[Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Kislev, pays de sombres forêts de conifères, d'étendues neigeuses et de steppes balayées par les vents, se trouve l'est de l'Empire. Pendant des siècles, il a été un rempart face aux incursions dévastatrices du Chaos venues du nord. Kislev est un allié fidèle et puissant de l'Empire, toujours prêt à envoyer ses troupes à son secours

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par [MJ] Le Grand Duc »

Dans la yourte vous trouvez :
- trois arcs courbes avec carquois
- deux sabres recourbés
- un ensemble de couteaux et de dagues
- deux ducats d'or en petites pièces
- des tenues et des parures ungoles
- une carte sommaire de la région, tatouée sur de la peau de mouton
- des fourrures
- des victuailles
- une poupée d'enfant
- la culpabilité d'avoir massacré une petite famille tranquille, et assassiné un enfant sous les yeux de sa mère

A vous de m'indiquer ce que vous souhaitez garder avec vous, et auquel cas qui prend quoi.



Test de Dokhara pour se nourrir (+4, précédent test réussi et présence de Lucrétia) : 14, réussi.

La nuit tombait sur l'Oblast, à l'heure où les deux lahmianes s'enfonçaient dans le froid et les ombres. Un grand feu brûlait en toile de fond, consumant la yourte et les cadavres de ses anciens occupants. Les flammes montaient hauts vers le ciel glacé du Kislev, jusqu'à masquer les étoiles, et scintillaient dans les centaines d'yeux du cheptel curieux qui observait la scène depuis la prairie en contrebas. Lucrétia et Dokhara, les deux monstres aux visages de femmes, s'enfonçaient dans la toundra en direction de l'Est, et du village en ruine d'Iemva d'où elles étaient venues.

Mais les deux imperinyi étaient encore étrangères à ces contrées hostiles, aussi en ignoraient-elles certains des pires dangers, et la manière qu'avaient les autochtones de prédire ces derniers. Tel était le lëd, un phénomène craint de tous les nomades de la steppe. Peu avant l'hiver, de brutales tempêtes de neige se déclenchaient aussi soudainement que violemment. Les rafales faisaient plier les pins, lourdes de flocons et de cristaux de glace, et soufflaient suffisamment fort pour empêcher un homme d'avancer. Les voyageurs surpris par pareil déferlement n'avaient que quelques instants pour se mettre à l'abri avant que le tourbillon gelé ne les engloutisse. Si les deux vampires ne craignaient pas le froid, elles étaient en revanche sans défenses contre le blizzard qui les clouait sur place. Qu'elles aient la chance de s'abriter derrière l'un des rares affleurement de la plaine où qu'elles s'immobilisent le temps de la tempête comme deux stalagmites, elles durent attendre la majeure partie de la nuit que le terrible lëd passe sur elles.

Le matin pâle se levait, et elles n'étaient pas encore arrivées à Iemva. Le ciel était bleu, sans nuages, et tout autour d'elles s'étendait un océan blanc et infini, déposé là par les bourrasques qui avaient secoué la nuit. On aurait pu les croire perdues, deux silhouettes avançant péniblement dans la neige en laissant un sillon sur le lit immaculé, mais la colline où Dokhara de Soya était passée de vie à trépas se dessinait au loin, surmontée par quelques pins et arbres sans feuillage.

Elles les sentirent avant de les voir. L'odeur des chevaux, du cuir, un vague relent de charogne. Ces effluves remontaient à elles avec d'autant plus de force que le manteau de neige couvrait tout autre signature olfactive. La sueur, la crasse, de l'alcool aigre. Ceux qui approchaient n'avaient rien de nobles sires parfumés. Puis elles entendirent une hennissement qui perça le silence assourdissant de la plaine, et elles les virent enfin.

Six, non sept cavaliers se détachèrent à l'horizon et venaient vers elles. Quelques lances pointaient mollement vers le ciel, le soleil qui se levait timidement faisait scintiller quelques rares casques ou pièces d'armure. Ils avançaient au pas, leurs chevaux levant haut les pattes pour les enfoncer ensuite dans la poudreuse, et allaient à l'allure tranquille de ceux que rien ne menace. Il ne faisait nuls doutes qu'ils se dirigeaient vers les deux baronnes, et bientôt ces dernières purent les observer plus distinctement.



Image

Ils montaient les chevaux rustiques de la steppe et portaient des frusques sales et des fourrures miteuses. Ces hommes ressemblaient à des loups faméliques, mais à la différence de ces derniers ils n'avaient pas eu l'intelligence de se tenir loin des lahmianes. A l'inverse, le cavalier de tête fit un appel de langue et lança sa monture dans un galop alourdit par la neige. Ce faisant, il se baissa et saisit quelque chose sur le pommeau de sa selle : une corde terminée par une large boucle, qu'il se mit à faire tournoyer au-dessus de lui. Ses compagnons accélérèrent derrière lui, certains poussant des jappements sauvages pour exciter leurs destriers.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »

Lorsque Dokhara s’élança sur l’homme afin de se nourrir une dernière fois avant un long moment, Lucretia demeura sur le qui-vive. Le risque que la nouvelle-née le dévorât entièrement, quitte à en vomir par la suite, restait élevé, et la Lahmiane nécessitait un cadavre en assez bon état pour la mascarade qu’elle avait prévue. Fort heureusement, sa fille parvint à se contrôler, ne laissant que quelques petites entailles dans le cou de sa proie. Rien qui ne fût insurmontable. L’Immortelle hocha du chef en direction de son amante, satisfaite de la voir saine d’esprit, puis s’empara du cadavre pour le mener à l’extérieur de la yourte.

Dehors, un macabre travail commença. Afin de laisser penser que la cocatrice avait tué l’ensemble de la petite famille, le corps de l’homme devait porter les marques d’un nécrophage. S’emparant d’un crochet, d’un morceau de métal ou de tout autre objet similaire, la vampire s’employa à lui ouvrir légèrement la nuque à l’endroit de la morsure. Eu égard au matériel utilisé, la blessure n’était certainement pas aussi nette que celle qu’aurait provoquée la lame d’une épée, mais juste assez étroite pour laisser présager l’œuvre d’une bête sauvage. Elle déchira la tunique de sa victime, et lui creva le ventre avant d’écarter les lèvres de la balafre et de l’éviscérer. Enfin, de manière à parachever son œuvre, elle fit sauter l’un de ses yeux, laissant là une orbite vide fixée sur un ciel assombri.

Avant de mettre le feu à la hutte, les deux jeunes femmes en firent le tour, fouillant dans les caisses, les paniers, et les affaires personnelles de chacun. Elles n’y trouvèrent pas grand-chose d’intéressant, si ce n’était une carte de la région, de facture assez vulgaire, et quelques piécettes.

« Que fait-on de ça ? », demanda Lucretia à Dokhara d’un ton sceptique, tandis que ses mains s’étaient refermées sur la culpabilité d'avoir massacré une petite famille tranquille et assassiné un enfant sous les yeux de sa mère.

Elle en fit rapidement le tour, tournant la chose dans tous les sens, avant de hausser des épaules.

« Je doute que cela nous soit d’une grande utilité. » Et elle le relâcha, l’abandonnant dans la poussière de la terre battue. Toutefois, elle trouva, à la fin de leurs recherches, une petite poupée, qu’elle décida de conserver.

Laissant à l’intérieur les deux corps de la mère et de son enfant, elles s’armèrent toutes deux de torches, et s’appliquèrent à mettre le feu aux quatre coins de la yourte. Bientôt, un imposant panache de fumée s’éleva dans le crépuscule tandis que les flammes ronflaient bruyamment, dévorant tout sur leur passage. Elles tournèrent les talons, désireuses de rejoindre Iemva.

Mais à peine s’étaient-elles mises en marche depuis une petite heure qu’un vent violent se leva subitement. La neige recouvrant le sol se mit à tournoyer autour d’elles et à se soulever dans le ciel, et, une minute plus tard, elle se mêla avec celle que charriaient de lourds nuages noirs. La visibilité s’en trouva fortement appauvrie, la cime des arbres se courba, et les aiguilles arrachées des pins sifflèrent dans l’air. En l’espace de quelques secondes, une tempête s’était précipitée sur l’Oblast, les fouettant de pluie et de grêle et de branchages.

Tout en jurant, Lucretia hurla qu’elles s’arrêtaient là pour le moment. Certes, elles ne craignaient pas le froid, mais le blizzard les empêchait de s’assurer de la direction à suivre. Abandonnant ses affaires, la Lahmiane se mit à creuser dans la neige une petite alcôve contre laquelle elle s’adossa. Là, partiellement à l’abri des cinglements du vent, elle n’eut pas d’autre choix que celui de patienter. Et, comme à l’aube de ces interminables nuits où elle attendait que les humains ne revivent, elle s’abandonna dans une longue contemplation immobile et silencieuse.

L’aurore les cueillit dans un calme extraordinaire. Une incroyable quiétude recouvrait un paysage fantomatique dépourvu de toute vie. La neige avait tout enseveli sous son manteau blanc, et même les arbres, eux aussi noyés dans la poudreuse, ne se découpaient que trop difficilement dans ce tableau sans relief. S’époussetant quelque peu, les deux Lahmianes se relevèrent avant de se remettre en marche.

Quelque temps plus tard, Lucretia s’immobilisa, sans doute imitée par sa consœur. Il ne lui fallut pas longtemps pour fleurer la présence d’êtres humains dans les parages. De rances exhalaisons flottaient dans l’air matinal ; crasse, sueur, crottin, sang et alcool, tout un ensemble qui fit froncer l’Immortelle du nez. A cette simple perception, elle savait déjà que cette rencontre s’augurait sous les plus mauvais signes. Cette conjecture se confirma lorsqu’elles les virent pour de bon ; une bande de piètres guerriers montés à cheval, vêtus d’armures dépareillées et d’armes hétéroclites, avançait dans leur direction. Les chevaux n’étaient pas bien soignés, les tissus, gorgés d’humidité, manquaient de pourrir sur place, et le métal des armes paraissait sur le point de rouiller. Se sachant repérés, les cavaliers se précipitèrent alors sur les deux Lahmianes, et quelques-uns d’entre eux, sous les ricanements de Lucretia, se mirent à faire tournoyer des lassos au-dessus de leur tête.

« Voilà qui a le mérite d’être clair » lâcha-t-elle froidement dans un petit rictus.

Je tente deux Regards de Nagash si j’en ai le temps (je ne connais pas leur distance).
Maîtrise de l’Aethyr niveau trois : j’augmente de trois le nombre de cavaliers touchés à chaque fois.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 07 nov. 2019, 22:02, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 138 xps
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises et Dons du Sang

COMBAT :
Attaque : Coup précis (3), Arme de prédilection ( épée à une main)
Défense : Esquive, Acrobatie de combat, Sang vif (2) (DDS), Coriace,
Autres : Régénération Impie (DDS), Innocence Perdue (DDS)


MAGIE :
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 3

CHARISME :
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Intimidation
- Comédie
- Etiquette
- Intrigue de cour

INTELLIGENCE :
- Domination (DDS)
- Érudition
- Littérature
- Linguistique
- Histoire
- Administration
- Enseignement
- Connaissance végétale
- Langue étrangère : Kislévarin
- Connaissance des démons

INITIATIVE / HABILETE :
- Sang vif (DDS)
- Réflexes éclairs
- Escalade
- Monte - chevaux
- Sens Accrus
- Vision nocturne

AUTRES :
- Défi de l'Aube (DDS)
- Ame Profane (DDS)
- Forme de Familier : Corneille (DDS)
- Sang argenté (DDS)
- Alphabétisation
- Force accrue
- Chance
- Préparation des poisons

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Dokhara de Soya
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

Assises adossées derrière leur alcôve creusée à même la neige, les deux ex-baronnes n'étaient que partiellement protégées des monstrueuses bourrasques qui agressaient l'oblast. Le blizzard s'était levé rapidement, et désormais volaient dans tous les sens flocons, grêlons et aiguilles de pin - lorsque ce n'étaient pas des branches entières...

Les rafales produisaient un vacarme surnaturel, des sifflements lourds qui emplissaient tout l'espace et ne permettaient presque plus de s'entendre parler : même côte à côte, les deux femmes ne pouvaient communiquer qu'en hurlant.

Quitter leur abri était impossible : la tempête avait anéanti toute visibilité - déjà que se repérer dans l'oblast n'était pas chose aisée tant tous les paysages se ressemblaient, alors progresser au gré des vents sans plus pouvoir retrouver leurs quelques rares points de repère sur la route pour retourner à Iemva, avec l'espoir de réussir à garder un cap, c'était tout simplement utopique.
Et quand bien même elles arriveraient par miracle à ne pas dévier de leur trajectoire, se déplacer dans la tourmente était particulièrement désagréable. Malgré toute leur puissance, le vent faisait obstacle à leur progression, la poudreuse sous leurs pieds s'affaissait continuellement pour rendre leurs pas moins surs, sans parler de ces millions de projectiles qui venaient abîmer leur peau et leurs vêtements. Face à la colère des éléments, même deux vampires devaient s'incliner.

Dans ces conditions, incapables de faire quoi que ce soit d'autre qu'attendre l'accalmie, les deux lahmianes se retrouvèrent murées dans le silence, contemplant la terrible météo hivernale du Kislev tandis que les secondes s’égrenaient lentement. Aux yeux de Dokhara, le spectacle des forces de la nature aussi déchaînées avait quelque chose d'hypnotique et de fascinant - mais pas suffisamment pour la passionner des heures durant.
Ce n'était pas un problème pour Lucrétia. De longues années de non-vie lui avaient appris à entrer dans une forme de transe dès lors qu'il devenait nécessaire de faire passer le temps, une manière de permettre à son esprit sinon son corps de trouver un peu de repos.
Dokhara quant à elle était pleine de vitalité, et l'inaction ne faisait que faire grandir son impatience. Déjà peu encline à rester inactive de son vivant, c'était encore plus difficile à subir maintenant qu'elle avait reçu le baiser de sang, et trépignait sans cesse à l'idée de tout ce qu'elle pouvait faire avec ses nouveaux pouvoirs. Un monde entier de nouvelles expériences l'attendait, et elle était coincée ici, à devoir attendre : c'était intolérable.

A la vérité, si Dokhara avait bien du mal à supporter l'inaction, c'était aussi par crainte de se retrouver seule avec son esprit. Depuis son éveil, elle n'avait jamais cessé d'être en mouvement. Allant de découverte en découverte, elle avait testé son nouveau corps de bien des façons, s'émerveillant de chaque nouveauté. Animée d'un enthousiasme débordant, elle avait balayé tous ses doutes de vivante. Cette ancienne Dokhara, cette chose chétive et pleurnicharde hésitant sans cesse sur la bonne conduite à tenir, elle était morte et c'était tant mieux. Aujourd'hui, la jeune lahmiane n'avait plus à subir doutes et craintes : elle faisait ce qu'il lui plaisait, libre de toute contrainte physique ou morale - et bientôt la magie lui permettrait de dépasser même les carcans de son corps.

Pourtant, maintenant, condamnée à ne rien faire, une pensée la tracassait. Pas grand chose, juste une petite voix, un spectre du passé, un putain d'écho qui résonnait et qu'elle ne voulait pas écouter.

Grommelant, elle déplia l'un de ses bras pour poser le dos de sa main contre le sol enneigé, la paume vers le ciel. Bien décidée à chasser les parasites interférant avec ses pensées, elle se reconcentra sur ce que lui avait appris Lucrétia.
Elle avait passé la journée entière à comprendre comment manipuler ce nouveau pouvoir. Totalement inculte en la matière malgré l'affiliation de sa mère biologique à un collège de magie impérial, sa tutrice avait du tout lui expliquer du début. Les nouvelles perceptions qu'elle avait du monde, la distinction entre les vents de magie, le danger à les manipuler, et surtout, la manière toute particulière qu'avaient les vampires et autres mages noirs de tricher avec les règles. La dhar, la magie impure, le pouvoir qui pulsait dans tout son corps et la maintenait vivante malgré l'arrêt de son cœur. Elle n'avait pas besoin d'apprendre comment subtilement manipuler les vents de magie qui dansaient sous ses yeux, non, elle n'avait qu'à... se servir. Aspirer les couleurs, les écraser et les mêler pour en faire un ignoble goudron aussi noir que malléable, puis manipuler cette entité corrompue pour obtenir l'effet désiré.
Si s'accaparer les vents de magie alentour était intuitif, il en allait autrement de leur conservation. Les différentes puissances étaient comme des flux qui s'entrechoquaient, et refusaient de se mêler les uns aux autres comme de l'huile avec de l'eau. Pour réussir à conserver la puissance aspirée en elle et l'écraser de sa volonté afin de la façonner, il fallait déjà réussir à la retenir, à ne pas céder sous la violence de toute cette énergie extérieure qu'elle accumulait en elle et qui demandait à exploser.
La métaphore sexuelle de Lucrétia avait été d'une grande aide dans le processus d'apprentissage. Accumuler le désir, mais ne pas le laisser la posséder : s'accaparer avec égoïsme, prendre toujours plus, mais ne pas devenir l'esclave de l'instant. Elle n'était plus soumises à ses sens, elle pouvait à tout moment choisir le contrôle à l'abandon.
Car c'était bien de plaisir que l'on parlait, même s'il était d'une autre nature. Tout comme le sang qu'elle buvait, aspirer les vents de magie lui donnait immédiatement une sensation de puissance jubilatoire. Cette force qui s'accumulait en elle, qui se battait à tout rompre pour ne pas être écrasée par sa volonté, c'était une sensation à nulle autre pareille. Et c'était bien ça le plus difficile : ne pas se laisser submerger par le plaisir de sentir cette énergie bouillonner en elle, mais au contraire, imposer une volonté de fer dessus pour arriver à ses fins.
Combien de fois avait-elle essayé ? Combien de fois avait-elle échoué dans cette dernière étape, cédant au plaisir et laissant la magie sous pression éclater au grand air ? Heureusement, sa consœur avait veillé au grain et servi de soupape de sécurité, remaniant les vents en excédant, les aspirant à son tour pour les empêcher de créer de dangereuses réactions en chaîne.
Toute sa vie, Dokhara avait été esclave de ses sens et du plaisir : changer ces vilaines habitudes pour devenir la dominante et non plus la dominée n'était pas évident. Et pourtant à force d'efforts et d'heures de travail, suivant les instructions de sa compagne et sa propre opiniâtreté à se surpasser, elle avait fini par comprendre, par réussir à museler son avidité de plaisir pour imposer sa volition.

Au milieu du blizzard, assise dans la neige, une petite flamme apparut dans la main de Dokhara avec une facilité déconcertante. Une journée d'efforts, et voilà qu'elle pouvait manipuler une force qui lui était totalement inconnue pendant vingt quatre ans. C'était incroyable...

... et quelque peu vexant. Elle s'était imaginée passer le temps en concentrant ses pensées sur la bonne invocation du sortilège de flammèche, usant tout son esprit à cet ouvrage des heures durant. Et là, en une poignée de secondes, elle arrivait à son objectif avec tant de simplicité qu'il n'y avait même plus d’intérêt à réitérer la manœuvre.

Résignée, elle laissa donc son regard se perdre dans le lointain, observer la valse des flocons, tandis qu'invariablement ses pensées se focalisaient malgré elle sur les souvenirs de leur départ de la yourte.

Finir de sucer le sang de l'ungol avait été un moment de pure euphorie, le fluide vital ayant toujours ce même effet capiteux sur la jeune vampire. Plus encore, sentir son cœur faiblir après chaque aspiration avait été un moment aussi malsain que qu'enivrant : là où elle avait travaillé à retenir ses pulsions la première fois, cette fois-ci elle avait pu lentement profiter de la mort du berger, tandis qu'elle aspirait goulûment jusqu'à la dernière goutte d'hémoglobine que son organisme était capable de lui fournir. Il avait été un pantin entre ses doigts : sa vie, sa mort, dès l'instant où elle l'avait rencontré sa destinée s'était retrouvée coincée entre les doigts capricieux de la lahmiane. Des milliers de jours futurs anéantis par l'appétit glouton d'une enfant morte-vivante, la puissance d'une vampire écrasant la vie si fragile d'un pathétique humain.

Mais si Dokhara n'avait jamais eu de remords à tuer un adulte - déjà humaine, liquider une innocente aubergiste ne lui avait pas posé grand problème de conscience - quelque chose en elle s'agita bel et bien lorsque la pointe du couteau de Lucrétia se planta dans le cœur du jeune enfant.
Quel âge avait ce môme ? Cinq, six ans peut-être ? Il était vraiment jeune. Sa vie ne devait pas se résumer à grand chose d'autre que l'amour paternel et maternel, il n'avait surement pas vu grand chose du monde en dehors de cette hutte. Elle n'avait jamais tué d'enfant jusque là, seulement des adultes, des personnes ayant eu le temps d'exister, d'expérimenter, voire d'être responsables des décisions les ayant mené à leur mort. Là... c'était différent.

Lucrétia n'était pas femme particulièrement cruelle. Bien sur, elle était capable de faire montre d'un certain sadisme lorsqu'il s'agissait de se venger d'un ennemi, mais elle n'était pas pour autant adepte de la barbarie gratuite. En revanche, elle était d'un pragmatisme à toute épreuve. Si elle avait hésité à arracher la peau du bras de sa conjointe, ce n'était pas pour une question de gout quant à l'esthétique de son tatouage, mais uniquement pour son manque de praticité dans leurs aventures futures. Cette famille, il n'y avait pas d'autres choix que de les tuer. Dans l'Empire, elles étaient des criminelles, des fugitives, mais au Kislev leur réputation repartait de zéro. Elles ne pouvaient pas laisser de témoins de leurs exactions derrière elles, il ne pouvait y avoir de faille à exploiter pour leurs futurs ennemis. L'enfant ne faisait pas exception, surtout face au danger de l'immortalité : qui sait si dans vingt ans, jurant de se venger, celui qui aura alors bien grandi ne leur tendra pas de piège mortel ? Ils étaient un risque, et l'ex-baronne de Bratian n'aimait pas laisser la place au hasard et à la chance dans leur vie. Dokhara quant à elle avait rejeté Ranald pour mieux accepter Lucrétia, il n'était plus temps de faire machine arrière. Elle devait lui faire confiance. Son amante était une lahmiane depuis bien plus longtemps déjà, elle avait survécu des années, et son expérience ne pouvait être négligée au profit de quelque... culpabilité ?
L'ancienne Dokhara, celle qui avait vécu au contact des orphelins des bas quartiers, celle qui n'avait jamais réussi à s'avouer à elle-même son désir d'avoir des enfants, n'avait plus sa place dans cette nouvelle vie. Elle était une entrave gênante, une épine qui ne pouvait que la faire boiter, voire pire : l'éloigner de la femme qu'elle aimait. Lucrétia était tout pour elle, et s'il fallait massacrer des centaines d'enfants pour la satisfaire, elle n'hésiterait pas.

Elle glissa sa main dans celle de sa consœur.

A la manière des vents de magie, Dokhara exerça sa propre volonté pour écraser ses souvenirs de l'enfant poignardé et de sa mère hurlant de souffrance. Elle les broya mentalement, et repoussa cet écho de culpabilité qui essayait de la faire chanceler, pour le bannir au fin fond de son esprit où elle n'aurait plus à subir sa voix spectrale.

Hors de question de laisser une quelconque faiblesse l'entraver à nouveau.



***



L'attente dura de longues heures. Elles passèrent finalement presque toute la nuit dans leur minuscule abri de fortune, creusé à la main, à subir la colère des éléments. Après avoir entendu le vacarme ininterrompu de la tempête aussi longtemps, le calme qui survint au petit matin fut presque déstabilisant. En une poignée de minutes, les humeurs de la météo nordique s'étaient calmées, et la steppe blanche était redevenue silencieuse : ne restait qu'un tapis de poudreuse recouvert d'aiguilles de pin.
Après s’être extirpées du manteau de neige qui les avait partiellement recouvertes, puis s'être époussetées, Dokhara regarda d'un mauvais œil le soleil qui se levait paresseusement au loin. Elles étaient toutes deux protégées par de nombreuses couches de vêtements, mais malgré tout il était plus sur de rejoindre au plus vite la colline qui se dressait à quelques kilomètres de là, repère visuel bien pratique pour retrouver les ruines de Iemva au milieu du paysage homogène de l'oblast.

Malheureusement, les sept cavaliers qui apparurent à l'horizon ne semblaient pas décidés à les laisser retrouver leur foyer temporaire aussi facilement. Leur éruption ne fut pas une surprise pour les lahmianes, qui avaient pu sentir leur odeur nauséabonde portée par le vent bien avant que leurs figures n'émergent dans le lointain. Si l'on put laisser à leur allégeance le bénéfice du doute par leur seule odeur, les manifestations évidentes d'agressivité qu'ils affichèrent en approchant ne put que confirmer les soupçons des deux amantes : elles allaient faire connaissance avec leurs premiers kyazaks.

Pour pareille troupe, Dokhara avait une petite idée de la méthodologie à appliquer. Sur l'un des cadavres de nordlanders tombés pendant le massacre des stryganis, elle avait pu trouver et conserver une petite merveille d'ingénierie en provenance de l'Ecole Impériale d'Ingénierie de Nuln : une grenade à main. Des officiers impériaux lui avaient déjà expliqué le fonctionnement de pareille arme lorsqu'elle vivait en Altdorf, et si la science derrière sa capacité destructrice était bien trop opaque pour la jeune femme, son utilisation quant à elle était très simple : dégoupiller l'anneau, et jeter vers la cible.

Et même si elle n'était pas certaine des dégâts qu'elle arriverait à occasionner au groupe, elle comptait tout autant sur l'explosion produite par son arme, que sur le bruit de la détonation et sa capacité à effrayer les chevaux de leurs ennemis...


Comme l'avait souligné Lucretia précédemment, j'utilise effectivement les plumes de cocatrice que j'avais pris pour maquiller la "scène" chez les ungols.

On partage les ducats avec Lucry, et je garde la carte tandis qu'elle prend la poupée.

Jet de MAG pour sort de flammèche (vu avec Duc) : 2, réussi. - +1 xpm \o/

Au combat, je vise le tas de cavaliers avec l'objectif d'en toucher le plus possible avec ma grenade : pas de cible précise, le but est de maximiser les gens affectés et d'effrayer les chevaux au passage. Ensuite, tout dépend de ce qu'ont donné le sort de Lucré et ma grenade : s'ils sont encore à distance ou en fuite, ou qu'ils sont encore majoritairement sur leurs montures et pas tombés, je dégaine mon arbalète et tire un carreau sur le cavalier le plus proche de moi et/ou qui me menace. En revanche, si des cavaliers sont tombés et que les piétons s'approchent au CaC pour en découdre, je dégaine mes lames pour me défendre.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 13 nov. 2019, 19:01, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 126 xps
Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 13 | Cha 17 | Int 12 | Ini 12 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 95/95

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Lame en or marin : 14+1d8 dégâts ; 14(28) parade
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
Awards \o/
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur PJ - Élaboration
Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019 et 2020

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par [MJ] Le Grand Duc »


Lucrétia lance Regard de Nagash (supérieur) : 12, réussi.
+1 xpm
Le sort touche 6 cavaliers.
Chacun perd 20+2d10 = 32 – 8 (Endurance) = 24 points de vie.
Tests d'End : 8, 8, 14, 5, 11, 1. 4 réussites, 2 échecs.

Lucrétia (2) lance Regard de Nagash (supérieur) : 12, réussi.
+1 xpm
Le sort touche 6 cavaliers.
Chacun perd 20+2d10 = 34 – 8 (Endurance) = 26 points de vie.
Tests d'End : 15, 13, 1, 18, 11, 5. 2 réussites, 4 échecs.

Dokhara lance une grenade et inflige 2d20 = 22 – 8 (Endurance) = 14 points de dégâts à 5+1d2 = 6 cavaliers.
Alors que les kyazaks chargeaient les deux lahmianes en poussant des exclamations excitées, Lucrétia attira à elle les Vents de Magie et les martela de sa volonté en récitant de sombres mantras. Ses yeux d'un vert profond se mirent à luire d'une teinte inquiétante tandis que sa chevelure rousse flottait autour d'elle, et deux éclairs de foudre noire jaillirent subitement de son regard en crépitant, filant dans l'air glacé à la vitesse d'un carreau d'arbalète pour venir percuter violemment le cavalier de tête avant de se propager aux autres membres du groupe au milieu des hurlements et des hennissement terrifiés. Les chevaux se cabrèrent, les cavaliers chutèrent dans la neige en convulsant, et toutes ces malheureuses créatures se mirent à se nécroser sur place, perdant touffes de poils et de cheveux tandis que leur peau noircissait et tombait en lambeaux. Les hommes se débattaient futilement avec des cris atroces tandis que leurs montures s'éloignaient au triple galop pour aller s'écrouler plus loin dans la poudreuse en se décomposant sur place. Impitoyable, la baronne de Bratian darda une nouvelle fois son terrible regard sur les quelques uns qui essayaient de se relever pour s'enfuir et une nouvelle vague de hurlements couvrit l'Oblast alors que les nez et les dents tombaient, et que les visages se liquéfiaient. Au même moment, une grenade aux allures de presse-purée tournoya dans l'air pour retomber au milieu de cette hécatombe d'hommes agonisants et de neige souillée, et explosa presque aussitôt en projetant des mottes de terre glacée et des morceaux de kazyaks dans tous les sens.

Un silence de plomb retomba sur la plaine, et le seul bruit perceptible était celui de quelques râles moribonds et les renâclements paniqués d'un cheval qui tentait de se relever tandis que son flanc pourrissait à vue d'oeil, exposant ses organnes internes et les os de ses côtes.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

Dokhara n'avait jamais vu Lucrétia utiliser sa magie à son plein potentiel. Elle l'avait vu briser les os d'un noble d'un seul contact, aspirer la vie d'un brigand pour qu'il ne reste de lui qu'un vieillard décrépi, ou encore invoquer une âme en peine qui s'était ruée sur la coquatrice en traversant les murs. De puissants sortilèges, mais qui n'avaient jamais eu d'autre effet que de s'en prendre à un unique ennemi - chose qu'elle accomplissait tout aussi bien avec sa fidèle épée elfique, comme par exemple lors de son duel contre le minotaure.
Lorsqu'elle vit les décharges de magie noire émanant des deux pupilles smaragdines de son amante percuter deux cavaliers pour se répandre à toute la troupe dans une chaîne d'éclairs dévastatrice, elle comprit trop tard que la grenade qu'elle venait de lancer et qui terminait son arc de cercle en direction des chevaux serait très certainement superflue.
Lucrétia n'avait pas eu besoin de Dokhara pour survivre toutes ces années, et elle venait de démontrer pourquoi. Avec deux sortilèges lancés en seulement cinq secondes d'écart, elle avait anéanti le groupe des 7 brigands qui gisaient désormais sur le sol avec leurs montures, leurs membres touchés par la magie se nécrosant atrocement tandis qu'ils hurlaient de douleur lorsqu'ils avaient encore la force de crier. L'explosion de la grenade n'avait fait qu'achever des blessés qui étaient déjà hors d'état de nuire.

La jeune lahmiane ne put s'empêcher de lâcher un petit sifflement d'admiration, avant d'offrir un sourire rayonnant à sa consœur. Rien ne l'excitait davantage que de voir son amante déchaîner sa puissance, maintenant plus que jamais puisque cela lui permettait d'imaginer ce qu'elle pourrait devenir un jour avec les efforts appropriés. De plus, même si elle se mêlait avec l'odeur de la putréfaction et de la chair brûlée, la douce fragrance du sang frais vint rapidement titiller l'odorat de Dokhara, lui faisant inconsciemment sortir les canines.

- Lucrétia... avec ma grenade, leurs corps en charpie, le sang qui a giclé, ces douces effluves de vie qui s'écoule... c'est plus fort que moi, j'ai besoin de me nourrir. Cela... cela ne te dérange pas de chercher le moins amoché pour l'interroger, pendant que je me sustente ?

Dokhara tentait de se composer une dignité, mais à la vérité elle avait déjà l'eau à la bouche rien qu'en anticipant le moment où ses canines se planteraient dans la chair encore chaude des kyazaks. Même si elle avait pu exercer son contrôle sur la soif rouge avec le berger ungol, réussir à formuler une phrase claire alors que tout son corps tremblait du désir de se nourrir était un petit miracle en soi. C'est d'ailleurs à peine si elle écouta la réponse de sa créatrice : très vite et sans plus de retenue, elle se rua sur le premier mourant qu'elle trouva : coincé sous le poids de sa monture morte, un bras totalement nécrosé dégageant une odeur ignoble, il gémissait péniblement jusqu'à ce qu'une jeune lahmiane en furie se jette sur sa gorge pour y planter ses canines. Elle retint une moue d’écœurement en remarquant le gout vicié du sang corrompu par la magie noire de son amante, mais cela ne l'empêcha pas d'aspirer goulûment jusqu'à la dernière goutte de sang du pauvre hère qui n'en possédait déjà plus tant que ça. Sitôt ce premier en-cas terminé, elle bondit en trois foulées vers sa cible suivante, dont le visage avait été percuté par l'un des sortilèges de Lucrétia : ce n'était pas beau à voir, tant son faciès semblait avoir fondu sur son crâne. D'un coup d'épée, Dokhara trancha la vilaine tête comme on retirait celle d'une crevette avant de s'en nourrir. Puis, elle arracha la manche du manteau de l'ungol décédé, utilisa l'une de ses griffes pour creuser un sillon à travers tout son bras, et but alors avidement tout ce qu'elle put en faire sortir comme liquide carmin. Derrière elle, la morte-vivante sentit le regard attentif de sa génitrice ; bien sur, Lucrétia la pragmatique préférait la sécurité à la confiance, et gardait à l’œil sa protégée pour agir en cas de dérapage.

Un troisième kyazak agonisant dévoré plus tard, sa soif était enfin vaguement apaisée - en tout cas suffisamment pour ne pas s'abaisser à grignoter ce quatrième homme, donc la moitié du corps s'était proprement liquéfié dans une bouillie de chair morte nauséabonde. Si Dokhara avait encore bien du mal à contenir son appétit, au moins arrivait-elle à garder le contrôle de son corps et ne pas céder aux pulsions violentes et bestiales qui l'envahissaient lorsqu'elle se nourrissait : Lucrétia l'avait bien aidée en lui intimant dès ses premiers repas à garder un contrôle permanent sur sa conscience. Forte de ses conseils, elle n'était pas peu fière d'avoir réussi pour la troisième fois à se restaurer sans réduire en charpie ses victimes.

Après s'être enquise auprès de sa consœur des informations qu'elle avait éventuellement pu obtenir auprès du moins blessé des bandits, les deux baronnes fouillèrent sommairement les dépouilles, avant de les recouvrir sommairement de neige pour les camoufler à la vue d'éventuels voyageurs. Cette tâche accomplie, elles purent se remettre en route vers leur objectif premier : les ruines de Iemva, où les attendaient leurs chevaux et quelques-une de leurs affaires de voyage.

Au vu du ciel sans nuage au-dessus de leur tête, les deux baronnes resteraient sans nul doute à l'abri dans leur demeure de fortune jusqu'à la tombée de la nuit, avant de se lancer au galop en direction de Chilgir, le village d'Ivar où elles espéraient bien commencer à bâtir leur nouvelle réputation.
Du moins, si aucune nouvelle tempête ne venait les ralentir à nouveau.


Jet de contrôle de la soif rouge demandé en mp à Duc : 7, réussi.
Progression du contrôle de la soif rouge : 3/5
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 20 nov. 2019, 00:35, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 132 xps
Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 13 | Cha 17 | Int 12 | Ini 12 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 95/95

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Lame en or marin : 14+1d8 dégâts ; 14(28) parade
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
Awards \o/
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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »

« AYAYAYAYAYA ! »

Les hurlements des brigands retentissaient dans la steppe tandis qu’ils dévalaient la colline tout en faisant tournoyer des lassos au-dessus de leur tête. Des gerbes de neige giclaient à chaque nouvelle avancée de leur monture, et ils se confortaient et se supportaient tous ensemble dans leur tâche, fusant sur deux jeunes femmes sans défense. D’un point de vue extérieur, l’on eût juré qu’il s’agissait d’un concours ; c’était à celui qui irait le plus vite, celui qui crierait le plus fort, celui qui capturerait l’une de leurs proies en premier car, après tout, elles ne représentaient aucun défi. Le soir venu, l’on plaisanterait de concert, ripaillerait et, sûrement, profiterait de ce que les deux voyageuses avaient à offrir. Ce scénario avait assurément dû se répéter des dizaines de fois. Mais Lucretia se ne sentait pas d’humeur à jouer ce rôle que les bandits désiraient lui confier ; absolument pas. Elle les regarda avancer, un rictus méprisant sur le visage, et, alors qu’elle continuait d’imaginer toutes ces scènes, un torrent de haine la traversa. Oh non, ils ne s’en tireraient pas comme ça.

Comme à l’accoutumée, elle plongea au plus profond d’elle-même pour s’emparer de la Dhar qui couvait en son sein. Elle s’ouvrit au monde, et aspira l’essence vitale et aethyrique de tout ce qui l’entourait, mélangeant l’une avec l’autre sans discernement aucun. Là encore, son esprit accapara, écrasa, broya, modula, cependant que son corps paraissait se transformer. Un vent survenu de nulle part se mit à souffler, et la Lahmiane sentit que toute la puissance qu’elle avait accumulée cherchait à exploser. Conformément aux leçons dispensées à Dokhara, elle la retint résolument, cadenassa son esprit, et finalisa le sortilège dont la force se décupla. Puis, elle lâcha le tout, à la manière d’un barrage qui implose sous la pression, mais réussit toutefois à canaliser l’énergie par le prisme de sa volonté. La Dhar fusa.

Un flot spectral jaillit de ses prunelles pour se précipiter vers le premier ennemi qui accourait vers elle. La brume éthérée, filant à une vitesse considérable, frappa sa cible avant de ricocher contre elle, de se propager à un autre cavalier, et de rebondir encore. Tels des dominos, les brigands s’effondrèrent à tour de rôle selon le passage du projectile honni ; les chevaux trébuchèrent, les corps churent par-dessus les garrots des montures, et le tout écroula dans de nouvelles gerbes de neige, quoique bien plus conséquentes que les premières. Les membres que le sortilège venait de toucher se nécrosèrent aussitôt sous les pièces d’armure sales et rapiécées ; les chairs s’ouvrirent sur de petites crevasses violacées qui grandirent à vue d’œil, rongeant la peau. Les veines se durcirent, le sang s’arrêta net, et les tissus moururent instantanément comme la gangrène se propageait.

Certains semblèrent échapper à ce cruel destin, et, alors que la stupeur se lisait sur leur visage en apercevant les corps de leurs comparses qui se décomposaient sous leur regard, Lucretia put observer différents comportements. Des cavaliers ne surent comment réagir face à l’impossible, et continuèrent de chevaucher tout droit devant. D’autres, animés d’une subite résolution, chargèrent l’Immortelle. Les derniers, quant à eux, tournèrent les talons, terrorisés. Mais la Lahmiane n’était pas décidée à en laisser ne serait-ce qu’un seul en vie pour raconter tout ce qui venait de se passer. L’Oblast serait leur tombeau, à tous, et plus une bouche, plus une langue, ne s’animerait jamais pour témoigner de la puissance destructrice qui venait de s’abattre céans même. Lucretia comptait encore sur une certaine discrétion de sa part. Un nouveau sortilège faucha les derniers survivants aussi promptement que le précédent, et plus aucun cavalier ne fut encore en selle. Avec un temps de retard, une grenade explosa, semant toujours un peu plus de mort dans les rangs des bandits. Lucretia se tourna vers Dokhara, haussant un sourcil interrogateur, et son amante ne lui répondit que dans un de ses sourires les plus francs et les plus flamboyants qui fussent.

La vampire reposa son regard sur le simulacre de champ de bataille. Elle ne savait que penser de tout cela ; le pouvoir qu’elle avait déchaîné la contentait bien, mais, d’un autre côté, elle en retirait également une certaine déception. Le combat contre la cocatrice avait été un jeu d’enfant, pour elle, mais la vie de Dokhara, alors, avait été mise en danger. Maintenant transformée, l’ancienne humaine ne risquait plus grand-chose, et, dès lors, ces brigands n’auraient pas représenté une réelle menace. Lucretia avait ressenti l’envie de se jeter au milieu de leurs rangs, l’épée à la main, les tranchant, les découpant librement sans jamais craindre pour sa vie ou pour celle de sa compagne. Elle aurait souhaité se défouler quelque peu. Mais, fidèle à elle-même, elle avait préféré user de prudence. Elle haussa finalement des épaules, non sans lassitude.

La voix de Dokhara la sortit de ses songes. La nouvelle-née désirait se nourrir pendant que Lucretia arpenterait le champ de bataille pour interroger les quelques survivants de cette hécatombe.

« Tu peux y aller, mais je t’accompagne également pour m’assurer que tu ne tombes pas dans les travers que peuvent connaître nos plus jeunes confrères et consœurs. »

Suivant l’infante, laquelle ne se souciait déjà plus de ce que pouvait lui dire Lucretia, cette dernière veilla au bon comportement de sa pupille. Elle l’observa dégager un corps empêtré sous sa monture, le tirer sur la neige et lui déchiqueter une peau encore rose pour se régaler de son sang. Qu’elle écoutât ou non les conseils que continuait de lui prodiguer la Lahmiane, Dokhara fut en mesure de retenir sa furie sanguinaire, et, voyant que tout était sous contrôle, Lucretia s’écarta quelque peu. Elle ramassa un lasso, en étudia la forme, la facture, et s’approcha d’un cavalier agonisant.

Celui-ci avait le pied et le mollet totalement ravagés par la gangrène, et celle-ci continuait encore de proliférer. Elle lui remontait le corps après avoir passé le genou, et lui dévorait à présent la cuisse. Sous son casque, il suait à grosses gouttes, bien qu’il fût d’une pâleur extrême, et le moindre mouvement lui arrachait une grimace de souffrance. Lucretia se positionna auprès de lui, et, tout en singeant d’étudier encore le lasso, le fit tourner au-dessus de sa tête.

« Ayayayayaya, hein ? » lui lâcha-t-elle tranquillement avec une nonchalance toute feinte, sourcils finement arqués. Puis, soudainement, elle lui donna un grand coup de pied dans sa jambe nécrosée, et un hurlement déchirant résonna dans la vastité de la steppe. Elle s’agenouilla alors à son chevet, bien trop vite pour qu’il fût en mesure de détailler le mouvement, et, dans un kislévarin agressif, demanda :

« Qui êtes-vous, et d’où venez-vous ? Etes-vous encore nombreux, dans les parages ? Je ne cherche pas l’affrontement, uniquement la discrétion, alors parle, et j’éviterai alors la route de tes petits compagnons. Cela leur sauvera certainement la vie. Tu as vu ce dont je suis capable ; refuse de me répondre, et je ferai de toi un spectre tourmenté qui jamais ne pourra rejoindre le royaume de ses dieux. »

Et comme si cette menace n’était pas assez au goût du reître, Lucretia lui redonna un coup dans la jambe, lui arrachant à nouveau un cri de douleur.

Par la suite, les deux jeunes femmes s’employèrent à dissimuler l’hécatombe en achevant les blessés et en recouvrant les corps de neige. Certes, les loups traînaient dans les parages, mais la Lahmiane éprouvait quelque doute sur leur aptitude à faire rapidement disparaître autant de cadavres. Enfin, elles se dirigèrent en direction de Iemva de manière à récupérer et leurs affaires, et leurs montures, et, après avoir attendu la fin du jour, firent route vers Chilgir.
J’interroge donc un des bandits sur la composition de sa troupe, sur l’endroit où ils se terrent habituellement et si d’autres sont susceptibles de venir.
L’on enterre également les corps, ou, à tout le moins, on les recouvre de neige pour les dissimuler quelque peu.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 08 janv. 2020, 17:35, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 144 xps
FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises et Dons du Sang

COMBAT :
Attaque : Coup précis (3), Arme de prédilection ( épée à une main)
Défense : Esquive, Acrobatie de combat, Sang vif (2) (DDS), Coriace,
Autres : Régénération Impie (DDS), Innocence Perdue (DDS)


MAGIE :
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 3

CHARISME :
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Intimidation
- Comédie
- Etiquette
- Intrigue de cour

INTELLIGENCE :
- Domination (DDS)
- Érudition
- Littérature
- Linguistique
- Histoire
- Administration
- Enseignement
- Connaissance végétale
- Langue étrangère : Kislévarin
- Connaissance des démons

INITIATIVE / HABILETE :
- Sang vif (DDS)
- Réflexes éclairs
- Escalade
- Monte - chevaux
- Sens Accrus
- Vision nocturne

AUTRES :
- Défi de l'Aube (DDS)
- Ame Profane (DDS)
- Forme de Familier : Corneille (DDS)
- Sang argenté (DDS)
- Alphabétisation
- Force accrue
- Chance
- Préparation des poisons

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par [MJ] Le Grand Duc »

Le regard du kyazak était embué par une peur panique. Il essaya de ramper au sol et de s'éloigner en voyant Lucrétia approcher de lui, en vain. Des morceaux de viande noire tombaient déjà de sa cuisse et ses dents pourries claquaient tellement il tremblait. Aux questions pressantes de la baronne de Bratian, le bandit ne sut que répondre en balbutiant dans un dialecte rapeux et haché. Il ne réussit à prononcer que quelques grappes de mot en kislévarin, signifiant à peu près "par pitié épargnez moi", "oh dieux protégez moi des sorcières" et "notre bande vient du Nord, de derrière les grands lacs." Ce n'était qu'un sauvage qui maîtrisait bien mal la langue des gospodars et que la frousse rendait plus confus encore. Entre deux phrases ainsi baragouinées, il fermait les yeux avec conviction et psalmodiait en boucle "M'uurhd. M'uurhd. M'uurhd." Mais bientôt la gangrène magique lui remonta sur l'abdomen et liquéfia ses organes alors qu'il rendait son dernier souffle, le visage tordu dans une expression de souffrance pure. Bientôt, il ne restait que d'horribles cadavres et de la neige retournée. Déjà des loups faméliques vinrent rôder au loin, et des corbeaux se mirent à tourner dans le ciel.





Lucrétia et Dokhara s'étaient mises en route après avoir regagné les ruines de Iemva, où elles avaient récupéré chevaux et bagages, et attendu que la nuit ne tombe. Les deux lahmiane descendirent de la colline au crépuscule, éclairées par les lunes jumelles et les étoiles du ciel d'hiver. Leurs montures stryganies renâclaient doucement en marchant dans la neige, essayant de suivre la piste qui descendait entre les bouleaux jusqu'à la plaine. Les purs-sangs étaient désormais habitué à l'aura malsaine que dégageaient leurs cavalières, mais les autres animaux se tenaient éloignés de ces dernières et les deux filles de la nuit avançaient dans un silence morne, ponctué des seuls pas de leurs chevaux dans la poudreuse. A l'une des deux selles pendait la tête de la cocatrice, maintenue par des cordes et un croc de boucher rouillé retrouvé dans l'une des masures en ruine.


Il fallait désormais retrouver la route de Chilgir. Il était peu aisé de se repérer dans la nuit, même avec une vision aussi affutée que celles des lahmianes, qui ne savaient par ailleurs pas lire dans l'agencement des étoiles pour se répérer. Tout ce dont elles disposaient, c'était la carte grossière trouvée dans la yourte de de la famille ungole qu'elles avaient massacrées, les indications d'Ivar et leur bon sens.

Test d'Int des filles (-2 pour la nuit, +1 pour la carte, +1 pour les indications)
Lucrétia : 14, réussi.
Dokhara : 5, réussi.
Les deux fugitives ne s'égarèrent pas. Piquant vers le Sud à travers la steppe, elles arrivèrent bientôt en vue des trois vedmas, cette curieuse formation rocheuse qui annonçait la rivière. Elles suivirent ensuite les berges vaseuses de la Tolsol en direction de l'Ouest jusqu'aux cairns au pied desquels se trouvait le guet de Karassouk. C'était là que leur chemin et celui d'Ivar et de ses neveux s'étaient séparés. Les lahmiane traversèrent le puissant cours d'eau à la faveur de la nuit et leurs chevaux mirent pied sur la rive gauche. Là une large piste traversait de nouvelles prairies vers le Sud, et Chilgir. Le ciel s'assombrit alors et des nuages s'ammoncelèrent lentement, masquant la lumière des astres nocturnes et plongeant ce paysage monotone dans un noir d'encre.

Cette steppe était semblable à une mer infinie d'herbe et de collines basses. Quelques arbres maigrelets ployaient sous un vent froid, annonciateur de l'hiver, et nulle vie animale ne se laissait voir. Pour autant, les êtres de magie qu'étaient Lucrétia et Dokhara pouvaient sentir une énergie profonde battre dans la terre, dans l'eau des ruisseaux et dans les rochers. La terre du Kislev était gorgée d'une puissance dormante, engourdie par le froid et le poids des âges. Les émanations de la Veuve Vénérable étaient difficiles à interpréter, mais charriaient la même sensation qu'un cours d'eau glacée, s'écoulant lentement sous une banquise plus épaisse qu'une muraille. Cette sève givrée alimentait tout un pays, purifiant les flux qui d'ordinaire circulaient librement, tout en les anesthésiant par sa morsure gelée.

Pour autant, leur pérégrination dans l'Oblast menèrent les lahmianes vers un point de fracture où cette croûte de glace protectrice sonnait comme si elle était percée. Elles le sentirent avant de le voir, mais un point lumineux et dansant se devina bientôt dans l'écran noir de l'horizon, comme si une étoile était tombée à travers les nuages pour éclairer la nuit. A mesures qu'elles déviaient de la piste pour s'approcher de cette curiosité magique, elles purent la distinguer plus précisément.

C'était en réalité un grand arbre perpétuellement en flammes. Le tronc et les branches de ce chêne étaient totalement calcinés mais, pour autant, ne se réduisaient pas en cendres. Et ainsi, le feu dévorant s'acharnait sur ce perchoir indestructible, illuminant un large cercle dénué de neige tout autour aux limites duquel se trouvaient des oghams et des pierres dressées. Ces derniers étaient couverts de mousse, et la plupart, très érodés, gisaient au sol à moitié enterrés. Des banderoles colorées et des offrandes plus ou moins anciennes étaient disposées au pied de ces grandes pierres, signe que les habitants de la steppe vénéraient cet endroit. Comme souvent dans le Vieux Monde, les mortels manquaient la naturer éminament magique d'un phénomène pour y voir à la place les agissements de quelque divinité. Au vu des crânes de chèvre, des écuelles et des poteries cassées qui jonchaient le tour du cercle lumineux, l'arbre en feu ne faisait pas exception à la règle. Mais Lucrétia et Dokhara pouvaient sentir autre chose, un tourbillon furieux d'aethyr qui jaillissait du sol comme une source. C'était le Vent Rouge qui hurlait ici, et s'accrochait à cet arbre carbonisé comme pour ne pas se noyer dans le sous-sol glacé de la Veuve Vénérable.

Dans les alentours immédiats, lancer un sort du Domaine du Feu sans le connaître au préalable ne confère pas de malus de Mag et n'influence pas sur les risques ou la gravité des fiascos.



La nuit avançait et le paysage de la steppe obscure se changea peu à peu lorsque le terrain fut ponctué de collines et de bois clairsemés. Les frênes et les peupliers ployaient sous la brise tandis que la piste serpentait au creux des éminences, longeant parfois un ruisseau ou un escarpement rocheux. Après un bref crachin, les nuages s'étiolèrent et l'aube commença doucement à se lever sur le domaine de Zoïshenk. La nature était ici sauvage et le sentier que suivaient les deux aventurières traversait les bosquets ou suivait la crête des collines au milieu des bouquets de genêts et des taillis. Là encore, la vie sauvage semblait les fuir, et elles ne virent que quelques oiseaux ou une biche qui disparaissait au détour d'un rocher. C'est alors qu'elles descendaient vers les bords d'un large étang qu'elles tombèrent sur les premières habitations, de petits hameaux composés d'une poignée d'isbas en bois et aux toits de chaume brune. Il faisait encore sombre malgré l'aube qui se levait loin à l'Est, mais les lahmianes pouvaient deviner les filets de fumée qui s'échappaient des ouvertures dans les toits. A plusieurs reprises cependant, elles passèrent non loin d'isbas en ruine, les toits crevés dévorés par la végétation ou des fondations, plus anciennes encore, noircies par la suie.

Le soleil pointa finalement à l'horizon, perçant à travers la fine couche de nuages pour éclairer ce paysage bucolique. Lucrétia et Dokhara durent prendre garde à bien se couvrir pour ne pas souffrir de la brûlure que leur infligeaient ces cruels rayons. Un lacet de la piste les amena sur un surplomb jonché de fleurs sauvages, et de là haut elles purent scruter l'horizon. Les collines qu'elles venaient de traverser s'affaissaient sur une vaste vallée abritée, parcourue de rivières et de ravines argileuses, et cette terre d'ocre était parsemée de hameaux, entrecoupés de larges bosquets, de prairies gorgées d'eau, de pins tremblants et de champs. Au fond, elles pouvaient distinguer les fumées et les toits d'un village plus important qui devait être Chilgir, derrière encore des contreforts boisés à l'allure lugubre et enfin les pics enneigés des Crocs de Shargun qui barraient la ligne de vue.


Pour l'ambiance de la vallée de Chilgir, rappelez vous de White Orchard dans The Witcher.

Les Filles de la Nuit suivirent la piste pour descendre dans la vallée et rejoindre leur destination. L'hiver approchant, les champs étaient presques vides et seuls se ramassaient encore navets, rutabagas et autres racines. Les villageois se préparaient aux températures négatives en amassant de lourds fagots de petit bois et en taillant des bûches devant leurs isbas. Et chaque fois que leur chemin croisa celui des lahmianes, ce fut le même spectacle : les locaux les suivaient des yeux sans rien dire, comme s'ils faisaient face à des fantômes. Ils ne s'attendaient probablement pas à voir deux femmes aux manteaux de fourrure distingués, montées sur des chevaux tout aussi racés et à la selle d'un duquel pendait la tête d'une cocatrice. Elles arrivèrent bientôt devant les portes de Chilgir. La tirsa était constituée d'habitations entourant une enceinte fermée par une palissade et dans laquelle on devinait des bâtiments plus imposants, ainsi que la coupole dorée d'une église. Un fossé sec était creusé tout autour des pieux en bois, au bord desquels prospéraient joncs et ronciers.


Image

Dans la tour qui gardait le portail d'entrée, une sentinelle repéra les deux cavalières en approche et héla quelqu'un en bas. Les battants en bois s'ouvrirent tandis que les sabots des chevaux stryganis claquaient sur le ponton traversant le fossé. Les gardes qui accueillirent les lahmianes, des ungols à en juger par leurs coiffures et leur accoutrement, comprirent rapidement qu'elles devaient être amenées au chef du village. On les fit entrer dans la cour et l'un des hommes s'occupa des montures tandis que l'autre les escortait jusqu'au grand bâtiment qui faisait face à l'église crépie de chaux blanche. Ils pénétrèrent ensemble dans un hall au centre duquel un valet alimentait un grand feu. Contrairement au hall du Nagyvàrr, ce zal était modeste et la décoration se composait essentiellement de grands tapis aux couleurs délavées, de fourrures et de crânes d'animaux. Sous le plus imposant d'entre eux, une énorme pièce avec un creux central et deux défenses démesurées, était installé un siège à haut dossier dont les accoudoirs étaient sculptés en têtes de bélier. C'était là qu'était assit le chef du village, flanqué de deux ungols appuyés sur la hampe de leurs lances. Il se présenta comme Ilya Répine, et portait une longue tunique en lin bleu, une cape en fourrure jetée sur les épaules et un papakha en caracul. Sa barbe hirsute était blanche et ses traits ridés et fatigués par le temps, mais son regard bleu acier brillait encore avec vivacité et ses grosses mains portaient les cales de celles d'un travailleur. Il accueillit les deux femmes avec l'hospitalité coutumière des kislévites, et ce malgré le fait qu'elles soient étrangères. Un valet leur porta de quoi se restaurer tandis qu'Ilya répandit une pincée de cendre sur le sol, invoquant les esprits du foyer pour qu'ils accueillent les deux voyageuses. Ils burent le kvas dans des cornes de chèvres, puis discutèrent enfin. Du reste, Ilya s'adresse à Lucrétia, constatant rapidement que Dokhara ne maîtrisait pas le kislévarin.

- "Ursun soit loué, vous m'apportez la bête qui terrifiait les bergers et les voyageurs aux alentours de Iemva depuis trop longtemps. Pour cela, vous méritez récompense." dit-il en avisant la tête de la cocatrice qui reposait entre lui et les lahmianes.

Il fit un geste et son valet apporta un petit coffret dans lequel le druzhina prit une bourse qu'il tendit à la baronne de Bratian. Mais face au refus de celle-ci, il se renfrogna et fronça les sourcils. Lucrétia lui apprit également qu'elle et sa consoeur avaient éliminé un groupe de bandits non loin du village en ruine.


- "Vous refusez mon or, aussi je suis votre obligé, mais ne peux que vous proposer le gîte et le couvert." répondit Ilya en frottant ses grosses paluches. "Vous avez chevauché de nuit, dans le froid, pour m'apporter ces nouvelles. Ainsi, soyez toutes deux les bienvenues à Chilgir. Vous pourrez passer l'hiver ici, et il ne vous en coûtera rien."

Puis Lucrétia lui exposa leur projet de donner la chasse aux évadés de la mine d'Oulianovsk. Le gospodar manqua de s'étouffer avec son kvas et fut pris d'une forte toux.

- "J'ignore à quelles menaces les chasseurs de prime tels que vous ont à faire face dans l'Empire, mais ce n'est pas à vous seules que vous arriverez à venir à bout des forçats d'Oulianovsk. Les neiges arrivent, qui plus est. Si ce ne sont pas ces bandits qui auront votre peau, ce sera la raspotitsa. Et puis vous ne voulez pas d'or ! Les justiciers imperieny ne se nourrissent-ils que du devoir accompli ? Lancez-vous à leur poursuite, si vous le désirez. Mais dans moins d'une semaine, sortir de la vallée signifiera la mort assurée pour vous. Par le gel ou le fer de ces swinia, vous ne reverrez pas votre pays."
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »

La nécrose continuait sa lente agonie. Lucretia s’était penchée sur le bandit qui gisait au sol, et elle n’avait nul besoin de ses sens vampiriques pour observer les méfaits de la maladie. Lentement mais sûrement, le mal rongeait inexorablement les chairs de sa victime. Çà et là, de nouveaux épicentres se formaient aléatoirement sur l’épiderme et la peau se racornissait sur elle-même tel un parchemin grignoté par les flammes. Les tissus dévoilaient alors une chair putride et putrescente, des vaisseaux noircis, et des tendons désagrégés. Seuls les os paraissaient intacts. Au beau milieu de ce bouillon d’infamie, ils ressemblaient à des morceaux rutilants d’ivoire, immarcescibles.

L’homme, en voyant approcher la sorcière, se mit à ramper dans la neige. Dans son sillage, nulle traînée rougeâtre ; rien que des lambeaux de peau noircis et du cuir souillé. En dépit de la mort qui le guettait, le bandit s’opiniâtrait à tenter de mettre le maximum de distance entre lui et sa meurtrière. En vain. Elle le rattrapa, le fit hurler de douleur, et lui posa ses questions.

Noyé par la terreur et la souffrance, l’homme éprouva une certaine difficulté à répondre. Originaire des steppes glaciales de l’Oblast, il ne parlait que quelques mots de kislévarin. Ses paroles furent aussi hachées que hasardeuses, entrecoupées de nombreuses supplications à l’attention de ses dieux. Toutefois, il sut desserrer ses dents gâtées pour expliquer qu’il venait d’au-delà des Grands Lacs, en direction du nord. C’en était assez pour la Lahmiane, qui coula un regard méprisant vers l’homme. Un cadavre en sursis, ni plus, ni moins. Elle l'abandonna là, laissant œuvrer la gangrène plutôt que de l’achever par elle-même, et, en compagnie de Dokhara, s’attela à recouvrir les autres corps de neige avant de terminer par ce dernier. Déjà, les loups et les corbeaux s’étaient rassemblés sur les faîtes des collines avoisinantes et dans les cimes des plus hauts arbres sans feuilles, attendant leur heure.

Retrouver le chemin jusqu’à Iemva s’avéra relativement aisé, quand bien même cela leur demanda-t-il un certain temps ; les deux jeunes femmes voyageaient jusque-là à pied. Mais lorsqu’elles pénétrèrent dans l’enceinte de la palissade pour récupérer leurs montures et leurs affaires, leur rythme s’accéléra au crépuscule suivant. Les chevaux stryganis, endurcis et endurants, évoluaient assez facilement au milieu de la poudreuse. S’ils renâclaient de temps à autre dans un léger nuage de buée, laissant derrière eux un sillon que viendrait recouvrir la prochaine tempête, c’était bien là le seul son que pouvaient entendre les deux Lahmianes. Le manteau de neige absorbait tout autour de lui, emplissant la vastité immaculée d’un silence solennel. Pas d’insecte nocturne, pas de stridulation vespérale. Rien d’autre qu’une quiétude de cathédrale.

A l’aide seule des indications laissées par Ivar, Dokhara et Lucretia auraient sans doute été à même que de retrouver la direction de Chilgir. Mais elles purent également s’appuyer sur la carte qu’elles avaient trouvée dans la yourte de la famille ungole, ainsi que sur la reconnaissance aérienne qu’effectua Lucretia à plus d’une reprise, sous sa forme de corneille. Enfin, si cela ne suffisait pas, elles n’avaient pas manqué de repérer la trajectoire du soleil dans le ciel.

Prenant la direction du sud, elles traversèrent le bois surplombant la colline de Iemva puis, une fois parvenues aux trois Vedmas, défléchirent en direction de l’ouest. Là, elles arrivèrent en vue d’un guet de galets noirs marqué d’un cairn surmonté d’un crâne de chèvre. Le guet de Karassouk, dernier endroit où elles avaient discuté avec Ivar. A partir de cette localisation, l’homme leur avait expliqué que Chilgir se trouvait à une demi-journée en direction du sud. Elles traversèrent la Tolsol, et obliquèrent dans la bonne direction.

A mesure qu’elle s’enfonçait dans l'Oblast du Nord, l’Immortelle perçut une force intemporelle qui grandissait insidieusement sous le manteau de neige. Le froid engourdissait le monde, l’insensibilisant, l’enfermant sous un carcan glacial. Là-dessous, ça pulsait, ça grondait sourdement, comme une puissance séculaire qui sommeillait encore mais dont le réveil n’était jamais bien loin. Parfois, la vampire avait l’impression que ce cocon blanc et cristallin servait de protection à cette région, la défendant contre tout ennemi en l’attaquant de ses morsures glacées. Mais à d’autres moments, en revanche, elle se demandait si la Veuve Vénérable n’agissait pas comme l’eût fait un tyran envers les siens, l’affamant, le dépeuplant, l’anesthésiant à petit feu.

Un surprenant spectacle vint toutefois perturber la monotonie concolore de ce blanc pays. Au loin, une clarté écarlate rougeoyait à l’horizon, et cette pollution lumineuse éclipsait les étoiles qui disparaissaient les unes après les autres. Dans le même temps, la végétation commençait à reprendre ses droits sur la couche glacière, et quelques arbres surgissaient çà et là de terre comme si la Veuve Vénérable avait perdu de sa puissance. Les deux consœurs continuèrent leur route, jusqu’à parvenir en lisière de l’étrange tableau.

Là, un bûcher semblait avoir été dressé à même la neige. Un tourbillon de flammes et de cendres qui ne cessait jamais de danser sur lui-même, floutant l’air de ses langues embrasées. Les vagues de chaleur soufflaient leur haleine sulfurante aux visages des deux Lahmianes, et leur instinct primaire, vampirique, leur conseilla de ne point s’approcher davantage. Mais la curiosité prit le dessus dans cette affaire, notamment pour Dokhara.

Lucretia, elle, ne fit que quelques pas supplémentaires, ne serait-ce que pour s’apercevoir qu’il ne s’agissait pas là d’un bûcher en tant que tel mais bel et bien d’un arbre. Elle s’ouvrit à l’Aethyr, décidant qu’il s’agissait là assurément d’un phénomène magique plutôt que toute autre chose au monde, et remarqua effectivement que le vent rouge tempêtait céans même, juste derrière la trame intangible de la réalité. Auprès de ce totem, un sorcier d’Aqshy bénéficiait de toute l’énergie qu’il aurait jamais souhaitée pour réaliser le plus puissant de ses sortilèges, pour apprendre à le dompter, à le créer, à le modeler selon le prisme de sa volonté. Mais ès qualités de Fille de la Nuit, Lucretia n’y voyait pas d’intérêt. Tout au plus nota-t-elle cette information dans le coin de son esprit. Si un tel monument, une telle brèche, existait pour Aqshy, alors il était certainement possible de trouver un même phénomène pour une autre magie équivalente.

Dokhara, quant à elle, s’y était avancée pour réaliser quelques sculptures évanescentes et voluptueuses qui tournoyèrent langoureusement dans la nuit noire. Des arabesques enflammées parcoururent le monde, s’envolant bien haut dans le ciel avant de retomber en une myriade de petites étincelles. Tout pour épater la galerie, rien de plus.


« Peuh. Ça ne compte pas, là. L’on en reparlera quand il faudra rallumer une flammèche dans ta main dans quelques jours. »


Plusieurs lieues de plus. Le paysage changeait subtilement ; la neige perdait du terrain, balayée par les vents qui sculptaient les collines et les flancs escarpés des plateaux. Elle s’amoncelait là, en bord des routes ou aux pieds des premiers arbres qui bordaient la frondaison des futaies, en de petits tas irréguliers qui dessinaient les contours des chemins que les deux Lahmianes arpentaient. Suivre ces pistes fut ainsi bien plus facile, et les anciennes baronnes ne progressèrent plus rapidement encore. Cela ne fut toutefois pas assez pour devancer l’aube qui pointait le bout de son nez sur un horizon dont la teinte fuligineuse se nuançait d’un bleu foncé.

Quelques maisons isolées le long des sentiers, mais toujours aucun habitant. Il faisait encore trop sombre pour que ne daignassent sortir les gens qui vivaient en ces terres oubliées. Les portes étaient fermement condamnées l’espace d’une nuit, les volets fermés ; seules quelques volutes de fumée en provenance des cheminées, derniers vestiges de la soirée passée, témoignaient d’une présence humaine. Sans quoi, la nature proliférait toujours aussi librement ; oiseaux, mammifères et végétaux présidaient désormais au sein des quelques ruines des isbas abandonnées sur les bas-côtés.

Lorsque le soleil franchit la ligne d’horizon, Lucretia décida de rabattre la capuche de sa pèlerine sur sa longue chevelure cuivrée, ce qui ne l’empêcha pas de profiter du paysage. C’était comme si une pluie d’étoiles venait subitement de tomber sur le monde ; chaque feuille, chaque pavé, chaque flocon de neige renvoyait désormais la nitescence éclatante des rayons de l’astre diurne. L’Oblast flamboyait à présent de mille feu, partout où se posait le regard. C’était comme si tout venait de renaître, dans un vent de fraîcheur et de lumière. Tout paraissait plus net, plus beau, plus neuf. Et Chilgir fut en vue.

Une palissade clôturait la tirsa, à l’instar de Iemva, palissade surmontée de quelques tourelles qui dominaient de leur hauteur la steppe avoisinante. A l’intérieur, les deux jeunes femmes n’y virent que des toits de bois dont le faîte dépassait en surnombre les murailles protégeant les habitations. La seule particularité résidait en un clocher dont la coupole dorée miroitait à des lieues à la ronde. Un guetteur vit arriver les deux voyageuses, et les deux battants de bois obstruant l’entrée de la tirsa s’ouvrirent.

Lucretia ne perdit pas de temps en palabres inutiles ; elle déclara qu’elle et sa compagne désiraient voir le chef du village. Si les gardes hésitèrent quelque peu, la tête de cocatrice qui pendait au garrot de la monture de la Lahmiane les convainquit bien d’accéder à leur requête. L’on s’occupa de leur monture, et on les fit entrer dans Chilgir. Une fois entre les murs, rien ne paraissait véritablement changer de ce qu’elles avaient connu à Zoïshenk. Les mêmes habitations, la même architecture, quoique, peut-être, un peu plus pauvre, mais c’était là tout. Non, ce qui changeait drastiquement, c’était les mines et les faciès des habitants dont les origines tiraient davantage sur l’ungol que sur les gospodar. Bien que n’étant pas kislévite elle-même, Lucretia percevait également une certaine différence dans la manière de prononcer quelques sons, différence qu’elle ressentit aussi en compagnie du chef du village.

Ilya Répine était un homme d'un certain âge, aux traits taillés à la serpe qu'une longue barbe blanche permettait toutefois de dissimuler. Malgré tout, ses nombreuses rides ne parvenaient pas à soustraire aux regards, de même que sa posture légèrement voûtée. Sa vêture, colorée, venait malgré tout compenser l'aspect ancestral du chef du village ; la richesse arborée du tissu trahissait la nature de son rang, notamment la cape en fourrure qui lui encadrait le cou et lui retombait dans le dos. Enfin, outre ses habits, un regard bleu perçant d'où sourdait une grande vivacité d'esprit terminait d'illuminer le portrait que l'on pouvait dresser de sa personne.

Avec l'hospitalité coutumière des kislévites, Ilya leur adressa ses mots de bienvenue et se leva de sa chaire pour aller tracer une ligne cendrée à même le sol. Dokhara comme Lucretia observèrent cette scène en silence, respectant les traditions de ce pays du nord, et ne rechignèrent aucunement non plus à partager du kvas dans des cornes de chèvres. Lorsque le protocole fut observé et achevé, le chef du village entra dans le vif du sujet.

La Lahmiane avait pris grand soin d'amener avec elle la tête de cocatrice qu'elle avait détachée de sa monture. Tout le long de la traversée du village et de la grande salle, elle avait bien veillé à ce que nul n'ignorât sa présence, l'exhibant comme un trophée. Pour autant, elle ne s'était pas comportée telle une conquérante en région dominée, non pas. Elle avait avancé simplement, tout en tenant fermement son bien, et Ilyas n'avait pu la manquer.

Ce dernier la reconnut, et loua les actions des deux jeunes femmes ; la bête n'avait que trop longtemps terrorisé les habitants des lieux, détériorant aussi bien la paix que le commerce des environs. Un geste de sa part, et l'un de ses valets lui apporta un petit coffret duquel il sortit une bourse, qu'il tendit à ses invités. Mais aucune d'entre elles ne daigna se déplacer pour la récupérer. Le doyen s'en trouva quelque peu intrigué.

« Nous avons également éliminé un groupe de bandits qui rôdait dans les parages. Ils viennent du nord, d'au-delà de la région des Grands Lacs. Mais, avec la disparition de leurs comparses, ils jugeront ces terres dangereuses et ne devraient pas repointer le bout de leur nez avant un petit moment », déclara alors Lucretia dans un petit sourire mutin.

Etant donné les circonstances et le moment choisi pour annoncer de telles nouvelles, Ilyas pensa avoir deviné juste ; ces deux jeunes femmes n'avaient point récupéré l'argent qu’il leur avait offert car elles en désiraient davantage, eu égard à la teneur de leurs derniers exploits. Mais s'il fit un nouveau signe à son valet, l'Immortelle l'interrompit aussitôt.

« Nous ne sommes pas là pour l'argent. Nous sommes là pour la mine d'Oulianovsk et ses occupants. »

Ces deux phrases suffirent à déclencher une quinte de toux chez le doyen du village, lequel dut s'y reprendre à deux fois avant de la calmer, que pour mieux articuler que le projet était fou. Soit, il était leur obligé, et leur était redevable. Mais le danger était bien trop important pour qu'il se risque dans pareille lubie. Les évadés de la mine demeuraient bien trop féroces, potentiellement trop nombreux, et la raspotitsa les engloutirait dans son étreinte hiémale. Mais, par ailleurs, qui étaient-elles pour se lancer dans de telles aventures sans même réclamer de récompense ?

« Nous ne voulons point être payées en pièces sonnantes et trébuchantes, mais bien en honneur et en justice", lui répondit alors Lucretia dans un kislévarin presque parfait. Avez-vous déjà entendu parler d'Alexeï, cet homme-là qui plongea Erengrad et Middenheim au bord du gouffre lors de la guerre contre le Chaos ? »

Et, tel qu'elle l'avait fait à l'attention du boyard Pavel, la Lahmiane récita de nouveau l'histoire de ce parjure qui avait tant fait pour nuire à l'Empire et au Kislev. Toutefois, elle changea quelque peu la fin, ou, plutôt, révéla une petite précision.

« Il se pourrait qu'il ait justement trouvé refuge dans la mine d'Oulianovsk, en compagnie de tous ces brigands et autres repris de justice. »

Lucretia s'interrompit quelques instants pour laisser à son auditoire le temps de digérer tout cela, avant de reprendre.

« Mais comme vous l'avez annoncé, nous, Ziska et Silke Schwertfeger, sommes seules, deux étrangères en pays inconnu. Nous ne demandons pas forcément que vous risquiez la vie de vos gens. Pas pour le moment, en tout cas. Non, pour l'instant, nous avons plutôt besoin de renseignements. Auriez-vous par exemple une carte des environs, sur laquelle nous pourrions voir Chilgir, la mine, le fort Ostrosk, ou tout autre détail des environs ? Pareillement ; nous avons entendu plusieurs noms qui ne nous disaient rien. La route Goranitch, ou encore Baba Doma, cela vous parle-t-il ?
En tout cas, nous vous remercions pour votre hospitalité ; après ces dernières péripéties, voilà qui nous fera grand bien.
»
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 08 janv. 2020, 17:35, modifié 1 fois.
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises et Dons du Sang

COMBAT :
Attaque : Coup précis (3), Arme de prédilection ( épée à une main)
Défense : Esquive, Acrobatie de combat, Sang vif (2) (DDS), Coriace,
Autres : Régénération Impie (DDS), Innocence Perdue (DDS)


MAGIE :
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 3

CHARISME :
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Intimidation
- Comédie
- Etiquette
- Intrigue de cour

INTELLIGENCE :
- Domination (DDS)
- Érudition
- Littérature
- Linguistique
- Histoire
- Administration
- Enseignement
- Connaissance végétale
- Langue étrangère : Kislévarin
- Connaissance des démons

INITIATIVE / HABILETE :
- Sang vif (DDS)
- Réflexes éclairs
- Escalade
- Monte - chevaux
- Sens Accrus
- Vision nocturne

AUTRES :
- Défi de l'Aube (DDS)
- Ame Profane (DDS)
- Forme de Familier : Corneille (DDS)
- Sang argenté (DDS)
- Alphabétisation
- Force accrue
- Chance
- Préparation des poisons

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Dokhara de Soya
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

Shana mit moins de temps à s'accoutumer à la nouvelle aura de sa cavalière que prévu. Dokhara avait craint que ses récents efforts avec sa monture pour nouer un lien soient réduits à néant par sa transformation en vampire, mais il fallait croire que tout ce temps passé aux côtés de Lucrétia avait d'ores et déjà endurci les équidés stryganis - après tout, n'avaient-ils pas également par le passé côtoyé de plus ou moins loin une terrible stryge ?

Voyager à travers les steppes kislévites en plein hiver était déconcertant. Sans presque aucun point de repère dans un paysage uniformément blanc, où chaque pin ressemblait au précédent et toutes les directions paraissaient similaires, l'on aurait tôt fait de céder à la panique et de s'égarer. Heureusement, à l'aide de la carte qu'elles avaient trouvé, de la mémoire de leur précédent trajet, des reconnaissances effectuées par l'ex baronne de Bratian en forme de corneille et de la position des étoiles dans le ciel, les deux baronnes purent user de leur calme et de leur pragmatisme pour rester concentrées et garder les bons caps à travers l'océan enneigé.
L'absence de bruit rendait le voyage oppressant : on osait à peine s'adresser la parole, mu par la crainte surnaturelle de déranger la quiétude naturelle de l'oblast. Lucrétia avait comparé ce paysage à l'intérieur d'une cathédrale, et elle n'avait pas tort quand bien même son respect du divin était inexistant : les lieux imposaient naturellement une forme de respect mêlé de crainte, rappelant à ceux qui les foulaient qu'ils étaient bien petits dans cet univers de forces intangibles qui les dépassent.
Toute vampire était-elle devenue, Dokhara n'osa pas troubler les esprits de l'oblast, et resta donc silencieuse pendant ce long voyage, se contentant d'échanges laconiques avec son amante lorsqu'il fallait vérifier les directions empruntées.

Ce silence permit à Dokhara de mettre à profit ses nouveaux sens pour percevoir quelque chose qu'elle n'avait pu remarquer lorsqu'elle était humaine,e t n'avait pas encore pris le temps d'analyser depuis sa transformation. Sous terre pulsait un réseau d'énergie mystérieuse, similaire aux vents décrits par Lucrétia dans ses fluctuations, mais différente dans sa nature. Il s'agissait d'un flux magique, Dokhara en était certaine, mais sa tentative d'y puiser pour alimenter sa flammèche fut uniquement couronnée d'échecs. Il y avait une puissance tellurique dans ce pays, quelque chose de froid et d'ancien, qui ne se laissait pas dompter par n'importe qui. Il ne fut pas bien difficile pour la jeune femme d'associer cette énergie aux réputées sorcières de glace, dont elle avait pu contempler la tour de givre à Erengrad. Pour la première fois, Lucrétia n'eut que peu de réponses à fournir à ses questions : elle aussi était une impériale pure souche, et n'avait pas connaissance en détail de ce qu'était la mystérieuse "Veuve Vénérable" des légendes kislevites.

Alors qu'elles progressaient dans la steppe, la puissance de cette force tellurique oscillait, grandissant ou faiblissant. A la manière d'un réseau labyrinthique de ruisseaux souterrains, la magie de glace semblait plus vive à certains endroits qu'à d'autres, comme si le réseau gelé avait une densité variable. A la manière d'un réseau labyrinthique de lignes de force, l'on devinait que la magie pulser plus ou moins fort sous la croûte terrestre selon sa distance au flux le plus proche. Néanmoins, même dans les moments où l'énergie était moins palpable, elle restait démesurément grande, comme un ours endormi dont il ne fallait pas sous-estimer l'humeur au réveil.
Aussi, la présence de cet arbre enflammé fut une véritable fracture dans leur voyage, tant pour la rupture de la monotonie du paysage que dans son irrespect des forces natives du kislev : ici, l'énergie souterraine semblait vaincue, le ruisseau tari, incapable de faire face à la violence sauvage d'un vent de magie qui était bien plus familier à Dokhara.
Là où sa consœur préféra garder une distance de sécurité avec l'un de ennemis naturels, Dokhara n'eut pas cette présence d'esprit. Hypnotisée par la danse des flammes, elle ignora leur chaleur venant lécher sa peau pour contempler au plus près la violence du déchaînement magique ayant lieu devant ses yeux. Elle n'avait pas encore assez d'expérience pour identifier les nuances existantes entre chacun des huit vents de magie, quand bien même il était évident ici que le Vent Rouge était responsable de pareille anomalie dans le paysage kislevite. Mais plus qu'une évidence, Dokhara ressentait quelque chose de familier devant ce spectacle aussi surnaturel que magnifique. Voir la puissance magique se déchaîner la passionnait : bien sur, chaque sortilège lancé par Lucrétia était selon elle d'une beauté incomparable, mais plus que cela, elle ressentait ici un étrange écho résonner en elle, qui semblait vouloir répondre à l'Aqshy.

Inconsciemment, elle leva les mains en direction des flammes, et laissa son instinct diriger ses actes. Plutôt que d'absorber le vent rouge, de le broyer pour en utiliser la puissance brute dans un sortilège à la manière de Lucrétia, elle manipula cette énergie pour la modeler à sa guise. L'exercice était facilité par la présence écrasante du vent d'Aqshy : éclipsant tous les autres, elle n'avait nul besoin de le cibler pour le façonner.

Les flammes répondirent à son appel, et se déformèrent pour danser selon son désir. D'une pensée, elles déviaient dans une direction, puis d'un autre, revenaient à leur position initiale.


Sois libre


Quelque chose s'éveilla dans le bas-ventre de Dokhara, un fracas d'émotions endormies qui refirent surface avec violence. De la haine, de la colère, de l'amour, de l'espoir, des désirs, et la furieuse envie de tout détruire. Toute sa passion servait de combustible au feu qui brûlait en elle, et trouvait écho dans celui qui faisait rage sur cet arbre carbonisé.
Des figures apparurent dans les flammes, des spectres imprécis de souvenirs qu'elle livrait à la destruction, ainsi que des visages entremêlés appartenant à son passé qui payaient le juste prix des tourments infligés. Tout se mélangeait, ses sentiments positifs comme négatifs, tout n'était qu'un chaos d'émotions prenant des formes diverses et variées dans les flammes, avant de se faire engloutir par ces dernières.

Dokhara était en transe. Tournant le dos à Lucrétia, les dents serrées, deux larmes fuyant ses yeux lavande, elle observait hypnotisée le spectacle de sa triste vie calcinée. Sa mémoire toute entière se mêlait et se confondait, mélangeant les gens et les lieux, les époques et les émotions, pour n'en faire qu'une énorme masse informe qu'elle abandonnait au feu.

Combien de minutes Lucrétia la laissa ainsi, à regarder sans plus cligner des yeux le spectacle d'une vie brûlée dans les flammes ? Impossible à savoir. Mais c'est bel et bien sa moquerie qui permit à Dokhara de retrouver pied, sa voix faisant écho dans un esprit qui s'était refermé sur lui-même. Baissant les bras, relâchant son emprise sur le vent d'Aqshy, elle laissa les flammes de l'arbre calciné reprendre leur forme initiale, avant de faire disparaître les larmes sur ses joues d'un mouvement du bras.

Un peu perdue, Dokhara n'était pas certaine de pouvoir expliquer ce qui venait de lui arriver. Le vent rouge avait éveillé quelque chose en elle, une sensation familière qu'elle avait suivie pour se laisser totalement contrôler par la magie. Des fragments de l'humanité qu'elle avait cédé, endormis depuis sa transformation, mais qui avaient profité de ce lien étrange avec son passé pour venir la hanter. Le vent rouge, vecteur des émotions et passions vives, s'était engouffré dans la brèche qu'elle avait ouverte pour réveiller ce qui aurait du rester endormi.

- Je ne compte pas me contenter de quelques vulgaires flammèches, répondit Dokhara à sa consoeur avec un sourire carnassier.

La mimique était un peu forcée pour dissimuler son trouble, mais les mots prononcés étaient parfaitement sincères. Suite à cette expérience et plus que jamais, Dokhara avait soif de pouvoir tirer parti de sa nouvelle nature pour gagner en puissance. Incapable de se rendre compte que cette colère qu'elle ressentait envers elle-même faisait partie intégrante de la faiblesse émotionnelle qu'elle souhaitait éradiquer, elle ne revait que d'un futur dans lequel elle ne serait plus soumise à personne, où sa seule puissance suffirait à écraser quiconque se mettrait sur sa route. Elle avait sacrifié sa vie pour ce pouvoir, et avait hâte de le développer pour réduire en cendres quiconque essayant à nouveau d'entraver sa liberté.



***


Lors de ces trois derniers mois de voyage, Dokhara avait toujours jubilé de retrouver la civilisation après une période d'isolement sur les routes. Et c'était encore le cas cette fois-ci, alors qu'une vallée habitée, encore partiellement épargnée par la rudesse de l'hiver, se dévoilait derrière un paysage composé d'une succession de collines.
Elle n'était pas une femme de la campagne, malgré les origines talabeclander de son père et ses bonnes dispositions envers Rhya. Née à Altdorf, elle y avait passé presque toute sa vie, et n'aurait jamais pensé devoir s'en éloigner un jour. Bien sur, la nature avait pour elle un certain charme, une beauté, une quiétude réconfortante, mais ce n'étaient pas le genre de qualité que Dokhara arrivait à convoiter sur le long terme. Seule l'agitation de la civilisation arrivait à faire battre son cœur lorsqu'elle était vivante : lorsqu'il avait fallu choisir entre les charmes d'Ingrid et ceux de Lucrétia, la première avait fini par l'ennuyer tandis que la seconde n'avait jamais cessé de multiplier les promesses d'un quotidien riche en exaltantes péripéties.

Mais elle n'était plus humaine, et son rapport au monde avait changé depuis son passage à Zoïshenk. S'approchant peu à peu la palissade en bois protégeant Chilgir, Dokhara avait bien du mal à contrôler son excitation malsaine : malgré le calme apparent, les portes fermées, et le silence, elle pouvait sentir la multitude de vies humaines qui habitait les lieux. Qu'ils soient devant elle à l'observer, ou cloîtrés chez eux cachés derrière leurs murs, la jeune vampire pouvait percevoir distinctement le battement de cœur de chacun d'entre eux, promesses de repas supplémentaires qui lui mettaient l'eau à la bouche. Sous la capuche de sa pèlerine, elle dut user de toute sa concentration pour ne pas perdre le contrôle de son illusion : la soif rouge s'agitait en elle, et son instinct de vampire lui intimait l'ordre d'assouvir ses pulsions. Derrière ses lèvres closes, un croc se plantait dans la chair de sa joue, tandis qu'elle concentrait ses efforts pour ne pas laisser ses griffes apparaître.

Elle échangea un regard avec Lucrétia, cherchant inconsciemment son soutien. Cette dernière lui offrit un lent hochement de tête, comme pour lui signifier sa confiance vis-à-vis des capacités de sa fille à se contrôler. Cet infime mouvement fut d'une grande aide psychologique pour la jeune femme : toujours aussi décidée à ne pas décevoir celle qui l'avait faite renaître, sa volonté se durcit plus encore, puisant dans son expérience lorsque d'autres formes de désirs incontrôlables menaçaient de lui faire commettre l'irréparable. Ce n'était pas la première fois qu'elle contenait ses besoins pour mieux les laisser éclater lorsque le moment était propice. Si elle possédait déjà cette force humaine, il était évident qu'elle ne saurait échouer aujourd'hui, armée d'un mental bien supérieur. Comme pour défier ouvertement la Soif, elle se força à sourire aux passants croisés, à dévoiler une dentition dans laquelle plus un seul croc n'apparaissait.

L'idée de Dokhara, c'est à dire apporter la tête de coquatrice à Chilgir, remporta un franc succès. Non seulement cela impressionna les hommes d'armes qu'elles rencontrèrent, qui se hâtèrent de leur indiquer la direction du zàl afin qu'elles y rencontrent leur ataman, mais en plus ce dernier se sentit immédiatement redevable envers les étrangères, souhaitant immédiatement éponger cette dette avec des ducats. Un argent que les deux consœurs s'empressèrent de refuser : ce n'était pas de moyens financiers qu'elles manquaient dans ce pays, mais d'alliés, voire d'amis.

Son kislévarin était en net progrès, et malgré l'accent particulier des habitants de Chilgir, la jeune lahmiane réussissait à saisir l'essentiel des phrases d'Ilya Répine, ainsi que les réponses portées par Lucrétia. Néanmoins, elle était encore trop maladroite avec la conjugaison de cette langue, ainsi que par certaines tournures de phrases, pour oser prendre la parole. Mieux valait laisser parler son amante et son incroyable talent pour les langues dans un moment si crucial pour leur implantation au Kislev, que de troubler l'instant avec une phrase hasardeuse qui ne ferait que rappeler leur statut d'étrangères.

Dokhara resta donc en retrait pendant la discussion, se contentant d'appuyer les effets de style de sa mère en souriant à l'unisson avec elle lorsque c'était nécessaire, avant de reprendre une mine plus grave. Comme à Zoïshenk, elle profita de la situation pour prendre le temps d'analyser chaque réaction de l'ataman, observant toutes ses expressions pour en déduire ses réelles intentions envers elles.

Je fais donc un jet d'empathie pour évaluer Ilya Répine.
Réussite du sort de Sculpture du domaine du feu vue en mp avec Duc : jet de MAG = 3.
==> +1xpm :3
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 08 janv. 2020, 17:35, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 138 xps
Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 13 | Cha 17 | Int 12 | Ini 12 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 95/95

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Lame en or marin : 14+1d8 dégâts ; 14(28) parade
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
Awards \o/
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur PJ - Élaboration
Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019 et 2020

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par [MJ] Le Grand Duc »

+1 xpm chacune pour avoir séjourné à proximité de l’Arbre de feu

Test d’Empathie pour Dokhara (Int +1) : résultat caché.

Carte détaillée du domaine ajoutée dans la Forêt.


Ilya Répine se caressa la barbe de ses grosses mains en écoutant Lucrétia, sourcils froncés. A la remarque de cette dernière, il eut un hoquet amer et hocha vigoureusement la tête.

- « Vous avez bien raison, une chose est certaine : je n’enverrai pas mes hommes mourir de froid dans l’Oblast parce que deux étrangères le demandent, aussi nobles et désintéressées soient leurs intentions. »

La lahmiane demanda ensuite à en savoir plus sur la géographie des lieux. Le chef du village acquiesça et fit signe aux deux voyageuses de le suivre, tandis que l’un des gardes ungols les accompagnait également. Ils contournèrent ensemble la petite estrade où siégeait le druzhina pour entrer dans une pièce annexe du zal faisant office de salle d’arme, de sellerie et de réserve. Les murs étaient tapissés de harnais, de boucliers, de lances et de carquois. Les selles exposées étaient particulièrement belles, des ouvrages raffinés au cuir marqueté et décorés de broderies d’or et d’argent. Au centre se dressait un socle de pierre rectangulaire et parfaitement poncé qui faisait office de table, sur laquelle traînaient des parchemins, des flèches en cours de confection, un arc à double courbure mais aussi une grande carte du domaine de Zoïshenk. Contrairement à celle en possession des deux impériales, celle-ci était magnifiquement illustrée et plaçait villages, bois, collines, ruisseaux et gués avec précision.

- « Voyez-vous nous sommes ici, dans la vallée de Chilgir. » dit Ilya en posa l’index sur la carte. « Voilà l’Arbre de feu, que vous avez certainement vu en arrivant du Nord, et au-delà de la Tolsol les ruines d’Iemva où se terrait le monstre que vous avez abattu. La mine d’Oulianovsk est là, » continua-t-il en déplaçant son doigt, « à l’endroit où la steppe s’ouvre en gouffres et crevasses poussiéreuses pour montrer ses entrailles. C’est un endroit hostile où rodent beaucoup de mauvais esprits. Peu nombreux sont ceux qui osent traverser cet endroit, ce qui est une aubaine pour les criminels qui s’y réfugient. Je ne serais pas surpris si le traître que vous pourchassez s’y terre pour l’hiver. »

Les questions que posa ensuite Lucrétia furent accueillies avec une moue tantôt dubitative, tantôt méfiante.

- « Goranitch est une stanitsa située au sud-est d’ici, dans les contreforts des Crocs de Shargun, et une large piste nous y relie par la vallée. Ce sont les terres du boyard Zsolt Tarmà, qui a des vues sur la vallée de Chilgir depuis longtemps. C’est l’un des seuls ungols à posséder ce titre dans tout le tsarat mais sa notoriété lui est montée à la tête et l’ambition le consume. Bah … » dit Ilya en agitant la main. « Son domaine est pauvre et ses gens sont querelleurs. Il est incapable de faire de l’ombre à Pavel Nakhimov, alors il se tient tranquille. Du reste, si les détenus d’Oulianosvk ne l’inquiètent pas, il est d’autres menaces auquel lui et ses gens ont à faire face. Les montagnes et les forêts sont le repaire de bien des monstres qui viennent les tourmenter chaque saison et contre lesquels ils livrent une guerre constante. »

Derrière eux, le garde ungol restait attentif et ne lâchait pas les deux femmes du regard.

- « Fort Ostrosk à l’inverse se trouve au Nord-Est, sur la Tobol. C’est une forteresse extrêmement bien défendue, et dont les murs solides ont protégé le peuple des steppes plus d’une fois. Les hordes corrompues se sont essayées à l’assiéger mais aucun sauvage n’a passé la première enceinte. Avec les forts Kaminski et Straghov, il fait partie de la ligne de défense dont les princes de Praag ordonnèrent la construction il y a longtemps pour tenir en respect les horreurs qui jaillissent du Pays des Trolls. Quant à Baba Doma … » Il fronça les sourcils comme s’il trouvait étrange cette série de questions. « C’est une vedma qui vit dans une hutte aux alentours de Dzhangar. Lorsque je n’étais moi-même qu’un enfant, elle était renommée pour sa capacité à communiquer avec les esprits de l’Oblast. Les femmes qui ne pouvaient enfanter venaient de loin pour quérir ses conseils et on disait qu’elle avait le pouvoir de surveiller tous les enfants du Kislev, et de punir ceux qui étaient indisciplinés en envoyant une armée de renards leurs mordre les mollets. C’est ce que les mères de mon époque disaient à leurs rejetons pour qu’ils se tiennent en tranquilles. Voilà des décennies que je n’ai pas entendu parler d’elle, je gage qu’elle soit morte aujourd’hui. »

Souhaitant visiblement en finir là avec les deux étrangères, Ilya appela un valet depuis l’autre pièce et lui demanda d’apporter ce qu’il appela le « drap de Mazhorod ». C’était une étoffe bordeaux pliée en quatre, au tissage de soie de grande qualité et ornée de motifs floraux à la ficelle d’or.

- « En tant que chef du village et druzhina, je ne peux vous laisser quitter ma demeure sans vous remercier pour vos actions. Or vous ne souhaitez pas d’or, alors acceptez que je vous remette ce châle. Il appartenait à une puissante sorcière qui offrit sa vie pour sauver sa reine-khan lorsque la horde infinie des Kurgans fut vaincue au guet qu’ils appellent Khâr’phak Aqshyek et que nous appelons Mazhorod. La sorcière était née à Chilgir, et c’est là que revint sa dépouille auréolée de gloire. Portez le drap, et sa magie vous protégera du regard de vos ennemis. »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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