Re: [Maria et Dahzia] L'Estrella
Posté : 07 janv. 2016, 11:36
par La Sire
Un navire n’était jamais silencieux ; il vous parlait constamment, et j’avais passé suffisamment de temps à leur bord pour comprendre leur langage, si sibyllin aux oreilles des néophytes. Celui-ci, dans lequel j’étais présentement enfermée, craquait de toute son âme, et les œuvres vives rendaient l’écho des lames se heurtant contre le bois. Là-bas, le doux chuintement de l’eau, tombant en clapotis, signalait la présence d’un mauvais calfat, et les hommes ne tarderaient pas à devoir écoper ou à rembourrer la voie d’une lourde étoupe collante. S’entendaient tout autant les quelques marins qui s’activaient sur le tillac, et dont les pas retentissaient faiblement au-dessus de nos têtes. Enfin, ces deux gaillards-là, qui jouaient aux dés sur une table, venaient compléter le tableau auditif du bruit de ces petits cubes roulant difficilement sur la table, et de leurs rires et grognements. Il ne me fallut qu’un seul coup d’œil pour comprendre qu’ils n’étaient pas de véritables marins, ceux-là.
Ils jouaient à bord d’un navire, chose ô combien interdite à bord de presque tous les navires pour quelque marin que ce fût. L’on ne comptait plus les rivalités engendrées par les cartes et les dés pipés, les sommes d’argent que l’on perdait à crédit et dont on pouvait récupérer la monnaie, fictivement, en laissant tomber un camarade de bord. Un accident était si vite arrivé, sur un vaisseau. Et à bord de ces derniers, l’unité primait sur tout le reste, et la moindre manœuvre mal effectuée d’un côté comme de l’autre pouvait conduire à la perte du bâtiment comme à celle d’un bras ou d’une jambe lorsque l’on parlait d’un homme. Mais, eux, là, ils n’appartenaient pas aux corps même des marins, non pas, avec leur trogne patibulaire et leur dégaine de mercenaire. Rajoutez à cela l’accent estalien, et vous aviez en face de vous de vrais marineros.
Dans un sens, me disais-je, ce n’était pas plus mal, car mon œil alerte avait pu remarquer la présence d’une quinzaine de bougres à bord de l’Estrella, ce qui reportait mes estimations à quelques trente âmes. Et vu la taille du bâtiment, je gageais que, pour faire évoluer toutes ces manœuvres, bras, écoutes, amures, hâlebas et autres espars, il fallait justement peu ou prou une trentaine d’hommes. Bon, peut-être un peu moins, fallait voir. Mais, si fait, ces gus-là -les marineroes- étaient-ils les seuls à bord du navire, chargés de nous surveiller ? C’était fort peu possible, encore que l’on ne pouvait jamais savoir. Mais mieux valait qu’il y eut une dizaine de ces soldats plutôt qu’un équipage tout entier à affronter. Car, oui, je comptais bien me tirer de là à un moment ou à un autre.
Mais l’Estrella valait bien mieux que le Corbin, et, cela aussi, je l’avais entendu et senti au moment même où j’avais posé un pied sur son gaillard. Fallait voir la tronche des manœuvres. A peine goudronnées, les torons écharpés dans tous les sens, elles vous écorchaient jusqu’aux paumes les plus endurcies et couvertes de cals. Un seul coup d’œil, et l’on pressentait qu’il s’agissait presque d’un bateau-cercueil, ce genre de rafiot qui avait davantage de chances de couler par mer bonace que de flotter par mauvais grain. Et cela ne manqua pas, ou presque. Certes, pour le peu que j’en avais vu, l’équipage ne semblait pas des plus frais et des plus brillants, et je ne pouvais pas encore juger de sa véritable valeur, mais, s’il fallait imputer la faute à quelqu’un, ou à quelque chose, c’était bien à l’état du brick plus qu’autre chose. La première tempête que nous essuyâmes, et plusieurs avaries nous tombèrent sur le coin de la figure ; une écoute claqua, manquant d’emporter la moitié du visage d’un marin, des cargues cédèrent à leur tour, affalant une voile, et, lorsqu’il fallut la carguer de nouveau, un simple claquement de toile arracha le bras d’un type de sa phénoménale puissance. Plus tard encore, une enfléchure mal en point fut sciée par le poids d’un marin, et le bougre tomba à la mer. Faire effectuer un virement de bord ou un empennage au navire pour repasser par la suite au point exact où un homme était tombé à la mer pouvant prendre plusieurs heures, après que le vaisseau eût louvoyé à bonne vitesse, le bougre se noya tout simplement. Bref, et ce fut tout un autre amoncellement de drisses, étais, balancines et cornes qui furent sens dessus-dessous et la grande voile qui fut déchirée lorsque vint l’accalmie. Impossible que de pouvoir s’esbigner au loin lorsque la vigie repéra les premiers mâts d'un galion se découpant sur l’horizon. Se faire rattraper par un galion ! Plus massif et empâté que ce type de navire, tu meurs. Mais tout exténués que nous fûmes après pareille agitation, la veille de l'abordage, alors que tous les quarts avaient été annulés pour tenter de sauvegarder le navire, nous offrîmes une pitié de résistance. ‘Parles de pirates. J’en éprouvais encore de la honte, plus encore, peut-être même, que de me retrouver enchristée dans cette foutue cage, comme un vulgaire animal. Et plus encore que de cette remembrance d'avoir été prise de vitesse par un foutu galion.
Je jetai un coup d’œil aux alentours. Trois tiléens affalés dans leur cage, huit de mes anciens compagnons qui se tenaient serrés comme des sardines dans la leur, et moi, avec une autre donzelle à la chevelure de feu. Mmh… Je n’avais eu de cesse que de pourpenser à nos chances de pouvoir nous échapper de nos cages et de mettre les voiles de ce navire. A nous treize, cela demeurait possible, peut-être. Car j'imaginais bien que, désormais, nous étions tous du même bord, et pas mal dans la merde. J’avais résisté de peu à foutre mon poing dans la tronche de la nouvelle-venue une heure après qu’elle fût entrée dans ma cage. Oh, rien de personnel vraiment. Je cherchais juste un moyen de me tirer de là, et je ne connaissais pas mieux pour faire venir les gardiens jusqu’à nous, voire les faire ouvrir la grille pour nous séparer. A partir de là, les choses auraient peut-être pu évoluer. Mais il était bon, parfois, de savoir prendre son mal en patience, quand bien même n’était-ce pas du tout mon genre, quand bien même devenais-je folle à ronger mon frein, et de poser les bonnes questions. Alors plutôt que de lui coller directement une beigne, de façon aussi fortuite que gratuite, j'avais plutôt opté pour l'approche diplomatique.
«Coucou, toi, lui décochai-je en la regardant franchement, comme elle entrait dans ma cage. Tiens, tu boîtes pas ? »
Le sous-entendu était des plus évidents, mais je ne préférais pas développer, bien que lançant, à elle comme aux bougres qui l'accompagnaient, nombre de regards éloquents. Et j'espérais tout autant qu'elle me répondrait pas un typique ça parle d'expérience ?, ou quelque chose du genre, sans quoi allait-elle manger les barreaux. Y avait sûrement matière à forger meilleure répartie.
Puis, que l'on se tînt dans un coin ou que l'on s’engueulât peut-être, mon regard dériva par la suite du côté des joueurs de dés. Je tentai d'écouter un peu ce qu'il se disait, au cas où, puis, lorsque je jugeai que leur jaspinagne n'était plus si important, je les interrompis.
«Eh ? Eh, Don Michelangelo, lâchai-je en balançant un titre estalien à un des deux gus tout en le nommant du premier prénom estalien qui me passa par la tête, on va où, en fait, quelle est notre destination ? Ah, et, accessoirement, vous comptez faire quoi, de nous ? »
La réponse était plus ou moins prévisible, mais le destin pouvait parfois vous réserver quelques surprises. Encore que, là, elles étaient déjà toutes choisies ; esclavage ou pendaison. J’avais bon ?
Re: [Maria et Dahzia] L'Estrella
Posté : 07 janv. 2016, 12:10
par Dazhia Evdokiyadoch Aisenyev
Ce fut le chuchotement désagréable de la panique qui me tira de mes songes, ainsi qu'on peut tirer un animal hors d'une mare poisseuse où il avait à peine pied.
Je me redressais d'un bloc, trop vite pour ne pas m'attirer une nausée foudroyante, vestige du coup de rame reçu à la tête alors que je tentais de m’échapper du massacre perpétré sur la Meute. Je portais une main prudente à ma tête, esquissant une grimace de souffrance mêlée de frustration. On m'avait bien eue. La bosse était toujours présente.
Une odeur rance de transpiration, d’urine et de déjection stagnait dans l’air. La cale était humide et silencieuse, hormis le bruit des dés qui roulaient sur une table. Je tournai ma tête vers la droite et je découvris deux soldats de la marine en train de parier de l’argent sur un quelconque jeu de dés. Le clapotis régulier de gouttes d’eau tombant dans une flaque marquait invariablement chaque seconde.
Je me tenais dans une cellule tout ce qu'il y avait de plus sordide, parfaitement digne d'une cale d’un bateau. Au moins, j'étais habillée, ironisai-je en mon for intérieur en découvrant la chemise de toile qui s’arrêtait au niveau de mes genoux. Et c'était déjà un confort qui m'était cher, tentais-je de me convaincre en essayant d'ignorer les relents de pourriture qui inondaient l'endroit.
Je pouvais deviner la lividité de ma peau, sentir la transpiration presque maladive qui ruisselait sur mon corps, creusant un sillon désagréable sur ma colonne vertébrale. J’avalai laborieusement une grande bouffée de l'air fiévreux de la prison. Habituée à chasser dans les steppes kislévites et norses, je me sentais mal à l’aise dans cette prison.
«
Coucou, toi. Tiens, tu boîtes pas ? »
Une jeune femme se trouvait également dans la même situation que moi. Je jetais un regard acéré à son visage, porteur de l’assurance mutine de celles qui ont des origines bourgeoises. Celle-ci semblait d’ailleurs partager avec moi le fardeau de la voie des armes, si j’en jugeais aux quelques cicatrices qui zébraient sa peau. Son accent, à mes oreilles, sonnait avec l'intonation du Sud - certainement originaire de l'Estalie ou de la Tilée.
- Belle endroit pour une rencontre, raillai-je en ne faisant pas un geste pour m’approcher, adossée que j’étais au fond de la cellule.
Une vague de culpabilité me submergea alors que je pensais à l’équipage de la Meute, ainsi qu’à Gunnolf Valkorson. Cela ne pouvait pas se terminer ainsi. Je n’avais pas fait tout ce chemin depuis la Norsca pour finir dans une cellule miteuse au fond d’une cale. Gunnolf n’était pas mort en vain !
Avec un certain soulagement, je me rendis compte qu’aucun corde ou chaine n’entravait mes poignets ainsi que mes chevilles. On m'avait délestée de toutes mes possessions et je me trouvais pieds nus dans cette cellule. Mes bottes avaient été confisquées et par la même occasion le poignard qui s’y trouvait également. Décidée à ne pas croupir ici, je me mis en tête d’inspecter la cellule, cherchant à trouver une faiblesse dans ses barreaux. Alors que mes recherches avancées, j’entendis l’autre occupante interpeller les gardes. Intéressée et dubitative, je me portais à hauteur de ma compagnonne de cellule et des barreaux de la cellule afin d’observer les réactions de mercenaires. Si elle préparait une évasion, je devais en être.
Re: [Maria et Dahzia] L'Estrella
Posté : 07 janv. 2016, 12:29
par [MJ] Le Grand Duc
L'inspection de Dazhia s'avéra bien inutile : les barreaux étaient en fer, très légèrement rouillés au niveau du sol mais hormis cela ils étaient en bon état. A première vue, aucune de ces barres de fer n'était susceptible de céder aux coups et l'interstice entre elles était bien trop mince pour permettre à quiconque de se faufiler à l'extérieur.
Les marineros se retournèrent vers les cellules lorsque Maria les apostropha. Ils se jetèrent un regard et ricanèrent tandis que l'un d'eux se levait lentement et s'avança vers les cages, un sourire fendant son visage mal rasé et dévoilant sa dentition déchaussée et inégale.
- "Ce qu'on compte faire de vous, bella ? De la marchandise !" dit-il avant de s'esclaffer, imité par son collègue toujours attablé. Le regard aviné du soldat de marine s'attarda sur les courbes de la Sire et de Dazhia que l'on pouvait deviner sous leurs chemises sales de prisonnières. "Vous serez vendues un bon prix à Lashiek. On dit que les sultans adorent avoir des blanches rebelles dans leur harem ! Pour les calmer, ils les laissent une nuit dans la caserne de leurs mamelouks ... Le lendemain, elles sont douces comme des agneaux."
Un court silence plana dans la cale.
- "Et nous, raclure ! Nous, on devient quoi !" l'apostropha Elias "Trois-Doigt", entouré du reste de son équipage hagard qui s'accrochait aux barreaux autour de lui.
- "Vous, hijos de puta, vous serez vendu pour trois de cuivre au premier capitaine de galère venu." lui répondit sèchement le marineros avant que son sourire sadique ne s'étire. "A moins qu'on ne vous coupe les cojones pour garder ces beautés là." ajouta-t-il en pointant un doigt vers la cage des filles.
Re: [Maria et Dahzia] L'Estrella
Posté : 07 janv. 2016, 16:02
par Dazhia Evdokiyadoch Aisenyev
Un pli passager de rage déforma mes lèvres. Cela faisait longtemps que j'avais cessé de me laisser abattre par mon sort, mais lorsque cela avait un rapport avec ma liberté et ma condition de femme, mon humanité se révoltait. Qui que fût-ces sultans qui payaient des mercenaires pour se payer des femmes cela me rendait folle. Il y avait bien des roitelets et des despotes de par le vaste monde, mais leur multitude ne devait pas les banaliser. Ce n'est pas parce qu'un mal est répandu qu'il se légitime, de quelque façon que ce soit.
J'eus un claquement de langue agacé, refusant obstinément de regarder le geôlier dans les yeux. Je ne pouvais pas vraiment en vouloir à ces deux-là, qui étaient probablement aussi victimes que moi dans cette histoire, à leur manière. L'embrigadement, je connaissais ça. Ce n'était pas pour autant que j'hésiterais à les contraindre, les blesser, ou les tuer si j'y étais forcée pour recouvrer ma liberté. Un sourire de dérision passa sur mes traits.
Sans armes, ce serait compliqué. J'en avais bien évidemment été délestée, et je n'en voyais nulle trace sur le plancher de la cale.
- Vous êtes donc sous les ordres de ces sultans. Moi qui pensais que les Estaliens étaient fiers et indépendants…
J'avais effacé de ma voix toute tonalité colérique, n'y glissant qu'une curiosité presque désintéressée. Si je m'étais entendue, j'aurai pu croire que je cherchais simplement à tuer le temps. Décidément, les vieilles habitudes reprennent vite le dessus lorsqu'on est dans une situation compliquée.
Sans même attendre une réponse, je repartis vers le fond de la cellule, laissant ma compagne de geôle abattre ses cartes. Celle-ci arborait une assurance de celles qui ont appris à faire de leur corps un instrument aussi doux que tranchant. Pour ma part, j'avais toujours préféré oublier le côté mielleux, consciente que j'étais vouée à suivre le chemin des armes. Même si généralement je me refusais à utiliser mes charmes féminins – cela facilitait toutes les situations – je pouvais également faire preuve d’une entreprise déconcertante pour obtenir ce que je voulais. Mais cette fois, je préférais prendre du recul, de toute manière ma partenaire semblait avoir une idée derrière la tête. Même si je ne voyais pas vraiment où elle voulait en venir avec sa partie de dés.
En retrait dans la cellule, j’avais dorénavant un champ d’actions élargit, d’autant plus que les deux marineros étaient distraits par les propos de l’autre femme. J’observais les deux mercenaires pour essayer de trouver la clef de la cellule, mon examen des barreaux ayant été peu concluant. J’avais à peine réussie à effriter une mince pellicule de rouille avec un de mes ongles et l’état des barreaux était plutôt bon. Notre évasion ne se ferait pas grâce à un barreau endommagé. Alors que je cherchais le trousseau de clefs, mon regard s’attarda sur une autre cellule qui contenait trois tiléens. Que pouvait-il bien faire ici ?
Les huit autres pirates, qui apostrophaient aimablement les deux geôliers, devaient sans doute faire partis du même équipage que la jeune femme. Quant est-il de ces trois-là qui restaient silencieux ? Tandis que ma compagnonne de cellule s’occupait des marineros, je décidai de m’intéresser aux Tiléens. Autant étudier toutes les pistes possibles avant de se lancer..
Dazhia "critique" légèrement l’idée des dés mais seulement parce qu’elle ne sait pas où Maria veut en venir. Moi je sais ce que tu veux faire et c’est une bonne idée. Pas taper, pas taper
Re: [Maria et Dahzia] L'Estrella
Posté : 08 janv. 2016, 18:01
par Dazhia Evdokiyadoch Aisenyev
Je me mis à détailler ouvertement chaque tiléens de la cellule d’en-face. Pour avoir suffisamment baroudé afin de connaître la chose, je savais qu'un groupe aussi vulnérable que le nôtre allait devoir se souder, se lier d'une cohésion très solide, pour pouvoir sortir de cette cale.
Je voyais des visages hâves, et les privations seules ne leur avaient pas donné ce caractère famélique. La terreur et l'angoisse profonde qui taraudait tout être humain, celle de la mort, pouvait faire d'une personne a priori en bonne santé une sorte d'ombre d'elle-même. Si je pouvais seulement balayer cet effroi qui régnait sur leur cœur, je serai alors en mesure de leur restituer un peu de leur dignité, d'ôter quelques plumes à ce fardeau sur leurs minces épaules. Ces trois-là semblaient perdus dans une attente interminable.
Je gagnais le fond de la cellule où je m’assis, adossée aux barreaux de fer. Ces mêmes barreaux qui me privaient de ma liberté. La cellule qui nous faisait face était résignée. A l’écoute des jérémiades viriles des autres captifs notre évasion semblait être plus envisageable avec leurs aides.
Un sourire enfantin perla à mes lèvres. Il était bien innocent, bien ridicule en d'autres circonstances. Mais ici, au cœur du désespoir et de l'accablement, c'était une perle précieuse de ce que nous autres humains avons de plus cher.
Je fermais les yeux, laissant vagabonder mes pensées loin d'ici, très loin de cette cale hideuse et anxiogène. Les vastes steppes norses s'offrirent à moi. Les silhouettes minces et petites de ses habitants déambulaient ici et là, cernées par des yourtes faits la plupart du temps en cuir. Un clan sauvage à peine intégré à la société. Une pointe de fierté teintée de tristesse se ficha dans mon cœur comme je découvrais ce village typique qui me rappelait tant Ulferth.
Le rire forcé de ma compagne de cellule me sortit de mes pensées. Cette dernière continuait à discuter avec le garde. Celui-là même qui portait les clefs des cellules autour de son cou. Je reportais mon attention sur les autres individus de la cale. D'un œil affûté par la certitude que le sens du détail pouvait sauver la mise, je cherchais à repérer et comprendre ce qu'on avait laissé aux prisonnières pirates, et ce qu'on avait pu leur ôter. Comprendre les actions d'un geôlier pour mieux deviner sa prochaine action, et éventuellement les défauts de sa réflexion.
L'instinct de survie grondait en moi comme un animal acculé.
J'observe la cellule qui renferme Elias "Trois-Doigts" et ses sept pirates. Ensuite je me concentre sur le garde qui est resté à la table.
Re: [Maria et Dahzia] L'Estrella
Posté : 08 janv. 2016, 19:59
par [MJ] Le Grand Duc
Elias "Trois-Doigts" et les pirates qui se trouvaient dans sa cellule avaient des tronches patibulaires et un air miteux. L'un d'entre eux avait un crochet, un autre avait une jambe de bois. Les gencives attaquées par le scorbut, le nez rouge et gonflé par la boisson, les traits fatigués. Il y avait deux vieillards en sale état, à tel point qu'on pouvait bien se demander quel capitaine de galère voudrait bien les acheter. Ils portaient tous des chemises sales et à moitié déchirée du même acabit que celles que portaient les filles et les tiléens d'en face. Elias, lui, était grand et maigre. Il portait la barbe en un bouc rêche et ses cheveux sales étaient tirés en arrière par un catogan. Sa joue gauche et ses arcades sourcilières étaient couturées de cicatrices, traces d'anciens combats et de bagarres de taverne. Son surnom lui venait certainement de sa main gauche, à laquelle il manquait l'annulaire et l'auriculaire qui étaient remplacés par une horrible cicatrice.
Quant au second marinero, il ressemblait à son collègue : même équipement, même gueule de mercenaire. Il écoutait d'une oreille distraite en remplissant son gobelet de vin plus que de raison, les yeux rivés sur les deux femmes. A vrai dire, il avait l'air passablement ivre.
Le soldat qui parlait à Maria rigola en se grattant le coup puis posa les mains sur les barreaux en regardant la jeune pirate droit dans les yeux. Il éluda ses questions, ne répondant qu'à ce qu'elle proposa en dernier.
- "Tu me prends pour un jamón. Escúchame bien, mi bella. On va pas jouer pour rien. Si toi et ta copine gagnez, je m'arrange pour que vous ayez autre chose à bouffer que du pain rassi. Si vous perdez ..." Il jeta un coup d'oeil vers l'autre marinero qui inclina la tête avec un sourire stupide. "... vamos a hablar un poco, acuerdo ?"
Elias "Trois-Doigts", debout contre les barreaux de sa cellule, poussa un soupir dépité et s'accroupi au sol en secouant la tête.
- "Eh beh mon cochon ..."