Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Les ténèbres se dissipaient sous les rayons du midi.

De vertes plaines se dessinaient aux alentours du fleuve, parcourues de quelques arbres fruitiers qui s'élevaient, nus et solitaires, dans les courtes pelouses raccourcies parle souffle d'Ulric. Le Hijo des Manaan franchit les dernières coudées de la Bruissante et de ses tunnels bien trop sombres puis émergea dans la lumière. Sur le navire, tous les trantiens respirèrent un grand coup: ils étaient chez eux, ils étaient en Tilée. L'air n'était pas le même que celui de l'autre côté des montagnes. Plus salé, empli de ces douces odeurs de mer que les puissants courants océaniques lançaient jusqu'aux pieds des montagnes qui les renvoyaient alors vers les terres. Même chez les plus endurcis quelques larmes coulèrent tant la joie de revoir la patrie natale était forte. Pas question de se laisser aller pourtant: la Tilée était une terre aussi dangereuse qu'une autre et ce que le territoire perdait en hommes-bêtes il le gagnait en écorcheurs des routes, en mercenaires au chômage ou en bandit pur jus. Difficile de dire ce qui était le plus dangereux.l


-"Allez les gars, dans une semaine on arrive à Trantio!"

Le coeur plus léger, oubliant presque les morts de la semaine passée, les marins d'eau douce se crachèrent dans les mains et déroulèrent les voiles pour profiter du vent. Le navire bondit sur la rivière et fonça droit devant, esquivant sans peine les quelques obstacles naturels comme les récits de et les troncs d'arbre. Bientôt on aperçut des champs au loin, puis des vignes, des tas de vignes. Il fallait bien ça pour fournir la piquette qui comblerait les gosiers et les grands crus qui rendraient ivres les puissants.

-"Bon, on devrait arriver à Cambrotta dans moins d'une quinzaine de minutes: la ville est juste après la sortie de la Bruissante."

Evidemment elle n'avait pas été construite juste en sortie à cause de courants trop forts pour y faire des docks et de rochers trop friables pour la construction. Les habitants alléchés par les retombées commerciales s'étaient donc tout simplement placés au plus près. Quelque chose surprit pourtant le capitaine: une bourgade semblait avoir poussé pendant le voyage: une centaine de tentes et de huttes s'élevaient au bord de la rivière, faisant comme un espèce de barrage. Les gens qui y vivaient étaient pratiquement nus, très frustres et bien différents des hommes qu'on trouvait habituellement en Tilée. Leur peau était trop rose et leurs habits trop peu travaillés. Alexandro, qui visiblement s'y connaissait, s'exclama:

-"Oh la puta de la madre de Myrmidia... Des norses!"

Un véritable village norse qui semblait sorti de nulle part, établi sur les berges du pays de la Vierge à la Lance. Certains firent des petits signes au navire mais aucun ne tenta quoique ce soit contre lui. Emilio, très surprit, leur cria en mauvais reikspiel:

-"Holà! Qu'est-ce que vous faites dans le coin?"

Un guerriers lui répondit, alors que le Hijo s'éloignait:

-"On est des mercenaires de Trantio. Les routes sont pas sûres alors on surveille!"

On entendit Christiano murmurer derrière en tiléen:

-"Si on les surveille avec des putains de barbares elles vont pas être sûres, oui..."

Et parlant de putains, une caravane de prostituées semblait longer la rivière pour aller rejoindre ce campement bien trop masculin.

Puis enfin arriva la vision salvatrice: Cambrotta! Miroir de Kreutzhofen, la petite bourgade de trois-cent âmes respirait paisiblement au rythme des saisons, encore endormie en cette fin d'hiver. Le printemps reviendrait bientôt et ses belles rues pavées, cernées de fresques et de statues, s'éveillaient alors tandis que retentirait l'écho des chevaux des marchands. Gustavo décréta qu'on ne s'y arrêterait que trois heures, histoire de se réapprovisionner, ensuite il faudrait repartir: Trantio attendait.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

Après une semaine dans l'ombre avec les rats et l'ennui, le soleil. Le soleil enfin ! L'Astre myrmidien, les rayons chauds et ses caresses. Piero plissa les yeux, heureusement, c'était l'hiver encore et ses yeux finirent par s'en remettre.
Enfin, la Tilée. Quasiment la maison.
Il s'accouda et regarda les vignes. Le sang de la terre, l'or pourpre qui faisait la fortune des cités. Certains vignobles étaient aussi précieux qu'une ville moyenne, et la guerre des ceps en témoigna.
Son front se plissa lorsqu'il vit cet espèce de taudis au bord de la rivière. De grands gaillards aux nuques blondes, bien bâtis, barbus. Pas vraiment le Miraglianais moyen. Ah et surtout on porte pas des braies en peau de phoque à Miragliano.
Ils ressemblaient aux Nordlander, sans la gnôle d'oignon et la misère ambiante. Alexandro s'exclama. Des Norses ? Mais qu'est ce que ça foutait en Tilée ? C'est bon pour attaquer le Kislev et le Nordland un Norse. C'est con, blond et violent. Comme un homme-bête ou un impérial.
Piero regarda à droite et à gauche. Au cas où une nouvelle elfette se ramenait dans les parages. Si tout le foutoir de là-haut avait décidé de descendre vers le sud, autant rester vigilant.

Les Norses répondirent aux questions des Trantiens. Ils étaient là comme mercenaires, et de la Cité. Bizarre. Les rumeurs de guerre dont parlait la Duchesse, ah la Duchesse... Les rumeurs de guerre se confirmaient donc.
Et là bas c'était quoi tiens ? Ah bah une caravane de donzelles à la cuisse légère. Les routes de Tilée seraient bien gardées. Là il ne regrettait pas d'être en bateau.
Cambrotta était une bourgade sans grande particularité à ses yeux. Petite, paisible, marchande. Il décida qu'il était grand temps que son pauvre furpoil se dégourdisse les jambes après ce séjour dans la cale et l'obscurité.
Caressant son chanfrein, papouillant son encolure. Une fois la délicate manœuvre pour le faire sortir, il l'entraina par la longe dans la bourgade. Heureux comme un gosse, il regardait les maisons, saluait les citadins curieux, puis amena sa monture se dénouer les muscles dans un pré. L'aventurier pouvait le regarder trottait des heures, mais l'échéance arriva rapidement et il s'empressa avant de remonter d'acheter des rations de nourriture pour cheval.

Une fois remonté, il finit par retrouver Dalien. Avec une bonhommie et un sourire à la Gustavo il s'adressa au jeune homme.
"Alors gamin ? Ce premier aperçu de la Tilée ? Qu'en penses tu ?"
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"Ma qué ?!"

"Derniers soldats de fortune, survivants d'un autre siècle, ils sont les anciens citoyens d'un monde qui les a exclus ou qu'ils ont fuit."

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[MJ] Le Djinn
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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Le regard au loin, une expression neutre aux lèvres, Dalien observait Cambrotta une dernière fois tandis que les matelots retiraient les cordages aux bites d'amarrages. Le jeune noble avait bien changé en à peine quelques jours de voyage, au point que Piero eut du mal à le reconnaître: la puérilité avait dégagé de son visage à la vitesse d'un amant surprit dans l'acte. Le feu, la douleur, la mort, ces trois émotions avaient façonné son corps et son esprit pour le transformer en autre chose. Dans sa posture et son regard, Piero put découvrir la grandeur de la noblesse impériale, celle qui remontait aux origines de la Civilisation.

-"C'est plus vert que l'Empire, pour sûr. Pas de forêt non plus, du moins c'est ce que je vois. Comment vous faites pour vous approvisionner en bois?"

En réalité la Tilée possédait des forêts, bien que beaucoup moins denses et exploitées que celle de l'Empire, mais cela Dalien ne pouvait pas le savoir. Il était tout de même vrai que le pays importait aussi du bois de l'étranger, surtout du Middenland et du Reikland. Les pénuries de ce matériau n'étaient pas fréquentes, mais elles arrivaient, chose impensable dans l'Empire ou au Kislev.

-"Ce qui m'étonne le plus, ce sont les habitants. Ils ont un mélange de flegmatisme et d'irritabilité assez impressionnant. Tout à l'heure j'ai vu un homme se prendre un coup de poing au visage et se relever comme si de rien n'était avant de replacer son chapeau alors qu'à côté un marchand s'est vu voler une pomme et s'est mis dans une colère si noire qu'il m'en a fait peur. C'est impressionnant."

La discussion continua quelques minutes alors que le Hijo de Manaan s'engageait sur la suite du fleuve. Ne restait que deux lieux avant de descendre, un comptoir de ravitaillement des plus classiques, une auberge fluviale en somme ainsi que l'entrepôt de Darioti qui reliait le Fleuve Bellagio à la route principale vers Trantio. A cet endroit les marins descendraient la cargaison, comme Gustavo l'expliquait:

-"On y descendra les arquebuses avec poudre et munitions et elles seront confiées à mon collègue Mario Viscini. Après quoi nous continuerons jusqu'à Ebino."

Et c'est ainsi que le Hijo continua paresseusement sa route. Dans deux jours ils arriveraient au comptoir de La Virga MIseria et ils pourraient se reposer réellement. Et puis que pouvait-il arriver de mal sous le soleil de Tilée? Avec une joie renouvelée au coeur, les gardes se remirent à leurs jeux de dés, rendant allègrement hommage à Ranald au passage...

------------------------------------------------------- Les râles et la terre brûlée étaient tout ce que ce passage avait à offrir.

Sur les deux rives il n'y avait que de la douleur et des corps éparpillés, des armes en pagaille et des chevaux éventrés. Sous le soleil de Tilée, au sein du pays de Myrmidia, des centaines d'hommes gisaient, tournés vers Morr ou vers les cieux, dans leurs habits aussi colorés que sales, la chair pourrissant au soleil. L'odeur était celui du contenu des intestins, ramené à l'air libre par de l'acier froid ou par le dernier acte d'un esprit s'échappant de son corps. Ca et là des herbes hautes brûlaient à l'infini, léchant les cratères et les tranchées creusées par les boulets de canon. Quelques silhouettes se mouvaient parmi les morts et des cris déchirants retentissaient depuis l'horizon: on appelait un frère d'armes, un mari qu'on avait suivi, un officier disparu. Des bandes plus organisées fouillaient chaque cadavre, volaient les bottes, l'or et les armes. Tout ce qui se vendait serait pris, rien ne serait perdu. De temps à autre ils tombaient sur un blessé un peu plus combattif et terminaient le travail. Emilio en descendit un d'un coup d'arquebuse, bien qu'on ne sut trop s'il l'avait fait par pitié envers un mercenaire comme lui ou pour le plaisir d'ôter une vie.

Bientôt une main se tendit depuis un petit buisson et une forme humaine en émergea. Un garçon d'environ dix-neuf ans, une jambe pliée dans le mauvais sens. Ses joues rouges indiquaient qu'il avait beaucoup pleuré et un fort affaiblissement physique témoignait des tristes conditions de vie des lames à louer.


-"Ohé! Ohé du bateau! Au-secours, pour l'amour de Myrmidia!"

Le Hijo fût arrêté sur ordre de Gustavo et l'ancre jetée, mais les gardes eurent ordre de se déployer: l'endroit n'était pas sûr et un coup de canon était si vite arrivé...

-"Olà! Pas de précipitation, l'ami. Qu'est-ce qu'il s'est passé?"

Le mercenaire parut hésiter quelques secondes, se demandant sans doute d'où sortaient ces énergumènes qui ne savaient rien de la situation locale. On se moquait habituellement de ces gros marchands là, dans les auberges. Ravalant sa fierté de soldat, il parla:

-"Je suis Martino, j'étais Tercio dans l'armée du Prince Alberto de Trantio! On vient de se battre contre l'armée de cet enfant de puta de Leornado Miravelli, qui travaille pour le compte de Luccini!"

-"Et qui a gagné aujourd'hui?"

-"Euh... Aïe... Miravelli... Par pitié, ne me laissez pas, il pourrait revenir finir le travail!"

-"Si ton ennemi a gagné, je crois que nous n'avons plus rien à nous dire. Levez l'ancre, nous repartons!"

-"Quoi?! Pitié! Pitié ne me laissez pas, pour Myrmidia!"

La décision était cruelle mais parfaitement logique: si jamais le navire était contrôlé plus loin par les forces victorieuses, avoir un mercenaire ennemi à bord serait un véritable crime, déjà que des gardes trantiens seraient mal vus. Ce pauvre garçon serait donc abandonné à son sort, laissé aux charognards et aux assassins qui ne tarderaient pas à lui faire la peau. Ou bien, s'il était moins chanceux, il mourrait à petit peu de faim, s'abreuvant à la rivière jusqu'à ce que le manque d'énergie ne se fasse trop lourd. C'était bien triste.

Mais Piero accepterait-il cette horreur? Laisserait il un compatriote mourir dans la boue et la merde? N'essaierait-il pas d'en sauver au moins un? Il n'y avait pas de limite à la cruauté des hommes, mais pouvait-il, lui, faire preuve de bonté?
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Piero Orson
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Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

"On part dépuis les montagnes pour fournir les plaines en bois. Les villes côtières dévorent les arbres pour sortir les puissants galions qui sillonneront les mers. Dompter les forêts pour pouvoir ensuite dompter les mers. C'est ça l'esprit tiléen."

À la seconde remarque de l'Impérial, le roublard ne pu s'empêcher de rire.
"Bienvenue en Tilée mon grand. Là où on est tous un peu poète et un peu bandit. Où la franchise doit s'avoir se déguiser de beaux atours. Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute disait l'autre goupil, ici c'est la même. Ah et un conseil." Il prit son air le plus grave. "Né critique IAMAIS la nourriture que l'on te propose."
Il sourit à pleine dents ensuite avant de s'en repartir avec les gardes. Dalien apprenait vite. Il reviendrait de ce voyage en grand commerçant. Le déniaisage à la Trantienne.
-------------------------------------------------------
Piero retira son chapeau et le colla contre la poitrine. C'était un spectacle glaçant bien que trop familier à ses yeux. Il avait traversé la moitié du continent mais on ne s'échappait jamais réellement de la Tilée. Jamais réellement des champs de bataille et des charniers. Bien trop souvent vu partir des colonnes de soldats, des couronnes de fleurs de champs autour du casque, les dernières étreintes avec des catins avant de partir en chantant pour ne jamais revenir. Pour ne jamais devenir bidasse il s'était fait bandit, pour ne jamais mourir pour une prince il avait vendu ses principes et son innocence.

Emilio descendit un des détrousseurs de cadavres, le tirant de sa stupeur dans un sursaut. Personne ne disait rien. Il se sentait comme sur la barge qui vous amenait sur l'autre rive. C'était peut être un peu le cas, qui sait. L'Estalo-tiléen regarda le type qui s'était écroulé face contre fange, un trou gros comme une couronne impériale dans le dos. Il avait encore une corde en bandoulière, plein de bottes accrochées. Putain dire que lui aussi avait trainé ses basques sur des plaines encore fumantes pour dépouiller de pauvres bougres. Être un enfoiré ça vous maintenait en vie assez longtemps curieusement. Avec Fantini, les jumeaux ou même Tonio. À resquiller des bottes, des bourses et des armes. Vautours parmi les vautours. Fallait éviter les goules, les autres bandes de charognards et les autorités. Pendre un voleur de morts c'était le dernier soulagement de ceux qui avaient perdu leurs frères sur le front. Et ils s'y donnaient à cœur joie.

Fernando s'accouda à ses côtés, il secoua la tête et remarqua qu'il était blême comme les infortunés en bas. L'hiver impérial avait pas aidé à son teint.
"J'ai peur pour la maison Fernando. J'ai peur..."

Alors que le navire continuait son périple dans cette vision d'horreur, un riverain les interpella. Un gosse envoyé là donner son sang et ses bras à une cause qu'il ne comprenait pas pour trois pistoles six sous. Un pauvre merdeux qui avait probablement moins de poils au menton que d'années passées sur ce monde.
Et il était du camp des perdants. Le camp de Trantio. Piero avait laissé trop de monde sur le bas-côté de sa vie. Il ne pouvait pas laisser ce pauvre gamin se faire égorger par le prochain mercanti venu. Improviser, mentir, emberlificoter ses paroles. Un mensonge pour une vie, était-ce moral ? De toute façon...

Il cria en direction du gamin :
"Martino ? Martino ! Ragazzo ! Attends !"

Se tournant vers Gustavo il pressa un peu plus son chapeau contre sa cœur. "Señor Gustavo. C'est un des gosses dé ma tante Benedetta. Le pauvre a dû se faire avoir par les recruteurs. Je vous en prie. Je m'en porte garant. On ne peut pas abandonner la famille enfin ?"
Il jeta un regard à l'assemblée, un regard chagriné avant de poursuivre :
"On peut lui donner les habits de la garde. On est tous dans le même état de toute façon. Pour lui Gustavo, Pour la Bellona Myrmidia.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

"Derniers soldats de fortune, survivants d'un autre siècle, ils sont les anciens citoyens d'un monde qui les a exclus ou qu'ils ont fuit."

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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par [MJ] Le Djinn »

Test de charisme de Piero: 15, échec complet.
Un flottement parcouru les airs autour du Hijo de Manaan. Plusieurs trantiens déglutirent dans l'attente de la décision de Gustavo, lequel avait la main posée sous le menton et les yeux orientés vers le ciel, plongé dans sa réflexion. Après avoir pesé le pour et le contre (et sans doute ne pas avoir été dupe), le capitaine-marchand rendit son jugement, intraitable:

-"Je suis désolé Piero, mais la réponse est non. Je comprends ta douleur, crois-moi, mais je ne mettrai pas la marchandise et l'équipage en danger pour un homme, même un proche. C'est trop dangereux."

Ainsi la sentence tomba-t-elle. Le Hijo remonta les dernières amarres et s'élança sur le fleuve. Le mercenaire déchu regarda le bateau s'éloigner avec des yeux ronds comme des soucoupes et il hurla:

-"NON! Ne me laissez pas là! Pitié! Pitié!"

Trop tard, le fleuve emportait déjà l'embarcation. En regardant de plus près, les gardes de convoi observèrent qu'entre les pillards meurtriers des formes plus sombres se présentaient déjà. Distordues, les chairs à vif et les crocs à l'air, des charognards mutants et des goules qui dévoraient des cadavres en observant passer le Hijo, comme des vaches ruminant en regardant filer des charrettes.

-"AU SECOURS! POUR L'AMOUR DE MYRMIDIA!"

Ses cris résonnèrent longtemps, bien plus que ne l'auraient souhaités les matelots et les mercenaires.

-"NE ME LAISSEZ PAS!"

Une demi-heure plus tard le champ de bataille disparaissait enfin. Au loin le claquement des cordes d'arcs, le sifflement des balles et les hurlements des guerriers résonnaient au loin. A ce qu'il semblait, le conflit s'était dispersée sur le territoire après la défaite de l'armée de Trantio. Gustavo, grognant dans sa moustache fort épaisse, craignait plus que tout une embuscade sur le navire ou des tirs perdus. Il put néanmoins se consoler sur ce dernier point.

Les tirs que le Hijo subit ne furent pas perdus.

Alors que le bateau voguait dans un agglomérat de collines qui faisait l'endroit parfait pour une embuscade, des éclats apparurent dans la coque alors que des carreaux et des flèches volaient en rafale. Pas de blessé cependant: tout avait atterri dans la coque et au-dessus de la ligne de flottaison. Fernando hurla pourtant:


-"Attention!""

Un énorme rondin de bois atterrit à quelques mètres du navire qui le heurta de plein fouet, le bois éclatant des deux côtés. Des hommes en armes jaillirent de derrière les rochers, buissons et herbes hautes qui bordaient le fleuve, exceptionnellement étroit à cet endroit. Ils ne portaient pas d'uniformes mais des tabards. Tous à l'effigie d'une ville, reconnaissable à ses deux longues vues croisées et à ses couleurs blanches et rouges rayées en vertical: Trantio. Un homme s'avança parmi eux, le prototype du condottiere, prêt à tout pour de l'or et des honneurs. Grand et fin comme un aigle, le chapeau à plumes vissé sur le crâne, une armure de métal entaillée par endroit sur le torse et des vêtements souffles et un peu larges, dans un mélange des modes impériales et tiléennes.

-"Ah, du bateau! Je suis le capitaine Giuseppe de Darugia, humble serviteur du prince Alberto de Trantio. Dites-moi: ami ou ennemi?"

Ne se le laissant pas demander deux fois, Gustavo fonça au bastingage pour s'exprimer:

-"Amis! Nous sommes des amis! Je suis Gustavo de la Santa Felicia, marchand et capitaine du Hijo de Manaan. Nous allions livrer une cargaison d'armes à Trantio. Mais de grâce, ne tirez pas!"

Les yeux du capitaine brillèrent et tout son corps sembla s'activer alors que ses mains se faisaient moites d'excitation.

-"Allons, allons, les tirs n'étaient que pour calmer les ardeurs. Mais votre voyage s'arrête ici: la suite du fleuve est contrôlée par Luccini et il est hors-de-question que je laisse des armes à ces sales rats. Allez, descendez tous: nous allons vider le bateau."

-"Mais... Et mon argent? Si vous me prenez tout, je suis ruiné! J'ai des dettes sur ces achats, moi!"

-"Je vous ferai une lettre de change que vous vous ferez rembourser à Trantio. Il ne sera pas dit que la cité est ingrate envers ses alliés, hm?"

En tout il devait y avoir une cinquantaine de mercenaires qui surveillèrent avec méfiances les trantiens et les matelots qui vidaient les caisses, une par une. Bien entendu elles furent toutes ouvertes et chaque fusil fût récupéré et les munitions distribuées. En tout il devait y avoir de quoi équiper trois cents hommes au bas mot, peut-être même plus en comptant les munitions et la poudre. Gustavo était livide tandis que Giuseppe lui donnait de grandes tapes dans le dos. Tout l'équipage et les passagers étaient sur la rive, épuisés d'avoir travaillé. Même Dalien n'y avait pas coupé.

-"Ah, un dernier détail à régler. Tout ce bois pourrait être utile. Il n'y a plus personne sur le hijo? Non? Parfait."

Il fit un geste vers un buisson épais en hauteur et un hurlement de feu jaillit des feuilles. Un boulet de canon explosa le Hijo à la diagonale et bien vite le pauvre navire sombra-t-il dans le lit jusqu'à mi-hauteur. Il était irrécupérable et bloquerait la voie pendant longtemps.

-"Si on ne peut pas avoir l'appui des eaux, personne ne le pourra. Allez, fichez le camp maintenant! Trantio est à quatre jour de marche à pied. Je vais vous faire une lettre de change pour celui-là aussi: merci de votre patriotisme, Gustavo de la Santa Felicia!"

Tout le monde était estomaqué. Gustavo avait des larmes aux yeux et les mercenaires trantiens, pourtant encore armés d'armes blanches, n'osaient rien dire. Même Émilio ne caressait pas sa lame tant il était sous le choc. Ils restèrent là encore quelques secondes à observer leur moyen de transport glouglouter et faire de l'écume, jusqu'à ce que l'impatience du capitaine se fasse sentir.

Et alors que le soleil se couchait, ils débouchèrent sur des champs vierges et intouchés par les combats. Au loin, très au loin, il y avait Trantio, la civilisation, la vie. Les reîtres leur avaient laissé de quoi manger et boire plusieurs jours, ce qui était leur seule preuve de bonne volonté. Oui car il y aurait de la boisson cette première nuit, beaucoup de boisson.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Re: Re: [Piero] Mourir, c'est partir beaucoup.

Message par Piero Orson »

Son estomac se serra comme une andouillette de Lyonnesse. Sa main lui démangea. Celle près de l'étui de son pistolet. Tenter le tout pour le tout face à Gustavo. Soulever les Trantiens contre lui pour sauver l'un des leurs ? Un enfant du pays comme lui, comme eux. Une mutinerie pour sauver une vie ? Un acte aussi fou que courageux pour un parfait inconnu ? Des gouttes froides comme le Nordland dévalèrent sa nuque. Il n'avait qu'à pointer son arme sur Gustavo et exiger de sauver ce Martino.

Il ne fit rien. Une glaire honteuse se perdit dans sa gorge. Il respira sèchement avant de faire demi-tour et de regarder le pauvre gosse pendant que le navire repartait. Lâche, encore et toujours. Trop mourant pour briller d'éclat, trop vivant pour risquer sa peau. Rien faire sinon de constater sa pleine inutilité. Et voguer pour Trantio.

Lorsque les cris de ce malheureux bougre s'évanouirent, ils furent remplacés par celui des tirs. Le champs de bataille était encore tiède mais il restait bien assez de troupes pour s'écharper au loin. Piero connaissait ça. La guerre attirait son lot de vautours, de bandits, de soudards. Lorsque ça commençait à bien puer le faisandé, tout ce qui portait une lame et sans un chef pour les coordonner irait se jeter sur le village le plus proche. Allié ou ennemi qu'importe. Ils videraient leurs douilles sur les hommes et leurs couilles dans les femmes. Puis ils dévaliseraient le garde-manger. La guerre c'était plein de crasse et d'hommes fous qui prenaient par la force car ils ne savaient faire que ça. Ces derniers soldats de fortune, survivants d'un autre siècle, ils sont les anciens citoyens d'un monde qui les a exclus ou qu'ils ont fuit.

Mais ce n'était pas un village qui subit le dévolu des soudards. C'était le Hijo. Et il fut gros-giovanni comme devant.
Réquisitionné par l'effort de guerre. Le seul effort à faire était de ne pas finir pendu par des badauds en manque de violence. Les retrouvailles avec Trantio n'étaient pas des plus charmantes. C'était celles du fer.

Pantelant après avoir tout déchargé, il regarda Gustavo se faire fournir un pauvre bout de papier en échange de l'armement nécessaire à une armée. Un bout de papier qui représentait l'argent d'une demi-vie. Un pauvre bout de papier qu'il ne lâcherait probablement pas jusqu'à la ville. D'un côté Piero était triste pour ce gaillard qui ne faisait que son commerce. De l'autre le coup fait à ce pauvre bleuet lui restait en travers de la gorge. Sentiments contrastés comme les habits de Giuseppe de Darugia.

Ce qui arriva ensuite lui manqua de s'étouffer avec une chique fictive. Les soudrilles du Capitaine de Darugia firent tonner la grosse fonte sur le pauvre Hijo de Manaan dépouillé comme un bourgeois sur la route des Irranas.
Ils avaient l'air bien cons tous là à le regarder sombrer. Des bouches bées assez grandes pour loger des ruches.
L'aventurier regardait disparaître la brave esquif qui avait porté ses vieux os de Nuln jusqu'à la Tilée. Il s'était habitué à son odeur, à l'humidité et à l'ennui. Comme un vieil ami le Hijo l'avait reconduit à la maison. Et il ne restait plus qu'une forme floue dans les eaux limoneuses.

Un geste de prière, une grande inspiration et on suivit le capitaine. Rester immobile c'était la mort. Le prochain groupe qu'ils croiseraient serait peut être bien moins conciliant que les briscards qui avaient resquillé leur armurerie. Sur un furpoil trop heureux de se dégourdir les sabots, il avança avec la colonne démoralisée de marins, de gardes blessés et d'un Gustavo qui frôlait la neurasthénie.

Des champs déserts, des bosquets que l'on ne quittait pas des yeux, des routes éventrées par le passage des armées, des chariots, des bêtes, des canons et des ogres. Quel spectacle morne pour des gens mornes. Au soir, ils se retrouvèrent autour d'un grand feu. Le vin fort et épicé des mercenaires avait déjà rempli les ventres à défaut de combler leur trou au cœur.
On chantait de gras chants. Oublier un instant les horreurs traversées jusqu'ici.

"Le rire du sergent
La folle du régiment !
La préférée du Capitaine des Dragons"


Se soutenant comme deux estropiés de la place de la Victoire, Fernando et Piero se donnaient la réplique dans ces paillardises bien nécessaires.

"Toi, toi ma belle Estalienne, aussi belle que tu es une chienne !"

Une outre dans une main, l'autre sur l'épaule du comparse. Il y aurait le chemin pour décuver après tout.

"Un jour ou l'autre il faudra qu'il y ait la guerre
On le sait bien
On n'aime pas ça, mais on ne sait pas quoi faire
On dit, "c'est le destin"
Tant pis pour le Sud
C'était pourtant bien
On aurait pu vivre
Plus d'un million d'années
Et toujours en été !"


Au fond d'une tente, le froid de l'hiver venant taquiner le bout des orteils, l'Estalo-Tiléen songea.

C'était le retour du beau temps. Le soleil pointait ses rayons depuis l'Est. Depuis les Appucinis. La ville était en perpétuelle ébullition, pour changer. Et dans la foule grouillante, une bande de gamins furetait entre les chariots chargés de marbres et les citadins toujours pressés. La bande s'était éclaircie de quelques têtes connues. Certains travaillaient désormais avec leurs pères aux carrières, à la forge ou à l'atelier. D'autres s'étaient désintéressés de cette vie pour fréquenter d'autres bandes plus trépidantes. Et quelques uns ne verraient hélas jamais leur treizième printemps. Ainsi était la vie. Mais pour les gosses des rues on faisait ainsi. Mais il y avait une rumeur qu'ils voulaient vérifier. Enfin surtout Piero. Piero le sans-père. Piero l'enfant de la lanterne rouge. Quelle vie pour celui qui n'était qu'un bâtard laissé sur le bord de la vie d'un autre ?

Il ne comptait pas faire carrière dans le marbre. C'était usant, pénible et dangereux. Marcher jour après jour à la même saignée dans la terre pour en extraire des blocs de la pierre la plus réputée au monde. C'était pas une vie ça. Le travail c'est la santé, et on la conservait en ne faisant rien disait l'ivrogne du troquet le plus proche de la Rose blanche. Et le jeune homme au chapeau à plumes et aux mèches rebelles était plutôt d'accord. Pour reprendre, la rumeur en question parlait d'aventuriers à l'estaminet des Ciseaux brisés. C'était un de ces rades à étrangers, à gens pas d'chez nous qui utilisent même pas de marbre pour le perron de leurs chaumières. Ah ça ma bonne dame il n'y a plus de saisons. Je disais, des aventuriers, idéalistes, révolutionnaires.

Quand on est pas du bon côté de l'ordre moral, des gens qui vivent en dehors des lois c'est plutôt intéressant non ? Lorsqu'il se retrouva devant l'énorme entrée de la taverne, large comme des portes cochères, il déglutit avant de se précipiter vers son destin.


Premier jour de marche. Plus que trois avant la ville. La région était totalement livrée au vent qui lui charriait le son des combats. Pas de masures brûlées, pas de pendus aux arbres. On aurait dit que le paysage s'était figé au sortir de l'hiver pour ne jamais avancer. Même l'herbe était terne. Un moment étrange. Ils arrivèrent à leur premier village.

"Ils ont dû se barrer pour Trantio. En emportant tout. Ou presque."

Entre les maisons de pierre et de torchis, un vieux chien rongeait la carcasse de quelque volaille qui avait survécu à la rafle pour mieux finir sous un croc jauni. Le sol avait été labouré dans la précipitation. Des volets se fermèrent, tous mirent la main au fourreau. Un bougre pas bien gras et à l'air peu finaud, une fourche en main les invectiva après avoir ouvert la porte de ses pieds nus et noircis.
"Barr'vous d'nos terres ! Pas des reitres qu'vont r'tourner Volterno !"
"Calme toi l'ami." fit calmement Christiano. "Où sont les autres ?"
"Von' à Trantio. Mais j'laiss'rai personne toucher à ma ferme. Barr'vous !"

Lorsque Volterno la déserte disparaissait doucement derrière eux, Piero ne pu s'empêcher de demander à Fernando son avis. Courage ou folie, la différence était rapidement ténue.
On ne chanta pas ce soir là. Les tours de garde établies, il fallait s'empresser de se reposer sous peine de se retrouver de quart avec une journée de marche dans les gambettes.

Dans le ventre de la taverne, cela puait la fumée du tabac halfelin, les éructations éthyliques et la popote au feu depuis deux jours. Des négociants à la langue gutturale et aux statures imposantes discutaient les mains sur le veston. Contre une table, un bretonnien parlait de la dulcinée trantienne qui lui avait promis son cœur et ses terres en échange d'une quête sous le regard goguenard de quelques soulards moins naïfs. Des Nains, les fameux, maugréaient la qualité de l'alcool dans un tiléen si pierreux qu'il semblait directement venir des carrières. Mais tout cela n'intéressait pas notre jeune homme en mal d'aventure et d'une autre vie. Pas même les serveuses à la croupe fournie et aux gloussements forcés pour combler le client vulgaire. Non, c'était cette table là. Ils avaient des airs d'Arlequins de rue, de marins perdus mais aussi de ces bandits si redoutés par les honnêtes gens. Ceux qu'il était venu rencontrer.

Il y avait un homme grand et à la musculature noueuse sous son armure. Un Hidalgo estalien. Comme son père... Enfin paraissait-il. Une femme belle au regard sévère comme une Myrmidienne ou même... Véréna. Il y avait d'autres moins marquants car ses yeux noirs s'attardaient sur celui qui souriait.



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Lui. Lui il était libre, Piero pouvait le jurer. Il ne servait ni roi ni dieu. Ces traits dignes de Ranald, il ressemblait un peu à un grand frère. Celui qui t'apprenait à pêcher et à faucher les lapins au collet. Le bambino s'avança, penaud face à ces grandes personnes si impressionnantes. Il n'avait que treize hivers après tout. "Qu'est ce qu'il y a petit ? Si c'est pour le bail, dis à Santangelo qu'on a déjà payé..."
"C'est vous... C'est vous dont on m'a parlé. il tenait son chapeau contre sa poitrine, là dedans son cœur battait la chamade.
"Hey Rubio. Je crois que l'un de tes fils te réclame !" Fit l'un des gaillards derrière à un comparse qui ne répondit qu'avec une tape sur l'épaule et un rire.
-Non non. Je viens car on m'a dit que vous étiez des hommes libres.
L'Homme au sourire se redressa. Il interpella une serveuse et demanda un tabouret.
"Il faut de l'audace pour vouloir être libre. Surtout à ton âge petit. Quel est ton nom ?"
"Piero Orsone Salvadore Manicha Enrico de Riviera di Cruz da Trantio, pour vous servir."
"Fantini. Enchanté de te rencontrer Pierino." Il tendit une main tatouée que le jeune homme s'empressa de saisir. "Il y a beaucoup de choses dont nous devons parler."


Deuxième jour, puis troisième jour. Les collines se succédaient. Aux villages dépeuplés se succédaient les carrières vides ou abandonnées parfois depuis des lustres. Ils ne croisaient qu'à l'occasion des gens fuyant les combats. Vers le Sud. Le Nord, Trantio. Ailleurs. Ainsi que des avants-postes de soldats dépêchés par la ville pour surveiller. Malgré l'écho des batailles, les officiers assuraient que la guerre n'avait pas encore atteint la cité. Mais il fallait rester prudent. Les brigades de bidasses, les bandits des franches compagnies recrutés à coup de cravache par Luccini feraient vite irruption dans les abords de la grande ville. Et leur seul mot d'ordre serait de semer désolation et les graines de la tête de pont luccinienne.

"Par toutes les cimes des Appucinis tu n'es pas sérieux enfin ?!"
Les mains sur les hanches, la génitrice fixait d'un air sévère Piero. Piero et ses élucubrations. Piero et ses idées farfelues d'enfant devenu adulte trop vite par la force des choses.
"Mais enfin maman. C'est ce que j'ai toujours rêvé ! L'aventure ! Voir le monde ! La liberté !"
-Pierino... Enfin tu ne peux pas partir sur les routes. Tu as treize ans ! J'ai négocié avec Agustini, il est aux cuisines du cousin du prince tu te rends compte ? Si il te prends comme commis tu n'aurais toujours du pain sur la table. Tes rêves te sont montés à la tête mon fils."
Elle vint lui caresser la joue, peinée.
"C'est comme ça que l'on doit survivre ? Accrochés aux fouilles des riches ? Je veux vivre pour moi. Pas pour un prince ou son cousin ou Agustini. Je veux vivre, pas survivre maman."
"Car tu imagines que la bohème c'est quoi enfin ? Je ne connais rien du monde au delà de ces remparts et toi non plus. Ici je peux te protéger. Je sais que tu vas bien, où tu te rends. Dehors le monde est grand. Dangereux. Et je ne peux pas supporter de te savoir à dormir dans des granges avec une bande de bandits.."
"Ce ne sont pas des bandits ! C'est ce que disent les gens qui ne supportent pas qu'on puisse vivre en dehors de leurs lois. Des lois des princes et de leurs cousins. Pour ces gens je ne suis qu'un bâtard. Dans la vie qu'on me propose je pourrais être n'importe qui."
Grave, elle lui leva le menton et le fixa, yeux dans les yeux. Comme si elle voulait lire ce qui se tramait derrière ses iris."Tu es et tu resteras toujours Piero Orsone. Mon fils. Tu peux être de l'autre côté du monde, devenir un roi. Tu seras mon fils. Je serais ta mère. Et c'est la seule chose qui doit nous importer. Sais d'où tu viens et tu ne seras jamais perdu. Myrmidia. Maintenant restes avec moi plutôt que de t'égarer je t'en supplie."


Le quatrième jour débutait par une aube flamboyante. Il avait tiré le dernier quart. Des paupières pochées, une humeur maussade. Mais aujourd'hui même, il serait à Trantio. Et c'était son unique préoccupation.
Il allait donner de l'avoine à son bourrin. Aujourd'hui était une fête. Celle du retour.

Il partirait ce soir. Avec eux. Ces soirées l'avaient peu à peu convaincu. Pourquoi vivre selon les règles de ceux d'en haut ? Les anciens vivaient en suivant une déesse-reine. Pas un despote qui pendait ses ennemis en évidence au milieu de la ville. Oui. Il avait déjà préparé ses quelques affaires. Et le ciel au dessus des collines trantines serait encore écarlate lorsqu'il deviendrait l'un des hommes de Fantini, de Pedro de Novosso et de Serena. Un homme libre.

Les Hommes de Gustavo mâchaient sans joie leur ration de bœuf salé. Les arbres se faisaient rare. La ville demandait son bois quotidien, la guerre en demandait encore plus. Des souches effilées pareilles à des pals rappelaient qu'autrefois s'étendaient ici des forêts. L'Homme pouvait marquer la face du monde, le Tiléen lui pouvait la défigurer. Les villages par ici étaient encore vivants. Mais l'agitation trahissait l'inquiétude des paysans. Tout abandonner pour rejoindre la ville et ses dangers ? Ou faire face à la vague luccinienne qui allait tout balayer ? Plus près de la ville que Volterno, les palais d'été et les résidences de l'Aristocratie trantine avaient été transformés en bases avancées pour les compagnies militaires. Un maigre sourire se dessina en imaginant des soudards aussi délicats que ceux du Capitaine Giuseppe de Darugia en train d'utiliser les salons décorés de statues de la noblesse pour cuver du vin à deux cuivrées.

Il y avait aussi un ruissellement. Celui des foules. Par des sentiers, des chemins de traverse, des routes secondaires puis des artères commerciales, les gens se rassemblaient. Ils n'étaient plus ce petit groupe de soldats et de marins au milieu d'un paysage lugubre, ils étaient entourés de dizaines, de centaines de gens. Ceux qui allaient se presser dans la cité du marbre. Alfonso n'hésitait pas à braquer son canon sur ceux qui s'approchaient trop près. Vieux réflexe d'un gardien de marchandises qui n'avait plus de marchandises à garder. Piero avait chargé Fernando sur son cheval qu'il tirait par la longe. Ainsi, c'était au milieu de paysans crasseux et d'ouvriers rentrant des carrières qu'il rentrerait à la maison. Soit, on avait connu pire. Et chaque pas le rapprochait, chaque battement de cœur était l'impulsion pour arriver à Trantio. Oui.

La foule entrait et quittait la ville par les différentes portes qui perçaient les phénoménales murailles. Mais la plus grande, la porte princière, était celle qui menait à la grande route qui faisait une ligne droite approximative du nord au sud de la péninsule tiléenne. Et ce soir, accompagnant des malfrats idéalistes, un bâtard prendrait le passage du prince. Un bâtard hésitant, en fugue, un choix que peut être il regretterait. Mais après tout il pourrait revenir de temps en temps, donner des nouvelles, avant de déguerpir pour ne pas être soumis aux lois qui l'accableraient bien vite de tous les maux du monde. Un pincement au cœur. Un regard. Vers les hauteurs de la ville, vers son bordel qui fut un foyer et bien plus davantage. Lorsqu'ils passèrent les portes, il regarda la ville, le seul monde qu'il n'avait jamais connu, de ses remparts à ses ruelles, de ses palais à ses taudis. Il quittait Trantio pour trouver l'aventure.

Les hommes poussèrent des hourras. Il redressa son chapeau. Au loin, à quelques dizaines de minutes tout au plus, cernée par les faubourgs, les champs et les colonies de tentes des soldats, se dressaient, impassibles face au temps et aux problèmes des hommes, les murailles de sa cité. Enfin. Il n'avait cessé d'attendre l'instant où l'Aventure le reconduisait chez lui. Trantio. Aujourd'hui, Piero rentrait à la maison. Ce qui pouvait advenir ensuite serait une autre vie. Aujourd'hui, un bâtard empruntait la porte des Princes.
"Nous y voilà."
Piero Orsone da Trantio, explorateur
Profil: For 10 | End 9 | Hab 9 | Cha 9 | Int 9 | Ini 9 | Att 10 | Par 9 | Tir 10 | Foi 0 | Mag 0 | NA 1 | PV 70/70
Avec modifications : For 10 | End 9 | Hab 8 | Cha 9 | Int 9 | Ini 9 | Att 9 | Par 8 | Tir 10 | Foi 0 | Mag 0 | NA 1 | PV 25 /70
Lien: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_piero_orsone_da_trantio
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"Ma qué ?!"

"Derniers soldats de fortune, survivants d'un autre siècle, ils sont les anciens citoyens d'un monde qui les a exclus ou qu'ils ont fuit."

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