[Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Les Principautés Frontalières ou les Royaumes Renégats, ont toujours été le théâtre d’innombrables batailles, guerres, conquêtes et défaites. La plupart des habitants des Principautés s’accommodent néanmoins de la situation, dans ces contrées où le moindre manant peut devenir roi en un jour pour connaître une mort ignoble le lendemain.

Les forêts des Principautés Frontalières regorgent de gobelins des forêts, d'elfes sylvains, etc. A proximité se trouve Barak-Varr, et les célèbres Pics Sanglants, remplis d'Orques.

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[MJ] Le Roi maudit
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Jet de charisme : 6, malgré la gueule de bois, ça marche encore
Une journée bien remplie se profilait à l'horizon. Le mal de crâne carabiné que l'Amazone ressentait depuis son réveil ne pouvait donc que magnifier son humeur. Mais une fois rafraichie et rhabillée, elle n'avait pas de temps à perdre.
En premier lieu, l'infirmerie. Kidd était assis sur un tabouret, de généreuses jeunes femmes tout de blanc vêtu lui changeaient les bandages. Il regarda Nola en souriant. "Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement. Demain, je devrais pouvoir bouger. Je ne dis pas que je serais vaillant, mais je respire encore."
Une d'elle lui fit ingurgiter une cuillerée d'un remède qui avait l'air si ragoutant qu'il tira la même tête qu'il faisait la veille, à moitié crevé dans les Bois.

Après cela, retrouver un arc. L'arme fétiche des Amazones. Heureusement, le château disposait d'une Archerie. Les artisans spécialisés veillaient à la fabrication délicate des mortelles armes de trait et de leurs projectiles. Mais si d'ordinaire, ils n'étaient pas disposés à la vente, l'un d'eux lui souffla un tuyau. Pour le double du prix estimé, il pouvait bien se permettre d'en égarer un. Et la mine sympathique de l'Amazone dont la nuit avait été courte et arrosée arriva même à le convaincre d'inclure dans la somme exigée le carquois et dix flèches. De deux couronnes plus légère, elle alla dissimuler ses achats dans sa chambre.

En redescendant dans les mornes couloirs de pierre, elle croisa une tête reconnaissable. Dame Mathilde. La jeune bretonnienne lui lança un sourire un peu moqueur. "Maria, vous vous êtes remis du banquet ?"
S'arrêtant à sa hauteur, elle se força à sourire en retour malgré la migraine qui lui martelait les tempes depuis son réveil « Un peu de repos et un bon repas ce matin et me voici de nouveau sur pied ! » puis, comme pour répondre à la pique de la jeune femme, elle dit « Votre protecteur vous a laissé un peu de répit pour la matinée ? »
"Il s'entretient avec le Duc sur des questions d'ordre militaire. Les Hommes." Avant de demander, un regard complice et de la malice pleine le visage. "Cela vous direz de venir sur les murailles avec moi ?"
Elle hésita un instant, mais la curiosité prit le dessus et elle répondit : « Je devais rejoindre Fabio… enfin le seigneur de Guadalquera aux écuries, mais j'imagine qu'il peut attendre un moment. »
"Vous aurez tout le temps du monde après, mais je sais à quelle heure la relève arrive pour avoir la paix." Elle lui fit un clin d'œil avant de la guider dans le dédale des corridors comme si elle avait vécu ici toute sa vie. Elle la suivit, se demandant ce que la demoiselle de Bouvrois pouvait bien avoir en tête. Elle découvrait une facette plus mesquine de sa voisine de table de la veille qui semblait, en l'absence d'autres personnes, avoir abandonné le masque de sérieux qu'elle portait habituellement.

Leur ascension s'acheva sur une tour peu commode, mais où le vent d'été soufflait son air rafraichissant. La vue était à couper le souffle. Loin, très loin au sud, on pouvait apercevoir la bande bleue de l'océan. Et du château à là-bas, des hameaux accrochés au sol rocailleux, des ruines, des tâches verdoyantes, des rares forêts de la région. Au nord, au levant et au Ponant, la silhouette perchée d'autres forteresses tout aussi anciennes et convoitées. Le monde entier sous son œil sombre.
"Cette vue... Elle ne ressemble pas à celle que j'ai longtemps connue. Mais depuis petite, je grimpais sur les murailles de mon château pour voir le monde. J'ai bien peu progressé depuis ce temps." Elle gloussa. "Et vous ? Ce monde ressemble-t-il à celui que vous avez laissé ?"
Surprise par la question, elle tenta de masquer son trouble en rendant son sourire à la jeune noble « Hé bien, c'est très différent de Remas ici… Bien plus sauvage, quoique les faubourgs de la ville ne soient pas l'endroit le plus sûr du monde non plus. » Se pouvait-il que la jeune femme se doute de qui elle était vraiment ? Et si c'était le cas, pourquoi prendrait-elle le risque de lui en parler en privé ? Cherchant à faire diversion, elle ajouta « où avez-vous grandi ? »
"En Bretonnie, dans le Duché de Bastogne, à quelques encablures du berceau de Gilles le Breton. Pour ainsi dire, l'un des plus importants lieux de notre royaume. Ce n'était ni un faubourg, ni une forêt. Juste la cage dorée dans laquelle on enferme les femmes de haute naissance. Mais je ne vais pas me plaindre. J'ai mangé à ma faim tous les jours de ma vie, j'ai porté plus de belles robes que la plupart des filles d'ici ont de vêtement dans toute leur vie. J'avais tout. Sauf la liberté. Et aujourd'hui, je l'ai aux dépens de tout le reste. Et j'en suis heureuse. Vous êtes libre Maria ?"

Partagée entre un léger malaise à l'idée d'avoir une telle discussion avec femme née avec une cuillère en argent dans la bouche et la curiosité que le côté effronté de la jeune noble continuait d'éveiller chez elle, elle dit en haussant les épaules : « Personne n'est libre. Beaucoup ragent contre l'habit que le destin leur a tissé, mais cela ne les empêche pas de le ramasser et de l'endosser jusqu'à la fin de leurs jours. Moi… je préfère marcher nue à la rencontre de la tempête. »
Elle réfléchit un moment. En bas, au bord des champs, deux hommes s'échinaient à faire avancer un bœuf récalcitrant. Elle se tourna, la taille contre la pierre. "Marcher nue face à la tempête. Une bien singulière idée. Mais oui. Si nous ne pouvons être libres, forçons un peu la main au destin. C'est ce que m'a dit Léonard, et d'autres, il y a tant de temps. Toute une vie, j'ai l'impression. Alors que cela ne remonte qu'à un ou deux hivers. De fuir le destin que l'on m'imposait. J'ai connu tant de gens qui l'avaient fait aussi, une bien curieuse bande si vous pouvez l'imaginer."
Avec un sourire sarcastique, l'amazone la dévisagea des pieds à la tête avant de dire « Pardonnez-moi, mais qu'est-ce qu'une femme... comme vous peut bien avoir à fuir ? Et quel genre de protecteur donne ce type de conseils ? »
"J'ai fui une vie où je n'étais qu'une pouliche. Mon père m'aimait. Avec tout l'amour que peut donner un père. Mais il n'était plus. Et je ne voulais pas servir de monnaie d'échange aux hommes qui se seraient partagé ses biens. Je voulais enfin voir le monde ailleurs que du sommet d'un rempart." Elle marqua un temps de pause.
"Et ils furent là pour m'offrir cette chance. Sir Léonard. Le plus preux chevalier de Bretonnie qui pourtant était né ici même dans cette terre oubliée des Dieux et des Rois. Le Bougre. L'écuyer plus vaillant qu'un millier de soldats. Luçon. Un berger qui devait se battre, bien plus que tous les autres hommes. Et enfin... Erwan. Un homme qui par-dessus tout. Était amoureux de la Liberté. Ils m'ont offert la chance de voir le monde. La chance de marcher nue face à la tempête." Mathilde lui fit un clin d'œil complice. Bien singulière comme expression. "Dans un monde d'Hommes, je pouvais enfin être autre chose que ce que les autres attendaient de moi. Comment refuser ?"
Sans chercher à cacher ses doutes, elle dit « Vous êtes donc en fuite ? On a parfois la chance de rencontrer des gens bien, je crois. Même chez certains hommes il y a du bon, les autres… soit on les domine, soit on s'écrase. J'ai choisi de ne pas m'écraser et le destin a prélevé son tribut. » enchaîna-t-elle en désignant son œil laiteux barré d'une cicatrice, « Pourtant, je referai ce choix un millier de fois s'il le fallait. »
"Je le referai aussi. Malgré ce que le destin nous prend." La noble fugitive regarda le ciel azuréen. "Dites-moi Maria. Les Femmes de Lustrie dont vous parlaient les marins... Pensez-vous qu'elles aussi ont des choix à faire ?"
« Je ne crois pas » pourquoi continuait-elle de mentir sur sa nature ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Mais Mathilde n’était plus dupe, « la vie dans la jungle est plus dure, le danger peut y prendre bien des formes. Mais les femmes qui y règnent savent dompter cet environnement, car elle le respecte, comme elle respecte leurs semblables. Je vous… nous souhaite de vivre un jour dans une société dirigée par des femmes. » conclut-elle tandis qu’un étrange sentiment de nostalgie la traversait.
"Les Femmes du Nouveau Monde auraient bien des choses à nous apprendre semble-t-il. Si le destin hasardeux que je trace devant moi devait me conduire jusqu'à une d'elles, je suis certain que j'en sortirais grandi. Et j'espère pour elle que sur ce continent si rigide, elle y trouvera ce que l'on cherche tous. Un peu de vent, la beauté de ce qui nous entoure, la liberté, les chants, et des Hommes qui chérissent plus les femmes que l'Or et les titres." Elle s'inclina respectueusement avant de se diriger vers la trappe qui les conduisait aux étages inférieurs. "Si d'aventure vous vous retrouviez à Banquestre ou à quelque endroit où je devais me trouver, vous serez la Bienvenue Maria. Vive les femmes de Lustrie et de Remas. Et vive ces braves qui savent nous apporter le sourire malgré tout. Au revoir."
Dans un élan de bétise ou de confiance, la femme de Lustrie et de Remas lança à la Noble avant qu'elle ne se dérobe à sa vue :

« Nola, vous pouvez m’appeler Nola. »
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Nola Al'Nysa
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Je regardais Mathilde disparaître dans l’escalier tortueux menant aux remparts avec l’impression étrange d’avoir fait une bêtise, mais sans pour autant la regretter. Des paroles prononcées un jour par le capitaine Syrasse me revinrent en tête : Un secret n'en est un qu'à condition de ne pas le partager. Une seule personne dans la confidence, et ce n'est plus un secret. Pourtant, sans que je ne puisse me l’expliquer, j’avais confiance en la jeune noble et sa sincérité m’avait touchée.
Après un dernier coup d'œil au paysage sauvage qui s’offrait à la vue depuis les remparts, je descendis à mon tour jusqu’à la cour du château pour y retrouver Fabio. Quand j’arrivais aux écuries, je fus accueilli par le maître des lieux, un homme bourru à la barbe hirsute qui devait préférer la compagnie des animaux à celle des hommes. Sans détourner le regard du cheval qu’il était en train de brosser, il m’expliqua que le seigneur de Guadalquera était dans le manège avec son destrier auquel il faisait faire de l’exercice.

Lorsque je pénétrais dans l’espace rond et clos couvert d’un fin gravier jaune, je vis en effet Fabio qui me tournait le dos. Occupé à faire tourner sa monture autour de lui le long des barrières et la tenant au bout d’une longe, il ne m’entendit même pas approcher et c’est avec un sursaut qu’il se retourna lorsque je lui mis la main sur l’épaule.
« Te voilà enfin » dit-il avec un sourire tandis que je me plaçais à côté de lui « peux-tu aller chercher la selle que j’ai laissée là-bas ? »
Pendant que je me dirigeais vers la barrière en bois sur laquelle il avait accroché les différentes affaires nécessaires pour sceller son cheval, il s’occupa de ramener sa monture proche de lui et l’immobilisa. « Je te présente Harold, il m’accompagne depuis deux ans sur les champs de bataille » expliqua-t-il. Puis, comme il voyait que j’hésitais, il me dit « Tu peux le caresser. » Je posais une main sur le flanc de l’animal, sentant sa respiration régulière et calme soulever son ventre sous ma paume. Le poil de sa robe baie était bien entretenu, preuve du soin que Fabio portait à son fidèle destrier et il restait immobile pendant que je le caressais.

« Tiens regarde, d’abord, on va installer les matelassures, puis la selle, le pommeau en avant et ensuite, je te montrerais comment régler les étriers. » Je passais les minutes suivantes à sceller l’animal en suivant les instructions de Fabio. Ce moment de complicité était agréable et je prenais plaisir à apprendre auprès du chevalier qui semblait pour sa part plutôt fier de m’avoir pour élève. Enfin, Harold fut prêt pour être monté et après quelques dernières consignes de Fabio, je me lançais.

Attrapant le pommeau d’une main, je plaçais mon pied dans un étrier et d’un geste souple, me hissais en selle du premier coup. Mon agilité naturelle et la docilité du cheval aidant, je trouvais tout de suite mon équilibre et c’est avec détermination que je me saisis des rênes. Dans un premier temps, Fabio s’occupa de mener la monture par la bride, nous faisant faire le tour du manège au pas, afin que je comprenne comment bouger en rythme avec l’animal. Puis, comme je semblais à l’aise, il lâcha le cheval et me mit au défi de refaire le même parcours seule. J’y parvins assez aisément, mais sans grand mérite car la brave monture avait l’habitude de cet exercice et c’est le sourire aux lèvres que je bouclais quelques tours de piste.
Encouragé par mes progrès, je m’enhardis quelque peu et sous les consignes du chevalier, je donnais un bref coup de talon dans les flancs de l’animal. Celui-ci réagit instantanément en se mettant au trot. Surprise, je faillis partir à la renverse en arrière, mais à la force des abdominaux, je parvins à rester en selle. Ensuite, c’est avec bonheur que je fis faire à Harold plusieurs tours à pas vif, grisée par la sensation de vitesse et la caresse du vent sur mon visage.

Après avoir bien profité, je fis stopper le cheval de bataille et pendant que Fabio lui attrapait la bride, je sautais à terre. Heureux de me voir si contente de ma leçon, il me tendit les rênes et m’indiqua un box à l’entrée des écuries. Je menais la monture docile à pas tranquille jusqu’à l’endroit désigné, puis remplissais sa mangeoire d’avoine tandis que Fabio ramenait un seau d’eau clair. Ensuite, toujours sous la supervision de mon amant de la veille, je passais un long moment à lustrer le poil de l’animal à l’aide d’une brosse à poils durs. Voyant que j’avais la situation bien en main, le chevalier s’en alla pour discuter avec l’un des palefreniers du château et je me retrouvais seule avec le cheval. C’était un instant apaisant, le fier destrier semblait apprécier ma présence et quant à moi, tout en balayant machinalement sa robe, je laissais mes pensées vagabonder.

Quand l’heure de se quitter arriva, je posais ma main sur le front du cheval qui, sans broncher me laissa faire. Mon regard se plongea dans ses yeux sombres et profonds et dans un élan de confiance, j’appliquais mon front contre le sien. Quelques secondes passèrent sans qu’il ne me repousse, puis, de moi-même, je me décidais à le quitter, le laissant profiter tranquillement de sa journée de repos avant de reprendre la route.

En effet, j’avais appris par Fabio que dès le lendemain, le Duc souhaitait reprendre la route pour se diriger à l’est, jusqu’à Matorca, afin de chasser des bandits qui, disait-on, faisaient régner la terreur dans les environs de la ville portuaire. J’avais évidemment ressenti un léger sentiment de malaise à l’évocation des pillages dont parlait le chevalier, mais j’avais réussi à dissimuler mon trouble. Pour ma part, je souhaitais également partir le plus vite possible pour reprendre ma route vers Myrmidens, or, comme Fabio s’en allait et que Kidd m’avait annoncé se sentir apte à reprendre la route le lendemain, je décidais de me mettre en quête de potentiels voyageurs susceptibles de faire une partie du chemin avec nous.
Pourtant, à mon grand regret, après avoir questionné Fabio ainsi que de nombreux résidents du château, je ne trouvais personne se dirigeant vers le golf noir ou vers l’ouest de principautés frontalières. Je résolus donc d’aller voir dans le village qui s’adossait aux murailles de la forteresse si j’avais plus de chance.

Contrairement à la plupart des bourgades que j’avais traversées, celle-ci était propre et bien organisée. On sentait que la rénovation du château avait bénéficié aux habitations alentour et que quelqu’un, sûrement un conseiller du Duc, tirait les ficelles et veillait à ce que le développement se fasse de manière logique et ordonnée. Une cinquantaine de maisons et d’échoppes diverses et variées faisaient le siège des hauts remparts de pierre et je me dirigeais vers la grande place centrale où semblait se concentrer le gros de l’activité. Grand bien m’en pris car, alors que je sortais de la rue menant directement de la forteresse à la place, je tombais presque instantanément sur un groupe de marchands et d’artisans rassemblés dans un coin qui semblaient s’affairer sur les préparatifs d’un voyage. Pourtant, ma joie fut de courte durée car, bien qu’ils soient plutôt enchantés à l’idée de m’accueillir dans leur groupe, ils se rendaient à Myrmidens en faisant une large boucle par les différentes villes du coin, ce qui me ferait mettre bien trop de temps. Pourtant, ils insistèrent pour me convaincre, car une personne capable de se défendre et qui était autonome, ce n’était pas pour leur déplaire. Malheureusement, je ne pouvais pas me permettre de perdre encore plus de temps et c’est avec regret que nous nous séparâmes, le chef d’expédition me serrant la main et m’invitant à me présenter demain à l’aube si je changeais d’avis.

Un peu déçue par ce faux espoir, je me rendis à la petite taverne qui trônait dans un angle de la place. Elle était modeste, mais avait dû être construite peu de temps auparavant et semblait bien tenue, ce qui était agréable. Lorsque j’entrais dans la pièce principale, je fus accueilli par le patron, un type rondouillard à la mine joviale. En milieu d’après-midi, la pièce était presque vide et je fus donc servi rapidement. Pendant que je buvais ma bière, accoudée au comptoir, je demandais au tenancier s’il avait entendu parler de voyageurs de passage qui se rendaient vers le golf noir. Après tout, si certains étaient passés la veille ou l’avant-veille, je pourrai peut-être les rattraper pour finir la route avec eux. Malheureusement, il secoua la tête en signe de dénégation, apparemment, les groupes de voyageurs étaient rares en ce moment à cause des nombres troubles qui agitaient la région.

N’ayant entendu que la moitié de notre échange, sa femme dû croire que je cherchais du travail et me proposa un poste à l’étage pour s’occuper de l’entretien des trois chambres que l’établissement mettait à disposition des voyageurs. Comme je refusais, elle s’éloigna en haussant les épaules.
Alors que j’avais presque terminé ma boisson, un homme vint s’installer juste à côté de moi au comptoir, plus proche que la politesse ne le permettait. Je tournais la tête pour le fusiller du regard et découvrais un militaire à l’allure peu engageante.
- « Dis-moi mignonne, on t’as entendu avec les gars, y s’trouve que nous on y va à Myrmidens, et dès demain ! » dit-il, désignant d’un geste un groupe de trois hommes installés au fond de la salle, tous un verre à la main, le regard braqué sur nous.
- « Qu’est-ce que vous allez y faire si ce n’est pas indiscret ? » lui demandais-je d’un ton froid, son allure et celle de ses acolytes m’inspirant de la méfiance.
- « Vendre nos épées à qui en a besoin, c’est ce qu’on fait d’mieux. Si tu viens avec nous, tu seras en sécurité pour sûr. » ajouta l’homme en posant sa main crasseuse sur mon bras.
- « Merci pour la proposition, mais j’ai déjà une place dans la caravane sur la place. »
- « Bah alors pourquoi t’emmerdes mon ami le patron avec tes questions ? » dit-il, changea brusquement de ton et en serrant mon poignet fermement.
Un coup d'œil furtif au tenancier m’apprit qu’il n’était en aucun cas l’ami de cet homme, mais je surpris dans son regard un avertissement, comme s’il me suppliait de ne pas faire de vagues. Derrière lui, par la petite ouverture menant à la réserve, je vis sa femme se faufiler discrètement et disparaitre.
- « Et toi pourquoi tu retournes pas lécher les culs des trois clébards qui te servent de compagnons au lieu de venir jouer les chefs de meute avec moi ? » sifflais-je entre mes dents, sans bouger pour autant afin qu’il comprenne que je n’étais pas impressionnée. Pendant ce temps, ma main libre serait l’anse de ma chope, prête à agir.
- « Répète un peu sale chienne ! » beugla-t-il en se redressant. Puis il leva la main, se préparant à m'asséner une violente gifle du revers.
Avant qu’il n’ait eu le temps de finir son geste, je projetais ma chope de toutes mes forces en plein sur le côté de son visage. Le récipient émit un étrange bruit en rencontrant la tête de l’homme, mais ne cassa pas. En revanche, du sang se mit à couler de l’arcade du mercenaire qui, un peu sonné, mit un moment à réagir. Le temps que je me retourne, ses trois compagnons étaient déjà presque sur moi, un rictus mauvais sur le visage.
Je me gainais, prête pour l’affrontement mais alors qu’ils n’étaient plus qu’à deux mètres, une voix puissante les interrompit : « C’est quoi ce bordel ?! »

Cinq gardes armés et portant les couleurs du Duc d’Ambrandt venaient de faire irruption dans la taverne. La main sur la garde de leurs armes, ils se déployèrent en demi-cercle autour du comptoir. Derrière eux, j’aperçus la femme du tavernier qui, se faisant discrète, ne pouvait s’empêcher de jeter un coup d’œil à l’intérieur. On était maintenant presque à l’étroit à onze dans la petite salle commune, pourtant un lourd silence y régnait.
- « C’est rien captain » dit l’homme qui avait fait la bise à ma chope « la demoiselle et moi avons eu une légère dispute. C’est un malentendu, je pensais qu’elle… travaillait ici quoi. »
Le soldat le toisa un moment du regard, puis me regarda et sembla me reconnaître. Finalement, il finit par dire : « Je vous invite à quitter les lieux madame, quant à vous quatre, si j’entends encore parler de vous une seule fois, c’est dans une geôle que vous passerez la prochaine nuit. »
Alors que je sortais à la suite des soldats, le chef des mercenaires se permit une dernière bravade, comme pour avoir le dernier mot :
- « Tu dors où ce soir ma belle ? Ne barres pas la porte de ta chambre et je viendrai me faufiler dans ton lit pour t’apprendre un peu le respect. »
- « Risques-toi y et tu sera eunuque lorsque tu repassera le seuil » dis-je sans même me retourner.
Furieuse, je remontais au château à pas rapide, désireuse de mettre de la distance et un rempart entre moi et les hommes que je venais d’offenser. Dès le début, j’avais compris que rien de bon ne sortirait de cet échange et que partir sur les routes avec une troupe comme celle-ci était la pire chose que pouvais faire une femme. Qui me disait qu’ils n’allaient pas attendre que nous soyons isolés pour couper la gorge de Kidd et essayer d’abuser de moi ? Maudissant le sort qui avait placé sur ma route ce groupe de mercenaires, je réfléchis à la meilleure solution pour éviter de les rencontrer à nouveau dans les jours à venir. Peut-être devrions-nous tout de même partir avec la caravane de marchands avant de bifurquer plus tard en direction de Myrmidens ? Cela restait à voir.

Je passais la fin d’après-midi à récupérer mes différentes affaires éparpillées aux quatre coins du château, puis à préparer mon départ du lendemain. Le soir même, le Duc offrait un nouveau repas mais en plus petit comité avant son départ du lendemain. Je réussis à me faire excuser, préférant plutôt manger sobrement avec Kidd afin de lui exposer mes projets pour la route qui nous attendait et de lui narrer l’accrochage que j’avais eu avec les mercenaires plus tôt dans la journée. Nous dinâmes donc d’un bouillon de légumes avec quelques morceaux de viande et de quelques tranches de pain avec du fromage de brebis. Puis, comme il semblait encore fatigué, je le laissais se reposer afin qu’il profite pleinement de sa dernière nuit dans un lit.
Alors que je montais profiter du coucher du soleil à l’endroit des remparts que dame Mathilde m’avait montré plus tôt dans la journée, j’eus la surprise de la découvrir déjà en place, profitant du spectacle grandiose du ciel qui s’enflamme. Elle se retourna à mon arrivée et me sourit :
- « Maria ! Je vous avez bien dit que la vue était belle ici »
- « En effet, c’est magnifique » murmurais-je « et puis c’est calme. »
Nous échangeâmes un sourire de connivence, comprenant que l’une comme l’autre, c’est avant tout un peu de tranquillité que nous étions montés chercher ici.
« Que faites-vous ensuite ? » demanda Mathilde, pleine d’entrain « venez dans mes quartiers, je vous montrerai un jeu très intéressant auquel j’ai appris à jouer plus jeune. »
Je la suivis donc une fois que le soleil eut fini de disparaître à l’horizon et je pénétrais à sa suite dans la grande chambre qu’elle occupait. Habitué à dormir dans les cabanes de bois et de feuilles de la jungle, puis dans les cales sombres et humides des navires et enfin, dans des auberges à l'hygiène douteuse, j’avais eu l’impression la veille de dormir dans une chambre de reine, pourtant, je compris que je m’étais fourvoyé en découvrant les quartiers de dame Mathilde. Beaucoup plus grands que ma chambre, ils avaient l’avantage d’être percés de plusieurs fenêtres qui, bien qu’étroites, devaient diffuser une lumière agréable en journée. Un lit immense trônait dans un coin de la pièce et en son centre, un épais tapis sur lequel étaient installés plusieurs fauteuils moelleux et une table basse en bois clair. Elle se déchaussa et jeta nonchalamment la cape qu’elle portait sur les épaules sur son lit, puis se dirigea vers un meuble d'où elle sortit un pichet de vin et deux verres qu’elle déposa sur la table.

« Installe-toi Maria, mets-toi à l’aise. Je suis contente d’avoir un peu de temps avec quelqu’un qui semble me comprendre. Quelqu’un qui… n’est pas de mon monde. »
Me mettant à l’aise à mon tour, je m’installais face à elle, tandis qu’elle déployait un morceau de tissu épais. Il était couvert de petits cercles blancs et noirs qui partaient dans tous les sens, sans motifs précis. Puis, elle déposa une bourse sur la table, mais contrairement à ce à quoi je m’attendais, ce ne sont pas des pièces qui en sortirent, mais des petits cailloux noirs et blancs eux aussi.
- « C’est un jeu de logique, le but est de récupérer les cailloux de l'autre en perdant le moins de terrain possible » commença à expliquer Mathilde.
- « On dirait une simulation de bataille » observais-je, la curiosité piquée.
- « On peut dire ça en effet » dit-elle en riant.
Je ne tardais pas à m'absorber dans le jeu des cailloux, étrangement apaisant. Les pierres étaient noires et blanches, lisses et agréables au toucher. Le joueur devait en tirer un certain nombre au hasard et les placer à l'intersection des lignes dessinées sur le tissu. Ensuite, les déplacements possibles étaient nombreux, car une pierre noire pouvait prendre la place d'une blanche et l'obliger à se positionner sur une autre intersection, et une blanche en faisait autant avec une noire.

Mathilde était une joueuse excellente, faisant preuve de logique et d'anticipation, elle gagna haut la main toutes les parties que nous fîmes, même si sur la dernière, j’eus la satisfaction de la pousser un peu dans ses retranchements. Plusieurs heures et deux cruches de vin plus tard, je m’étirais pour détendre mon dos douloureux d’être resté si longtemps dans une mauvaise position, mon buste penché vers la table basse, et étouffais un bâillement.
« Il doit être tard ! Tu devrais aller te coucher si demain tu dois reprendre la route » dit Mathilde tout en rangeant le jeu et en débarrassant la table de nos verres. Nous discutâmes encore un long moment puis, je pris enfin congé. Avant de me laisser partir, elle me serra dans ses bras, me remerciant pour ce moment et je devinais que derrière ce sourire et cette assurance de façade qu’elle arborait en société, beaucoup de tristesse devait se cacher. Je retournais à ma chambre, puis, sûrement à cause du vin, j’eus un éclat de rire, seule au milieu d’un couloir, en pensant au fait que je venais de passer une soirée à boire du vin et jouer à des jeux avec une noble bretonienne dans un château.
Quand je pénétrais dans la petite pièce, je constatais avec stupeur qu’un homme était endormi sur mon lit. Bêtement, la première personne qui me vint à l’esprit fût le chef des mercenaires et je manquais de me jeter sur l’inconnu avant de reconnaître Fabio. Comment était-il rentré ? J’imaginais sans peine qu’il devait connaître une personne possédant les clés de toutes les chambres de la forteresse, et puis, sa présence ne me dérangeait pas, au contraire.

Après m’être déshabillée, je me glissais à côté de lui pour le réveiller en l’embrassant. Il se réveilla, souris et me prit dans ses bras.
« Je t’ai attendu longtemps » dit-il, comme pour justifier de s’être endormi. Puis, il m’embrassa et la nuit, une fois de plus, fut la seule témoin de nos ébats qui durèrent jusqu’à l’heure la plus sombre, tantôt violents et enflammés, tantôt doux et passionnés.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
Profil: For 10 | End 8 | Hab 9 | Cha 8 | Int 9 | Ini 8 | Att 10 | Par 10 | Tir 8 | Foi 0 | Mag 0 | NA 1 | PV 65/65
Mon histoire : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_nola_al_nysa

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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

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Ils partirent tôt, avec leurs vêtements propres, leurs bottes retapées, les besaces pleines et ce sentiment réconfortant d'avoir passé la nuit sur autre chose que la rocaille dure et les herbes sèches. Fabio lui fit un adieu assez sentimental pour un grand gaillard armé. Il partait vers l'Est. Elle, vers le Ponant. Kidd la rejoignit peu après et l'étreignit aussi. Il leur restait la moitié du chemin, normalement le moins dur. Mais dans les Principautés, il ne fallait jurer de rien.
L'Amazone avait décidé de commencer le chemin avec la caravane. De manière à ne pas tomber sur une mauvaise rencontre. Le souvenir des mercenaires encore prégnant, il valait mieux jouer la prudence. Les trois premières heures du trajet se passèrent ainsi sous le grincement des chariots, le mugissement des bœufs, les jurons des cochers et le silence taciturne des gardes de la caravane.
Ces grandes caravanes étaient le lien vital d'un bout à l'autre des principautés. Chargées de marchandises de l'Empire pour les écouler en Tilée, en vendant le surplus sur le chemin. Ainsi le sel de Matorca, l'ambre des communautés forestières, les fourrures ou le minerai se troquaient avec le lard d'Averland, les cuirs de longue-cornes, le marbre de Tilée. Et puis, si les caravanes étaient lentes, elles pouvaient attendre des communautés inaccessibles en bateau.

Mais l'heure de la séparation sonna quand la Caravane dut partir sur l'embranchement de droite, pour relier ces fameuses communautés. Pour Nola, le temps était bien plus précieux, et elle partit avec Kidd et l'âne vers la gauche. Plus rapidement vers Myrmidens.
Pourtant, elle décida de passer dans la broussaille. Au grand désarroi de ses deux compagnons. Kidd protesta au vu de son état, mais les mercenaires hantaient encore l'esprit de Nola. S'ils avaient des chevaux, ils pourraient être sur leur position en un rien de temps. Bon gré mal gré, les branches taquinant leurs beaux habits propres, les genoux égratignés et l'âne qui renâclait, ils progressèrent. Au loin, ils virent la forme de quelques villages ou hameaux. Parfois abandonnés et dévorés par la végétation, parfois bien vivants. Mais ils continuèrent un bon moment dans des taillis déserts.

"Si tout se passe bien. On est à Myrmidens dans quoi... Cinq jours ? On est à peu près dans les temps."
"Le problème, c'est justement que jusqu'à présent, rien ne s'est réellement bien passé. Alors avançons et surtout, ouvrons l'œil. J'aimerais éviter de nouvelles rencontres d'ici à notre arrivée."
"Par contre... C'est quoi ton plan une fois arrivés justement ?"
"C'est là que ça se complique... Je ne connais rien de cette ville à part ce que l'on a bien voulu m'en dire. Je pense qu'il faudra que l'on pose quelques questions aux bonnes personnes et qu'on aille faire du repérage sur les quais. L'idéal serait que l'on rencontre quelqu'un de bien placé et qui trempe dans des affaires pas trop claires. Ces gens-là sont toujours prêts à aider moyennant service."
Ils poursuivaient leur ascension de la pente, des gravillons pleins les bottes et le souffle court.
"Tu pourras toujours t'embarquer sur un navire et filer pour rejoindre le capitaine et le reste de l'équipage Kidd, je t'en voudrai pas. Moi, j'irai au bout des choses, quoi qu'il en coute."
"Si j'ai choisi de t'accompagner, ce n'est pas que pour ton bel œil hein. Sur le navire, je ne suis d'aucune aide. Ici... J'ai réussi à être à peu près utile."
"Moi, je te trouvais utile sur le navire. J'imagine que maintenant, il doit plus y avoir grand monde pour astiquer le pont supérieur…" dit-elle en lui jetant un regard en coin, avant d'éclater de rire devant sa mine déconfite.
Boudeur, il vint lui asséner un coup de longe dans le bas du dos. "Je t'en ferais astiquer des ponts moi ! Quand je serai capitaine !" ll rigola à son tour. Mais le vrai soulagement vint quand ils arrivèrent au sommet de cette maudite butte pleine de buissons épineux. Nola n'ajouta rien, rigolant aux vantardises du mousse. Mais leur solitude touchait à leur fin. À quelques minutes de là, ils trouvèrent un camp de trappeurs. Des chasseurs imposants et barbus dépeçaient des loups et des renards, les carcasses pêlées s'entassant sur une couverture de cavalerie tandis qu'un énorme bougre les débitait en tronçons. Entre ça et les gigots de cerfs, le camp sentait la viande grillée. Trop de monde, les environs trop défrichés, impossible de contourner.

Alors quand il faut y aller, il faut y aller.

Comme les hommes, absorbés par leur besogne, ne les avaient pas encore remarqués, elle fit signe à Kidd de s’arrêter et lui dit : « Reste un peu en retrait avec l’âne, si je te fais ce signe dans mon dos, c’est qu’il faudra s’éclipser discrètement ».
Remontant sa capuche sur sa tête, elle s’avança à découvert en périphérie du camp de fortune, les deux mains bien en vue. Une fois quel quelques trappeurs l’eurent repérés, elle dit « Excusez-nous du dérangement, nous sommes de simples voyageurs, nous ne faisons que passer. »
Ils regardèrent les deux venants, un peu surpris. "Vous êtes bien loin de la route pour des voyageurs, pourquoi venir dans ces taillis ?"
« Hé bien, d’une part, je pensais gagner du temps et coupant par ici, avant de me rendre compte que le terrain était plus accidenté que je ne le croyais, et d’autre part, les routes ne sont plus sûres en ce moment. Il vaut mieux les éviter à moins d’être en nombre »
"Il est vrai. La région grouille de déserteurs, de pillards, de soudards à la solde des seigneurs. On parle même de violeurs et de meurtriers. C'est pour ça que même pour chasser, on reste groupés."
Un autre trappeur, plus jeune et présentable, posa une buche. "Soufflez un peu, le ciel est lourd, un peu d'eau et un repas chaud ça vous dirait ?"
Avec un sourire, elle refusa « Merci, mais nous avons encore un long chemin à faire et déjà beaucoup de retard. »
"Vous allez jusqu'à où ? Parce qu'avec un âne et un blessé, si vous vous trompez, vous allez passer la semaine dans la montagne."
« Dans ce cas » dit-elle en haussant les épaules, « Ce serait dommage de se priver des conseils de gens connaissant le coin, merci de votre proposition. »
Elle s’approcha du plus jeune trappeur avant de poursuivre « Nous nous rendons vers le golf noir, nous espérons y être dans quelques jours. »
"La Grande ville hé ? On va vendre les peaux dans une ou deux semaines à un des villages, ou à un des fortins. Mais si vous êtes pressés." L'Ainé commenta. On leur amena un seau plein d'eau, délicieusement fraiche, et on commença à débiter la viande cuite. "Profitez, on a trouvé une source. C'est précieux dans le coin."
« Vous levez le camp bientôt ? » demanda-t-elle en acceptant le récipient qu’on lui tendait pour le plonger dans le seau d’eau.
"Quand les peaux seront prêtes." Le vieux se craqua ses phalanges d'ours. "Si vous voulez, on vous prête Wolfgang." Le jeune trappeur tourna la tête. "Il est un peu con, mais il a le pas sûr, il vous guidera jusqu'à la fin de la grande route, là où les patrouilles font fuir les brigands."
« Ce serait généreux de votre part, mais cela m’embête de vous priver d’une paire de bras »
"Oh, ce n'est pas offert, mais quatre sous en portant des ballots de fourrure ou quatre sous en vous empêchant de vous casser les pattes dans une crevasse, c'est quatre sous. Et j'en dormirais mieux cette nuit."
Après avoir jeté un coup d’œil furtif à Kidd qui hocha la tête de manière imperceptible, elle tendit la main au vieux trappeur et lui dit « j’accepte votre offre. Trois sous et je charge vos premières peaux sur notre mulet. Si votre gars peut être prêt à partir dans l’heure. »
Jet d'intuition sur les trappeurs : 5, réussite
Jet d'orientation : 19, blerg
Jet de connaissance sur l'empire : 18, blergh²
L'affaire conclue, les pieds reposés, le ventre rempli et le gosier rafraichi, ils partirent vers l'ouest. Sans perdre de temps. Le versant était plus arrosé que celui à l'opposé, plus touffu. Cela prenait des allures de vraie petit bois. Nola ne disait rien, Wolfgang non plus. Pendant de longues, très longues minutes. Jusqu'à ce que Kidd se dévoue pour briser la glace.
"Wolfgang, c'est Impérial non ?"
"Oui. Je suis né dans le Solland. C'est au... Sud. De l'Empire. Au nord d'ici donc."
"Qu'est-ce qui vous amène ici alors ?"
"L'Oncle, comme on l'appelle. Il nous a ramassé tour à tour, on a chassé les bestiaux toute notre vie. De l'Averland à ici. C'est rude, mais bon. On s'y fait. La vie dans les forêts."
« Des fois, on est mieux dans la forêt que dans les villes. La vie est rude, mais l'air y est pur. » commenta-t-elle, juste derrière les deux hommes, fermant la marche en tenant la bride de l'âne.
"C'est vrai. C'est vrai. La ville pue, la forêt ou mes compagnons aussi mais... C'est différent. Je suis rassuré quand je sens un de ces corniauds, ça veut dire qu'on est toujours là. En ville. Trop de monde. De gens. De mauvaises gens."
"Il y a des mauvaises gens aussi sur la route."
"De fait. Mais sur la route, vous pouvez vous éviter. Deux groupes se croisent, se regardent, s'éloignent. En ville, on est comme une bête dans un piège. On mord, ou on est mort."
« Ca fait longtemps que vous êtes établis dans la région ? »
"Six ans."

Leur descente s'acheva dans un vallon boisé. Entre les arbres silencieux, les restes de quelques maisons en pierre trahissaient que les lieux furent occupés autrefois.

« Vous avez déjà vous rendre à Myrmidens dans ce cas, non ? »
Il opina du chef.
« Vous avez peut-être un contact pour nous, un marchand qui rachète vos peaux, ou bien quelqu'un qui travaille sur le port ? »
"Pas beaucoup, je suis désolé. Je vends surtout auprès des tanneurs dans les villages autours... Mais. Je connais une femme. Elle est gantière. Je sais pas si vous cherchez une gantière, mais bon."
Il rajouta : "Mais Dame..." "Maria." "Vous voulez que je vous conduise jusqu'à la ville même ?"
"Est-ce réellement possible pour vous ? Ne risquez-vous pas de vous attirer des soucis avec l'Oncle."
"C'est faisable, non, non, pour quelques sous."
Elle peinait à s'habituer à cette habitude qu'avaient les hommes à toujours tout ramener à l'argent.
« Si vous êtes capable de nous amener directement jusqu'à la cité de manière rapide et discrète, je suis prête à y mettre le prix. » grogna-t-elle à contrecœur.
Il opina du chef, continuant à les guider. Un peu plus tard, il ajouta : "Si on évite la plupart des relais sur le chemin, on s'en tirera sans payer l'octroi une demi-douzaine de fois. Vous en serez gagnante."
Kidd envoya un second coup de longe à sa partenaire de tous les mauvais coups, manquait plus qu'elle vexe leur guide !
« Si vous le dîtes. » conclut l'amazone d'un ton peu convaincu, ignorant l'avertissement du gamin.

Ils continuèrent jusqu'à sortir de ces bois, le soleil était beaucoup moins haut dans le ciel. Ils continuèrent donc sur ces pistes de chasseurs et de cabris, au loin les fumées de quelques villages rappelaient que la vie était toute proche. Mais ce fut dans un renfoncement qu'ils s'arrêtèrent pour la nuit. Une modeste grotte confortablement rembourrée par les peaux et leur matériel pour former un nid douillet quoi que sommaire. Et à trois, les quarts seraient moins longs. Plus qu'à occuper la soirée avant de piquer un repos mérité.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Kidd poussa un soupir de soulagement lorsque Wolfgang désigna d’un geste la grotte dans laquelle nous allions faire halte pour la nuit. Après avoir attaché l’âne à un arbre solide proche de l’entrée, je me mis en quête de petit bois pour allumer un feu tandis que Kidd et Wolfgang s’occupaient de décharger nos affaires afin de rendre le camp le plus confortable possible pour la nuit. Dormir dans une grotte, même petite, présentait l’avantage de pouvoir faire un feu qui ne serait pas visible de loin. De plus, la petite dépression boisée dans laquelle notre tanière se trouvait confortait cet avantage et la perspective d’un repas chaud fit gronder mon ventre.
Par prudence, ou par paranoïa, je profitais de ma collecte de combustible pour faire un tour complet de la petite cuvette où nous étions installés. Je craignais qu’en cas de visite nocturne, nous n'ayons du mal à nous échapper mais mon inspection me permit de découvrir que l’on pouvait quitter l’endroit par au moins trois pistes différentes.

Rassurée et les bras chargés de bois sec, je revins à la grotte l’esprit plus tranquille. Wolfgang terminait d’installer le camp tandis que Kidd, le visage un peu pâle, était déjà installé sur un matelas fait de plusieurs peaux, l’air épuisé.
- « Ça va ? » lui demandai-je tout en déposant mon chargement à l’entrée de la caverne.
- « Oui, un gros coup de fatigue on va dire. Ce sera mieux de jours en jours j’imagine. »
Je hochais la tête et me détournais, ne voulant pas montrer au gamin que son état me préoccupait. Voyant que Wolfgang s’occupait déjà d’allumer le feu, je décidais d’aller me rafraîchir rapidement au petit point d’eau que j’avais aperçu proche de la grotte.
L’endroit était une petite mare à peine assez profonde pour y remplir le récipient que j’avais emmené avec moi, mais je profitais de la fraîcheur de l’eau et du calme du lieu pour me laver le visage et les bras. Quelques rayons de soleil perçaient encore à travers la cime des arbres, mais le paysage s’assombrissait rapidement et aux alentours, on n’entendait rien d’autre que les bruits caractéristiques des bois.

Après avoir profité de ce court moment de calme, je retournais vers le camp et une fois arrivée, j’accrochais le récipient d’eau au-dessus du feu pour la mettre à chauffer. Pendant ce temps, Wolfgang déposait des tranches de viande sur de grandes pierres plates qu’il déposa ensuite à proximité du foyer. Personne ne parla durant les longues minutes de cuisson. Kidd semblait s’être assoupi et Wolfgang comme moi nous contentions de regarder les flammes, chacun suivant le fil de ses pensées. Je regardais le trappeur à la dérobée et le surprit plus d’une fois en train de me fixer lui aussi. Grand et massif, c’était un homme puissant et endurcis par une vie difficile à chasser et à travailler dans les terres hostiles des frontalières. Il avait de longs cheveux bruns dont il n’avait pas dû s'occuper depuis une éternité. En revanche, sa barbe était plutôt bien taillée, entourant un visage dont les traits semblaient coupés à la serpe et que perçaient deux yeux marrons. Les coups d'œil réguliers que je le sentais me jeter me mettaient mal à l’aise et je fus soulagé quand le repas fut presque prêt. Comme l’eau commençait à bouillir, je me levais et sortis de mon paquetage des herbes à tisanes que j’avais achetées avant de quitter Matorca pour les mettre à infuser dans le récipient.

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Une fois le repas prêt, je réveillais Kidd et nous dinâmes en silence de pain encore frais du matin, de viande chaude et saignante sur laquelle Wolfgang avait déposé quelques herbes aromatiques que je ne connaissais pas et de fromage. Kidd ne tarda pas à retourner se coucher à la fin du repas, mais pour ma part, je n’avais pas sommeil. M’installant le plus confortablement possible proche du feu, je m’adossais à la paroi de la grotte et avec mon couteau, commençais à tailler un morceau de bois pour m’occuper. Le trappeur vint s'asseoir à côté de moi, une outre de vin à la main. Puis, après avoir bu une longue gorgée, il me la tendit en souriant.
Pendant que la soirée avancée et que l’outre diminuait, les langues se délièrent quelque peu et je découvris que, contrairement à ce qu’avait dit celui que Wolfgang appelé l’Oncle, notre guide était loin d’être idiot.
- « Vous formez quand même une étrange compagnie » dit-il en englobant d’un geste du bras Kidd, moi et l’âne.
- Je souris « le destin fait parfois les choses de manière étrange c’est vrai. »
- « Ma foi, ça m’dérange pas d’te conduire. Ça me change de la routine, c’est l’aventure. » continua l’homme en haussant les épaules
- « Si l’aventure pouvait se tenir éloignée de moi quelque temps, j’en serais ravi. »
- « Pourtant tu t'rends à Myrmidens… et avec un gamin blessé » commenta-t-il tout en descandant une longue rasade de vin. Je haussais un sourcil interrogateur et il reprit « j’ai toujours trouvé les villes plus dangereuses que ces montagnes. Plus elles sont grandes, plus le danger y est présent. »
- « Myrmidens, c’est grand ? »
- « Pas mal ouais, enfin c’est surtout les quartiers qui se sont formés autour qui la font paraître plus grande… mais c’est une ville violente pour sûr. »
- « Original » dis-je d’un ton sarcastique tout en finissant de rouler un fin cigare avec l’herbe à tabac qu’il me restait.
Puis je me penchais vers les braises de notre feu pour l’allumer avant de tirer longuement dessus. Je retins la fumée quelque temps dans mes poumons avant de l’expirer vers le ciel, fermant les yeux.
- « T’as l’air robuste, mais bon, la cité en a brisée de plus costauds crois-moi »
- « On verra bien, j’ai du répondant tu sais »
Nous continuâmes de parler un long moment, même après que l’outre de vin soit vide, puis, alors que j’étouffais un bâillement, nous décidâmes qu’il était largement temps de se reposer.

« Va dormir » lui dis-je « je vais prendre le tour de garde de Paolo et le mien à la suite, je te réveillerai ». Il hésita, visiblement peu désireux de mettre un terme à notre moment d’intimité mais dut comprendre que cela ne servirait à rien d’insister et parti donc s’allonger dans le fond de la grotte. Après avoir jeté la fin de mon cigare dans les braises, je pris ma dague et mon arc et sortit de la grotte. Mon œil aguerri de chasseuse repéra facilement un endroit propice pour monter la garder, dans un taillis en surplomb de la grotte un peu sur la gauche. Je me hissais facilement jusqu’à une petite plateforme de pierre soutenue par les racines d’un arbre et me dissimulais dans un buisson épais. De là, j’avais une vue parfaite sur la caverne et les environs.
Les heures s’égrainèrent lentement, pourtant, je ne ressentais pas d’ennui. Laissant mes pensées vagabonder, je réfléchissais à ce que je pourrai faire une fois arrivée à Myrmidens, comment trouver ce que je cherchais et surtout, comment mettre Kidd hors de la partie afin qu’il ne finisse pas par être tué par ma faute. Quand enfin le déclin de la lune fut bien avancé, je me décidais à réveiller Wolfgang pour profiter moi aussi de quelques heures de repos.

Au matin, après une nuit courte mais reposante, je fus réveillé par l’activité qui régnait dans la petite caverne. J’ouvrais les yeux et vis Kidd, debout et avec une mine plus en forme que la veille qui s’occupait de plier nos affaires et de les charger sur l’âne pendant que Wolfgang faisait bouillir de l’eau pour la tisane.
« Le ciel est dégagé, la journée va être chaude » me dit-il sans détourner les yeux de sa tâche en me voyant me lever. Je m’étirais, tentant de réveiller mon corps, puis vint m'asseoir près du feu, encore à moitié endormi.
Après un petit-déjeuner rapide mais copieux, je m’occupais de disperser les cendres de notre feu afin d’effacer les traces de notre passage pendant que Kidd remplissait toutes nos gourdes d’eau, ne sachant pas quand nous en aurions la possibilité à nouveau. Enfin, nous repartîmes en direction du sud, suivant Wolfgang qui, le pas sûr, avançait au milieu de la végétation sans que je ne puisse déterminer ceux sur quoi il se basait pour se repérer.
Le trappeur s’était dévoilé d’une agréable compagnie la veille, abandonnant le temps d’une heure son côté taiseux et renfermé et il semblait réellement vouloir nous emmener à bon port. Cependant, les regards insistants que je surprenais régulièrement de sa part me mettaient un peu mal à l’aise, mais je mettais cela sur le fait qu’il devait avoir assez peu l’occasion de croiser des femmes durant ses semaines à vivre en ermite entre hommes dans la montagne.

Rapidement, la route monta de nouveau, comme la température et, si durant les premiers instants de la journée, nous conversions de bonne humeur, chacun était maintenant concentré sur son effort, tâchant de monter à un rythme soutenu tout en économisant ses forces. Après presque deux heures d’ascension, je débouchais en tête au sommet de la petite montagne et un paysage magnifique s’offrit à mes yeux. A perte de vue, un ensemble de plaines, entourées par des collines plus ou moins hautes s’étendaient. Je devinais par endroit quelques routes et chemins mais personne ne semblait les fréquenter pour le moment. Aucune autre trace d’humanité ou d’habitation n’était visible et je fus contente d’avoir le trappeur comme guide car j’aurais été bien en peine de savoir quelle direction prendre.

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Il déboucha de la forêt quelques secondes après moi et me voyant perdu dans la contemplation du lieu il commenta « Impressionnant n’est-ce pas ? On va rester loin de la route, j’préfère passer derrière les deux collines là-bas » poursuivit-il en me désignant du menton un point dans le lointain. Comme je semblais chercher le chemin à suivre pour y parvenir, il s’approcha et posa une main sur mon épaule, tendant un doigt de son autre main devant mon œil pour le guider. Malgré ma surprise, je ne réagis pas à cette proximité soudaine mais me dégageais tout de même assez rapidement, prétextant de me retourner pour voir si Kidd suivait bien.
Finalement, ce fut l’âne qui déboucha en premier de la forêt, avant que Kidd, le visage perlant de sueur, n'apparaisse enfin. Il mit les mains sur ses hanches avant d’aspirer une grande goulée d’air plus frais à cette hauteur.
« Monter, descendre, monter, descendre… quel foutu pays » s’exclama-t-il, me tirant un sourire. Je lui tendis une gourde d’eau qu’il vida presque à moitié, puis, après seulement quelques minutes de pause, nous reprîmes notre marche en avant.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Pour être beau, le paysage cachait une vérité terrible que Wolfgang expliqua aux deux voyageurs. La racine de la péninsule était occupée par une importante tribu peau-verte. La Face Bleue. Ces barbares abondaient sur tous les continents, mais en Lustrie, la nature suffisait à réguler leur nombre. Légèrement. Ici, c'était la lame et la détermination des Qharis qui empêchaient leur nombre d'exploser. Et régulièrement, la région était balayée sous une marée verte et violente.
Malgré la détermination de la cité de Myrmidens, l'implantation de fortins et de passe-collines protégés et lourdement fortifiés, les villages étaient rares et éphémères dans la région. Plusieurs fois, ils passèrent devant des restes calcinés, des éboulis qui furent de vaillantes tours de guet. Et même devant les idoles sordides en pierre, en bois, et en autre chose, des dieux jumeaux. Gork et Mork.

Nola décida de faire halte dans un de ces lieux dévastés. Il semblait plus récent que les autres. Une tentative de colonisation ratée de la part de la Cité, sans aucun doute. En quête de trouver dans les décombres quelque chose précieuse ou utile, l'Amazone s'y dirigea. Kidd garda l'âne, surveillant les environs, même si le risque de croiser une WAAAGh restait réduite, frappant rarement au même endroit, surtout quand il n'y avait plus rien à ravager. Le trappeur la rejoignit et ils fouillèrent les décombres de ce qui devait être un temple ou l'hôtel de ville. Pour des clopinettes.
Pendant leur recherche, Wolfgang inspira et demanda à la jeune femme, un peu nerveux : "Dis Maria... J'aimerais te demander une faveur. Ou plutôt. Un arrangement."
Relevant le nez des quelques vestiges de ce qui avait dû être des outils de tailleurs qu’elle était en train d’examiner, elle se releva en se frottant les mains pour les débarrasser de la poussière collée dessus et dit d’un ton taquin : « dis-moi et je te donnerai mon prix. »
"Hé bien en parlant de prix. Je peux proposer de..." Le grand trappeur avec sa hache à une main, son couteau aussi gros qu'une des cimeterres de la fille de la jungle, le grand trappeur... Rougissait. "De l'abaisser contre un service rendu."
« Hé bien, crache le morceau. » dit-elle en s’impatientant.
"Je pourrais... Te, voire nue ? Je baisserai le prix pour le guide, promis."

Surprise dans un premier temps, elle sembla se demander si l’homme était sérieux ou s’il s’agissait d’une blague de mauvais goût. Pourtant, après un moment de silence gênant, comme il ne semblait pas vouloir désamorcer la situation, elle comprit que la proposition était tout à fait sincère.
Son sang ne fit qu’un tour, attrapant sa dague, elle se jeta sur l’homme et la lui plaça sur la gorge en sifflant « Tu m’as pris pour une des putains qu’on trouve dans les faubourgs malfamés des grandes villes ? »
Le trappeur porta par réflexe la main à sa ceinture, mais se ravisa, il lève les deux mains en l'air. "Pardon... Pardon. On respire. Je... Je me suis dit que c'était une mauvaise idée, mais trop tard."
Il y eut un instant de flottement, puis, elle retira sa lame du cou de son guide, en le repoussant d’une main ferme. Lorsqu’il se détourna, elle vit Kidd qui, sans avoir l’air de comprendre la situation, tenait Wolfgang en joue.
Cette tentative maladroite du trappeur sonna la fin de la halte dans le village abandonné, plus personne n’ayant le cœur à fouiller les décombres.

Les deux jours qui suivirent furent froids. Et pas pour le climat. Mais la langueur des paysages sans vie, la peur des orcs qui rodaient non loin, et l'incident. Cela ne mettait de baume au cœur de personne. Le soir, l'Amazone en profita pour former Kidd qui reprenait des couleurs. Certes, ses acquis au coutelas étaient bons, mais il était encore trop peu vaillant pour un vrai duel. Syrasse l'avait formé de manière implacable. Wolfgang, lui, resta dans son coin. Penaud. Le peu de mots s'échappant de sa bouche n'étant que des indications sur la route à prendre. Et Nola crut même entendre un "désolé." tandis qu'il dépeçait un lapin pour leur repas du soir. Ainsi allait la traversée de la péninsule noire. Sous le bruit angoissant des bandes d'orques s'entretuant dans la nuit.

Un soir pourtant, alors qu’ils avaient installé leur modeste campement plus tôt qu’à l’habitude pour profiter d’un lieu parfait pour bivouaquer, l’entraînement fut écourté par un mauvais coup qu’elle mit involontairement à Kidd.
À la recherche d’un adversaire, elle avisa le trappeur qui se cloîtrait dans un silence quasi complet depuis l’incident et, attrapant le coutelas que l’homme avait laissé traîner non loin, elle le lui tendit, le manche en avant, avec un sourire engageant.
Il regarda la lame, la jeune femme. La lame. Puis se redressa. Le colosse s'étira. Attrapa le manche en os. Et attendit.
L'Amazone ne le ménagea pas, le duel, s'il se voulait amical, était rude. Un ours et une panthère, toutes griffes dehors, sous le ciel rougeoyant de la fin du jour. Chacun avait ses bottes, ses astuces. Ses tromperies. Nola avait appris de la jungle et de Sartosa, Wolfgang de la forêt impériale. Leurs lames différentes, leur corpulence différente. Cela serait formateur. Jusqu'à ce que les deux épuisés, se laissent tomber sur le séant aux côtés du mousse.

Sous l'œil indifférent de l'âne, occupé à macher les tendres tiges d'un buisson.
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Nos passes d’armes nous laissèrent l’un comme l’autre à bout de souffle et en sueur. Nous nous serrâmes les poignets en nous souriant, comme le font les guerriers, avant de nous laisser tomber à côté de nos affaires. Luisante de transpiration, je saisis la gourde que Kidd me tendait afin d’en boire plusieurs gorgées. À côté de moi, Wolfgang qui peinait tout autant à retrouver son souffle réussi à dire entre deux inspirations :
- « Je n’avais jamais affronté de combattant aussi vif et féroce. »
- « Tu te débrouilles pas mal non plus pour un trappeur » dis-je d’un ton moqueur « je serai curieuse de te voir hache en main à l’occasion. »

Avec le retour au calme, je sentis la fraîcheur de la fin de journée alors que le vent caressait ma peau couverte d’une fine pellicule de sueur, me faisant frissonner. Désireuse de me laver avant que le peu de chaleur qu’il restait de la journée n’est totalement disparue, je me levais et me dirigeais vers le petit ruisseau qui passait non loin de notre campement.
Nous nous étions arrêtés plus tôt qu’à l’accoutumé car l’endroit était tout bonnement idéal pour camper et Wolfgang en bon guide nous avait expliqué qu’il n’y aurait pas de point aussi propice avant de très longues heures. Comme nous avions bien avancé ces deux derniers jours, les blessures de Kidd s’étant bien remises et nous permettant d'accélérer le rythme, je n’avais pas émis de réserves à profiter d’un repos plus long.
Le lieu était situé dans une petite clairière entourée de collines. En son centre, gisaient les vestiges d’une étrange construction de pierre, témoin d’un passé moins sauvage de cette région. Il ne restait plus que quelques dalles et blocs de pierre ainsi qu’une arche rectangulaire sous laquelle nous avions choisis de nous installer. Kidd avait demandé au trappeur s’il savait à quoi correspondait cet édifice mais ce dernier n’avait pas eu de réponse à ses questions, laissant le gamin toujours avide de connaissances sur sa faim.

Pendant que mes deux compagnons s’occupaient de préparer le feu pour le repas du soir, je descendis donc jusqu’au ruisseau puis, une fois que je l’eus atteint, je m’éloignais d’une centaine de mètres vers l’amont, afin d’être sûr de bénéficier de toute l’intimité dont j’avais besoin. J’étais heureuse d’avoir mis un terme à notre différend avec Wolfgang, mais je ne souhaitais pas le soumettre à la tentation de faire une nouvelle connerie.
Arrivée dans un petit renfoncement ou la berge tombait brusquement au niveau ruisseau, je me déshabillais et m'immergeais rapidement dans l’eau fraîche descendant des montagnes. Le froid mordant était presque désagréable mais cela faisait du bien à mes muscles fatigués par les journées de marche et par le combat que je venais de livrer. Afin de lutter contre le froid, je nageais un peu à contre-courant, remontant le cours d’eau sur quelques mètres, sans perdre pour autant mes affaires de vue car, même si nous n’avions croisé personne depuis plusieurs jours, la présence des peaux vertes dans la région restait un danger non-négligeable.

Après de longues minutes à nager, je revins au bord pour me frictionner énergiquement le corps avec l’épais savon dur que nous transportions depuis Matorca. Puis, avant de sortir, je plongeais la tête sous l’eau pour débarrasser la masse de mes cheveux de la poussière accumulée ces derniers jours. L’eau glaciale me fit mal à la tête mais je me forçais à attendre le plus longtemps possible avant de l’en ressortir. Finalement propre et rafraîchie, je m’assis un instant sur un rocher plat pour essorer ma chevelure et prendre un peu de temps pour moi. Je prenais plaisir à ce voyage à travers un paysage sauvage et désert, cela me rappelait d’une manière très indirecte la vie dans ma jungle, dure mais tranquille. Je goûtais le bonheur de ces journées simples à marcher avec mes deux compagnons et de ces bivouacs nocturnes où nous pouvions parler de tout et de rien. Certes les deux dernières journées avaient été plus moroses à cause de ma dispute avec le trappeur, mais elles étaient tout de même bien plus agréables que la plupart de celles qui avaient précédé. Si le confort du château d’Ambrandt avait été appréciable, je me sentais beaucoup plus à l’aise dans la nature, libre d’agir comme je le voulais et dépendant uniquement de moi-même.

Le bruit d’un poisson sautant dans l’eau me sortit de mes réflexions et je sautais vivement de mon rocher pour m’habiller et remonter au camp avant que Kidd ne s’inquiète. Quand j’arrivais en vue de l’arche de pierre, les deux hommes étaient occupés à dépecer ensemble un lièvre maigre que Wolfgang avait réussi à attraper la nuit précédente grâce à un collet qu’il avait laissé pendant notre sommeil. Sans que je ne sache pourquoi, cela me faisait plaisir qu’il transmette lui aussi son savoir au gamin et il me sembla qu’une vraie complicité commençait à naître entre eux. Mes bottes dans une main et mes lames dans l'autre, je vins m’asseoir près d’eux pour les regarder faire.

- « On va le faire mariner avec les herbes de cuisson de Wolfgang et les racines qu’on a ramassé tout à l’heure » dit Kidd en souriant.
- « Y’a pas grand chose à becter sur ce bestiau là, mais au moins le lièvre c’est goûtu. » commenta quant à lui le trappeur, concentré sur sa besogne.
Tandis que Kidd tenait les pattes arrières de l’animal, Wolfgang tirait sur la peau, la remontant vers la tête pour l’enlever d’un seul morceau. Pour ma part, je m’occupais avec ma dague de découper en lamelles les drôles de racines blanches et longilignes que le trappeur avait paru content de dénicher plus tôt dans la matinée. D’après lui, cela ferait un excellent accompagnement pour la viande. Je les mis à tremper dans l’eau bouillante puis Wolfgang y ajouta les morceaux de lièvre afin que l’ensemble puisse mijoter un moment.
Nous dinâmes délicieusement ce soir-là et la bonne humeur ayant refait son apparition dans le groupe, Wolfgang sortit de ses affaires une lourde bouteuille d’eau de vie qu’il déboucha, avant d’en boire une grande lampée au goulot et de nous la faire passer. Pendant que la bouteille tournait de main en main, nous nous assîmes en cercle autour du feu pour écouter notre guide nous parler de la journée qui nous attendait le lendemain. Alors qu’il expliquait en détails le chemin à suivre, mon regard fut attiré par mon arc posé derrière le trappeur et une idée sournoise me vint à l’esprit, sûrement aidée par l’alcool que nous avions bu. Comme Wolfgang terminait ses explications, je dis :
- « Que diriez-vous d’un défi entre nous ? »
- « Comment ça ? » interrogea Kidd, tout de suite intéressé.
- « Tu vois le tronc d’arbre là-bas ? » dis-je en désignant de mon couteau un épais tronc de sapin à une trentaine de mètres de la dernière dalle de pierre « celui de vous deux qui plante sa flèche le plus proche de la mienne gagne. »
Il y eut un moment de silence tandis que les deux hommes réfléchissaient, Wolfgang se frottant la barbe songeur alors que Kidd semblait tenter d’estimer ses chances de succès.
- « Et on gagne quoi ? » demanda-t-il, une excitation mal contenue.
- « Pourquoi faut-il toujours que vous rameniez tout aux gains » m’exclamais-je en levant les yeux au ciel.
- « L’gosse a raison, faut que tu nous motives » surenchérit Wolfgang, soudain intéressé lui aussi.
J’hésitais un moment, puis une idée me vint et c’est avec un sourire mesquin que je dis : « Très bien, puisque visiblement vous manquez de motivation, celui qui l’emporte aura le droit à un baiser. »
Aussitôt, les deux hommes se mirent debout, près à en découdre et je soupirais intérieurement. Les putains de Sartosa avaient finalement raison quand elles disaient que les hommes étaient les créatures les plus simples et prévisibles qui soient.

Alors qu’il se mettait côte à côte, je me levais pour saisir mon arc et sortir une flèche de mon carquois. Avec l’obscurité, je me rendais compte que le tir était loin d’être évident, mais cela ne rendrait le défi que plus intéressant. Me positionnant à côté d’eux, je bandais l’arme, maintenant la corde tendue pendant deux secondes, le temps pour moi d’ajuster mon tir, puis je décochais ma flèche. Je n’avais plus tiré à l’arc depuis de longs mois et je fus un peu déçu de la précision de mon tir. Ce dernier se planta néanmoins dans le tronc d’arbre que j’avais désigné aux deux garçons et même si la flèche n’était pas en plein centre, cela ne manqua pas de les impressionner.

Le deuxième à passer fut Kidd. Il prit tout son temps pour préparer son tir, reproduisant de la manière la plus précise possible mes mouvements qu’il avait tenté de mémoriser à la va-vite. Son erreur fut de bander la corde de l’arc avant de terminer de se mettre bien en place, ce qui l’obligea à maintenir la tension trop longtemps et lorsqu’il tira, son bras tremblait tellement que cela gâcha grandement la précision de son trait. La flèche fondit vers l’arbre et émit un bruit de frottement lorsqu’elle érafla le côté du tronc avant de se perdre dans le bois. Le gamin étouffa un juron tandis que Wolfgang serrait un poing victorieux, puis il partit au petit trot pour récupérer son projectile.
Pendant qu’il cherchait la flèche dans les bois, le trappeur prit l’arc et s'exerça à le bander plusieurs fois, sans projectile dessus, essayant de se préparer au mieux pour son tir. Au bout d’un long moment, Kidd réapparu avec un sourire de derrière le sapin, tenant à la main sa flèche qui était entourée d’un large morceau d’écorce qu’elle avait arrachée au tronc. « C’était pas loin ! » s’exclama le gamin, à mi-chemin entre la déception et la fierté.

Il donna le projectile à Wolfgang qui, après l’avoir débarrassé des restes d’écorces, l’encocha et tira quasiment instantanément. Je faillis pouffer de rire en le voyant lâcher la hampe de sa flèche aussi vite mais me retins de justesse. Le projectile passa non loin du tronc d’arbre mais rata sa cible, tirant un grognement de dépit à l’impérial alors que Kidd exultait.
En bougonnant, ce fut au tour de Wolfgang de s’éloigner dans les bois pour récupérer la flèche, me laissant seule avec Kidd. Pourtant, lorsque le silence se fit, il parut d’un coup beaucoup moins à l’aise, ses fanfaronnades ayant cessées. Je le regardais un moment, puis, avec un sourire charmeur, je dis : « une promesse est une promesse ».
Je m’approchais lentement du gamin qui semblait maintenant tétanisé. Son regard ne quittait pas le mien mais j’avais l’impression qu’il n’osait plus ni bouger, ni respirer. Arrivée à quelques centimètres de lui, je lui saisis le menton d’une main pour redresser son visage et penchant la tête sur le côté, je posais mes lèvres sur les siennes. Le contact ne dura que quelques secondes, mais quand je me reculais, il était toujours aussi immobile et ses joues avaient pris une teinte cramoisie.
Taquine je lui demandais « ça va aller ? » et comme il ne répondait pas, je lui mis une petite tape derrière la tête. Il sembla presque revenir à lui, puis, après un moment, déclara avec toute la fierté dont il était capable : « tu embrasses bien. » Ensuite, sans plus de cérémonies, il se détourna pour aller s’occuper d’une tâche imaginaire qu’il venait sans doute de s’inventer.
Je souris pour moi-même tandis que de son côté, Wolfgang revenait enfin au camp, la mine toujours contrariée. Néanmoins, c’est le ventre bien rempli par un repas chaud et copieux, le corps réchauffé par l’alcool et le feu qui brûlait à côté de nous et l’esprit apaisé par la bonne humeur retrouvait dans notre petite troupe que j’allais me coucher à côté du trappeur une bonne heure plus tard, pendant que Kidd prenait le premier tour de garde, un sourire un peu idiot sur le visage.

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Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Il restait une pincée de jours pour arriver à la grande ville. Ils avaient laissé derrière eux le domaine des peaux-vertes sans fracas, heureusement. Le souvenir de l'Aslevial dévasté restait plus que frais dans la tête des deux forbans.
Les bois et les collines piquées de broussailles laissèrent place à des terrasses cultivées. Des vignes, des oliviers, du grain. Les plateaux étaient parcourus par des troupeaux de chèvres ou de brebis, quelques bergers farouches regardaient passer les voyageurs. Ils arrivaient déjà sur les terres gagnées par la civilisation. Des villages épars et solidement entourés de palissades se dessinaient au loin. Des gamins maigres comme des clous cavalaient parfois pour scruter ces trois rudes vagabonds.

Des hameaux sans histoire, des gens sans regard. Le seul élément remarquable sur cette partie de leur trajet était les tours de pierre, sentinelles de la grande ville, qui surplombaient les collines. Lorsque leur sentier rejoignit le plus grand, ils se mêlèrent à la masse éparse, mais toujours là des voyageurs. Les bourgs de plus en plus grands et les pendus constituaient d'étranges rappels qu'ils approchaient. Des potences, des huttes calcinées et des fermes. Finalement, le Duc était un magnanime.
Pourtant, le soir venu, ils repartirent en affut dans les taillis. Pas question pour Nola de dormir au relai. Le coucher fut sommaire, la garde, tendue. Plus près de la civilisation voulait dire plus près des ennuis. Rôdeurs, truands, gardes, miliciens. Rien de bon sous le rempart.

Et les remparts furent là plus rapidement que prévu. Enfin, pas ceux de la ville. C'était de vieux murets de pierres quadrillant les pâturages tout autour. De vieux murs décrépits. D'après Wolfgang, ils remontaient à des temps anciens. Très anciens. Mais la ville avait reculé et progressé. Comme le reflux de la mer. Au gré des invasions, des ères d'apogées ou de déclin. Tenace et rancunière, grouillante de vie comme de vieilleries minérales. Ainsi en allait de la cité de Myrmidens.

Encore une journée de marche. La plus longue, car après tout, ils n'avaient jamais été aussi proche. La mer battait les flancs des falaises. Il y a si longtemps, à peine une poignée de semaines, elle était sur le pont d'un navire à les voir depuis le bleu pur du golfe. Et là elle entendait les oiseaux marins, le ronflement du vent marin. Et ils avancèrent encore. Encore. Jusqu'au petit matin du lendemain. Pour la voir, la sublime, l'affreuse. La neuvième, chiffre contestée et tendant à fluctuer selon les marins, cité tiléenne.

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Quelle ville singulière. Un joyau de nacre et de pierres de taille dans un écrin de crasse, de cahutes sommaires et de faubourgs anarchiques. La ville avait explosé en taille avec le développement des lignes commerciales. De l'Averland à la Tilée, l'étape-relais attirait désormais toute la foule bigarrée de la région. Ils devenaient artisans, vendeurs à la sauvette, se mêlaient aux épées-louées, aux commis et aux petits paysans. Ils traversèrent ces taudis sous le regard inquisiteur et mauvais des gardes juchés sur leurs tourelles. Heureusement, personne n'osait demander l'octroi ici. Pour l'instant.

On avait regroupé une bonne partie des industries ici. Les forges et leur fumée étouffante, les abattoirs d'où s'échappaient des mugissements plaintifs et des flots d'eau souillée et sanguinolente. Les draperies, les tonneliers, mais surtout. Les tanneries. L'odeur était atroce, mais le bourg des tanneurs était leur destination. Ils s'accordèrent avec Wolfgang. Il récupèrerait l'âne pour qu'il travaille avec les trappeurs, ils partageraient la vente des peaux. Et on s'en tiendrait là. Entre les tanneries et les ateliers des travailleurs du cuir, ils arrivèrent jusqu'à un bâtiment assez grand, en bois. Relativement beau. Il rappelait ces belles échoppes du Roc Sartosien où les officiers et les capitaines commandaient leurs vêtements et leurs armes ouvragées. Wolfgang tapa à la porte. "J'arrive ! Un instant !"
Une femme ouvrit. D'une carnation sombre, typiquement tylosie, d'un âge mûr, quoiqu'élégante. Elle était bien trop belle et trop confiante pour un tel bouge, entre l'odeur des huiles à tanner et celle de la bidoche pourrissante.
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"Wolfgang ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? Et vous ? Je présume que vous ne voulez pas une paire de gants."
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Le trappeur nous désigna Kidd et moi ainsi que le baudet et les ballots de peaux :
- « Je travaille pardi. Je viens vendre ça et amener ces jeunes gens à bon port. »
- « Car tu appelles Myrmidens un bon port ? »
- « J'ai fait ce que m'a demandé Maria, maintenant, mon engagement est tenu. »
Elle reporta son regard sur nous, regardant plus attentivement ces deux voyageurs si particuliers que son ami accompagnait. Comme je ne prenais pas la parole et qu’un silence pesant s’installait, Kidd, avec son sourire communicatif habituel, se décida à prendre les devant. Me bousculant légèrement pour passer devant moi il dit :
- « Pardonnez-nous de vous importuner, madame ... ? Nous avons en effet fait appel aux talents de guide de Wolfgang pour nous amener jusqu'à Myrmidens. Ma soeur et moi sommes venues ici pour des raisons, disons... familiales. Peut-être qu'une commerçante bien établie comme vous pourrez nous indiquer ou trouver des hommes qui, comment dire, qui seraient prêts à faire divers boulots contre une rémunération. »
- « Hé bien... Patientez un instant dans la boutique. Je remercie notre ami commun et nous verrons ensuite si j'ai quelques relations qui pourraient vous satisfaire. »

Toujours méfiante, je lançais un coup d'œil interrogateur à Wolfgang tandis que Kidd, beaucoup plus tranquille faisait déjà le tour de la petite échoppe, parcourant du regard les différentes pièces exposées pour la vente. Le trappa me répondit par un petit hochement de tête encourageant avant de s’écarter pour laisser passer la gantière, puis lui emboîta le pas. Pendant que les deux amis discutaient à l’extérieur; je m'intéressais au large éventail de mitaine que proposait le petit magasin. Sans être une experte en la matière, je devinais l’utilisation de différents cuirs et usages. Je m’étonnais d’ailleurs de la qualité du travail vu le manque flagrant de richesse et de charme du quartier.
- « C'était peut-être un peu direct... » dis-je en caressant presque inconsciemment une grande bande de cuir pas encore travaillé que la vendeuse avait laissé traîner sur son atelier lorsque nous étions entrés dans son magasin.
- « T'as dit toi-même que le temps risqué de nous manquer » rétorqua le mousse, ce à quoi je ne répondis que par un haussement d'épaules.
Après un moment, la Gantière rentra, seule. « Wolfgang va vendre les ballots de peaux avant que les tanneries ferment et nous retrouvera après. » Elle retourna derrière le comptoir, nez à nez avec Kidd. « Je suis Alessandra. À qui ai-je donc l'honneur ? »
« Je m’appelle Paolo , et voici ma sœur Maria. On est de Remas, mais les hasards de la vie nous ont menés jusqu'à votre cité. »
Elle le scruta un demi-instant avant qu'un rictus ne se dessine sur ses traits sévères. « Oh je vous prie. Si vous devez me mentir, faites-le bien. » Ses yeux sombres fixèrent Kidd, un peu décontenancé avant de se porter sur moi. « N'essayez pas de me faire croire, à moi, que vous êtes Tiléens. »
Je me décidais enfin à parler et répondis, d'un ton plus froid que je ne l'aurais voulu : « D'où nous venons n'a que peu d'importance. Pensez-vous pouvoir nous aider ? Sinon, j'ai peur que nous vous fassions perdre votre temps... et le nôtre par la même occasion. »
« Personne ne vient dans cette ville par hasard. Si j'ignore pourquoi vous êtes venus, je ne pourrais pas assurer la qualité de mes services. Et j'y tiens grandement. »

Il y eut un silence durant lequel j’échangeais un regard avec Kidd, ses yeux semblaient dire « C'est à toi de trancher ». Un flot de pensées s'agitait dans ma tête : pouvais-je faire confiance à une inconnue ? Qui était cette femme ? Avais-je d'autres options ? J’enrageais de me trouver ainsi prise au piège, mais je n'avais pas fait tout ce chemin pour renoncer et comme l'avais dit Kidd, le temps jouait contre nous. Finalement, après un moment de réflexion, je me jetais à l'eau : « Imaginons qu'une personne qui vous est chère ait été enlevée par des marchands d'esclaves. Puis, imaginons que le navire de ces mêmes marchands soit amarré dans le port de Myrmidens, sans que vous puissiez être sûr que votre amie soit toujours à bord. Vers qui vous tourneriez-vous ? » puis, saisissant le bras de la dénomée Alessandra, j’ajoutais dans un souffle : « de femme à femme, vous savez sans doute aussi bien que moi de quoi les hommes sont capables lorsqu'ils détiennent l'une des notres. »

Alessandra ne répondit pas, regardant tour à tour Kidd puis moi. « Je vois. Tout s'achète et tout se vend ici. Même le plus effroyable. Je pense pouvoir vous aider. En échange de bons procédés. » J’approchais mon visage à quelques centimètres de celui de la vendeuse, fixant mon regard dans le sien : « Comprenez que, je suis prête à tout pour récupérer cette amie. Même les choses les plus... effroyables comme vous dites. »
« Tout ? Fort bien. » Elle vint regarder mes mains. « Vous permettez ? On connait un homme, ou une femme, à ses mains bien plus qu'à ses mots. » Troublée, je les lui tendis sans rien dire. Avec une douceur et une précaution que je n'avais jamais rencontré jusqu'ici dans l'Ancien Monde, elle vint ausculter mes mains. Doigt après doigt, les paumes, les poignets. « Oui. Vous maniez les armes et les cordages. Vous pratiquez le tir à l'arc depuis l’enfance. Vous ne savez pas écrire mais vous savez frapper n'est ce pas ? Ai-je bon ? » Masquant ma surprise face à la perspicacité d’Alessandra, je me contentais d’un hochement de tête affirmatif.
« Et vous... » dit-elle ensuite en se tournant vers Kidd « Marin aussi. Et des coups, beaucoup de coups, des phalanges sourdes. Déjà plusieurs fois cassées. Je vois que vous ne venez pas d'un château bretonnien. Maintenant... Qu'est ce qui vous semblerait judicieux pour vous rapprocher de ce navire ? »

« Paolo est seulement là pour m'aider, ne comptez pas sur lui pour notre arrangement. » dis-je pendant que la vendeuse examinait les mains de mon ami. « Pour ce qui est du bateau, j'aimerais déjà être sûr que la personne que nous cherchons est toujours à bord. Ensuite, on avisera. L'idéal serait d'attendre qu'ils la fassent sortir. »
« Pour savoir qui est à bord d'un navire, il faut le registre. Ou délier quelques langues. Dans les deux cas, cela vous demandera du temps et des ressources. Et l'assurance que le navire est toujours à Myrmidens. »
« Le temps je n'en ai pas, pas plus que les ressources d'ailleurs. Mais je suis sûr que vous avez déjà une idée derrière la tête sur la façon de remédier rapidement à ce second point. Après tout, je ne connais aucun port sans administrateur corruptible. »
« Pour corrompre quelqu'un, il en faut, du temps et de la ressource. Sinon c'est auprès du temple de Shallya qu'il vous faudra vous rendre. Je n'ai pas encore atteint son statut divin. J'opère ici bas. Ce que je peux vous dire pour l'instant, c'est que Verner Schloesing se rend fréquemment à la Corne d'Or. Il est le responsable des entrées et des sorties des navires. »
« Et vous ne connaissez pas quelqu'un qui aurait un boulot à me confier moyennant finance ? »
« Tout dépend de vos ambitions ou de vos scrupules. Et évidemment de vos talents. »
Me tournant vers Kidd qui suivait l’échange avec un air stupéfait sur le visage, je lui dis : « Tu peux partir devant s'il te plait. Rends-toi au port et vérifie si le navire que l'on cherche est bien au mouillage ici. » puis, lui jetant ma bourse j’ajoutais « Si c'est le cas, essaye de trouver une chambre avec vue sur le port. » Alors que le gamin filait à pas vif dans la rue, je reportais mon attention sur la vendeuse : « Malheureusement, je n'ai plus le loisir de pouvoir écouter mes scrupules. Je suis sûr que je peux rendre service à des gens bien placés. Je sais me battre, avec ou sans mes armes. Je peux éliminer quelqu'un de dérangeant, suivre une personne discrètement, ce ne sont pas les opportunités qui doivent manquer ici... Trouvez-moi de quoi gagner de l'argent rapidement et je vous laisserez une partie du gain. Ensuite, quand je pourrai corrompre mon informateur, il sera bien temps d'aviser ... »
« Votre amie... Pardonnez moi l'expression mais ... A-t-elle de la valeur ? Aux yeux de gens importants. Si c'est le cas, il vous faudra vous immiscer dans la vieille ville. Mais en même temps, vous devez être certain qu'elle est là. Essayez d'avoir Schloesing pour l'instant, je vais réfléchir à la première problématique. »

À peine sorti de la boutique, je me trouvais à nouveau plongé dans l’agitation, le bruit et l’effervescence des grandes cités. Après des semaines passées en mer, confiné à bord, puis à marcher dans les territoires sauvages et déserts des frontalières, j’avais presque oublié la sensation désagréable de voir et de croiser tant de monde. Je fus assailli par le brouhaha ambiant, ce bourdonnement de voix et de cris dans des langues différentes mais parmi lesquels je retrouvais par moment le jargon des marins.
J’aurais pu décrire Myrmidens comme une ville pétillante, aux mille couleurs, bouillonnante, mais la première réalité qui me saisit tandis que je remontais la rue en direction du port fut les relents nauséabonds des quartiers pauvres. La cité était grande, pleine d’accents revigorants, avec ses architectures atypiques et variées, c’était une ville immense, fourmillante. Mais Myrmidens puait.
Alors que j’avançais en me frayant péniblement un passage parmi la masse de personnes vacant à ses occupations, je finis par arriver sur le quartier du port. Je guettais la foule, cherchant à repérer la masse de cheveux roux de Kidd quand un sifflement bref retentit sur ma droite. Je me tournais et découvris le mousse, perché sur un muret qui me faisait signe. Je le rejoignis en hâte et il me désigna d’un doigt un navire à bonne distance de nous dont la mature imposante dépassée la plupart des autres navires :
« La bonne nouvelle, c’est qu’on a pas fait tout ce chemin pour rien » dit-il avec un sourire « par contre, la mauvaise nouvelle, c’est que j’ai cherché partout, pas une chambre de libre avec la vue sur le port. »

Je restais un moment songeuse en contemplant le vaisseau qui se tenait à seulement une centaine de mètres de moi. Peut-être que dans ses entrailles, une de mes sœurs était encore retenue captive, obligée de souffrir des mauvais traitements des chiens de qharis qui la retenaient. Se sentir si proche du but et pourtant si impuissante me rendait folle de rage et je préférai détourner le regard avant de faire une folie.
Prenant mon mal en patience, je décidais d’emmener Kidd se restaurer, avant d’aller dans le quartier des artisans pour acheter quelques vêtements de meilleure facture que nos habits usés par le voyage à travers les montagnes épineuses et les forêts humides. Le soir venu, il me faudrait essayer d’approcher le dénommé Verner Schloesing afin de voir si nous pouvions parvenir à un terrain d’entente. D’ici là, il me fallait faire un brin de toilette, et devant l’impossibilité de trouver une chambre décente dans le quartier du port, l’idée me vint de demander à la marchande de gant si elle-même ne pouvait pas nous loger, après tout, autant s’installer le plus près possible de notre seul contact en ville, en espérant bien sur que celui-ci soit digne de confiance.


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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

D'une certaine manière, les errances de la jeune Amazone dans les rues suspendues à la Falaise de Sartosa lui furent utiles pour ses nouvelles déambulations dans la neuvième, chiffre toujours aussi contesté, ville de Tilée.
Comme dans la ville-forban, les ateliers de qualité se concentraient autour du centre du pouvoir. Ici les contreforts du roc qu'était la Città Vecchia.
C'était une succession de baraques propres, denses, bien bâties en bois et en pierre. Des rues pavées, des boutiques au rez-de-chaussée, des habitations sur les étages. Les taudis et les tanneries puantes plus éloignées semblaient sortir d'un autre monde lorsqu'on était ici.
La foule était bigarrée. Sudistes, impériaux, bretonniens, marins d'Arabie, baroudeurs d'ici et d'ailleurs. Cependant, à la différence de son port d'adoption, les milices veillaient au grain ici. Les mêmes tenues qu'à Matorca. Autour du sel. Ici, c'était devant les murs de la vieille ville, devant les lieux importants ou les palais des riches princes-marchands.

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Pour trouver ce qu'elle voulait, elle s'adonna à fourrer son nez dans les échoppes de tissus. Cela lui prit une bonne partie de l'après-midi, mais elle arriva à constituer un semblant de garde-robe. Pantalon à pont, un bustier, une chemise blanche aux manches bouffantes, quelques autres fioritures. Elle pouvait presque passer pour une femme de la société acceptable désormais, contremaîtresse ou patronne de taverne, femme des navires, ou spadassine. Mais avec les heures qui passaient et la dépense de nombreuses pistoles, elle n'avait qu'à peine le temps de repasser chez la Gantière pour arranger sa coiffure et recevoir quelques conseils avant le grand plongeon dans l'inconnu. Encore. Sans jamais arriver au fond de l'abime.

La Corne d'Or était judicieusement sise entre les quartiers des artisans et les ports. Une imposante taverne qui aurait tout à fait pu être un entrepôt au vu de sa taille et de sa hauteur. La Façade avait été décorée par d'éminents sculpteurs trantiens, le bois acheminé à grande pompe depuis l'Empire. Un véritable ouvrage d'art. C'était le seul endroit où tout Myrmidens pouvait se croiser, comme le lui avait expliqué Alessandra. Certes, les plus miséreux se prenaient des coups de pieds pour déguerpir, et les plus riches disparaissaient dans de somptueux salons privés aux étages, mais dans la grande salle, un capitaine mercenaire pouvait côtoyer un officier de navire comme un soldat venu claquer sa solde. Cernée par des troquets plus populaires et par des échoppes destinées aux marins et aux travailleurs des quais, la Corne avait ses propres gardes. "Pas d'esclandre surtout !" avait insisté la Gantière tout en arrangeant le chignon flou de Nola. Les clients tenaient à leur tranquillité ici.
Dans la queue des demi-mondains, elle put observer la façade en détail. Les motifs floraux, les marins et les naïades se regardant timidement d'un bord à l'autre, les odes au picrate et aux déesses-mères.
Les gardes la fouillèrent avec peu de précaution. On lui rappela les règles : Pas de bagarre, pas d'interruption des musiciens et qu'on n'entrait pas dans les salons sans invitation.
Et cela fait, elle entra dans la salle. On jouait de la musique sur une scène un peu éloignée. Les meilleures tables étaient déjà pleines, plus on était près de la porte, moins vous valiez. Le large comptoir verni sur la droite fut son premier point de fuite. Elle commanda à boire une liqueur de poire tout en demandant de manière détachée où était Verner Schloesing. Le taulier lui remplit son verre tout en indiquant, à la table habituelle. Deux sous en moins, elle se laissa glisser dans la foule, à la recherche d'une serveuse auprès de qui s'enquérir sur la table habituelle. Les musiciens commencèrent une mélopée dont les intonations rappelaient sans peine l'accent de Wolfgang.
Une brave et charnue servante lui indiqua la table. L'Amazone lui donna un sous pour qu'elle joue l'entremetteuse. Il y avait trois jeunes gens assis là-bas et un homme plus âgé, chauve, bien habillé et qui semblait absorbé par la musique. Schloesing. Retournant au comptoir, bien en vue, elle attendit.

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Au moment où s'achevait la musique, la serveuse revint tout embarrassée, avant de prendre Nola sous le bras. Elle murmura doucement entre ses lèvres tremblantes. "Une couronne... Une couronne qu'il m'a donnée."
Elle vint l'assoir auprès de la petite tablée, les musiciens reprirent une nouvelle chanson. Tous regardaient la Borgne, à l'exception du Maitre des Douanes, qui regardait le joueur de mandoline. Il tourna la tête avant de demander avec un sourire protocolaire :
"Qu'avez-vous pensé de la chanson alors ?"
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