[Akisha] Tendresse

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Par delà le Grand Océan, bien à l’ouest du Vieux monde, se trouve le continent de Naggaroth, terre des sinistres Elfes Noirs. C’est une région aride et sauvage que les rayons du soleil réchauffent rarement, tant la couche nuageuse y est épaisse, et de terribles tempêtes s’y déchaînent régulièrement.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Akisha] Tendresse

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Avachie sur le fauteuil, Rekhilve prenait ses aises. Lorsque son amante alla tranquillement embrasser une esclave qui se laissait faire sans le moindre mouvement de résistance, l’Ombre se contenta de hocher de la tête et posa ses bottes boueuses sur une table-basse. Il lui aurait juste manqué un verre de bière pour être parfaitement tranquille.

Jusqu’au moment où Akisha avoua son plan. Ce qu’elle allait accepter de sacrifier auprès de Megeth.
Kehem avait prévenu : ce que pouvait offrir l’aînée Drakilos était immense. Assez immense pour pouvoir exiger ce qu’elle souhaitait. Elle aurait pu demander un nouveau navire, elle aurait pu demander une place tranquille dans la dynastie Drakilos. Elle aurait pu exiger un manoir avec une rente et des esclaves pour se faire une retraite dorée à l’âge de 121 ans.
Non. Elle choisissait de sauver la sœur de Rekhilve en échange.

L’Ombre papillonna des cils. Elle ouvrit bêtement la bouche. Et elle ne put s’empêcher de bégayer.

« C’est… Non. C’est quoi le piège ? T’attends un truc de ma part ? »

Rekhilve se releva. Passa une main dans ses cheveux. Des émotions contraires semblaient la traverser, et il était clair qu’elle n’était pas habituée à être émotive. Parce qu’elle se mit à rire nerveusement. Puis, soudain, à avoir un sourire un peu tremblant.

« Bordel de merde, Akisha, je… Je sais pas quoi dire…
C’est énorme. C’est vraiment énorme. »


Elle agita bêtement de la tête. Et d’un coup, elle parut étrangement… Triste.

« Merde… Le gars qui possède Cyssa, il se met déjà en danger. Mais si les Drakilos libèrent une Asur et s’arrangent pour qu’elle quitte le royaume du Roi-Sorcier…
C’est plus qu’une condamnation que tu risques. »


Elle s’approcha d’Akisha, et posa une main sur sa joue, après avoir jeté un coup d’œil à l’humaine aux cheveux courts, peut-être par une méfiance qu’elle possédait toujours.

« Je suis pas du genre romantique. Quelques semaines qu’on se connaît, c’est rien face à toi, et ta famille, et tous tes ancêtres…
Mais, quand même…
On peut se casser ensemble.
Je crois que… Je crois que c’est quelque chose que j’aimerais. »


Elle serra le vêtement d’Akisha. Prit une grande inspiration. Et, un peu hagarde, béate, elle se dirigea vers la porte.

« T’as raison, j’vais… Je vais monter la garde dehors. »

Elle sortit dans le couloir, et ferma derrière elle. Il ne restait plus que cette statue de chair obéissante pour tenir compagnie à l’aînée.

Dix minutes plus tard, la couturière arrivait en toquant. Elle attendit qu’on lui donne l’ordre d’entrer, et la voilà qui entrait. C’était une humaine maigrelette, aux cheveux grisonnants, peut-être la soixantaine. Malgré son âge, ses articulations n’eurent aucun souci à faire une très belle révérence très appuyée. Elle était suivie de deux hommes, un grand à la peau noire qui était étrangement grimé comme une femme, avec du maquillage et des boucles d’oreilles, et un roux qui avait de longs cheveux noués en queue-de-cheval derrière. Les deux mâles transportaient une malle, qu’ils ouvrirent pour commencer à très délicatement poser des robes afin de ne pas laisser le moindre pli sur la matière — on savait très bien punir les esclaves qui ne prenaient pas soin de la soie. Alors, la couturière balbutia quelques morts de politesse en druck eltharin, en proposant à Akisha quelques costumes différents.

C’est encore dix minutes après qu’on retoquait. Mais cette fois, on n’attendit pas le « Entrez » d’Akisha. À la place, on tira sur la poignée, et voilà que Megeth pénétrait dans la pièce, sans se gêner. Juste derrière elle, on pouvait voir les ombres fugaces de Kehem, ainsi qu’un sbire en armure.

Megeth s’était faite belle. Elle avait bien plus fière allure en cet instant que lorsqu’elles s’étaient vues en Norsca. Elle avait fait une teinture pour que ses cheveux trop blonds deviennent bien noirs, comme de la suie, et elle avait demandé à sa coiffeuse de lui faire de longues mèches qui tombaient en cascade tout le long de son dos. Elle portait une longue robe mauve, au dos comme la poitrine échancrée, et la jupe fendue pour afficher ses cuisses. Couverte de bijoux, bien sûr. Dont le plus important était sur son auriculaire gauche : elle avait la marque de noblesse de la dynastie.
Elle claqua des doigts et grommela quelque chose en reikspiel :

« Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
Allume des bougies, que ça sente bon ici. »


Elle menaça la grande femme aux cheveux courts ; celle-ci se dépêcha d’obéir, saisissant de sa poche un briquet en amadou avec lequel raviver les petites mèches pour brûler la cire parfumée.

« Akisha. Tu as l’air d’aller beaucoup mieux.
Tu n’as pas eu le temps de revoir le docteur Magnouvac depuis ce temps. Tu devrais. »


Sa voix semblait… Honnête. Elle ne pérorait pas. En tout cas, elle n’avait pas l’air de chercher à se moquer de sa sœur.
Mais elle décida de s’approcher du lit sur lequel les esclaves avaient posé quelques robes. Elle croisa ses jambes et fit un signe de tête.

« Kehem m’a… Dit que tu souhaitais me parler en privé, avant d’aller affronter mère Sighi…
Je pense que ce petit fumier de traducteur t’as mis au parfum de beaucoup de choses. La réunion de famille est prévue très prochainement. C’est toute la maison qui est en jeu. »


Elle grimaça.

« Il faut qu’on se… Qu’on s’occupe de Nokhis, aussi. Notre frère… Prend très mal la mort de notre père. »
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Akisha Drakilos
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par Akisha Drakilos »

J'ai beau comprendre l'émotion de Rekhilve à l'idée de retrouver sa sœur, je n'en reste pas moins surprise sa... Comment dire, gratitude ? Je sais bien qu'il s'agit d'une émotion bien peu répandue chez les Druchiis, mais le regard qu'elle me porte me met mal à l'aise.
Ce n'est pas comme si je venais de faire le sacrifice suprême. Je tourne une page de ma vie, je mets de l'ordre dans mes affaires et je renvoie à l'ascenseur à ceux qui m'ont aidé. Personne ne m'a plus soutenu que Rekhilve, après cette série de décisions catastrophiques qui m'a mené à être une paria. Un soutien mutuel, et partiellement intéressé, assurément... Mais ce qui se rapproche le plus d'une amitié véritable, et même un peu plus.
Je nettoie mon passé et renvoie les faveurs pour partir d'ici table rase. C'est tout.

Mais pas besoin qu'elle le sache. Je reste de marbre et la laisse sortir.

La couturière tarde à arriver. Pour tuer l'attente, je fouille dans mon bureau, et en extirpe un ouvrage en cuir délicatement relié. Aucun souvenir de ce qu'il peut bien contenir. Il détonne pourtant parmi les épais grimoires de mes études, étant plus fin. Ce n'est qu'en l'ouvrant que je découvre qu'il s'agit d'un journal intime, commencé à partir de mes quinze ans. Khaela Mensha Khaine, comment ai-je pu être assez sotte pour écrire ce genre de niaiseries ? Je survole les pages avec une curiosité mêlée de malaise, jusqu'à ce que mes yeux tombent sur Oncle Fereoth. Mon cœur manque un battement. C'est trop. Je referme le journal d'un pincement sec et le claque brutalement contre la poitrine de l'esclave, toujours à jouer la lampe de chevet près de mon lit.

- "Jette ça dans la cheminée la plus proche," lui ordonné-je dans sa langue aux accents barbares. "Ne reviens que lorsque les feuilles sont réduites en cendres."

La potiche quitte immédiatement la chambre, le livre plaqué à son corps, comme s'il allait s'enfuir sur ses petites pattes. Me revoilà seule, jusqu'à ce qu'un coup timide à la porte ne se fasse entendre. La couturière entre à petits pas timides, suivis par deux grands mâles grimés comme un jour de carnaval. L'esclave exécute une révérence impeccable, mais qui ne m'impressionne pas.

- "Vous m'avez fait attendre. J'espère que vos robes sont à la hauteur."

Je sens comme une tension s'instaurer chez la femme, dont la courbette s'écrase encore un peu plus vers le sol. Elle bégaye quelques mots d'excuse et me présente une série de robes, plus sophistiquées les unes que les autres. Ce que je connais, c'est le pont couinant sous le vent, le sabre dans ma main, sous la bruine salée de la mer. Je n'y connais rien à la mode de la haute, et je n'ai jamais prétendu le contraire.
J'opte donc pour une tenue fort simple, que les plus avant-gardistes des cercles mondains de Karond Kar pourrait même juger conservateur : une robe blanche, en hommage à ma Maison, au dos largement découvert, mais au décolleté modeste. Le bas de l'ensemble, pour léger et diaphane qu'il soit, n'en tombe pas moins jusqu'aux chevilles. Pas de quoi chambouler les cœurs, et cela me convient très bien.

J'ordonne également à ce que l'on m'apporte un collier, portant une simple améthyste, pour agrémenter ma tenue, et à ce que l'on me nettoie mes cheveux encore chargés de l'air iodé du voyage en mer. C'est justement lors de ces dernières finitions que Megeth déboule dans la pièce, aussi ravissante qu'une vierge de Khaine à son premier jour, et plus belle que je ne le serai jamais. Elle est étonnamment de bonne humeur.
Assise, je meuble la conversation en attendant que l'on termine de nettoyer mes cheveux.

- "Hors de question que je vois Magnouvac si je n'en ai plus besoin. Je vais très bien, merci."

Mon regard se perd sur la pochette de sa satanée poudre, posée sur mon bureau. Un truc salement addictif, qu'il m'a administré sans broncher. Je n'ai pas envie de découvrir ce qu'il me réserve d'autre.
Une fois la caravane d'esclaves esthéticiennes dehors, nous pouvons passer aux choses sérieuses.

- "J'irai voir Nokhis après l'entrevue avec Sighi. J'espère qu'il n'est pas déjà reparti dans ce lamentable trou de débauche qu'est l'Oisellerie.

Mon ton tranché semble surprendre Megeth. C'est ironique, nos rôles semblent presque inversés par rapport à la Norsca, elle toute loquace et pleine d'hésitations, moi sèche et abrupte.

- "Kehem m'a mis au courant pour la réunion de famille, oui. Voici mon offre : je porterai la responsabilité du fiasco. Je te lécherai tellement les bottes que tu seras la nouvelle sainte de Karond Kar. Je n'ai que une seule condition. Il y a une esclave Asur, quelque part dans la ville. Je ne sais pas ce qu'elle fait, où elle est, ni à qui elle appartient. Elle se trouve peut-être quelque part dans l'Esplanade. Tout ce que je sais, c'est son nom : Cyssa. Je la veux." Je garde un instant de silence et regarde Megeth dans les yeux, comme pour mieux appuyer ma demande. "Je la veux, Megeth. Je me fiche de savoir à qui elle appartient. Elle peut bien appartenir au Drachau ou au plus pitoyable pêcheur des docks, Que tu l'achètes, que tu la kidnappes, peu m'importe. Qu'elle m'appartienne. Prépare également un petit voilier, elle ne restera pas longtemps à Karond Kar."

Je quitte le lit et me dirige vers la porte, mais pas avant de me retourner une dernière fois.

- "Évidemment, notre accord est caduc si j'apprends que tu mènes ta propre petite enquête dans mon dos. Et de toute façon, moins tu sauras de choses sur cette affaire, mieux tu te porteras, crois-moi."

Je pose la main sur la poignée de la porte, prête à quitter la chambre pour rejoindre Sighi.

- "Ma proposition est à prendre ou à laisser. Et franchement, tu t'en tires à très bon compte, en échange d'une remise à zéro de ta réputation. Quelle est ta réponse ?"
Akisha Drakilos, Voie du Noble Aristocrate
Profil: For 8 | End 8 | Hab 10 | Cha 11 | Int 9 | Ini 11 | Att 11 | Par 9 | Tir 9 | Foi | Mag | NA 1 | PV 55/55
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Compétences :
Alphabétisation (E)
Diplomatie (B)
Acuité Visuelle (B)
Vision Nocturne (E)
Navigation Maritime (A)
Langage Secret - Jargon des Marins (E)
Autorité (B)
Mort Silencieuse (B)
Déplacement Silencieux (B)
Survie en Milieu Hostile (B)
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Équipement :
- Cimeterre de Corsaire (18+1d8 dégâts, 10 points de parade ; Rapide)
- Tunique Noire (2 de protection partout sauf à la tête)
- Chemise
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Kehem, dit "Karond & Shoulders", traducteur du Karybde
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Megeth grimaça légèrement sur le sujet de Magnouvac.

« Le gars me fout les jetons aussi, mais c’est père qui l’a choisi.
Il n’avait pas pour habitude d’employer des incompétents. »


Elle zieuta les esclaves qui rangeaient les robes, et son visage traduit plutôt de l’agacement lorsque Akisha parla de leur frère à toutes les deux.

« C’est Kehem qui t’as parlé de l’Oisellerie. Il va vraiment falloir que ce petit con apprenne à un peu mieux la boucler…
Oui, notre frère s’y rend. Je n’ai pas cœur à lui jeter la pierre — il n’a plus d’espoir d’hériter de grand-chose, il ne peut plus être corsaire, il ne pourra jamais épouser une femme. Quelque part, s’il décidait de crever avec du monte-en-l’air dans le nez, avec des esclaves au-dessus de lui, est-ce que ça serait pas lui rendre service ?
Mais c’est bien plus vicieux que ça, en fait. Je crois qu’il nous en veut à toutes les deux pour beaucoup de choses. C’est…
C’est… »


Les esclaves de la maisonnée Drakilos avaient beau connaître la discrétion, sous peine de perdre leurs yeux, leurs oreilles ou leur langue, elle attendit bien que le tout dernier des pouponneurs d’Akisha ait foutu le camp avant de continuer la conversation.

« Il risque d’être le maillon faible de notre fratrie. Tu as dû toujours croire que c’était moi, pas vrai ? Imagine si j’avais été assez conne pour rejoindre un de nos rivaux, un Fellheart ou un Uroxis.
Imagine si Nokhis faisait une telle erreur.
Peut-être que… Peut-être que c’est une bonne chose, qu’il aille à l’Oisellerie. Peut-être que c’est une bonne chose qu’il s’avilisse. Il ne serait plus un danger pour nous deux. »


Il restait un dernier sujet à trancher. Et le plus important de tous.

Megeth laissa bien sa sœur parler. Expliciter tout ce qu’elle avait prévu. Ses yeux se mirent à froncer. Puis, à scintiller. Elle prit une grande inspiration, passa ses mains dans ses cheveux teints en noir, et grimaça.

« Une Asur. Une esclave Asur à Karond Kar.
On les connaît tous les esclaves Asurs dans cette ville. Personne ne les dissimule. Les cacher, c’est un crime.
Un crime puni par Malékith. »


Elle utilisait le nom du monarque comme s’il s’agissait d’un monstre légendaire — ce qu’il était. Même en famille, même entre amis, personne n’ose trop manquer de respect à celui qui tient le destin de tous les Druchii au creux de sa poigne. En des millénaires de règnes, jamais aucun complot n’avait abouti : la plupart avaient même été déjoués par des proches parents des conspirateurs.
Megeth serra des dents. Elle faisait cette tête qu’elle faisait gamine, quand elle avait très envie de faire une connerie, et pesait encore le pour et le contre de la réaliser.
Mais à chaque fois, elle cédait. Car c’était ça, Megeth. Elle avait beau porter une robe plus impériale, elle avait beau teindre ses cheveux d’encre et parler avec des formes, elle restait, au fond d’elle, la garce hautaine et ambitieuse qu’Akisha avait toujours connue.

« C’est énorme ce que tu me demandes. C’est pas une petite faveur. Ça va me demander de l’argent, et des sbires. Ça va me demander le contrôle de la famille Drakilos.
Et malheureusement, même si Sighi va me mettre en avant, c’est toujours elle, la matrone absolue des Drakilos.
Tu crois pas qu’elle serait capable de nous tuer tous les trois si on la décevait ? Toi, moi, et Nokhis ? »


Elle se releva. Regarda Akisha de la tête aux pieds, et ricana.

« Qu’est-ce que tu comptes faire, après m’avoir permis d’hériter ? C’est quoi ton plan ? Qu’est-ce que tu va faire, avec une Asur ?
Allez, un peu d’honnêteté avec moi, Akisha, s’il te plaît. On est sœurs, on est du même sang. Ça va être nous contre les cousins dans quinze jours.
Tu peux me demander ce que tu veux en échange, bien sûr. Ça marche dans les deux sens… »
Jet d'intelligence de Megeth : Caché.
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Akisha Drakilos
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par Akisha Drakilos »

Alors que je m'apprêtais à sortir, je reviens sur mes pas. Megeth a visiblement besoin de s'épancher sur d'autres sujets, en premier lieu sur notre frère. Je camoufle de mon mieux la grimace qui s'esquisse sur mon visage. Avec ses questions en suspens, c'est presque comme si elle voulait se délester du poids de ses responsabilités sur moi, en me laissant choisir. Pas question sœurette, c'est toi la patronne maintenant, faut assumer !

- "À toi de voir. C'est toi l'Héritière. À l'Oisellerie, il peut aussi bien se noyer dans la débauche ou se lamenter de son sort auprès des mauvaises personnes. J'irai lui parler de toute façon, ça me permettra de prendre la mesure de sa..." Chute. "De son chagrin."

Mais l'affaire Nokhis ne fait pas autant bisquer que celle concernant l'Asur. Ah, j'aurais dû m'en douter, que je n'allais pas m'en tirer si facilement. Megeth "Mêle-tout", voilà un surnom qui lui va bien.

- "Bien sûr que ce que je te demande est énorme. Mais ce que je donne en échange l'est-il moins ? Confirmer les rumeurs, et aller encore au-delà, sacrifier ma réputation pour sauver la tienne, ce n'est rien ?" Je m'approche un peu plus de Megeth. L'air agressive, sans doute. Déterminée, j'espère. "Et oui, je ne doute pas que Sighi nous transformerait en apéritif pour sang-froid si elle en avait besoin. Khaine, elle a tué sa propre sœur pour arriver au pouvoir ! Et que l'une d'entre nous meurt de la main de l'autre était encore une éventualité très réelle il y a à peine quelques mois. Risquer notre peau fait partie du quotidien."

Comment donner une réponse satisfaisante sans en dire trop ? Je rejoins à grandes enjambées mon bureau et range quelques feuilles vautrées sur la table, gagnant quelques précieuses secondes de réflexion.

- "Cette Asur sera pour mon usage personnel. C'est tout ce dont tu as besoin de savoir, Megeth." Je me retourne vers elle. "Je te promets qu'il ne s'agit pas d'un coup foireux pour te discréditer par la suite. Je mets simplement de l'ordre dans ma vie, avant de passer à autre chose... Je compte m'engager chez les Furies, au Temple. C'est pour ça que je veux voir Sighi au plus vite. Lui annoncer mon intention, et demander sa permission. J'imagine qu'elle ne sera pas ravie."

Je saisis une de mes mèches blanches et la porte devant mes yeux. Ironique. J'ai toujours aimé me les teindre en blanc, en référence aux Furies, sans jamais m'attendre à les intégrer. Ni vraiment le vouloir, d'ailleurs, mes parents ayant découragé très tôt mes velléités enfantines.

- "Je sais que c'est un choix surprenant. Mais il n'y a plus rien pour moi dans cette vie de Drakilos. J'ai failli à ma famille. J'ai failli à mon père. J'ai failli à mes hommes. À tout le monde. Les Druchiis ne pardonnent pas. Je n'ai plus qu'à essayer de me racheter auprès des dieux."

Je réalise que j’en ai peut-être un peu trop dit, assez pour demander une réponse à Megeth. J’y vais au culot, après tout...

- "Puisque tu sais ce que je compte faire, je peux bien te demander une information en échange, non ?" Je penche la tête, et réfléchit quelques instants. Je sais ! "Illanolthyn. La sorcière. Comment l’as-tu convaincu de s’engager à ton service en Norsca ?"
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Il aurait été franchement aisé pour Megeth de retourner la situation ; Cacher une Asur constituait un crime de lèse-majesté, obtenir la famille n’était en revanche qu’une contingence à laquelle Sighi aurait pu résoudre Akisha de force de toute manière. Ce que proposait l’aînée Drakilos n’était peut-être pas vraiment à la hauteur de ce qu’elle demandait…

…Mais Megeth avait beau s’être teint les cheveux en noir, elle n’était pas devenue forcément plus maline et froide pour autant. Non. Elle se mit à arborer un sourire figé, leva les pupilles en l’air, et après un court soupir agacé, elle approuva d’un hochement de tête.

« Très bien. »

Et elle continua en avouant qu’elle allait s’engager chez les Furies. Là, Megeth fut contrainte de se dévoiler.
Elle papillonna des cils, puis, avec un grand sourire, elle se mit à hocher de la tête.

« Hé bien, hé bien…
Je te savais dévote. Mais offrir sa vie et son corps, c’est pas pareil qu’offrir des prières. C’est…
C’est remarquable, en fait. Je suis forcée de le reconnaître. J’espère que tu deviendras une Furie, si c’est ce que tu veux vraiment. »


Cela paraissait sincère. Surtout qu’elle s’approcha d’Akisha pour poser une main sur son épaule, et raffermir son sentiment.

La question sur la sorcière fit disparaître son sourire, et retirer sa main. Elle parut, pendant quelques instants, avec des sourcils arqués, dans une mine terrifiée. Ce fut fort fugace, car elle ferma ses paupières, glissa ses mains dans son dos, et soudain, elle parvint à se contrôler pour ne rien laisser transparaître de ses émotions.

« Tu sais bien, que ce n’est pas le genre de question à laquelle je peux répondre trop directement. Les contrats avec les sorcières, c’est… Jamais de l’argent. Elles attendent toujours autre chose. »

Elle grimaça, et chuchota presque sa non-réponse :

« Je n’ai rien offert à Illanolthyn. C’est elle qui est venue me trouver, et non l’inverse. Elle… Elle avait parié, en fait, avant même ce petit concours de Père, que ce serait moi qui hériterais de la famille Drakilos.
Pour l’heure, je ne lui dois rien. Elle m’offre sa magie, ses charmes, ses maléfices. Mais elle joue dans le temps long. Au siècle prochain, si je deviens une mère, elle…
…Elle fera de moi son obligée. J’aurai des raisons d’être apeurée à ce moment-là.
C’est loin un siècle, hein ? »


Les Singes ne naissent et ne meurent pas en un siècle ; pour occuper les vingt-quatre heures de leurs journées et les quatre saisons qui passent dans une année, ils sont capables de faire bien des choses — un Singe peut faire le tour du monde en une vie.
Un Elfe a les mêmes journées, le même climat, et le même soleil que les Singes. Mais lui, il est confronté à quelque chose de bien terrible : l’ennui. C’était peu étonnant que tant de gosses de riches de Naggaroth ruinaient leur santé et leur rang à se vautrer dans les vices de la Déesse Atharti ; quand on a tout, et rien à obtenir, on est confronté à une éternité d’ennui. Les vieux plus sages s’enferment eux dans la rancœur, les cinq mille années de Terre Promise que Malékith irait bien reconquérir un jour ou l’autre.
Un Elfe peut apprendre à jouer d’un instrument, et devenir un virtuose, comme un Singe. Mais le Singe a le temps d’en vivre et d’en mourir, alors que l’Elfe viendra bien, un jour ou l’autre, à s’ennuyer même de sa propre musique.
Megeth avait été le canard noir de la fratrie. Elle aurait pu être assez sotte pour s’imaginer que posséder tout ce qu’elle souhaite pendant un seul siècle était un prix suffisant pour le reste de sa vie. Mais elle avait obtenu ce qu’elle voulait, et un jour ou l’autre, elle le regretterait.

« Est-ce que je peux te donner un conseil, Kisha ? T’en fais ce que tu veux bien sûr.
Ne dis pas à mère Sighi que tu souhaites devenir Furie. Elle risquerait de ne pas l’accepter. Et elle a des moyens de gêner ta tentative de rejoindre le culte de Khaine. C’est mieux si tu fais ça dans son dos, après le Conseil de Famille. »



Les deux sœurs se dirent au revoir, et quittèrent la chambre d’Akisha. Rekhilve, qui était avachie contre le mur devant la porte, se redressa dans une parodie de garde-à-vous. Megeth lui passa devant sans à peine la remarquer. Et une fois au bout du couloir, l’Asur put librement reluquer son amante de la tête aux pieds.
Pour tout commentaire, elle se contenta de siffler.



Il y avait un peu de marche à faire pour rejoindre le bureau de Sighi. « Bureau » était un terme qui correspondait d’ailleurs très mal — Tevras avait un bureau, une jolie étude avec vue sur l’océan, des broderies, un harnois sur un râtelier et un globe terrestre fort coûteux. Un bureau c’est là où il y a des bureaux et du papier, pour travailler.

Sighi Noiretombe, en tant que chef de famille de Naggaroth, avait un bureau qui ressemblait plutôt à une salle de trône miniature. On y accédait en entrant dans la grande porte, en franchissant la salle d’apparat, guidé par un long tapis teint en pourpre qui remontait presque tout le rez-de-chaussée, pour rejoindre un escalier de marches en velours. Il y avait toujours des gardes en faction devant, portant le Kheitan complet avec la maille et les plaques d’acier sur le poitrail.
L’Isaltau Gilerien attendait devant avec les mains dans le dos. Il sourit avec fierté à la mise d’Akihsa — elle portait enfin une robe, quelle surprise pour lui ! — et lui indiqua de le suivre discrètement.

Il ouvrit la grande porte. Il se glissa discrètement dans la pièce, où plusieurs voix étaient en train de parler entre elles. La salle du trône était bien illuminée par une immense baie vitrée, aux verres renforcés pour empêcher un carreau d’arbalète d’en traverser une. Plusieurs domestiques humains se tenaient discrètement tout collés sous des alcôves arrondies autour de la pièce au tracé ovale, portant pour certains des assiettes avec des friandises, ou des verres d’alcool — chacun d’eux était tenu de goûter afin de s’assurer qu’il n’y ait aucune possibilité d’empoisonnement.

Akisha n’eut pas le temps de faire deux pas dans la lumière, qu’une voix reconnaissable l’houspilla au milieu de la conversation actuelle :

« Reste debout j’en ai pas pour longtemps ! »
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Sighi Drakilos était étonnamment jeune pour quelqu’un qui était une arrière-grand-mère. Elle était une cadette de fratrie, et avait saisi le pouvoir de la mesnie Drakilos par assassinat. Mais elle n’avait toujours pas été assassinée, ce qui était déjà une preuve de ses capacités.
Elle avait provoqué, et perdu, une effroyable guerre de rue avec le Clan Fellheart. Elle avait rêvé, un temps, de voir sa dynastie accéder au titre de Drachau — mais ses enfants s’étaient révélés décevants. Sighi, elle était forte, intelligente, séduisante, et impitoyable. Tous ses descendants s’étaient partagés ces qualités, et avaient accumulé les tares dans les autres domaines.
En public, elle était une femme d’une douceur froide, et d’une courtoisie impitoyable.
Mais en privé, elle montrait son vrai visage, celui d’une garce vulgaire. Et les deux Elfes assis en face d’elle, qui s’étaient retournés juste pour voir Akisha, en firent vite les frais.

« Vous croyez que Gedlaen Alethi me fait peur ?! C’est une putain de plaisanterie ?! Un Gobelin me ferait plus peur que lui !

– Ne pas honorer notre commande aurait des conséquences néfastes aux yeux de toute la noblesse de Karond Kar. Qu’est-ce que l’on dira d’armateurs qui volent les navires promis à leurs clients ? »

Celui qui venait de parler, c’était oncle Kecer Drakilos. Un orphelin de père et mère, il avait une place privilégiée parce que son géniteur était l’ancien fils aîné de Sighi, un qui s’était fait tuer dans la dernière guerre civile de Karond Kar. De ce qu’Akisha retenait de lui, c’était un Elfe vulgaire, souvent aviné, maladroit en société et incompétent à la tête d’un navire. Mais elle avait vu des tableaux de son père — il en était son portrait craché. La rumeur était qu’il devait sa place car Sighi voyait un peu de l’enfant sorti de son ventre en lui.
Mais ça serait sous-entendre que Sighi pouvait avoir des émotions et de la compassion, alors ça pouvait bien être faux.

« Et qu’est-ce que l’on dira d’un clan qui a laissé deux Reavers sur une plage Norse ?! Pas coulés, non, laissés ! On a perdu deux Reavers, avant dix mois nous en aurons à nouveau deux, et deux de plus l’année suivante !
Toute la rade ne doit servir qu’à nous. C’est prévu dans les contrats, Kecer ! C’est nous qui construisons le futur navire de Gedlaen Alethi, on peut le récupérer !

– Mais les dommages et intérêts prévus par le contrat sont énormes.
– Et nous sommes énormément riches, on paye !
– Si je puis me permettre, ce n’est pas qu’une question d’argent-
« Pas que », on parle de plusieurs milliers de souverains d’or…
– C’est aussi une question de confiance. Si on n’honore plus nos livraisons, on va menacer notre monopole dans l’Arsenal. Le Drachau pourrait intervenir pour nous contraindre à vendre le navire. »

Celle qui venait d’objecter, c’était Mesani — elle n’était pas née Drakilos, mais elle en avait épousé un, bien plus jeune qu’elle. Elle se trouvait être l’épouse de Hazeck. C’était ainsi que Sighi l’avait récompensée ; Mesani était une ancienne Corsaire qui était devenue l’un des jeunes militaires préféré de Sighi. Elle avait, en plus, été adoptée, de manière à ce qu’un dynaste jaloux n’assassine pas son époux pour la renvoyer — cela rendait son mariage avec Hazeck techniquement consanguin, mais c’était le genre de situation familiale bonne à donner des migraines comme seuls les Elfes étaient capables.

Mesani et Kecer étaient de la génération de Tevras. Ils avaient l’âge des parents d’Akisha. Elle était la plus jeune dans cette pièce.

« Me contraindre ! Comme si le Prince avait du temps à perdre avec ce genre d’histoires ! Je crois qu’entre moi et Gedlaen, y en a un qu’il estime quand même un peu plus, non ?!
– Ne sous-estimez pas Alethi. C’est un seigneur du banc, pas un petit noble.
– J’ai mon cul sur ce banc depuis plus longtemps que lui ! Vous savez quoi, ouais, y a peut-être un moyen pour que je lui livre son navire au lieu de le prendre pour moi — vous allez voir Gedlaen, et vous lui dites de passer sous mon bureau pour me lécher le con, après on peut y réfléchir !
Allez, me faites pas perdre mon temps à discuter. Levez-vous et cassez-vous. »


Kecer et Mesani se relevèrent. Ils attrapèrent un tas de parchemins et d’encriers sur l’immense bureau, et se retournèrent après s’être inclinés.
Ils passèrent chacun devant Akisha. Et tous les deux s’arrêtèrent pour la saluer avec une inclinaison plus mesurée.

« Tout va bien Akisha ? Ta retraite s’est bien déroulée ? »

Le long d’une alcôve, Rekhilve alla se planquer, surveillant la damoiselle de loin.

« Tu as toutes mes condoléances pour la mort de ton père.
– Les miennes également, même si ça doit peut-être te fatiguer d’entendre ça de la part de tout le monde.
– Si tu as besoin de quoi que ce soit, mais vraiment, n’importe quoi, dis-le.
– Tu manges quelque part ce soir ? Tu peux venir dîner avec moi et Hazeck si tu veux. »

Les politesses et les gentillesses échangées, les deux purent quitter la grande pièce et refermer derrière eux.
Tout se mit alors en route dans la salle. On alla tirer un immense fauteuil rembourré pour qu’Akisha puisse s’asseoir, on lui servi un verre dans lequel un bel humain peu habillé but un fond de vin afin d’être certain qu’aucune trace d’arsenic n’ait été laissée au fond, et on lui versa de l’alcool sucré à siroter et un peu de bouffe à grignoter. En face d’elle, Sighi se faisait bourrer une pipe de tabac, et elle s’avachit tellement qu’elle posa ses pieds sur la table, loin de garder sa posture élégante qu’elle maîtrisait tout le temps quand elle paraissait devant des aristocrates qui n’étaient pas de sa famille ou de son hôtel.

« C’est bon, t’as fini de chialer sur ton roc perdu en dehors de la ville ?
T’as intérêt, parce que j’ai du boulot pour toi. »


Elle désigna la porte de la main.

« Ne crois pas une seule seconde que je vais t’offrir des condoléances comme tous tes amis et tous les gens de ta famille — et comme Malékith lui-même en personne.
Tu sais que le Roi-Sorcier a écrit une proclamation pour Tevras ? Non, écoute bien ce que je dis : Je ne te dis pas que Sa Majesté a fait écrire une proclamation, je veux dire que Malékith lui-même, en personne, a pris un parchemin, et une plume, pour écrire personnellement une oraison en l’honneur de ton père. »


Sur son bureau, elle tira une feuille de parchemin. Elle la leva, et une femme-Singe s’en saisit avec un gant de soie. Elle fit le tour du meuble, et posa ses deux genoux à terre pour tendre le feuillet du bout des doigts à Akisha.

Ce n’était pas simplement du parchemin — c’était du vélin, fait en peau de Sang-Froid mort-né, le plus cher de tous les supports qu’on pouvait trouver dans tout le Royaume de Naggaroth. L’encre luisait, avec une sorte de teinte argentée, comme si on avait broyé du cristal dans la lettrine.
Sous le IIIe Roi Phénix, en la 5278e année de son règne, le cinquième jour de la saison de la pluie ;

Moi, Malékith le Grand, Roi-Sorcier de Naggaroth, Roi-Phénix d’Ulthuan, Prince de Nagarythe, Suzerain des domaines d’Elthin-Arvan, Primat du Culte de Khaine, Fils aimé d’Ænarion le Défenseur, Chevaucheur de Séraphon ;

A appris avec regret le décès de Tevras Drakilos, respectable héritier d’une des grandes familles de ma riche, puissante et obéissante cité de Karond Kar.

Mes hommages vont à ses ancêtres, descendants et collatéraux.

En son passage sur cette Terre, Tevras a apporté honneur et grandeur aux siens et à sa ville. Alors qu’il disparaît, il laisse derrière lui des sujets que je sais plus déterminés et résolus que jamais. C’est avec une certaine fierté que j’ai pu compter sur lui parmi mes vavasseurs. Je sais que, en suivant son exemple, toutes les personnes à qui il a transmis son amour du devoir et de Khaine, compenseront en fait sa perte au centuple.


C’était laconique. La titulature de Malékith prenait presque autant de place que son court hommage.
Mais bizarrement, ça en ressortait plus vrai que jamais. Si c’était un secrétaire quelconque qui avait été chargé d’écrire la lettre, nul doute que les compliments auraient été plus longs, et plus mielleux. Malékith avait été avare en paroles, mais au moins, c’était lui-même qui avait écrit.
Akisha tenait entre ses mains un morceau de la parole de son monarque en personne.

« Quelle humiliation… »

Et pourtant, Sighi n’avait pas du tout l’air ravie.

« Je n’ai versé aucune larme pour Tevras. Il a choisi lui-même d’aller en Norsca, et il y est mort. C’est lui qui a provoqué ce désastre, et chaque fois que l’on me présente des condoléances pour son misérable échec, je me sens encore un peu plus humiliée.
Au moins je vois que comme Megeth, tu as peut-être commencé à t’assagir. Pour une fois que tu es pas fringuée comme une putain de matelot. »

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Akisha Drakilos
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par Akisha Drakilos »

La révélation de Megeth me fait hausser un sourcil.

- "Un siècle c'est loin, oui. Mais le temps file si vite. On vaque à ses affaires, on se réveille, et puis un beau jour, un siècle est passé. Te rappelles-tu qui tu étais il y a cent ans ?" Je laisse passer un instant de silence, puis renifle dédaigneusement. "Moi oui. Une idiote, doublée d'une naïve, j'étais. Ça n'a pas changé avant longtemps."

Son conseil me plonge dans la confusion. Pourquoi Sighi me voudrait-elle encore dans les pattes après le fiasco de la Norsca ? Quelle utilité pourrait-elle bien me trouver dans la politique karond-karienne ?
Bah, je suppose que je vais vite le savoir.

- "Merci du conseil, sœurette. Savoure bien ton siècle de gloire. Tu auras l'éternité pour te mordre les doigts."

Nous nous quittons sur une brève accolade. Quelque chose de tellement banale, mais également de si rare, nous qui n'avons jamais pu nous voir en peinture. L'instant semble si intime, si inédit qu'un instant de flottement s'installe.

- "Je... Je vais voir Sighi," bredouillé-je pour rompre le silence.

Rekhilve m'attend à la sortie. La tête qu'elle fait vaut tous les commentaires qu'elle aurait pu sortir. Quelque peu rassérénée, j'entame la longue marche jusqu'au bureau de la Matriarche des Drakilos.
Je repasse devant le reliquaire de Traith Drakilos, fondatrice de notre Maison. Par superstition, je parcours les doigts sur la vitre contenait son arbalète et son baudrier. Je fais ça à chaque fois que je pars vers un évènement incertain. La dernière fois était avant le départ pour la Norsca. Ça ne m'a pas vraiment porté chance.

Sous le regard admiratif de l'Isaltau (chose assez rare pour être mentionnée), j'entre dans le "bureau" de Sighi. Bureau monumental, avec plusieurs pièces, une hauteur de plafond assez haute pour y faire tenir droite une hydre, le tout décoré luxueusement, mais avec goût par un quelconque décorateur en vue dans la haute société.
Mon oncle Kecer et Mesani, la femme de mon cousin Hazeck, m'ont devancé, et se font enguirlandés par Sighi à propos d'une obscure histoire de livraison maritime. Il n'y a encore que quelques mois, ce type de discussion m'aurait passionné, et j'aurais attentivement suivi les échanges. Aujourd'hui, tous ces sujets me passent par dessus la tête.
J'attends patiemment sur le côté, jusqu'au départ des deux subordonnées. Les deux rivalisent de ronds de jambe pour me complaire. Me glissant avec facilité (peut-être à cause de la robe ?) dans la peau de l'aristocrate mondaine, ce rôle que j'exècre tant, j'enchaîne les remerciements avant de courtoisement refuser leurs propositions. J'ai le sentiment que réserver la soirée à Nokhis ne sera pas de trop, et ce n'est pas comme s'ils s'inquiétaient sincèrement pour ma personne.

Vient mon tour auprès de Sighi. Comme d'habitude, elle ne fait pas dans la délicatesse. Toujours pareil, lorsqu'elle pense se retrouver loin des oreilles des autres nobles de la ville.
S'il n'y avait eu le conseil de Megeth, j'aurais foncé tête baissé et annoncer mon intention de rejoindre les Furies. Lui faire le coup en douce, dans le dos n'est pas quelque chose de simple, bien que je me sois déjà fait à l'idée de couper les ponts avec ma Maison. Qu'elle se comporte envers moi comme une vulgaire putain mon-keigh des caniveaux rend néanmoins le passage à l'acte bien plus facile.

Je veille à ne pas laisser passer une émotion durant toute sa tirade sur mon père, où du moins j'essaye. Je ne lui ferai pas ce plaisir.
Tevras était son héritier, son favori. Personne dans tout Karond Kar n'avait le moindre doute là-dessus à son départ pour la Norsca. Voilà que l'étendue de son échec s'étend jour après jour, et que sa grand-mère s'empresse de couper tout lien, toute affection passée envers lui. Sighi méprise la faiblesse, je l'ai bien compris. Je lui donnerai bien des raisons de me mépriser après mon départ, mais je ne compte pas lui donner celle-ci.

Je rends la lettre de Malékith au messager humain. Intérieurement, cette lettre me met en émoi, moins par son contenu que pour ce qu'il est : une trace directe du Roi-Sorcier. Certes, on parle de lui tous les jours, mais à chaque fois comme une puissance lointaine et extérieure, presque une légende, une entité supérieure et invisible. Et voilà pourtant une lettre, écrite personnellement par celui à qui appartient la destinée de tous les Druchiis, pour le meilleur et pour le pire, qui a connu mon ancêtre il y a plus d'un millénaire de cela. Le contenu pâlit presque de banalité en comparaison, une simple annonce que le seigneur de Naggaroth scrute attentivement les prochains mouvements des Drakilos de Karond Kar. Le Roi-Sorcier à notre Maison à l'oeil. Pas de quoi ravir Sighi, mais cela ne me concernera bientôt plus.

En attendant, je ne dois rien laisser paraître. Jouer le jeu. Muette comme une Noiretombe.

- "Pour vous servir, Matriarche." J'adopte un ton froid, poli, mais caustique, à sa manière.

J'accompagne la politesse d'une salutation sophistiquée, enseignée durant mon adolescence jusqu'à l’écœurement, allant souvent de pair avec la perfection. Je savoure tout le contraste entre ma salutation protocolaire et elle, avachie sur son fauteuil, les pieds sur le bureau. J'espère qu'elle en saisit toute l'ironie, elle aussi.

- "Vous avez dit avoir une tâche pour moi."

Je garde le ton neutre et équilibré, laissant couler toutes les horreurs qu'elle a pu dire sur mon père. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Certainement pas.
Akisha Drakilos, Voie du Noble Aristocrate
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- Cimeterre de Corsaire (18+1d8 dégâts, 10 points de parade ; Rapide)
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Kehem, dit "Karond & Shoulders", traducteur du Karybde
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Sighi observa Akisha droit dans les yeux.

C’était impossible de savoir à quoi elle pensait.

« Huh-hun. »

Elle hocha la tête, et se tourna dans son siège au fond duquel elle était vautrée ; elle regarda en direction de l’immense baie vitrée aux fenêtres renforcées, observant cet immense horizon d’un océan déchaîné, le ciel recouvert de harpies descendant en piqué pour se repaître d’oiseaux.

« C’est un miracle que la bague dynastique ait été ramenée ici. Un énorme putain de miracle. Sans ça, l’arsenal serait déjà en feu et je serais en train de me démener pour attaquer le château d’une autre famille pour en subtiliser une autre.
On a reçu une saloperie d’œil au beurre noir en Norsca, mais on est pas K-O. Quand on reçoit un coquard, faut pas attendre les coups, faut frapper, même quand on est sonnés. »


Et pour bien donner de la véracité à ses métaphores de pugilat, elle ferma très fort un de ses poings.
Sighi n’était pas que belle, ou que maline ; ce n’était pas juste une aristocrate de cour. C’était une Druchii, et, obligatoirement, une ancienne guerrière.
Presque tous les membres de la famille Drakilos étaient devenus corsaires ou marins sur les Reavers du Roi-Sorcier. Sighi était unique en ce qu’elle avait été une des très rares dynastes à devenir Cavalier Noir ; il fallait qu’Akisha imagine son arrière-grand-mère cuirassée de la tête aux pieds, avec Kheitan et Dalakoi, en train de pourchasser des guerriers fantômes lors de raids contre Ulthuan, montée sur un cheval.

« On ferme les rangs. Pour ça que j’ai convoqué le Conseil de Famille ; On est momentanément affaiblis, mais on va contre-attaquer, et avec férocité, comme tu peux pas savoir.
Bien sûr, tes cousins vont attendre des explications sur ce qui s’est passé en Norsca, ils vont vouloir qu’on parle des rumeurs qu’on raconte dans les tavernes de notre cité. Mais on ferme les rangs, on est une famille, c’est pas du tout le moment de laisser la moindre faiblesse transparaître.
On peut rejeter la majeure partie de l’échec sur Tevras, dont c’était le plan, et l’affaire du pont sur Fereoth Phaeceaes — après tout, Megeth lui a confié le commandement de l’arrière-garde, n’est-ce pas ? »

Est-ce qu’elle savait ?
Qui avait raconté quoi à Sighi ? À quel point imaginait-elle les rumeurs comme fondées ou invraisemblables ?
Et surtout : est-ce que ça avait la moindre importance ? Rejeter la faute sur Tevras et Fereoth, ça serait détruire leur souvenir. Les condamner à l'opprobre posthume.

« Rejeter sur les morts c’est un peu trop facile, beaucoup vont en douter, mais au final, si quelqu’un s’oppose à moi, je l’anéantirai. On puni la diffamation par le duel, et j’ai au moins trois ou quatre personnes qui savent égorger d’autres nobles en duel — à commencer par Aeman. Sa loyauté va être très coûteuse, mais je fonde mes espoirs sur lui. Il a la subtilité d’un sang-froid, mais c’est un vrai guerrier, et en plus il a des amis dans la capitale de Naggarond. »

Elle posa sa pipe après avoir tiré une dernière latte. Elle se releva, fit le tour de son immense table, et s’assit dessus, pour se poser juste devant le siège d’Akisha, la surplombant avec sa petite hauteur.

« De la fratrie de Tevras, ça a toujours été toi la plus intelligente. »

Elle leva la main. Le joli humain lui apporta une coupe et lui servit du vin.

« Qu’est-ce que tu connais de la nation humaine qu’on nomme Estalie ? »

Pas grand-chose. Akisha savait la place sur une carte. Elle savait que c’était peu peuplé, très pauvre, et montagneux. Peut-être la plus arriérée des nations de tout le Vieux Monde. Mais ils avaient apparemment quelques biens de luxe qui dénotaient — des teintures, de la laine, beaucoup de métaux précieux.

« Il y a… Une péninsule, en Estalie. Une sorte de petite botte, sur laquelle une ville fortifiée est construite.
J’ai un plan, un plan grandiose, que je vais exposer lors du Conseil de Famille. Un plan qui va nous demander tous nos navires, tout notre argent, toutes les faveurs et toute la clientèle que nous avons accumulé en une demi-douzaine de générations.
Nous allons nous emparer de cette ville sur cette petite botte. Et à partir de là, nous serons, dans l’histoire de cinq millénaires de règne du monarque Malékith, la toute première présence permanente des Druchii dans le Vieux Monde. »


Elle souriait, comme si elle était très, très fière d’elle-même.
Mais si en cinq mille ans, aucun Druchii n’avait accompli tel projet, c’est qu’il y avait de biens bonnes raisons ; Au hasard, cinq mille lieues à traverser en mer, en outrepassant Ulthuan qui possédait la marine la plus puissante sur Terre, pour s’installer juste sous le nez d’humains sur-armés et très nombreux.

« Malheureusement, je crains que certains de tes cousins ne désapprouvent ce plan, et profitent du Conseil de Famille pour agir contre.
Tu vas m’être utile pour ça, Akisha. Je sais que tu es une femme brillante, et ambitieuse. Tu vas m’aider à découvrir quels sont les traîtres au sein de notre dynastie, pour pouvoir les convaincre de me suivre.
Et tu vas aussi me servir à épouser quelqu’un. À te lier avec une famille, comme nous aurions dû le faire avec les Uroxis ou les Fellheart il y a longtemps de ça. »
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Akisha Drakilos
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par Akisha Drakilos »

On se regarde dans le blanc des yeux, interdit. Ce n'est qu'après de longues secondes de silence que je me rends compte être sensée dire quelque chose. Un truc, n'importe quoi.

- "C'est, hum... Audacieux."

Bien joué fifille, avec un commentaire pareil la matronne va se rouler par terre.

- "Siéger une ville, en occuper un terrain, c'est autre chose qu'un simple raid. L'entretien et la maintenance d'une force armée, d'une garnison, va être gargantuesque. Sans même prendre en compte le modeste ilot occupé par nos exécrables cousins au travers de la route." Aah, pas de doute, avec ça, Mère Sighi va être à mes pieds. Je me dépêche d'ajouter la suite. "Mais je présume que votre esprit pluri-séculaire a pensé à tout."

Ça sonne bien, "pluri-séculaire". Un peu pompeux, peut-être. Mais pas autant que la création d'une colonie Druchii en Estalie.
Une part de moi regrette presque de me carapater chez les Furies, m'empêchant d'être aux premières loges pour le fiasco spectaculaire de ma famille. Pour les mêmes raisons, je me félicite de quitter le navire à temps. En attendant, je dois néanmoins garder les apparences. Je hoche respectueusement sa tête comme elle distribue ses ordres.

- "Très bien. Je suppose que vous avez des noms en tête." Je ne peux m'empêcher de grimacer à la mention d'un mariage. Qu'il arrive trop tôt, et tout mon beau projet s'effondrera comme un château de cartes. "Concernant le mariage, n'est-ce pas possible d'attendre après les premiers résultats de l'expédition estalienne ? Le prestige obtenu permettra un mariage plus..." tardif, "avantageux."

Reste un dernier sujet. La responsabilité de l'échec au Norsca.

- "Rejeter la faute sur les morts, c'est facile, oui... D'autant plus qu'il y a bien un survivant qui pourra raconter sa version. Et qui est prêt à la donner." Je m'éclaircit la gorge. Allez Kisha, c'est ton moment. "Kayeth. L'ancien quartier-maître de Megeth. On pourrait le liquider, mais j'ai entendu dire qu'il s'est accoquiner aux Fellhearts pour sauver sa peau une fois débarqué. L'autre option c'est... de présenter un bouc-émissaire. Je..."

Je détourne le regard. Il faut que je fasse comme si ce que j'allais dire m'arrache une molaire.

- "Je suis prête à prendre ce rôle. Pour la famille." Je continue, jouant sans vergogne sur la carte de l'altruisme, qui m'a causé tant de torts par le passé. "Contrairement à Megeth, je ne suis pas l'Héritière. Elle en sortira renforcée, et les rumeurs la concernant se tairont. Moi, évidemment..."

Je m'arrête, le regard suspendu à Sighi. Va-t-elle gober cette proposition ?
Akisha Drakilos, Voie du Noble Aristocrate
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

En réaction aux commentaires de son arrière-petite-fille, Sighi se contenta de lever les yeux au ciel, et grogner.

« C’est bien, tu es maline, mais tu ne sais toujours pas manier ta langue.
Bien sûr que je sais qu’Ulthuan est sur le chemin. Et bien sûr, que mon plan est aussi dangereux que coûteux.
Mais enfin, il faut bien que je trouve quelque chose à la hauteur du désastre que ton père a provoqué pour nous tous en Norsca, pas vrai ? »


Elle chassa l’air de sa main, et se releva de la table sur laquelle elle était mi-assise. Elle s’approcha de l’immense baie vitrée, sur laquelle elle posait la paume de sa main droite — la gauche lui servait encore à boire.

C’est alors qu’Akisha exposa sa volonté de devenir le bouc émissaire du désastre. Sighi se retourna, au garde-à-vous, les yeux dirigés tout droit vers la jeune fille.
Une dizaine de tics nerveux passèrent sur les traits de son visage, affichant de la haine, du mépris, puis du dégoût. Une dizaine d’idées différentes qui manquèrent de l’étrangler alors qu’elle allait les formuler. Mais Sighi ferma les yeux, releva la tête, et retrouva son allure fière et élégante comme elle présentait toujours à la société de Karond Kar.
Et elle posa une seule question, toute directe :

« Qu’est-ce que t’as offert Megeth pour que tu me dises ça ? »

Elle leva son verre, et un esclave quelconque sorti d’une des alcôves pour l’attraper et le faire disparaître en à peine quelques secondes.
Elle retourna vers la table. Elle se remit près d’Akisha.

Mais cette fois, elle tendit sa main pour attraper la mâchoire de sa descendante. Elle serra sa poigne, et la força à lever la tête.
Elle l’observait maintenant comme le docteur Magnouvac lorsqu’il était avec l’un de ses patients.

« Le plus insultant, ce n’est pas que tu t’arranges avec ta sœur dans mon dos au sujet de vos avenirs à toutes les deux ; Non, le plus insultant, c’est que tu m’estimes assez conne pour ne pas le voir.
T’es vraiment l’enfant de ta mère. »


Elle lui serra la mâchoire, et approcha son visage tout près du sien. Et maintenant, si Sighi parlait d’un ton acerbe, elle postillonnait en plus sur son visage.

« Tu es à moi Akisha, n’oublie jamais ça. Ton nom de famille, c’est le mien. Si tu peux te balader dans ce manoir, ou sur le pont d’un navire, c’est grâce à moi.
Toi, tu n’es personne. Prends un bateau et enfuis-toi le long des vagues, tout le monde ne verra que ta sale gueule cicatrisée et ta langue que tu ne sais pas tenir. Mais dis que tu t’appelles « Drakilos », et tout le monde se sentira soudain modeste.
À cause de tes conneries en Norsca, on a presque tous failli y passer. Je te pardonne, dans mon immense mansuétude, mais commence par embrasser mes pieds et me remercier de la nouvelle chance que je t’accorde.
Est-ce que… Cette situation, entre nous deux, te paraît plus claire maintenant ? »


Elle lâcha la jeune fille. Et pourtant, Akisha avait encore l’impression que la poigne de sa maîtresse était sur elle.
Elle avait l’impression d’étrangler. Elle sentait son cœur pulser au fond de ses oreilles. Elle voyait sa vue se brouiller, et deux larmes couler sur ses joues.
Sighi, elle, reprenait son ton quelconque pour pérorer légèrement.

« Kayeth est un non-problème. Il bavera autant qu’il veut sur la famille Drakilos, il n’est rien — c’est ainsi, il y a des Elfes qui naissent en n’étant le problème de personne. Il n’y a qu’un Lokhir Fellheart pour être assez imbu de lui-même et croire qu’il saurait m’insulter avec un minable quartier-maître, mais il y a une différence assez vaste entre ce que Lokhir pense qu’il vaut et ce qu’il vaut réellement.
Je vise une alliance avec la famille Uroxis. La famille de ta mère. Pour cela que toi, Megeth et Nokhis me seraient bien utiles. Je souhaiterais que tu épouses l’un de tes cousins de l’autre dynastie.
Je vais faire en sorte qu’il y ait un certain nombre d’arrangements, je compte évidemment sur ta participation.
Akisha ?
Hé ? Ça va ? Tu fais une tête de demeurée, on dirait un Gobelin. »


Ce n’était plus, pour une fois, une insulte ; Akisha était réellement figée sur place, incapable de respirer.

Jet de charisme d’Akisha : 17
Jet d’intelligence de Sighi : 1, réussite critique.

Jet d’intimidation de Sighi (Bonus : +1, autorité, +1, intimidation) : 10, réussite de 5
Jet de résistance mentale d’Akisha : 13, échec de 4

→ Sighi provoque chez toi l’état de peur. Toute nouvelle tentative de manipulation à son égard souffrira d’un malus de -4.
Alors que tu es dans la même pièce qu’elle, tu te sens nerveuse, et tu commences à faire une crise de panique.

Jet d’endurance : 11, échec de 3

Tu étouffes sur place et tu subis une grave quinte de toux.
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Akisha Drakilos
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Re: [Akisha] Tendresse

Message par Akisha Drakilos »

À ma proposition, la Vieille se retourne. Et à voir sa tête, je devine que je peux déjà partir faire mes cartons.
Elle s'approche de moi, me choppe par la mâchoire et me force à la regarder dans les yeux.

Ce que je vois dans son regard provoque chez moi une bouffée de panique. Merde, elle sait tout ! Elle aurait pu se tenir à côté de moi pendant que je discutais avec Megeth, ça aurait été pareil ! Elle me secoue comme un pantin, une marionnette, me postillonne au visage comme si j'étais un esclave maladroit. Dans ses yeux, dans sa poigne, je sens toute la pression, tout le poids d'une matriarche, et des siècles d'expérience qu'elle possède, et que je n'ai pas.

Pendant qu'elle continue de parler, je me demande bien ce que je vais pouvoir lui répondre. Car il faudra bien, tôt ou tard. Elle se retournera devant moi, me posera une question et je devrais lui répondre. Et je ne pourrais pas lui mentir, car elle le verra, encore une fois.
Mais je sens quelque chose, là, au fond de mes poumons, qui me dit que je n'aurais peut-être pas besoin d'y répondre. Que j'ai peut-être une porte de sortie. Ce que Sighi m'a fait, quoi que ce soit, ça m'a liquéfié mes tripes, et ça a réveillé ce truc tapit dans mon corps depuis la Norsca. Il remonte par mon diaphragme, emplit le bas de mes poumons d'une masse chaude et sourde, les remonte.
Par instinct, je les réprime, avec pour seules traces de légères convulsions au niveau de mon ventre. En me concentrant sur les paroles de mon arrière grand-mère, j'arrive à partiellement ignorer les alertes hurlantes de mon corps, les bruits de tambour dans mes oreilles, ma gorge qui semble se remplir d'aiguilles, qui s'agitent à chaque respiration. La langue de feu qui coule dans ma poitrine.

Ma vue se brouille, et les formes s'arrondissent. Je ne me rends compte que je pleure qu'en sentant deux larmes chaudes rouler sur mes joues. C'est le signal de trop : Sighi se rend compte qu'il se trame quelque chose d'anormal. Elle me pose une question.
Le silence est insupportable. J'explose.

Je crache une tornade de sang, de morve et de salive. Ma toux est grasse. Incisive. J'ai l'impression qu'un tremblement de terre secoue l'énorme pièce. Secouée, je titube vers les piliers muraux, en quête d'appui. Je continue d’expectorer, un coin de mon cerveau notant à regret que je macule de gouttelettes sanglantes ma somptueuse robe blanche.
Une main sur le mur, je me stabilise. La toux ne perd pas en intensité, et mes poumons me font mal à chaque pulsation. De l'autre, je palpe fiévreusement ma ceinture, jusqu'à enfin toucher la bourse, contenant la précieuse poudre de Magnouvac. Je délace la petite pochette, fais mine de le porter au niveau du visage avant qu'elle ne glisse d'entre mes mains, à cause des tremblements dus à la toux (le geste gagne en crédibilité par le fait que je sois réellement secouée comme un prunier). Le contenu s'étale sur le sol.

Je continue ma toux sanglante, et mes poumons me font payer durement ma tactique pour quitter Sighi au plus vite. Je glisse lentement à genoux, affaiblie, toujours ballotée par la toux.
Akisha Drakilos, Voie du Noble Aristocrate
Profil: For 8 | End 8 | Hab 10 | Cha 11 | Int 9 | Ini 11 | Att 11 | Par 9 | Tir 9 | Foi | Mag | NA 1 | PV 55/55
Lien Fiche personnage: https://warforum-jdr.com/wiki-v2/doku.p ... a_drakilos
Compétences :
Alphabétisation (E)
Diplomatie (B)
Acuité Visuelle (B)
Vision Nocturne (E)
Navigation Maritime (A)
Langage Secret - Jargon des Marins (E)
Autorité (B)
Mort Silencieuse (B)
Déplacement Silencieux (B)
Survie en Milieu Hostile (B)
Canotage (B)

Équipement :
- Cimeterre de Corsaire (18+1d8 dégâts, 10 points de parade ; Rapide)
- Tunique Noire (2 de protection partout sauf à la tête)
- Chemise
- Bottes de capitaine
Image

Kehem, dit "Karond & Shoulders", traducteur du Karybde
Annexe de la Fée sur Karond Kar

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