[Concours] Le voyage

Dans cette arène intemporelle et hors du monde, les plus talentueux écrivains peuvent se mesurer entre eux, pour leur gloire personnelle, ou par vengeance....

[Destiné aux joutes de RP]

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[MJ] Le Grand Duc
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[Concours] Le voyage

Message par [MJ] Le Grand Duc » 03 juil. 2018, 22:03

Le nom de la Forge Qui Fume pouvait induire en erreur, car c’est bien d’une auberge dont il s’agissait là. Sise contre les falaises d’un col montagneux non loin de Karak Nirn, elle était un lieu de passage privilégié pour les voyageurs. Elle les protégeait derrière ses murs épais et les réchauffait grâce au brasier qui brûlait dans l’âtre. La chaleur inondait la grande salle commune et l’on pouvait alors enlever ses bottes de marche et se détendre, une pinte de bière naine à la main et une assiette de brouet fumant face à soi.

Mais ce qui faisait la notoriété de l’auberge n’était ni son menu ni ses lits douillets. C’était son patron, Tormund le Borgne. Voilà un personnage ! Aventurier à la retraite, il avait tout vu, tout entendu. Et lorsque le soir venait, il pliait son torchon, quittait son comptoir, se faisait couler une bonne mousse et se joignait à ses clients devant l’âtre. Il ne fallait pas attendre longtemps pour qu’il se mette à raconter des anecdotes qui lui étaient arrivées, anecdotes qui se transformaient invariablement en récits fleuves.

Il s’était perdu dans les jungles de Lustrie et avait survécu deux mois en mangeant des limaces. Il avait tenu un kazad des Montagnes Grises à dix nains contre trois cents peaux-vertes. Il avait connu personnellement Borgio « Casse-Muraille » et était là le jour où un boulet avait frappé le prince de Miragliano en pleine poitrine sans le tuer. Il avait tenu une taverne aux Sentinelles jusqu’à ce que sa clientèle ogre ne dévore tout son personnel. Après le naufrage de son navire (il avait aussi été pirate, et capitaine de surcroît), il avait vécu un temps chez les hommes-lézards primitifs des Îles du Dragon, lesquels l’avaient considéré comme l’un des leurs. C’est sur le chemin du retour qu’il avait été poursuivi par la totalité d’un clan skaven après leur avoir dérobé un puissant artefact dans les tunnels de l’Empire Souterrain. Il avait mangé aux tables de l’Empereur Karl Frantz, du Roy Louen Cœur-de-Lion et du Tsar Boris « le Rouge » Bokha. Il prétendait même être la seule créature à avoir fait sourire Kragg le Sévère, et ce simplement en le chatouillant sous le menton.

Histoires vraies ou balivernes ? Qu’importe, au fond. Son auditoire était pendu à ses lèvres, et c’est là, devant le feu réconfortant, écoutant la grosse voix de Tormund le Borgne, que le voyageur rêvassait et oubliait la longue route qu’il lui restait à parcourir.


- "... et c'est comme ça que je suis devenu roi des snotlings de la Montagne-Jaune !" Il rote. "Teh et je vous ai raconté la fois où je suis rentré dans le Temple du Phénix chez ces lopettes d'elfes ?"



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Mesdames et messieurs, bienvenue à ce nouveau concours ayant pour thème le voyage et l’aventure !

Les règles sont très simples : vous devez poster un texte relatif aux aventures du Voyageur. Le terme « relatif » est à entendre au sens large, c’est-à-dire que votre texte doit faire référence à l’une des interventions du Voyageur. Ce peut être la suite de l’une d’elles, ou au contraire votre texte peut relater des évènements qui se passent avant, ou même pendant l’action décrite. Vous pouvez librement mettre en scène un ou plusieurs de ces personnages, créer les vôtres, développer l’intrigue qui est introduite, etc. En soi vous faites ce que vous voulez, tant que votre production a un lien étroit avec l’un des récits du Voyageur.

Voici la liste de ces derniers, avec le lieux où ils se déroulent :
- Meurtre à Altdorf, Altdorf
- WAAAAAAAGH ! , Terres Arides
- Menace, Karaz-A-Karak
- L'enlèvement de Jeanne De Belloy, l'Anguille
- La Dernière Scène avant le Grand Acte, Skarogne
- Destinée, Lustrie
- L'aube d'une nouvelle ère, Numas
- Traîtresses brumes, Yvresse
- Insulte et châtiment, Désolations d'Azgorh
- Invasion, Montagnes du Bord du Monde
- Au fond des marais, Moussillon
- Le secret du Père Siegfried, Estalie
- Le destin d'Alynd, Principautés Frontalières
- De la mort des héros, Nippon
- Le verre de trop, le Moot
- Le Charnier, Ostermark
- VII le justicier, Altdorf
- La fin d'un monde, Norsca
- La Fille des Dieux, Lustrie
- Le prix à payer, Montagnes des Larmes
- Un matin normal au Zoo d'Altdorf, Altdorf
- Le seigneur des chevaux, Ellyrion
- Là où les ténèbres naissent, Sudenland

N’hésitez pas à faire preuve d’originalité, appropriez-vous ce coin du Vieux Monde et faites y ce que vous voulez. Vous pouvez agrémenter votre texte d’images, de musiques, de sons … la forme est totalement libre.

Vous avez jusqu’au 3 août pour proposer votre texte. Après cette date, les votes seront ouverts à tous pour désigner nos gagnants. Ces derniers se verront remettre les prix ci-dessous en fonction de leur classement.


Image Coffre mystérieux
Trouvé dans une ancienne crypte sur les rives du Golfe Noir, on dit qu'il renferme un véritable trésor. (1er prix)

Image Bottes du voyageur
On raconte qu'elles appartenaient à Filin le Marcheur, célèbre explorateur halfling. (2ème prix, +1 Hab ou +1 Ini - au choix)

ImageImage Or ou Expérience
25 pièces d'or ou 20 points d'expérience (3ème prix, au choix)

Veuillez proposer votre texte à la suite de ce sujet. Pour toutes questions, contactez-moi par MP. Si certaines questions sont récurrentes, je tâcherai d’éclaircir en postant ici.

A vos plumes. Faites nous voyager, et que le meilleur gagne !
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Morwen Nidariel
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Re: [Concours] Le voyage

Message par Morwen Nidariel » 04 juil. 2018, 04:57

Suite de WAAAAAAGH !
Lorsqu'un chamane orque, Ozog l'Gran'Rouj, réunit une Waaagh qui unifie les tribus


Il régnait une atmosphère de mort sous la tente aux rabats agités par la morne brise du soir. Les quelques bougies disposées çà et là dans des coupelles tachées de cire dispensaient une lumière tremblante qui faisait danser sur le visage des guerriers rassemblés autour de la table des ombres bien commodes : elles dissimulaient leurs traits hâves et les cernes profondes creusées sous leurs yeux éteints. Quelque part dans la nuit s'éleva le hurlement d'un loup, ce qui n'était pas chose inhabituelle dans l'Averland. Qu'il fut bientôt repris par des milliers d'autres dans un chœur à vous glacer le sang et à faire vibrer les étoiles, ça l'était déjà beaucoup plus.
L'armée avait été rassemblée comme on l'avait pu. C'était un attroupement disparate de régiments rappelés en hâte des quatre coins de l'Empire, les comtes électeurs ayant fait de leur mieux pour concilier célérité et préparation. Les recrues fraîchement engagées côtoyaient les vétérans de plusieurs campagnes, ce qui n'était pas sans causer des frictions chaque jour ; on avait vidé les armureries et réquisitionné d'Altdorf et d'ailleurs tout un bataillon de forgerons, de tanneurs, de médecins et des représentants reconnus de dizaines d'autres corporations d'artisans pour soutenir l'énorme empreinte logistique de l'ost nouvellement formé. À certains égards l'impossible avait été fait, mais rien ne disait que ce serait suffisant...

C'était la plus formidable force de frappe qu'on eût vu de mémoire d'homme ! Cette idée pourtant, loin d'emplir de fierté ses capitaines et son général en la personne du Reiksmarshall, ne faisait que les vider de tout sentiment à l'exception d'une terrifiante incertitude. S'ils échouaient, il n'y aurait plus rien pour préserver le Vieux Monde et leur peuple. Les enfants de Sigmar, leur civilisation et tout ce qui avait été accompli jusqu'alors... disparaîtraient purement et simplement. Tous ces stratèges assis sans formalité, tenant l'un une assiette aux reliefs de repas à peine entamés, l'autre un verre de mauvais vin, partageaient la même étrange sensation d'avoir le devenir de l'humanité entre leurs mains.

Ils sursautèrent dans un commun réflexe lorsqu'une trompe retentit, à la note incroyablement grave et bien trop longue pour provenir d'une gorge humaine. Le son semblait faire doucement vibrer la terre même, son écho éminemment métallique se propageant à tout le camp étendu pourtant sur des lieues à la ronde.
Il ne fallut pas plus de quelques minutes pour que le lourd rabat de la tente ne soit rejeté d'un côté, laissant apparaître deux soldats dans l'uniforme bariolé des régiments de la capitale. Ils étaient essoufflés comme s'ils avaient couru depuis l'Ostland, mais de larges sourires leur fendaient la figure et leurs yeux brillaient de joie.

« Les Nains ! Les Nains sont arrivés ! »

Les Nains étaient descendus de leurs montagnes, après avoir répondu trop longtemps par le silence aux pressantes demandes d'assistance des hommes. Ils n'avaient jamais oublié les anciennes alliances qui les liaient aux Umgi ; simplement ils avaient attendu d'être sûrs du lieu où se tiendrait la bataille, n'ayant guère confiance en la perspicacité des impériaux sur le sujet. Il s'était avéré qu'ils avaient raison, pour une fois, et les seigneurs de la pierre s'étaient révélés inarrêtables une fois qu'ils avaient su où était leur devoir, et leur honneur. Ils s'étaient solidement engoncés dans leurs armures d'acier et de gromril, ils avaient saisi leurs haches qui, grâce au savoir-faire de leurs maîtres des runes, avaient gardé leur fil affûté pendant des millénaires. Avec la lenteur d'un fleuve rutilant qui déborde paresseusement de son lit, le peuple de Grimnir s'était uni pour rejoindre leurs amis de toujours.
Maintenant que la trompe avait attiré l'attention, on pouvait entendre leur chant rauque. Les hommes n'en comprenaient pas les paroles, mais ils pouvaient en percevoir le sens parce que leur cœur vibrait en l'entendant : il parlait de la dignité qu'il y avait à mourir pour les autres, et de celle qu'il y avait à continuer de vivre pour ceux qui étaient tombés. Et ce soir-là ils furent plusieurs, même parmi les pires soudards de l'armée impériale, à verser une larme sur le passage de la colonne naine pareille à une longue procession de petites statues d'acier. Ils savaient que les Dawi marchaient vers leur fin, et ils regrettaient déjà que cet énième combat à leurs côtés allait précipiter la fin de cette noble race.

*
Musique d'ambiance
Les montagnes tremblaient. Ou elles en donnaient l'impression.

Les peaux-vertes étaient si nombreux que leur marée créait l'illusion que la pierre fourmillait voire vacillait par endroits. Et ce n'était rien en comparaison de ce qu'il se passait dans le passage concassé entre les deux rangées de pics qui dessinaient le col du Feu Noir : c'était un flot, ininterrompu, large d'une lieue au moins, constitué de brutes épaisses aux gueules ouvertes pour mieux goûter l'air sec de l'Averland, et le moment où il s'humidifierait du sang versé. Ils avançaient sans ordre aucun, se chahutant, se bousculant, les lames grossières de leurs armes ripant sur le cuir du voisin et n'y laissant que des estafilades blanchâtres là où la peau d'un humain se serait fendue en deux. Des beuglements sourds résonnaient dans la passe et seule l'imagination pouvait donner une estimation de leur nombre réel : la horde était si imposante qu'on n'en voyait pas le bout, et pour la dixième fois depuis le lever du soleil le Reiksmarshall damna les montagnards et les princes frontaliers pour n'avoir pu donner l'alerte plus tôt. Ils auraient pu faire face aux orques à l'entrée du canyon au lieu de sa sortie et jouer, comme naguère, de la hauteur pour faire pleuvoir la mort et faire parler la poudre : mais entre le moment où l'information leur était parvenue, et celui où l'artillerie et les francs-tireurs avaient été fins prêts, bien trop de temps s'était écoulé. Et l'ennemi avait déjà franchi plus de la moitié du col.

Il n'avait plus resté qu'à former bon ordre à l'issue du défilé et s'apprêter à défendre l'Empire, vaille que vaille.

Il y eu un moment de flottement tandis que la gigantesque légion trépignait dans l'ombre des montagnes, masse indistincte de sauvages peinturlurés et de colosses bardés de pièces de fer martelées autour de leur silhouette trapue. Un œil aiguisé aurait vu le véritable tapis de gobelins qui s'agitaient entre les jambes épaisses des orques, enserrant fiévreusement des poignards qu'ils avaient hâte de plonger dans la chair tendre des humains et caquetant dans leur langage nasillard.
C'est alors qu'un petit groupe apparut derrière les premiers rangs : d'autres monstres, plus grands encore que les autres, musculeux comme des taureaux, avec un hâle sombre. Ils se frayaient un chemin de leurs poings gantés ou d'un coup de casque si nécessaire sans se soucier le moins du monde des plaintes animales qu'ils arrachaient, jusqu'à faire quelques pas dans la poussière de roche que nul de leur race n'avait encore foulé depuis tant d'années. Ils tenaient tous ensemble, avec des respirations humides de sanglier, un énorme rocher qu'ils lâchèrent en soulevant un petit nuage : un énième peau-verte y grimpa et s'y dressa de toute sa hauteur.

Il était entièrement nu, le corps couturé de cicatrices de lames ou de crocs. Des motifs rouges, incompréhensibles, lui sabraient la gueule et les épaules ; son halètement d'excitation était audible à des dizaines de mètres à la ronde, et lui soulevait puissamment le poitrail. Ses yeux ondoyaient d'une lumière surnaturelle. Verte.
Une sorte de rire rocailleux le prit tandis qu'il toisait l'ost impérial, et le chaman qu'il était leva un poing fermé en l'air. De sa gorge aux veines distendues un long hurlement, semblable au magma d'un volcan trop longtemps retenu, explosa dans l'air surchargé :

« WAAAAAAAAAAAAAAGH ! »
Ce fut à partir de cet instant que l'enfer se déchaîna.

De sa position privilégiée le Reiksmarshall eu le loisir de voir bien des choses. Pas les premiers instants, car la poussière soulevée par les milliers de pieds lui voila la ligne des combats ; mais le sang gicla tant et si bien qu'il la fit retomber.
Il vit les nains de l'avant-garde voler dans les airs, soulevés par les gigantesques revers de lames des orques hystériques qui menèrent la charge. Il vit les marteaux des Dawi s'écraser sur les faciès couverts de bave de leurs adversaires, fracassant os et défenses proéminentes avec une égale indifférence. Il vit les gobelins se ruer entre les combattants, se faire piétiner en criant comme des nourrissons tout en mordant les chevilles et en lacérant les jarrets de leurs couteaux en silex. Il vit le 2ème régiment du Stirland s'avancer au contact de l'ennemi et glisser, déjà, sur la boue de tripailles qui se répandait. Leurs hallebardes ne firent que rendre le carnage plus généralisé encore, frappant au-delà des épaules rougies des nains qui, après avoir reculé devant l'impact initial, reprenaient lentement et avec obstination la position leur ayant été dévoyée.

Les canons rugirent, les tirs directs allant frapper les cols lointains recouverts de peaux-vertes ; quant aux mortiers, ils tonnaient à un rythme absurde, faisant tomber sur l'arrière des obus qui déchiquetaient les corps avec une efficacité connue depuis des décennies. Bien que pas un nuage ne soit présent dans le ciel ce jour-là, une ombre planait souvent au-dessus de la mêlée car les flèches et les carreaux pleuvaient à verse.
Et puis il y avait les corbeaux, bien sûr. Ils obscurcissaient les hauteurs, avides et malins petits charognards qui avaient appris à suivre les soldats.

*
Jour 3
Mon nom est Sigismund Hart. Ça fait 8 ans que je me suis engagé. C'est pas rien quand même, 8 ans, hein ? On commence à connaître les ficelles. On sait comment se passent les choses, on devient capable d'anticiper la suite. De deviner de quoi demain sera fait. Bordel de foutre, demain s'est bien foutu de ma gueule ! La boucherie ne s'arrête jamais : quand on fait revenir les premiers rangs pour envoyer les réserves, eux ils continuent de se battre. Ils crèvent du coup, bien d'accord, mais ils avancent aussi. Et plus ils avancent plus le terrain s'élargit. Et plus le terrain s'élargit plus ils nous contournent. Et là ça devient vraiment, mais alors vraiment mal barré.
Les odeurs sont immondes, c'est incroyable. J'ai jamais senti ça. Même dans les marais du Sud ça empeste pas comme ça. Là les corps s'entassent et se font piétiner, et avec toutes les gerbes de sang et de chiasse et de Sigmar sait quoi d'autre qu'il y a dans un cadavre ça fait des flaques énormes d'une sorte de mélasse putride. Tu sais plus trop à l’œil si tu patauges dans des restes d'humains ou d'orques, sauf au moment où tu marches sur un os. Les nôtres se cassent, pas les leurs. D'ailleurs c'est chiant, j'ai failli me ramasser ce matin. Une fois par terre tu te relèves pas, même si tu respires encore.
Les capitaines ont pendu plus de quinze gars aujourd'hui. C'était leur tour d'aller au charbon mais ils voulaient pas. Y avait pas que des mômes dans le tas, il faut pas croire. Forcément les mieux lotis, ce sont les archers, mais même chez eux y a des blessés. Le chef des chasseurs les forçait à tirer même quand leur bras tenait plus, si bien qu'il y a eu pas mal de camarades qu'ont reçu une flèche dans le dos. Enfin, il a été lynché quelques instants avant la fin de la dernière grosse mêlée, alors ça devrait aller mieux demain.
Ça devrait aller mieux demain.

Jour 4
Ça allait mieux aujourd'hui. J'ai rencontré Piero, un Estalien. Ou un Tiléen je sais pas trop, c'est pas facile d'être sûr quand il parle. Sacré gaillard, plus chanceux qu'un cocu si j'en juge au nombre de fois qu'il a failli se faire couper chapeau, gueule et moustache comprises pendant les échauffourées. D'ailleurs des cocus, il a dû en faire le salaud ! On a causé un peu pendant le repas. Après comme il est du Sud, faut sûrement se dire que la moitié de ce qu'il raconte est faux et que le reste est largement exagéré, mais même...
Les nains sont en train de craquer par contre. Pas au mental, ça non, ça rigole tous les soirs autour de leurs tonneaux. Mais déjà qu'ils étaient pas nombreux, là ça devient franchement inquiétant. Ils ont perdu un de leurs seigneurs ou quelque chose comme ça dans l'après-midi. C'était un fichu spectacle. Il s'est fait attraper par tout un tas de sauvages qui se sont jetés par dessus son mur de boucliers, et traîner dans la horde tout en ramassant des coups de hache au passage. Il avait rien le gnome, que dalle avec son armure magique : je le sais il continuait de leur gueuler des insanités tout du long. Il a disparu parmi les peaux-vertes, et tu sais ce qu'on fait ses gardes ? Ils y sont allés, sacré foutre. Ils ont avancé, au même pas, le pavois au-dessus de la tête, et ils sont allés le chercher. Ils l'ont récupéré, en quelque sorte, et ont tenu leur position comme ça, au milieu des orques. Pendant des foutredieu d'heures.
Ils sont tous morts, et quand le dernier est tombé on a fait parler les canons. On a réduit en charpie tout ce qu'il y avait dans ce secteur et d'autres nains ont cavalé vite fait bien fait pour récupérer le corps de l'aristo'. Réduit en pulpe dans son armure, mais la cuirasse ? À peine roussie.
Et ils veulent même pas l'enfiler, les cons. Il parait que c'est réservé aux seigneurs et c'est tout, que les autres en sont pas dignes. Mais ils commencent à avoir plus d'armures que de mecs à mettre dedans.

Jour 5
La magie c'est vraiment de la saloperie.
Ca s'est mal passé aujourd'hui. Au début c'était correct, on a même réussi à regagner quelques dizaines de mètres dans la passe. On leur en a fait bouffer de l'acier, à ces pisseuses. Y avait le lieutenant tout devant, il s'est emballé, il a gueulé : « Jusqu'au fondement les gars, on se les fait jusqu'au fondement ! » et il a avancé. C'était pas la chose à faire : faut jamais quitter les rangs, gamin, jamais.
Et juste après ça y a un orque maboule qui s'est ramené. Il racontait des trucs, je sais pas quoi, ça avait encore moins de sens que leurs gueuleries habituelles. J'ai cru qu'il s'apprêtait à s'enfuir quand il nous a tourné le dos mais en fait il commençait à faire une danse bizarre. Il a sautillé comme ça pendant qu'on se battait, à grogner et à beugler et puis d'un coup tout est devenu vert autour de lui. Pas vert d'orques, non : comme si l'air était vert, la terre était verte, le sang était vert. Ça a brillé, brillé comme un foutu soleil dans les mirettes, et y a eu un bruit vraiment atroce qui m'a détruit les tympans. Et sa tête aussi. Elle a éclaté, on aurait juré une prune trop mûre que t'envoies pleine bille sur un mur.
Et tout ce qui était autour a fondu. C'est pas une expression : le sol s'est calciné, les autres orques et les petits jeunes du 5ème d'Averland aussi. Ils se sont liquéfiés sur place. Ça m'a rappelé les poignées de neige qu'on mettait devant la cheminée avec Emma quand on était gosses, sauf que c'était des gens.
J'espère qu'ils en ont pas d'autres des comme ça, parce que ce qui se passe ici est déjà assez moche sans que les sorciers s'y mettent.

*
Sigismund Hart n'était pas un chic type. Ce n'était pas non plus un mauvais bougre : c'était un homme, tout simplement, pas bien différents des milliers qui se battaient avec lui. Il avait un fils et une femme, des gens pour l'aimer, d'autres pour trouver qu'il n'était qu'un soudard de plus dans un monde qui en supportait déjà bien assez. Mais il avait une chose immensément, infiniment précieuse, du moins à ses yeux. Sa vie.
Et en ce sixième jour de bataille, il avait l'intime certitude qu'il allait la perdre.

Il songea bien un instant à s'enfuir, mais il savait que la tentative était vouée à l'échec. Bien conscients de l'horreur de la situation dans laquelle ils étaient plongés, les capitaines avaient mis sur pied des patrouilles entières à l'arrière dont la mission était d'attraper les déserteurs, et trop contents d'échapper aux combats ces soldats se pliaient de bonne grâce à leur devoir. Ils l'accomplissaient avec un zèle remarquable.
Alors finalement, entre la corde et son odieuse agonie ou un coup de hache dans le visage qui le plongerait instantanément dans le noir, Sigismund avait fait son choix. Il avait même prévenu son camarade Piero, lui demandant de lui mettre une balle dans la tête s'il se retrouvait à terre et tardait à mourir.

Et tandis qu'il luttait comme un forcené face à l'orque en face de lui, il sentait que sa dernière heure était arrivée. C'était pour bientôt, songeait-il en levant son épée et en l'abattant, encore et encore. Pour bientôt, songeait-il toujours en se ratatinant derrière son bouclier, ébranlé par les coups de boutoir qui l'ébréchaient.
Après une semaine de lutte enragée la horde était étonnamment vigoureuse, quoique bien entamée par la résistance acharnée des impériaux et des nains, desquels il ne restait guère qu'une poignée. Mais il savait que la balance penchait inéluctablement en la faveur des monstres. Il aurait suffi d'un peu plus, pensait-il au comble du désespoir. Rien qu'un peu plus de force. Peut-être que si l'Ostland avait pu envoyer plusieurs centaines de tireurs supplémentaires... peut-être que si le Nordland avait pu apprêter davantage de guerriers...

Toute la ligne impériale faiblissait. Les Dawi encore présents ne formaient plus leur mur de boucliers : ils étaient disséminés parmi les humains, grommelant sous leurs casques complets, valant dix soldats chacun. Mais l'ennemi, toujours féroce, l'emportait malgré la stupidité bestiale dont il avait fait preuve tout au long des affrontements.

C'est alors qu'un cor résonna au-dessus de la mêlée.

C'était une note farouche et menaçante comme le cri de triomphe ou d'avertissement d'un oiseau de proie, le moment précédant celui où le rapace fond sur la créature qu'il a décidé de tuer. Tous les belligérants échangèrent quelques derniers coups furieux avant de se séparer, hagards et méfiants dans le charnier, incapables de comprendre ce qui était en train de se passer mais pressentant que le cours de la bataille allait se renverser sous peu.
Des hululements sauvages, vibrants de colère et de moquerie s'élevèrent aux alentours, sans pour autant parvenir à recouvrir l'appel du cor. L'appel de la chasse.

Alors ils surgirent, invisibles jusque là, de derrière les rochers et les fourrés. Des créatures presque humaines mais plus hautes et élancées, aux visages finement dessinés mais que des peintures guerrières rendaient sinistres ; ils portaient de courtes cuirasses d'écorce ou pas du tout, quelques-uns arborant de minces plastrons d'un métal chatoyant qui aveuglait quiconque les regardait. Ils portaient de grandes épées qui fendaient l'air dans leur course bondissante, ou des haches au long manche et au fer en croissant de lune, ou des lances à la pointe d'argent effilé.
L'une d'elle passa justement à côté de Sigismund : elle le dominait de deux têtes et ne portait que des haillons de cuir qui lui barraient chastement la poitrine et lui ceignaient la taille. Elle courrait les pieds nus et sa peau était pâle, incrustée d'un nombre impressionnants de tatouages qui s'entrelaçaient avec grâce en arabesques bleutées : son corps musclé se mouvait de telle sorte que l'ensemble des motifs donnait l'impression de danser sur sa chair.

Elle lui jeta un regard pénétrant en le dépassant, qui le fit s'accrocher à son bouclier et à son épée. C'était là les yeux d'une bête sauvage plutôt que d'une elfe, sombres et dépourvus de la moindre considération. Il se fit l'intime conviction qu'un prédateur scrutant une proie de moindre importance par rapport à celle qu'il a choisie ne devait pas avoir des iris bien différents de ceux qui le toisaient.
Et l'instant passa : la guerrière se jeta sur les orques avec une férocité saisissante, ses longs cheveux couleur de sang virevoltant au-dessus de ses épaules menues. Sa vive lance frappa cruellement à la gorge et un hurlement âpre, barbare, s'envola de ses lèvres bordées de noir. Sigismund ne connaissait, comme tous les hommes, pas le moindre mot elfique mais il savait que celui qu'elle cria était une promesse de mort.

*
Jour 7
On est sauvé. Bordel de foutre, on est sauvé.
Morwen Nidariel, Voie du Danseur de Guerre
Profil: For 8 | End 7 | Hab 12 | Cha 9 | Int 8 | Ini 10 | Att 9 | Par 9 | Tir 10 | NA 1 | PV 50
Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_morwen_nidariel

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Christer
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Re: [Concours] Le voyage

Message par Christer » 08 juil. 2018, 21:49

Pendant le Charnier, en Ostermark

Une clameur furibonde parvint à la cabane depuis le village en contrebas, et Annaliese se leva. Elle tira les lourds rideaux pleins de poussière pour voir ce qui causait ce raffut. Protégeant ses yeux de la brusque luminosité du soleil, elle vit un groupe d’hommes, dont certains portaient les uniformes officiels rouge et jaune des soldats de la province d’Ostermark, marchant d’un pas lourd dans la boue. Certains brandissaient des armes, des hallebardes, des fourches et des gourdins, et leurs cris faisaient sortir d’autres badauds de leurs maisons.

Une curiosité morbide la poussa à observer la procession et, finalement, elle ouvrit la porte de la cabane et sortit. Elle vit des hommes bousculer et donner des coups au prisonnier ligoté qui marchait devant eux. L’un des soldats frappa de son gourdin la silhouette attachée, projetant le prisonnier au sol où il fut brutalement roué de coups de pieds par au moins trois hommes avant d’être relevé de force. Certains hommes portaient des torches enflammées et on entendait des cris de colère et des appels au meurtre. Une grande foule s’était rassemblée sur la grand-place. Annaliese s’approcha de Léonard Horst, un corpulent villageois aux grosses bajoues.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle discrètement à Léonard. C’était l’aubergiste chez qui elle travaillait et elle le connaissait depuis qu’elle était petite fille.

« L’inquisiteur lui a tout fait avouer, c’est lui qui empoisonne les puits et fait mourrir le bétail. » dit-il en désignant "celui de la Tour".

Le chagrin et l’horreur submergèrent Annaliese et l’aubergiste enroula un bras paternel autour de ses épaules. Les hommes traînèrent le rebouteux au centre de la grand-place. En plus du solide et antique gibet qui s’y dressait depuis d’innombrables décennies - et dont la cage de métal noirci qui y était suspendue accueillait actuellement un voleur qu’on y avait placé en guise d’avertissement - la foule y avait dressé un bûcher. Elle avait toujours éprouvé une profonde répugnance pour ces mise à mort, et quand elle était petite, elle était toujours restée à l’écart quand les enfants jetaient des pierres aux condamnés.

On y ligota le rebouteux qui poussa des gémissements de douleur, couvert par l’acclamation de la foule. L’inquisiteur, qui se déplaçait avec la raideur et la prudence d’un échassier en quête d’une proie, monta au sommet de l’estrade et agita la main pour obtenir le silence. Il commença l’énumération de la liste des crimes reproché à "celui de la Tour".

« À mort ! » cria un homme auquel répondirent des cris d’assentiment.

« Brûlez-le vif ! » rugit un autre, dont le verdict fut accueilli par une nouvelle ovation.

La voix de l’Inquisiteur monta dans les aigus tandis qu’il se lançait dans une diatribe enflammée et un énorme rugissement s’éleva de la foule. Annaliese fut choquée de voir ses voisins, des gens bienveillants et vertueux, aboyer et réclamer du sang, le visage mué en un masque de haine. Elle réalisa que c’étaient la peur et le desespoir qui les transfiguraient de la sorte, et qu’ils avaient besoin de rejeter sur quelqu’un la faute de leurs horribles et insolubles problèmes. Les pierres et les morceaux de nourriture pourrie se mirent à pleuvoir. Ne voulant pas en voir plus, Annaliese se fraya un chemin dans la foule. La panique lui retournait l’estomac, terrifiée qu’elle était par la haine, la peur et l’envie de meurtre qu’elle voyait sur tous les visages autour d’elle. Les yeux emplis de larmes, elle se dégagea de la foule en délire et se dirigea vers sa cabane.

Elle n’avait pas fait plus d’une trentaine de pas lorsqu’elle entendit les premiers hurlements. Elle se retourna pour être témoin d’une scène bien différente de celle qu’elle venait de quitter. Des gens couraient en tous sens et le sol était éclaboussée de sang. Elle entendait des cris et des hurlements, et sa première pensée fut que le rebouteux avait réussi à s’échapper ou que des complices étaient venus à sa rescousse. Tel n’était pas le cas : elle voyait encore sa silhouette au centre de l’incendie, au-dessus du massacre qui se déroulait en contrebas. Elle vit un guerrier portant la livrée rouge et jaune des soldats de métier engagés par l’électeur d’Ostermark rouler dans la boue, aux prises avec un villageois aux vêtements ternes. Deux hommes vêtus d’habits grossiers en plaquaient un autre au sol, les mains serrées sur sa gorge. D’autres encore étaient jetés à terre par la foule qui cherchait à s’échapper. Que se passait-il donc ? De quelle nouvelle folie s’agissait-il ?

Et c’est là qu’elle réalisa. Les habitants les plus proches du bûcher s’étaient transformés en monstre et se tournaient vers leurs proches pour leur sauter dessus et les égorger à mains nues. La folie s’était emparée des hommes et se propageait à tout le village comme un feu de forêt.

Choquée, Annaliese voulu s’enfuir, remarquant que des gens se mouvaient tout autour d’elle, mais elle tomba à genoux en trébuchant sur quelque chose, un cadavre. Elle se remit sur pied d’un bond en poussant un gémissement horrifié, parcourue par des poussées d’adrénaline. Des gens couraient en hurlant, serrant leurs enfants contre eux pour les protéger et fuyant en tous sens. C’était une fuite désordonnée, car la terreur et la panique les rendaient tous fous, et ils se battaient entre eux dans leur hâte de s’échapper.

Annaliese fut jetée à terre par un villageois d’âge mûr qu’elle connaissait, bien qu’elle ne lui eût jamais vu cette expression d’horreur abjecte. Il ne montra en aucune façon qu’il l’avait reconnue et ne lui fit aucune excuse en s’enfuyant au hasard. Le sol était jonché de cadavres et éclaboussé de sang qui se mêlait à la boue. On entendait partout des hurlements de peur et de douleur. Annaliese jeta des regards de tous côtés, s’efforçant de distinguer l’ennemi ou de découvrir un chemin sûr par lequel s’enfuir. Certains se défendaient avec des armes, et elle eut un hoquet d’horreur en voyant un villageois qui gesticulait furieusement s’empaler sur une lance. Il ne s’arrêta pourtant pas de se battre, mais continua à avancer le long de l’arme, impatient qu’il était de sauter à la gorge du guerrier qui la tenait. Une femme poussa un cri quand une silhouette surgit derrière elle et la saisit. Elle eut la gorge déchirée par les dents de son assaillant et une gerbe écarlate jaillit de la blessure fatale, éclaboussant les alentours. Elle aperçut une silhouette décharnée accroupie auprès d’un corps de femme. Elle commença à reculer, mais comme si elle avait senti son regard, la créature efflanquée leva la tête. Ses yeux étaient deux orbes de feu noir et du sang dégoulinait de sa bouche, inondant son menton. De toute évidence, la chose était en train de se nourrir, mais elle abandonna son festin et commença à s’avancer vers elle d’un pas raide et maladroit dans l’intention manifeste de la tuer. N’ayant aucune arme sous la main, elle savait qu’elle ne faisait pas le poids face à la créature. Elle se retourna et courut au milieu de la pagaille. Elle vit un vieillard crier et se débattre de toutes ses forces tandis que deux autres victimes de la malédiction le plaquaient au sol, le regard brûlant d’une intensité morbide, et elle eut un moment de faiblesse en voyant les yeux suppliants du vieil homme. Mais l’instant d’après, il fut réduit au silence quand l’une des créatures lui fracassa le crâne au sol dans un craquement atroce.

Un soldat à l’air terrorisé frappait en tous sens, la longue pointe de sa hallebarde pointant vers elle. Sa culotte souillée indiquait qu’il avait de toute évidence perdu le contrôle de son corps, et Annaliese tendit les mains pour lui montrer qu’elle ne lui voulait aucun mal. La pointe de la hallebarde oscillait dangereusement devant elle et elle jeta un coup d’oeil par-dessus son épaule pour voir la chose qui titubait sur ses talons.

« Je ne suis pas des leurs, » dit-elle en lui tournant le dos, mais elle aurait aussi bien pu lui parler dans une langue étrangère. Le soldat se contenta de s’écarter d’elle, son arme toujours abaissée dans sa direction et les yeux écarquillés d’horreur. Il trébucha sur un bras coupé et tomba à la renverse dans la boue. Elle passa à côté de lui en courant et l’entendit ensuite pousser un pathétique gémissement. Elle ne regarda pas en arrière. La seule chose qu’elle avait désormais à l’esprit était la fuite.

Annaliese finit par se retrouver à courir dans la direction de la grand-place. Désorientée qu’elle était au milieu de cette foule psychotique, sa fuite éperdue l’avait amenée là et elle poussa un grondement de peur. Le combat faisait rage. La cage de fer était toujours suspendue au gibet et le voleur observait la scène démente qui se déroulait sous lui avec de grands yeux. Il avait beau secouer la porte de la cage comme un diable, le cadenas rouillé tenait bon.

Annaliese vit sa chance : un mince passage entre les échoppes des bouchers et le Blé Doré, l’auberge où elle travaillait. Il menait aux champs et au-delà, aux bois. N’y voyant personne, elle courut, se faufilant entre les combattants qui roulaient au sol et les mains avides des victimes de la malédiction. Le robuste forgeron défendait sa vie contre deux des monstres à l’aide d’un marteau à deux mains. Il en abattit un en lui portant un coup d’une sauvage brutalité à la tête, mais l’autre tendait les mains vers son visage. Il recula en chancelant pour avoir un peu d’espace et leva son arme par-dessus son épaule. Dans sa trajectoire, la masse du marteau toucha le mécanisme qui maintenait la cage en l’air, libérant la chaîne et laissant tomber l’engin au sol. L’arme échappa au forgeron et la créature fut sur lui en un instant, déchirant sa peau et sa chair avec des mains squelettiques recourbées comme les serres d’un oiseau de proie. Sous ses cris d’horreur et de souffrance, la cage de fer noir du gibet s’écrasa au sol dans un vacarme métallique et bascula sur le côté. Plusieurs victimes de la malédiction tournèrent leur tête engourdie en direction de ce bruit et interrompirent leur festin pour tituber vers la cage.

Annaliese vit le voleur secouer frénétiquement les barreaux, mais le verrou tenait bon. Elle s’arrêta net en se mordant les lèvres, les yeux fixés sur l’homme qui se débattait dans sa prison. Il lui semblait qu’il s’agissait là d’une façon de mourir inutilement cruelle, même pour quelqu’un qui avait commis des vols. En se maudissant, elle retourna précipitamment au milieu du chaos, courant d’un pas léger vers le gibet. Plusieurs créatures étaient maintenant tout près, et elle entendit un flot de paroles impies qui se déversait de leurs bouches immondes. Elle se pencha pour ramasser le marteau du forgeron qui était en train de se faire dévorer vif au pied du gibet et la leva au-dessus de son épaule avant de cavaler vers la cage. De toutes ses forces, poussant un cri de rage et de terreur, elle abattit le marteau sur la tête d’une des victimes de la malédiction qui tentait de saisir le voleur à travers les barreaux. La masse nimbé de flammes dorées - même si ce détail échappa à Annaliese - éclata le crâne de la créature, éclaboussant de sang la robe de la jeune fille et le visage blême du prisonnier.

Le monstre s’effondra. Le voleur supplia Annaliese de l’aider à sortir de là. Priant pour ne pas commettre une erreur, elle abattit de nouveau le marteau sur le cadenas rouillé qui le maintenait prisonnier, et il éclata sous le choc. Sans attendre de voir le prisonnier s’échapper, elle fit volte-face et s’enfuit en courant. Elle avait donné sa chance au voleur : c’était à lui qu’il appartenait désormais de la saisir ou non.

Sans s’arrêter cette fois, elle fonça dans le passage étroit et remonta le mince couloir jusqu’aux champs et aux bois qui lui tendaient les bras. Son pied se prit dans quelque chose et elle tomba lourdement à terre, le souffle coupé. Elle n’avait même pas eu le temps de mettre les mains devant elle pour amortir sa chute et elle lutta pour reprendre son souffle, face contre terre dans la neige. Quelque chose s’accrochait à sa cheville et elle donna de furieux coups de pied pour se dégager. Luttant toujours pour reprendre son souffle, elle haleta quand une atroce douleur fulgura dans sa jambe. Roulant dans la neige boueuse et glacée, elle vit une main refermée sur sa cheville et des ongles noircis qui s’enfonçaient dans ses cuissardes de cuir. Les doigts avaient la couleur d’une ecchymose rougeâtre, car le sang avait coagulé dans leurs veines quand le coeur de la victime de la malédiction s’était arrêté de battre. Elle donna un coup de pied à la main de sa jambe libre et sentit les os des doigts se briser sous son talon, mais la créature ne lâcha pas prise. Elle voyait le visage du monstre maintenant, et ce spectacle l’emplit d’une indicible épouvante. C’étaient les traits d’une amie, Ilsa, serveuse au Blé doré, mais son visage rond était désormais immonde et crispé. Ses lèvres étaient enflées et sa peau si tirée et pâle qu’on voyait le réseau de veines rouge en dessous. Les os de son crâne étaient hideusement déformés et distordus, et une masse de protubérances osseuses qui ressemblait à une branche bombait sa tempe droite. Alors qu’Annaliese l’observait, paralysée par la peur, les extrémités en forme de brindilles de la protubérance ondulèrent et se tendirent vers elle comme si elles avaient senti son énergie vitale. Les flammes noires étincelèrent dans les orbites de la fille et elle ouvrit une bouche béante, exhibant des dents noires.

Annaliese se débattit de toutes ses forces contre la prise de l’ignoble créature, la frappant du pied sans discontinuer. Le monstre ne lâchait pas prise et commençait à remonter le long de ses jambes. Par-dessus l’épaule de la créature, elle perçut un mouvement précipité et leva les yeux. Paniquée, elle vit le voleur qui se précipitait dans sa direction, le marteau du forgeron à la main. Il le leva au-dessus de sa tête et le projeta brutalement. Annaliese poussa un hurlement quand le marteau fendit les airs en tournoyant. Sa masse fracassa la nuque de la fille mutante avec un craquement répugnant. Annaliese cria de nouveau en repoussant le corps désormais flasque, ruant de toutes ses forces et reculant frénétiquement. L’instant d’après, le voleur était près d’elle et la remettait sur pied. Elle ramassa le marteau à deux mains et les deux compère parvinrent enfin à quitter Nachtdorf, laissant derrière eux une scène de totale dévastation…
Modifié en dernier par Christer le 09 juil. 2018, 08:50, modifié 2 fois.
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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Concours] Le voyage

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 13 juil. 2018, 19:28

Puisqu’il s’agit là de raconter une histoire
Je devrais, pour une fois, pas saouler l’auditoire
En écrivant un récit, ma foi, assez court
A la manière des rhapsodes et des troubadours

J’y ai toutefois glissé une subtilité
Sur la nouvelle du Prix à Payer
Afin de réfréner ma volubilité
J’espère que vous finirez bien par la trouver
Et que personne ne viendra la désapprouver.

Courez vers la chute, je l’attire au goulet
Houspilla Orrik à l’attention d’Augustine
Ajustant son tromblon, bombardant de boulets
Scrutant le mastauroc de sa sombre rétine.
Saisie par le sacrifice de son ami
Elle sursauta, sentant son faciès qui blêmit.
Zigzagant au sein des méandres de sa vie

La duchesse songea à ses journées d’antan
Epars de celles qu’elle vivait maintenant.

Nantie plus que tout, elle morguait la misère
Amignardant Fifi, son caniche royal
Toutou idolâtré qu’à ses yeux rien n’égale
Unifiés dans une paresse coutumière.
Reculant au milieu du Cimetière des Brumes
Elle considéra l’ensemble de ses options ;
Larder le monstre et être celle que l’on inhume,

Immigrer au loin et jouir de ses passions.
La lâcheté qu’elle avait toujours occultée

Revint au galop, la frappant comme jamais
Elle ne connaissait que quelques simples envies
Vétiller, dépenser, et asseoir sa survie.
Invoquant le droit du sang et de sa naissance
Elle usa d’avarice et de condescendance
Nain, ton piètre sacrifice est des plus normaux
Toi l’animal grossier ayant tout du pourceau.

Augustine, après avoir ramassé par terre
Un amas de pierres qui ferait son affaire,

Galopa bien loin de ce triste cimetière.
Augustine oublia, usant comme remède
Les écus d’or qu’elle gaspilla sans compter
Orrik chargea la bête et se fit démonter
Pour une noble, creva bien comme une Merd*.
FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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