rabibocher avec sa mère, sans parler de Susanna.
Assis sur un banc devant un petit parc laissé à l'abandon, Piero n'avait plus qu'à réfléchir au chemin que devait prendre sa vie.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orsone
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

"On vous rappellera."
"Mais enfin comme-"
Encore une porte qui se ferme. Non franchement les entretiens d'embauche c'est une corvée bien plus atroce que de fuir les gors à travers le Nordland. Au moins les derniers avaient une étincelle de vie dans les yeux. Pas comme le regard noir, vitreux et mort de ces proxénètes, de ces taverniers et autres loufiats.

Piero pesta avant de se diriger cape sur l'épaule à la fontaine la plus proche. L'eau était glaciale mais gratuite, c'était déjà ça.
Une lavandière bien jeune avec un chiard déjà bien âgé le lorgna avec curiosité. L'aventurier soupira de façon dramatique avant de se décaler. Bon. Les options étaient limitées :
Truand ou garde du corps. C'est ce qu'avait glané pour lui les petites chattes de la maison close. En même temps. Qui ferait confiance à un homme qui revient ? On reste ou on part, mais revenir ? Non, revenir c'est avouer que le monde n'était pas fait pour les ambitions d'un Tiléen. Et les dieux savaient à quel point c'est primordial pour eux. Surtout pour Trantio. Devenir la première ville de Tilée sans même border l'océan c'était un pari qu'ils s'étaient lancé. Et il fallait s'y tenir que diable.

Et la future première ville de Tilée avait besoin de coupes-jarrets. De violeurs, de pendards, des pires animaux de la création, lâchés de l'autre coté des
remparts pour écumer la campagne. Et faire ce que font les bêtes enragées. Lorsque Susanna lui avait décrit l'offre il s'était muré dans le silence. Sa capacité de projection l'avait porté trop loin. L'odeur de la poudre, les hurlements des blessés et des femmes à qui on arrache leurs jupons, les craquements du bois. Il voyait déjà les pelures sur ses mains à force de nouer des cordes. La trace de suie à force de déchirer les pochons de poudre. Il avait déjà fait ça. Il avait déjà trop fait ça. Tuer. Détrousser. Piller. Faire des choses innommables à des gens qui ne le méritaient pas.
Il regarda la jeune femme, son gosse qui se penchait pour saisir l'eau entre ses doigts patauds. Non. Non.

Piero réalisa alors qu'il s'était encore fait une commedia dell'arte tout seul dans sa tête. Bon. Il se leva en enfonçant son chapeau bien fort pour disparaitre dessous. Il y avait aussi cette histoire de cul-de-Morr. Rien à voir avec le séant divin du père des rêves en lui même. C'était un de ces bouges innommables que sa mère lui avait interdit d'approcher dans sa jeunesse sous peine de se faire tirer par l'oreille jusqu'à ce qu'elle ressemble à celle d'un elfe. Et visiblement l'un des habitués de la maison voulait y aller. Soit. Ce serait pas le meilleur boulot du monde vu qu'il devrait éviter à un sac à blé de se faire détrousser par des types à même de trainer avec le capitaine Demerio. Mais ça devait bien payer.

Plus que de faire le planton devant la porte de maman. Même si c'était ce qu'elle préfèrerait. Peut-être qu'il irait faire ça après avoir empoché la paye du Nobliau. Peut-être. En attendant il se décida à rentrer, causer un peu avec Susanna. Et si l'orage s'était tempéré, avec sa mère.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

En ce milieu d'après-midi, les rues de Trantio s'animaient au rythme des sabots des bœufs d'attelage et bottes trouées des mercenaires vaquant à leur patrouille. Les femmes et les enfants perdaient progressivement leur prise sur la ville tandis que les hommes sortaient des ateliers d'artisanat, des maisonnettes de commerce ou revenaient des fermes autour de la cité. De longues files humaines se formaient un peu partout alors que les forgerons rencontraient les belles tisserandes lâchant enfin leurs machines et que les potières comptaient fleurette aux charpentiers et menuisiers dont les mains caleuses courraient s'agripper aux fesses rebondies des plus innocentes.
Bientôt les tavernes et les auberges se rempliraient d'âmes souhaitant partager de bons moments avec leurs proches ou oublier leur malheur dans le puissant vin tiléen, breuvage bien plus costaud que ses cousins de Bretonnie et de l'Empire. Dans la rose de la Rosa Blanca, un poivrot au nez rouge s'accrocha d'ailleurs à la ceinture de Piero, sans doute convaincu d'avoir trouvé là son partenaire de beuverie jusqu'à ce que le soleil se lève ou que Morr les appelle dans son royaume. Il en fût quitte pour une bonne bourrade et fila valser au milieu des tabourets, au milieu d'une tablée de sept apprentis écorcheurs qui disputaient une partie de dés. Tous fortement courroucés, ils passèrent le pauvre homme à tabac avec tout ce qui leur passait sous la main.

Une puanteur ignoble courrait le long des caniveaux. Les gens se relâchaient une fois la soirée venue et les courroies centrales des routes pavées de marbre s'emplissaient de l'urine et des excréments retenus toute la journée ainsi que des déchets organiques consommés, dont l'odeur fruitée et âcre se mêlait à la puanteur plus franche des crottes humaines et animales. Heureusement l'influence naine sur Trantio influençait autant l'aménagement urbain à proprement parler que ses infrastructures militaires et ses bâtiments: des égouts existaient. Ils n'étaient pas aussi bien administrés que ceux de Nuln ou d'Altdorf, les princes successifs en avaient clôts de grandes sections par désintérêt ou volonté de ralentir la prolifération des hommes-rats qui vivaient sous terre mais tout de même, ces conduits existaient. Ainsi pas besoin d'attendre que la pluie charrie les immondices vers les quartiers en contrebas, les plus pauvres: les égouts le faisaient déjà!
Arrivé à la maison de passe, Piero eut pour quelques minutes à retirer un doigt de gadoue puante de ses bottines avant d'entrer, histoire de ne pas saloper le beau tapis du vestibule. C'est que d'ordinaire les clients arrivaient par carrosse et n'avaient donc pas besoin de nettoyer leurs chaussures cirées. Les valets, eux, allaient se distraite chez les filles moins chères qu'on trouvait de l'autre-côté de la rue. Pour l'instant personne ne profitait des charmes des femelles du lieu, sauf un nobliau tombé amoureux d'une débutante et qui, sur son honneur, s'était décidé à la besogner chaque soir jusqu'à ce qu'elle accepte de partir avec lui. Bien évidemment la péronnelle n'avait absolument aucune intention d'appartenir à cet énergumène et se contentait de lui soutirer de fortes sommes d'argent.
Trouver Susanna ne s'avéra pas une tâche bien difficile. Ce jour-là elle se trouvait en cuisines, aidant le saucier à préparer une de ses préparations fétiches, un mélange d'oignons, de poivrons (une plante nouvelle venue de Lustrie) et de cannelle qui relevait tous les plats. Quand elle aperçut Piero, elle laissa le brave Paulo seul devant sa marmite, détacha ses cheveux noirs et se débarbouilla de la sauce ayant atterrit sur son visage.


-"Qu'est-ce que je peux faire pour toi, tonton?"

C'était le mot qu'elle avait choisi pour le désigner: "Tonton". Simple et affectueux, car elle voyait Piero comme un oncle partit soudainement et qui revenait d'un monde lointain et inconnu. Piero, en bonnes dispositions, souhaita l'interroger un peu plus sur sa vie au bordel et sur le traitement qu'elle y recevait.

-"Ah? Et bien... Je suis bien traitée je trouve, comparée aux autres filles de mon âge, je veux dire. Je sors parfois avec Eliza et Morgana vers la grand-place pour aller admirer les statues et discuter et elles sont bien plus maigres que moi, les pauvres."

Un sourire contrit lui barra le visage. Avoir du pain et du vin sur la table tous les jours ne constituait pas la norme dans le peuple de Tilée, même dans celui des cités-états.

-"Je fais la cuisine, le ménage, la lessive... J'ai même appris à aider à accoucher, à force! Et les filles veulent m'apprendre à su... Faire plaisir aux hommes. Pas que je veuille pratiquer avec elles, non! Mais voilà j'ai un ami, Antonio, et... MA SAUCE!"

Une fumée noire s'envolait d'une casserole de cuivre qu'elle s'empressa de retirer du feu. La sauce était fichue. Fâchée contre elle-même de l'avoir oubliée là sans prévenir Paulo, elle balança le tout à la bassine dans les mains de Marco, dit Marcino, un simplet embauché comme lave-vaisselle.

-"Non mais j'ai une vie agréable ici. Ce n'est pas toujours facile, avec les clients qui veulent m'avoir pour eux et les amies qui se prennent des coups parfois, mais Lucia sait gérer ces histoires. En plus elle a payé beaucoup d'argent pour que j'apprenne l'écriture et l'histoire, tu te rends compte?"

Peut-être que la mère de Piero avait compensé l'absence de ce dernier en reportant son affection sur Susanna. Mieux valait ça plutôt que savoir la gamine maltraitée ou abandonnée, de toute façon. Cela expliquait aussi peut-être l'humeur massacrante de Lucia, soudainement séparée entre deux êtres. Dans le même temps, l'aventurier lui posa des questions sur cette affaire de "Cul-de-Morr".

-"C'est Mathilda qui t'en a parlé? Il lui avait proposé de l'accompagner l'autre fois mais elle avait refusé. Je peux demander son adresse si tu veux? Sinon il passe généralement deux, trois soirs par semaine pour voir Mathilda et Cassandra. Il voulait me voir avant aussi, mais depuis que j'ai rencontré Antonio je n'ai plus de ses nouvelles. Ce n'est pas une mauvaise personne mais je pense qu'il s'ennuie. Ca me rassurerait de te savoir avec lui s'il doit aller écumer les tavernes. Je crois que Mathilda le pensait aussi..."
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Les Hommes sortaient en ville et ça puait la merde, la pisse et les légumes pourris. En somme c'était cohérent. Le foulard sur le tarin, à regarder la masse couverte de poils, de lin et de sueur qui s'en allait se cuire le foie ou se remplir la panse chez leurs bourgeoises bien mamelues après une rude journée. De braves gaillards aux bras forts après avoir passé toute la journée à jouer du marteau, du ciseau, du burin, du fendoir ou de l'épée. Et puis il y avait le reste, les rapiats, les éclopés, les ivrognes et les aventuriers à cape rouge qui s'en allaient chez leur maman.

Loin de ces braves forçats et toujours trop près de cette odeur de fondement d'ogresse, il regarda un peu ce qu'il avait acheté dans la moitié des échoppes de Trantio. La calotte sous le couvre chef pour se prémunir des coups de gourdin en traitre, un bouclier simple, de la corde, des balles, une longue-vue et un futal capable de résister aux éléments. Mais surtout, il y avait ce paquet qu'il avait fait emballé. Pour la petite. Elle le méritait.
Calotte de cuir
Rondache
Corde
Munitions (paquet de 12 en plus de celles déjà là)
Bandages (x 10)
Chausses rembourrées
Longue-vue
Fontes de selle
dés en os
Un cadeau surprise pour Susanna.
Ca nous fait un total de... 8 couronnes 16 pistoles et 6 sous. Ça valait le coup de participer aux concours.
Une fois au lupanar il rangea tout ce fatras avant d'aller voir Susanna. En cuisine. Et bah. Au moins ça changeait de la soupe au lard et à la poussière des campements de son enfance. Maman lui apprenait à lire et à écrire ? Au moins elle arriverait peut être à réussir l'éducation d'un des deux. Lui se contenterait de savoir conter des histoires. Piero était content pour elle. Avec de la chance ce Antonio était sérieux et après une brève inspection qu'il effectuerait, faut pas déconner, ils pourraient se fiancer. Et vivre loin des tracas des bordels et des aventuriers désabusés. Tant mieux.

Ledit aventurier sourit un peu en l'écoutant parler de ses journées et maudire sur la sauce. Puis il mima une quinte de toux et annonça d'un ton solennel en présentant le paquet. "Je me suis dit qu'après tout ce temps je devais avoir quelques anniversaires à rattraper. Tiens. Et puisse-tu penser à moi dès que tu en joueras."

Le regard de la gamine s'illumina en ouvrant l'imposant colis. C'était un étui. Un étui à luth. Un luth simple d'un petit artisan des quartiers moyens de la ville, curieusement si toutes les forges, les tanneries et les armureries de la ville tournaient à plein régime il n'avait pas été difficile d'acheter ce joli ouvrage en bois des Appucinis. "Je préfères que tu souviennes de Tonton quand il jouait de la musique au campement. Plus que l'autre partie de ma drôle de vie. Je te montrerai comment jouer en revenant du... Travail."
Il lui fit une embrassade avant de repartir demander plus d'informations aux donzelles du bordel. "Sois sage en mon absence Susanna ! Moi je ne le serai pas."

La caille des blés qu'il devrait surveiller se nommait Lorenzo Davanzati. C'était un bon petit noble de la haute. La haute ville. Le genre qui avait des gens payés pour le torcher et uniquement ça. Le pire morceau à amener dans un troquet aussi faisandé que le cul-de-Morr. Alors qu'il marchait jusqu'au palais Davanzati, une lettre cachetée en main en guise de laisser-passer, merci les Filles, il réfléchissait à la posture à adopter. Aux règles à lui faire comprendre. Même si Lorenzo voulait lécher le con des pires rombières de ce cloaque, lui ne le laisserait pas se faire ouvrir le jabot pour ses bottes et son manteau.
Au pied des murs des palais, tout ressemblait à une prison. Des citadelles énormes, inhospitalières. Ici on rappelait qui était né du bon coté de l'éventail des couleurs de sang. Des types aux couleurs des différentes maisons du coin faisaient le tour des remparts avec pour certains la nette envie de lui trouer la couenne si il s'avisait d'approcher d'un pas de trop l'enceinte du domaine.

Avec son plus beau sourire, ses vêtements et sa trogne lavés et parfumés, et le papier entre les doigts il se présenta à la petite porte du palazzo Davanzati. Plus qu'à espérer qu'on ne lui enverrait pas les chiens.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Les frappes de Piero sur la porte résonnèrent comme le tintement de l'or sur le sol.

La demeure des Davanzati tenait davantage du manoir fortifié que du palais tel qu'on se l'imaginait dans les contes des ménestrels. A la place des grandes tours s'achevant en flèches pointant vers les cieux, de sombres miradors carrés donnaient une vision d'aigle à des arquebusiers sinistres, sombres gargouilles veillant sur les richesses du lieu. Un d'entre eux avait mis le bandit moustachu en joue et n'attendait qu'un faux pas de sa part pour l'envoyer au cul de Morr, et pas la taverne. Pas non plus une riche façade plaquée d'or et gravée aux milles motifs floraux, plutôt un llarge mur de prison, aussi austère que les cachots de Pavona et probablement aussi solide, avec ses barreaux énormes qu'un coup de canon n'aurait pas fait plier. Derrière ces murs, du pain pour une ville entière, des bijoux pour une armée et des femmes si belles qu'un homme se tuerait pour un sourire. Tout cela, pourtant, était réservé à la haute-société, à ceux qui avaient réussi, à ceux qui possédaient le pouvoir.

Les princes et les marchands.

La porte finit quand même par s'ouvrir et un serviteur en sortit, faisant une petite surprise à Piero. Que pouvait-il imaginer dans le palais d'un seigneur? Un intendant un peu malingre ou gras, habitué aux plaisir de la vie de la cour, trop raffiné pour sa masculinité et avec des habits précieux. Il avait dû être jugé qu'il n'était pas assez important pour mériter un pareil homme, car le fils de la Rosa se retrouva nez-à-nez avec un rustre de la pierre espèce, sans doute un ancien mercenaire reconverti dans la protection de personnalités. Haut, large, puissant, inhumain. Un ogre, en réalité, habillé comme un condottiere riche avec une armure pectorale et de la maille dépassant des bras et des pieds ainsi qu'un casque à la conquistador estalien vissé sur son crâne chauve. Son haleine dégageait l'enfer d'une alimentation constituée majoritairement de pâtes et de porc.


-"Ouais, tu veux quoi l'avorton?"

Assez étonné, et quelque peu intimidé, Piero lui tendit la feuille signée du sceau de la Rosa Blanca. L'ogre lui arracha des mains, le parcourut des yeux et referma la porte en lançant:

-"J'sais pas lire. 'Tendez-là."

Une longue minute s'écoula, inconfortable, durant laquelle il n'y eut rien d'autre à faire que regarder ses chaussures. L'entrée se rouvrit sur un être replet, plus proche des attentes conformes à la fonction de servant de belle famille.

-"Ah, enfin vous voilà! Entrez et en silence! Baruk, ne bouge pas et pas un mot à qui que ce soit!"

Les joues espèces du serviteur, si épaisses qu'on les distinguait comme deux gros fruits dans la pénombre, rougissaient à vue d'oeil. Piero se trouva introduit à l'intérieur du palais, un lieu qui en d'autres temps lui aurait été totalement interdit. La porte débouchait sur un corps de garde vide puis une cour intérieur ouverte et elle-aussi très sobre et avec les fenêtres coincées par des fers. Quelques fresques aux murs représentant des dames nues et dispensant des pièces d'or égayaient le marbre froid et les colonnes sobres soutenant le bâtiment qui continuaient sur deux étages. Au-lieu de se diriger vers l'intérieur de la maison et les appartements il emmena Piero au fond de la cour, prenant toujours bien soin de rester sous les arcades où aucun regard ne trainait. Il ouvrit une porte de métal l'amenant à des jardins luxuriants. Ils étaient connus dans tout Trantio, les Jardins des Davanzati , parmi les plus beaux que la ville offrait. Un lieu de délices, de plaisir et de réflexion où se réunissaient les plus belles catins et les plus grands esprits du centre de la Tilée. On y baisait comme on y pensait et on y écrivait des pamphlets dignes de Slaanesh en songeant à la nature des hommes.

En ce jour pourtant pas une âme qui vive dans les haies taillées aux ciseaux de jardinier, pas de femmes entre les rosiers rouges et pas de savants devant les bassins surmontés de la statue d'un général des temps anciens. Le servant, toujours rouge comme un pivoine, amena Piero jusqu'à une sorte de cabane de pierre, quasiment vide à l'exception de quelques outils.


-"Attendez-là, je vais chercher le jeune maître!"

Laissant Piero dans des murs ressemblants à une geôle, le servant s'éclipsa en tentant de marcher rapidement avec le plus de naturel possible, fermant la cabane derrière lui. Cela sentait le traquenard. Une quinzaine de longues minutes suivirent avant que la porte ne s'ouvre sur un beau jeune homme.
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Port altier, air arrogant, grande tenue. Pas de doute, il y avait là un jeune homme de bonne famille avide de découvrir le monde hors du palais. Il salua un peu trop haut Piero et déclama, presque théâtral.


-"Ainsi, maître-bretteur, les douces-cuisses de la Rosa vous envoient à moi pour m'escorter dans mon éducation sentimentale. J'en serais très flatté, si j'étais vous, car peu d'hommes peuvent se targuer d'avoir été les gardes du corps exclusifs de Lorenzo Davanzati, ne fût-ce qu'une soirée.

Mais dites-moi, connaissez vous le dénommé Cul-de-Morr? J'ai ouï dire que l'endroit procurait un fort amusement et des loisirs très variés mais qu'il contenait aussi autant de malandrins que de miséreux lors des donations de pain mensuelles. Pensez-vous que vous serez à la hauteur? Je tiens aussi à vous prévenir que la plus grande discrétion sera de mise."


Pas une once de respect dans la voix malgré les belles paroles et les bonnes manières. Et ce menton toujours levé, haut et insupportable
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orsone
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Il réfléchissait à la tournure de phrase à adopter. À sa gestuelle. Quand on entre par la petite porte dans le monde d'en haut, chaque détail compte.
Après tout il s'agissait d'éviter que le rejeton doré se fasse égorger par une rombière vérolée ou un loufiat couperosé.
Le gaillard qui ouvrirait serait sûrement un ogre patibulaire et absolument pas affable qui l'enverrait paitre. Le genre de soudard qui avait tué, violé et pillé assez longtemps pour la Patrie pour recevoir la retraite dorée de garde-bourges.
Quand la porte s'ouvrit en trombe, Piero regretta sa grande gueule.
Car c'était un ogre, un vrai, un ogre ! UN OGRE ! Tout gras et grand et couvert de fer.
L'engin qui avait la grâce des bœufs qui tiraient les engins de siège et un cou tout aussi large le toisait de toute sa volumineuse panse. En toute sincérité, sur l'instant l'aventurier se sentait bien proche des jambons à l'os. La lippe un peu tremblante, il se présenta comme l'homme demandé par le Signore Lorenzo Davanzati.
L'Ogre lui arracha la lettre des mains si brusquement qu'il sentit la peau de ses doigts partir avec. Avant de conclure par un "J'sais pas lire. 'Tendez-là." qui le laissa pantois et obéissant comme un gamin trop bien élevé.

Heureusement, ce fut un être tout aussi rebondit mais bien moins monumental qui finit par pointer le bout de ses bajoues. Un serviteur qui lui fit signe de le suivre. Le bout d'laquais tremblotant comme du flan au pruneau l'amena visiter les lieux. Que d'honneur. Les murs étaient ornés de dames nues et bien faites mais il n'y avait pas foule. Il s'abstint de poser des questions, au vu de son rôle de garde du corps, spadassin, briseur de doigts et musicien à temps partiel. Tonio dans toute sa délicatesse légendaire lui avait dit que plus il avait l'air de savoir ce qu'il avait à faire avec les puissants, moins ça lui attirerait d'ennuis.

Des salles désertes ils arrivèrent aux jardins. Et là les filles du bordel n'avaient pas exagéré. C'était beau. C'est si rare les choses vraiment belles. Pas les choses belles parce qu'on y est attaché comme les remparts de Trantio ou la vue des Appucinis au printemps. Un endroit vraiment magnifique. Il s'imagina le travail des jardiniers pour donner une apparence aussi figée à ce qui vivait. Il n'y avait pas une feuille plus jaune que les autres sur ces haies. Piero huma une rose d'hiver avant de rattraper en deux enjambées le ventripotent valet. Il aura voulu s'épanouir entre les massifs de fleurs et les fontaines, savourer la compagnie de la cours en observant le bleu pâle d'un ciel d'hiver. Chanter à la vie en regardant bourgeonner les arbustes et les demoiselles des jardins du palazzo Davanzati.
Mais il n'était que le potentiel homme à tout faire d'un héritier en mal d'aventure. Un ruffian en habits. Bientôt officialisé.

En attendant dans le cagibi, il réajusta sa tenue tout en observant les râteaux qu'il ne se prendrait pas pour une fois. Et puis l'énergumène fit son apparition. Il était jeune, frais, tout beau et propre. Mais aussi bouffi d'orgueil qu'un faisan en rut. Pile ce qu'il ne fallait pas emmener dans un trou des bas quartiers.

-"Ainsi, maître-bretteur, les douces-cuisses de la Rosa vous envoient à moi pour m'escorter dans mon éducation sentimentale. J'en serais très flatté, si j'étais vous, car peu d'hommes peuvent se targuer d'avoir été les gardes du corps exclusifs de Lorenzo Davanzati, ne fût-ce qu'une soirée.

Mais dites-moi, connaissez vous le dénommé Cul-de-Morr? J'ai ouï dire que l'endroit procurait un fort amusement et des loisirs très variés mais qu'il contenait aussi autant de malandrins que de miséreux lors des donations de pain mensuelles. Pensez-vous que vous serez à la hauteur? Je tiens aussi à vous prévenir que la plus grande discrétion sera de mise."


Alors. Bon. Ça allait être sportif.
Soupirant intérieurement, il commença par une révérence des plus formelles. Et pour le reste, autant y aller de façon théâtrale. Ça avait l'air de lui plaire au patron. "En effet Signore Davanzati. Je suis le parrain de Susanna. Piero Orsone Salvadore Manicha Enrico de Riviera di Cruz da Trantio. À votre service." Il se mit à genoux, sabre au clair. Inclinant la tête, non sans garder ce sourire plein de morgue et de défi. Il voulait un bretteur, pas un professeur de morale. "Pour votre éducation, mon bras et ma lame sont vôtres." Il se redressa et tout en rengainant l'épée il vint le regarder de plus prés tout en gardant la distance respectueuse.

"J'ai connu bien des tavernes, bien des auberges. Des ports du Nordland aux grottes de la Bruissante. Mais sur le Cul-de-Morr je serais aussi novice que vous Signore. Ne vous y trompez pas. Je sais très bien de quelle nature sont les habitués de tout acabit qui fréquente ce genre d'endroit. Je serais à la hauteur et discret comme la grive qui ne chante que lorsqu'elle est persuadée que nul ne l'écoute. Cependant, Signore. Je me permets de vous mettre en garde. Je suis chargé de votre protection et je ferais ce qu'il faut pour assurer votre pleine intégrité. Si une situation périlleuse devait se profiler j'interviendrais et il faudra m'écouter. Il y a des manants de peu de foi qui n'hésiteraient pas à vous causer du tort dû à votre rang et votre nom. Restez prudent et attentif Signore. Et en attendant." Il désigna l'extérieur d'un air enflammé "Allons festoyer dans les rues de notre belle cité !"
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"Ma qué ?!"

Tu vuo' fa' ll'americano
mericano, mericano...
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Test de charisme: 4, réussite.
Le petit numéro de Piero eut un grand effet sur ce jeune home habitué aux usages des cours. Son calcul s'était révélé payant: la réputation, la légende de l'épéiste mercenaire solitaire, le diestro expert des armes et capable des plus grands exploits contre une poignée de pièces d'argent... L'image, ancrée dans l'imaginaire aristocrate. Sans doute y'avait-il cette fascination de la vie de bohème, haute en couleur des petites gens vivant par la lame et par le talent. La vie dans les palais, loin de n'avoir que des avantages, conduisait également à un fort ennui, celui de ceux qui ont tout. Bien des pauvres gens troqueraient tout pour avoir cet ennui, d'ailleurs: l'oisiveté était un mal moins cruel que la faim.
Doucement, Lorenzo Davanzatti applaudit le mercenaire lui ayant servi cette tirade, en grand connaisseur.


-"Ah, les lèvres des dames de la Rosa ne mentent donc pas, elles ont su me dégotter l'homme à la hauteur de la situation! Le parrain de Suzanna, voyez-vous ça! Je trouve cette petite délicieuse, une véritable sainte pour tout dire, toujours à l'écoute. Je ne mange pas de cette jeunesse-là, mais je connais bien des amis qui lui offriraient un palace pour ses lèvres, si vous voyez ce que je veux dire."

Se croyant spirituel, il ricana quelques instants, la main couvrant la moitié de sa bouche. Retirant d'épais gants de cuir rembourrés à la fourrure d'ours, il reprit:

-"Mais fort bien, je vous engage. La solde sera de cinq pistoles pour vous la soirée, en plus des éventuelles consommations que vous prendrez, même si j'espère que vous retiendrez la soif typique des gens comme vous. Si vous me donnez satisfaction, j'ai dans l'idée de vous offrir un rôle plus permanent. S'il vient aux oreilles de ma famille que j'ai pénétré au Cul-de-Morr, ou dans la ville-basse par ailleurs, votre solde sera très fortement réduite, bien entendu."

Comme s'il s'adressait à un jeune enfant, ou qu'il répétait un texte bien trop appris, le jeune homme leva la main pour continuer après une courte inspiration:

-"Votre travail consistera à assurer ma protection physique et à me permettre de profiter pleinement de la soirée. Nous devrons également être de retour avant l'aube. Si vous avez compris, vous pouvez disposer, je n'ai plus besoin de vous. Vous êtes attendu demain soir ici, avant souper. Vous passerez directement par la grille des jardins, le bon Miguelo vous y attendra."

D'un geste sans fioriture il désigna le serviteur gras qui paraissait au bord de l'apoplexie. Pas besoin d'être un expert de la psyché humaine pour comprendre que sa loyauté se découpait difficilement entre le jeune maître, qu'il avait sans doute vu grandir, et les parents de celui-ci, ses employeurs. Avec un mouvement de main calculé, Lorenzo salua sommairement et se dirigea vers les jardins, sortant une feuille de parchemin, une petite planche de bois tenant à l'arrière de sa ceinture et une plume dont il se servit pour écrire alors qu'il marchait. Sans tarder, le nommé Miguelo attrapa le bras de Piero, sa face porcine pointée vers le visage de l'ancien bandit.

-"Il faut que vous partiez maintenant, et discrètement hein? Je vais vous montrer la porte des jardins."

Les allées délicates et ciselées, vertes au coeur de l'hiver, cédèrent leur place à des petits chemins de serviteurs, boueux et froids, où les branches nues fouettaient le visage sans protéger de la bise. Les décorations cédaient la place à des murs de plâtre jaune, nus et laids dont la peinture se pelait par endroit. Pas question de se relâcher cependant: des meurtrières barrées et des cabanes d'où s'échappaient la fumée et l'odeur du mauvais vin témoignaient de la présence de gardes. La porte des jardins, de son nom, était une poterne ingénieuse construite dans un mur surplombé d'une grille aux barreaux énormes et terminés en pointe. Ne pouvant être ouverte que de l'intérieur du palais, elle donnait sur une rue tertiaire, étroite et humide où rien ne trainait, à part un chat écailles-de-tortue.

-"Quand vous serez là, frappez quatre fois rapidement, ainsi je saurais que c'est vous. Et surtout, truand: silence!"

Poussant Piero plus qu'il ne le laissa sortir, le serviteur zélé referma la petite porte sans tarder, laissant le diestro en devenir seul et quelque peu coi. Au moins, il avait un peu de temps pour préparer le terrain avant le grand moment.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orsone »

Devant les élans de spiritualité de son nouveau protégé, Piero prit sur lui pour rester le plus présentable possible même si dans les tréfonds de son esprit il l'étranglait en lui faisant bouffer ses gants en fourrure d'ours.

Avec une sérénité de poupée de cire et une rage de tueur nain il acquiesça aux propos de Lorenzo, répondant avec des "Oui signore." des "Évidemment." et des "Bien entendus."
Lorsque l'héritier Davanzati le congédia il fit une révérence avant d'ajouter. "Toutefois Signore, si je peux garantir ma plus complète discrétion." Et de l'agrémenter d'un geste de bouche cousue. "Il faudra s'assurer de la votre. Pour les idiomes, les dialectes, les mœurs de la ville basse je peux vous enseigner. Mais pour la tenue. Ce sera à vous de venir avec les atours des communs."

Après cela il suivit la boule de saindoux sans broncher. Les modalités étaient établies. Le reste serait préparation et réaction à l'imprévu. Le plus simple serait d'aller voir. Mais pas comme ceci. Le calicot, le chapeau. Trop voyant. Il allait devoir faire preuve de tout son savoir faire. Le ciel était d'encre lorsqu'il arriva à la Rosa. Dans son modeste coin à lui, il posa chapeau, cape. Veste. Première étape, se détacher les cheveux. Une cascade brune tomba sur sa nuque qu'il secoua un peu. Il défrisa sa moustache, lui donnant l'aspect plus terre à terre du ramasse-miette de cul-terreux. Ne gardant que son gilet, les manches de la chemise remontés en ourlet, il passa un coup de talc sur ses bottes, ses bas et sa gueule. Après de longues minutes de ce travail de maquilleur il se regarda dans une plaque polie, le diestro était devenu un travailleur des carrières tout crotté par la poussière. Le genre à aller éponger son turbin dans un tripot de la ville.

Presque désarmé et en adoptant une démarche plus trainante il se rendit jusqu'au plus célèbre lieu d'infamie de Trantio après les pissotières du guet. D'énormes tables où s'entassait toute la lie de la ville. Mendiants, bisognosi de la pire espèce, nécessiteux éclopés, rescapés des carrières ou des champs de bataille. C'était son monde au final. Il pouvait le fuir tant qu'il voulait il n'était qu'un enfant de putain parmi les enfants de rien. Il commanda un bock. C'était du ratafia brûlant qui lui rappa le fond de la gorge et le fit toussoter, soulevant l'interrogation des comparses à la joue couverte de bile et de mauvais alcool. Les tauliers devaient faire macérer des noyaux pour sortir une gnôle aussi âpre. La langue anesthésiée il observa la faune des lieux. Des soudards qui devaient profiter de ce cloaque puant avant de se retrouver les boyaux à l'air sur les champs de bataille d'ici quelques jours. Des ouvriers fatigués comme le personnage qu'il incarnait. Des gaillards à l'allure peu avenante, qu'il devrait à tout prix éloigner de Lorenzo avant qu'il ne finisse mêlé à toute la pègre de la ville.

Il s'étira un peu et entendit un couinement. Des rats se faufilaient entre les tablées, dévorant le pain noir qui trainait dans la bière et le vomi et mordillant les orteils à nue des vagabonds ivres morts. Il grimaça avant de reporter son attention sur les filles. Elles n'avaient ni le sourire ni les courbes. Un regard vide comme il connaissait bien. Celui d'accepter de se faire remplir les trous pour remplir son estomac. Des rombières décaties guidaient des jeunettes de porcelaine ébréchée. Tout le lieu puait. Et il ne pensait pas qu'à l'odeur. Les murs vides, le sol de terre battue, les âmes cassées qu'on avait balayé et rassemblé ici en tas comme des moutons de poussière. Ses yeux piquaient un peu.

La misère n'était finalement pas meilleure au pays. On troquait juste les accents de l'Empire pour ceux de la rue des Crassiers et du quartier de la gravière. Au moins il aurait toutes les cartes en main le lendemain avec Lorenzo Davanzati. Sauf celles que Ranald, bien sûr, dissimulait dans ses manches.
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"Ma qué ?!"

Tu vuo' fa' ll'americano
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