[Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Les Principautés Frontalières ou les Royaumes Renégats, ont toujours été le théâtre d’innombrables batailles, guerres, conquêtes et défaites. La plupart des habitants des Principautés s’accommodent néanmoins de la situation, dans ces contrées où le moindre manant peut devenir roi en un jour pour connaître une mort ignoble le lendemain.

Les forêts des Principautés Frontalières regorgent de gobelins des forêts, d'elfes sylvains, etc. A proximité se trouve Barak-Varr, et les célèbres Pics Sanglants, remplis d'Orques.

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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

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Ils étaient trois, trois dans la pénombre et l'odeur de moisi et de pourriture tenace. Il n'y a pas à dire. Tous les lieux du monde sentent comme Sartosa lorsqu'on se retrouve au mauvais endroit.
En tournant dans un corridor de coupe-jarret, ils les virent, adossés à la pierre taillée il y a bien longtemps par des gens partis depuis des lustres. Les gardes. Patibulaires nervis qui ne saluèrent même pas les arrivants. Arriver avec des Notables, ça a du bon, moins de questions posées.
"La Gemellata. La ville jumelle. Celle d'en dessous. Du temps des Anciens elfes. Lorsque ce monde était jeune, il parait.
La Jumelle que l'on ne voulait pas voir. À la lueur morbide des lampes à huile, celles-là mêmes qui noircissaient la voute, s'étalait tout un monde en haillons. Celui des choses que l'on ne désirait pas dans la partie émergée de la pieuse Myrmidens. Tables de jeux, flambeurs en tout genre se pressaient sous la houlette des preneurs de paris. Ici, on assistait à des combats féroces entre roquets et rats. Là, un troquet proposait des consommations détaxées juste sous le nez de nos deux douaniers. Quelques badaudes faisaient de grands gestes pour prendre dans leurs filets les ivrognes aux bourses pleines. Cet endroit puait, et pas uniquement à cause de toutes les eaux sales que rejetait la vieille ville.

Mais les oreilles de la jeune amazone lui indiquèrent sans peine ce qui provoquait le plus d'agitation. Pas les rats, ni les soûlots. Pas même les vendeurs à la sauvette promettant les meilleures marchandises tombées du bateau. Non. C'était le pugilat.
"Crève-le !" "Vas-y relève-toi bon à rien !" "Dix pièces sur le noiraud !"
Deux hommes se faisaient face en contrebas, dans un niveau pour l'instant inaccessible du dédale d'égouts. En jouant du coude et des poings, parfois violemment, ils se frayèrent un chemin pour assister, sous les jets de mousse de bière et les postillons du public déchainé. La sueur était omniprésente, ils hurlaient à tout rompre. Deux hommes s'affrontaient. L'un, couturé de tatouages de docker, cheveux attachés en arrière, noirs, maigre et nerveux. L'autre au nez bulbeux, broyé par les combats, plus trapu. Rasé de près. Ils étaient dans un véritable ballet. De coups. L'un s'avançait, frappant comme la vipère, l'autre encaissait, parait. Romuald haussa les épaules. "Combat de galeux, allons voir la suite."
Sans même se déplacer, ils virent d'une autre fosse voler un malheureux tandis qu'un rugissement tonna au-dessus des hourras de la foule grisée. Le malheureux atterrit lourdement sur le rebord de l'arène dans un craquement sinistre. Et des hordes de qharis chantaient en chœur : "LA TEMPÊTE ROUGE ! La TEMPÊTE ROUGE !"
"Peut-être pas celui-ci."
Cinq arènes, des dizaines de parieurs. Quand l'un s'achevait, tous fusaient comme des poussins affamées face à celui qui distribuait le blé. C'était là toute la beauté de l'autre monde. Celui du dessous. Ils se tortillèrent jusqu'à l'une des nombreuses cahutes incrustées dans le bois. Gardée par deux autres molosses patibulaires. Un homme à la complexion sombre, le regard lourd, épais comme une table, vint ouvrir. "Rahim, voilà Léna, elle cherche à distraire la foule ce soir."
Avec un roulement des yeux, le costaud arabéen s'écarta pour laisser rentrer les trois arrivants dans le bureau. Des piles de papiers pour les côtes des combats tapissaient tout l'endroit. Il regarda Nola fixement. "Tu sais te battre ? Danser ? Mieux ?"
L'amazone le toisa un moment du regard tandis qu'il la jaugeait. L'atmosphère du lieu la troublait plus qu'elle ne voulait bien l'admettre et une angoisse sourde lui serrait la poitrine. Pourtant, elle en avait vu d'autre à bord de l'Aslevial et dans sa jungle. Elle avait elle-même participé à des duels à mort contre des Qharis pour honorer Rigg et Kalith. Pourtant ici, le manque d'humanité des hommes qui venaient de réjouir de voir leurs semblables s'écharper à coup de poings et de coude pour quelques pièces d'or lui retourner l'estomac. Dire que les hommes de l'ancien monde traitaient son peuple de sauvage...
Se ressaisissant, elle déclara avec un sourire confiant : « Donnez-moi un adversaire digne de ce nom et je m'occuperai du spectacle. »
Rahim sourit à pleines dents. "Alors, elle vient se battre. Bon. Si tu peux être prête dans une heure, j'ai un gars mal dégrossi des taudis qui vient aussi pour son second combat. Faites un jeu convaincant, le public sera déjà trop ivre pour se concentrer. Et vous aurez votre enveloppe."
L'amazone se risqua à demander :
« Et quel a été le résultat de son premier affrontement ? »
"Victoire par mise hors combat."

La pesée et l'inspection. Le cabinet du chirurgien de bord passait pour un véritable hôpital de Shallyah par rapport à la Gemellata. Des malabars se faisaient recoudre par des types tout aussi commodes. Une petite vieille rabougrie inspecta Nola sous toutes les coutures, dans l'intimité d'un rideau dressé :
"Pas de drogue, pas de rituels, pas de triche. Les gens ne veulent pas voir des tricheurs, sinon ils arrêtent de parier." En ressortant, des bandes aux mains, les grands costauds la dévisagèrent. Une borgne allait se jeter dans l'arène. Pour y accéder, un escalier de service et un tunnel. La seule lumière était celle qui surplombait la fosse. Celle où elle avait décidé de se battre. Pour quoi déjà ? Impressionner des corrompus. Sauver une sœur.
"Messires, messieurs, mes signori. Deuxième combat, après une sublime prestation la semaine dernière, cent soixante-cinq livres à la pesée, il nous vient tout droit de la minoterie de Myrmidens. Tatch le Meunier. Face à lui, une toute nouvelle participante, cent quarante-sept livres, une gueule d'elfe tombé du bateau. Lena, la Fleur du Pavé ! À vos jeux !"
La foule hurla, la bière tombait à gros bouillon dans leur arène, le sable boueux leur aspirait les pieds. En garde !
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

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Je sentais le sable sous mes pieds nus tandis que je m’avançais dans l’arène sous les acclamations de la foule, excitée de voir une jeune femme participer à ces combats illégaux qui les rendaient hystériques.
On m’avait fourni un pantalon de toile noire et un haut blanc sans manche qui m’arrivait au nombril, puis, on avait entouré mes mains de bandes de tissus depuis la base des doigts jusqu’au poignet.
Alors que j’arrivais proche du centre de la fosse, un homme de petite taille se porta à ma rencontre. Je compris qu’il devait s’agir de l’arbitre lorsqu’il me dit en haussant la voix pour couvrir les acclamations de la foule en délire : « Fais voir tes mains !! »
Je les lui tendis et il les examina attentivement, vérifiant que les bandages qui les entouraient étaient bien serrés et tâtant mes doigts pour vérifier que je n’avais pas dissimulé d’objets durs ou tranchants sous la fine couche de tissus. Quand cela fut fait, il poursuivit « Ouvre la bouche ! Tire la langue ! » et je m'exécutais afin qu’il puisse constater que je n’y dissimulait rien. Il sembla satisfait et après m’avoir mis une petite tape derrière la tête, il se détourna de moi.

En attendant que mon adversaire pénètre à son tour dans la fosse, je parcourus du regard les spectateurs qui se trouvaient en haut des murs de bois qui entouraient le puits circulaire servant d’arène de combat. Tout autour, les gens se pressaient, se bousculant et s’invectivant. Des pièces de monnaie passaient de main en main tandis que les hommes criaient dans ma direction, certains serrant le poing, d’autres mimant des gestes obscènes en se tenant la poitrine ou les bourses. Il régnait dans le souterrain une atmosphère moite et une odeur désagréable, mélange de sang, de sueur et de mauvaise bière flottait dans l’air.
Au grand mécontentement des badauds, je restais sans réaction face à leurs provocations, je n’avais pour cette foule venue chercher le spectacle du sang et de la douleur que du dégoût et du mépris. Combien d'entre eux oseraient pénétrer dans cette arène pour affronter un adversaire dont ils ne savaient rien ? Ils se sentaient fort depuis leur perchoir, mais j’étais sûr que la plupart d’entre eux auraient fondu en larmes avant d’avoir reçu le premier coup s’ils s’étaient trouvés à ma place.

Pour ma part, j’étais prête pour ce combat que je pressentais violent. La pression me serrait la poitrine et je sentais mon estomac se contracter alors que j’attendais de découvrir l’homme que j’allais affronter. Pourtant, je ne ressentais pas de peur et je savais qu’une fois le premier coup donné, je serai libérée de cette angoisse sourde qui précède souvent les batailles. Plus jeune, dans la jungle, j’avais été choisi par les anciennes de la tribu pour affronter dans un combat à mort un qhari fraîchement capturé afin d’honorer Rigg et sa fille Kalith. Cette situation n’était donc pas nouvelle pour moi, d’autant plus qu’ici, je ne risquais pas la mort, du moins je l’espérais.
Pourtant, sans que je ne puisse m’expliquer pourquoi, l’ambiance du lieu me donnait la nausée. Comment des humains pouvaient-ils en arriver à organiser des combats aussi brutaux opposant leurs semblables pour quelques pièces ? Comment en était-on arrivé à ce niveau d’adoration pour ce métal doré ? Cela me rendait malade. Tels des animaux, les spectateurs semblaient excités autant par le sang que par l'appât d’un gain facile.

Enfin, mon adversaire pénétra à son tour dans la fosse. Il était en effet plus grand que moi, et surtout bien plus épais, ses bras faisant la largeur de mes cuisses. Un crâne chauve et une face grossière où perçaient deux petits yeux porcins, un cou quasiment inexistant et un air idiot, il semblait le candidat parfait pour ce genre d’affrontement. Après les examens de l’arbitre, il leva un bras en direction de la foule et fit un tour sur lui-même, profitant des acclamations qui descendaient du haut de la fosse, se sentant sûrement fier de cette adoration pourtant totalement intéressée. Je compris alors pourquoi certains avaient semblé mécontents que je les ignore lors de mon entrée dans la fosse. Ces duels étaient perçus comme un spectacle par les parieurs, et ils attendaient des combattants un minimum d’entrain et de reconnaissance.

Après avoir longuement profité des encouragements du public, l’homme répondant au joli nom de Tatch le Meunier porta enfin son attention sur moi et un sourire niais traversa sa face d’idiot. Je savais qu’il devait se dire qu’il ne risquait rien en affrontant une femme, et cela fit monter la rage en moi. Autour de nous, les cris de la foule ne formaient plus qu’un bourdonnement inaudible et leurs gestes m’apparaissaient flous en périphérie de mon champ de vision, toute mon attention étant focalisée sur ce sourire que je voulais faire disparaître. Une fine pellicule de sueur due à l'adrénaline couvrait mon corps, mes muscles étaient gainés malgré une décontraction feinte et mon regard était plongé dans le vide abyssal des yeux de mon adversaire.

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Je roulais une dernière fois des épaules pendant que je m’avançais vers lui, puis me campais fermement dans le sable, un pied légèrement en avant par rapport à l’autre, les deux mains à la hauteur de mes épaules, prêtes à frapper. L’arbitre annonça le début de l’affrontement et à ce moment, je perdis toute perception du temps et de ce qui nous entourait. Tatch s’avança vers moi et j’acceptais cette proximité, son allonge étant plus importante que la mienne, je n’avais aucun intérêt de le maintenir à distance. Nous tournions en rond, nous jaugeant l’un et l’autre puis soudain, je passais à l’attaque. Feintant de frapper du gauche, je décrochais un coup de pied de ma jambe droite en direction de ses côtes. Il le bloqua avec son bras avant de m’envoyer un direct vers le visage que j’esquivais de justesse, puis d’enchaîner d’un crochet du droit qui m’aurait sûrement arraché le nez si je n’avais pas reculé ma tête au dernier moment.

Après ce premier échange, nous reprîmes notre ronde, toujours face à face pendant quelques secondes. J’étais convaincu d’avoir plus d’endurance que lui et je savais que plus le combat durerait longtemps, plus j’aurais de chance de l’emporter. D’un coup, avec une vivacité que je ne lui soupçonnais pas, la brute envoya un nouveau crochet du gauche. Je parais en mettant ma main en opposition, mais, avec la puissance de son coup, je ne parvins qu’à ralentir son poing qui heurta ma mâchoire violemment. Je reculais, bousculée par ce premier impact quand un nouveau coup arriva de la droite sans que je ne puisse l’arrêter et me cogna sur le côté de la tête avec une force impressionnante. J’eus presque l’impression de sentir mes molaires se déchausser sous la puissance de l’impact tandis que ma tête se désaxait de manière inquiétante de mes épaules.

Heureusement, j’étais habituée à encaisser des coups, et alors qu’il pensait pouvoir continuer à enchaîner ses attaques, je me baissais pour éviter le nouveau coup venant de la gauche, puis profitais de son élan pour passer sous sa garde. Je me relevais pour envoyer un énorme uppercut dans le menton de Tatch, utilisant toute la puissance de mon bras et l’élan de mes jambes pour faire le plus de dégâts possible. La tête de l’homme partit en arrière avec un drôle de craquement tandis qu’un bout de dent volait en éclats.
Il recula de quelques pas en chancelant et je me jetais sur lui, saisissant sa taille, je réussis à le faire basculer pour l’amener au sol. Assise à califourchon sur lui, je lui envoyais deux coups au visage avant de lui donner un coup de genou dans les flancs. Je pensais avoir le dessus, mais au prix d’un énorme effort, il réussit à nous faire basculer, essayant de me bloquer sous lui et je ne dus qu’à ma vivacité et à la sueur rendant ma peau glissante de réussir à échapper à sa prise. Roulant sur moi-même dans le sable, je me relevais et lui envoyais un nouveau coup de pied qu’il bloqua de justesse avec ses deux bras tout en se relevant péniblement.

De nouveau, nous nous faisions face, comme si le combat n’avait même pas commencé, à ceci près que nous étions maintenant essoufflés, nos poitrines se soulevant à un rythme effréné. Du sang coulait sur ma tempe, là ou son deuxième coup m’avait atteint alors que lui saignait abondamment du nez. Il semblait bien plus épuisé que moi, pourtant, c’est lui qui reprit l’initiative. Jetant toute son énergie dans la bataille, il me lança un enchaînement de coups que je tentais de parer ou d’esquiver. Trois d'entre eux m’atteignirent néanmoins, deux au visage et un à l’épaule. J’avais l’impression d’entendre mes os craquer à chacun des coups de marteau que ses poings énormes m’infligeaient, pourtant, encore une fois, je restais debout, encaissant la douleur en silence. Je ripostais par un coup de genou puissant dans le gras de son ventre, avant de me dégager d’un coup de poing dans sa tête et de prendre quelques pas de recul. Je tournais en rond dans la cage, le dos collé à la paroi en bois tandis que Tatch le meunier me suivait, cherchant à maintenir la pression sur moi.

Comme il s’approchait un peu trop près, je lui envoyais un coup direct dans la face qui à mon grand étonnement fit mouche. Je voulus profiter de mon avantage et envoyais un second coup direct qu’il repoussa d’un bras. Comme il semblait se concentrer sur le haut de mon corps, je pris mon élan pour lui asséner un puissant coup de pied dans la tête, mais alors que ma jambe se levait en direction de son visage, il me prit au dépourvu à son tour par un coup de poing qui m'atteint en plein visage, dans ma pommette gauche. Il avait sans doute mis toute la puissance dont il était capable dans ce coup et la violence de l’impact m’envoya rouler au sol avant que mon pied ne le touche.

Il m’envoya ensuite un violent coup de pied dans le flanc tandis que je roulais au sol. Puis, alors que je me tenais à quatre pattes, cherchant à reprendre mon souffle pour me remettre sur pied, il frappa encore du pied sous mon ventre avec une telle force que je décollais du sol de quelques centimètres avant de retomber sur le côté. Sous l’impact, le peu d’air qu’il me restait quitta violemment mes poumons et je me retrouvais gisant dans la poussière, le souffle court. Je savais que si je ne me relevais pas tout de suite pour mettre un peu de distance avec mon adversaire le temps de reprendre mon souffle, j’étais perdue. Malheureusement, je n’eus pas le temps de me ressaisir que l’homme m’attrapa par les cheveux pour me relever et m’envoyer et coup de genou dans le ventre qui me plia en deux. Alors qu’il tirait à nouveau sur ma crinière noire pour me redresser, je relevais la tête d’un coup sec et lui envoyais l’arrière de mon crâne dans la bouche, sentant ses dents crisser les unes sur les autres. Pour la première fois, il poussa un cri de douleur alors que sa prise sur mes cheveux se relâchait.

Le temps qu’il se ressaisisse, je lui donnais un nouveau coup de poing au visage, mais ensuite, il déclencha de nouveau l’enfer. Une pluie de coups s'abattait sur moi avec une fureur et une violence incroyable. J’en bloquais certains avec mes bras et mes mains et je parvenais même à en esquiver d’autres, mais inexorablement, certains faisaient mouche. Petit à petit, mes esquives devenaient moins vives et mes parades trop molles. Il frappait sans cesse sur les côtés de ma tête et je commençais à entendre des bourdonnements sourds tandis que ma vue se floutait. J’aurais pu me laisser tomber au sol et abandonner, mais comment une fille de Kalith pouvait-elle accepter la défaite face à un combattant aussi grossier et peu dégourdie, ne jouant que de son avantage de poids et de taille. Il m’était tout bonnement impossible de perdre face à cet homme et je refusais de me laisser soumettre.
Alors que je commençais à ne même plus réussir à bloquer les coups, je fis quelque chose qui le surprit. Abandonnant toute tentative de défense, j’écartais les bras, laissant sa nouvelle attaque venir à moi sans résistance et, alors que son coup me frappait au menton, je l’atteignais en même temps de mes deux poings sur ses tempes, par deux crochets larges et simultanés. Ses yeux se révulsèrent et il s’effondra au sol, inerte tandis que je restais debout devant lui. L’espace de quelques secondes, mon audition me revint et j’entendis la foule en délire hurler à s’en casser la voix. Bêtement, je voulus lever un bras pour fêter ma victoire, mais je perdis l’équilibre. J’enjambais maladroitement Tatch, puis titubais à deux reprises sur le côtés avant que mon épaule ne rencontre la paroi de la fosse. Cela me permit de me redresser et de me retourner. Je levais les yeux vers le public, mais un voile noir couvrait ma vue et à nouveau, les cris venant des gradins me paraissait lointain. Ensuite, ce fut le noir complet et le silence, reposant.

Quand je revins à moi, j’étais allongée sur un banc de bois grossier dans une pièce aux murs de pierres nus, éclairée par des torches. Je me sentais encore nauséeuse et j’avais l’impression qu’un troupeau de chevaux était passé sur mon corps. Chaque partie de moi me faisait mal et je n’osais pas bouger de peur d’aggraver la douleur. Je parcourus la petite pièce du regard et constatais qu’un autre homme se tenait là également. Assis par terre contre le mur, il me regarda en souriant :
« Elle se réveille enfin. Sacré combat, j’aurais pas misé une pièce que tu enverrais Tatch goûter la poussière. » Comme je ne répondais pas, il se leva et avança dans ma direction. Il était grand et semblait assez jeune. Son torse nu dévoilait une musculature impressionnante ainsi que d’étranges tatouages. Il me tendit une outre de vin « Bois un coup, ça va te remettre sur pied. » Au sang qui coulait encore d’une plaie sous son œil gauche, je compris qu’il devait lui aussi faire partie des combattants de la fosse et après l’avoir observé à la dérobée, j’estimais qu’il serait certainement un adversaire plus coriace que celui qui m’avait pourtant mise en pièces.
- « Alors… Léna c’est ça ? Qu’est-ce qui t’as poussé à venir te plonger dans ce lieu que toute forme d’humanité semble avoir abandonné ? »
- « La même chose que toi j’imagine » dis-je après avoir craché un peu de sang sur le sol.
Mon regard se posa sur mes mains encore couvertes par les bandes de tissus et je vis que le sang les avait imprégnées. Était-ce le sang de Tatch le Meunier ou venait-il de mes mains ? Les deux sans doute. Je voulus me relever, mais un vertige me saisit et me fit me rasseoir aussitôt.
- « Oh doucement ma belle, après un tel combat, faut laisser le temps à la cervelle de retrouver sa place la dedans » dit-il en pointant sa propre tête de l’index « rien ne presse, tu vas pas retourner dans l’arène de si tôt quand même ?! » acheva-t-il en rigolant.
- « Je dois aller… récupérer mes gages » répondis-je, me tenant la tête à deux mains.
- « Ouais bah à ta place, je prendrai le temps de respirer un peu quand même, parce que le Tatch, il t’a pas raté non plus. »
Je pris donc mon mal en patience, attendant assise sur mon banc et les bras sur les genoux que la terre cesse enfin de tourner autour de moi et que je me remette un minimum de mes émotions.

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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Rahim, Schloesing et Horstadt arrivèrent une dizaine de minutes plus tard. L'Arabéen resta silencieux, les bras croisés, les cordons d'une bourse dépassant de son énorme poing. Le jeune douanier était tout excité, il devait être un grand amateur de ces forfaits nocturnes. L'ainé, sur un ton enjoué mais plus calme lança : "Excellent. Excellent. La foule scandait vos noms. Thatch, Léna. Thatch, Léna. Et pour faire impression, vous en avez fait une bonne. Vous avez de l'avenir dans la profession."

Non sans un rictus douloureux, l'amazone se redressa à l'entrée des trois hommes. Toujours couverte d'un mélange de sang, de sueur et de poussière, elle avait pourtant l'air plus dangereuse que jamais, ainsi blessée. Sans montrer d'intérêt à la déclaration du maitre de la douane, elle se contenta de dire froidement "Pour le moment, le seul avenir auquel j'aspire contient un bon bain et un lit assez confortable pour que je ne ressente pas mes blessures." Puis se retournant vers l'Arabéen, elle ajouta ⁣: "Je vous laisse donner ma part à ces messieurs, comme nous l'avions convenu". Enfin, s'approchant de Schloesing, elle murmura à son oreille "j'enverrai un gamin roux récupérer ce dont nous avons parlé demain matin à la première heure" et elle se détourna des trois hommes, effleurant la joue du jeune douanier du bout de ses doigts en passant à côté de lui, le laissant plus confus que jamais.
Jet d'orientation : 7, réussite... De peu.
Plus cabossé et pas plus riche, la jeune femme, à peine débarbouillée, toujours rompue, s'en alla en quête... D'interlocuteurs. L'agitation était moindre, la nuit avait progressé. Les plus raisonnables étaient déjà rentré pour se reposer avant une énième journée de labeur. Les autres somnolaient, cuvant leur vinasse, ou bien lorgnaient méthodiquement les passants. Elle repéra une sorte de troquet. Occupant l'intégralité d'un boyau, la façade était ronde comme le tunnel. Ici, elle trouverait bien ce qu'elle cherchait, quoi que c'était. Après un temps, des loufiats, jeunes, goguenards, tatoués, firent irruption au comptoir, tout près d'elle. "Elle boit un verre la grande gagnante de c'soir ?"
ImageImage Nos charmants bonhommes.
Elle leva un sourcil interrogateur face à cette approche des plus directes, puis, reposa le verre de bière qu'elle était en train de boire et se retourna pour faire face aux nouveaux venus. Les reins contre le comptoir, elle promena son regard sur les hommes à l'allure peu engageante qui se tenaient devant elle. Une jeune femme se leva d'une table située non loin pour venir aguicher l'un des hommes, flairant sans doute une proie plus facile que celle sur laquelle elle s'échinait depuis un moment. D'un large geste du bras, Nola désigna les places libres sur le comptoir à côté d'elle avant de taper dessus pour attirer l'attention du tavernier. Contentes de la proposition, les canailles s'installèrent, sans réellement réussir à détourner les yeux du ventre nu de l'amazone, laissant voir des abdominaux saillants, de son bras aux étranges tatouages et de sa cicatrice au travers de l'œil. Un mélange de craintes et d'admiration semblait les traverser quand ils s'assirent, gonflant plus que jamais leurs torses et faisant rouler leurs épaules. L'un d'entre eux retroussa même ses manches pour laisser voir d'impressionnantes cicatrices sur ses avants bras.
Le plus âgé de la petite troupe fit signe au tavernier à son tour. Il posa deux godets. Une liqueur d'herbes à l'odeur aigre versée plus tard, le truand fit un geste de courtoisie. "T'as pas l'air de venir du pavé contrairement à ce qu'ils disaient tout à l'heure. Tu cherches quoi alors pour te perdre dans cette ville ?"
Elle saisit le verre par le dessus du bout de doigts et le frappa sans ménagement contre celui de son interlocuteur avant de le porter à ses lèvres et de le boire d'un trait.
"Disons que je suis venu ici pour régler quelques affaires... compliquées." dit-elle d'un ton neutre.
"Tu viens de loin ?" insista l'homme.
"Non." répondit-elle simplement.
Autour du petit groupe qu'ils formaient, d'autres badauds s'étaient approchés, mais ils n'osaient visiblement pas venir déranger la petite bande qui avait entouré la fille de la jungle.
"Heureusement. Ce serait dommage de faire tant de trajet pour finir ici."
"Et vous ?" relança-t-elle en relevant ses longs cheveux bouclés avec son avant-bras pour les rejeter en arrière.
"On vient de loin. On est arrivé ici faute de mieux. Par chance, la ville paye bien. Même quand l'on n'est pas citoyen."
"Et de quoi vit-on, quand on n'est pas citoyen, et que l'on vient trainer dans ce genre d'endroit malfamé ?" demanda-t-elle avec un sourire complice.
"De paris sur les combats, et de petits métiers."
Elle allongea le bras pour attraper le verre que l’un des hommes tenait à la main et le lui pris. Elle prit une grande gorgée avant de s’essuyer le bouche de son bras nu. Puis, reportant son regard sur celui qui semblait être le chef, elle demanda : « Et je vous ai rapporté gros ce soir ? »
"De quoi t'offrir des verres." Il ricana. "Mais si t'es prêtes à descendre dans la boue de l'arène, tu dois être ouverte à d'autres offres, non ?"
« Tout dépend de l’offre. Je n’ai que peu de temps devant moi. »
"On doit... Sermonner des débiteurs demain. Si t'es intéressée, viens nous trouver dès que le soleil commence à tomber à l'entrepôt des négociants en vin. "
Elle hésita, prenant quelques instants pour peser le pour et le contre, puis, approchant son visage à quelques centimètres de celui de l’homme qui lui faisait face, elle dit dans un souffle « Pourquoi ne pas voir plus grand ? J’aurais sûrement du travail pour des hommes qui n’ont pas peur de se salir les mains. »
Il sourit avant de passer sa main sur l'épaule de Nola. "T-t-t-t. Si tu veux négocier un travail, réalise d'abord celui-là. On est sérieux, montre que tu l'es aussi."
« Dans ce cas… nous verrons demain ce que l’on peut faire. » dit-elle avant de lui lécher lentement le lobe de l’oreille du bout de sa langue. Puis, elle se redressa et s’adossa négligemment contre le comptoir, ses deux bras reposant sur le plateau de bois usé par le temps. « Qui prend la prochaine tournée ? » demanda-t-elle à l’assemblée.
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Ma question sembla susciter l’intérêt général et rapidement, nos chopes furent de nouveau remplies et la conversation dériva sur des sujets moins sérieux. À mesure que la nuit avançait, de plus en plus de monde se tassait à l’intérieur de la taverne dans une atmosphère étouffante, dominée par une forte odeur de mauvais alcool et de sueur.

Il semblait que le lieu était le point de convergence de tout ce que la ville souterraine comptait de truands, de catins débraillés et de jeunes hommes de bonne famille en quête de sensations. Très vite, on ne s’entendit plus parler au milieu des chants de marins, des bagarres et des bousculades et il fallait hausser la voix pour commander à boire et couvrir les cris des hommes qui s'interpellaient et s'invectivaient à travers la grande pièce.

On était tellement à l'étroit au milieu de cette foule bigarrée que la fumée s’échappant de la cheminée et des divers pipes et autres cigares peinait à se dissiper, restant coincée sous la charpente en forme de coque de bateau retournée et ne parvenait à s’échapper que lorsqu’un nouveau venu franchissait la porte ou que l’un de fêtard ressentait le besoin de sortir se soulager.

À force de bousculades et de danses ridicules, le sol de pierre était humide, trempé par de la bière de qualité médiocre. Dans les coins de la vaste pièce, certains soûlards gisaient à même le sol, étendu dans leur vomi, un verre à moitié plein à la main. Des filles en tenue plus que légère ne se gênaient pas pour leur faire les poches, se contentant du maigre butin qu’elles pouvaient y trouver. De temps à autre, quelques hommes plus solidement bâtis que la moyenne fendaient la foule pour venir passer à tabac un client récalcitrant avant de le jeter dehors. À d’autres moments, ils laissaient les bagarres se régler d’elles-mêmes sans que je ne parvienne à comprendre comment ils déterminaient s’ils devaient agir ou non.

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Les hommes les plus chanceux, ou bien les plus riches, profitaient des filles les plus mignonnes dans des petites chambres à l’étage, pour les autres en revanche, il fallait faire son office contre un mur de la salle ou à l’extérieur, au milieu d’autre fêtard avinée qui attendaient leur tour avec l’écume aux lèvres.
Ma raison me dictait de quitter ce lieu et de rentrer me reposer, mais j’avais pourtant envie de profiter de la nuit et je me laissais donc porter par cette foule bruyante, odorante et tapageuse, comme si, inconsciemment, je sentais que je n’aurais plus l’occasion de faire la fête avant un long moment.

Au fil des conversations, j’appris que le chef de la petite bande qui m’avait abordée au début de la soirée se nommait Lars, c’est lui qui dirigeait ce petit groupe de malfrat et qui avait le plus d’expérience des règles pour survivre à Myrmidens. Ils semblaient tous être d’anciens marins venus de terres plus au nord des frontalières et avaient développé leurs petites activités dans les quartiers entourant les docks. Plus il buvait, plus l’homme se montrait entreprenant, laissant volontiers sa main sur ma cuisse, se collant à moi quand il le pouvait, mais il semblait avoir assez d’instinct de survie pour ne pas aller plus loin sans y avoir été invité.
Pourtant, lorsqu’à un moment de la soirée, je me levais et m'éloignais de lui pour rejoindre un visage familier, il eut un geste comme pour me rattraper avant de se raviser et de me laisser filer avec une mine contrariée.

Je fendis la foule en direction d’un homme à la carrure impressionnante qui me tournait le dos, assis à une table avec d'autres truands au visage marqué, occupé à trinquer avec eux. Celui qui me faisait face me reconnut lorsque je m’approchais et il écarquilla les yeux de surprise tandis que je donnais une grande tape dans l’épaule Tatch le Meunier. Ce dernier se retourna brusquement, l’air menaçant et l'œil rendu brillant par l’alcool. Pourtant, quant à son tour, il me reconnut, un large sourire édenté traversa son visage. Il bouscula son compagnon à sa gauche pour me faire une place et d’un geste m’invita à m'asseoir. Du coin de l'œil, j'aperçus Lars qui m’avait suivi, mais semblait se résoudre à battre en retraite à la vue de mes nouveaux compagnons de boisson.
Déposant brusquement une nouvelle pinte sous mon nez, Tatch me dit d’une voix plus douce que je ne l’aurais imaginé :
- « Léna la fleur des pavés ! Alors toi t’es une vraie dure, j’avais rarement cogné quelqu’un aussi longtemps sans qu’il continue à encaisser. »
- « Tu t’es pas trop mal débrouillé non plus, même si je t’ai ménagé » dis-je en réponse, déclenchant des rires et des acclamations autour de la table.
Beau joueur, le Meunier accepta la boutade sans s’en formaliser et nous continuâmes de boire comme si notre soif ne devait jamais s’étancher. À un moment, une femme d’âge moyen qui était assis sur les genoux de mon voisin de gauche me fit passer une sorte de grande pipe de bois allongé, dont une fumée légèrement verdâtre s’échappait au bout. Je tirais quelques bouffées avant de sentir rapidement mon esprit flotter de manière agréable. J’avais toujours conscience de mon environnement, mais les sons me parvenaient un peu déformés et certaines couleurs me paraissaient plus vives qu’à l’ordinaire. Entre deux gorgées d’alcool, je demandais à Tatch :
- « Ça fait longtemps que tu joues la bête de foire pour divertir une foule de couards trop lâches pour descendre à ta place ? »
- « Boarf » dit-il en haussant les épaules « pas vraiment, personne ne dure jamais longtemps dans ce milieu. Moi ça doit faire quoi.. quelques mois maximum, je sais plus. »
- « Qui contrôle ce lieu ? »
- « Personne ne le sait vraiment. On va dire que Rahim et ses amis contrôlent et organisent les combats, mais à c’qu’on dit, les ficelles sont tirées par des gars d’la haute, enfin, tant qu’ça nous paye, on s’en fou. »

Plus tard dans la soirée, j’aperçus le beau combattant à la musculature si flatteuse qui s’était trouvé dans la même cellule que moi à mon réveil quelques heures plus tôt. Confortablement installé sur un banc, il était flanqué de deux jeunes filles plutôt jolies qui ne cessaient d’embrasser ses joues et son cou. L’une blonde et l’autre brune, elles ne devaient pas être beaucoup plus âgées que moi, mais ne semblaient pas manquer d’expérience. Sans que je ne m’explique pourquoi, une petite pointe de jalousie vint me saisir lorsque je le vis embrasser la blonde à ses côtés. Puis, comme son attention se portait vers ma table et que nos regards se croisaient, je tournais le visage en direction de la femme à ma gauche, celle qui semblait s’occuper des herbes à fumer. Tandis qu’elle aspirait une grande bouffée à sa pipe, j’approchais mes lèvres des siennes, jusqu'à les effleurer, puis, je les entrouvrais pour la laisser expirer dans ma bouche. Ensuite, en prenant bien garde à ne pas laisser la fumée s’échapper, je me tournais vers un Tatch médusé et je plaquais ma bouche sur la sienne, tenant fermement son menton du bout de mes doigts, laissant les volutes verdâtres s’échapper de mes lèvres tout en braquant mon regard par-dessus son épaule, directement dans celui du bel inconnu.

Bien que surpris, Tatch ne se fit néanmoins pas prier et tandis que je finissais de déverser les vapeurs aux odeurs de plantes dans sa bouche, il expirait par son nez encore gonflé suite à notre combat. Un sourire béat sur les lèvres, il leva son verre et déclara « Si tous mes adversaires pouvaient être comme ça, je me battrais jusqu’à ma mort ! » et à nouveau, les chopes se levèrent pour saluer cette déclaration.
Au fil du temps, je perdis le compte du nombre de verres que j’avais bu et de combien de fois j’avais aspiré de la fumée. À un moment, un homme renversa le contenu de sa chope sur moi, déclenchant des protestations véhémentes de mes compagnons, mais vu mon état, je ne m’en formalisais même pas. Je recroisais Lars et ses hommes à deux reprises, mais avec l’alcool, nos échanges devenaient incohérents et je préférais regagner ma place à la table de Tatch, là où je pouvais m’asseoir sans être sans cesse bousculée par quelqu’un et étendre mes jambes sur la table. Une jeune rouquine passait de table en table avec pour défi d’embrasser tous les convives et je jouais le jeu lorsque mon tour arriva, déclenchant une nouvelle vague de hourra. Toujours à ma gauche, Aïla fit rire l’assemblé en secouant sa forte poitrine, faisant tomber quelques pièces au grand déplaisir de son cavalier du soir. Tatch finit par nous abandonner, s’éloignant au bras d’une femme rondelette qui devait faire la moitié de sa taille mais sa place fut vite reprise par un nouveau venu qui entreprit de raconter à grand renfort de gestes et comment il venait de chevaucher une superbe femme, d’après ses dires, avant que quelqu’un ne le rembarre en lui disant qu’il avait dû payer bien cher pour qu’une catin accepte d’écarter les cuisses pour une tête d’enclume pareille.

À force d’être présentée sans cesse à de nouvelles personnes, toutes désirants me féliciter pour mon combat dans la fosse, je finissais par mélanger les noms et, l’alcool n’aidant pas, la suite de la soirée devint rapidement un enchaînement de visage flous et indistincts sur lesquels je ne parvenais pas à remettre de nom. L’esprit complètement embrumé par la fumée et la boisson, je faillis ne pas voir le combattant tatoué se lever et traverser la pièce au bras de la jeune blonde. Je ne dus de les apercevoir à tant qu’à leur amie brune qui, se voyant laisser en plan, s’invita à notre table en quête d’un autre poisson à ferrer. Me dégageant de l'étreinte de l’homme contre lequel je m’étais adossée et qui me caressait le bas du dos, je me levais tant bien que mal en titubant et me dirigeais vers la nouvelle venue.
- « Où sont-ils allés ? » demandais-je sans préambule.
- La jeune fille leva haussa les épaules avant de dire, une moue boudeuse sur le visage « Sûrement dans une chambre là-haut. Qu’est-ce que j’en sais moi ?! »

Je jetais un coup d'œil vers le sombre et étroit escalier de pierre qui disparaissait dans un mur de l’autre côté de la grande salle. Puis, après une dernière inspiration, je me lançais dans la traversée de la foule dense qui me bloquait l’accès. Je dus jouer des coudes et des épaules pour me faufiler, mais mon principal ennemi était mon état d’ébriété qui me faisait tituber et m’empêchait de progresser de manière rectiligne. À un moment, deux des hommes de Lars, des jumeaux à ce qu’il me semblait, me passèrent chacun un bras autour des épaules pour m'entraîner dans une danse rythmée au centre de la pièce et j’eus les plus grandes peines du monde à leur fausser compagnie.

Finalement, après un long effort, j’arrivais enfin au pied de l’escalier. Lorsque j’en gravis les marches, les sons de musiques, de chants et le brouhaha environnant s’atténuèrent grandement, à ma surprise. À l’étage, l’ambiance était plus feutrée, plus calme et ici les bruits que l’on entendait étaient plutôt des cris de plaisir et des râles rauques. Il n’y avait pas vraiment de chambre, mais plutôt des lits défoncés et des tas de paille et de tissus en désordre à même le sol, séparés par des tentures épaisses et colorées. Je passais donc de pièce en pièce, découvrant ici un homme avec trois femmes, plus loin deux hommes avec une femme, ou bien encore deux binômes de sexe opposé emmêlaient dans une position complexe à faire pâlir un contorsionniste, mais nul trace de ma proie du soir.

Pourtant, nul n’échappe à la traque d’une amazone, surtout lorsque celle-ci a un besoin à assouvir. Au bout d’un moment d’exploration qui me parût durer bien trop longtemps, je poussais un énième drap accroché à une poutre du plafond et découvrais enfin celui que je cherchais et son amante du soir. Nu, l’un contre l’autre, ils s’enlaçaient et s’embrassaient langoureusement et il leur fallut quelques instants pour s’apercevoir de ma présence. La jeune fille poussa un cri d’effroi, mais l’homme lui, sourit sans ciller. Portant le pichet de vin que je tenais à la main à mes lèvres, je bus une dernière gorgée puis, le posant au sol, je m'avançais vers eux, m’agenouillant puis finissant le dernier mètre à quatre pattes, tel un félin.

Alors que j’avançais mon visage vers celui de l’homme, je tournais au dernier moment la tête vers la jolie blonde et l’embrassais. Surprise dans un premier temps, elle ne réagit pas, puis je senti ses lèvres s’entrouvrir et ma langue frotter contre ses dents. Avec un soupir de plaisir, je promenais mes mains sur sa peau douce, ignorant notre amant désormais commun jusqu’à ce que celui-ci m’attrape par-derrière afin de m’ôter mes vêtements, puis ne m’allonge sans douceur sur le dos. Le reste de la nuit se perdit dans ces caresses, ces baisers et la vigueur de l’homme que nous partagions à tour de rôle, sans cesser de nous embrasser en même temps. Elle, lui et moi, unis par un désir commun qui nous consumait et nous brûlait la peau. Un moment de jouissance extrême comme rarement je n’en avais ressenti auparavant, jusqu’à ce qu’à bout de force et de souffle, nous ne nous laissions tomber dans un profond sommeil sans rêve.

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Un léger courant d’air, bref mais régulier, qui me caressait le pied droit me tira de mon sommeil quelques heures plus tard. Alors que je peinais à reprendre mes esprits, refusant d’ouvrir les yeux et essayant en vain de me rendormir, je finis par m’agacer de ce souffle frais sur ma peau. Me redressant, je me rendis compte qu’il s’agissait en fait de la respiration de Lesin, mon amant de la veille. Il dormait sur le dos, perpendiculairement à moi et mon pied nu se trouvait posé en travers de son visage. En regardant autour de moi, je vis que ce qui me servait d’oreiller était le bas du ventre de Liv, le troisième membre de notre trio amoureux. Je me tenais entre ses jambes, et sa main tomba de mes cheveux lorsque je m’agitais. Avec la souplesse d’un chat, je roulais silencieusement sur le côté, avant que les excès de la nuit précédente ne se rappellent à moi par une violente nausée. Je me redressais tant bien que mal et commençais à chercher mes affaires. Liv ouvrit les yeux et caressa ma cheville du bout de ses doigts :
- « Tu t'en vas ? » murmura-t-elle.
- « J’ai beaucoup de chose à faire aujourd’hui » répondis-je simplement en la regardant. Elle était bien trop belle et trop innocente pour un tel lieu me dis-je avec un pincement au cœur.
- « Je te reverrai ? »
- « Je l’espère » conclus-je en enfilant mon pantalon. Ensuite, sans me retourner, je me dirigeais vers l’escalier que je descendis de manière plus ou moins acrobatique avant d'atterrir dans la salle commune. On aurait dit un champ de bataille, des corps d’hommes et de femmes gisaient dans tous les coins, certains ronflant, d’autre se retournant en bougonnant à mon passage et certains tenant encore un chope à demi-vide dans leurs mains.

J’enjambais tant bien que mal tous les obstacles et en passant devant le comptoir, je décidais de regarder de l’autre côté pour voir si je ne trouvais pas quelque chose de solide pour me remplir l’estomac. Après quelques instants, je mis la main sur un généreux morceau de saucisson et un reste de pain sec. Contente de mes trouvailles, je quittais les lieux et me dirigeais vers la sortie des égouts. J’émergeais à l’air libre alors que les premières lueurs du jour commençaient à éclairer péniblement le port. J’aspirais à plusieurs reprises de longues goulées d’air frais du large. La douceur du vent et la nourriture me firent un bien fou et je me sentais un poil mieux tandis que je me dirigeais vers la boutique d’Alessandra. Tandis que je remontais une rue large dans laquelle les premières échoppes commençaient à ouvrir, je repensais à une phrase que le vieux Gindast m’avait dite un jour « Je crois que la piraterie, c’est un peu comme une nuit de beuverie. Si tu veux rester jusqu’à la fin, tu en paies le prix le lendemain. »

Les rues étaient encore presque désertes à cette heure matinale et je progressais rapidement vers le magasin de la gantière. Contrairement à la veille, je pris le temps d’observer les bâtiments alentour et de découvrir un peu plus cette cité dont j’entendais parler depuis de longues semaines maintenant. Ce qui me marquait le plus était les différences de développement et de richesses entre deux quartiers parfois collés. Des taudis tenant tant bien que mal debout venaient s’adosser aux fondations solides de certaines bâtisses luxueuses et joliment décorées. Au loin, je devinais la vieille ville avec ses structures anciennes et inaccessibles pour le petit peuple. Les quartiers les plus agréables étaient ceux des artisans ou d’ailleurs, tous les étages de la société myrmidienne semblaient se mélanger sans trop de grabuge, sous l'œil vigilant des gardes de la ville. Parfois, au détour d’une maison à demi-écroulée, on trouvait un temple flambant neuf qui trônait au milieu d’un quartier pauvre, comme un énième pied de nez à ces habitants que le destin n’avait pas gâtés.

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Perdu dans mes pensées, je refis donc machinalement tout le chemin jusqu’à la boutique d’Alessandra et, arrivée devant la porte, j’entrais sans bruit. À l’intérieur, tout était encore calme mais une petite marmite en fonte accrochée au-dessus du feu de la cheminée m’indiqua que la propriétaire des lieux devait déjà être levée. À pas de loup, je traversais le magasin en direction du petit appentis que nous avait alloué la gantière et découvris Kidd, dormant à poings fermés sur un matelas défoncé, mon grand manteau de voyage en cuir étendu sur lui en guise de couverture. Taquine, je lui mis un petit coup de pied dans le flanc pour le réveiller. Il bougonna dans son sommeil avant de se tourner, me présentant son dos.
- « Kidd, lèves-toi, j’ai une mission pour toi » murmurais-je doucement.
- Il renifla à deux reprise avant de dire sans se retourner « Tu pues ! »
- Un nouveau coup de pied dans le dos, plus fort cette fois « J’ai fait en sorte d’avoir des informations de première main, mais j’ai besoin que tu ailles les récupérer maintenant ! »
- Se retournant il allait à nouveau se plaindre quand il vit mon visage. Ses yeux s’écarquillerent il se redressa d’un bon « Putain Nola, qu’est-ce qui t’es arrivée ? Qui t’as … »
- « Chuuuuuut » le coupais-je en posant un doigt sur ses lèvres « La nuit a été rude, mais je crois que ça en valait le coup. Je te raconterai, maintenant debout, laisses moi ta place, j’ai besoin de toi et de me reposer. »
- « Tu ferais mieux de te laver d’abord. Je sais pas ce qui empeste le plus entre ton haleine et… toi. »

Je souris à cette dernière remarque, et, jugeant qu’il avait raison, j’entrepris de me laver à l’eau froide dans le baquet à disposition dans la petite pièce de service. Je passais de très longues minutes à me débarrasser du sang, de la sueur et de la poussière incrustée dans ma peau, frottant derrière mes oreilles, entre mes orteils et rinçant mes cheveux à trois reprises. L’eau froide finit de m'éclaircir les idées et c’est une Nola parfaitement propre et la tête remise à l’endroit qui retrouva Kidd dans la pièce principale. Le gamin avait fini de se préparer et m’attendais assis contre le rebord de la fenêtre, regardant l’activité dans la rue en mâchouillant un morceau de gâteau. En quelques phrases, je lui racontais ma soirée de la veille, veillant à omettre certains détails qu’il n’avait pas besoin de savoir et je lui demandais de se présenter au bureau de la douane afin de récupérer la copie du registre du navire que nous avions pourchassé à travers les frontalières depuis plusieurs jours.

Sans demander plus d’informations, toujours poussé par la confiance totale qu’il plaçait en moi, il partit au pas de course dans la rue en direction du port pour s'acquitter de sa tâche tandis que, les yeux piquants, je m’en retournais dans l'appentis et que sans demander mon reste, je m’allongeais sur le matelas encore tiède et, rabattant mon lourd manteau sur moi, je m’allongeais afin de dormir quelques heures et de récupérer quelques forces. Je dormais d’un sommeil de plomb, me réveillant seulement à deux reprises pour descendre un grand broc d’eau fraîche avant de me rendormir aussi sec. Quand enfin, j’émergeais de ce sommeil si réparateur, l’après-midi était déjà bien avancé et la rue de l’autre côté du mur en bois du magasin semblait bourdonner d’activité.

Je me levais et pris le temps de faire quelques étirements, faisant bouger mes muscles endoloris et auscultant mes côtes et mon visage en tâchant de déterminer quels mouvements me faisaient mal ou non. Je poussais le rideau qui séparait la petite pièce où j'avais dormi du magasin et découvris, non sans surprise, Kidd qui suivait Alessandra avec une lourde caisse contenant des morceaux de tissus dans les bras, obéissant à ses injonctions sans broncher. Je profitais de ce spectacle une bonne minute avant que les deux ne s’aperçoivent que j’étais enfin réveillée. Kidd rougit brièvement alors que la gantière, elle, me souriait à pleine dents.
« Votre frère est très serviable Maria, il a passé la journée à m’aider avec les clients. »
Je souris en retour puis, comme je sentais que le moment était mal choisi pour m’entretenir avec eux au sujet du registre des douanes, je retournais dans la petite pièce préparer mes affaires pour ma sortie du soir en compagnie de Lars et de ses hommes.

Quand enfin le dernier client eut quitté les lieux et qu’Alessandra eut fermé son échoppe, nous nous retrouvâmes tous autour de la petite cheminée. Tandis que Kidd touillait distraitement un bouillon de viande accompagné de quelques morceaux de légumes dans la marmite, la gantière lisait avec beaucoup d’attention le registre que Kidd avait rapporté. Après de longues minutes de réflexion, elle leva enfin les yeux du document et dit :
« Ce navire transporte une véritable fortune. Des épices, du sel, beaucoup de sel même. Il y a aussi les soldes destinées à des soldats, et pleins d’autres choses, mais je n’ai pas trouvé de trace d’une femme faisant partie de la cargaison. » Comme je me levais pour protester, elle leva une main ferme, m’intimant de rester calme et d’attendre la suite. « Cependant, il y a des anomalies dans le document. Certaines lignes ne concordent pas, et surtout, il semble manquer des éléments. Sans être sûr que celle que vous cherchez est bien à bord, je peux affirmer sans crainte qu’une marchandise clandestine se cache dans les entrailles du navire. »
Un lourd silence tomba sur la pièce tandis que chacun mesurait la teneur de cette affirmation. L’excitation me gagnait car je le sentais au fond de moi, ma sœur était bel et bien là, à portée de main, retenue par ces chiens de qharis dans l’air vicié d’une coque de bateau. Pourtant, j’avais pour le moment d’autres priorité et après avoir partagé un repas simple mais copieux avec Alessandra et Kidd, je me levais en déclarant :
« J’ai rendez-vous ce soir avec un groupe d’hommes vers l’entrepôt des négociants de vin. Si tout se passe bien, nous pourrons peut-être faire appel à eux plus tard pour récupérer ce que nous sommes venus chercher. »
La gantière ne parut pas surprise. Elle avait de son côté activité la liste de ses contacts durant la soirée précédente et avait proposé de me présenter différentes personnes si je le désirais, mais pour le moment, je souhaitais explorer la piste que j’avais découverte moi-même.

Sans laisser trop de temps à Kidd pour protester, je m’en retournais dans notre chambre d’appoint pour m’équiper. Ma tenue habituelle avait été lavée et avait séchée durant la journée ce qui me fit plaisir. J’enfilais mon pantalon et mes bottes, puis ma brassière de cuir souple. Ensuite, je passais mon manteau en cuir sur mes épaules, attrapé mon habituelle mitaine droite et dissimulée mes épées jumelles sur le lourd vêtement de cuir noir. Enfilant Délaissant mon pistolet et mon arc, j’attrapais ma petite fiole de maquillage noir, au cas où j’en aurais besoin, et je remis à leur place mes boucles d’oreilles et bagues puis, enfin prête, je sortie dans le soir tombant en direction des entrepôts où je devais retrouvais Lars. La nuit était tombée quand je parvins enfin près des docks. Des braseros avaient été allumés pour éclairer les lieux et de petits navires à voiles continuaient de faire des allers-retours depuis les plus gros vaisseaux amarrés dans le port et le quai pour décharger des marchandises. Quelques militaires surveillaient tout cela de loin et les travailleurs se mêlaient à ce dont la journée de labeur était finie et qui s’en allait profiter à la taverne la plus proche.
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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Dessins de Nola Al'Nysa réalisés par NmForka :
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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

De prime abord, ils n'étaient pas là. Il n'y avait qu'une odeur de pisse et de mauvais vin qu'on a laissé éventer. Le bruit des ouvriers au loin, le cri reconnaissable d'un goéland juché sur un perchoir. Des rats couinèrent sur son passage. Puis un son. Un sifflement d'oiseau des bois. Si Nola n'était pas familière de la gent ailée de cette partie-là du monde, elle savait bien que ces bruits ne pouvaient pas venir d'un volatile appréciant la puanteur des villes. Et on répondit à ce sifflement. Très rapidement, la surplombant sur les caisses, à postériori judicieusement placés pour fondre sur n'importe quel badaud s'approchant, des malfrats apparurent, armes au poing. Elle ne les connaissait pas ceux-là. Ils avaient leurs bandanas, leurs fripes flamboyantes, des gourdins, des marteaux, des surins. "Va là-dedans, le patron t'attend."
Pas commodes, pas aimables. Elle dut se frayer un chemin entre les piles de caisses, les barils de vin, les accès condamnés, jusqu'à arriver dans l'entrepôt. Il semblait à l'abandon depuis des années. Il puait encore plus, on avait allègrement pillé son contenu. Quelqu'un alluma une lanterne. Ils étaient tous là. La troupe de Lars. Des gamins. Pas plus jeunes que Kidd, pas plus vieux qu'elle. Des gamins qui avaient déjà tué, pillé, si ce n'est pire. Comme elle et Kidd. Ils la fixaient de leurs yeux trop bleus pour leurs visages aigus, leurs balafres, leurs dents ébréchés, leurs cheveux sales. Lars se fraya un chemin entre ses hommes.
"Bienvenue Léna. Bienvenue chez le pire de l'Empire !"

Pas impressionnée, la fille de la jungle ne s’en tenait pas moins sur ses gardes. Avec une décontraction feinte, elle salua le chef de truands d’un signe de tête, un petit sourire en coin des lèvres. Du même temps, elle observait depuis le couvert de sa capuche les hommes qui lui faisaient face, essayant de repérer lesquels pourraient présenter le plus de danger en cas de complications imprévues.
Après avoir fait s'arrêter les ricanements de ses troupes d'un geste de la main, Lars poursuivit : "Le plan est simple. On fait plusieurs groupes. Chaque groupe a une liste de débiteurs. Et on ne repart pas sans argent, ou en ayant fait bien comprendre que les mauvais payeurs déplaisent à ceux qui nous engagent. Des questions ?"
Comme personne ne semblait en avoir, il s’apprêtait à continuer quand l’amazone prit la parole, déclenchant un silence général bien plus profond que celui obtenu par Lars :
« Qui nous engagent ? »
"Des gens qui font crédit. Moins tu en sais, mieux ça vaut."
Elle haussa les épaules. « À quel groupe suis-je attribuée ? » demande-t-elle. Elle ne comprenait pas pourquoi Lars avait fait appel à ses services pour un travail qui paraissait pouvoir être exécuté par quelques gros bras sans cervelle et cela la piquait dans son orgueil tout en déclenchant chez elle un insidieux sentiment de malaise.
"Herman, Dietrich, Rovel." Trois s'avancèrent. Des gosses. Pas d'autre mot pour les qualifier. À leur âge, elle alternait l'entrainement, la chasse ou les loisirs. Et ils étaient là, armés comme les miliciens qu'elle avait croisés sur la route depuis Matorca. Prêts à fracasser des phalanges pour une poignée de pièces de cuivre. "Ils sont jeunes, toi, tu es nouvelle. Cela équilibrera. Et si tu es aussi efficace ce soir qu'avec Thatch et les autres poivrots de la taverne... On partira sur une bonne lancée."
« J’espère que leurs mères ne vont pas venir les chercher au milieu de notre collecte » dit-elle d’une voix cassante avant d'ajouter : « Et qui va commander ce groupe ? »
"Nos mères sont mortes quand le Seigneur du Chaos a brûlé notre ville." L'un des trois répondit avec un ton si froid qu'il charria avec lui les vents du Nord. Un peu embarrassé, Lars calma le jeu. "Toi justement. Je veux voir si tu sais mener des hommes dans un coup. Dietrich te lira la liste, il sait où se rendre."Elle jeta un coup d’œil rapide à celui qui avait pris la parole de façon si véhémente et le dévisagea quelques longues secondes en penchant sa tête sur le côté de façon étrange, comme si elle gravait son visage dans sa mémoire. Puis, se retournant vers Lars, elle acquiesça d’un signe de tête.
La mission ne l’enchantait guère, mais elle y voyait au moins un avantage : voir comment ces jeunes hommes se comportaient et juger de leurs capacités à intégrer son projet d’attaque sur un navire amarré dans le port.
Comme tout semblait avoir été dit, elle se tourna vers le dénommé Dietrich et d’un geste du menton lui désigna la porte, lui faisant comprendre qu’ils pouvaient se mettre en route.
La bande se délita comme une nuée de rongeurs. Dans chaque direction. Les trois s'emboitèrent le pas, sans jeter un regard supplémentaire en direction de la Borgne. Ils marchèrent un moment dans la pénombre grandissante du soir. Entre taudis et entrepôts, ateliers bien fermés pour la nuit et campements de mendiants. "Ce soir, on chasse l'aristo. On a un sellier qui n'a pas honoré les paris qu'il doit. Un marchand mauvais aux dés, quelques pedzouilles qui se sont installés dans les taudis et la veuve Laffut. Tu en penses quoi la Grande ?"
« J’en pense que si on frappe vite et fort, on sera rentré avant que la lune n’attaque sa descente et on pourra tous profiter du reste de notre nuit comme on l’entend. Qui est la veuve Laffut ? »
"Une bourge dont le mari s'est fait crever à Matorca y a quelques jours."
Ne laissant rien paraître, elle serra pourtant sa main gantée d’une mitaine de cuire si fort que les jointures de ses doigts craquèrent. « On finira par elle. » dit-elle simplement après un instant de silence.
Ils acquiescèrent. Pas bavard pour un sou, ils connaissaient leur chemin. On s'éloigna vers l'Est et ses taudis, pas si loin du pâté de bâtiments des tanneries que connaissait bien Nola. Ils lorgnèrent une à une les bâtisses avant de s'arrêter devant l'une d'elles, volets clos. "Ici."
La maison ressemblait à celle d'Alessandra, en plus grand. La boutique au rez-de-chaussée, l'atelier derrière et sûrement au premier étage, le dernier sous les combles pour y loger. Les gosses étaient assez fins pour passer dans l'interstice avec les autres baraques, et de ce qu'ils savaient, il y avait une arrière-cour, sans chien. Double bonnes nouvelles.
« Vous deux » dit-elle en désignant Herman et Rovel « si vous dites vrai, vous devriez pouvoir passer par la cour de derrière et pénétrer sans bruit dans le magasin. Venez nous ouvrir à Dietrich et moi, on vous attendra sous ce porche. Ensuite, on prendra le relai et vous n’aurez qu’à faire le guet en gardant nos deux portes de sortie. »
Jets cachés
Les deux argousins se faufilèrent dans l'étroitesse des entremasures, quelques longues minutes passèrent sous le regard inquisiteur de Mannslieb. Puis la porte s'ouvrit. "Y a pas un chat en bas, mais on a entendu du bruit là-haut, il doit pas encore pioncer."
Ils allèrent se poster selon les consignes de l'Amazone. Même si peu de personnes ne se promenait dans un quartier de ce genre, les précautions étaient bonnes à prendre. Avec une discrétion toute féline, la borgne et le lettré grimpèrent à l'étage, prêts à fondre sur le Sellier. Il était à son atelier, une lanterne vacillante sur le plan de travail. Dégarni et grisonnant, quoiqu'imposant. Il ne les avait pas vus. Nola fondit sur lui comme la hulotte sur un mulot.
Lame sous la gorge, main sur la bouche, il jeta un regard à la dérobade. Mais rien y faisait. Dietrich s'avança et prit un air protocolaire.
"Stefano Rudanza. Vous devez vous acquitter de votre dette de... dix-huit couronnes ou équivalent auprès de vos débiteurs. Nous sommes là pour les recouvrer en plus des intérêts et... D'un dédommagement pour nos honoraires. Vous imaginez ce qu'il pourrait se passer si vous n'obtempérez pas."
Elle chuchota à l’oreille de l’homme « Tu tentes de t’enfuir, tu meurs. Tu cries, tu meurs. » avant de retirer sa main de sa bouche pour le laisser répondre à son complice.
L'artisan bafouilla : "C'est... C'est beaucoup d'argents, je n'en gagne pas tant en deux mois et..."
"Fallait voir ça avant de te retrouver endetté. Nous on est là pour ramasser mon grand. " Nola fit pression. Il se reprit : "Attendez. Prenez déjà l'argent qui est dans ma cassette. Il y a aussi le chiffre d'affaires d'aujourd'hui en bas. Pour le reste... Pour le reste.
"On va se servir pour le reste, ne t'en fait pas. Tu le gardes à l'oeil et au bon ?"

Elle se contenta de jeter un regard glacial au plaisantin avant de faire un pas en arrière vers la porte de l’atelier, entraînant le pauvre artisan avec elle « je viens avec vous, et lui aussi. Question de prudence. » et sans attendre de réponse, elle dirigea l’homme d’une poigne de fer en direction de l’escalier. Dietrich, la cassette sous le bras, s'en alla piller sans procès les gains de la journée. Il repéra aussi un candélabre et un miroir à main en argent. "T'en penses quoi ? Verre de Miragliano ?"
Il ne reçu pour toute réponse qu'un haussement d'épaule désintéressé. Nola tenait toujours le marchand par derrière, le maintenant plus debout qu'elle ne l'emprisonnait, le pauvre homme semblant sur le point de défaillir. Elle regarda d'un œil las ses jeunes compagnons piller la boutique sans pour autant s'émouvoir de la situation. Le sort du commerçant et de sa famille ne lui faisait ni chaud ni froid, mais elle ne prenait pas pour autant de plaisir à les dévaliser. Elle exécutait simplement une mission qui lui permettrait, du mois l'espérait-elle, d'avoir des contacts en cas de besoin pour l'aider par la suite.
Les besaces pleines, les malfrats firent signes à Nola, on devait détaler, le reste des mauvais payeurs les attendait. Et la nuit ne durerait pas.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Alors que mes trois camarades sortaient de la boutique par la porte principale, je relâchais ma prise sur le col du marchand qui s’effondra au sol, une main sur sa gorge, comme pour vérifier qu’il n’était pas blessé. Je sortis ensuite d’un pas tranquille pour rejoindre les trois jeunes impériaux qui m’attendaient, sans accorder le moindre regard au pauvre homme. Cette première entrevue s'était passée sans anicroches et j’espérais qu’il en serait de même pour les suivantes. Il nous fallait maintenant aller récupérer les dettes de jeu d’un amateur de dés qui n’avait visiblement pas su se retirer à temps et qui allait en faire les frais. Alors que nous traversions le quartier en sens inverse, j’interrogeais Dietrich sur la localisation de notre future victime :
- « J’pense que l’endroit où on a l’plus de chance de lui foutre le grappin dessus, c’est dans la Jumelle. »
- « La Jumelle ? » demandais-je perplexe.
- « Ouais la Jumelle, la ville souterraine quoi. Là ou t’as fait des étincelles hier à c’qu’on dit dans la bande » répondit-il sans ralentir le pas « t’as assurée avec l’autre con, on avait plus qu’à lui faire les poches. J’vais t’faire voir comment te rendre dans la Jumelle d’à peu près n’importe où en ville maintenant. » poursuivit-il sur un ton plus sympathique.

Je le suivis donc, accompagnée de Heman et Rovel. À cette heure il y avait peu de monde dans les rues et le peu de personnes que nous croisions se déplacaient elles aussi en groupe. Alors que nous remontions une grande rue rectiligne, Dietrich nous fit emprunter une ruelle parallèle humide et étroite qui ressemblait plus à un coupe gorge qu’à un raccourci. Arrivé à un carrefour, il attira mon attention sur un petit symbole dessiné sur un mur : « Une fois que t’as r’péré ces motifs, t’as plus qu’à les suivre et tu trouveras un accès à la ville souterraine. J’te file le tuyaux parce que Lars m’a dit de te faire confiance, mais t’avises pas d’aller battre de la gueule auprès de n’importe qui à ce sujet. »
Nous suivîmes donc pendant quelques minutes les étranges symboles dont ni Dietrich, ni les autres ne semblaient connaître la signification, puis nous arrivâmes devant une sorte de grosse bouche d’égoût. Des barres en fer en fermaient l’accès mais, il s'avéra que certaines d'entre elles pouvaient être tordues assez pour laisser passer un homme de taille moyenne.

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Une fois à l’intérieur du boyau, nous avançames au bruit des clapotements que produisaient nos pas sur le faible filet d’eau sale qui coulait par terre. Rapidement, le tunnel s’élargit où nous pûmes même monter sur une sorte de petite chaussée en pierre qui délimitait de chaque côté le canal d’évacuation des eaux usées de la cité. Au fond du couloir, un virage en angle droit nous apparaissait, faiblement éclairé par la lumière d’une torche qui semblait être accrochée après le coin du mur. Il flottait dans l’air une vieille poussière qui piquait les yeux et chatouillait la gorge de manière désagréable et l’humidité des lieux me fit frissonner. Après quelques minutes à longer en silence les murs sales couvert d’une mousse brune peu ragoûtante, nous débouchâmes sur une porte gardée par trois hommes de taille massive à l’allure peu engageante. Cependant, ils semblaient connaître mes trois compagnons et les laissèrent entrer sans difficultés. Alors que je m’apprêtais à leur emboîter le pas, un des gardes me barra le passage avec son bras :
- « C’est bon les gars, elle est avec Lars et nous » dit Dietrich en posant une main sur le bras que l’homme tenait toujours devant moi.
- « Enlève ta capuche et fais voir ton visage » ordonna néanmoins le vigile d’un ton bourru. Puis comme je m’executais il siffla entre ses dents « he beh, c’est toi qui t’es foutu sur la tronche avec Tatch la nuit dernière non ? »
- « En effet » dis-je simplement.
- « J’étais là, sacré crochet du droit mamzelle » commenta-t-il en s’écartant du passage.

Je retrouvais alors l’ambiance festive et en même temps crasseuse et misérable de la ville souterraine. J’avais finalement des souvenirs assez flous de la soirée de la veille et j’avais presque l’impression de découvrir l’endroit sous un jour nouveau. Nous passâmes devant un stand ou des hommes proposaient un mauvais vin tandis qu’à côté des femmes se vendaient, debout dans la pénombre, les jupes troussées par l’arrière. Plus loin, des brutes au regard torve guettaient de futures victimes et marchaient dans les allées en bombant le torse, sûr de leur force. La Jumelle était l’un des endroits les plus malfamés de Myrmidens où marins, aventuriers, contrebandiers et voleurs venaient se distraire et faire affaire. Ses ruelles et passages dessinés un dédale où la garde de la ville ne s’aventurait qu’en force et à de rares occasions. Ses tavernes et ses bordels ne fermaient jamais, ses arrière-cours étaient des coupes gorges et ses activités principales étaient les bagarres, dans les fosses ou dans les bars.

Je pénétrais à la suite de Dietrich dans un petit bâtiment fait d’un assemblage de planches et de toiles. Je dus me baisser pour entrer, laissant la porte se refermer derrière moi, j’observais la salle enfumée par les pipes, les mauvais cigares et les volutes noirs des lampes à huile. Elle était comble et sombre, basse et puante. Les conversations y faisaient un grand vacarme mais l’ambiance était néanmoins plus sérieuse que l’endroit où j'avais passé ma soirée la veille. Toujours sur les talons des trois impérieux, je traversais la salle en direction d’une longue table ronde dans un coin ou plusieurs hommes se tenaient penchés sur des dés. Mon allure de mercenaire me valut quelques regards circonspects mais pour la plupart, les gens ne prêtèrent guère attention à moi. Dietrich me désigna d’un doigt l’homme que nous devions alléger de quelques pièces. Corpulent et d'âge mûr, il portait des habits qui m'avaient l’air de très bonne facture. Il nous tournait le dos, concentrait sur le plateau de jeu, serrant dans sa grosse main une paire de dés en os.

Avisant une place libre à ses côtés, je m’y rendis en contournant une table à laquelle des marins buvaient et riaient bruyamment avec des femmes ivres. Je passais par le comptoir où je commandais un verre de bière que je payais tout de suite. La boisson n’était pas aussi mauvaise que ce à quoi je m’attendais, forte et épicée, elle me fit du bien et je me fis la réflexion qu’il me faudrait m’en méfier pour garder les idées claires. Mon verre en main, je me dirigeais vers la table de jeu du marchand et je me faufilais entre lui et son voisin pour m’installer à ses côtés.
« J'espère que la soirée est lucrative... » lui dis-je sans le regarder, fixant le mur en face de moi. Il tourna la tête l’air surpris, peinant visiblement à comprendre le sens de ma question. Je sentis des effluves d’alcool émaner de lui et compris qu’il était déjà bien attaqué malgré l’heure pas encore si tardive.
« On m'a envoyé, moi et mes amis récupérer une dette dont vous ne vous êtes pas encore acquitté » dis-je en désignant du pouce les trois jeunes hommes, accoudés au comptoir, qui firent un signe de tête au marchand lorsqu’il regarda dans leur direction « cela peut se passer de deux façons, soit vous payez sans faire d’histoires et nous partirons en bons termes, soit vous me faites perdre mon temps et c’est dans la douleur que vous finirez la nuit. »
Pour toute réponse, il se contenta de jeter autour de lui des regards paniqués. De grosses gouttes de sueur commençaient déjà à couler le long de sa tempe et ses pupilles étaient dilatées par la peur. Il bredouilla quelques mots pour tenter de se défendre, argumentant sur la présence de nombreux témoins autour de nous. Avant que son comportement suspect n’attire trop l’attention de ses compagnons de jeu, je sortis discrètement mon couteau et, sous la table, piqué du bout de ma lame le ventre du marchand au niveau de l’aine. Il eut un petit couinement au contact de l’arme, mais je lui murmurai, plus fermement cette fois « ressaisis-toi ! Fais comme tu veux, mais débrouilles toi pour quitter la table et me suivre rapidement. »

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Poussé par l’angoisse, le pauvre homme joua l’ensemble de sa mise sur un lancé de dés, et perdit évidemment tous ses gains de la soirée. Il se leva et je l’imitais, ignorant les quolibets que lui lancèrent ses amis en pensant qu’il allait prendre du bon temps avec moi. En guise de bon temps, c’est une sacrée correction qui semblait se dessiner pour l’homme, car, après l’avoir emmené sans ménagement en-dehors de la salle de jeu, les trois impériaux le poussèrent brutalement dans un petit renfoncement sombre ressemblant à un cachot, mais sans porte, à une centaine de mètres de l’établissement que nous venions de quitter.

Le coin n’était pas éclairé et la seule lumière qui nous parvenait provenait des grandes torches qui brûlait dans l’espèce de ruelle que nous avions longée pour venir ici. Avec cet éclairage partiel dans le dos, je m’avançais vers le malheureux qui, tremblant comme une feuille sanglotait pathétiquement, les mains jointes devant lui. Ses joues étaient mouillées de larmes et de sueur et de la morve semblait couler de ses narines.
- « Ecoutez, je n’ai pas encore réuni l’argent, mais laissez-moi une semaine et je vous paierai sans difficultés » dit-il en se mettant en genoux devant moi, rampant presque sur le sol et attrapant mes bottes de ses mains, l’air suppliant.
- « Ta gueule » dis-je en posant mon pied sur une de ses épaules pour le repousser violemment « tu comptes sur les dés pour rembourser les dettes que tu as contracté pour ce même jeu imbécile ? »
- « No.. no.. non.. madame, je .. j’aurais .. j’aurais bientôt l'argent.. je le jure » bredouilla-t-il roulé en boule à même le sol.
- « On m'envoie te chercher pour rembourser une dette de jeu, et je te trouve en train de jouer, comment veux-tu que je te crois ? Tu es faible. Je vais devoir t’infliger un rappel que tu n’oublieras pas. »
D’un signe, j’ordonnais à Herman et Rovel de relever le marchand. Ils s'exécutèrent, le tenant chacun par une épaule. Sans prévenir, j’envoyais un violent coup de poing dans la large bedaine de l’homme. Est-ce le stress, l’abus d’alcool ou les deux ? Toujours est-il qu’en retour, une gerbe de vomis jaillit de sa bouche et je ne dus qu’à mes excellents réflexes de faire un petit bond en arrière, évitant de justesse de me retrouver souillée par l’ignoble fluide. Quelques gouttes vinrent néanmoins tomber sur le bout de mes bottes et, furieuse, je relevais la tête vers ma victime, le regard froid. Contournant la flaque de vomis, je lui assénais un violent crochet du droit en pleine mâchoire. Puis un second. Le bruit caractéristique d’un os qui craque me tira un frisson de satisfaction. Sa tête penchant vers la gauche, je la redressais d’un violent crochet du gauche. Puis je le frappais au visage, lui cassant sûrement le nez. Je continuais de le cogner, ignorant les regards inquiets de Herman et Rovel. Enfin, je sentis des mains me saisir et me tirer en arrière et j’entendis Dietrich qui disait « Stop ! Stop ! C’est bon il a son compte ! On veut pas le tuer. »
J’eus l’impression de revenir à moi. Comme si quelqu’un d’autre avait dirigé mon corps et mes coups pendant quelques instants. Était-ce la violence de cette ville ? Un trauma dû au combat de la veille dans l’arène ? Ou bien un surplus de fatigue ? Je ne m’expliquais pas cet excès de rage qui m’avait saisi. Le marchand gisait au sol, plus mort que vif, se tenant le nez pour en arrêter le saignement. Me dégageant de la poigne de Dietrich, je m’avançais à nouveau vers lui et, après lui avoir craché dessus, je conclus « Dans une semaine, sinon, on se reverra » et je me détournais pendant que Herman et Rovel traînaient le pauvre homme plus proche de la ruelle, afin que quelqu’un ai plus de chance de le découvrir et de lui porter assistance.

C’est dans un silence gêné que nous quittâmes la Jumelle en direction de nos prochaines victimes. Pendant que nous marchions à vive allure, je tâtais mes phalanges douloureuses dont les blessures dues au combat contre Tatch le Meunier la veille s’étaient réveillées quand j’avais frappé le marchand. Les trois impériaux eux ne disaient rien, mais je surpris à plusieurs reprises les coups d'œil furtifs qu’ils jetaient dans ma direction. Brisant le silence, Dietrich déclara :
« Les prochains sur la liste sont des bouffeurs de queues qui vivent dans les quartiers temporaires en dehors d’la ville. Avec eux le plus dur, c’est d’les chopper quand ils sont en état de comprendre, après ils sont toujours défoncés. »
Il accéléra donc l’allure, nous entraînant dans son sillage. Après une bonne demie heure, nous sortîmes de l’enceinte principale de la ville pour atterrir dans une sorte de bidonville sale et crasseux que nous avions aperçu lors de notre arrivée avec Kidd. Ici, les gens survivaient plus qu’ils ne vivaient. Le sol de terre était mouillé, transformant tout en une boue spongieuse et grise de saletés. Des hommes à l’allure cadavérique étaient assis sur des planches de bois de part et d’autre de ce qui semblait être la piste principale de ce quartier pauvre, le regard ailleurs, ils semblaient totalement absents, la fumée des herbes enivrantes qu’ils consommaient finissant de se consumer dans un bol près d’eux. Des gamins à l’air malade s’échappèrent devant nous, sans raison apparente tandis qu’un groupe d’hommes s’affairaient autour d’un corps inanimé, le dépouillant de ses maigres possessions.

Dietrich semblait savoir où il allait, et c’est d’un air décidé qu’il nous guida dans ce labyrinthe de constructions bringuebalantes de bois et de toile. Par moments, nous traversions littéralement ce qui servait de maison aux gens d’ici, laissant des traces de boue au milieu de leurs lits de fortune. Pourtant, ces habitants semblaient être habitués à ce genre d’irruption dans leur domicile, ou bien étaient-ils trop las pour réagir ? Ils se contentaient pour la plupart d’ouvrir à demi un œil et de vérifier que le peu de biens qu’ils possédaient étaient toujours là, puis se détourner de nous sans plus de cérémonie.
Une odeur de terre humide, de déjections humaines et de maladies flottait dans l’ensemble du quartier, s’accrochant à mes narines et étouffant toute autres odeurs. Même lorsque nous passâmes à côté d’un petit groupe de femmes assises en rond autour d’un brasero, l’odeur de l’huile ne parvint pas tout à fait à couvrir la puanteur ambiante.

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Finalement, Dietrich s’arrêta devant une masure de facture un peu moins médiocre que la moyenne ici. Il frappa et attendit un moment, mais comme personne ne semblait vouloir répondre, il fit un signe de tête à Herman qui, d’un coup de pied, enfonça la planche de bois servant de porte. Les trois jeunes impériaux firent irruption dans la petite pièce pendant que je restais dehors, dissuadant les curieux de s’approcher de trop près. Alors que de l’intérieur, des bruits de lutte et de bousculade me parvenait, une jeune femme se leva du brasero situé un peu plus haut dans la rue et se faufila dans ma direction. Elle était sale et ses cheveux gras tombaient de manière désordonnée sur sa nuque. Une couche de crasse couvrait le peu de peau nue que j’apercevais. Arrivant à ma hauteur, une toux grasse la secoua pendant quelques secondes :
- « Désolé » dit-elle avec un sourire enjôleur. Dénoué, son cordage montrait un décolleté généreux.
- « C’est rien » répondis-je simplement. Mon regard se porta un bref instant sur la poitrine de la jeune femme, laquelle s’en rendit compte et sourit, flattée.
Elle se lança dans une conversation vide d’intérêt, cherchant à en savoir plus sur moi et à m’attendrir. Comme je restais de marbre, elle finit par demander :
- « J’te plais pas ? »
- « J’ai d’autres préoccupations » répondis-je en jetant un coup d'œil dans la cahute, essayant de voir où en étaient mes compagnons.
- « Justement, je pourrai t’aider à oublier cela et à te détendre » poursuivit-elle. Provocante, elle pressa ses seins contre mon bras.
- « Non »
- « C’est dommage » me glissa-t-elle à l’oreille « parce que tu sais quoi ? J’ai l’impression qu’entre toi et moi ça pourrait très bien se… » elle n’acheva pas. Je venais de lui saisir le poignet discrètement alors qu’elle tentait de voler la bourse que je portais à la ceinture. J’avais à peine bouger mais ma poigne était ferme et impitoyable. Je serrais encore tout en imprimant une torsion et la jeune femme grimaça en ployant légèrement l’épaule.
- « Tu… tu m’fais mal »
- « Je sais. Mais je te ferais encore plus mal si tu t’avises d'apparaître à nouveau dans mon champ de vision » dis-je en la libérant, la poussant vers le brasero d’où elle était arrivée. Sans demander son reste, elle fila et disparut dans la pénombre.

Sur ces entrefaites, les trois impériaux sortirent de la petite cabane. Herman saignait du nez, mais les trois semblaient satisfaits et, sur un signe de Dietrich, nous partîmes vers la ville sans demander notre reste, désireux de quitter au plus vite cet endroit abandonné par les dieux, quels qu’ils soient. Il ne nous restait plus qu’à nous occuper de la veuve Laffut, et je pourrai regagner l’échoppe d’Alessandra pour profiter de la fin de la nuit et dormir quelques heures. Le ciel était clair et notre petit groupe progressait à vive allure, traversant les ruelles, remontant des quartiers entiers et passant sous des porches sombres et peu engageant pour quiconque n’était pas familier des lieux. Une vraie nuit de bandit, en compagnie de la vermine de Myrmidens.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Les pieds fourbus, les bourses pleines, l'âme violente et noircie comme les murs soutenant les torches huileuses qui éclairaient les quartiers artisans de la ville, ils avançaient. Une bande de charognards aux doigts acérés, au cœur corrompu que de vivre ainsi. Sans un bruit, toujours aux aguets, ils avancèrent jusqu'aux quartiers surplombant le port. Sans être digne de la Città vecchia, ici les murs étaient hauts, les façades renforcées, l'endroit ne dégueulait pas de la patibulaire misère de vivre qui s'était emparé des taudis de Myrmidens. Ils arrivèrent jusqu'à la maison désignée. De ce qu'en savaient les gamins, il y avait des gardes. De la capitainerie, la foutue guilde qui gérait tout dans la région visiblement. Comme aux doux temps de Matorca, cela remontait à une éternité. Cela remontait à moins de deux douzaines de jours. La maison était terne. Les volets fermés, sans un bruit, dissimulée derrière des murs. Pour rejoindre la cour et de là la maison, l'Amazone décida d'y aller avec Dietrich. Les deux autres en repérage autour. Ils leur firent la courte échelle.
Jet d'agilité : 20, hé bah
Jet de dissimulation : 5 , réussite
Jets cachés
Jet d'attaque discrète de Dietrich : 4, réussite
Jet d'attaque discrète de Nola : 5, réussite
Ce qui arriva n'était digne d'aucune légende amazone. En se positionnant sur le mur, Nola sentit se dérober sous son fessier un morceau d'enduit et des moellons qui l'entrainèrent en avant, et dans un fracas retentissant, elle s'étala dans le jardin, meurtrie dans son égo bien plus que dans sa chair, où seules quelques égratignures témoignaient du triomphal fiasco. Se relevant, c'est nez à nez avec la main tendue de Dietrich qu'elle se retrouva. Il fallait fuir. Mais bien décidée, elle demanda plutôt aux deux autres de faire diversion à l'entrée. Et dans l'obscurité de la nuit, comme dans la jungle en son temps, elle se dissimula.

Quatre gros bras passèrent en trombe, gueulant contre "ces sales merdeux d'truands" qui faisaient du barouf à l'entrée. Dietrich, guère emballé, se décida à la rejoindre dans la souricière. Crocheter la porte. Dietrich s'y attela. Mais il n'eut guère le temps de grand-chose. On revenait par ici. ""Les deux chiards ne doivent pas être seuls, va voir à la porte."
Dissimulés dans le noir de la nuit, les deux cambrioleurs à la manque virent deux des gardes commencer à fouiller la cour. Peu de temps pour réfléchir avant d'agir. Dietrich attrapa une pelle, Nola dégaina sa dague. Mais il ne fallait pas de morts. Les morts soulèvent des questions, des sourcils et des guerres. Mais les amocher un peu...
Dans le même laps de temps, pas plus d'un battement de cœur, un "THUNK" sonore et une clé de bras arrêtèrent les gardes. Elle attendit patiemment. Rien. Les deux autres devaient courser les complices. Vite. Agir. Ils les ligotèrent avec leurs propres fringues, puis retour à la porte.

Prudemment. Très prudemment. Tout était éteint dans la maison. Le séjour était bien aménagé, de beaux meubles, quelques souvenirs de traversée. Un homme aimant la mer avait vécu ici. Un homme aimant l'or tout autant. Il y avait des futilités tape-à-l'œil comme les affectionnaient les Sartosiens, vases d'Orient, tabards aux couleurs de royaumes dont elle ne savait rien...
À pas de loup, elle fit le tour de la pièce, tous les sens aux aguets, en prenant garde à toujours rester dans la pénombre, évitant la lumière diffuse que la lune projetait à l’intérieur. Du bout des doigts, elle effleura certains objets décoratifs exotiques tout en avançant jusqu’à un escalier dont les marches les plus hautes se perdaient dans le noir. D’un signe de tête, elle indiqua à son complice de la suivre et, discrète comme une ombre, elle en commença l’ascension...

Entre toutes les portes austères et muettes, il y en avait une qui restait entrouverte. Une lueur troubla l'obscurité soudainement. On allumait une chandelle. S’approchant de la porte, l’amazone regarda par l’embrasure la pièce faiblement éclairée. Une femme se tenait à demi assise dans un lit, une chandelle posée sur une table de chevet éclairant un côté de son visage.
Elle fit un signe de tête à Dietrich puis, d’un geste vif, elle ouvrit la porte pour bondir à l’intérieur. En quelques enjambées, elle fut sur la jeune femme qui, mal réveillée, tarda à réagir. Elle se jeta sur elle, plaquant une main sur sa bouche et l’allongeant de force contre son oreiller.
La femme essaya de se débattre, Dietrich regarda de partout. "Je vais voir les autres chambres." À grand coup de pied, il ouvrit les autres chambres une à une. Cela sembla mettre la jeune femme hors d'elle qui redoubla d'effort.
La patience de Nola, déjà mise à rude épreuve depuis le début de la nuit, commençait à s’épuiser. Tenant toujours sa main fermement appuyée contre la bouche de sa captive, elle lui cogna l’arrière du crâne contre la tête de lit en sifflant entre ses dents « tais-toi, on te veut pas de mal. T’es qui ? La fille de la veuve ? »
Avant qu'elle ne puisse répondre, Dietrich ouvrit la dernière porte. "Putain. Y a des mouflets !" Et la femme de répondre "Je vous en supplie, laissez mes enfants !"
« Attrapes en un et ramène-le ici » ordonna froidement la fille de la jungle à son complice. Puis se retournant vers la jeune femme paniquée, elle demanda « c’est bien toi qu’on appelle la veuve Laffut ? Tu dois une sacrée somme à des personnes dangereuses ! Règles ta dette et il n’arrivera rien à tes petits, sinon…»
Sans aucun scrupule, le truand impérial se ramena avec un gamin qui devait avoir la moitié de son âge, le gosse était en larmes. "Pitié, prenez tout, prenez l'or, prenez ses affaires, prenez ma vie, mais laissez mes enfants. C'est tout ce qu'il me reste. Pitié."
« Chhhuuut, tais-toi ! » dit Nola en mimant le geste de la gifler. « Où est ton argent ? »
"Dans... Dans la commode. Mais je n'ai plus grand-chose. L'amirauté ne m'a jamais versé ses primes. Mais prenez, prenez."
Toujours assise à califourchon sur la pauvre femme, Nola tourna le visage vers Dietrich qui lui lança un regard interrogateur. D’un signe du menton, elle lui désigna la commode avant de reporter son attention sur la maîtresse de lieux.
« Ton homme, comment s’appelait-il ? On dit qu’il est mort à Matorca, qu’est-ce qu’il foutait là-bas ? »
" Pierre Dubreuil Laffut. Il était capitaine. Ils l'ont tué, je ne suis plus rien, laissez-nous !" Elle ne quittait pas son fils des yeux. Dietrich avait laissé le gamin pour fouiller dans le vieux meuble. "Y a… Pas grand-chose dans cette bourse, va falloir aller en bas et tout rafl-AAAAAH Heilige Scheisse !" Par un courage qui aurait fait défaut à bien des guerriers, la cadette avait surgi dans la chambre, et planté un tisonnier dans la cuisse du ruffian.
Réagissant en une fraction de seconde, l'amazone bondit du lit où elle se tenait et, tel un félin, se précipita sur le jeune garçon apeuré qui n'avait pas encore saisi l'opportunité de s'enfuir qui s'offrait à lui. Elle réussit à l'attraper par le col de justesse, l'attirant contre son ventre et plaçant sa dague sous son menton tout en se plaquant elle-même contre le mur de la chambre. Coupées dans leur élan, la mère qui s'était redressée et avait sorti une jambe du lit et la cadette, son tisonnier brandit en l'air, menaçant, s'arrêtèrent comme pétrifiées.
Nola regarda l'assemblée avec un sourire narquois, avant que son regard ne s'arrête sur la fillette qui continuait de la fixer, l'air décidé « tu me plais petite, je suis sûr que je pourrai t'apprendre bien des choses » lui dit-elle en la gratifiant d'un clin d'œil. Puis, s'adressant à Dietrich « Tu peux te lever ? Prends l'argent que tu trouves et va te servir en bas, ensuite, on fout le camp. »
Il se redressa en grognant. "On devrait trancher la main sale merdeuse... Rah putain." Titubant, la bourse en main, il descendit piller tout ce qui pouvait avoir de la valeur, laissant la famille terrifiée dans les griffes de l'amazone.
Elle le laissa partir en râlant. Une fois que le bruit de ses pas s'éloigna vers le rez-de-chaussée, elle se tourna vers la mère de famille « Je ne suis pas avec ces hommes. Votre argent ne m'intéresse pas. J'enquête sur un trafic entre Myrmidens, Matorca et le nouveau monde. J'étais là-bas récemment, mais je n'ai pas rencontré votre homme, sais-tu qui l'a tué ? Le nom de Merker t'évoques quelques choses ? Si tu réponds à mes questions, je partirai et tu n'entendras plus jamais parler de moi. »
"Je ne sais pas. On m'a annoncé sa mort et... Je n'ai plus rien. Merker était un autre capitaine. Ils étaient tous de la même guilde mais... Ils étaient rivaux. Vous pensez que ça pourrait être lui qui…?"
« Quel était le genre de marchandise que Merker et ton mari avaient l'habitude de vendre ? Je ne sais pas qui est responsable de sa mort, mais Merker ne semblait pas le porter en haute estime. »
"Ils amenaient toutes sortes de biens à Matorca contre l'argent du sel, mais je suivais tout cela de loin... Partez, je vous en supplie."
En signe de bonne foi, elle relâcha quelque peu la pression sur le cou du gamin qui, entre temps, avait arrêté de pleurer et se contenter maintenant de suivre fébrilement l'échange entre elle et sa mère sans vraiment en comprendre le sens.
« Si tu veux que je vous laisse tranquille, il faut que tu me donnes quelque chose, une piste, un nom, ce que tu veux, mais je dois comprendre quel trafic sordide l'amirauté de Myrmidens entretien dans les frontalières ! »
"Quel trafic ? Mais tout enfin ! Tout ce qui se vend dans ces terres maudites passe par eux. Tout ce qui transite entre Sartosa, la Tilée et l'Estalie pour ou depuis ici."
« Même des humains ?! » dit-elle sèchement « Felipe et Gonzalo ça te parle aussi ? »
La pauvre femme prit le temps de réfléchir. Longuement "Que savez-vous d'eux ? Ils sont puissants. Très puissants. Très dangereux. Felipe Ravera del Cruz. C'est un armateur. Un Estalien. Ses navires vont jusqu'au nouveau monde. Gonzalo. C'est l'un de ses capitaines."
L'amazone prit un moment pour réfléchir, emboitant les différents éléments d'un puzzle qui commençait à se compléter dans son esprit, puis, elle déclara doucement « J'en sais encore trop peu, mais grâce à vous, je commence à y voir plus clair... enfin ! » avant de relâcher son jeune captif, et de se détourner vers la porte pour s'en aller. Juste avant de disparaitre dans le noir, elle s'arrêta et demanda « le navire commandé par Gonzalo, celui qui va jusqu'au nouveau monde, vous connaissez son nom ? »

"Le San Felicia."
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