Les Héritiers de Sigmar

Un peu de finesse dans un monde de brutes...
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Armand de Lyrie
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Les Héritiers de Sigmar

Message par Armand de Lyrie » 03 avr. 2019, 02:54

Zillendorf, Archi-Lecteur de Sigmar.
Altdorf.
16. (Festag), Sigmarzeit 2539.


« Va-t-il abjurer ? me demanda le Théogoniste Kaslain sans même me regarder.
– Il a eu amplement le temps de réfléchir, je lui répondis à voix basse.
– Mais va-t-il abjurer ? »

La répétition de la question ne trouva, auprès de moi, nulle réponse. Kaslain, regardant toujours les toits de la cité d’Altdorf depuis les fenêtres de ses appartements au sein de la cathédrale de Sigmar, ne daigna même pas se tourner pour m’observer. Revêtu d’une simple robe de nuit, qui laissaient apparaître ses bras flétris couverts de cicatrices gagnées au combat, Sa Sainteté resta là, les mains dans le dos, sans que je sache par sa voix s’il se sentait en colère, ou simplement troublé.

« Ne pas abjurer ne serait pas dans son intérêt, je trouvais simplement à dire en guise de réponse.
– Il ne cherche pas son intérêt, Zillendorf. C’est un croyant ! Ces gens là sont les pires. Ils ne sont pas guidés par leur passion, maispar leur foi. Quel gâchis… Le plus brillant esprit que notre culte ait eut depuis au moins trois générations, et il a fallu qu’il publie son torchon... »

Entendre Sa Sainteté Kaslain critiquer les croyants est ordinaire. Il a beau être un des plus grands Théogonistes qui aient jamais dirigé cette office, le successeur de Volkmar est loin d’être un dévot. Pragmatique à l’extrême, il est apprécié dans l’Empire justement pour sa mansuétude et son manque de convictions. Ce n’est pas le genre d’idiot prêt à nous précipiter dans des troubles avec tous les autres cultes simplement par fierté ou fanatisme. Le Grand Conclave a rarement été aussi pacifié.

« Il risque la torture, tout de même, je me permis de noter.
– Il risque la mort, surtout ! Mais est-ce qu’il la désire ? Mourir, ça serait devenir un martyr, ça serait rallier tous ces petits récusant de la faculté de Nuln et tous ces barbares du culte d’Ulric derrière-lui. Tu as lu comme moi son immonde torchon, Zillendorf : Il nous accuse de tous les maux de l’Empire, c’est limite s’il n’accuse pas les lecteurs de notre culte de violer les vaches pour faire tourner le lait dans les villages !
Et dire qu’il était si brillant… Si pieux… Il aurait pu faire de grandes choses. Prendre ta place, si tu mourrais. Quel orateur. Mais il a fallu qu’il ruine tout. Avec sa foi…
Mais il ne mourra pas pour elle. Il est lâche. Nous le mettrons devant le fait accompli. Il n’a pas tremblé hier, mais Sigmar m’en est témoin, il tremblera demain ! »


Je fulmine intérieurement. Je serre les dents. Je fronce les sourcils. C’est le fiel qui me fait parler. Mais comment souhaitez-vous faire autrement ?

« Je vous avais prévenu, Votre Sainteté. »

Et enfin, Kaslain cessa de regarder sa fenêtre, il cessa de rester stoïque comme il l’avait été depuis une demi-heure, lorsque j’étais arrivé dans ses appartements afin que nous parlions du problème majeur devant lequel nous sommes. Enfin, il pivota légèrement, et me regarda dans les yeux. Je pus apercevoir sa face ridée et ses yeux entourés de cernes. C’est pourtant avec un ton très flegmatique qu’il feint de ne pas comprendre :

« Profitez-en, Zillendorf. Ce n’est pas tous les jours que vous pourrez me dire je vous l’avais bien dis.
– J’aurais préféré avoir tort que de jouir de ce minuscule persiflage, Votre Sainteté. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais nous sommes à deux doigts de vivre un schisme qui pourrait déchirer l’Empire ! Sa Majesté Impériale ne le sait pas, Todbringer ne le sait pas, tous les négociants de Marienburg ne le savent pas, mais vous, et moi, nous le savons !
Et je vous l’avais bien dis, en effet ! »


Je l’avais bien dis, à Sa Sainteté. Il y avait cinq ans, quand je l’avais imploré de ne pas donner à Albus Brenz la chaire de théologie de l’université de Nuln. Mais non. Il a préféré écouter sa propre fierté. Son amour pour ce jeune homme qui savait le défier lors de débats, cet esprit vif et nourri d’écrits divers et variés, ce voyageur qui était allé jusqu’en Estalie, et jusqu’à Karaz-a-Karak pour parler de religion. La vérité est qu’il a été atteint dès le jour où il s’est installé à Marienburg. Il y a passé des années, à parler avec une grande libéralité au sein du Tempelwijk. Il était censé aller là-bas pour s’instruire, et pour faire connaître aux Marienbourgeois le culte de Sigmar, dans une tentative bien vaine de rattacher le Pays Perdu à l’Empire par la voie de la diplomatie. C’est tout l’inverse qui s’est produit. Brenz s’est nourrit de tous les autres cultes, il s’est mit à dénoncer les structures rigides de notre religion, et alors, il s’est mit à écrire des pamphlets et des traités, persuadé qu’il en avait le droit simplement à cause de son amitié avec Sa Sainteté Kaslain…

Il aurait fallu tuer le vers de la pomme immédiatement. Brûler ses livres, et pourquoi pas lui avec. Mais non. À la place, il a juste eu quelques ouvrages censurés, et une chaire à l’université de Nuln, quel honneur. Il est revenu avec toutes ses idées issues de Marienburg, il s’est mit à les enseigner à toute la jeunesse éclairée de la belle ville du Wissenland, et quand enfin ses écrits sont devenus insupportables et qu’il n’a eu cesse de recevoir des refus de licence des imprimeries du culte, qu’est-ce qu’il a décidé de faire ? Il les a publiées et diffusées illégalement. Et quand nous l’avons appelé à Altdorf pour s’expliquer, lors d’une séance discrète, est-ce qu’il a demandé pardon en dénonçant ses ouvrages ? Non. Il s’est mit à transformer ça en dispute théologique. Aujourd’hui il est presque trop tard. Son torchon, comme dit Kaslain, est devenu un insigne de ralliement dans tout ce qui se fait d’engeance putride et d’insurgés dans l’Empire.

« Il abjurera, je le sais, répète Kaslain en se tournant à nouveau pour regarder par sa fenêtre.
– Comme il était censé abjurer hier, vous voulez dire ? Il nous a fait honte ! Il a failli allumer les feux d'une guerre civile, devant toute la noblesse impériale !
Heureusement que j’étais là, ou il y aurait eut des morts ! »


Cette question n’aurait dû être que religieuse. Je le sais, et Kaslain le sait, et l’autre archi-lecteur, von Leiden, le sait aussi. Mais Brenz s’est trouvé des protecteurs. Au lieu de se laisser être excommunié par les siens, il a couru ventre à terre dans les bras de Werner Todbringer. Je pleure à l’idée que l’Histoire puisse un jour mentir en disant que c’est nous, les coupables, d’avoir décidé d’impliquer le pouvoir séculaire dans ce qui n’était au fond que des débats cléricaux sur la prétendue richesse et corruption des autorités sigmarites. La vérité c’est que c’est lui, qui s’était caché derrière l’armure rutilante du comte du Middenland.

Au premier jour du Sigmarzeit s’ouvrait une Diète Impériale, réunie par Sa Majesté Impériale Karl Franz von Holswig Schliestein. Cela faisait trente-sept ans qu’il régnait, et la fatigue de son règne illustre, au cours duquel il avait vaincu les hordes des puissances de la déchéance venues s’abattre sur le monde (Ce qui est loin d’être un petit accomplissement…) se faisait alors sentir de plus en plus. Le but de la Diète était de régler le contentieux né de la succession à l’électorat du Wissenland : L’incompétence de la comtesse Emmanuelle von Liebwitz, suivie par de multiples guerres civiles et traités de paix multiples entre les différents acteurs de la province, avaient débouché sur des troubles qui risquaient de naître. Karl Franz avait habilement joué sur cette histoire en s’arrangeant pour que son fils aîné, Luitpold, fasse un mariage prometteur avec la nièce d’Emmanuelle, Erika von Toppenheimer. Mais cela risquait de se retourner contre lui, en attirant la jalousie maladive des autres familles impériales…

L’ordre du jour de la diète impériale était simple. Il fallait régler des plaintes au sujet de péages seigneuriaux, obtenir la création d’un « vingtième impérial » sur les importations et les exportations, obtenir les crédits nécessaires pour rénover les places fortes de l’Empereur sur le littoral nord, et, surtout, faire reconnaître la sortie de crise proposée par Karl Franz pour le Wissenland : Son fils aîné deviendrait comte-consort et ses enfants avec la nièce d’Emmanuelle obtiendraient l’héritage, le traité séparant Nuln du Wissenland serait aboli à condition que Nuln garde sa charte et ses avantages – ce qui allait donner naissance à une situation très particulière où le comte du Wissenland vivrait à Nuln sans avoir le moindre pouvoir dans la ville de Nuln proprement dite – et que Luitpold renonce officiellement à toutes prétentions sur l’héritage du Reikland et d’Altdorf. Bien sûr, Karl avait un autre fils, cadet, le brave Mattheus, vétéran de la Reiksguard, qui pouvait assurer l’héritage, mais vous comprenez vite le tour de passe-passe : Ce qui suscitait des crispations, c’est l’idée qu’un même homme puisse être et comte du Reikland, et comte du Wissenland, et Empereur : Il serait devenu soudainement l’homme le plus puissant et incontesté de tout l’Empire. Luitpold aurait le Wissenland, Mattheus le Reikland et l’office impériale, et même si ce n’est pas orthodoxe pour le cadet d’être élu plutôt que l’aîné, ça avait au moins le mérite de donner un peu de semblant de distinction, d’autant plus que Mattheus était pas marié…
Je sais. C’est très technique tout ça, vous devez vous y perdre. Mais c’est de la politique, et tout ça, au fond, n’avait qu’un but politique. Qu’est-ce que la Diète Impériale ? Une sorte de grande réunion ponctuelle, appelée selon le bon vouloir de l’Empereur, et absolument pas un organe permanent ou bien organisé. En l’occurrence, on avait appelé à venir à Altdorf tous les comtes-électeurs laïcs, des représentants des Chevaliers Impériaux, des députés du Grand Conclave – chaque culte avait envoyé un ou deux représentants, mais le culte de Sigmar en a obtenu seize – avec en plus l’archi-lecteur von Leiden. Et puis, des élus des villes chartées et des guildes. Loin d’avoir un véritable pouvoir décisionnaire, le but pour la Diète était de légitimer quelque chose qui avait été négocié au cours de mois, voire d’années entières, à coup de batailles entrecoupées de pourparlers qui ont déchiré le Wissenland.
Et puis, Werner est arrivé. Todbringer…

Il est arrivé gaiement, le jour de l’ouverture de la Diète, une fois que tout les appels ont été terminés. Et, de nul part, il a proposé de rajouter une motion à la séance de la Diète : Il avait ramené dans ses bagages Albus Brenz. Ça a failli tourner à l’émeute. Karl Franz a dû utiliser de sa voix de lion vieillard pour appeler la Reiksguard et faire évacuer tout le monde dans des salles séparées au sein du palais impérial. Il faut que vous compreniez, Albus Brenz est officiellement excommunié depuis trois ans, et son livre-fétiche, Des Raisons Profondes De La Misère Spirituelle, est victime d’un autodafé officiel qui consiste en la destruction systématique de tous les ouvrages et la condamnation à l’amende et à la fermeture des imprimeries qui le reproduiraient. Plutôt que d’affronter la colère du culte, Brenz a profité de la complicité de Werner Todbringer pour traverser le Reik, et se réfugier à Marienburg, où son Des Raisons se vend comme des petits pains. Kaslain était à deux doigts d’excommunier Werner Todbringer lui-aussi, et il a fallu que Karl Franz nous en empêche, n’ayant probablement pas envie de provoquer une guerre religieuse au sein de l’Empire. Eh bien, Franz nous a offert trois ans de paix, et voilà que Todbringer venait nous chier à la gueule en récompense.
Normalement, la chose à faire, ça aurait été d’envoyer la Reiksguard dans l’hôtel Altdorfien de Todbringer, sortir Brenz, quitte à devoir tuer quelques templiers du Loup Blanc sur le chemin, pour ensuite faire un beau bûcher à cet hérétique patenté. Mais ce n’est pas ce que Franz a fait. Il a longuement hésité, et il s’est tourné vers l’archi-lecteur von Leiden, pour lui demander conseil. Oh von Leiden, espèce de lâche, abruti, il aurait dû répondre à Sa Majesté que ce n’était pas à la Diète de trancher des questions religieuses, que c’était intolérable, que c’était au culte de Sigmar de réunir un concile pour revoir la condamnation prononcée par contumace envers Albus Brenz. Mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Il a dit, à peu de choses près, « oui oui, pas de soucis ». Je ne vous dis pas la colère noire que ça a été quand la nouvelle est arrivée à la cathédrale de Sigmar, qui est tout de même dans la même ville que le Palais ce n’est pas comme si nous étions de l’autre côté de l’Empire. Cela m’étonnerait que von Leiden garde longtemps sa place si nous nous en sortons.

Il a fallu bousculer tout le programme. Normalement, la Diète était censée être une affaire de trois jours. Cela en fait seize, et si vous regardez bien le calendrier impérial, vous devriez savoir que dans deux jours, c’est la fête du début de l’été. L’ambiance est électrique, empirée par des prêches de rues entre pro et anti-Brenz, qui n’hésitent pas à fanatiser les masses contre l’autre camp, en sortant à tout va des accusations de corruption, de simonie, ou d’hérésie, des mots trop compliqués pour le commun des mortels. Fort heureusement, Kaslain a pu raisonner Franz, et il a été décidé in extremis d’une refonte complète et expresse de la Diète Impériale. Ce ne sont plus seize, mais soixante-huit représentants du culte de Sigmar qui ont été appelés dans le Reikland et les régions proches, et qu’il a fallu attendre. Puisqu’il fallait tout résoudre, autant résoudre dans les règles, et le plus officiellement possible.

C’était une erreur grotesque. Hier s’est produit ce qui a failli être une guerre, et c’est avec grande humilité que je me vante d’avoir sauvé l’Empire.

Gardez en tête l’ambiance dans les rues. Imaginez le contexte bouillant, la tension qui gronde, alors que les gens sont partagés entre l’envie pressante de la fête et du carnaval, et la haine savamment entretenue par des démagogues fanatiques en frocs de curés. Vous savez quelle a été la réaction du pouvoir ? Le Prince Mattheus, cet imbécile, a fait venir au onzième jour des troupes en garnison à Helmgart pour camper à l’extérieur de la ville, et il a appelé les réservistes de la garde bourgeoise d’Altdorf pour prendre leurs armes et organiser des patrouilles. Vous croyez qui se passe quoi quand les gens, qui attendent un magnifique carnaval plein d’ivresse et une orgie de bouffe, voient soudain les toits truffés d’arbalétriers et de la soldatesque juste à l’extérieur des portes ? Il y a des rumeurs. Même les rumeurs les plus folles. Que Karl Franz va envahir la cité pour tuer Brenz et tous ses partisans. Ou que, à l’inverse, c’est Brenz qui manipule le gouverneur militaire de Helmgart pour tuer les vrais partisans de Sigmar. On s’est même mit à accuser l’un et l’autre camp d’être soutenu par les puissances de la déchéance, pourtant censées être disparues depuis que Archaon a été tué et sa horde de milliers de guerriers vaincue sur tous les fronts et repoussée loin du Kislev.

Maintenant, imaginez la séance du quinzième jour. Une salle dans le palais impérial gigantesque, décorée partout de dorures, de statues, et d’une fresque géante représentant les grands épisodes de la Tempête du Chaos. Les comtes électeurs et les chevaliers qui occupent les magnifiques bancs à gauche. Les clercs et les prêtres ceux de droite. Karl Franz et la famille impériale au centre, avec tous les administrateurs, et le Patriarche Suprême Faust Valdorf. Il y avait, en contrebas des bancs, et plutôt au fond, des places réservées pour les députés des villes et les représentants des guildes, en bien moins grande majesté que les deux premiers ordres. En haut, sur de gigantesques balcons, bien gardés par des soldats de la Reiksguard tout en armure, le bon peuple bourgeois, et les curieux venus de tout l’Empire, alertés par les rumeurs qui duraient depuis au moins deux semaines, se pressaient pour regarder les débats qui allaient se donner en bas.
L’ambiance pesante des rues se sentait aussi dans cette salle. Albus Brenz entra discrètement quand tout le monde fut installé et silencieux. Il était accompagné de deux templiers du Loup Blanc, des soldats d’Ulric, venus ici pour accompagner Todbringer et les représentants du Middenland. Lorsqu’il fut aperçut, on entendit depuis les balcons soit des applaudissements, soit des huées : Elles furent vites réprimées par un héraut d’armes posté aux côtés de Karl Franz, qui hurla le silence et ordonna à la Reiksguard d’expulser immédiatement les fauteurs de trouble.
Puis, Albus Brenz se sépara des deux gigantesques armoires à glace en armure. Et il s’approcha, d’un pas lent, tout tremblant, d’une barre en face de Karl Franz, à quelque chose comme trente pas. Karl Franz était assis sur son trône, lui-même posé sur une très grande estrade qui était au-dessus de tous les rangs de bancs nobles, cléricaux et bourgeois. Jamais je n’avais vu Brenz paraître aussi petit, lui qui était habitué aux grands discours en hauteur, perché sur une chaire de temple ou d’université. C’est alors que l’archi-lecteur Jan von Leiden s’avança. Et ce fut là que la curée commença.

J’étais assis tout à droite des bancs du clergé. L’honneur faisait que j’étais parmi les rangs les plus éloignés, et donc ceux les plus à la hauteur de Karl Franz. Au milieu d’un tas de prêtres, en très grande majorité de Sigmar, j’étais bien installé pour contempler la scène. Jan von Leiden s’approcha, et pointa du doigt un livre qui avait été mit sur une table en bois, afin que tout le monde puisse bien le voir.
« Tu es Albus Brenz ? Demanda-t-il.
– Oui, répondit l’accusé d’une voix tremblante.
– Et reconnais-tu ce livre ?
– Oui, je l’ai écris, à Nuln, il y a quatre ans de cela.
– Un jugement du culte de Sigmar, en date du 21 Erntezeit 2536, a condamné ce livre à l’autodafé, et ta personne à être excommuniée, interdite d’entrer dans les temples de Sigmar, de donner des cours dans les universités, et d’être enterré en sépulture religieuse. Aujourd’hui, devant l’Empereur et l’Empire, décides-tu de reconnaître ta condamnation ? Reconnais-tu que les mots que tu as prononcés ou écrits ont été erronés, offensants, dangereux, séduisants pour les faibles d’esprits, et qu’ils t’ont servi à dévoyer les fidèles de la Foi et de l’Unicité des Cultes du Grand Conclave ? Abjures-tu tout ce que tu as prononcé depuis ton excommunication, et tout ce que tu as écris dans cet ouvrage mit à l’index ? »


Il n’avait qu’un seul mot à prononcer. « Oui, j’abjure ». On l’aurait pardonné, on l’aurait remit de toutes ses fautes, et il serait rentré chez lui.
À la place, tout ce qu’il se produisit, ce fut un silence complet. Je voyais Brenz trembler de tout son être. Et tout le monde assemblé pouvait le voir, lui aussi. Ceci eut le don d’énerver von Leiden, qui hurla de plus belle, afin d’être entendu par tout le monde.

« Reconnais-tu tes erreurs, la fausseté de tes écrits, et abjures-tu ces offenses ?!
– Je…
Je…
Je ne peux pas répondre. »

Au départ, je me délectais de ce résultat. On lui avait bien rabattu son caquet, à ce Brenz, à ce grand esprit, à ce réformateur, à cette Lumière parmi une marée d’obscurantisme ! Il tremblotait comme une feuille. J’étais persuadé que c’était le signe que nous avions gagné.
« Tu ne puis répondre ?!
– J’ai besoin… J’ai besoin de réfléchir. J’ai besoin, de temps, pour réfléchir !
Continua-t-il plus fort, pour se faire entendre dans la grande salle, sa voix résonnant dans un faible écho.
– Du temps ? Tu as besoin… De temps ?!
Toi qui d’habitude est si charismatique ! Toi, qui d’habitude, trouve toujours quelque chose à rétorquer à tes contradicteurs, tu veux dire que aujourd’hui, devant l’Empire, tu es incapable de répondre par un simple « oui » ou « non » ?! »


Brenz leva le regard de ses pieds, pour soutenir celui pesant et dur de von Leiden. Et, d’une voix qui tentait de contrôler son tremblement, il répéta.

« J’ai besoin de temps. J’ai besoin… De sonder mon cœur, et mon âme. J’ai besoin de prier, pour avoir le secours de Sigmar. J’en ai besoin, pour donner une réponse réfléchie et appropriée.
– Tu as eu tout le temps dont tu avais besoin ! Cela fait trois ans que tu as fuis à Marienburg, à conspirer dans l’ombre avec les Directeurs ! Réponds, maintenant ! »

C’est là que je me rendais compte que quelque chose n’avait pas. Quand j’entendais un bourdonnement un peu éloigné, qui me fit tourner la tête.
Ils chuchotaient.
Ils étaient en train de chuchoter, tout autour de moi.

« Répond ! Oui ou non, est-ce que tu abjures ?!
Au nom de la Foi, répond ! »


Les bourgeois. Les nobles. Les chevaliers. Même les prêtres entre eux. Ils s’étaient répandus, progressivement, en messes basses. Tous, ils étaient en train de parler à toute petite voix basse. Todbringer. Gausser. Leitdorf. Von Raukov. L’élu de Manaan. Jusqu’au plus minable représentant d’une guilde de maçons de l’Ostermark. Ils étaient en train de chuchoter.

« Je… Je dois… Je… Il faut que…
– Abjures-tu ?! Répond ! »


Mon regard paniqué cherchait quelqu’un pour m’aider. Je ne sais pourquoi, mais mes yeux croisèrent la lueur bleutée des pupilles du Patriarche Suprême. Je jure devant Sigmar que je ne mens pas. Faust Valdorf me fit un signe de la tête. Il utilisa un sort, j’en suis persuadé : Soudainement, je me mettais à ignorer von Leiden, malgré ses hurlements et la pression qu’il faisait gagner dans la salle. C’était comme si l’umbramancien avait jeté sur l’archi-lecteur une couverture qui, temporairement, le fit disparaître aux yeux de tous les sujets impériaux réunis. Je saisi cette chance. Je bondis hors de mon fauteuil et m’avançait vers le trône impérial, où j’attrapais le Prince Luitpold pour lui chuchoter vivement dans l’oreille :

« Vous devez lui donner ce qu’il souhaite, Votre Seigneurie. Renvoyez immédiatement Brenz et la Diète.
– Non, c’est hors de question !
Rugit Luitpold les crocs serrés, assez fort pour que son père, sa famille, et tous les conseillers d’État, de l’archonte au chancelier, se retournent pour nous regarder tous les deux.
– Votre Seigneurie. Je vous implore : Regardez ce qui est en train de se dérouler autour de vous ! »

Luitpold ne comprit pas sur le coup. Mais il lui suffit de lever les yeux et d’observer la même chose que j’avais aperçu. Ils chuchotaient, tous. Ils chuchotaient, les enfoirés.
Ils étaient en train de débattre, entre eux, de savoir si Brenz méritait d’être condamné ou non.
Alors, Luitpold se jeta à l’oreille de son père, lui chuchota quelque chose, et Karl Franz se leva de son trône, ce qui eut un effet suffisant pour rendre von Leiden silencieux.

« Albus Brenz. Je te donne un jour entier. Tu te retireras dans la chapelle palatine, où tu resteras seul et sans aucun contact extérieur. Libre à toi de prier, et de puiser au fond de ton âme la réponse à la question de l’archi-lecteur.
J’ajourne la Diète Impérial. Sujets de l’Empire, rentrez dans vos chambres. »





« Oui. Tu as raison Zillendorf. Tu as accordé à l’Empire une trêve. Mais cela m’inquiète, que le Patriarche Suprême ait utilisé un sortilège devant des centaines d’hommes assemblés…
– N’avez-vous pas ressenti la même chose que moi, Votre Sainteté ? Comme si… Von Leiden avait disparu, l’espace de quelques secondes…
– Si. Et cela m’a beaucoup troublé. Mais au fond, cela est plutôt logique. Ce n’est plus seulement la survie de notre culte qui est en jeu, c’est la survie de l’Empire. J’ignore quelles sont les motivations de Valdorf, sur ce coup.
– On ne sait jamais quelles sont les motivations des Mages. Alors l’Ordre Gris, par-dessus ça... »


Il y eut un silence, à nouveau. Puis, Kaslain fit quelque chose que je n’avais jamais cru l’entendre faire un jour : Il soupira. Un long souffle nasal exhalé.

« Prions, nous aussi. Que Brenz ait plus peur qu’il soit passé à la torture, plutôt que son âme soit damnée…
– Amen. »






Nous sommes le 17, un Wellentag. Demain, c’est censé être le jour de Sigmar. Dans les rues, partout, on voit des décorations suspendues entre les bâtiments, des couronnes de fleurs qui ceignent les têtes des jeunes filles, et une abondance magistrale sur les marchés, qui offrent volontiers des mandarines et des figues aux enfants pauvres qui en réclament.
Et pourtant, l’ambiance de gaieté et de fête semble passablement troublée, comme la lourdeur qui précède un orage. Les garnisons de Helmgart ne sont pas parties. Certaines rues sont verrouillées par des sergents aux hallebardes qui veulent contrôler les mouvements de foule. Et selon les rapports qui m’ont été donnés ce matin en mangeant un petit masse-pain avec du petit vin d’Aquitanie, les prêches des curés défroqués n’ont pas cessés. Nous n’avons pas la force de s’attaquer à eux. Une fois que Brenz aura tout abjuré, nous pourrons nous en occuper. Trouver leurs noms. Les muter ailleurs, loin d’ici. Peut-être demanderai-je l’aide de Faust Valdorf et de ses mages gris, pour tenter de trouver quels sont les fanatiques qui renforcent au sein de nos partisans orthodoxes la hargne et la soif de sang. L’Empire ne peut pas s’écrouler. Pas après avoir survécu au déchaînement du Chaos et du mal tout entier.
J’ai l’impression que la voiture qui me conduit jusqu’au palais impérial est plus lente que d’habitude. Je n’ose pas regarder par la fenêtre recouverte d’un petit rideau. Sitôt arrivé, je m’arrange avec deux valets pour faire une rapide fraîcheur, je revêt mes magnifiques vêtements d’archi-lecteur, et je m’avance pour trouver ma place. Pendant une heure entière, la Diète se réinstalle, toujours solidement gardée par la Reiksguard omniprésente.
Le héraut d’armes procède à l’appel, à l’enregistrement, et demande le silence. Et au bout de deux heures à rester assis sur mon confortable banc, on fait ouvrir une petite porte, et un homme en sort. Albus Brenz a passé plus de vingt-quatre heures en isolement complet. Il a l’air encore plus misérable que hier. Il boite un peu, il a l’air pale, des points de barbe ont poussé partout sur son visage. Il retourne à la barre, et von Leiden, comme hier, et malgré l’engueulade qu’il a subit de la part du Théogoniste, reprend son interrogatoire, comme s’il n’avait été que suspendu.

« Alors ? Désires-tu continuer à faire perdre son temps à l’Empereur et à ses sujets, ou bien as-tu enfin trouvé ta réponse ?
– J’ai…
Oui, j’ai une réponse à vous donner... »


Long silence. Théâtral silence. Et soudain, la voix d’Albus se fait plus claire. Et plus fort. Et plus assurée.

« Pour tout vous dire. J’ai beaucoup prié. Et pleuré également. Je suis terrifié. Terrifié par la mort. Par les tourments physiques que vous et vos répurgateurs êtes capables de m’infliger. Mais je veux que vous le sachiez. J’ai passé toute la journée d’hier, à relire, sans relâche, les Évangiles de Sigmar, et le Geistbuch. J’y ai cherché, de toutes mes forces, la preuve que vos persécutions envers moi, et vos rejets des thèses que j’ai professées et écrites, étaient justifiés par un verset, ou une parole de Notre Seigneur.
Mais je n’y ai rien trouvé. Au contraire ! »


Il y a des huées. Des cris. Le héraut d’arme fait frapper son marteau et hurle « Silence ! » à l’attention de l’assemblée. Mais Brenz continue. Il retrouve la force et la voix du maître d’Université qui donne une leçon à ses élèves, et ce malgré son air martyrisé et faible.
Il a gagné la pièce de théâtre.

« Au contraire ! Je n’ai trouvé que des preuves de ma raison ! Parce que, ce ne sont pas des versets ou des paroles divines qui me sont opposées, et encore moins des arguments rhétoriques basés sur de la logique ou un raisonnement intelligent : Mais ce sont des règles issues de conciles, de synodes, et de conclaves, qui se contredisent tous entre eux ! »


Encore plus de huées, de cris, et quelques applaudissements. Et le héraut d’armes qui hurle, de toutes ses forces, et plusieurs fois : « SILENCE ! ».

« Je suis incapable d’abjurer mes écrits, votre éminence, car le faire serait me mettre en grand péril spirituel. Ce serait trahir ma foi, et ma conscience, et la parole même de Sigmar !
Je sais à quoi je m’expose. Je prie Sigmar, et tous les Dieux avec Lui, de me donner la force de subir les châtiments physiques que vous me ferez subir… Mais je sais, que je suis en toute bonne foi avec Lui et Eux, et que je ne crains absolument aucune peine divine ! »

Applaudissements très forts. Huées en retour. Von Leiden se frotte la mâchoire, se recule lentement, et monte les quelques marches qui le séparent du trône. Je bondis hors de mon banc, exactement comme le Théogoniste Kaslain. Tous trois, nous nous retrouvons à encercler l’Empereur. Et c’est Kaslain qui prend la parole, à notre place. Mais je crois qu’il résume bien le propos qui nous vient à l’esprit, malgré nos petits désaccords probables.

« Votre Majesté Impériale, vous devez le faire arrêter. Dès maintenant. Demandez à la Reiksguard de le saisir, il faut faire appliquer le jugement qui a été déjà rendu il y a trois ans.
Il faut le brûler au bûcher ! »

Faust fait un pas en avant. Le Patriarche Suprême nous dévisage, et d’une voix douce et éthérée, il nous répond directement :

« Votre Sainteté. Vos Éminences. Si vous faites cela, l’Empire est mort.
– Si nous ne réagissons pas, sire Patriarche, l’Empire s’embrase ! »


Sigmar me pardonne. Car quand j’ai regardé Karl Franz, j’ai senti la peur. Lui qui avait tenu tête à Archaon dans sa jeunesse, il se sentait soudain en détresse, avec ses gros yeux entourés de rides et sa bouche pâteuse un peu ouverte. Il fit un geste de la main, et à nouveau, seule sa stature parvint à ramener le calme et le silence que le héraut d’armes avait échoué à ramener.
Moi, von Lieden et Kaslain nous écartions, afin que toute la Diète puisse regarder l’Empereur. Il fit alors un geste, et Mattheus amena un papier qu’il se mit à lire à voix haute. L’éventualité avait déjà été prévue. Le discours avec.
Je me demandais qui l’avait rédigé.

« Albus Brenz. Tes attaques répétées contre le Culte de Sigmar Nous offusquent et Nous dégoûtent avec la plus haute force. Tu t’en prends à une religion établie de droit depuis plus de deux millénaires, et tu voudrais que toi, un petit prêtre, puisse égratigner une noble institution qui règle la vie et le bonheur de tous Mes sujets. Tu voudrais porter atteinte à l’unité de l’Empire, et porter atteinte à Ma personne, en tant que successeur de Sigmar. Tu n’as pas besoin d’être convaincu d’hérésie : Tu l’as déjà été. Tes crimes sont abominables et Nous révulsent.
Il n’appartient pas à la Diète de juger de ton innocence ou de ta culpabilité. Ta culpabilité est déjà établie.
Il t’est ordonné de quitter immédiatement la ville d’Altdorf, et de quitter les frontières de l’Empire. Nous ordonnons qu’il est à présent formellement défendu d’oser, soit par des mots, soit par des actes, essayer de te défendre, de te soutenir, ou de te favoriser. Au contraire, nous te souhaitons appréhendé et puni comme un hérétique notoire et un schismatique convaincu et irrécupérable. Comme il se doit, nous ordonnons que, si tu n’as pas quitté les terres de l’Empire d’ici à trois jours, il sera permit à tous les sujets de l’Empire de t’arrêter, de t’amener devant Notre trône, afin que nous procédions à ton exécution par les flammes et par le feu. Tu es mis au ban de l’Empire. Tu es à présent un hors-la-loi qu’aucune loi, charte, ou privilège ne saurait protéger. À l’inverse, toute personne qui procéderait à ton arrestation sera récompensée.
Sujets de l’Empire, la Diète est renvoyée. Les motions qui ont déjà été votées seront promulguées par la chancellerie impériale. Celles qui ne l’ont pas été seront reportées et promulguées par les autres voies légales.
Mesdames, Messieurs. Rentrez chez vous. »


Karl Franz se leva. Dans toute la pièce, les clercs, les bourgeois et les nobles se levèrent également, et retirèrent leurs couvres-chefs, Albus Brenz y comprit.
Kaslain ne put s’empêcher, malgré tout, de murmurer, toujours debout, et toujours un chapeau sur sa tête.

« Vous venez de terminer votre règne, Votre Majesté Impériale.
– Ne parlez pas à mon père, votre seigneur, sur ce ton !
Exulta le prince Mattheus.
– Ce n’est pas grave, jeune homme.
Votre père ne sera pas mon seigneur pour encore très longtemps. Il vient d’abandonner sa couronne en laissant Brenz quitter Altdorf vivant. »

Sigmar nous vienne en aide.
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Re: Les Héritiers de Sigmar

Message par Armand de Lyrie » 03 avr. 2019, 23:21

La Nouvelle Confession de Foi par Albus Brenz, prêtre de Sigmar, docteur en théologie, maître à l’université de Nuln.
Extraits choisis, tirés de son ouvrage Des Raisons (Ou Des Causes) Profondes de la Misère (Ou de la Détresse, selon les éditions) Spirituelle.


Il est profondément injuste, et franchement inexplicable, que tant de mes contradicteurs opposent à mes écrits l’accusation qui serait que je tente de renier ou diminuer la foi envers Notre Seigneur Sigmar ; Tout à l’inverse, je reste fort persuadé que, loin de le diminuer, c’est la pratique du culte telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui qui augmente et exagère Sa stature, et pour des raisons qui dépassent de loin le simple cadre de la pieuse dévotion.
Il m’est ici nécessaire de remettre à l’esprit de mon lecteur la réalité de la situation telle qu’elle est aujourd’hui : Il n’existe pas un village, pas un quartier d’une ville, pas un pont ou un carrefour de routes où l’on ne saurait trouver un temple, une chapelle, ou un simple autel dédié à Sigmar. Mais loin d’être une preuve de la pieuse dévotion que notre peuple voue envers notre doux Sigmar, c’est en réalité une profonde offense que nous devons dénoncer. Combien de diocèses sont aujourd’hui peuplés de prêtres absents ? Combien d’autels n’existent que pour collecter des dîmes et des donations pieuses, sans assurer derrière le moindre service de qualité ? J’ai tant d’anecdotes à raconter ici à mon lecteur, mais je suis certain que si je les racontais, il trouverait bien les mêmes, tant la manière dont le culte est aujourd’hui pratiqué renforce l’indolence et le népotisme : Combien de gros décimateurs touchent des dîmes, alors qu’ils ne viennent jamais dans le siège de leur prêtrise, et qu’ils délèguent la pratique des cérémonies et des rituels à des diacres pour la plupart illettrés ? Combien de clercs de Sigmar corrompus et criminels, qui attouchent des jeunes filles, qui pillent sans vergogne, qui vivent en brigands débonnaires, et qui se retranchent derrière le For Ecclésiastique pour ne pas avoir à subir la colère de la sergenterie locale ? Si seulement le Théogoniste mettait autant d’ardeur à me combattre qu’il mettait à combattre ces curés défroqués, il n’y aurait sans doute pas autant de raisons pour que je publie cet ouvrage !

Ce que je vais écrire à présent risque de choquer et de braquer les plus superstitieux de mes lecteurs. Mais vous devez garder à l’esprit, comme je l’ai longuement exposé dans mes premiers chapitres, ces superstitions ancrées dans les plus pieux des hommes ne sont en fait que des outils de contrôle. La très grande majorité des sujets de l’Empire sont illettrés, et même parmi vous, lettrés qui me lisez, combien d’entre vous ont eut accès aux textes sacrés auxquels je fais référence ? Combien d’entre vous possèdent chez vous les Testaments de Sigmar, le Geistbuch, et les Évangiles ? Ces ouvrages, si libres d’accès pour le clergé, sont en fait difficiles à obtenir pour l’honnête bourgeois des villes. C’est car la plupart des lois que l’ont pense passer pour divines, sont en fait issues de décisions d’hommes : de bulles, de synodes, ou de conciles, qui ont longtemps été guidés par l’intérêt et la vanité et non l’organisation de l’honnête Culte que nous devons envers notre Seigneur Sigmar.
Voilà ce que j’ai à professer : Sigmar, au moment de sa révélation divine en l’an 73, s’est agenouillé devant Ulric. Pourquoi, aujourd’hui, l’Ar-Ulric doit-il se comporter comme un étudiant face à un professeur, lorsqu'il se trouve devant le Théogoniste, aux réunions du Grand Conclave ? C’est ici le premier et le plus grand dévoiement de notre Église, de se poster en pouvoir spirituel qui contrôlerait les autres cultes religieux, et qui chercherait à les ordonner et à contrôler leur légitimité. Il s’agit en fait, plus profondément, d’une confusion savamment entretenue entre le pouvoir temporel, et le pouvoir spirituel, renforcée par la collecte des dîmes et la possession de terres foncières très importantes pour le clergé.

Les trésors du Culte ne sont ni suffisamment définis, ni assez connus du peuple Impérial. Et ces trésors ne sont pas des biens spirituels, ils sont des biens temporels, que le culte amasse sans jamais rendre. La situation est telle qu’on ne sait plus tellement ce qui relève des laïcs et ce qui relève des ecclésiastiques. Que l’on ne s’étonne pas que l’archi-lecteur Jan von Leiden est le neveu de la comtesse Helena Gausser, ou que l’archi-lecteur Mattias Zillendorf est le fils du richissime négociant et propriétaires de mines d’argents Hermann Zillendorf ! Ce culte de Sigmar qui gère ses domaines et ses propriétés comme un seigneur foncier est minée par des conflits d’intérêts, mais alors qu’un seigneur ou un marchand peut-être attaqué devant la justice impériale, le culte de Sigmar prétend être au-dessus de toute justice laïque.
C’est un arrangement qui convient bien à l’Empereur. N’est-il pas étonnant que le Théogoniste, et les deux archi-lecteurs, sont tous trois parmi les électeurs ecclésiastiques de l’Empereur ? Aucune autre religion légale au sein de l’Empire – et c’est au Grand Conclave réuni par le Théogoniste de décider ce qu’est une religion légale – n’a ce privilège, excepté pour l’Ar-Ulric qui est le seul représentant de son culte pourtant bien plus ancien que celui de Sigmar. Que personne n’ose penser qu’en disant cela, je porte atteinte à la dignité de Sigmar : Je L’Ai défendu toute ma vie, et ma vie entière Lui a été dédiée. Mais il pleurerait de voir ce que nous avons fait de Son combat et de Sa lutte. Je met au défi mes contradicteurs de me trouver quel passage, dans les Testaments, décrit la manière dont Il aurait voulu qu’on assure sa succession.

Je ne pense pas que l’Empereur soit le successeur de Sigmar. Nous le voyons dans la dernière phrase qu’à prononcée Sigmar envers son peuple : Il ne parlait pas à quelques-uns, il parlait à ses sujets, à ceux pour qui il a dédié sa vie sur le champ de bataille. Tous les sujets de l’Empire, et pas seulement quelques-uns, sont les héritiers de Sigmar.
Je ne dis pas cela envers Karl Franz, qui est sans aucun doute le grand héros qui a sauvé l’Humanité toute entière, mais je dis cela envers ceux qui se cachent au sein de son administration et qui rendent une justice incontestable sur le simple motif qu’elle est rendue au nom de l’Empereur. Car en réalité, le culte de Sigmar n’est pas incontestable parce qu’il est légitime, mais parce qu’il agit non seulement en tant que seigneur, mais aussi en tant que chef mafieux. Les répurgateurs devraient être supprimés. Ils n’ont en réalité aucune autre utilité que semer la peur et la violence. Le combat contre les Forces de la Déchéance justifiait autrefois l’empire de leur droit, mais aujourd’hui, alors qu’Archaon est mort, alors que le Chaos a été annihilé et repoussé loin du Bord du Monde, alors que les forces des Hommes, des Elfes et des Nains ont exterminé la race putride jusqu’aux fjords de Norsca, comment quiconque peut encore justifier la manière dont ces truands peuvent se rendre où ils veulent, et, sans aucun contrôle, détenir et torturer ceux qu’ils souhaitent ? J’aurai à donner à mon lecteur au moins six anecdotes, toutes véridiques et vérifiables, de moments où j’ai pu voir des répurgateurs abuser de leurs prérogatives, et je suis sûr que le lecteur lui-même en aura à en ajouter, car c’est un usage répandu qu’il convient de combattre…
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Armand de Lyrie
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Re: Les Héritiers de Sigmar

Message par Armand de Lyrie » 12 avr. 2019, 21:38

Daniel Hopfer, Umbramancien.
Nuln, Altestadt
23 (Aubentag) Sommerzeit 2539.


C’est la nuit que l’Ulgu est le plus puissant, et encore plus une nuit où Morrslieb luit dans le ciel. Je le sentais pulser, tout autour de moi, il me balayait exactement comme l’air infâme des Taudis de Nuln. Collé sous la gouttière d’une vieille maison à colombage à la façade lézardée, je zonais. La nuit est pas faite pour les honnêtes gens, et je m’adonnais à cet exercice qui terrifie tant les bons et gros bourgeois qui rentrent chez eux, leur bourse cachée et leur cassette sous le bras : Je restais debout à attendre. Quand des jeunes hommes font ça en groupe, à être fixe, ensemble, sans rien faire, le bourgeois change de trottoir, de peur d’être alpagué et importuné. Ils suintent la trouille, les honnêtes gens, qui maudissent la racaille dans leurs salons privés mais qui prennent une petite voix polie quand ils croisent un loubard au sourire édenté. Ils ont leur colère sourde à eux, ces gros lards riches, et ils iront voter Tanhausser aux élections de bourgmestre. Pas étonnant que ce soit à cause de cons comme ça que Nuln est à deux doigts de devenir la poudrière de l’Empire, comme elle l’était il y a encore six ans lors de la Guerre des Fiancés.
Ne croyez pas un seul instant que les universitaires, les théologiens et les boutiquiers de Nuln adorent les idées d’Albus Brenz par soucis d’Humanité ou piété féroce. S’ils veulent partager les biens du clergé, c’est pour pouvoir se le partager entre eux. Je n’aime pas les gros décimateurs, et par ma nature je n’ai que haine pour les répurgateurs, il n’empêche quand je vois que c’est des types comme Eugen Tanhausser qui payent pour distribuer des pamphlets et coller des affiches dans les bas-fonds de ma ville, j’ai de quoi être méfiant.

Tout allait mal bien avant son élection au poste de bourgmestre. En fait, c’est même probablement parce que les choses allaient mal que la plèbe de Nuln a porté Eugen Tanhausser à ce poste. On peut l’accuser de beaucoup de choses, mais cet enfoiré est un démocrate – je dirai même plus, c’est un populiste. Il n’a pas fini à l’hôtel de ville en courtisant les maîtres des métiers, les négociants de l’Allée des Banquiers, il n’a pas reçu des lettres de change de la Banque Zillendorf ni serré des mains de guildes Naines. On l’a rarement vu sur les bancs de l’Hôtel de Ville, et encore moins dans les parties fines de feu la comtesse Emmanuelle von Liebwitz. Bizarrement, et c’est ça qui parvient encore à m’étonner, je ne l’ai même pas vu courtiser des truands des bas-fonds et des seigneurs du crime, et pourtant là c’est mon domaine et mon lieu de prédilection, j’aurais été tout de suite au courant s’il avait décidé d’obtenir le soutien du Tiléen ou de Six-Doigts. Sa campagne, il l’a faite dans la rue. Issu d’une famille de riches tisserands qui s’est diversifiée, hautement éduqué, il n’a pas obtenu la haine des pauvres si caractéristique des Nouveaux Riches de l’Empire qui sont heureux d’obtenir un minable titre de baronnet ou de hobereau qui permet tout juste d’envoyer ses fils à l’École d’Artillerie Impériale afin qu’ils finissent pistoliers des armées de Karl Franz ; à l’inverse, il est incroyablement charismatique, il tonne d’un air si grave et si audible que même dans perdu dans une foule, et sans porte-voix, on peut l’entendre déblatérer ses conneries. Rempli de sang-froid, impossible à déstabiliser, des adversaires lui ont déjà envoyé des provocateurs pour l’alpaguer et l’attaquer durant ses discours publics, et à chaque fois, il est parvenu à les humilier en retour et terminer par se faire applaudir par la foule. Après la bataille de Moasach, y a eut un mouvement impressionnant de panique à Nuln, accéléré par des rumeurs atroces racontant que les soldats de l’Averland de Dietmar Leitdorf avaient cloué les prisonniers de guerre Wissenlandais afin de pouvoir les écorcher vifs : C’était une simple rumeur parce que Dietmar n’avait pas fait ça à tous les prisonniers mais uniquement aux chefs de guerre, notamment Paul von Liebwitz, un homme parfaitement sain d’esprit donc. Alors que pendant toute une journée, tout le monde était plongé dans la panique et l’incertitude, Tanhausser est sorti de nul part, et il a amené le débat qui se jouait à l’Hôtel de Ville en pleine rue, il a rallié le peuple en hurlant sa diatribe habituelle contre les nains, contre les nobles, contre les banquiers – ça dépend de sa cible du moment – et fait en sorte qu’on dresse des barricades un peu partout dans la cité. À cause de ses conneries, y a eut une émeute et soixante morts. Deux jours après il était accueilli dans le palais de la comtesse sous un tonnerre d’applaudissement de nobliau apeurés à l’idée de finir la tête sur une pique.
Vous avez pas idée du dilemme moral que ça a été pour moi. J’avais le choix entre voir ma ville chérie, celle où j’ai grandi, finir entre les mains du dégénéré mental Dietmar Leitdorf, ou entre celles du démagogue Eugen Tanhausser. Parce que Tanhausser n’avait pas comme projet de violer toutes les femmes de Nuln, de pendre les hommes aux balcons, et de clouer les nobles de la ville sur des chênes pour les écorcher, j’ai naïvement pensé que Tanhausser serait le choix judicieux, ou, du moins, le plus acceptable des deux. Si seulement Paul von Liebwitz avait pu survivre, les choses auraient pu être si différentes, tant pis qu’il voulait épouser sa nièce…

La guerre des Fiancés ça a été un sacré bordel. À cause de l’inconséquence d’Emmanuelle von Liebwitz, plus intéressée par son luxe immédiat que par le sort de ses sujets, on s’est retrouvé avec un embarras anxiogène à sa mort, surtout qu’elle intervenait dans le contexte de la fin de la Tempête du Chaos. Par les hasards de la succession, c’est une toute jeune fille, Erika von Toppenheimer, qui allait hériter. Peu après a commencé une guerre civile monstrueuse pour savoir qui allait avoir le droit d’épouser une gamine de quatorze ans, et Paul von Liebwitz, le fils bâtard aîné de la comtesse Emmanuelle, avait réussi à organiser un rapt pour l’épouser de force dans la cathédrale de Nuln. Puis il est mort comme un crétin, hurlant des heures durant pendant que Leitdorf lui arrachait la peau. Au final, c’est Tanhausser qui a sauvé Nuln et le Wissenland, et qui a magistralement réussi à amener la toute petite Erika dans les bras du fils de l’Empereur Karl Franz – mais bien sûr, ça n’a pas été gratuit.

Tanhausser règne sur Nuln. Il n’a pas le titre de noblesse ou la légitimité de sang, mais ça serait un mensonge de dire quoi que ce soit d’autre. C’est lui qui a publié la charte de Nuln, qu’il n’a pas oublié d’agrafer à la robe d’Erika quand il l’a amenée comme bout de viande à Altdorf. C’est un pouvoir en apparence doux, maîtrisé, avec l’assentiment de la plèbe ignare et idiote qui l’applaudit qu’importe ce qu’il dit. Tanhausser s’attaque au crime, aux riches, il a ramené la prospérité et l’ordre au sein de la ville – en réalité, plus le temps passe, et plus je sens la ville mourir, ses murs pulser plus de haine et de jalousie que de vie. C’est qu’il est charismatique, en plus, je vous l’ai dis. Cet enfoiré, il a été capable de me regarder dans les yeux, de me parler avec un petit sourire en coin, et je l’ai cru. Qu’est-ce qu’il a fait, avec les clés des Taudis que je lui ai donnés ? Il exerce un pouvoir sans partage, il fait assassiner par la justice ses rivaux en les faisant condamner pour fraude et corruption, et toujours, toujours plus d’applaudissements. Il n’a pas vendu Erika, en fait : il s’est débarrassé d’elle, en l’envoyant le plus loin possible de Nuln. Des fois je me prends à me dire qu’il va devenir prince de Nuln. Mais ce n’est pas un simple délire de ma part.
C’est pour ça que j’attendais Le Borgne, d’ailleurs.

Le Borgne il représente une des rares choses qui ne bouge pas à Nuln. Il n’est pas un étudiant de l’Université, il n’est pas un théologien qui a le cerveau dévoyé par le professeur Albus Brenz ou un écolier qui se met à piailler des « Idées Nouvelles » qui traversent l’Empire depuis que toutes les provinces de l’Empire ont collectivement botté le cul d’Archaon. Sont arrivées les théories selon laquelle tous les sujets Impériaux seraient égaux, que la religion sépare trop les populations, qu’il y a trop de frontières au sein du pays de Sigmar et qu’il faudrait à la place rendre équitables les coutumes et, pourquoi pas, représenter les populations et les métiers tous ensemble et non avec des groupements d’intérêts… Que des théories magnifiques pour un cultiste de Ranald comme moi. Moins pour tous les prêtres, les nobles et les compagnons de guildes qui dirigent le monde. Le monde change, il bouge trop, avec Le Borgne me rassure, lui qui est comme tout ce qui se passait avant, à l’ère où tout était plus simple, où les hommes connaissaient leur rang et c’était à nous que revenait l’art de danser entre les lignes.

« Tu veux savoir comment j’ai fais ? »

Le Borgne avança lentement. Il débouchait d’une petite ruelle qui donnait sur l’arrière-salle de l’Ours Rieur, devant lequel je pouvais voir une petite demi-douzaine de marins s’esclaffer très fort en agitant leurs choppes débordantes de bières : Je n’aime pas rencontrer des gens la nuit de Morrslieb, c’est souvent les nuits où les gens pètent les plombs et se mettent à faire des trucs idiots ou violents.
Mon Borgne lui, ne paraissait pas particulièrement déphasé. Petit, malingre, avec un long manteau sale, et, comme son surnom vous laisse deviner, un œil gauche crevé et salement marqué d’une croix. Il vint me rejoindre sous ma gouttière, la vieille maison lézardée ayant une magnifique vue sur le Reik et les usines de Faulestadt. Je ne lui répondis pas, et me contentait de lui faire un signe de tête : Il aimait s’entendre parler, de toute manière.

« Échapper à la vigilance des sergents de nuit ne fut pas le plus difficile. Mais tu ne m’avais pas menti sur le coffre, mon ami : Les Nains savent ce qu’ils font… Acier contre-plaqué, serrure inviolable, le tout encastré dans le mur. Tanhausser a dû payer une petite fortune pour faire fabriquer son armoire de fer.
– J’ai entendu dire qu’il y a eut un peu de grabuge.
– Tu as entendu dire ? Tu aimes les euphémismes, Daniel. J’ai été obligé de faire fondre une ouverture avec un acide alchimique, mais cela a seulement servi à ronger une minuscule fente dans l’armoire : j’ai dû remplir cette cente de poudre jusqu’à ras bord, et quand j’y ai mit le feu, l’explosion a été si féroce que la porte de l’armoire a traversé un mur de part en part.
Elle était même pas cabossée, la porte. Ils sont sacrément doués ces nains. »

Je mis ma main à mon mantel, et en tirait une vieille pièce d’argent profondément grimée d’une croix en forme de « X ». Le Borgne ouvrit la paume de ma main afin que j’y dépose le métal scarifié, qu’il cacha sous son propre veston de haillons. Il ouvrit avec sa besace en toile, qu’il me tendit afin que j’y jette un œil.

« Voilà tout ce qui était dans l’armoire de Tanhausser. Comme convenu. »

C’était avec un profond déplaisir que je remarquais les liasses de papiers et de feuilles, toutes décachetées et froissées. Je ne pus m’empêcher de grimacer et de jeter un regard noir sur Le Borgne.

« Tu as fouillé dedans ?
– Assurément. Et j’y ai appris beaucoup de choses… La lecture sera passionnante, je te promet.
Maintenant, il est temps pour toi de rendre à Ranald ce qui appartient à Ranald. Es-tu prêt ?
– Bien sûr. »

Mes coreligionnaires ne font pas preuve d’une charité excessive. Le culte de Ranald a un catéchisme très étrange, bien éloigné de l’organisation très bien définie des institutions du Grand Conclave. Nous n’avons ni hiérarchie, ni dogmes absolus, tout juste quelques règles élémentaires qui nous lient, et parmi celles-ci, l’une que j’ai appris depuis bien longtemps : Rien n’est gratuit. Si j’ai demandé l’aide d’une secte locale pour m’aider à cambrioler Eugen Tanhausser, c’est bien parce que j’ai subis des pressions, que l’urgence me le commandait, que la situation à Nuln se dégradait trop et que même moi, avec tout mon réseau de truands, de tripots et de cercles de jeu, avec un contact personnel auprès des Seigneurs du Crime des bas-fonds, je ne pouvais pas le faire tout seul.
À présent, il me fallait passer à la caisse.

« Qu’est-ce que Ranald exige ?
– De l’argent.
– Il en demande toujours. Après ?
– La libération de Goswin.
– Tu veux dire avant qu’il finisse sur la corde pour vol ? Je vais être obligé de jouer de mes relations auprès du quartenier, mais tu auras ton cultiste. Quoi d’autre ?
– L’indépendance de Nuln. »

Je souriais une toute petite seconde en entendant sa dernière demande. Mais en voyant son regard très sérieux, sa face de borgne barbu qui ne sourcilla même pas d’un petit tic en sortant ça, je compris bien vite que ce n’était pas une plaisanterie. J’avais de quoi arrêter de sourire.

« Je te demande pardon ?
– Tu m’as très bien entendu, Daniel. Je t’avais prévenu que ce que tu me demandes te coûterais cher, et je viens collecter.
– Depuis quand tu bosses pour Tanhausser ? L’indépendance de Nuln, non mais je rêve.
– Cela n’a rien à voir avec le burgomeister. Je n’ai pas attendu qu’il monte sur une estrade pour rêver de la liberté de ma ville. Nuln est un rêve Daniel, et tu m’as souvent dis le partager avec moi. On peut créer quelque chose ici, quelque chose d’unique. »

Je passais ma main sur ma bouche, après avoir mit ma besace sur mon épaule. Quel crétin. L’époque où on rêvait de mettre des nobles en prison et de créer un gouvernement indépendant au sein de l’Empire, c’était l’époque où les choses étaient différentes, où nous étions tous les deux très jeunes – il avait vingt-cinq piges, moi j’en avais vingt-neuf et venait tout juste de cesser d’être apprenti au sein du Collège Gris. C’était l’époque où Emmanuelle von Liebwitz régnait, une imbécile doucereuse et sympathique, qui aurait rêvé de voir Nuln se séparer du Wissenland du moment qu’elle pouvait continuer à faire ses fêtes et ses ballets interminables. Entre temps, y a eut la guerre de Sylvanie, la Archaon, des peaux-vertes qui ont menacé le Moot, et Dietmar Leitdorf. Les choses étaient trop différentes pour continuer d’espérer quoi que ce soit de ce rêve.

« Ce n’était pas notre accord. Pourquoi tu veux remettre en cause ce qui s’est déjà décidé ? On a négocié, on a ramené la paix, et Nuln a obtenu une charte unique parmi toutes les chartes de cités impériales.
Tu as négocié. Toi et moi on s’est contenté de discuter sous des perrons et dans des ruelles sombres, moi je n’ai jamais serré la main de personne.
– C’est ça. Tu allais mettre un petit costume, peut-être ? Ou mieux, représenter Ranald au Conclave avec une robe de bure ? Si tu voulais un accord différent, il fallait te manifester. Maintenant c’est trop tard pour revenir dessus.
– C’est loin d’être trop tard. Ce sera trop tard quand je verrai les soldats de Karl Franz ici.
– Tu fais le jeu de Tanhausser, espèce d’abruti, je continuais en serrant les dents.
– C’est toi qui lui a offert la ville. N’inverse pas les rôles. »

J’étais obligé de me couvrir la bouche avec ma main pour ne pas l’insulter. Je fis un pas de côté, et détournait mon regard un instant. Je n’avais vraiment pas envie de discuter de ça en pleine nuit, à deux pas d’une auberge d’où sortait une odeur de rôti et des bruits de rires de la part des marins.

« Même si je voulais exiger cela, je n’ai pas le pouvoir de le faire. Je suis pas politicien, je suis un espion.
– C’est les espions qui dirigent ce monde, Daniel. Les gens comme toi et moi. Regarde ce que je viens de te mettre entre les mains, cela suffira à te convaincre de la puissance dont tu disposes.
Transmet à Valdorf. C’est mon prix. Tu le payeras.
– On parle de Ranald, ou de Handrich ? »

Il lève sa main et croise un index au-dessus du majeur. Je ne lui dis pas un mot, et me contente de tourner les talons et de m’éloigner d’ici, de marcher au milieu des Taudis.

Nous avions pourtant négocié. Tout était censé se régler, pour le meilleur et pour le pire. J’avais préféré donner la ville à Luitpold von Holswig Schliestein et au bourgmestre Tanhausser plutôt qu’à Dietmar Leitdorf et aux traîtres d’Osterzell qui lui avaient ouvert en grand l’accès au grand-comté. Je pensais que la charte aurait suffit au Borgne, mais c’est toute l’ironie de la chose, voyez-vous. Je vous l’ai dis, Tanhausser n’a jamais arnaqué ou exploité personne, c’est le peuple qui l’a porté au pouvoir, qui a dressé des barricades et fait pression sur les quarteniers de Nuln. Il est franchement blessant pour l’ego du Borgne d’avoir agit toute sa vie pour que le peuple de Nuln prenne le pouvoir, simplement pour que ce peuple décide de sacrifier sa propre liberté en se jetant dans les bras du bourgmestre. Je comprenais que ça le fasse chier, parce que ça me faisait chier aussi, j’étais persuadé qu’il était trop tard pour revenir en arrière. Ce n’était pas Faust Valdorf qui allait revenir sur ce qui avait été décidé avec Luitpold et Karl Franz.

Je bouillonnais intérieurement. De colère, surtout, mais d’une colère sourde, que je ne laissais pas exploser dans un élan théâtral. Cela ne servait à rien de faire ça dans la rue, face au Borgne. Je me disais, au fond de moi, que pour me dire ce genre de choses, il avait dû lire quelque chose dans les papiers subtilisés chez Tanhausser. J’hésitais à les sortir de la besace et de les lire là, en plein dans la rue insalubre que je remontais péniblement, aidé de mon bâton de sorcier, en évitant le caniveau dégoulinant d’immondices de pots-de-chambre vidés depuis les toits.
C’est mon bon vieux bâton qui me fit sentir que quelque chose ne va pas. L’Ulgu règne la nuit, je vous l’ai dis. Un regard du coin de l’œil. Le sentiment d’une ombre qui marche sous la lueur d’une Morrslieb éloignée et minuscule. J’ai assez parcouru ces rues, depuis mon enfance, et j’ai eu assez d’ennuis pour savoir quand quelqu’un m’en veut. J’avais alors plus de cinquante ans – étant orphelin, je ne connais pas mon vrai âge, mais je sais simplement qu’un mage des Collèges Gris est parvenu à me tirer des égouts où je me cachais alors que je n’avais pas atteint l’adolescence, et cela avait eu lieu il y a au moins une quarantaine d’années. Mon visage était profondément marqué par des sillons, je ne parvenais plus à trouver le moindre cheveu encore coloré ni sur mon crâne, ni dans ma barbe. Il ne vous faut donc pas beaucoup d’imagination pour me voir, alors que j’étais plus vif, plus jeune, plus sournois, à me faire traquer par des usuriers et des truands en tout genre. C’est limite si des yeux ne m’ont pas poussé derrière ma tête.

Pour confirmer mes soupçons, je décidais de nonchalamment prendre une autre rue. Regarder derrière-moi était une mauvaise idée, la plus belle des façons d’alerter mon poursuivant. À la place, sitôt que j’avais changé de direction, mes lèvres gercées se décolèrent l’une de l’autre, et je murmurais un sort qui eut pour effet de faire naître de la chair de poule tout le long de mon échine. Je créais une illusion de moi-même, un double parfaitement identique, qui alla marcher sans aucun but tout droit.
Je me collais sans me presser contre un mur, et lançait un deuxième sort aussitôt, afin de me recouvrir d’un voile d’obscurité. Mes soupçons furent vite confirmés. Un homme passa juste devant moi, sans remarquer mon invisibilité. Un grand gaillard, quelconque, commun, sans aucun détail qui tranche, ni sa posture, ni son costume, ni même son odeur que je parvins à sentir lorsqu’il passa juste sous mon nez. Et pourtant, que ce soit par l’instinct, ou par les arcanes magiques, je sentais que le type en avait après moi.
Mon illusion alla mourir dans une ruelle, supprimant mes traces. Pourtant, il n’était pas question pour moi d’en profiter pour partir dans une autre direction afin de m’enfuir. Ce n’est pas une bonne stratégie, et au contraire, le meilleur moyen de me faire à nouveau poursuivre, avec plus de rigueur, à un autre moment. Dans ce genre de situation, il vaut mieux savoir qui en a après vous. Je repassais donc sur la grande place que mon illusion avait traversé, et sans sourciller, je me mettais à marcher d’un pas lent, une main dans la poche, l’autre sur mon bâton.
Il ne fut pas longtemps avant que mon poursuivant ne me traque à nouveau. La poursuite dura pendant a peu près une demi-heure. Une poursuite au pas, lent, discret, où je m’amusais à créer de courtes illusions pour tenter de m’assurer qu’il était bien en train de me prendre en filature et non un simple badaud. J’avais subtilement décidé de l’attirer dans un endroit désert, un entrepôt à grain de la ville mais qui avait été vidé pendant la guerre des Fiancés, et pas encore rempli. Il fallait que je l’éloigne le plus possible des rues où les gens circulaient, même en pleine nuit, et surtout, que j’évite de tomber sur la sergenterie de Nuln.

Arrivé devant l’entrepôt, je décide de faire corps avec l’Ulgu. Cette fois-ci, je ne me contente pas de murmure un sort à voix basse, mais au contraire, décide de crier très fort mon incantation en Magick. Je parviens à devenir une sorte de forme éthérée, qui me sert à traverser avec aise la pierre. C’est le genre de sort qui est beaucoup plus difficile à lancer qu’une simple apparition de brume, et qui explique pourquoi aujourd’hui mon ombre ne marche pas de la même façon que moi. Au moins, le sortilège me permet de m’approprier très vite mon environnement.
Je me retrouvais en effet perdu dans un grenier à blé gigantesque, et entièrement vide. Imaginez un gros bâtiment rectangulaire, tout en pierre, recouvert de miettes de céréales au sol. Aucun endroit d’où m’embusquer, si ce n’est le plafond où il y avait des passerelles en bois, mais à presque soixante pige, je n’avais pas le courage de monter là-haut. Je me contentais donc de m’avancer au centre du bâtiment, et d’attendre en soupirant.
Laborieusement, la porte du grenier à blé coulissa. Mon poursuivant la poussait de toutes ses forces, en soufflant, les lunes de Mannslieb et Morrslieb pénétrant par une large bande horizontale blanche-verte et me traversant de part en part. L’homme m’aperçut là, au centre, éclairé, et sans aucun obstacle, comme une vache au milieu d’une étable. Comme une cible d’entraînement. Sans attendre un instant, il jeta sa main dans un étui attaché à ses braies, tira un pistolet, et le leva pour me tenir en joue. Dès que j’aperçus son mouvement, je frappais le sol avec mon bâton, hurla un sort, et créa ainsi deux doubles à ma gauche et à ma droite. Je sautais de côté d’un petit pas, et le garçon ouvrit le feu sur une de mes ombres animées qui éclata dans un voile de poussière sitôt que la balle le traversa.
À ma grande déception, l’assaillant ne se mit pas à hurler ou à se jeter dans le noir. À l’inverse, il eut l’intelligence de poser son pied sur la grande porte du grenier, qu’il commença à pousser de toutes ses forces, tout en rechargeant son pistolet en prenant appui avec son dos contre l’ouverture afin de libérer ses mains. Il savait que la lumière était mon ennemie. Caché dans l’obscurité, je me mis à lui parler à voix haute :

« Tu devrais apprendre à viser, jeune homme. C’est quand même une erreur grossière là. »

Il ne réagit pas à ma provocation et à la place continue d’ouvrir grand la porte. Je me retrouve maintenant avec un tiers du grenier à blé qui est envahi par la lumière nocturne. Je décide vite de réagir en le terrifiant : J’utilise à nouveau ma magie pour faire apparaître une illusion, cette fois d’un chien géant qui bondit hors de l’ombre. Bavant, hurlant, aboyant, la sale bête s’élance vers mon assaillant, qui ne détourne même pas le regard et laisse l’ombre se dissiper tout près de lui.
Il sait que je suis un umbramancien. Et apparemment on a dû le prévenir des sorts que je suis capable de lancer. Ça promet d’être intéressant.

« Très bien, voyons voir cela ! »

Je décide donc de l’envahir de ténèbres. Seule la lueur de Morrslieb passait à travers la brume obscure qui se mettait à envahir le grenier. Tout autour de lui, des illusions me recopiant apparaissaient, et l’assaillant décida de sortir une grenade dont il alluma la mèche avec un briquet en amadou, dans un geste très rapide qui me faisait penser que ce n’était pas la première fois qu’il faisait cela. L’explosion fut très violente, et allait à coup sûr réveiller le quartier. Il fallait que je me débarrasse très vite de lui.
Je soulevais mon bâton et l’utilisait comme une arme. Une nuée de corbeaux croassant s’élancèrent dans le vent vers ma cible, qui sauta au sol afin d’esquiver les oiseaux d’illusion qui auraient pu le blesser avec leurs becs acérés. L’homme roula sur le sol, bondit sur ses deux pattes, et sorti un deuxième pistolet avec lesquels il tira sur mes autres illusions. La peur s’empara de moi, et je me rendais compte que Ranald était bel et bien de mon côté pour qu’il n’ouvre le feu que sur mes doubles.

Il était coriace. Mais coriace pour quelqu’un qui n’était pas un mage, ce qui voulait dire pas tellement. Alors qu’il se mettait à recharger ses armes, se croyant faussement protégé en restant au centre de la lumière projetée par Morrslieb, je projetais un nouveau sort qui fit résonner un cor, assez fort pour être probablement entendu à travers le quartier – si je voulais être discret, c’était trop tard. Ma cible jeta un pistolet à terre et se couvrit les oreilles en gémissant de douleur. À nouveau, je projetais mes corbeaux, qui virent l’assaillir. La plupart disparaissaient sitôt qu’ils traversaient la lueur de Morrslieb, mais pas avant de larder ma cible d’un vif coup de bec qui lui fit une égratignure, et on peut tuer quelqu’un avec un millier d’égratignures. Pour autant, il ne se mit pas à paniquer ou à hurler, mais à la place, termina de recharger le pistolet qu’il tenait toujours, se leva en se protégeant le visage de l’autre main, et se jeta en avant hors de mon sortilège.
Il fonça vers l’une de mes illusions, dégaina une rapière, et la traversa. Puis, il se retourna, et fonça vers une autre forme spectrale, qu’il poignarda encore. Il se tourna vers une troisième, fonça, et, cette fois-ci, ce fut moi, en chair et en os. Et il comprit que ce fut moi, parce qu’au lieu de rester stoïque, la figure en face de lui se mit à marcher en arrière et à se mettre en position de combat. Pas con, sa technique. Il leva alors son pistolet, et se prépara à tirer.
Je ne sais pas ce qui me prit. Ce devait être la peur. Mais je me hurlais un sortilège qui, si Faust Valdorf apprenait que je l’avais utilisé en plein dans un quartier habité, demanderait peut-être à ce que je sois pacifié immédiatement. Sous mes pieds, et sous les pieds de mon adversaire, un trou béant s’ouvrit, dans lequel on sombrait tous les deux. Un trou noir, obscur, profond, mais dans lequel il y avait un fond noir comme rien de matériel n’était noir, pas même la plus profonde des nuits. Au fond du trou, profond comme 6 mètres, on entendait des voix, des murmures, qui nous encerclaient partout : Nous étions au fond du trou de Tarnus.
Mon sang se glaçait quand je sentis une main m’attraper et tenter de m’attirer plus profond dans le trou, qui pourtant paraissait avoir un fond. Je me débattais, me retournait, et m’accrocher à l’un de ses bords, qui m’accrochait en retour. Tout autour de moi, j’entendais des pleurs, des cris, de la musique militaire. J’étais comme perdu dans une fosse commune où les esprits dormants avec Morr s’étaient soudain réveillés. Des milliers de milliers d’âmes humaines qui, tirées de leur coma, se mettaient à être apeurées et à savoir ce qui était en train de se passer. En haut, je pouvais voir le plafond du grenier à blé, et surtout Morrslieb à travers l’ouverture que mon camarade d’infortune m’avait fournie : Je n’eus pas besoin de bien plus pour escalader comme un fou furieux hors du trou, à toute vitesse, donnant toutes les maigres forces que mon vieux corps de mage pouvait fournir, malgré mon arthrose, malgré mes crampes et mes courbatures, épouvanté à l’idée de me retrouver absorbé là-dessous. D’autant que, au-dessus de nos têtes, le trou était en train de se refermer. Je grimpais, grimpais, en suffoquant, des grosses larmes coulant de mes yeux, horrifié chaque fois que je sentais une sorte de poigne me tenir mon vêtement ou mon mollet.

Je sortais juste avant que le portail ne se rétrécisse sous mes yeux. Je me retrouvais couché sur le sol, mais heureux de sentir de la pierre et des miettes de céréale sous les paumes de mes mains. Toussant, toussant, et pleurant énormément, je collais mon front contre la pierre. Je restais là, endormi, pendant peut-être une trentaine de seconde, avant de me remettre à genoux et de me retourner.
J’étais sur de la pierre dure. Et le cercle que j’avais fais apparaître se fermait, petit à petit, son diamètre rétrécissant avec chacune de mes bouffées d’air. Une main en sorti. Creusant à travers un sol meuble constitué d’esprits et de fantômes, mon assaillant parvint à sortir sa tête, ouvrant grand la bouche pour prendre une bouffée d’air. Lui qui avait paru impassible durant tout le combat, il avait un visage blême, des yeux grands ouvertes, et il hurla de terreur et de toutes ses forces sitôt qu’il parvint à dégager sa trachée. Il sorti du portail magique, roula contre la pierre, et, juste avant que le gouffre de Tarnus ne se referme, il tomba sur le dos et sur le sol.
Encore endolori, j’eus du mal à me relever, et je devais me reposer contre mon bâton de sorcier. Je comptais bien le féliciter de s’être sorti de là en vie, au pauvre garçon, surtout qu’il allait être traumatisé pour le restant de ses jours. Mais, je le vis faire quelque chose de bizarre. Tirer quelque chose de son mantel, et le diriger vers sa bouche.

« NON ! »

Afin de ne pas avoir à courir les quelques pas qui me séparaient de lui, j’utilisais le peu de force qu’il me restait pour manipuler l’Ulgu, et me téléporter juste au-dessus de lui. Je mettais mon poing dans sa bouche, qu’il mordait de toute ses forces, et je tentais de l’empêcher de mettre dans sa bouche une dose d’arsenic. Ce fut dur, parce que je suis un vieillard, mais le fait qu’il était en train de s’asphyxier et qu’il avait été submergé par des esprits hurlants et pleurants me donna un avantage certain, qui me servi à lui retirer l’arsenic avant de le frapper très fort, et plusieurs fois, avec le bout de mon bâton, histoire de le rendre groggy et de voir apparaître sur son visage de gros bleus.
Ce n’était pas un petit truand. C’était un des Yeux de l’Empereur.

Je me relevais en m’aidant de mon bâton, suffoquant et endolori de partout. Mais je vis une ombre envahir le grenier par l’ouverture de la porte. Le Borgne se tenait là, il venait tout juste d’arriver.

« Eh bien, quel grabuge mon ami. Tu viens de réveiller tout le guet du quartier ! »

Il vit que je n’étais pas bien, et couru vers moi pour me soutenir. Il observa d’un air mauvais le corps à mes pieds. Avec le peu de souffles que j’avais, je lui chuchotais dans l’oreille :

« Mon apprentie… Va me chercher mon apprentie… Et… Il faut… Il faut que je l’emporte avec moi…
– Merde… Assied-toi, reprends ton souffle. Je m’occupe de tout. »

Ranald protège. Parfois.
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
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FOR 8 / END 8 / HAB 8 / CHAR 10 / INT 8 / INI 8 / ATT 10 / PAR 8 / TIR 8 / PV 20/60

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- Coup précis (1)
- Sang-froid
- Alphabétisé
- Dégainer l'épée
- Monte
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Armand de Lyrie
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Re: Les Héritiers de Sigmar

Message par Armand de Lyrie » 14 avr. 2019, 01:38

Correspondance subtilisée dans les coffres d’Eugen Tanhausser par les voleurs de Ranald.
Certaines de ces lettres sont des originaux. D’autres sont à l’inverse des recopies manuscrites, par quelqu’un qui a pu tenir la correspondance en main.


Original
Père,

La nouvelle vous a-t-elle atteinte ? La Diète du Mois de Sigmar s’est finalement achevée, après nombre de péripéties. Contrairement à ce que je vous ai adressé précédemment, les espoirs de Sa Sainteté Kaslain n’ont pas débouché sur quoi que ce soit. Albus Brenz a refusé de reconnaître la fausseté de ses paroles et est parvenu à recevoir un tonnerre d’applaudissement de la part de certains traîtres. L’ambiance à Altdorf est pesante. Hier, deux curetons agitateurs ont été arrêtés par les répurgateurs : alors qu’ils font partie du culte de Sigmar, ils se sont mit à professer contre la corruption de notre Religion et ont distribué le torchon immonde de Brenz à leurs fidèles. Nous commençons à avoir énormément de mal à contenir la situation. Brenz a été mit au ban de l’Empire et s’est enfui, mais Sa Majesté Impériale se morfond, quelque chose a l’air de s’être brisé en lui. Il est tombé subitement malade, et depuis la clôture de la Diète, il se cache dans sa chambre. Au sein du Conseil d’État, tout le monde cherche maintenant à tirer la couverture à lui, et j’ignore si je dois plus être terrifié par Valdorf, le Prince Mattheus qui contrôle la Reiksguard, ou le Chancelier Matthias Corber.

J’ignore si je suis toujours utile à Altdorf. Kaslain veut reprendre les choses en main et frapper un grand coup. Il aurait aimé que Brenz soit brûlé vif, mais en l’absence de réaction, il a pour projet de réunir un Grand Conclave avant la fin de l’année, qui aura pour but de dénoncer en bloc tous les écrits hérétiques, recréer une doctrine de foi et envoyer les répurgateurs pourchasser les contrevenants. Corber et Valdorf y sont tous les deux opposés, croyant que cela risquerait de simplement agrandir les troubles, mais le Chambellan Wendel Volker et l’Archonte Sofia von Jungfreud avaient l’air d’approuver. En l’absence d’aide impériale, Kaslain compte de toute façon rallier du soutien d’autres manières que ce soit. Il risque en revanche d’avoir besoin d’argent, et vous pourriez lui être utile.

En dépit de tout cela, nous avons eu une Fête de Sigmar magnifique et pleine de réjouissances, même s’il y a eu de nombreux fauteurs de troubles et des agressions plus que de raison. Kaslain a profité de l’occasion pour faire un magnifique discours qui a enflammé les cœurs des habitants d’Altdorf, et heureusement que Werner Todbringer et tous les pro-Brenz avaient quitté la ville à toute vitesse le jour précédent, car il a rempli leurs cœurs d’une rage sainte et purificatrice. Selon le Prince Mattheus qui se base sur les rapports du guet et la Reiksguard, treize personnes, tous de riches bourgeois dont trois imprimeurs, ont été lynchés et noyés dans le Reik après les feux d’artifice traditionnels des Mages du Collège Flamboyant.

Votre fils dévoué.

Fait à Altdorf le 21 Sigmarzeit 2539.
Copie
Votre Éminence,

Bien sûr que je suis au courant de ce qui s’est passé à la Diète. Ce qui me semble le plus dommageable est que le Traité de Wissenburg n’a pas pu être ratifié officiellement. Si l’ambiance à Altdorf est délétère, elle n’est rien comparée à celle ici. Le Grand Maréchal Erkstein a rappelé les milices bourgeoises et obtenu de Tanhausser les crédits pour rappeler les bannières. Le Wissenland va à nouveau s’armer, ce qui, bien sûr, met les gens à cran.

Ne reviens pas à Nuln. Albus Brenz, ce fou furieux, a fait assez de torts ici. Un véritable parti qui s’appelle « réformiste » s’est créé au sein de la cour et du tribunal, et ils sont très forts pour allumer les cœurs des habitants. Erkstein est à leurs yeux leur nouveau héros, l’épée qui va défendre Brenz et purger la foi. Tu serais très amusé de voir qu’ils t’ont caricaturé et dessiné ton portrait partout dans les rues, en te représentant souvent sous l’allure d’un gros cochon. Tanhausser est un modéré, il fait comme il a toujours fait, serpenter autour de toutes les factions et essayer de rendre tout le monde heureux.
Quand est-ce que le Prince Luitpold et la comtesse du Wissenland comptent venir ? Ils sont attendus, chaque jour qui passe sans eux nourrit la paranoïa dans les rues, et l’idée que finalement, on aurait peut-être pas besoin d’eux. Le problème, c’est que jusqu’ici, c’était un sentiment contenu au sein de Nuln, là où le Wissenland grouillait de traîtres rapaces qui étaient prêts à donner la province aux mains de Leitdorf. Aujourd’hui, le sentiment semble être partagé par beaucoup de Wissenlandais.

Zillendorf.

Nuln, 27 Sigmarzeit 2539.
Original
Père,

Ce sont de graves nouvelles que vous m’apprenez ici. D’autant plus grave que c’est un sentiment qui est corroboré par absolument tous les canaux d’information. Que ce soit les Yeux de l’Empereur au service de Corber, les Umbramanciens de Valdorf, ou les Répurgateurs de notre Religion, nous pouvons avoir un bref aperçu de la situation, province par province.

Le Middenland est une région qui nous est à présent perdue. Il ne nous est pas permit de l’avouer publiquement, mais c’est une réalité avec laquelle nous devons maintenant composer. Les Ulricains se sentent plus puissants que jamais, et à présent, l’Ar-Ulric n’envoie même plus de lettres pour réprimander les prêtres qui proclament l’évhémérisme de Sigmar ; Les Sigmarites du Middenland sont de toute façon convaincu aux idées de Brenz, et souhaitent une réforme – donc un affaiblissement – de notre Religion. J’ignore si Werner Todbringer agit ainsi par prédation ambitieuse, ou par fanatisme sectaire, mais à présent, nous ne pouvons plus compter sur sa loyauté, et même plutôt sur son hostilité qui n’attend que d’être déclarée.

Le culte de Sigmar n’a jamais été vraiment établi dans le Nordland. Même les élites Nordlandaises ne professent pas leur Foi envers notre Sauveur. Helena Gausser a pourtant cherché à changer cela, notamment en s’assurant que mon humble homologue, von Leiden, devienne archi-lecteur de Talabheim. Il y a néanmoins un monde entre l’indifférence et l’hostilité. Le discours des réformistes attire beaucoup les jaloux et les insurgés qui pensent que les autres cultes ne sont pas assez représentés ou respectés dans l’Empire, il parvient à séduire des dévoyés. Il nous faut agir dans le Nordland le plus vite possible, au risque de le perdre, d’où les raisons pour lesquelles Sa Sainteté Kaslain veut convoquer le Grand Conclave pour tenter d’accorder des changements dans la doctrine et l’organisation ecclésiastique.

L’Ostland est fanatisé et au bord de la guerre. Mais pour la raison parfaitement inverse : Les agitateurs les plus extrémistes de Notre Religion sont à l’œuvre à Wolfenburg. Vous entendrez dans les jours qui vont suivre que les habitants de la ville ont jeté par la fenêtre de l’hôtel de ville leur bourgmestre et quelques marchands accusés d’imprimer le bouquin de Brenz. Si Valmir von Raukov était encore en vie, et n’avait pas été tué par d’immondes norsiens durant le Déluge, il aurait probablement mit fin à ces troubles en réprimant férocement les insurgés ; Mais Enrik von Raukov n’est qu’un garçon de neuf ans, faible et maladif, et c’est le Conseil de Régence qui décidera à sa place. Pour ne pas avoir de troubles, l’Ostland semble loyal, mais si Sa Sainteté a pour but de ramener la paix civil en trouvant un accord, alors les Ostlandais risquent de devenir une épine dans le pied…

L’Ostermark est éloigné de tous ces événements. La religion se pratique comme elle s’est toujours pratiquée, et les habitants de ce trou paumé semblent à peine déphasés par le fait que des curetons Sigmarites s’amusent à violer de jeunes filles ; de toutes façon, cet endroit est si arriéré qu’il est rempli de faux prêtres, voire de prêtres aux multiples confessions, qui s’habillent en fidèle d’Ulric un jour avant de prendre le costume de Shallya le lendemain. La province, de plus, a été le plus durement ravagée par les chiens d’Archaon. Richard von Blücher-Hertwig est de toute façon un comte, qui est certes un bon politicien et un admirable chef de guerre, mais qui est affaibli, et apparemment plus soumit à la politique du voisin de Kislev que ce qui peut bien se produire à Altdorf.

Le Stirland, fort heureusement, est un pays exemplaire. Tout aussi arriéré et ravagé que l’Ostermark, le Stirland a au moins le grand avantage d’être rempli de gueux terrifiés et superstitieux, si bien que même les manants de Bretonnie sont des progressistes à côté d’eux – après tout, même les nobles de Bretonnie ont été obligés de reconnaître les sacrifices et la contribution exceptionnelle des milices paroissiales et communales durant le Déluge. Le Stirland sera loyal, je le crois. Loyal et non jusqu’au-boutiste comme l’est l’Ostland. La condition étant, bien sûr, que la Sylvanie ne se réveille pas ; La fange mort-vivante a été bien anéantie comme il se doit une fois que les fesses d’Archaon ont été bien rossées, mais nous ne sommes jamais parvenus à atteindre Drakenhof…

L’Averland est un problème épineux. Dietmar Leitdorf, bien épaulé par le sire Rudolph Weskar, ont réussi à ramener de l’ordre et à unifier cette terre trop souvent minée par des guerres civiles. Le problème, c’est que si Marius Leitdorf était fou, alors Dietmar est complètement incapable : Je me demande pourquoi il n’a pas été tué dans le berceau, vu qu’il est né durant une pleine Morrslieb, c’eut été un acte raisonnable. Nous parlons d’un homme qui ne peut être raisonné, il est dévoyé de manière permanente, il copule en public et a nommé un bouffon halfelin comme Chambellan. Si les Averlandais sont hérétiques, ils n’ont pas attendu Brenz pour ça. Averheim est une poudrière, où des réformistes se rencontrent comme si c’était un second Marienburg, et Leitdorf ne fait rien car il trouve que les débats sont plaisants à son oreille. Pour autant, l’Averland n’est pas aussi hostile que le Middenland, précisément à cause du côté ombrageux de Leitdorf. Il faut parvenir à le ramener dans le droit chemin.
Le Moot est sous son œil et sa main. La zone est extrêmement stratégique, aussi, il faudra à un moment ou à un autre convaincre le comte Albreich II d’envoyer son chien, Otto Kross, surveiller les halfelins.

Tout comme le Stirland, le Talabecland paraît être un endroit pieux et fidèle. Jan von Leiden est sans hésiter quelqu’un de très respecté là-bas, Le problème vient de l’instabilité politique, depuis la mort sans enfants de l’Archiduc Helmut, une situation qui n’est pas sans rappeler ce qui s’est produit au Wissenland, à la différence que les Talabeclandais ont eut l’intelligence de ne pas se répandre dans une guerre civile infâme… La province est très divisée religieusement, tout autant que politiquement, et il y a des dizaines d’idées différentes qui se sont propagées un peu partout. Von Leiden est parti à Talabheim pour convaincre les prêtres des autres cultes d’adhérer à un programme qui serait élaboré au Grand Conclave, mais je pense que ce sont les nobles qui peuvent ruiner la paix publique. Reban Greiss est un vieux vétéran dont les soldats n’ont toujours pas été démobilisé depuis le Déluge, et il est important de le surveiller. Qui sait quelle famille va se faire reconnaître dans cette belle province ?

Je ne vous apprend rien sur le Wissenland. Mon diocèse de Nuln, à quoi ressemble-t-il ? Si tant de Wissenlandais ont accueilli Dietmar Leitdorf à bras ouverts durant la Guerre des Fiancés, ce n’est pas par opportunisme, c’est parce qu’ils sont terrifiés par la ville de Nuln qui est un véritable bastion de la réforme. Il faut dire, Averheim n’est pas plus pieuse que Nuln, mais j’ai l’impression que c’est bien le problème des idées de Brenz, qui sont adressées aux hommes lettrés et intelligents, et non envers le peuple crasseux et fidèle. Normalement, Erika von Toppenheimer est censée revenir avec son fidèle mari, le fils de Karl Franz, mais qui sait si ce sera assez pour ramener la décence et l’honneur dans cette région du monde ?

Enfin, qu’il y a-t-il à dire de l’Hochland ? Doux, pacifiés, se contentant de vivre leurs propres vies. Ils n’ont pas besoin d’écouter les discours flamboyants d’agitateurs politiques, qu’importe qu’ils suivent Brenz ou Kaslain ; Ce sont des gens qui ont toujours été attachés à leur petite indépendance. Nous n’avons que très peu de pouvoir sur les curés qui sont nommés là-bas. Les répurgateurs les terrifient, ils sont attachés à l’égalité des cultes… Il n’est pas étonnant que Brenz soit né dans cette province. Est-ce pour autant que c’est un foyer réformiste ? On en est loin. Il n’y a pas de volonté de sang ni de guerre. Ce sont ceux qui pourraient le plus accepter des changements pacifiés par le Grand Conclave, mais de toute façon, nous n’avons que peu de pouvoir là-bas. Tout risque de dépendre de Konrad Ludenhof : Ce jeune homme me paraît être, et je ne suis pas le seul à le penser, le plus accompli et le plus intelligent de tous les princes et princesses de l’Empire, probablement parce qu’il a été éduqué par Érasme de Nuln. Je suis persuadé que c’est sire Konrad qui peut représenter le point d’équilibre, neutre, entre tous les partis, et essayer de ramener un peu de paix dans l’Empire.


Cet exposé gardé à nos esprits, que nous reste-t-il ? Quel parti souhaitez-vous prendre ? Je suis à votre disposition.


Brenz est introuvable. L’assassiner est une option.

Votre fils dévoué,

Fait à Altdorf, le 2e de Sommerzeit.
Copie.
Votre Éminence,

Kaslain n’a besoin que d’une chose pour réussir : De l’argent. Tout se règle avec de l’argent. Reban Greiss peut-être acheté avec de l’argent, et avec ça tout le Talabecland. Le Stirland est si pauvre qu’il s’achèterait avec de la monnaie de singe. Même les répurgateurs agissent avec de l’argent, et je reste persuadé que l’argent triomphera toujours sur la foi.

Heureusement, il semblerait que je sois l’homme le plus riche du Vieux Monde. C’est moi qui vais décider de ce qui se passera à présent. Pas Valdorf, pas Karl Franz, et certainement pas ce bandit anobli de Corber.

Je n’aime pas Brenz, sa rhétorique inspire des pleutres dégénérés qui veulent lyncher des Nains et exproprier ceux qui ont mieux réussi qu’eux. Pour autant, son ouvrage, fort bien rédigé et immensément vrai – même toi tu dois l’admettre, si tu es archi-lecteur ce n’est pas pour ta foi brillante – fait naître une grande opportunité à mes yeux.

Que Kaslain réunisse son Grand Conclave. Il aura tout mon soutien, à la fois de mon argent et de mes amitiés. Mais il faut que tu profites de ton temps à Altdorf pour jouer de tout ton talent de diplomate et de tout ton charme. Kaslain va avoir mon argent, le prince Luitpold va avoir mon argent, mais je veux qu’ils sachent tous deux ce que j’attends deux.
Le Culte de Sigmar a beaucoup trop de terres, trop de dîmes, et trop de privilèges. Cela me gêne énormément dans mes entreprises. Si le Grand Conclave doit réformer notre Religion, alors il se doit de le réformer d’une manière exemplaire.

Approche-toi de Luitpold. Caresse-le dans le sens du poil. Voit ce que tu peux tirer de lui.

Zillendorf.

Nuln, 7 Sommerzeit 2539.
Original
Père,

Comme convenu, j’ai beaucoup œuvré dans votre sens. Mais des nouvelles alarmantes me viennent de Nuln. La ville est-elle encore seulement sûr ? Les rapports sont confus, mais il semblerait qu’il y ait des émeutes et que le Maréchal Erkstein a fait tirer dans la foule. Que se passe-t-il ?

Kaslain et moi avons beaucoup discuté. Il était enragé, mais au final, il est devenu résigné. Il demande de l’argent – beaucoup d’argent. Nous avons vu ensemble les comptes et, pour mener à bien ses projets, il aura besoin de plusieurs millions de couronnes. Il est prêt à assurer les emprunts successifs par des décimes – c’est illicite bien sûr, car ce serait toucher au Denier du Culte, mais il nous suffira d’utiliser des prêtes-noms.

Luitpold quant à lui souhaite revenir à Nuln. Les nouvelles dans la ville et dans le Wissenland entier le rendent enragé. Il souhaite venir dans le Wissenland à la tête d’une armée, et imposer Erika par la force. Cela anime, comme vous l’imaginez, de profonds débats au sein du palais d’Altdorf : cela fait un mois que nous ne sommes pas rentrés chez nous. Étrangement, le Reikmarshal, le propre frère de Luitpold, semble être passé dans le camp des modérés…

Brenz est toujours introuvable.

Fait à Altdorf, le 11 Sommerzeit 2539.
Copie.
Votre Éminence,

Il y a eut des troubles à Nuln. Une stupide affaire qui s’est envenimée. Un prêtre de Sigmar qui a été impliqué dans une sombre affaire de mœurs. Des jeunes hommes sont venus pour le lyncher, les répurgateurs se sont interposés et sont parvenus à faire se réfugier le prêtre dans la cathédrale de Sigmar. Le vicaire que tu as mis en place pour te remplacer en ton absence a été très fort, il a ramené le calme et l’ordre, mais ensuite, un tireur embusqué a ouvert le feu sur lui : il s’en est sorti, mais cela a suscité beaucoup de peur et des rumeurs un peu partout. Je suis persuadé que des agitateurs sont derrière tout ça.
En tout cas, ça a été une magnifique aubaine pour Tanhausser. Parce que jusqu’ici, le Maréchal Erkstein et ses hommes n’avaient pas le droit d’entrer dans Nuln, car ceci serait illégal. Après la tentative d’assassinat du vicaire, Tanhausser a pu faire passer une proposition d’instaurer la loi martiale : les portes ont été ouvertes, et les milices du Wissenland sont entrées dans la ville pour garder les points stratégiques, les greniers à blé, les usines, et la cathédrale de Sigmar. Les quarteniers de Nuln n’ont plus aucun pouvoir et les élections ont été annulées.
Rends-toi compte du coup de maître : Erkstein est un pro-Brenz, un réformiste militant, et c’est lui qu’on fait entrer en ville pour défendre les Sigmarites orthodoxes ! Bien sûr, cela risquerait de se retourner contre Tanhausser, mais à ce niveau de maîtrise, c’est une anguille !

Je vais régler le problème. J’ai déjà commencé à soudoyer les quarteniers. Le recteur de l’École d’Artillerie est dans ma poche, tout comme le Grand-Maître de la guilde des tisserands, la corporation des vignerons, et le conseil nobiliaire qui entoure Tanhausser pour faire croire à un semblant de démocratie. Les nobles sont avec moi, les commerçants sont avec moi, et bientôt, Tanhausser sera mit en minorité.

Je veux que tu fasses parvenir tout ceci au Prince Luitpold. Je veux qu’il comprenne que Nuln est à moi et que, s’il veut s’en emparer sans avoir besoin d’y débarquer avec toute une armée, il a simplement à me le demander. Mais bien sûr, ce ne sera pas une aide gratuite, très loin de là.
Je souhaite une exclusivité sur les mines des Montagnes Noires. Je souhaite aussi la révocation du privilège de la guilde des joailliers. Je fatigue beaucoup de la concurrence des Nains et des Métiers : Au moins, on pourra reconnaître à Albus Brenz de faire quelque chose contre ces derniers, mais il ne dit rien des premiers. Soit.

Brenz est à Marienburg. Oublie-le.

Zillendorf.

Nuln, 16 Sommerzeit.
Original
Père,

Luitpold a été informé. Il me semble prêt à accepter.
Les choses avancent bien avec Kaslain. Les discussions ont été entamées avec des représentants de plusieurs cultes. Cela ne sera pas facile, mais nous pouvons le faire.

Il m’apparaît clairement, et je ne suis pas le seul à le penser, que c’est le Wissenland qui peut faire bouger les choses. Si Luitpold y entre triomphalement et remet de l’ordre dedans, alors nous pouvons garantir la paix de l’Empire.

Corber dit que Werner Todbringer a reçu un ambassadeur venu secrètement de Marienburg. Il va nous falloir bouger très vite. Quand pourrez-vous mettre tout en place ?

Votre fils dévoué,

Fait à Altdorf, le 19 Sommerzeit 2539.
Original
Mon fils,

J’ai quitté Nuln en prévision de ce qui se passera les prochains jours. Tu dois suivre scrupuleusement ces instructions :
Demande à Luitpold et Erika de préparer leurs bagages et de rassembler leur mesnie. Pas d’armées, pas de bannières, simplement les chevaliers et les serviteurs de leur garde. Tu les mettras en marche dès le 28 au soir, afin qu’ils atteignent Nuln avant la fin du mois. Nul besoin de se presser, ou de s’alerter.
Tu partiras avant eux, le 25. Le but de ton avance sera de savoir si le complot a réussi ou échoué. Tu n’auras aucune escorte officielle, tu dois y aller avec des répurgateurs simplement. Arrête-toi à la frontière, à Grissenwald, où je viendrai te rejoindre : j’y ai énormément d’amis, dont le bailli qui est un fidèle que j’ai acheté.

Pendant mon absence de Nuln, le renversement de Tanhausser aura lieu. Tous les quarteniers ont été soudoyés et agiront de concert. Nous profiteront d’une séance publique à l’hôtel de ville qui doit avoir lieu le 25 pour décider des travaux d’urbanisme et de redirection de l’eau. Une motion sera ajoutée au vote pour proposer l’arrestation et le renversement de Tanhausser pour haute trahison.
J’ai fais fabriquer des faux qui l’impliquent dans la négociation du Traité de Wissenburg. Je vais le faire accuser d’avoir reçu de larges pots-de-vin de la part de Dietmar Leitdorf pour mettre fin à la guerre et faire replier les forces de Nuln après la défaite de Dietmar à Weningen. C’est complètement grotesque, mais l’important c’est que le peuple le croie. Le but n’est pas que ce simple vote suffise : Tanhausser a trop d’alliés, ce serait prendre trop de risques, créer une crise ou une émeute. Non, le but est que le vote échoue, que certains des quarteniers le défendent pour de faux, et que la séance de l’hôtel de ville soit annulé. Tanhausser rentrera chez lui se mettre en sécurité, et tentera de préparer une contre-attaque, tout en se demandant bien ce qui s’est passé.

Erkstein est fanatisé. Il croit réellement aux idées de Brenz, l’acheter est hors de question. Alors, je vais le faire assassiner. Il s’agira ensuite de manipuler la rumeur, de mélanger les affaires, le vrai et le faux, sortir de vieux dossiers balayés du revers de la main par le bourgmestre : les gens sont profondément cons, on leur dit trois mensonges mais une vérité à côté, ils lient le mensonge et la vérité. Tout le monde se retournera contre lui, et alors les quarteniers pourront à nouveau se réunir, en séance d’urgence, mais cette fois-là la trop grande caution que Tanhausser prendra se soldera par un échec.
Comme soutien, Tanhausser ne peut même pas compter sur les seigneurs du crime : Son obsession avec le règne de la loi et le combat contre les malfrats l’a rendu ennemi d’eux.

Ton père,

Rohrhaussen, 22 Sommerzeit 2539.

Post-scriptum : Brenz n’est pas à Marienburg. Brenz est à Middenheim. Dépêchez-vous d’agir avant que Todbringer fasse quelque chose.
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Re: Les Héritiers de Sigmar

Message par Armand de Lyrie » 16 avr. 2019, 10:40

Daniel Hopfer, Umbramancien.
Nuln, Neuestadt.
24 (Marktag) Sommerzeit 2539.


Je relisais les liasses de papiers une énième fois. C’était la chose qui me passionnait le plus dans ce qui avait été subtilité dans l’armoire de fer de Tanhausser : le reste, ce n’était que des bijoux, des lettres de change de dépôts qu’il avait réalisé dans des banques de Luccini et Magritta, des choses inconséquentes et sans importante… Mais ça. Ça. Comment avait-il pu mettre la main sur la correspondance privée de Zillendorf, l’homme le plus riche du Vieux Monde ?
La toute dernière lettre était un original, elle n’avait donc jamais été envoyée. Datée d’hier, l’espion qui est proche de lui avait dû juger que l’urgence s’imposait, quitte à anéantir sa couverture. Je le comprenais. Avec ces papiers, Zillendorf se préparait à bousculer toute la subtile politique du Wissenland. Et Tanhausser tenait là une arme plus puissante que tout ce que l’École Impériale d’Artillerie pouvait imaginer dans leurs esprits malades. C’est au bout de la troisième relecture que mon cœur s’est mit à trembler, et que je sentais des frissons me parcourir l’échine.
Je savais que la situation était mauvaise, mais pas à ce point. Une envie pressante s’était emparée de moi, qui fut la même que celle de mon apprentie qui lisait les papiers par-dessus mon épaule :

« On devrait brûler tout ça. »

Je fermais lentement mes yeux. Je devenais véritablement vieux et usé. Même si j’étais à présent en sécurité, je sentais encore les stigmates du combat de la soirée. Il avait fallu que je manipule les vents autant que le permettait ma force et ma psyché, et une fois la cible neutralisée, il avait fallu que, épaulé par le Borgne et ses cultistes de Ranald, je parvienne à m’enfuir le plus vite possible, le guet étant déjà en train de se réveiller et de faire aboyer ses chiens.
Je n’étais même pas fatigué. Cela faisait plusieurs heures que je restais collé à ma table, en train de relire ce que le Borgne avait dérobé. Je comprenais mieux ce qu’il disait, quand il me racontait que c’étaient les espions qui dirigeaient ce monde.

« Non, je murmurais à Silvia. C’est une décision trop lourde pour que nous la prenions… Elle revient à Valdorf.
– Mais qu’est-ce que Valdorf va faire avec ça ? Qu’est-ce que quiconque peut faire avec ça ? Tout ce à quoi ça peut conduire, c’est la guerre.
– Si c’était le cas, le Borgne les aurait brûlés lui-même sitôt après les avoir lus, ces papiers. On peut faire du chantage. On peut garder Zillendorf tranquille. Si on brûle les papiers, on ne l’arrêtera jamais de comploter, alors que si le Collège les a, ils peuvent garder le banquier tranquille.
C’est une leçon que tu oublies trop vite, jeune fille : La politique déteste le vide, il faut toujours qu’il soit rempli.
– Ne m’appelle pas comme ça. »


Je détournais alors mon regard de la paperasse pour observer la Tiléenne. Elle avait trente-huit ans, j’en avais bientôt soixante, il n’était pas difficile pour moi d’appeler une femme jeune fille. Ce que j’avais du mal à me rendre compte, c’est que Silvia ne supportait pas le fait d’être une apprentie perpétuelle. C’était mon choix. Je savais pertinemment que Silvia n’avait pas la capacité de rejoindre totalement l’ombre. Au départ, elle l’avait accepté, et, c’est uniquement par tendresse et amitié que je la traitais toujours comme une apprentie ; je ne l’aie jamais diminuée, elle est sans aucun doute mon bras droit, celle qui gère toutes les tâches et les nécessités de la cellule du Collège Gris dans le Wissenland. Mais il fallait croire que les années, et le fait qu’elle avait pu recruter de jeunes novices qui depuis étaient devenus des magistères accomplis, avait fait naître chez elle un fort ressentiment que je ne percevais pas, ou que je méprenais pour être une simple trace d’ego mal placé.

Pardonne-moi, mademoiselle, je répondais avec un sarcasme à peine déguisé. Tu préférerais que l’on envoie des sicaires contre Zillendorf ? Qu’on le fasse assassiner ?
– Pourquoi pas.
– Sa fortune serait dilapidée entre ses fils et ses filles. Le Prince Luitpold lèverait des armées. Et avec Tanhausser vivant, il y aura une opposition face à lui. Opposition veut dire guerre. Ou bien peut-être veux-tu faire assassiner Tanhausser aussi ? Et le Maréchal Erkstein ? Tous les quarteniers de Nuln, aussi, de crainte que l’un d’eux prenne le pouvoir ? Au final y a beaucoup de gens qui vont y passer.
– J’ai jamais dis ça. Tu mets des paroles dans ma bouche.
– Nous ne tuerons pas Zillendorf. Je veux que tu fasses en sorte que ces documents parviennent à Valdorf. Tu iras les amener à Altdorf toi-même, dès ce soir.


Je me lèvais et ramassais les liasses de papiers, que je réunis ensemble, avant de les tendre à mon apprentie. Étrangement, elle ne les attrapât pas de suite, elle se contenta de croiser les bras et de retrousser un peu sa lèvre, dans une grimace désagréable.

« Je dois aussi transmettre à Valdorf la demande que t’as donnée le Borgne ?
– Il t’a parlé ?
– Bien sûr qu’il m’a parlé. Je croyais que le but du Collège était de maintenir l’ordre et la paix dans l’Empire.
– C’est le cas.
– Donc tu vas donner au Borgne et au culte de Ranald ce qu’ils souhaitent ?
– Non.
– Donc le Wissenland sera attaché à Nuln ? C’est ce que Zillendorf veut.
Il ne s’agit pas de maintenir la paix dans l’Empire, Daniel. Ce n’est plus le cas depuis un long moment. »


Je ne comprenais pas ce qu’elle était en train de faire. Je ne comprenais pas la folie qui s’emparait d’elle. Mes préjugés sexistes me faisaient croire qu’elle faisait simplement une crise d’hystérie, doublée d’une jalousie maladive. Je ne prenais pas au sérieux son propos. À l’inverse, je fis un pas en avant, pour me coller à elle, dans une posture menaçante.

« Exprime-toi très clairement, Silvia. Ne passe pas par des expressions passives-agressives. Si tu as quelque chose à dire, ouvre ta bouche, et dis-le clairement.
– Il ne s’agit pas de protéger seulement des gens, là. Tu tiens entre tes mains le sort de millions de personnes. Qui es-tu pour décider à leur place ?
– Depuis la naissance du Collège c’est ce que nous faisons.Tu préférerais que ce soit un banquier véreux comme Zillendorf ou un démagogue odieux comme Tanhausser qui manipulent les masses, et les envoient s’entre-tuer ?
– Des gens meurent tous les jours, Daniel. Des enfants dans les usines. Des jeunes filles qu’on brûle parce qu’on les prend pour des sorcières. Des hommes comme Brenz, que le culte de Sigmar voudrait empêcher de voire écrire. Ils ne meurent certes pas lors de grands sièges, lors de batailles flamboyantes, mais ils meurent quand même. Tu cherches à les protéger, ceux-là aussi ?
– Trop mignon. Je vois bien que t’as discuté avec le Borgne. Tu iras danser la farandole avec les cultistes de Ranald sur les toits, à rêver d’un monde meilleur en fumant la pipe, mais après avoir refilé la paperasse à Valdorf.
Tu iras par bateau. Tu embarqueras avec Nel’ qui te servira de passeur. Tu n’oublieras pas de prendre un peu de pièces dans la Tirelire pour le payer et pour payer le nécessaire pour ton voyage. L’habituel, tu connais le chemin. »


Je lui posais alors les papiers contre son torse, afin qu’elle puisse s’en saisir. Mais alors que je quittais la pièce, elle trouva à rétorquer une petite phrase très désagréable :

« C’est toi qui a mit Tanhausser au pouvoir. Tu ne te contentes pas de récolter ce que tu sèmes, Daniel : tu fais payer tes choix aux habitants de cette ville.
Est-ce que Nuln deviendra indépendante ?
– Jamais. Le Borgne et moi rêvions de ça, mais nous étions jeunes. J’ai grandis, pas lui. »


On peut pas s’enfuir face à ses propres fautes. Le passé revient toujours pour nous hanter.



Je contrôle de nombreux établissements de Nuln. Mon réseau est vaste, et établi, mais pas de la manière traditionnellement attendue. Je contrôle des tripots, et des maisons de passe, et j’ai mes entrées auprès de servants et de courtisanes défroquées ou faussement nobles. Les Umbramanciens triomphent dans l’Ombre, parmi les vauriens, les mendiants et les renégats. Les rebus de la société forment le socle de nos sources d’information, et j’ai depuis longtemps appris que les chefs de gangs criminels pouvaient décider du sort des hommes avec la même force que les prêtres, les banquiers et les nobles. Ils ont leurs propres codes, leurs propres rites, et, il faut l’admettre, ils sont souvent très proches de ce que le quidam local doit vivre. Certes, ce n’est pas le Tiléen qui élit le bourgmestre ou qui engage des soldats ; mais c’est lui qui peut manipuler les scrutins pour les élections des cinquanteniers, qui peut casser les grèves et faire de la pression sur des victimes. Nous manipulons les Ombres, il est logique que ce soit là où nous y vivions.

Mon Quartier Général, si on peut appeler ça comme ça, s’appelait le Tonneau, un nom dont l’explication étymologique pouvait varier. Une maison close (J’ai toujours détesté le mot « bordel ») située dans la Rotstraße, une allée aux lanternes rouges admirablement située dans un point équidistant entre l’Université, et les docks, et comme tout le monde le sait, les étudiants et les marins sont les plus gros consommateurs de prostituées, ce qui en faisait un établissement bien desservi avec de grosses rentrées d’argent. C’est très pratique parce que ça permet de remplir la Tirelire : C’est une petite tirelire cochon que Zaza, la matrone, m’a offert pour mon anniversaire – je ne connais pas la date de mon anniversaire alors elle m’a inventé une date. Depuis, tous les mois, on prélève une petite partie des bénéfices des opérations qui vont dans cette tirelire-cochon et ça sert à Silvia pour faire marcher les opérations de renseignement au jour-le-jour : Rémunération des indics, matériel à acheter quand on en a besoin, la bouffe pour les novices qui viennent ici apprendre à devenir de bons mages Gris… Silvia était véritablement essentielle pour mon réseau, le véritable numéro deux, la cheville ouvrière, inventez tous les termes que vous voudrez, mais c’était une machine plus-ou-moins bien huilée qui s’est étalée sur des décennies. Je pouvais, en toute modestie, me vanter d’être le plus grand espion de la ville, le seul qui ait pu serrer la main à Emmanuelle von Liebwitz comme à cet affreux truand qu’est le Tiléen.
Et le Tonneau avait un gros avantage qui m’avait fait choisir cet endroit comme base d’opérations : Il a un sous-sol gigantesque. Une grosse cave à vin, que son ancien propriétaire, aussi un Mage Gris, a fortement modifié et aménagé. Parce qu’il ne pouvait pas payer des bâtisseurs pour venir mettre en place l’ensemble, il a tout fait lui-même, avec l’aide d’un apprenti et de grosses massues, en passant des commandes de matériel à des corporations dont il prenait le soin d’effacer magiquement leurs souvenirs sitôt la livraison effectuée, afin que personne ne soit au courant qu’un type était en train de construire des labyrinthes et des antichambres secrètes dans un bordel.

Toutes les chambres où exercent les filles sont reliées à un mince couloir minuscule où l’on peut espionner depuis des petits judas. Et toute la cave est remplie de portes secrètes, et de pièces qui permettent de s’enfuir par le réseau des égouts de la ville. Le meilleur moyen de circuler dans cette cité. Pendant le Déluge, le Tonneau avait été envahi par les Skavens qui étaient sortis des canalisations pour anéantir les Taudis : le combat avait duré des semaines, et n’aurait probablement jamais pu être remportés sans les renforts des Royaumes Nains qui amenèrent des lances-flammes et des guerriers habitués au combat dans des espaces cloisonnés en milieu souterrain : mais le Tonneau en lui-même, afin de garder ses secrets, a dû être repris par mes propres soins, aidé de Silvia et de quelques novices qui ont été brillants et que j’ai recommandés pour devenir magistères auprès de Valdorf une fois la cité libérée.
Le réseau de pièces secrètes et d’antichambres me mena, malgré mon pas boitant et soutenu uniquement par mon bâton, jusqu’à une petite pièce où Silvia avait tout mit en place pour moi – une sainte, cette femme. Une grosse pièce entourée de murs de pierres, froide et sèche, illuminée uniquement par la lueur de quelques lampes à huile et des bougies déposées sur une table. Sur une chaise, mon assaillant de tout à l’heure, solidement attaché, et surveillé par un tout jeune apprenti qui m’a été tout juste donné par Valdorf car on l’estime assez mûr pour quitter l’enceinte de l’établissement. Je lui fais un léger signe de tête, et le jeunot, recouvert de haillons, le visage camouflé, et les pieds-nus, s’éloigna et cessa de surveiller le prisonnier.
Me voir apparaître ne fit naître chez lui aucune émotion, je ne vis aucun tic sur son visage, ni aucune grimace. Il se contenta de me regarder, les lèvres scellées, avec un regard neutre.

« Ma camarade m’a dit que tu n’étais pas très loquace. Tu refuses obstinément de parler. »

Et il resta impassible, et soutenait solidement mon regard, droit dans les yeux. Je lui fis un petit sourire.

« C’était un magnifique combat tout à l’heure. Je ne suis plus tout jeune, tu as été vif, et résilient. C’est remarquable. Je te félicite. »

Nulle réaction de sa part. Rien, absolument rien. Je m’éloignais et m’approchait de la table, où le novice avait placé divers outils métalliques de toutes sortes.
En vérité je ne sais pas torturer. Mais le but est d’obtenir un effet psychologique, pas réellement le faire. De toute façon, je n’ai jamais cru en la torture : Les Répurgateurs font ça pour faire avouer un crime à quelqu’un, mais quand on torture assez, n’importe qui avoue. Moi je ne suis pas un juge, mon but n’est pas d’impliquer ou d’innocenter quelqu’un. Je veux juste de l’information, et de l’information véritable, pas inventée pour épargner des souffrances.

« Il est dommageable, néanmoins, que tu aies cherché à m’occire… Mais je te félicite malgré tout. Beaucoup ont essayé.
Mon nom est Daniel. Quel est le tiens ? »

Je me retournais et m’approchais de lui. Je tirais un petit tabouret juste devant lui, et, en grimaçant et en faisant des bruits de vieux, je m’assis devant lui, mon bâton de sorcier entre mes jambes. Toujours un grand sourire sur mon visage.

« Tu es un Œil de l’Empereur, je le sais. Tout chez toi me l’indique. Non pas que tu aies un quelconque signe particulier, mais, très ironiquement, que tu n’affiches aucun signe particulier. Tu paraît tellement commun, que ça en devient travaillé. »

Il leva un sourcil, et sourit en coin. Ma plaisanterie eut son petit effet. Je lui répondis avec un grand sourire, qui afficha mes dents à moitié cariées et pour l’une remplacée par une clinquante prothèse en argent.

« Ce qui est énervant, avec les Yeux comme toi, c’est qu’ils sont certes très compétents, de fines lames et des intrigants astucieux… Mais on ne sait jamais vraiment qui ils servent. Toutes ces cellules indépendantes, la chancellerie qui change de direction à chaque petite secousse politique…
Je me demande pour qui tu travailles. Je me demande qui t’as envoyé pour me tuer. »

Son sourire disparu et il reprit le même air monotone et impassible.

« Je ne connais pas beaucoup le chancelier Corber. Un truand qui s’est bien reconverti, à ce que je sache. Passer de simple brigand meurtrier à homme politique… Sacrée promotion.
Mais qu’est-ce que Corber convoitait ? C’était les papiers ? Tu sais de quoi il s’agissait, pas vrai ? »

Malheureusement, je ne détectais chez lui aucun mouvement, ni de curiosité, ni d’intérêt. Il était très fort, je devais bien avouer.
Il faudrait que je lui retire les vers du nez autrement.

« Mais Tanhausser n’a pas dénoncé le cambriolage de ses papiers au guet… Il aurait pu envoyer des agents, en revanche. Je sais qu’il en a. C’est pour lui que tu travailles, n’est-ce pas ? »

Zéro réaction.

« Ou alors, c’est Zillendorf qui t’envoie… Il souhaitait retrouver le contenu de l’armoire… Tu sais de quoi je parle, hein, je ne te perd pas ? »

Nada.

« Je ne vois pas en Leitdorf un homme assez intelligent pour t’envoyer. Encore que, tu es un sbire, et une fine lame… Est-ce que c’était les documents, ou ma vie, que tu cherchais ?
Peut-être les deux ? »

Que dalle.

« Ne me dis pas que c’est Todbringer qui t’as dévoyé ? Il est si loin… Et en même temps, ce qui se joue ici est tellement essentiel... »

Il resta complètement impassible, l’évocation des noms de mes suspects potentiels ne faisant crisper en lui absolument aucun stimuli.
Alors, je me contentais de me lever, de lui faire un signe de tête, et de tourner les talons pour me diriger vers la porte de la pièce.

« Merci. Tu m’as appris ce que je souhaitais savoir.
– Je ne vous ai rien dis. »

Je m’arrêtais soudainement alors que ma main allait atteindre la poignée. Petit sourire de satisfaction, avant de me retourner, de rester bien sur le pas de la porte, et de faire mine de ne pas comprendre.

« Pardonnez-moi ?
– Je n’ai rien dis.
– Vous n’avez pas besoin de dire quelque chose pour que je sache ce que je voulais savoir… Je suis un Umbramancien, rappelez-vous.
– Foutaises.
– Sur le fait que je sois Umbramancien ? Vous l’avez bien vu pourtant !
Allez, ce n’est pas grave, jeune homme, je vais faire en sorte que vous soyez libéré et-
– Vous ne savez rien ! Je ne vous ai rien appris ! »

Il cria sur un ton passablement énervé, comme un contremaître qui reprend son ouvrier. Mais je sais ce que sa colère soudaine cache. Il se chie dessus.
Il se chie dessus pour la simple et bonne raison que, si je le libère subitement, même si je n’aurai rien appris, son employeur sera persuadé qu’il a tout de même parlé. Et alors, je ne donne pas cher de sa peau une fois qu’il sera dans les rues de Nuln.
Bien sûr, il sait cela. Et bien sûr, il aurait pu se dire que je bluffe, m’ignorer, me laisser partir, et me laisser le libérer sans même être avancé… C’était risqué de ma part. Mais c’était bien joué, apparemment.
Alors, je retournais très lentement m’asseoir sur le tabouret, pour à nouveau soutenir son regard, maintenant constitué de gros sourcils arqués au-dessus de ses yeux.

« Mon cher ami, il faut que-
– Pour qui est-ce que je travaille ? »

Il grognait. Sa question me fit éclater de rire.

« Hey, c’est moi qui vous interroge ! C’est moi qui devrait vous poser cette question !
– Vous êtes un bluffeur. Dites-moi tout de suite. Pour qui est-ce que je travaille ? »

Mais mon rire s’arrêta brusquement, et me laissait un mauvais rictus sur le visage. Subtilement, je croisais l’index et le majeur, pour en appeler à Ranald.
J’allais dire un nom. Et je ne devais pas me tromper, sans quoi je perdrais tout. On sous-estime souvent l’importance de la chance dans la vie de tous les jours. La Fortune est une maîtresse plus sûre que toute autre.

« Tanhausser. »

Je note un tout petit tic sur sa fossette gauche. Il soutient mon visage, d’un air dur, cherchant lui aussi, sans doute, une expression sur ma face qui indiquerait une quelconque hésitation.
Mais j’ai soixante pige. C’est encore un jeunot. Il a beaucoup à apprendre. Même s’il garde une mine consternée, je sais qu’il meurt de trouille.

« Maintenant, à moi de te poser une question ! C’est quoi ton nom, cher ami ? »

Pas de réponse. C’est très énervant.

« Écoute, il faut que tu comprennes, je m’en fiche que ton nom soit vrai ou pas, tout ce que je veux, c’est un moyen de te parler, savoir à qui je m’adresse… Tu connais mon nom, dans cette ville tout le monde connaît le nom de tout le monde, c’est pas important. C’est juste un moyen d’établir un lien, tu vois, un lien d’échange de services… Comment je suis censé t’appeler ?
– Hans.
– Hans ? Tu te fous de moi, haha ! Hans, encore mieux qu’un Bretonnien qui s’appellerait Pierre.
– Daniel c’est pas mieux.
– Eh, un peu de respect, jeune homme. Toi t’as essayé de me tuer.
– Vous m’avez fait sombrer dans un trou obscur où j’ai entendu des morts me parler.
– T’as du mal à t’en remettre, hein ? Moi je pense que ça devrait plutôt te remettre les idées en place. C’est pas Tanhausser qui est capable de transformer ta vie en cauchemar, penses-y. »

Et pour appuyer mon propos, je tapotais ma tempe avec mon index. J’étais plutôt satisfait, d’avoir été ainsi capable de briser un peu la glace. Maintenant, il fallait que j’appuie mon avantage.

« Que Tanhausser veuille reprendre ses documents, d’accord… Mais qu’il veuille me tuer ? Je n’ai rien tenté contre lui, je ne voue envers lui aucune hostilité.
– Vous avez soudoyé le culte de Ranald pour qu’il entre par effraction et dynamite son armoire de fer. Il n’est pas un peu compliqué de prétendre vouloir des relations cordiales avec lui après ça ?
– On est des espions, Hans ! On arrête pas de se surveiller et de se voler mutuellement. Tu dois savoir ça, tu ne me paraît pas être amateur.
– Certes.
– T’inquiète pas. Tout sera fini très bientôt. Je vais demander à mes hommes de te laisser partir, et tu pourras revenir voir Tanhausser. »

Mais bien sûr ce n’est pas ce qu’il souhaitait. C’est toute l’ironie de la situation, une ironie délicieuse qui ne peut se retrouver que dans le milieu de l’espionnage : Chercher à rester enfermé.
Et la menace d’être remis en liberté, au milieu des rues de Nuln, semblait fonctionner. Vu la tronche qu’il se mit à tirer, ça lui en coûtait, mais c’était le prix de sa survie. Économiquement ce n’est pas un prix très élastique, la vie.

« Tanhausser ne voulait pas vous tuer. Mais récupérer la correspondance de Zillendorf était essentiel.
– Tu m’étonnes. Il comptait faire quoi avec ?
– S’en sortir. Rester en vie. C’est moi qui ait contracté l’espion qui est auprès de Zillendorf, qui a volé les lettres au fur et à mesure… La dernière, elle n’a pas pu être envoyée, et c’est heureux, sinon, Nuln se préparerait à être à feu et à sang.
– Cela serait pas la première fois que ma bonne ville est à feu et à sang, Hans. Mais à présent je te juge très utile. Ton agent auprès de Zillendorf, tu peux le contacter ?
– Oui.
– Désolé, alors, je vais être obligé de te garder prisonnier. Tu préfères manger de la soupe ou du potage ? »
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Stats :
FOR 8 / END 8 / HAB 8 / CHAR 10 / INT 8 / INI 8 / ATT 10 / PAR 8 / TIR 8 / PV 20/60

Compétences :
- Coup précis (1)
- Sang-froid
- Alphabétisé
- Dégainer l'épée
- Monte
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Armand de Lyrie
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Re: Les Héritiers de Sigmar

Message par Armand de Lyrie » 18 avr. 2019, 00:55

Eugen Tanhausser, Bourgmestre de Nuln
Nuln, Altestadt
25 (Backertag) Sommerzeit 2539.


Herr Tanhausser contemplait la ville qui se réveillait depuis le dernier étage du palais du comte du Wissenland. Cela faisait des mois qu’il n’y avait plus aucun comte pour y siéger, et pour faire valoir l’immense privilège de pouvoir observer la ville qui se réveille depuis le tout dernier étage de la plus haute structure de la ville : À vrai dire, cela faisait des années qu’il n’y avait plus de comte tout court, ou pour être plus précis, il y en avait quatre ou cinq, mais ils avaient décidé de trancher leur dispute par les armes. C’était uniquement par nécessité de sécurité que Tanhausser avait fait déménager le Conseil Municipal dans le palais comtal ; après la défaite de Moasach, qui avait vu la mise à mort atroce du prétendant le plus sérieux, Paul von Liebwitz, il avait fallu verrouiller la ville et se préparer à un siège atroce, en se battant rue par rue s’il le fallait.
On pourrait croire, au contraire, qu’un petit homme roturier comme Tanhausser cherche à tout faire pour avoir l’insigne honneur de regarder les Nulnois à l’œuvre. D’avoir une vie panoramique sur l’École Impériale d’Artillerie, sur le Temple de Sigmar, sur tous les lieux impressionnants de la cité. Ce serait mal connaître Tanhausser : Il était assez lucide pour se sentir enfermé et isolé, là, dans sa forteresse triomphante. Colosse aux pieds d’argile.
Il avait sauvé Nuln, un an auparavant. Mais lui seul avait été assez malin, ou paranoïaque, pour savoir que ce n’était qu’une victoire tronquée.

« Alors, le vicaire a subit une nouvelle tentative d’assassinat ? » demanda Eugen en regardant les cheminées de la fonderie Richthofen cracher leurs cendres.
– C’est la troisième fois en deux semaines, confirma le chevalier du guet.
– Sa garde n’a-t-elle donc pas été doublée ? S’interrogea le bourgmestre en continuant de regarder dehors, les mains dans le dos.
– On l’a doublée, sauf que maintenant mes services soupçonnent que parmi les veilleurs que nous avons assignés, il y a certains qui souhaitent sa peau. Ce n’est pas dur de tuer un homme, surtout un aussi détesté que le vicaire. »
Tanhausser grimaça, et émit un petit bruit de désapprobation au fond de sa gorge. Il n’aimait pas le chevalier du guet, un roturier crasseux qui avait été anobli simplement pour avoir grimpé les rangs hiérarchiques jusqu’à obtenir l’honneur de diriger les veilleurs ; C’était logique pour le chevalier du guet d’être, bah, chevalier. Mais cela faisait du commandant de la police de Nuln un homme hirsute, trapu, couvert de cicatrices, empestant la vinasse bon marché, quand bien même il essayait d’étaler sa nouvelle richesse avec des bijoux clinquants et de l’eau de toilette.
« Je croyais que vous étiez censé ramener l’ordre maréchal, rajouta Eugen à un autre interlocuteur présent dans la très – trop – grande salle d’audience.
– Mais l’ordre a été rétabli, se défendit le maréchal Erkstein. Il n’y a plus de grèves, plus d’attaques sur la communauté des nains… C’est le fait qu’on ait tiré sur le vicaire qui vous fait craindre du désordre ? Il est en vie, non ?
Nous sommes à Nuln, maître. Tout le monde ici a au moins un flingue, je ne peux pas désarmer la populace. »
Tanhausser le savait, en fait. Il n’aimait pas l’entendre dire, mais il le savait : son regard ne put s’empêcher de se poser sur la flèche du Temple de Sigmar. En voyant un tel bâtiment, un édifice austère mais auguste, on ne pouvait pas se douter que le Culte d’État de l’Empire tremblait sous les coups de débats et de pamphlets. Tant de gens armés, tant de gens dangereux et véhéments dans cette ville…
Mais il se méfiait d’Erkstein. Tanhausser se méfiait de tout le monde, mais Erkstein était plus particulier encore. Son titre pompeux de Grand Maréchal lui avait été donné par Karl Franz durant le Déluge, et depuis, il avait refusé qu’on l’appelle autrement. Lorsque les meutes d’Archaon descendaient sur l’Empire, c’est lui qui a défendu le Wissenland affaibli et dirigé par une noblesse involontaire et couarde. Quelques années plus tard, il sauvait à nouveau la province, mais cette fois-ci des bandes ravageuses de l’Averland, soutenues par quelques cruelles condotta Tiléennes et des compagnies de gueux traîtres Wissenlandais. À deux contre trois, à la tête d’une armée essentiellement composée de miliciens et volontaires recrutés en toute hâte, il avait étrillé Dietmar Leitdorf et ses milliers de sbires sur les rives de l’Ilmenau, avec un peu d’audace, une pointe de génie, et surtout une artillerie tellement massive qu’à la fin de la journée, les vents avaient traîné une nuée de poudre noire jusque sur les toits de Nuln. Il n’avait pas fondé sa légende ce jour-là : Il l’avait confirmée, et à présent, il passait aux yeux des Wissenlandais – au moins les nobles et les citadins – pour un homme providentiel.

On compare souvent la vie politique à un jeu d’échec. C’est stupide. Une comparaison plus vraisemblable serait de dire que la vie politique est un jeu de cartes, et malheureusement, on ne peut pas se défausser de sa main sans risquer d’être coincé par ses propres combinaisons : Rappeler Erkstein et la milice urbaine pour rétablir l’ordre, c’était un Joker que Tanhausser avait joué. Mais si cela avait certes permit d’éviter le chaos et les émeutes, c’était à présent s’enfermer dans un carcan idéologique, chose dont le bourgmestre, modéré, avait horreur. Erkstein était un réformiste convaincu, un homme qui, comme beaucoup de nobles et bourgeois aisés du Wissenland, avait en horreur le culte de Sigmar, pour des raisons différentes et variées. Le Wissenland était parfaitement divisé, entre des villages très superstitieux et attachés à leurs prêtres-guerriers qui pouvaient former des armées paroissiales ; et des villes dynamiques et prospères où des théologiens en culottes courtes, nourris par des courants réformateurs et une Philosophie Nouvelle qu’on étudiait à Marienburg ou en Tilée, se mettaient à convaincre des populations urbaines des dérives d’une religion qui se serait séparée de son message originel pour préférer poursuivre un plan de domination temporel sur les institutions impériales. La milice bourgeoise était composée quasi-exclusivement de réformistes patentés, armés jusqu’aux dents, qui avaient en horreur les bijoux et les dorures que portaient avec eux les ministres du culte Sigmarite : En leur permettant d’entrer en ville pour suppléer le guet débordé, Tanhausser avait joué avec le feu. Il avait décidé de se mettre dans le camp des réformés, et à présent, montrer le moindre signe d’hostilité envers eux pourrait le conduire à être déposé dans la seconde.

« Que devons-nous répondre à Todbringer ? demanda la consule de la ville, une dame quarantenaire élégamment habillée.
– Rien.
– Il pourrait nous soutenir pourtant, grogna Erkstein.
– Pactiser, même secrètement, avec l’archiduc du Middenland, c’est se rendre coupable de trahison. Ne donnons pas au Reikland une justification bénie pour débarquer ici et nous amener à l’échafaud.
– Ils le feront même sans justification, murmura le chevalier du guet.
– Vous savez ce qu’est Nuln, mesdames et messieurs ? L’essence de notre cité ?
C’est ceci. »
Et profitant de la vue magnifique qu’offrait le palais de la comtesse, il pointa du doigt le Faulestadt, le quartier maudit et puant de la ville, qui déjà à ces aurores, était envahi par une brume noire qui sortait des ateliers et des forges.
« Que la comtesse Emmanuelle soit maudite. Tout est de sa faute. Vous pouvez prétendre entre vous que c’est une question de religion, d’économie, de philosophie politique, la vérité est essentiellement plus simple. Nuln et le reste du Wissenland se sont progressivement détachés, jusqu’à se haïr. C’est cela qui dérange le quidam de cette ville.
Nous n’avons pas besoin de Todbringer, ou de Leitdorf ; et, à dire vrai, nous n’avons même pas besoin de Karl Franz. Observez, là-bas, cette grandiose cheminée des usines Richthofen. Tout le fer et l’argent des montagnes noires descend ici, et nous en fabriquons des armes grandioses que même les Nains nous envient.
Observez très distinctement cette cheminée qui recrache toute la sueur et les larmes de jeunes hommes réduits à l’état d’outil… Eh bien, tant que cette cheminée brûle, Nuln existe. »

La consule, le chevalier du guet, le grand maréchal, et tout le petit groupe de fonctionnaires et grattes-papiers aux titres divers resta silencieux devant le discours du bourgmestre. Est-ce que c’était par respect ? Ou bien ils se disaient que l’homme avait finalement complètement vrillé ? En tout cas, Tanhausser se décida enfin à arrêter de regarder par la fenêtre – comme si les hommes qui pensaient ne pouvaient pas s’empêcher de regarder dehors, comme Sa Sainteté Kaslain observait les toits nocturnes d’Altdorf en se demandant quelle décision il devait prendre pour sauver l’Empire, ou risquer de le voir s’effondrer…

« Le monde va venir toquer à notre porte. Je le sais, maintenant. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de frapper en premier, non, je vous jure que non. Une fois que les hostilités auront commencées, ce sera différent. Une fois que le premier sang aura été versé, alors nous crierons à l’aide, nous enrôlerons Todbringer, nous enrôlerons le Middenland, nous enrôlerons Talabheim, et s’il le faut nous enrôlerons Marienburg : Mais nous n’avons pas le droit de frapper en premier. Nous sommes face à l’Histoire, et l’Histoire se soucie toujours de savoir qui aura été dans son bon droit.
Ne croyez pas à ces balivernes selon lesquelles ce sont aux vainqueurs d’avoir raison. Ce serait vouloir amoindrir la réalité, ce serait vouloir réduire Nuln à ces murs. Nuln est minuscule, oui, un petit point sur une carte. Mais si Nuln ne conquerra jamais le monde, au moins, elle peut convaincre le monde de venir à elle. »
Et de conclure, laconiquement.
« Sire Erkstein, Quelqu’un va venir menacer la ville. Ce sera le prince Luitpold, ce sera Leitdorf, ce sera une armée. Et pourtant, je ne peux pas vous donner les moyens de la défendre. Car si nous nous armions, si nous levions nos bannières, alors le monde nous verra comme l’agresseur.
Nous devons attendre. Attendre d’exposer au monde l’hypocrisie et la soif de sang de Kaslain et du culte de Sigmar. Ce sera le seul moyen de vaincre. »
Tanhausser n’avait, pour dire, strictement rien à faire de la religion. Non pas qu’il soit athée, conception qui le révulsait, mais à ses yeux, un débat sur les technicités de la foi n’avait sa place que sur les bancs d’une faculté où des enfants trop payés pour un boulot trop inutile pouvaient tranquillement disserter. Mais son discours acheva de convaincre Erkstein, et, encore une fois, le bourgmestre de Nuln allait tout jouer sur un coup de bluff magistral.

Il était, sans aucun doute, l’élu de Ranald.

La séance de la municipalité se termina, tout le monde se serra la main, on mangea des masse-pains et un peu de lait chaud, puis, au final, tous les fonctionnaires repartirent un par un en tentant à nouveau de garder Nuln et le Wissenland en état, à l’aide de diplomatie secrète et de proclamations publiques. Tanhausser se retrouvait alors presque seul, à se nettoyer la bouche avec un bavoir, quand une figure spectrale glissa derrière lui avec un franc sourire.

« Tu as conduis des négociations secrètes, pourtant ?
– Tout est secret jusqu’à ce que ce soit révélé, répondit Tanhausser en restant assis à sa table, à dévorer ses pâtisseries.
– Ce sont les villes du Wissenland qui veulent te suivre ? demanda la voix curieuse qui s’approchait. Quitte à abandonner les campagnes ?
– C’était déjà le projet de la comtesse Emmanuelle, non ? Elle serait fière de moi. Excepté que contrairement à elle, j’ai réussi à lier Pfeildorf dans mon plan, comme Salmfähre et Kreutzhoffen.
– Je vois… Tu veux sécuriser les villages de la rivière Söll. Quitte à couper le Wissenland en deux ?
– Emmanuelle voulait transformer Nuln en ville isolée. Je vais lui donner toute une fine bande de territoire qui surveille les mines et les routes commerciales. On gagne au change vu comme cela, non ? »
L’ombre eut un mauvais rire, un rictus guttural.
« L’année dernière, tu me disais que faire alliance avec le Reikland, c’était unir le Wissenland, et le sauver du chaos.
– L’année dernière n’était pas l’année d’aujourd’hui.
– Peu d’hommes sont capables de danser ainsi d’un extrême à un autre. Tu as donné au Prince Luitpold la légitimité pour s’emparer du Wissenland. À présent, tu lèves une armée pour lui barrer la route ?
As-tu seulement des principes ? Une morale ?
– Les principes c’est la bonne excuse du meurtrier, la morale ce qui lui permet de dormir sur ses deux oreilles après avoir égorgé des enfants. Je suis cupide, je suis égoïste, mais moi au moins, je ne cherche pas à lyncher des gens sur des balcons pour leurs croyances, leur statut, ou juste la langue qu’ils baragouinent. »
L’ombre approuva. Ce que Tanhausser lui disait lui plaisait énormément. Alors, elle contourna le fauteuil du bourgmestre, et s’assit à moitié sur la table.

« Mais défendre l’extérieur ne suffit pas maître, il te faut surveiller l’intérieur…
– Tu as lu la correspondance de Zillendorf, haussa Tanhausser des épaules en dévisageant l’imprudent. Je suis censé mourir bientôt.
– Je ne t’aime pas, maître. Tu n’aimes que l’argent et le statut. Mais je préfère un homme comme toi à cette place qu’un fanatique comme Kaslain, ou un coupe-jarret comme Zillendorf. Alors, je vais t’aider.
– Tu sais ce qu’il me faut.
– Et je vais te le donner. Considère que l’Umbramancien travaille pour toi, à présent. »

Alors, l’Ombre, fit un clin d’œil de son seul œil valide, puis s’éloigna et quitta la pièce par un petit balcon qui lui permit de grimper sur le toit du palais.
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
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