[Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

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Les Zones Maritimes représentent l'ensemble des mers et océans du globe. Les mers peuvent être calmes et propices à milles découvertes, ou être traîtresses...

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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Jet de constitution : 20, aie.
La lune transparut à nouveau entre les nuages. Derrière eux, la rade de Sartosa, ses milliers de lumières jaunes et huileuses, son odeur. En face, la mer, les falaises. Les deux acolytes ramèrent. "On part se faire oublier quelques temps loin de la ville. Reposez vous. Vous en avez besoin."
Fabrice continuait à panser sa blessure. Mais elle faisait mal. Elle avait perdu beaucoup de sang et le combat l'avait épuisé. Le roulement des flots, L'air marin. Ses paupières papillonnèrent, et elle se laissa sombrer dans une eau plus sombre que l'océan.

Une odeur. Une odeur nouvelle. Et la nouveauté était dangereuse. Se méfier de ce qui sortait du schéma des Anciennes. Toujours.
En ouvrant les yeux, l'Amazone réalisa qu'elle était dans un lit. Un lit de paille défoncé et pas bien grand mais un lit. Au dessus d'elle c'était une toiture basse en chaume, comme celle des cases de son village. À son flanc on avait changé le bandage. Même si cela lui tirait énormément, cela tiendrait.

Un vieux drap gris isolait son lit du reste de la cahute, en l'écartant, elle vit Fabrice, Pablo, Sigmund et une quatrième personne qu'elle ne connaissait pas, attablés. Une marmite fumait encore sur la table, des assiettes creuses débordant de pâtes au bouillon étaient disposées devant les convives. L'inconnu, bien plus âgé que les trois comparses, grommela tout en en remplissant une cinquième qu'il tendit à la guerrière.
"Papé, voici notre quatrième larrone. Celle là-même qui a permit de mettre la main sur l'or.

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Il marmonna un "Enchanté" avant de plonger sa cuillère dans la pitance. Les autres s'ensuivirent. Nola pu constater que si ça manquait cruellement de viande, le plat étanchait sans problème la faim. Un cruchon de vin fort comme en raffolait les Qharis calma sa soif.
En même temps elle pouvait voir que dans la bicoque pas bien haute ni large se trouvait la momie, toujours emballé. Nul coffre en vue. "Comme je vous disais, il va falloir rester discret quelques temps. L'équipage du San Felicia doit traquer ceux qui ont eu l'audace de les dérober dans toute la ville. Heureusement pour nous. Nous n'y sommes pas."

En pointant son nez par la porte de la masure, l'Amazone pouvait le constater, non sans une lueur d'émerveillement.

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Le mont Ertinia, s'imposait au loin, couvert d'un manteau immaculé. Point de cité des pirates en vue. Seulement quelques autres bicoques massées en hameaux entre les broussailles et les champs d'oliviers. Un tout autre point de vue sur l'ile qui se vantait tant de sa liberté. "Pardonnez à mon père, il est un peu maussade quand on lui parle de nos entreprises. Il a rangé ça derrière lui il y a trop longtemps. Il en a oublié la mer."
Pourtant on l'entendait, derrière la maison, derrière les roches. Elle battait la falaise. Ils étaient sans aucun doute arrivés par ici. "Cela doit vous changer de la jungle, végétale comme urbaine. Ici tout n'est que labeur, soleil, et vieilles pierres. Et au milieu, nous."
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par Nola Al'Nysa »

Quand on manque une marche dans le noir, et qu’on commence à tomber, on ressent un terrible sentiment d’anormalité, combiné à la peur de l’impact, qui ne peut manquer de suivre. Alors que Pablo et Sigmund ramaient pour nous entraîner loin de Sartosa, que les lumières de la côte s’éloignaient, devenant petit à petit de simples lueurs jaunes à l’horizon et que Fabrice continuait de s’affairer sur ma blessure, je tombais, avec cette même sensation affreuse de me déplacer dans la mauvaise direction, dans une léthargie comateuse, mais ma crainte, était qu’il n’y eut jamais d’impact. Petit à petit, la caresse du vent sur ma peau, le roulis régulier des vagues sur notre embarcation et les grognements d’efforts des deux rameurs se mêlèrent pour devenir un mélange de sensation et de bruits indistincts, le visage de Fabrice juste au-dessus du mien devint à son tour moins net, puis, mes yeux se fermèrent.

J’étais dans une grotte, allongé près du feu sur une peau de bête, il faisait bon et je me sentais bien. Près de moi, les restes d’un repas avaient été laissés là, plus loin, un mince filet d’eau percé à travers la paroi rocheuse avant de tomber avec un bruit cristallin dans une petite marre. Celle-ci, en débordant formait un petit ruisseau qui s’éloignait en serpentant à travers la grotte vers la sortie.
“Bien Nola, je vois que tu es réveillée." Je me retournais en sursautant vers la silhouette qui se tenait à l’entrée de la grotte, sa silhouette se découpant dans le contre-jour que provoquait la lumière du soleil dans mon abri. “Qui êtes-vous et où sommes-nous ?” Lui dis-je. Sans répondre à mes questions, l’apparition fit quelques pas à l’intérieur de la grotte et je ne pus retenir un hoquet de surprise quand je distinguais enfin l’étrange visiteur. Il s’agissait d’une femme, d’un âge avancé, elle se dirigeait vers moi à pas lents en souriant, ses longs cheveux devenus blancs tombés sur ses épaules jusqu’à sa taille encadrant un visage ridé au milieu duquel percés deux yeux d’un bleu métallique qui semblait pouvoir transpercer tout ce qu’ils regardaient. Mais le plus frappant dans tout cela est qu'elle était nue, bien qu’elle n’en paraisse pas le moins du monde gênée.


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Désignant le petit ruisseau d’un geste de la main, elle reprit, “vois-tu ma fille, il y a de la musique dans le soupir des arbres, il y a de la musique dans le bouillonnement du ruisseau, il y a de la musique en toutes choses. Si seulement les hommes pouvaient l'entendre...”. Alors que je restais interdite face à cette déclaration, elle sourit de plus belle et reprit “bien, allons chasser veux-tu” et sans attendre de réaction de ma part, elle fit volte-face, et sortit de la grotte. “Attendez !” lui criais-je, “vous voulez y aller seule ? Mais vous ne pourrez rien tuer toute seule !”
“T’attendre ? Sûrement pas ! J’ai toujours dû te devancer pour te montrer le chemin.” et elle poursuivit sa route sans même faire mine de se retourner.
Je poussai un soupir résigné, puis je me levai, cherchant des yeux mes affaires, je me rendis compte avec stupeur que j’étais moi aussi totalement nue. Mieux que cela, ma blessure au ventre avait disparu, tout comme mes cicatrices. Fermant mon œil droit, je constatais que mon œil gauche avait lui aussi guéri et voyait à nouveau. En regardant autour de moi, j'aperçus contre la paroi de la grotte un arc et une lance qui semblait m’attendre. J’étais pourtant persuadé de ne pas les avoir vus auparavant. Saisissant l’arc, je me précipitais vers l'extérieur à la poursuite de la vieille femme. Elle avait déjà commencé à descendre la petite butte sur laquelle nous étions et se dirigeait vers la lisière d’un bois en contrebas, dévalant la colline comme l’ombre d’un nuage quand le vent souffle, longeant le petit ruisseau qui descendait lui aussi la pente raide.
“Attendez, expliquez-moi ce que je fais ici ” lui dis-je à nouveau en commençant à mon tour à dévaler la pente, mais, elle ne s'arrêta pas et poursuivit sa descente.
“La femme est une eau fraîche qui tue, une eau profonde qui noie, toi ma fille, tu es entrée dans la mer par les petits ruisseaux.” Encore une phrase énigmatique dont je ne saisis pas le sens. Prenant le pas sur ma stupeur, la colère commença à gonfler en moi, qui était cette vieille femme qui ne semblait pouvoir parler qu’en énigme ? Où étions-nous et pourquoi étions-nous nus ? Toutes ces questions se bousculaient en torrent dans mon esprit. La rage montant en moi, bouillonnante, je saisis une flèche, l’encochais et bandant l’arc, je visais la vieille femme et lui criais “Maintenant, vous allez me répondre !”.

Elle s'arrêta, et dans le même temps, le ciel se couvrit de gros nuages noirs, le vent commença de se lever et le paysage si bucolique devint froid et dur. Il tombait maintenant une bruine fine, comme de la brume, mais opiniâtre, et l’herbe verte et grasse se retrouva rapidement gorgée d’eau sous mes pieds nus.
La vieille femme se retourna vers moi, ses yeux bleus se fixant dans les miens me pétrifièrent. Sans qu’elle ne prononçât un mot, je baissais mon arme. Nous restâmes comme ceci un long moment. Quand elle se décida enfin à parler, mes cheveux étaient totalement mouillés et l’eau dégoulinait le long de mon corps. “Nola, ma fille, ma sœur” dit-elle enfin, “Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines.” Puis elle fit volte-face, et se dirigea à une vitesse qui semblait surnaturelle vers la lisière du bois. Je restais pétrifiée quelques secondes, puis, alors qu’elle s'apprêtait à pénétrer dans la forêt, je repris le contrôle de mon corps “Non, ne partez pas, attendez-moi” mais, sans me prêter attention, elle disparut entre les arbres.
«Attendez-moi !» criai-je une dernière fois, et mon propre cri me tira du sommeil.


Je me réveillais dans un lit de paille tiède, au chaud et surtout, au sec. Au-dessus de moi, il y avait une simple toiture en chaume, et autour de moi un vieux drap de laine grise. Soulevant la couverture qui me recouvrait et me redressant dans un même mouvement, je sentis une vive douleur me traverser le flanc. Avec un regard, je découvris non sans regret que ma blessure au ventre était réapparue, le bandage en avait été changé mais la douleur restée bien présente. Après un rapide examen, je constatais que mes autres cicatrices étaient elles aussi de retour. Sortant du lit, je me dirigeais vers un broc à eau laissé dans un coin de la pièce. En me penchant pour voir mon reflet dans le miroir, je vis mon œil droit, blanc et mort, à nouveau traversé par la fine marque blanche qui l’ornait depuis plusieurs années. Je portais toujours mes affaires de la veille, maculées de sang et imprégnées de sueur, elles avaient mérité un bon lavage.
Dans un premier temps, j’entrepris de me rincer le visage et les bras dans le récipient laissé à ma disposition. L’eau fraîche acheva de me réveiller et de me remettre les idées en place. Tandis que je frottais avec mes mains pour ôter la peinture noire qui ornait mes yeux et le sang séché ainsi que la sueur sur mon visage, mon cou et mes bras, je fis le tri dans mes pensées. Une fois ces ablutions accomplies, je me dirigeais vers le vieux drap gris qui séparait mon lit du reste de l'habitation.

Je pénétrais dans une petite salle au milieu de laquelle se tenait quatre hommes, trois d'entre eux étaient attablés autour d’une table, il s’agissait de Pablo, Sigmund et Fabrice. Quant au quatrième que je ne connaissais pas, il se tenait debout dans un coin de la pièce et remuait le contenu d’une grande marmite fumante. Mon entrée coupa mes compagnons de la veille dans leur repas, chacun d’eux ayant devant lui une grande assiette creuse débordant de pâtes au bouillon dégageant un fumet appétissant.
"Papé, voici notre quatrième larronne. Celle-là même qui a permis de mettre la main sur l'or.” s’exclama Fabrice !

Marmonnant un bref salut, le vieillard plongea sa louche dans la marmite et me tendit à mon tour une assiette copieuse de cet étrange plat. Je m’assis à côté de Sigmund et sans un mot, je commençai à manger moi aussi. Même si cela manquait de viande, le repas calma largement ma faim et était même plutôt bon. J’accompagnais mon plat d’une grande rasade de vin fort tant apprécié par les Qharis pour faire descendre le tout puis, me sentant à l’étroit, je me levais et me dirigeais vers la porte de la masure.
Du coin de l'œil, j’avisais la momie, soigneusement calée sur un banc de bois grossièrement taillé. En revanche, je ne vis nulle trace du coffre, ce qui ne m’importait guère.

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Sortant de l’habitation, je fis quelques pas avant de m’installer dans l’herbe, sur le côté de la maison. Je fermais les yeux et respirais à plein poumons l’air pur et chaud de cette belle journée. Contemplant le paysage, je pouvais apercevoir quelques petites habitations massées en hameaux entre les broussailles et les champs d'oliviers, au loin se dressait une montagne dont la partie supérieure était d’une étrange couleur blanche.
L’air chaud faisait bouger paresseusement les branches des arbres et on n'entendait que le bruit incessant de quelques insectes qui emplissait l’air.
Sortant à son tour, Fabrice se dirigea vers moi avant de se laisser tomber à mes côtés, avec un soupir de satisfaction : "Comme je vous disais, il va falloir rester discret quelque temps. L'équipage du San Felicia doit traquer ceux qui ont eu l'audace de les dérober dans toute la ville. Heureusement pour nous. Nous n'y sommes pas."
Je me contentais de pousser un grognement affirmatif. Cependant, cela ne suffit pas à le refroidir et sans se départir de sa bonne humeur il poursuivit "Pardonnez à mon père, il est un peu maussade quand on lui parle de nos entreprises. Il a rangé ça derrière lui il y a trop longtemps. Il en a oublié la mer."
Comme je ne répondais toujours pas, me contentant de balayer le paysage du regard, il enchaîna “Cela doit vous changer de la jungle, végétale comme urbaine. Ici tout n'est que labeur, soleil, et vieilles pierres. Et au milieu, nous.” Sur ce point il avait raison, le paysage qui m’entourait était certes magnifique, mais son manque de relief et de verdure me mettait en même temps mal à l’aise.

Tournant le regard vers lui, je demandais : “Comment avez-vous su pour mes origines ? Vous sembliez sûr de votre fait en venant m’aborder hier soir. Ne craignez-vous pas que certains en ville fassent également le rapprochement ?”
Alors qu’il semblait réfléchir à sa réponse, j’enchaînais “D’ailleurs, une partie de mes affaires sont restées à l’anguille rieuse. Il faudrait les récupérer avant que cela n’attire l’attention.”
“Vous et vos amis, vous faites ça depuis longtemps ? Qu’est ce que vous êtes en fait ? Des voleurs de pirates ?” et intérieurement j’ajoutais pour moi-même “voler des pirates, cela revient presque à voler des voleurs". N’y avait-il donc aucune fin à cette spirale de vols et de violence ? La perversion des hommes était-elle inarrêtable et continue ?
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Mon histoire : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_nola_al_nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par [MJ] Le Roi maudit »

“Comment avez-vous su pour mes origines ? Vous sembliez sûr de votre fait en venant m’aborder hier soir. Ne craignez-vous pas que certains en ville fassent également le rapprochement ? D’ailleurs, une partie de mes affaires sont restées à l’anguille rieuse. Il faudrait les récupérer avant que cela n’attire l’attention.”

Fabrice sourit en regardant l'Amazone puis le ciel à la première question. "J'avais entendu qu'une femme aussi avenante que féroce rodait en ville. Une femme venu du Nouveau Monde. Et des demoiselles avec votre... Allure, ne sont pas si fréquentes. Alors on a misé. Comme Ranald l'aurait voulu. Et on a visé juste. Pour les autres. Ne vous en faites pas Nola. Sartosa a la mémoire courte. Pour l'instant les curieux parlent de vous car vous êtes la nouveauté du moment. Mais après... Les navires vont et viennent, et vous ne serez qu'une curiosité de plus sur cette ile d'hurluberlus."
Il marqua un temps de pause avant de tourner la tête vers la chaumière.
"Je ne sais pas grand chose sur votre capitaine que ce qu'en disent les marins des tavernes de la ville mais il ne devrait pas s'inquiéter. La moitié de l'équipage doit cuver après le retour au port."


“Vous et vos amis, vous faites ça depuis longtemps ? Qu’est ce que vous êtes en fait ? Des voleurs de pirates ?”

Le blondin rigola un peu. "Je pense que l'on est tout plein de choses. Frères d'armes, esprits libres. Voleurs de pirates ? Disons que je règle quelques dettes. On ne fait pas affaire avec ce qui nous dépasse en espérant les filouter. Et le capitaine du San Felicia voulait me filouter."

Il resta assez évasif puis lorsque l'Amazone lui demanda si il y avait de quoi se rafraichir il lui désigna l'ancien lavoir en contrebas. Les sentiers de poussière de la Sartosa intérieure étaient déserts. L'eau était claire dans la bassine de pierre du vieux bassin. Personne ne viendrait la déranger. Lorsqu'elle décida de revenir, le ciel s'était teinté d'orange. Le soleil s'était rangé à gauche du mont Ertinia, disparaissant dans la mer qui s'étendait derrière des falaises de pierre de volcan. Sigmund était affairé à réparer la vieille clôture, Pablo lui était revenu du marché de la ville au vu de ses provisions de légumes, de quartiers de viande et de pain frais. Le vieux s'occupait de réceptionner ça pour préparer la cuisine.
Fabrice était assis dehors, il replia un livre avant de demander : "Cela vous dit de découvrir un peu plus notre ile ?"
Le chemin à emprunter était à l'opposé de celui du lavoir, partant derrière la maison dans une pente douce jusqu'à la rive. En contrebas on voyait un canot attaché à un quai assez minable. La barque qui leur avait servi à venir. Plus loin, entre les buissons de romarins et les oyats, il y a une épave. D'un grand navire. Que le temps a bien amoché.
"L'Aquilon. Le navire de mon père à l'époque. C'est avec celui là que ses hommes ont atteint Sartosa."


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Le ciel s'offrait au bleu marin sombre et opaque du crépuscule. Ici il n'y avait qu'eux deux et le chant des oiseaux marins. "Avant de repartir pour la ville et votre vie de flibustière, pourquoi ne pas apprendre à plus se connaitre Nola ?
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par Nola Al'Nysa »

Fabrice sourit en regardant le ciel avant de tourner son regard vers moi pour répondre à mes questions. Il s’exprimait de manière calme et apaisante et eut tôt fait de me rassurer concernant la chasse que les hommes du San Felicia devaient avoir lancé contre les personnes ayant pillé leur navire et tué plusieurs de leurs compagnons la nuit précédente. Quand je l’interrogeais sur la nature de ses activités, il eut un petit rire avant de dire “Je pense que l'on est tout plein de choses. Frères d'armes, esprits libres. Voleurs de pirates ? Disons que je règle quelques dettes. On ne fait pas affaire avec ce qui nous dépasse en espérant les filouter. Et le capitaine du San Felicia voulait me filouter”.
J’attendis un moment afin de lui laisser l’opportunité de continuer, mais comme le silence s'éternisait et qu’il ne semblait pas vouloir me donner plus de détails, je me relevais finalement et, montrant avec un sourire l’état de ma tenue je dis, en réponse à son regard interrogateur “Savez-vous ou je pourrai profiter d’un peu d’intimité et de calme pour laver mes affaires ? Je pense que cela leur ferait le plus grand bien.” “Oh.. Oui, bien sûr" me répondit-il en se redressant vivement. “Suivez-moi je vais vous montrer”. Après m’avoir fournis un gros savon de couleur verte qui me semblait être fait à base d’huile d’olive et une brosse à poils durs, il m’accompagne jusqu’à ce qui ressemblait à un lavoir abandonné. Arrivé au bord du vieux bassin de pierre, Fabrice s’arrêta puis, après avoir parcouru les environs du regard il me dit “voilà, ici vous devriez être tranquille, il y a bien longtemps que plus personne ne vient utiliser ce point d’eau. Retrouvez-nous à la chaumière quand vous aurez fini !”.

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Il avait raison, tandis qu’il s’éloignait sur le petit chemin poussiéreux qui nous avait emmené jusqu’au lavoir, je contemplais à mon tour le paysage. Ici la végétation était plus dense que sur le plateau où était installée la maison du père de Fabrice, il faisait plus frais sous les arbres proches de la source d’eau et le calme régnait. C’était une vision assez bucolique qui s’offrait à moi et je me fis la réflexion que la campagne de Sartosa était aussi calme que la ville portuaire était agitée. Sans plus de cérémonies, j’ôtais mes vêtements et les mis à tremper dans l’eau. Je les frottais ensuite énergiquement avec le gros morceau de savon pour en enlever les traces de sang séché et la transpiration qui les avaient imprégnées. Une fois cette tâche accomplie, je trouvais un gros rocher plat en plein soleil et étendis mes affaires sur la surface chaude de la pierre. Je me retournais ensuite vers le bassin pour m’y immerger à mon tour. Je ne pus retenir un petit frisson lorsque la fraîcheur de l’eau mordit ma peau mais je m'avançai néanmoins jusqu’au centre du bassin. Je passais de longues minutes à me laver méticuleusement puis, sorti de l’eau pour aller m’allonger sous un arbre dans l’herbe rase et sèche qui poussait la.
Profitant de cet instant de calme et de sérénité, j’entrepris de faire le tri dans mes pensées et d'éclaircir les éléments de la veille. Qui était ce Fabrice et quelle était la nature des échanges qu’il entretenait avec le capitaine du San Felicia avant que ce dernier ne cherche visiblement à le doubler ? Avais-je déjà entendu parler du San Felicia ? Cela ne me disait rien. De ce que j’avais pu voir la veille au soir, ces chiens de Qharis avaient réussi à revenir de ma terre natale avec leur cale remplie de trésors. Pire encore, il semblait que je n’étais pas la seule à avoir été enlevée par les envahisseurs. Les fers que j’avais vus la veille, ainsi que les armes provenant sans aucun doute de mon peuple ne laissaient malheureusement que peu de doutes sur l’identité des prisonniers qui avaient été détenus sur le navire. Toutes ces réflexions m’amenèrent à repenser à mon rêve du matin. Qu’avais-je vraiment vu durant cet épisode comateux ? Était-ce une des mères immortelles, descendantes illustres de celles qui côtoyèrent les Dieux qui s’était adressée à moi dans mon sommeil ? Et si oui, quel était le sens de son message ? Si j’écoutais mon instinct, il me semblait qu’elle avait voulu me pousser à partir à la recherche de mes sœurs réduites en esclavage pour les libérer, mais tout cela n’était-il pas finalement juste le fruit de l’imagination d’un esprit fiévreux et embrumé par la douleur et la colère ? Non.. Tout au fond de moi, je le sentais, quelque chose c’était passé et une détermination grandissante enflée dans mes entrailles, enflammant ma colère. Je devais secourir mon peuple, c’était la mission que m'avait confiée celle qui m’était apparue en songe. Depuis que j’avais été arraché à ma jungle, j'avais l'impression d'avoir été jeté dans un monde dont j’étais censé respecter des règles qu'on refusait de m'expliquer. Et bien cela allait changer et j’allais montrer à tous ces chiens que, même arrachée à sa jungle, une panthère reste une panthère. “Je vous retrouverai mes sœurs, j’en fait le serment..” Promesse aussi vide que l’air dans lequel je la murmurait.

C’est l’esprit apaisé et le corps revigoré que je retournais à la chaumière quelques heures plus tard. Le soleil avait déjà commencé sa descente vers l’horizon et le ciel commençait à se couvrir de couleurs pourpres et dorés, “de couleurs sang et or” me dis-je pour moi-même avec ironie en pensant aux événements de la nuit passée. Lorsque j’arrivais devant l’entrée de la bâtisse, chacun vaquait encore à ses occupations, je croisais le regard de Sigmund qui me fit un sourire avant de se détourner et reporter toute son attention sur son ouvrage lorsque je ne lui rendis pas. Pablo et le vieillard étaient eux occupés à ranger des provisions qui semblaient venir du marché de la ville et ne me prêtèrent pas plus d’attention que nécessaire. Fabrice quant à lui semblait guetter mon arrivée car, à peine avais-je franchi la clôture de bois qui entourait la maison qu’il ferma le livre dans lequel il avait pourtant l’air d’être plongé et se redressa pour venir à ma rencontre “Cela vous dit de découvrir un peu plus notre île ?” me lança-t-il “hé bien oui, pourquoi pas..” répondis-je après une seconde d’hésitation. Ma réponse le fit sourire et, posant son livre sur un banc, il s’élança sur le petit chemin qui partait de l’autre côté de l’habitation en direction de la mer. “Dans ce cas, suivez-moi” dit-il par-dessus son épaule, et c’est ce que je fis, non sans m’étonner un peu de l’entrain qu’il manifestait pour cette excursion.

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Le chemin que nous suivions descendait en pente douce en serpentant au milieu des buissons et des fougères. Très vite, nous perdîmes de vue la chaumière tandis que nous avancions lentement en direction de l’océan. Au bout d’un moment, nous débouchâmes sur une petite plage sur laquelle un petit ponton de bois semblait servir de quai. La barque en bois qui nous avait servi pour venir y était accrochée, tanguant lentement au gré des vagues. Mais ce qui attira mon attention, était une grande épave de navire échoué sur le sable qui, au vu de l’usure avancée de sa coque devait être là depuis un long moment déjà. Suivant mon regard, Fabrice répondit à ma question muette “Voici l'Aquilon. Le navire de mon père à l'époque. C'est avec celui-là que ses hommes ont atteint Sartosa.”
Tandis que nous avancions lentement dans le sable en direction du navire, je demandais "D'où venaient votre père et ses hommes ? Comment ce navire s'est-il retrouvé échoué ici et pourquoi votre père se retrouve-t-il seul dans une chaumière alors qu’il avait avant un si beau navire ?”
"De Bretonnie. C'est une terre lointaine. Il a choisi de se mutiner. De vivre libre. Avec ses hommes. Ils ont écumé l'océan des années. Puis ils se sont dispersés. Et le navire a fini ses jours ici."
Nous marchâmes encore un moment avant de nous installer près du vieux vaisseau dans le sable encore tiède après une si belle journée. Un vent chaud balayait avec légèreté la plage et faisait onduler nos cheveux, c’était un lieu paisible et bien différent de ce que j’avais pu connaître depuis plusieurs mois. Tandis que j’enlevais mes bottes pour profiter de la caresse du sable sous mes pieds, Fabrice sortit de sa poche une bouteille contenant un liquide d’une jolie couleur orangée. “Qu’est-ce que c’est ?” demandais-je avec circonspection.
“Vous-êtes bien curieuse tout d’un coup” me dit-il dans un éclat de rire, “mais vous avez raison, avant de vous laisser repartir pour la ville et votre vie de flibustière, je pensais qu’il serait intéressant d’apprendre à plus se connaître Nola, et ce breuvage est parfait pour ce genre de moment ! C’est du rhum dans lequel nous laissons mariner des fruits pendant un hiver entier, cela donne cette belle couleur. Qu’en dites-vous ?” Et comme pour donner de la valeur à ce qu’il venait de dire, il déboucha la bouteille et un bu une grande gorgée avant de la tendre vers moi.
J’attrapais la bouteille et reniflais avec méfiance son contenu. Cela sentait en effet les fruits mais c’était tout de même l’odeur de l’alcool qui dominait. À mon tour, je portais la bouteille à mes lèvres et avalais une longue lampée. Dans un premier temps, la douceur fruitée du mélange chatouilla mes papilles puis dans un second, l’alcool réchauffa ma gorge et mon ventre de manière agréable. Il avait dit vrai, le mélange était très bon.

Nous profitâmes donc d’un magnifique coucher de soleil tout en discutant, le temps semblé s’être arrêté tandis que j’écoutais Fabrice me parler de la Bretonnie, de l’ancien monde dans sa globalité et de certaines histoires qui circulaient sur ces lieux et les créatures qu’on pouvait paraît-il y croiser. Petit à petit, la barrière entre nous s’effaça, l’aventure que nous avions traversée la nuit précédente nous avait certes rapproché, mais c’était différent de ce moment où nous étions un peu hors du temps. La bouteille de rhum était finie depuis un moment déjà quand le ciel se tapissa d’étoiles, nous étions allongés dans le sable pour contempler ce tableau magnifique. “Je m’étonne toujours quand je me dis que ce sont les mêmes étoiles qui brillaient au-dessus de moi lorsque, il y a quelques mois, je rentrais chez moi après une longue journée de chasse dans la jungle et qui aujourd’hui me guide à travers les océans..”.
Tournant son visage vers moi, il chassa du bout des doigts une mèche sombre qui me barrait le front puis en laissant retomber sa main, caressa ma joue et frôla une veine qui commençait à palpitait follement sur mon cou.
- “Tu reverras ta terre natale un jour.. J’en suis persuadé.”
- “Que penses-tu faire avec l'or de mon peuple ? J'imagine que vous avez maintenant de grands projet Pablo, Sigmund et toi...”
- "Je me permets de garder quelques secrets. En temps voulu nous en reparlerons."
- “Je ne sais même pas si nos chemins se croiseront de nouveau un jour..”

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Comme pour la première fois depuis un long moment, un silence s'était installé, il se redressa et avec un petit sourire en coin demanda “Une baignade nocturne ? Le premier arrivé à l’eau a gagné !” et sans attendre ma réponse, il sauta sur ses jambes et entreprit d’avancer vers la mer tout en se dévêtant. Il avait pour lui l’effet de surprise, mais j’avais pour ma part déjà enlevé mes bottes et en un clin d'œil, je fus sur ses talons. Nous courûmes à travers la plage déserte pour arriver en même temps dans l’eau en riant, puis nous avançâmes vers l’océan. Arrivée au point où l'eau atteignait ma taille, j’attrapais la main de Fabrice pour qu’il se retourne et lui dit “Je pense que je ne vais pas aller plus loin”, il se retourna dans ma direction “j’ai, il me semble, un bon prétexte à cela je crois” ajoutais-je en désignant le bandage sur mon flanc. “Oh oui, c’est vrai” dit-il en se rapprochant de moi sans me lâcher la main. “D’ailleurs je ne l’ai pas examiné de la journée, laissez-moi regarder” et il continua de s’approcher jusqu’à ce que nous soyons collés l’un à l’autre. L’ambiance se chargea d’électricité, mon cœur s’emballa et je levais mon œil unique vers son visage. Il se pencha et m’embrassa, sa bouche avait le goût fruité du rhum que nous avions bu. Ses mains remontèrent le long de mon corps pour se poser sur ma poitrine tandis que nous échangions un long baiser. Puis subitement, il attrapa mes cuisses et, me tenant collé contre lui sans cesser de m’embrasser, me souleva du sol pour me ramener vers la plage. Il me déposa sur le sable humide et s’allongea sur moi, ses lèvres quittèrent les miennes pour descendre embrasser mes seins, puis mon ventre avant d’arriver entre mes cuisses. Mon corps se cambra au contact de ses lèvres à cet endroit et mes jambes se raidirent. Puis, tout comme il était descendu, il remonta pour m’embrasser à nouveau tandis qu’il entrait en moi. Il procédait en douceur, sans hésitation mais sans excès de hâte, comme s’il craignait de me blesser. D’un coup de rein, je le retournais et me retrouvai à califourchon sur lui, dans mon peuple, il était hors de question de laisser un homme nous dominer. Attrapant fermement sa gorge de l’une de mes mains, je l’enfourchais, fixant mon regard dans ses pupilles et tandis que je commençais à le chevaucher avec impétuosité, j’y vis poindre une lueur de ravissement surpris. Il n’avait jamais dû connaître cela avec les femmes fades et soumises de cet ancien monde. Avec un sourire sauvage et sans laisser son regard fuir le mien, je redoublais d’intensité, et c’est à la lumière des étoiles, avec la lune pour seul témoin que nous poursuivîmes durant de très longs instants ce moment de partage et de plaisir mutuel.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Des oiseaux de proie qu'elle ne connaissait pas planaient au dessus de sa route. Elle marchait depuis une bonne heure, serpentant entre les massifs de chênes verts et les bosquets de romarins, d'oliviers et d'autres plantes que Fabrice et l'équipage lui avaient présenté. Les plantes d'ici étaient bien douces face à celles de la jungle. Autant de soleil et bien moins d'eau. Et à son grand regret, il ne semblait y avoir aucun grand gibier sur cette ile. Seulement des chèvres, des béliers, des rapaces et même quelques vaches bien maigres dans un enclos attenant à une de ces petites fermes qui jonchaient la route entre la chaumière de Fabrice et la ville de Sartosa. Le monde du silence et de la torpeur. Quelques pécores des environs la regardèrent passer sans broncher. Qu'est ce qu'un pirate égaré après tout sur l'ile où ils abondent.

Elle longea les contreforts du mont Ertinia et son manteau blanc. En se dévissant le cou elle pouvait voir des touffes d'arbres bien droit sur les flancs du sommet de l'ile. Ceux là même qui servaient aux pirates à faire les matures, la canopée de cordages et de voilures de leurs mastodontes flottants.
L'Amazone traversa un village un peu plus conséquent que les autres. Ici les petits hommes à la grande barbe et au caractère aussi trempé que le sien frappaient le métal, la grande merveille de ce nouveau monde. Ici on faisait des armes entre autres, qu'on descendait ensuite à la ville par chariots. Avec la nourriture. Sartosa dévorait son ile, impossible de vivre sans ce bout de terre desséché et en même temps, si il n'y avait pas les pirates, qui en aurait quelque chose à faire de ce cailloux au milieu de l'océan.

Du patelin la route était toute tracée dans une pente douce jusqu'à la ville. Les bâtisses commençaient à s'accumuler, les jardins, les porcheries, les ateliers. Puis arrivèrent les tavernes, les bordels et les entrepôts. Et la foule. Elle le réalisa bien vite. Les gens étaient encore plus tendus que d'habitude. Ils avaient tout de la bête traquée, guettant désespérément d'où surgira le fauve. Et sans aucun doute, les agissements de la petite troupe sur le San Felicia devait en être la cause.


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Jets cachés

Repliant ses affaires contre elle pour rester anonyme dans la masse suante et crasseuse des marins, des ribaudes et des exilés de tout bord, elle arriva jusqu'à la taverne où avant-hier encore Nola pouvait savourer le repos d'après la flibuste. De là, où aller, que faire, qui chercher ? C'était une Amazone dans une jungle urbaine. Où les fauves étaient de sortie.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par Nola Al'Nysa »

Lorsque nous étions rentrés à la chaumière, la lune était déjà haute dans le ciel. Nous n’avions que très peu échangé sur la route qui nous ramenait lentement mais sûrement à la réalité et qui semblait mettre fin à ce moment hors du temps que nous avions partagé.
À notre arrivée, nous avions trouvé la cahute plongée dans le noir et silencieuse. Les restes d’un repas trainaient sur la table et nous avions entrepris de nous préparer une copieuse collation avant d’aller à notre tour nous coucher.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas passé une nuit aussi reposante et réparatrice, je dormis d’un sommeil de plomb dépourvu de tout rêve et lorsque je m'éveillais au petit matin, je me sentais revigorée et prête à affronter l’avenir. Après un petit déjeuner rapidement expédié, je m’étais entretenus avec Fabrice et avais obtenu de lui qu’il m’aide à creuser un large trou derrière la maison de son père dans lequel nous avions déposé la momie que nous avions arrachée aux griffes du San Felicia la nuit de notre rencontre. Fabrice m’avait promis de conserver cette relique préciseuement jusqu’à mon retour, bien que je sois incapable de lui dire quand nous nous reverions. Aucun de nous deux n’évoqua la possibilité que nos chemins ne se recroisent jamais même si cette pensée nous traversa l’un comme l’autre, distillant l’insidieux poison du doute dans nos esprits.

Une fois ces diverses tâches effectuées, je m’étais mise en route rapidement sans perdre plus de temps. Les adieux avec Pablo et Sigmund avaient été rapides mais chaleureux et ils me souhaitèrent bonne chance pour la suite. Fabrice quant à lui m’accompagna quelque temps jusqu’à ce que j’arrive sur la route principale qui descendait droit vers Sartosa. Une fois l’heure de la séparation arrivée, il m’indiqua la direction à suivre pour atteindre la cité pirate puis, alors qu’un long silence gêné s’installait il finit par dire :
- “Je ne sais pas ce que tu as prévu de faire, mais soit prudente et méfies-toi ! Les hommes du San Felicia sont dangereux..”.
- “Pas aussi dangereux que moi” répondis-je avec un sourire.
- “Nola ! Je ne plaisante pas. S’ils parviennent à remonter jusqu’à toi, personne ne pourra rien faire pour te venir en aide."
- “Ils pensent me traquer, sans savoir qu’en réalité, c’est eux qui le sont.”
Répondant à mon sourire il murmura “Élevée loin de la civilisation, Nola croit pourtant tout connaître des hommes.. Téméraire, elle n'a peur de rien et rêve de sillonner les mers à la recherche des siennes.. Je pense que ça ferait un bon début pour une histoire !”

Comme le silence s’installait de nouveau et que tout semblait avoir été dit, je me détournais pour entamer la route qui devait me ramener dans la puanteur de la cité, quand Fabrice m’attrapa par le bras, me faisant faire volte-face et m’embrassa. Ce fût un baiser court, mais intense qui exprima avec beaucoup plus de clarté l'inquiétude qu’il avait pour moi que tous les mots qu’il aurait pu prononcer. Une fois cela fait, il desserra sa prise sur mon bras, et sans un mot, avec un dernier regard, je me détournais et nous partîmes chacun de notre côté.
Le soleil avait déjà dépassé son zénith lorsque je parvins enfin dans les faubourgs de Sartosa. Après avoir passé plus de 24 heures dans la campagne calme et verdoyante de l’île, le bruit, la saleté et la puanteur de la ville agressaient mes sens. Il faisait encore très chaud aujourd’hui et l’ensemble de la cité portuaire semblait suer, une tension électrique régnait partout et j’avais l’impression d’avoir mis les pieds dans une poudrière. Me faisant la plus discrète possible, je me mêlais au flot de badauds je me dirigeais en hâte vers l’anguille rieuse afin d’y récupérer l’ensemble de mes affaires abandonnées la il y a deux jours de cela. Je me sentais toute petite alors que je me laissais porter par le courant de la foule, comme une noix dans sa coque, emportée par un fleuve violent et tumultueux. Autour de moi, d’autres suivaient également le courant, perdu eux aussi dans leurs pensées. Cependant, dès que j’avais mis les pieds dans la ville, une petite sensation de malaise s’était emparée de moi, comme un picotement sur ma nuque dont je ne parvenais pas à me défaire. Je me sentais observée et épiée, mais lorsque par moments, je m'arrêtais et, faisant semblant de m’intéresser à l’étale d’un commerçant, je regardais autour de moi, je ne parvenais pas à identifier la source de mon malaise.

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Lorsque je pénétrais enfin dans la taverne, je constatais que l’ambiance généralement festive et enjouée à toute heure de la journée avait ici aussi laissé place à une atmosphère tendue. Sans m’attarder, je filais en direction de ma chambre et rassemblais mes maigres possessions. J’enfilais mon grand manteau noir et rabbatis sa capuche sur ma tête, dissimulant ainsi mon visage dans l’ombre. Je me rendis ensuite au comptoir et réglais la somme correspondant à l’occupation d’une chambre pendant deux journées puis je me dirigeais rapidement vers la sortie. Alors que j’arrivais à la porte, j’avisais du coin de l'œil le jeune garçon qui m’avait servi mon repas le soir où Fabrice et ses deux compagnons m’avaient abordé. Me dirigeant vers lui, je lui attrapais l’épaule ce qui le fit sursauter. Après une demi-seconde d’hésitation, il me reconnut et je pus lui faire part de mon intention :
- “Y a-t-il une autre sortie à cet établissement petit ?"
- “Bien sûr m’dame ! L’entrée de service par laquelle nous acheminons nos denrées est juste derrière” me répondit-il avec un sourire franc.
- “Peux-tu m’y conduire ?”
Il sembla hésiter mais accepta finalement sans poser de questions. La porte s’ouvrit sur une sordide petite ruelle qui semblait peiner à exister entre les divers bâtiments construits à la hâte sans plan précis. Me retournant vers le jeune garçon, je lui tendis deux petites pièces et lui dit avec un sourire entendu “Pour ta discrétion" puis je m’éloignais, retournant vers l’une des artères principales en direction du port et de mon navire. Malgré mon stratagème consistant à sortir par une autre porte que celle par laquelle un potentiel traqueur m’aurait vu rentrer, je fis encore plusieurs détours accélérant tantôt le pas, et relatissant à d’autres moments pour tenter de vérifier si on m’épiait ou non mais je ne vis rien ni personne.
Finalement, j’atteignis enfin le port qui fourmillait d'activité comme à son habitude et pris la direction du quai auquel notre navire s’était amarré deux jours plus tôt afin d’y déposer mes affaires et de commencer enfin mon enquête sur les membres du San Felicia et les différents ports dans lesquels ils avaient fait escale ces derniers mois. La chasse était ouverte, et maintenant la question était de savoir qui était le chasseur, et qui était la proie..
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Message par [MJ] Le Roi maudit »

L'Aslevial mouillait paisiblement le long d'un quai du Flétan noir, confortablement sis entre un brigantin estalien et un baghlah d'Arabie.
Des têtes connues briquaient le pont, faisaient l'inventaire ou bien flânaient au soleil. Une bonne partie de l'équipage manquait. Normal.
L'un des matelots salua Nola en s'appuyant sur son balais.
"Alors. T'as fini de dessaouler ?" Il ricana avant d'ajouter, après avoir regardé à droite et à gauche. "Je sais pas si t'es au jus des dernières nouvelles mais ça a sacrément chambardé sur les quais cette semaine. Des gens auraient dérobé le magot aux lascars du San Felicia. Je sais pas à quel point ton cul a trempé dans l'histoire mais deux types te cherchaient. Je les ai envoyé paitre avec une sornette mais ils ne sont pas loin. Surtout n'attire pas les regards sur l'Aslevial. On n'a pas besoin de ça en plus."

Tandis qu'il retournait à son pont à briquer, un jeune mousse qu'elle ne connaissait pas et qui avait dû être débauché lors de cette escale lui fit signe de s'approcher. À voix basse il ajouta quelques informations : "Ils sont partis vers l'Homme mort. Il y avait un rouquin et un grand type boiteux qui avait son tricorne vissé sur la tête comme la couronne à l'Empereur."
Jets cachés
Jet de profilage : 6, réussite
L'Homme mort. Un présage funeste. Après tout, ses consœurs accrochaient bien les restes des aventuriers aux arbres pour faire comprendre aux nouveaux venus ce qu'il en coutait de souiller le sol de la Lustrie. L'équipage lui avait bien expliqué à quel point les quais de l'Homme mort était un cloaque dangereux et infesté de malfrats, même pour Sartosa. On pataugeait dans une mélasse de tripes de poissons, de fientes d'oiseaux, de vomissure et autre fluides puants et collants qui rongeaient autant que les tarets le bois des pontons. Des éclopés faisaient la manche en jetant des regards suppliants que le jaune de leur yeux rendait plus pitoyable que touchant. Des marins parlaient toutes sortes de sabirs en crachant des glaires visqueuses maculées de tabac de mauvaise qualité. On la scrutait sous toutes les coutures. Tire-laine intéressé par quelques sous, regard lubrique de marins esseulés, curiosité des débardeurs devant une femme aussi peu avenante, œillades jalouses des catins percluses par la vérole dont de grandes gigues à peine pubères soulevaient les jupons pour s'aiguiser le coutelas une toute première fois.
Et puis il y avait les brutes. D'immenses malabars, des mastiffs patibulaires mais presque trainant leur faciès de chien de garde, les armes en main, bousculant manœuvres et soulards. Mais dans cette foule, dans ce dédale de plus en plus vaste de quais, d’entrepôts et de piles de caisses, elle repéra un rouquin, un boiteux à tricorne. Il n'y avait plus qu'à voir si les quais portaient bien leur nom.
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par Nola Al'Nysa »

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"Alors. T'as fini de dessaouler ?" Lorsque je posais enfin le pied sur le pont de l’Aslevial, je fus accueilli par le vieux Gindast qui était visiblement occupé jusqu’alors à surveiller les rares marins présents sur le bâtiment, en charge de son entretien. Le vieux Gindast était le plus vieux marin de notre équipage, personne ne savait son âge exact, mais il était de notoriété publique qu’il avait traversé bien des aventures durant sa vie. Au sein de l’Aslevial, il faisait figure d’autorité et était un relais précieux entre le capitaine et le reste de l’équipage. D’ailleurs, il ne participait plus depuis longtemps aux combats et escarmouches auxquels nous prenions part, son rôle se limitant maintenant à apporter ses conseils avisés et son expérience à chacun d’entre nous. Lors de mon intégration dans l’équipage, il avait été l’un des premiers à me témoigner de la sympathie et à me prendre sous son aile, il avait toujours eu un faible pour moi, non pas d’homme à femme mais plutôt comme un grand-père et sa petite fille. Cependant, aujourd’hui son accueil était un peu plus froid qu’à l’accoutumée et mon sourire s'effaça alors qu’il s’approchait de moi l’air sombre :
- "Je sais pas si t'es au jus des dernières nouvelles mais ça a sacrément chambardé sur les quais cette semaine. Des gens auraient dérobé le magot aux lascars du San Felicia. Je sais pas à quel point ton cul a trempé dans l'histoire, mais deux types te cherchaient. Je les ai envoyé paitre avec une sornette mais ils ne sont pas loin. Surtout n'attire pas les regards sur l'Aslevial. On n'a pas besoin de ça en plus."
- “J’en ai entendu parler vaguement oui. Qu’est-ce qui a bien pu leur être volé pour qu’ils soient sur les dents comme ça ?”
- “Ma foi, c’que j’en sais moi ?” répondit-il en crachant par-dessus le bastingage. “Parait qu’des types on chourré de l’or et des vieilleries dans leur bateau, et surtout, ils ont réglé leur compte à quelques matelots de l’équipage, ça les a mis en rogne et j’peux les comprendre.”
- “Et qu’est-ce qu’ils me voulaient ces deux hommes ? Pourquoi demandaient-ils après moi ?”
- “J’en ai aucune idée, certaines rumeurs disent qu’ils auraient ramené une femme de leur dernier voyage dans ta jungle, alors p’tetre qu’ils voulaient comparer avec toi pour voir si la leur était une belle pièce” dit-il en haussant les épaules. “En tout cas je te le redis Nola, j’espère que t’es pas impliquée là-dedans, sinon ton p’tit cul est pas sorti des ronces.”

Feignant l'indifférence, je le remerciais de sa sollicitude et le rassurais, il n’avait pas à s’en faire, je n’avais rien à voir dans cette histoire et je ne comptais pas m’y impliquer. Il n’avait visiblement pas remarqué la façon dont j’avais serré le poing à m’en faire blanchir les jointures quand il avait évoqué la potentielle présence d’une de mes sœurs sur le San Felicia. Il ne parût pas totalement convaincu mais s’en retourna néanmoins à la supervision des travaux d’entretien. Alors qu’il s’éloignait, un jeune mousse que je ne connaissais pas et qui avait dû être recruté lors des derniers jours me fis signe d’approcher, puis sur le ton de la confidence il me dit : "Ils sont partis vers l'Homme mort. Il y avait un rouquin et un grand type boiteux qui avait son tricorne vissé sur la tête comme la couronne à l'Empereur.”
"Intéressant" me dis-je, tandis que je redescendais sur les quais après avoir déposé les affaires dont je n’avais pas besoin. Je pris donc la direction du quai de l’homme mort et, chemin faisant, j’entrepris de rassembler mes souvenirs sur les quelques informations que je connaissais à propos de ce lieu à la sordide réputation. De ce qu’on m’en avait dit, l’homme mort était l’endroit ou la lie de Sartosa croupissait, ce qui, au vu de l’état du reste de la ville, voulait déjà dire beaucoup. Je traversais donc plusieurs quais, me penchant par instants pour passer sous un lourd morceau de bois que quatre marins portaient sur leurs épaules, bondissant l’instant d'après par-dessus quelques tonneaux que des hommes avaient laissés au milieu du passage, m’écartant au dernier moment pour éviter une charrette qui descendait à vive allure vers la jetée, si l’ambiance était électrique dans la ville, cela n’avait pas stoppé l’activité incessante de la fourmilière que représentait les docks. Je m'arrêtais par deux fois pour demander la direction du quai de l’homme mort, n’y ayant jamais mis les pieds, je n’avais qu’une vague idée de l’endroit où cela se situait. Je sus instinctivement que j’y étais parvenu au bout d’une vingtaine de minutes car l’ambiance dans le quartier où j'étais arrivé avait changé. Il y avait certes toujours de l’activité mais l’endroit était vraiment sale et semblait mal famé. Relevant ma capuche sur ma tête pour dissimuler mon visage dans ses profondeurs, je pénétrais dans le quartier de l’homme mort sans un regard en arrière, après tout me dis-je, cela ne pouvait pas être un si mauvais présage, pour une femme. L’odeur dans l’air agressait mes narines, un mélange d’effluves de déjections et de vomis flottait tout autour de moi, tandis que ça et là, des ivrognes comatés allongeaient à même le sol crasseux. Partageant la rue avec eux, des mendiants miséreux qui auraient mieux fait de se jeter dans le port tendaient vers moi leurs mains décharnées, l’un d’eux crachant même après mon passage, sûrement mécontent que je ne lui prête pas attention. Plus loin, des débardeurs déchargeaient des marchandises sous l'œil sévère de vigiles à l’allure peu engageante et au physique imposant. Enfin, pour compléter ce triste tableau de la condition humaine, une troupe de catins maladives et sales arpentait les docks, tels des corbeaux au-dessus d’une bataille, tentant d'appâter quiconque serait prêt à leur verser quelques pièces contre un moment de plaisir, si on pouvait appeler ça du plaisir. Comment une femme pouvait-elle se rabaisser à ce point ? J’aurais personnellement préféré mourir que de vivre ainsi.

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Alors que j’avançais dans le dédales de ruelles insalubres, je finis par apercevoir, à quelques dizaines de mètres devant moi, un rouquin et un boiteux à tricorne qui descendait d’un petit navire sur une passerelle de bois. Reculant d’un pas, je me dissimulais derrière le coin de la ruelle dont je venais de déboucher pour les observer. Aucun doute, les deux hommes correspondaient parfaitement à la description que m’avait faite le jeune mousse. Ils avaient dû interroger les membres d'équipage du navire qu’ils venaient de quitter et allaient certainement poursuivre leur enquête. Craignant de me faire remarquer si je les prenais en filature, j’avisais proche de moi un vagabond qui semblait dans un état un peu moins délabré que ces compagnons d’infortune. M’approchant de lui, je lui dis en versant quelques pièces dans sa main sale aux ongles jaunis et fendus “Tu vois ces deux hommes là-bas, je veux que tu les suives et que tu reviennes ici me prévenir lorsqu’ils auront fait halte dans une auberge ou un bordel”. Sans demander son reste, l’homme se leva et partit sans hâte dans la direction des deux marins.
Jet INT : 4
Il me fallut un long, trop long moment, pour comprendre que je m’étais faite rouler et que l’homme avait tout simplement foutu le camp. Jurant par moi-même, je maudissais ma naïveté et la cupidité des hommes de ce nouveau monde. On disait ici que l’argent pouvait tout acheter, mais on disait également qu’il ne fallait jamais faire confiance à un pirate, alors comment s’y retrouver dans cette société de complots et de duperies permanents. J’avais perdu deux bonnes heures et les ombres s’allongeaient maintenant tandis que le soleil descendait sur la mer, rendant le quartier de l’homme mort encore plus inquiétant. Je hâtais le pas me dirigeant vers l’endroit où j'avais aperçu mes deux proies pour la dernière fois, en espérant qu’ils soient toujours dans les parages. Après une bonne demi-heure à arpenter prudemment des ruelles étroites et sombres, je finis par les apercevoir alors que j’arrivais dans une petite rue remplie de tavernes, tripots et autres bordels à l’instant où ils s’engouffraient dans un établissement que je connaissais pour y être déjà allé une fois, la corne du narval. Jugeant qu’il serait bien trop risqué de m’y aventurer à leur suite, je décidais d’attendre simplement dehors qu’ils ressortent. Après être passée rapidement près de l’une des fenêtres crasseuses du tripot et avoir pu les voir s’installer à une table pour commander un repas et à boire, je m’éloignais pour m’enfoncer dans les ombres de la nuit tombante. N’ayant rien mangé depuis le matin, je décidais d’acheter une tranche de lard grillé, un morceau de pain et un peu de vin à un marchand ambulant qui avait son stand non loin de la taverne. Ceci étant fait, je m’installais à l’angle de la rue, tapi dans l’ombre adossée contre une charrette stationnée là, et attendis la sortie des deux marins en mâchonnant mon maigre festin.

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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Attendre, à Sartosa, c'était déjà devenir une part du décors. Comme si rester immobile plus de quelques minutes et les coquillages, les algues et les souillures allaient vous recouvrir.
Les passants jetaient des regards en coin à Nola. Elle n'était rien de plus qu'une curiosité, oubliée la seconde d'après. Un bougre lui demanda même combien elle prenait et les insultes qu'il reçu de la part de l'Amazone le firent déguerpir la queue entre les jambes.

Comme les deux gentilshommes qu'elle attendait se faisaient désirer, la boucanière s'avança jusqu'à la corne de Narval. Les lieux faisaient à peu près tout ce qui peut consoler le marin de l'ile. Tripot, bordel, des filles pas trop laides et de l'alcool pas trop coupé. Un énième rade à âmes peu radieuses. Il y avait toute la clientèle habituelle d'ivrognes aux yeux jaunes, de manœuvres aux muscles noueux. Un musicien sabordait les symphonies les plus célèbres de Nuln avec son violon mal accordé. Entre deux matelots endormies la gueule contre le comptoir crasseux, le taulier nettoyait des bocks avec un torchon et ses glaviots.
Pas de trace du boiteux et du roux. Elle grimpa à l'étage sous les remarques aguicheuses des catins. D'ailleurs l'une d'elle, après lui avoir glissé deux sous dans le corsage la rencarda. Troisième porte à gauche. Seconde à droite. "Mais tu devrais attendre mon chat, tes copains sont en bonne compagnie."
Jets cachés
Jet de discrétion : 16, échec
Le pirate attaque : 12, échec
Jet d'attaque : 2, réussite, il perd 27 pv
Jet d'attaque : 1, réussite critique. Bah. Il est mort :nain:
 ! Message de : Un MJ soucieux
Le passage suivant contient beaucoup de violence et de gens dans leur plus simple appareil. Si ce genre de contenu vous indispose, il est plus sage d'aller voir ce qu'il se passe du côté des ingénieurs à Zhufbar.
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Re: [Nola Al'Nysa] La plus sauvage des vies

Message par Nola Al'Nysa »

S’il est une chose difficile, c’est de passer d’une situation d’inaction à une situation d’action pour revenir aussi subitement une situation d’inaction, le tout en l’espace d’un clin d'œil. Après avoir patienté un long, très long moment dans la ruelle jouxtant la corne du Narval, espérant en vain voir mes proies sortir sans se douter du danger qui les guettait, j’avais finalement pris la décision d’aller à leur rencontre. Dans la jungle, j’avais au sein de mon peuple la réputation d’être une grande guerrière en devenir, mais à l’inverse, d’être une piètre chasseuse, notamment à cause de mon manque de patience et de mon caractère emporté. Je souriais intérieurement tandis que je m’avançais vers la taverne en repensant au nombre de fois ou j’avais essuyé des remontrances sévères des mères instructrices après avoir mis en péril une chasse de longue haleine par mon manque de discipline.
Lorsque j’avais poussé la porte de l'établissement, une bouffée de chaleur et d’odeurs m’avait assaillie et le bordel qui régnait à l’intérieur m’avait étourdi un moment après la longue attente dans la ruelle calme et sombre. Ici, on jouait des airs de musiques populaires chez les marins du monde entier, on chantait à tue-tête des chansons paillardes, on se défiait au bras de fer sous l'œil moqueur de ses congénères, en espérant épater une des femmes présentes dans la salle. Toutes ces activités étaient bien évidemment copieusement arrosées d’alcool de plus ou moins bonne qualité et agrémentées d’herbes à fumer en tout genre.

Dans ce foutoir général, j’étais passée plutôt inaperçu, quelques hommes avaient bien tenté de venir m’aborder, mais j’avais appris depuis un moment maintenant à leur faire comprendre rapidement que s’ils voulaient rester des “hommes”, il valait mieux pour eux changer de cap et mettre les voiles. Ne voyant pas dans la salle les deux personnes que j’espérais y trouver, j’en avais vite déduit qu’ils avaient déjà dû se rendre à l’étage, là où, pour les plus fortunés, ou les plus chanceux, on venait finir la soirée entre les cuisses d’une catin pas trop déplumée ne demandant qu'à vous soulager de quelques pièces supplémentaires. En arrivant à la porte donnant sur les étages, j’avais dû supporter sans trop broncher les regards en biais et les remarques aguicheuses des catins qui attendaient des clients “alors ma jolie, on cherche du travail ?” ou bien “tu veux finir la nuit en bonne compagnie ma belle ? Crois-moi les femmes aussi je sais les satisfaire”. Prenant sur moi pour ne pas déclencher une esclandre, je m’étais adressé à celle qui semblait être la responsable de ces filles de joie bon marché et lui avait expliqué que j’étais venu chercher deux compagnons à la demande de mon capitaine pour leur transmettre un message. Après avoir fait une brève description des deux hommes en question, elle me dit, avec un sourire complice “Troisième porte à gauche. Seconde à droite. Mais tu devrais attendre mon chat, tes copains sont en bonne compagnie."

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La suite avait été tout aussi rapide, montant à l’étage, j’avais rapidement identifié la chambre dans laquelle l’un des deux lascars avait trouvé refuge. Cette dernière n’était pas fermée et en poussant légèrement la porte, elle pivota sur ses gonds sans faire de bruit et je put apercevoir le rouquin en train de s’envoyer en l’air avec une catin bien en chair. C’était presque trop facile, j’avais déjà décidé depuis un moment de supprimer le rouquin et de me garder le boiteux pour répondre à mes questions. Passant les mains derrière ma nuque, je sortis en silence mes deux cimeterres de leur fourreau, puis, je m’avançais en direction du lit ou la bonne femme semblait avoir décidé de redoubler d’efforts dans ses cris et ses gémissements, comme pour encourager son cavalier. La suite de l’opération ne s’était pas passée tout à fait comme escomptée. Alors que je franchissais la porte et avançais vers ma cible, une latte du plancher émit un grincement sonore et les deux amants se retournèrent comme un seul homme, poussant un cri de surprise. Je dois dire que le rouquin me surprit par sa vivacité, en quelques gestes, il se saisit de son sabre et se jeta dans ma direction, nu comme un verre. En revanche, il ne me surprit pas par ses talents d’escrimeur. Alors qu’il m’envoyait un coup circulaire en direction de la gorge, je reculais simplement mon buste en me penchant en arrière et la lame passa à quelques centimètres de ma peau. Contractant mes abdominaux, je me rejetais ensuite en avant et plantais l’une de mes lames dans la bedaine du gaillard. Il poussa un cri de douleur mais avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, je fouettais l’air de ma deuxième lame et sa gorge s’ouvrit, laissant échapper un flot de sang noirâtre. Il s’effondra par terre quand je retirais mon arme de son ventre, juste devant le lit. Alors que quelques gargouillis s’échappaient encore de sa gorge, je lui dis en cherchant à capter son regard déjà couvert d’un voile blanc “c’est tout ce que t’avais dans le ventre l'ami ?”. Cependant, je ne put profiter de ma blague, car la catin, qui ne semblait finalement bonne qu’à pousser divers hurlements quelques fussent les circonstances se mis à couiner et à pousser des cris tellement stridents qu’ils m'agresseaient les oreilles. Elle n’essaya même pas de se protéger alors que je m’avancer vers elle, se contentant de reculer jusqu’à ce que le panneau de bois de la tête de lit la bloque et, je l’assommais sans plus de cérémonie d’un coup de pommeau sur la tempe.

J’étais écumante, mon corps était comme toujours après un combat, aussi court fut-il, couvert d’une fine pellicule de transpiration, et mon cœur battait à plein régime. Profitant de ce temps de répit, j’ôtais mon long manteau et le jetais sur le lit avant de parcourir la chambre du regard, cherchant des yeux un quelconque objet appartenant au rouquin pouvant me donner des informations sur le San Felicia et son étrange cargaison. Sur le meuble de chevet, une bourse, ses armes, au-dessus de ses fringues et ses bottes en vrac. Alors que je me penchais en avant pour examiner le contenu de ses poches, un nouveau cri retentit derrière moi, alors que je me retournais en attrapant mes armes, je tombais nez à nez avec l’autre marin, le boiteux, qui avançait dans la chambre, pistolet en main. Ses yeux firent rapidement le tour de la scène et il hurla, bouillonnant de rage “Putain de sauvage ! Ça t'avait pas suffit le bateau hein ? Qu'est ce que tu nous veux sale chienne ? Parle avant que je t'aligne !”.

J’étais en fâcheuse posture et je n’avais clairement pas de marge de manœuvre pour réagir contre un homme me tenant un joue. Bien que la chambre fût très petite, je doutais de ma capacité à atteindre l’homme avant qu’il ne tire, et vu la taille de la pièce, il ne risquait pas de me louper. Je laissais mes armes tomber au sol, puis, terminant de me redresser afin de lui faire face, je levais les mains afin de lui faire comprendre que je ne comptais pas opposer de résistances.
Alors qu’il pointait son arme tremblante vers ma poitrine, je fis un premier pas en avant, tout en lui répondant d’une voix calme et apaisée “Qu’est ce que je vous veux ? Il me semble que c’est vous qui me cherchiez aujourd’hui, donc je te retourne la question. Qu’est-ce que vous me voulez ?”
Alors qu’il semblait surpris de ma réponse et qu’il me répondait à son tour, je refis un second pas dans sa direction, toujours aussi lentement et calmement. Dans mon pays, nous étions les chasseuses, nous chassions en meute avec les soeurs de ma tribu et étions les reines de la jungle, mais parfois, il arrivait que l’une d’entre nous se retrouve isolée face à une créature plus forte et plus imposante qu’une amazone seule ne pouvait pas vaincre. Dans ces moments, nos mères nous avaient toujours dit qu’il fallait regarder la créature dans les yeux, et agir avec calme, sans faire de gestes brusques, afin de battre en retraite si cela était possible, ou bien frapper par surprise si nous n’avions pas le choix. À ce moment, c’était clairement la deuxième option qui m'était imposée, et tandis que nous échangions des questions-réponses, je continuais à avancer, pas après pas vers le pirate boiteux, mon regard fixé dans le sien, plaquant sur mes lèvres un étrange sourire. Un grand calme m'envahit. J'avais, quoi qu’il puisse advenir dans les prochaines minutes, fait ce qu'il fallait, aujourd'hui. Je le sus comme un fait indéniable. Mon devoir était peut-être odieux et avilissant, mais c'était le mien, et je l'avais accompli. Pour mon peuple. Le temps, nous en étions l’un comme l’autre prisonnier, enfermé dans un petit bout de maintenant qui était le seul sur lequel nous puissions avoir de l'influence. Tous les bientôt et les demain que je projetais encore quelques minutes plus tôt n'étaient que des fantômes qui pouvaient m'être arrachés à tout instant. Les intentions n'étaient rien. Tout ce que j'avais, c'était maintenant, dans l’espace exigu d’une chambre de bordel de Sartosa. Je n’aurais peut-être qu’une chance d’agir, et quand elle se présenterait à moi, il me faudrait la reconnaître, et la saisir sans crainte des conséquences.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
Profil: For 9 | End 8 | Hab 8 | Cha 8 | Int 9 | Ini 8 | Att 9 | Par 9 | Tir 8 | Foi 0 | Mag 0 | NA 1 | PV 60/60
Mon histoire : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_nola_al_nysa
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