[Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Les Principautés Frontalières ou les Royaumes Renégats, ont toujours été le théâtre d’innombrables batailles, guerres, conquêtes et défaites. La plupart des habitants des Principautés s’accommodent néanmoins de la situation, dans ces contrées où le moindre manant peut devenir roi en un jour pour connaître une mort ignoble le lendemain.

Les forêts des Principautés Frontalières regorgent de gobelins des forêts, d'elfes sylvains, etc. A proximité se trouve Barak-Varr, et les célèbres Pics Sanglants, remplis d'Orques.

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[MJ] Le Roi maudit
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[Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

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Ce rp est la suite de celui-ci : viewtopic.php?f=180&t=7510
Une amazone, un voleur à la tire, un âne. Quatre paires de jambes sur la route de l'Ouest. Le paysage ressemblait en tout point à celui qu'elle avait découvert en se réveillant chez Fabrice. Des rocailles, de la broussaille et des canailles.
Le San Felicia, Fabrice, Merker, le Sangre Azul. Tous les maudits bateaux du monde à pister, et ils étaient à pied.

Arriverait-elle à temps ? Combien de ses sœurs pourra-t-elle retrouver ? Si seules, à la merci de ces brutes. Kidd semblait bien loin de cette torture mentale. Il tirait la longe de leur nouvel ami quadrupède, observant se dessiner au loin les silhouettes avant-coureuses d'un hameau.
"On devrait contourner. Si les fuyards de Matorca se sont arrêtés quelque part, c'est sûrement là. Et à deux contre une foule en colère..."

Et désormais fugitifs. N'y avait-il donc aucun réconfort à la vie de pirate ? Nonobstant l'or dans leurs bourses. Il fallait bien cerner le positif. Tandis que le soleil se perdait derrière les collines, ils trouvèrent un endroit où bivouaquer à l'abri d'un grand roc. Faire un feu ou non. Un bon moyen de se faire repérer. Pour cette nuit au moins, on se débrouillera autrement. Combien de conquistadors avaient terminé la tête sur une pique pour avoir cherché le réconfort d'un feu dans la nuit tropicale ? Bien assez pour avoir marqué durablement la jeune amazone.

Tandis qu'ils mastiquaient leurs provisions, le jeune marin demanda : "Dis, tu rentreras en Lustrie ?"
Elle prit un moment pour réfléchir avant de répondre, visiblement absorbé par la contemplation de son maigre repas « Je ne sais pas... Cela me paraît tellement lointain maintenant. Une part de moi brûle de l'envie d'y retourner, tandis que l'autre craint d'avoir trop changé pour pouvoir y vivre de nouveau comme avant... » le vent venu de la mer faisait bruisser doucement la végétation alentours, créant une atmosphère paisible.« Et quand bien même je le voudrai, encore faudrait-il que je le puisse. »
Il déglutit difficilement sa bouchée avant de poursuivre : "Comment ça trop changé ? Elles sont si différentes les amazones ?"
« Non Kidd, ça n'a rien à voir avec l'apparence, tu ne me trouves pas différents des autres si ? C'est une question de coutumes, de mode de vie. L'organisation, les relations entre nous, notre rapport à la nature, tout est différents, c'est plus simple, c'est plus... sain. Parfois, je me demande si ce nouveau monde ne m'a pas perverti. »
"Les blagues des braves gens de Sartosa y ont certainement contribué." Il rigola. "Moi je pense que j'étais comme ça depuis... Toujours."
Elle sourit à la blague du rouquin « Comment ça "comme ça ?" »
"Une ordure de truand." Il fixa le ciel nocturne. "J'étais trop jeune quand j'ai commis l'irréparable. Après, comment changer de voie ?"
Elle détourna enfin le regard de son morceau de viande séché pour le tourner vers le jeune mousse. Il arborait une mine sérieuse qu'elle ne lui connaissait pas « Je pensais que tu t'étais embarqué pour la liberté, pas pour fuir ton passé. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Il tournait autour du pot. "Justement. C'est la plus grande des libertés. Repartir loin. Je sais pas comment vous vivez, en Lustrie. Mais si tu n'y retournes pas, tu te sentiras seul. Et quand on est seul, on débloque. T'as vu un peu Spatz ?" Il rigola.
« Spatz ? » elle fronça les sourcils, ne voyant pas du tout ou il voulait en venir.
"Quand t'es un pirate. À part l'or, on a quoi ? Les filles, l'alcool. Les cartes. C'est pas une fin en soi."
« Ouais, et encore, ça c'est dans le cas ou ça se passe bien. Mais tu ne m'a pas répondu, que fuis-tu ? Qu'as-tu fait d'assez grave pour te pousser à quitter ta terre ? Tu vois, moi on ne m'a pas laissé le choix, et jamais je ne le pardonnerai aux responsables. »
"J'ai fâché les mauvaises personnes. Tu n'as vu de notre monde que des coins pleins de truands. Mais il y a des endroits où elles agissent avec bien moins de champ libre. Et les peines y sont terribles. Tu connais Marienburg ?"
« J'en ai entendu causer à quelques reprises, c'est tout. »
"Bah c'est un peu une jungle, à sa façon. Et quand t'y nais, tu dois y survivre. Et ça ne doit pas être si différent du Nouveau Monde, le soleil et les jolies femmes en moins."
« On essaye tous plus ou moins de survivre. Certains partent simplement avec quelques longueurs d'avances... »
"Et d'autres avec des chaines aux pieds." Il fixa l'Amazone. "C'est vrai ce que disaient les autres ? Que ces bâtards t'avaient enchainé ?"

Elle ne répondit pas. Dans sa tête, les images de son embarquement forcé sur un navire après sa capture et la terreur qu'elle avait ressenti à ce moment défilées. Elle se revoyait malade et blessée, enchaînée par les mains et les pieds dans une cale puante alors qu'elle n'était pas beaucoup plus âgé que le jeune mousse aujourd'hui. Elle les revoyaient lui coincer la tête dans un étau pour l'empêcher de bouger tandis le capitaine "examinait" sa nouvelle marchandise. Un frisson la parcourus alors que la soirée était pourtant agréable « Comme un vulgaire animal qu'on conduit à l'abattoir oui. » finit-elle par répondre simplement.
"On leur fera la peau. À tous ces gens-là. On leur fera la peau. On n'est pas les nobles chevaliers de Bretonnie, les grands princes de Tilée ou les Comtes de l'Empire. Mais dans la balance, un pirate qui tue une ordure. C'est sûrement mieux."
Il s'allongea sur sa toile. "Et des ordures, y en a partout à Myrmidens."

Réveil à l'aube. Retour sur les routes. Toujours personne. Que l'occasionnel pan de ruine, les panneaux d'indication tordus, les restes d'une vieille fermette. Ce n'est que vers les dix heures du matin qu'ils atteignirent un village serti d'une palissade de piques en bois. Aucun son n'en provenait. Aucun garde à l'entrée. Juste eux et leur âne. Et le bruissement de l'herbe jaunie.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

À mon réveil, au petit matin, je trouvais Kidd s’activant déjà à ranger ses affaires sur le dos de notre mule. J’avais pris le premier tour de garde la veille au soir, me doutant qu’avec toutes ces questions qui me taraudaient, je risquais, et ce, malgré l’absence de repos depuis deux jours, d’avoir du mal à trouver le sommeil. Pourtant, lorsqu’au cœur de la nuit, j’avais réveillé le jeune homme pour qu’il me remplace, je m’étais effondrée sur ma couverture et j’avais dormi d’un sommeil de plomb, sans rêves, un sommeil réparateur.

Je me levais en hâte, désireuse moi aussi de reprendre la route le plus tôt possible et aidais le jeune garçon à finir de sangler nos dernières affaires. Nous ne reparlâmes pas de notre discussion de la veille. J’aurais aimé en savoir plus sur ce qui l'avait conduit à fuir la ville de son enfance, Marienburg, mais une phrase qu’avait prononcé un jour le vieux Gindast me revint en mémoire : « Il y a des questions qu'on ne pose pas. Les réponses viennent d'elles-mêmes, au moment propice » et je décidais donc de taire mes interrogations.

Après un petit-déjeuner frugal composé d’un morceau de pain et de fromage que nous fîmes descendent avec quelques gorgées d’eau, nous prîmes donc la route, bien décidé à faire le plus de distance possible tant que la fraîcheur du matin nous permettait d’avancer à un bon rythme. Les frontalières, terre inhospitalière s’il en était avait cette particularité d’être écrasée la journée par un soleil impitoyable qui se reflétait sur la roche claire qui constituait la plus grande partie du paysage et vous donnait mal à la tête, avant de devenir presque froide, une fois la nuit tombée.

Nous suivions une petite route, serpentant entre les collines et les montagnes basses de la région, qui aurait plutôt pu être qualifiée de chemin, tant le manque d’entretien évident et son utilisation peu fréquente l’avait laissé en mauvais état. De temps en temps, néanmoins, nous croisions un panneau ou deux, tristes morceaux de bois abîmés par les intempéries en pendent mollement en haut de poteaux, s’ils n’étaient pas carrément à même le sol, témoignant que nous étions sur la bonne piste. Pour moi qui avais passé l’essentiel de ma vie à parcourir les sentiers cachés dans la végétation luxuriante de la jungle de Lustrie, avant de passer les derniers mois sur le pont d’un navire au milieu des océans et des mers du vieux monde, c’était une nouvelle expérience que de marcher aussi longtemps dans un paysage désolé, sans la moindre trace d’eau ou de forêt à l’horizon. Ici, ce n’était que de la roche, de l’herbe rase et quelques petits buissons secs et piquants qui me faisait m’interroger en permanence sur la folie ayant poussé des hommes à s’installer ici.

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Alors que durant la matinée, nous discutions avec entrain tout en avançant, le milieu de la matinée nous trouva transpirant et soufflant, et plus aucun de nous deux n’avait envie de parler. Nous étions concentrés sur notre effort tandis que, le soleil nous frappant inlassablement la nuque, nous gravissions un petit mont plus haut que ceux que nous avions franchis jusqu’à présent. Nous fîmes une pause, une fois son sommet dépassé, à l’ombre d’un arbre pour boire un peu et manger un morceau de viande séchée qui ne manqua pas d’augmenter notre soif. Nous décidâmes d’attendre un peu avant de repartir, le temps de permettre à notre température corporelle de redescendre et pour laisser Gaillou se reposer aussi, retirant nos affaires de son dos.
Nous reprîmes notre marche une bonne demi-heure plus tard, sur la piste qui descendait en pente douce en serpentant entre les blocs rocheux vers un petit village serti d’une palissade de bois. Kidd marchait devant tandis que derrière lui, j’avançais en tenant la longe de la mule. Le gamin chantonnait doucement et je reconnaissais les paroles d’une chanson bien connue chez les pirates :


Le soir quand l'équipage est triste (ouh-ouh)
Il repense à Luccini (ouh-ouh)
Non mais vraiment, qu'est-ce qu'il t'a pris (ouh-ouh)
D'aller mourir à Luccini (ouh-ouh)
Jack des sept mers t'attendait là-haut (ouh-ouh)
Les pirates étaient fiers de toi (ouh-ouh)
Non mais vraiment, qu'est-ce qu'il t'a pris (ouh-ouh)
D'aller mourir à Luccini (ouh-ouh)
Un jour avec tous les pirates (ouh-ouh)
Tu reviendras crier vengeance (ouh-ouh)
Le drapeau noir sous les étoiles (ouh-ouh)
Pour réduire Luccini en cendre (ouh-ouh



Cependant, plus nous approchions du village, plus un étrange sentiment s’emparait de moi. Même de loin, je trouvais étrange de ne pas voir le moindre signe de vie monter de derrière la petite muraille de bois. Il n’y avait pas de volute de fumée sortant des cheminées, pas d’hommes s’activant dans les champs alentour et je ne discernais aucune silhouette montant la garde près de la porte. D’un petit sifflement, j’attirais l’attention du mousse, et posant un doigt sur mes lèvres, je lui fis signe de se taire, avant de désigner le village du menton. Après un court moment de flottement, il sembla comprendre ce qui me dérangeait et trouver lui aussi étrange le calme environnant. Nous continuâmes notre approche quelque temps, tous nos sens en alerte avant de nous arrêter à une centaine de mètres des portes de la ville.

Comme rien ne bougeait, nous décidâmes d’un commun accord de s’avancer vers les portes. Elles étaient ouvertes et, comme je l’avais vu d’en haut, personne ne les surveillait. Sur le qui-vive, nous avançâmes dans la petite bourgade. Elle se composait de simple maisons en bois et en torchis, avec, pour certains bâtiments des murs de pierres. Il régnait dans les lieux une ambiance très particulière, tout était silencieux et il n’y avait pas âme qui vive. Là où nous aurions normalement dû entendre au moins les bruits des artisans s’affairant dans leurs ateliers ou des animaux patientant dans leurs enclos, nous n’avions le droit qu’à un silence bourdonnant et inquiétant.

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Nous avancions d’un pas rapide, peu désireux de s’attarder sur place. J’avais pensé à contourner le village, mais Kidd m’avait fait remarquer que cela nous aurait prolongé d’au moins deux heures pour passer en hors piste et je maudissais maintenant notre décision de faire au plus court. Alors que nous dépassions un bâtiment un peu plus grand que ses voisins, nous vîmes 6 chevaux accrochés par la longe devant une auge, attendant docilement qu’on fasse appel à eux. De l'intérieur de la bâtisse, des bruits de conversations nous parvenaient, étouffés par l’épaisseur des murs.

Je croisais le regard de Kidd, il ouvrait grand les yeux, une lueur d’inquiétude brillant à l’intérieur. D’une voix la plus basse possible, je lui intimais l’ordre de finir de traverser le village avec la mule tandis que j’allais m’approcher pour examiner ce qui se tramait à l'intérieur. Sans discuter, le jeune homme s’éloigna en hâte, prenant garde à ne pas faire de bruit tandis que, poussée par une force invisible, je m’approchais de la maison, maudissant ma curiosité. Pourtant, il me semblait important de voir qui était ses hommes, car je ne souhaitais pas les rencontrer plus tard à l’improviste sur la route de Myrmidens.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Mon histoire : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_nola_al_nysa

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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Elle s'approcha à pas de louve. La porte s'ouvrit. Un homme. Assez grand, portant des pièces d'armures sur sa tenue dépareillée. Une épée à la ceinture. Il s'avança tout en défaisant sa ceinture et en sifflant. Alors qu'il s'apprêtait à sortir son coucou, son regard se posa sur la jeune fille brune à l'œil mort qui se tenait à quelques mètres devant lui. Suivant un bruit de surprise pour le moins comique, il lança :
"Bah mince, une donzelle. Hé, Thomas ! Y a une donzelle dehors !" Il reposa son regard sur Nola : "T'es du village petite ?"

« Fais chier » se dit-elle, avant de répondre d'un air hésitant « Euh... non... J'habite dans les montagnes un peu plus haut, à une journée et demie de marche. Je suis descendu en ville chercher de l'aide pour mon père qui est malade. » Elle espérait que son mensonge serait crédible et surtout, que l'homme face à elle ne connaissait pas la région comme sa poche.
Le soldat retroussa ses chausses en haussant un sourcil interrogateur. Une autre voix s'interposa : "N'écoutez pas ma sœur. Elle ne dit que des bêtises depuis hier. C'est à cause des pirates." Kidd. Ce foutu Kidd. Le type les regarda tour à tour. "Oh merde. Vous venez de Matorca..." Il s'épousseta les mains. "Je suis Samuel. Entrez. On a trouvé de la bière. Je dirais pas qu'elle est bonne, mais elle fait son affaire."
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L'intérieur était enfumé, mal éclairé, six hommes, pour six chevaux. Des têtes de tueur, l'allure et l'armement pour aller avec. Les braves hommes d'armes des Frontalières. Kidd et Nola sauraient bien assez vite de quel bois ils étaient faits. Celui qui présidait tonna du poing sur la table. "On se découvre devant une dame, bande de branle-couilles !" Tout le monde retira sa coiffe. "Pardonnez mes hommes. Ils peuvent être longs à la détente, mais ce sont de braves soldats du Roi."
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On leur offrit deux bocks de bière brune, ainsi que des tabourets. L'homme se passa la main sur le visage. "Je suis Thomas de Chavres. À qui ai-je l'honneur ?"
"Ma sœur Maria, moi, c'est Paolo."
Ne sachant pas quelle attitude adopter envers ces nouveaux individus, elle choisit de rester un retrait, se contentant d'un petit hochement de tête accompagné d'un sourire timide lorsque Kidd la désigna comme sa sœur, Maria. Tant qu'elle ne saurait pas quelles étaient les intentions de ces soldats, elle préférait rester la plus neutre possible.
"Peu causante. Les combats font ça. Vous avez eu de la chance. Ce sont des fuyards qui ont mandé le bon Roi Dagbert. Depuis, on en croise des dizaines comme vous. Jusqu'à arriver à ce village."
Relevant les yeux de son bock, elle se risqua à demander « Et les gens d'ici ? Où sont-ils ? »
"Dans les collines assurément. C'est comme ça que survivent les petites gens de la région. Dès que les armées s'avancent, ils se retirent dans les grottes et les hauteurs." Il poursuivit : "Nous nous rendons à Matorca. Même si les pirates sont partis, ils feront sûrement escale à proximité. Dans votre cas, restez prudent, les routes ne sont pas sûrs. Les Orques, les hommes-bêtes. Les brigands. Tous vont affluer pour se partager les restes. Et plus loin encore, le Duc d'Ambrandt livre la guerre à ses voisins. Puisse les dieux vous guider, peu importe où votre route vous mènera. "
Finissant sa boisson d'une traite, elle se releva, imitée par Kidd avant de dire « Merci pour le rafraichissement, nous allons reprendre notre route. Soyez prudent également, ces pirates sont des monstres sanguinaires, on dirait que c'est la folie qui les anime ! »
Les soldats ricanèrent. "La guerre, c'est notre rayon." Tandis qu'ils se levèrent, un des guerriers leur beugla : "Hé p'tit !" Kidd s'arrêta. "Il y a de l'avoine dans la grange près de la porte ouest. Votre âne en aura besoin."

Tandis qu'ils s'éloignaient du village, l'Amazone lâcha à son compagnon : « Bien joué pour l'histoire du frère et de la sœur en fuite. On gardera cette version pour les personnes qu'on rencontrera à l'avenir. Maintenant, hâtons-nous, je n'ai pas envie qu'un autre rescapé de Matorca se pointe alors qu'on est toujours la. »
"Tu as raison, il faudra aussi surveiller dans notre dos, quand ils reviendront de leur petite visite à la ville. Une grande brune borgne et un rouquin, ça se retient bien."
Reprendre la route. Espérer que les prochaines rencontres se passe aussi bien. C'était une terre qui regorgeait de princes, mais sans aucun principe. Au-dessus de leur tête, les vautours tournoyaient déjà en cercle. C'était la tâche de tous que de chercher sa pitance.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Ce jour-là, après être sorti du village, nous poussâmes notre effort jusqu’à ce que l’obscurité du soir soit quasiment totale, souhaitant mettre le plus de distance possible entre nous et les soldats. Pendant toute la journée, nous avions regardé par-dessus notre épaule, craignant de voir débouler des cavaliers qui, après nous avoir laissé partir auraient rencontré d’autres habitants de Matorca, de vrais rescapés eux, qui leur auraient parlé d’une femme brune avec des tatouages et un œil en moins faisant parti de l’équipage de pirates ayant dévasté leur ville, accompagné d’un gamin roux car, comme l’avait dit Kidd, cela ne devait pas courir les frontalières.

Nous décidâmes de garder les rôles que le mousse nous avait attribués devant les soldats en cas de nouvelles rencontres avec des locaux et nous passâmes une partie de l’après-midi à compléter un peu nos fausses identités, afin de mettre toutes les chances de notre côté si nous étions amenés à devoir les utiliser à nouveau.

Quand il commença à faire trop noir pour marcher sans risquer de se tordre une cheville sur le tortueux chemin caillouteux, je décidais de quitter la piste afin de minimiser nos chances de faire une mauvaise rencontre nocturne. Si la chaleur et la marche de la journée m'avaient fatigué, je me sentais pourtant en bonne forme, ayant depuis longtemps été habitué aux longues journées de chasse dans la chaleur moite de la jungle. Au contraire de Kidd qui lui commençait à accuser le coup de cette marche forcée, et ne se priva pas pour me faire savoir son mécontentement quand je lui exposais ma décision de m’éloigner d’une bonne demi-heure du chemin avant de poser le campement.

Nous marchâmes finalement presque une heure avant d’arriver dans une sorte de petite dépression naturelle. Notre avancée était rendue pénible par le terrain irrégulier et lorsque, le souffle court, nous pûmes enfin poser nos affaires au sol, le jeune marin s’affala sur le dos en déclarant « Je ne ferai pas un pas de plus aujourd’hui ! ». Je souris tandis que je m'occupais de défaire l'harnachement de Gaillou avant de la laisser s’éloigner un peu pour brouter. Le placide animal s’était révélé un compagnon de route idéal durant cette première journée de voyage. Calme et obéissant, il s'acquittait sans rechigner de sa tâche et nous suivait sans traîner la patte. Tandis que Kidd rassemblait du petit bois pour le feu, notre abri du soir en forme de cuvette nous permettant d’en allumer sans être vu de loin, je fis un rapide tour du périmètre pour m’assurer qu’il n’y avait pas de danger immédiat et que nous pourrions passer la nuit dans une sécurité certaine.

Lorsque je revins au campement, un petit feu brûlait déjà et le gamin avait mis de l’eau à bouillir pour la tisane. Notre repas se déroula en silence, chacun mastiquant son morceau de viande séchée perdu dans ses propres pensées, puis, comme nous étions tous les deux épuisés par cette longue journée, nous défîmes nos affaires afin de les étendre au sol. Comme la veille, je choisis de prendre le premier tour de garde, car je sentais que de toute façon, Kidd ne tiendrait pas éveillé beaucoup plus longtemps. Afin de lui permettre de se reposer pleinement, je débordais assez largement sur l’horaire où j’étais censée le réveiller, le laissant ainsi dormir une bonne heure supplémentaire avant de m’allonger à mon tour et de tomber dans un sommeil profond.

Comme la veille, nous prîmes la route avant le lever du soleil afin de parcourir la plus longue distance possible à la fraîche. Nous fîmes une première halte pour nous désaltérer quand la chaleur commença à augmenter. Nous marchions d’un bon rythme, mais dans un silence quasi-complet, chacun étant concentré sur son effort. En fin de matinée, notre route croisa un petit ruisseau qu’elle se mit à suivre, épousant les courbes du cours d’eau. Au bout d’un moment, le ruisseau se transforma en un vrai petit torrent et, alors que le soleil avait quasiment atteint son zénith, nous passâmes dans une petite clairière verdoyante ou l’eau rencontrée un petit étang avant de reprendre sa route à l’autre extrémité. À cet endroit, la fraîcheur offerte par les sous-bois et la proximité du plan d’eau était agréable et nous décidâmes d’y faire une halte pour laisser passer les heures les plus chaudes de la journée.

Tandis que mon compagnon de route déballait nos affaires, je me décidais à tenter ma chance à la pêche. Je n’avais pas taquiné le poisson depuis bien longtemps. Je me rendis à l’endroit où le ruisseau rencontrait l’étang et trouvais un coin où je pouvais m’allonger sur le ventre, la ou des plantes retombantes obscurcissaient une rive affouillée par le courant et ou le soleil ne projetterait pas mon ombre sur l’eau. Je fus ravi de constater que je n’avais pas oublié comment on s’y prend, et encore plus, de me saisir assez vite d’une belle grosse truite. Je passais une baguette de saule dans ses ouïes, et la gardais dans l’eau pendant que j’en pêchais une deuxième. Je revins à notre petit campement avec un grand sourire, exhibant avec fierté ma prise à Kidd qui ne cacha pas son plaisir de voir notre menu se diversifier.

Nous nous régalâmes de la chair tendre des poissons, avant de nous accorder une petite sieste bien méritée à l’ombre d’un grand arbre proche de l’eau. Enfin, après avoir fait un brin de toilette et avoir rempli nos gourdes d’eau fraîche, il fut temps de reprendre la route. Rapidement, la fraîcheur de la clairière ne fut plus qu’un lointain souvenir, et nous avancions péniblement sur la route de pierre. Un vent chaud s’était levé, faisant voler sur nous une fine poussière blanche et nous brûlant la gorge. La toilette sommaire que nous avions effectuée plus tôt semblait bien dérisoire et la bonne humeur de cette halte bucolique avait disparu depuis longtemps. L’événement marquant de cette journée se produisit en milieu d’après-midi, alors que Kidd commençait à traîner la patte, je décidais de prendre de l’avance pour monter voir au sommet de la petite colline suivante ce que la route nous réservait. Parvenu à son sommet, je me retournais pour voir où en était le mousse qu’en j’aperçus, assez loin derrière lui une troupe de cavaliers avançant au trot dans la même direction que nous. Je rebroussais chemin en courant, manquant à plusieurs reprises de faire une mauvaise chute et ne devant mon équilibre qu’à mon pas léger et à mon agilité, en faisant des grands signes à Kidd. Par bonheur, il comprit rapidement ce qu’il se passait et, sans poser plus de question, il quitta la route en entraînant Gaillou à sa suite.

Notre chance fut qu’à une centaine de mètres de la route se tenaient quelques gros buissons touffus derrière lesquels nous trouvâmes refuge le temps de laisser les hommes à cheval nous dépasser. Ils passèrent devant nous sans ralentir et je sentis mon souffle se relâcher alors que je n’avais même pas eu conscience de le retenir tandis que le bruit de leurs sabots diminuait derrière la colline herbue d’où je les avais aperçus. Nous reprîmes notre route après avoir patienté de longues minutes pour laisser assez d’avance aux soldats, redoublant de vigilance et passant un temps fou à scruter l’horizon dans les deux sens.

Plus la journée approchait de son terme, plus le nombre de personnes sur la route augmentait. Nous croisâmes même quelques petites fermettes assez pittoresques et vîmes au loin quelques villages à l’aspect modeste par lesquels la route ne passait même pas. La chaussée elle-même s’élargissait à mesure que sa fréquentation augmentait et en fin d’après-midi, nous parvînmes à un croisement de trois routes. Pourtant, ce n’est pas l’intersection qui attira notre attention, mais une sorte de grosse auberge à l’aspect rustique mais robuste entourée d’une haute palissade et de quelques bâtiments plus modeste qui se tenait sur le bord de la route. Une foule de badauds semblaient se hâter de s’y rendre, comme s’ils craignaient de se retrouver bloqués dehors en pleine nuit. Je ne fis pas de commentaires, pensant poursuivre ma route jusqu’à laisser l’établissement assez loin derrière nous, mais Kidd lui ne l’entendait pas de cette oreille :
- « On pourrait s’y arrêter non ? Une nuit dans un vrai lit, un bain et un repas chaud, t’en dis quoi ? »
- « J’en dis que c’est la chose la plus stupide que tu es dis depuis le début du voyage ! » lui répondis-je, bien que la tentation d’un vrai repas et d’un bain me fasse moi aussi saliver.
- « On est loin de Matorca maintenant, pourquoi les gens de la-bas se seraient traîné le cul jusqu’ici ? » surenchérit-il.
- « Je sais pas Kidd, mais ces murs, ça m’oppresse, j’ai l’impression de me jeter de moi-même dans la cage. »

Le débat se poursuivit encore un petit moment, jusqu’à ce qu’un charretier au caractère mal dégrossis nous demande de foutre le camp du milieu de la route et d’arrêter de retarder les honnêtes travailleurs. Finalement, Kidd eut raison de ma détermination et nous gagnâmes l’entrée de l’auberge. Des gardes surveillaient la seule porte permettant d’entrer dans l’enceinte de la palissade, ils nous regardèrent arriver sans manifester spécialement d’intérêt avant de nous interroger sur qui nous étions et ce que nous faisions sur la route. Nous leur servîmes la même histoire qu’aux cavaliers rencontrés la veille et cela sembla leur suffire. Cependant, un détail qui m’avait dans les premiers instants échappé me sauta soudain aux yeux. Je reconnus le symbole grossier dessiné sur le plastron des deux gardes, il s’agissait du même symbole que celui qu’arboraient les soldats de Dielterburg. Après avoir creusé un moment dans ma mémoire, je me rappelais ce qu’avait dit la serveuse rondelette de l’auberge, il s’agissait des hommes du duc d’Ambrandt, et vu ce qu’en avaient dit les cavaliers la veille, il valait mieux se méfier de lui.

Je pénétrais dans l’enceinte à la suite de Kidd et tandis que je me rendais à l’étable pour y laisser Gaillou, lui retirant son chargement et prenant soin de lui mettre une bonne portion d’avoine ainsi que de l’eau claire dans sa mangeoire, le gamin se dirigea vers l’établissement pour nous retenir une chambre et deux repas. L’intérieur des murs grouillait de voyageurs venus de toutes les directions, que ce soit des marchands, des paysans ou des familles en déplacement, tout le monde vaquait à ses occupations sans se préoccuper des autres. Je formulais intérieurement le vœu que tout se passe bien jusqu’au lendemain, afin que nous puissions quitter les lieux sans accrochage.

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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Jet d'inté : 12, échec
Jet de résistance à l'alcool : 12, échec
Une fois leurs affaires déposées dans la chambre, fermée à double tour, nos deux voyageurs se retrouvèrent à table pour un repas... Correcte. Gruau d'orge au lait de chèvre, soupe de légumes. La jeune servante posa un pichet de vin coupé aux épices avant de glisser un clin d'œil à Kidd.
"Tu savais qu'ils offraient une ristourne ici ? Ça doit être pour le beau temps."

Le jeune homme ricana avant de se servir un bon verre de vin. Leur table ne fut pas vide bien longtemps, car un groupe s'arrêta avec leurs bols et leur vin. Ils étaient quatre. Trois solides malabars. Crânes rasés, barbes fournies pour d'eux d'entre eux. Le dernier avait une vilaine balafre sur son menton taillé à la serpe. Le plus grand posa un marteau sur la table qui devait faire le même poids que Kidd. Le quatrième membre du quatuor était radicalement différent. Une petite vieille fripée comme une pomme laissée au four. Ses cheveux blancs et filasses noués en chignon.

Elle leva ses petits yeux de taupe vers le rouquin et la borgne : "Que la protection de Sigmar soit sur fous cheunes chens." Elle attrapa sa cuillère en bois en tremblotant jusqu'à s'enfourner une dose de bouillie.
Les trois armoires n'avaient pas bronché. L'un d'eux empoigna un livre à sa ceinture, épais comme un poing, et commença à le relire en murmurant à voix basse. Kidd, interloqué, répondit "Également, également."
"Ne vous laissez pas intimider. Nous ne sommes que des croyants sur la route du Dieu-Roi. Vous ne defez pas connaitre Sigmar Umberogen je présume. Cette région était pourtant une terre de l'Empire autrefois."
L'Amazone n'en savait strictement rien. La foi du sud de l'Empire réprouvait la piraterie et ce n'était pas sur l'ile de Sartosa qu'elle aurait pu croiser des pèlerins du Dieu. Kidd lui opina du chef. Entre deux verres de vin, elle réalisa qu'ils discutaient tous deux du parcours de Sigmar vers l'Est.
Après leur longue discussion, la vieille dame charmée expliqua : "Et c'est pour ça que nous suifons l'ancienne route de la Soie. Déposer les cendres de feu mein mari Heinrich au sanctuaire de Akendorf. Afec mein petit fils Otto." Le premier des barbus leva une main gantelée.
L'Alcool était bon, la chaleur du foyer et l'odeur du repas qui chauffait déjà pour le lendemain, réconfortants. "Pour une somme modique, je fous brode les mots de Sigmar sur fos fêtements, ils fous protègeront sur fotre route."
Et après tout, pourquoi pas ?
Deux couronnes en moins, la petite vieille commença à coudre sur leurs vestes les mots saints du Dieu de l'Empire. Dans un coin de la taverne, deux voyageurs en venaient aux mains, rapidement séparés par les miliciens. Ainsi allaient les soirées le long des routes du vieux monde.
"Toujours, Sigmar surveille et protège." et "Une vie sainte sourit aux vertueux." Parfait pour deux pirates. Les Sigmarites salués, il était temps de prendre un bon bain. Certes, l'eau était tiède, et les bains étaient derrière l'auberge, mais la fraicheur de la nuit n'avait jamais tué personne. Sauf peut-être l'hiver kislevite. Mais ils étaient loin du Kislev. Qui savait quand est-ce qu'ils pourraient profiter d'un bon bain après cette soirée ?
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

À l’heure tardive où nous étions arrivés, il ne restait plus beaucoup de chambres disponibles et je m’estimais même chanceuse qu’on ne nous ait pas relégués à dormir à même le sol dans la salle commune. La chambre qu’on nous attribua était petite, mal isolée, tant d’un point de vue sonore que de la température et ne disposais que d’un seul grand lit, d’une table et d’un tabouret, mais elle avait au moins le mérite d’être plutôt bien entretenue.

Je sentis mon ventre gronder tandis que je défaisais mon paquetage, rangeant mes affaires sous la petite table grossièrement taillée dans le bois. De la salle servant de réfectoire, je sentais l’arôme d’un plat chaud qui venait me chatouiller les narines, me faisant prendre conscience de la faim que j’avais après plusieurs jours à ne manger que de la viande séchée et du pain sec. Pendant que Kidd finissait lui aussi de s’installer, je m’allongeais quelques instants sur le lit afin d’en tester le confort. Le matelas de paille semblait bien rembourré et la literie avait l’air saine. Nous restâmes là une bonne heure à discuter de notre périple, des rencontres des derniers jours et de nos attentes pour la suite du voyage pendant qu’en dessous de nous, le brouhaha de la salle commune augmentait petit à petit. Au bout d’un moment, poussé par la faim, nous nous décidâmes enfin à descendre nous restaurer et Kidd sur les talons, je descendis l’escalier étroit menant au réfectoire.

Lorsque j’arrivais dans la pièce, je fus surprise du nombre de personnes qu’elle arrivait à contenir. Il y avait des soldats, des marchands avec leurs escortes, des paysans aisés avec leur famille, et tout ce petit monde cohabitait dans une entente plus ou moins cordiale sous l'œil vigilant des miliciens postés aux points stratégique de la pièce. Je trouvais une table encore inoccupée dans un angle de la salle et je m’installais face à Kidd sur le lourd banc de bois qui la longeait. Le repas nous fut rapidement servi, et s’il n’avait rien de très emballant, il avait au moins l’avantage d’être copieux et chaud.

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Pendant que nous mangions en silence, trop occupé à nous remplir l’estomac, un groupe assez étrange vint s'asseoir à côté de nous. À leur approche, je portais discrètement la main sur le manche de ma dague dissimulé par mon long manteau de voyage, regrettant d’avoir laissé mes autres armes dans la chambre. Cependant, comme le groupe était bien supérieur en nombre et en armes, je décidais d’attendre de voir quelles étaient leurs intentions avant d’agir. À mon grand étonnement, ils s’installèrent à côté de nous sans manifester d'agressivité ou de prudence. Je ne pouvais m’empêcher, à l’instar de Kidd de regarder avec surprise cette étrange compagnie composée de trois hommes à l’allure patibulaires, lourdement armé avec des crânes rasés et dont l’un d’entre eux portait une cicatrice le long du menton tout à fait digne de concurrencer les miennes. Cependant, ce qui attirait le plus notre attention était le quatrième membre de la petite troupe, une femme à l’allure très âgée mais au visage strict qui semblait, et cela me réchauffa le cœur, être la meneuse du groupe.

Elle nous salua en s’asseyant et je lui répondis poliment, car il était important dans mon peuple d’accorder le respect aux anciennes. Elle commença à nous parler de Sigmar, un dieu apparemment apprécié dans le sud de l’Empire, tandis que l’un des hommes qui l’accompagnaient lisait en marmonnant un livre de prières. Je m’appliquais quant à moi à avoir l’air le plus neutre possible, notamment parce que je n’avais aucune connaissance sur le Panthéon impérial, et qu’en plus je n’en avais rien à faire, mais aussi pour ne pas risquer de froisser nos étranges voisins. En revanche, à mon grand étonnement, Kidd, qui depuis le début du repas, n’avait cessé de boire du vin entre deux œillades à l’une des serveuses de l’établissement, avait la langue bien pendu, et il s’engagea rapidement dans une discussions au sujet du parcours de Sigmar vers l’Est.

La soirée continua de s’écouler ainsi, dans l’atmosphère chaude et étouffée de l’auberge, au rythme des chants de quelques voyageurs, des bagarres rapidement maîtrisées par les miliciens et de discussions sur des sujets variés, s'entremêlant dans un raffut assez impressionnant. Nos voisins de table se révélèrent avoir de la conversation, et je finis moi-même par me dérider un peu, abandonnant quelque temps ma prudence naturelle pour me mêler à la conversation. Nous reprîmes à plusieurs reprises un pichet de vin, et je surpris la serveuse qui, à chaque passage, profitait de venir nous apporter notre commande pour passer sa main dans le dos de Kidd, et appuyer sa poitrine sur son épaule pendant qu’elle tendait le bras pour déposer le récipient sur la table. Les premières fois, elle était hésitante, semblant tâter le terrain avec moi, se demandant sûrement la nature de notre relation, plutôt qu’avec le gamin directement mais, comme je ne faisais pas mine de réagir, elle gagna en assurance et je voyais mon compagnon, le regard pétillant, s’empresser de resservir les convives pour accélérer le moment où il pourrait de nouveau faire appel à elle.

Je ne savais pas pourquoi, mais cette situation m’irritait autant qu’elle m’amusait. Le fait de voir le mousse aussi facilement perturbé par une jeune fille aux motivations, j’en étais convaincu, purement financière me faisait sourire et je prenais du plaisir à le regarder entrer dans le jeu de la demoiselle de manière assez maladroite. Pourtant, j’avais en même temps un sentiment diffus de jalousie et de colère quant au fait qu’il baisse sa garde et se laisse distraire aussi facilement par la première jouvencelle un peu opportuniste qui se présentait à lui. Il y avait d’ailleurs fort à parier que la jeune fille, si elle travaillait ici depuis assez longtemps, avait assez d'expérience pour repérer les cibles faciles comme Kidd. Petite et brune, elle avait un sourire enjôleur et des yeux noisettes rieurs qui reflétaient la lumière des lampes accrochées au plafond. Bien en chair, elle avait des formes avantageuses dont elle semblait savoir jouer et je ne pouvais nier qu’elle avait du charme.

Alors que la conversation s’était terminée avec nos voisins de table et que ceux-ci s'apprêtaient à prendre congé, je vis Kidd qui, la bouche entrouverte, contemplait sa serveuse, l'œil brillant. Je saisis une grosse miette de pain sur la table avant de la jeter dans sa direction. Mon projectile atteint sa cible et entra dans la bouche du mousse qui manqua de s’étouffer, avant de me jeter un regard de colère :
- « Pourquoi tu fais ça ?! »
- « Fermes la bouche Kidd, tu vas finir par gober les mouches » répondis-je d’un ton sarcastique avec un sourire. Alors qu’il faisait la moue, j’enchaînais, « tu m’as dis que t’avais reservé un bain, je pense qu’on devrait y aller avant qu’il fasse trop froid. »

J’avais raison, lorsque nous sortîmes dehors, l’air s’était rafraîchi et il ne faisait plus si chaud que cela. Le bain se trouvait dans un coin reculé de la cour, installé sous un petit appentis en bois à l’abri des regards et une sorte de grand paravent en bloquait l’accès, faisant office de porte. Comme j’étais pressée d’aller me coucher, il fut décidé que je passerai en première et je demandais à Kidd de rester devant le paravent pour stopper quiconque aurait la mauvaise idée de vouloir se rendre aux bains pendant que j’y étais.

Je me dévêtis donc, prenant soin, par précaution ou par paranoïa, de garder ma dague à portée de main. Je goûtais l’eau du bout du pied, elle était tiède, mais cela me conviendrait. Maintenant totalement nue, je pénétrais dans le baquet, me tenant debout afin de profiter de la lumière des bougies pour inspecter ma blessure à la jambe reçue quelques jours plus tôt. Les onguents avaient fait leur effet et elle avait bien cicatrisé, laissant encore pour le moment un trait rose pâle en travers de ma cuisse, mais je jugeais que dans quelques jours, cela aurait totalement disparu. Je m’assis donc dans le bain et profitais que l’eau soit encore tiède pour laisser mes muscles se détendre un peu, laissant mes pensées dériver librement, les yeux dans le vide. Puis, je saisis le savon noir qui était posé à côté et je commençais à me frotter chaque parcelle du corps, désireuse de profiter de cette occasion de se laver pour me purifier totalement. Je profitais également de ce bain pour laver mes cheveux, laissant mes boucles noires trempées quelques instants dans l’eau avant de les frotter énergiquement avec le savon. À un moment, je crus voir quelque chose bouger du coin de l'œil au niveau du paravent. Je m'immobilisais, puis comme rien ne semblait se passer, je dis d’une voix perplexe « Kidd ?! » mais je ne reçus pas de réponse et je finis par me dire que j’avais imaginé tout cela. Je finis de me laver et je sortis du bain, essorant mes cheveux afin qu’ils sèchent plus vite. Je profitais de l’occasion également pour laver mes vêtements, les enfilant ensuite mouillés, mais jugeant qu’il était préférable de les porter ainsi quelques instants que de les remettre avec la poussière de la route alors que j’étais enfin propre.

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Je terminais de me sécher puis je me dirigeais vers le paravent que j’écartais d’une main, trouvant Kidd quelques mètres plus loin assis contre un muret de pierre.
- « Tu m’as pas entendu quand je t’ai appelé ? » lui dis-je avec une certaine sécheresse.
- « Non ? Un problème ? »
- « Non.. dépêches toi, l’eau est encore à peine tiède. »

Alors qu’il pénétrait sous l’appentis , je décidais de faire le tour de la petite cour de l’auberge, profitant de la fraîcheur du soir et du vent doux qui soufflait pour faire sécher mes vêtements et mes cheveux plus rapidement. C’est en général à cette heure que l’ambiance commencée à devenir plus que festive dans les tavernes et auberges que j’avais déjà fréquenté, mais ici, les miliciens semblaient ne pas l’entendre de cette oreille et, si pendant le repas la boisson n’était pas contrôlée, il n’y avait à cette heure personne en train de pousser la chansonnette et un calme certain régnait. Pour le coup, cela n’était pas pour me déplaire, j’étais fatigué de la route ainsi que des courtes nuits précédentes et le vin que j’avais bu pendant le repas avait fini de m’épuiser.

Comme je commençais à avoir froid, je me dirigeais de nouveau vers les bains pour prévenir Kidd que je remontais à notre chambre. Alors que j’approchais, j’entendis des voix à l’intérieur de la petite pièce, je franchis les quelques mètres qui me séparaient du paravent en hâte et poussais ce dernier d’un geste vif avant de m’arrêter net. Assis dans le baquet d’eau, Kidd, nu comme un verre se faisait laver le torse par la petite servante aux yeux noisettes de tout à l’heure. Installée sur le rebord du bain, elle plongeait sa main au fond de l’eau avant de la ressortir pour frotter le corps du jeune mousse qui, un sourire béat aux lèvres semblait au comble du plaisir. Elle se retourna quand je fis irruption dans la pièce, visiblement un peu inquiète de ma réaction tandis que Kidd ouvrait des yeux ronds, le rouge lui montant une fois de plus aux joues.

Alors que je haussais un sourcil interrogateur, il tenta de se justifier « Ah Nol... euh.. Maria, je pensais que tu étais déjà partie te coucher. » Sans lui laisser le temps de poursuivre ses explications, et afin de lui épargner de s’enfoncer davantage, je tournais les talons sans un mot et remontais directement vers notre chambre. Je croisais un des fidèles de Sigmar dans la salle commune, toujours occupé à lire son livre. Il leva les yeux vers moi et me marmonna un vague bonne nuit avant de se replonger dans sa lecture.

Je pénétrai dans la petite chambre, satisfaite de voir après un rapide examen que rien n’avait bougé depuis notre départ. J'ôtais mes bottes et me déshabillais de nouveau avant d’enfiler une grosse chemise de lin grise que j’avais récupérée à Matorca. Puis, je me dirigeais en silence, mes pieds nus ne produisant pas le moindre bruit sur le plancher, vers notre lit sur lequel je m'affalais, avant de me blottir dans la couverture en mauvaise laine fournie par l’établissement qui me grattait mes jambes nues. J’étais si fatigué que je ne doutais pas de trouver le sommeil rapidement. Les yeux fermés, j’écoutais les bruits caractéristiques des bâtiments anciens, la charpente craquante et le plancher grinçant. J’entendais un peu de bruit provenant des chambres voisines, mais rien de dérangeant et, alors que mon souffle se faisait plus profond et régulier, je sentis le sommeil me gagner. Une dernière pensée me traversa l’esprit : Pourvu que Kidd ne fasse pas de connerie, et surtout, qu’il ne s’avise pas de me déranger en venant se coucher à son tour.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Comme dans l'Aslevial, le bois craquait, des gens ronflaient fort, il y avait une odeur indéfinissable de fumet de cuisine éventé et de botte usée. Et tous les beaux diables qui dormaient ici étaient armés et savaient sans aucun doute tuer leur prochain de bien des manières. Le relais n'était-il pas finalement un navire à part entière ? Avec son équipage, ses passagers, ses drames et l'épreuve du temps.
Un navire arrimé au milieu des pins et des chênes rabougris, le tout surplombé par ces épaves de pierres qu'étaient les citadelles en ruine des Principautés déchues.
Et même s'il manquait le ballottement des vagues, la fille de la jungle finit par fermer son œil, se reposant d'une bien trop longue route dont le voyage depuis Matorca ne représentait qu'une fraction.
Jet d'inté : 9, réussite
Jusqu'au cri.
Un cri humain. Un cri d'animal blessé. Le bruit que fait un homme attaqué. Elle se réveilla dans la poix. Des pas. On sortait des chambres en se précipitant ! Une alerte ! Ni une ni deux, vérifier qu'elle avait ses armes et si aucun intrus ne s'était ramené dans la chambre. Ni Kidd, ni servante, ni étranger. Les pas ne cessèrent pas. Mais rien en ouvrant les volets...
Ah si. Des miliciens se ramenaient de la palissade vers l'intérieur.
En descendant les escaliers deux par deux, elle arriva avec la foule. Quatre bonnes douzaines de voyageurs, de miliciens et d'employés du relais pressés là autour d'une table. Et d'un corps encore chaud. L'un des sigmarites qui voyageait avec la vieille dame.
"TOUT LE MONDE RESTE CALME ! Personne ne sort ! On va élucider ça !" Beugla un des miliciens. Les voyageurs se regardaient tous. La vieille dame fendit la foule à grand coup de petit fils... Pour mieux défaillir et s'écrouler sur un banc. "Par Sigmar... Par Sigmar."
"C'est un coup de ces ruffians ! Je suis sûr qu'ils prient Gunndred !" Lança un voyageur d'apparence tiléenne à une bande de paysans qui portèrent la main à leur ceinture. Tout le monde était armé. Tout le monde était prêt à se défendre.
"Bien des mots de pouilleux de Trantien ça ! Fouillez le ! Il a sûrement encore sa dague !"

Un des miliciens temporisa et s'approcha du mort : "On l'a planté dans le cœur. Ou tout près."
La porte s'ouvrit en branle, manquant d'envoyer un ou deux passants à la renverse. "Je vous l'tient l'scélérat ! Il fuyait par-dessus la palissade, ce beau diable !"
S'agitant comme un ver à l'hameçon, ruant de son poids d'oiseau entre les pattes énormes de ce gros bœuf de sergent, Kidd. Salement amoché. Il ne s'était pas laissé faire.
Le garde vint le plaquer contre la table à quelques pouces du forfait. "Y avait aussi la fille des bains en larmes et toute cabossée dans un coin. Un tueur et un violeur, ça."
"J'ai rien fait j'vous dis ! J'ai rien fait !" Un gantelet lui aplatit la gueule contre le bois. De l'autre il lui tenait les bras comme un cerf à la potence. Le chef des miliciens, pragmatique, s'approcha et attrapa une bourse à sa ceinture. Il l'ouvrit et en jeta le contenu sur la table. Des pistoles et des couronnes du Wissenland.
"Pendez-le !" Scandèrent les voyageurs à la fois ivre de colère et pressés de retourner au lit.
"No...Paola.. Je t'en prie... J'ai rien -"
"Ta gueule vermine ! Allez prendre une corde à l'écurie !"

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Verena était la déesse de la justice. Mais dans une telle contrée, était-elle un tant soit peu présente ? Et que dire de l'innocence présumé d'un homme ayant choisi de devenir pirate ?
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

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... deux natives avancent dans la jungle derrière un homme, qui leur ouvre le passage, taillant dans la végétation à grands coups de son épée. Solide et bien bâti, il a les traits sévères, les yeux d’un bleu profond et il se dégage de lui un étonnant mélange de volonté, de force et de détresse. Derrière lui, les deux jeunes filles marchent en silence, se mouvant avec agilité dans l’espace qu’il dégage. L’une est à les cheveux d’un noir de jais et l’autre à les cheveux plus blancs que les neiges éternelles, leur peau est dorée, d’un bronzage permanent et elles ne portent pour tout vêtement qu’un simple pagne de tissus. Malgré leur jeune âge, elles possèdent une musculature fine et elles se déplacent sans bruit dans la végétation dense, à l’inverse de leur guide qui souffle et transpire, encombré de son armure dorée. Finalement, il s’arrête et se retourne vers les deux petites sauvages, puis porte les mains à son casque pour l’enlever, s'apprêtant à enfin révéler son visage …


« AAAARRHHHGG »


J’émergeais de mon sommeil dans un sursaut, le cœur battant la chamade. Pendant quelques secondes, je crus avoir rêvé ce cri, car rien ne bougeait dans l’auberge, puis finalement, un terrible remue-ménage s’empara des lieux. J’entendais les portes des chambres s’ouvrir à la volée, des gens qui s’interpellaient et des bruits de bousculade dans le couloir.

Sortant enfin de ma torpeur, je roulais sur le côté pour saisir ma dague, puis je me redressais hors du lit. À la lumière de la lune qui éclairait faiblement la petite pièce, je constatais que Kidd n’était pas rentré se coucher. Étouffant un juron, je me précipitais sur mes vêtements que j’avais laissé sécher sur une chaise, et je les enfilais en hâte, tout en regardant par la fenêtre de la chambre si je pouvais apercevoir quelque chose. Puis, comme rien ne semblait bouger à l’extérieur, je finis par prendre mes armes et je me résignais à sortir moi aussi dans le couloir.

Un certain calme était revenu à l’étage alors que je m’avançais hors de ma chambre. En revanche, de la salle ou nous avions dîné la veille au soir, me parvenaient des exclamations et des cris qui ne me laissaient guère de doutes sur l’endroit d’où était parti le cri qui avait réveillé tout le monde. Je m’avançais sans bruit à la suite des derniers retardataires qui se pressaient eux aussi en direction de la grande salle, tâchant de ne pas attirer l’attention. Je descendis les escaliers en dernière, m’arrêtant à quelques marches du rez-de-chaussée derrière la foule de badauds qui encombrait le passage.

Depuis ma position, j’avais une vue partielle sur le réfectoire, mais je pus quand même apercevoir l’un des gorilles priant Sigmar qui accompagnaient la vieille femme et avec lesquels nous avions partagé notre repas la veille, allongé sur la table, le nez reposant dans un flot de sang qui coulait jusqu’à ses pieds. Je retins une exclamation de stupeur, il fallait être foutrement décidé pour s’en prendre à un tel colosse, mais au vu de la position du corps, il n’avait pas dû avoir l’occasion de se défendre. Pendant que j’étudiais la scène, un groupe de milicien en arme fit irruption dans la petite pièce, déjà pleine à craquer. L’un d’eux s’approcha du corps et l’examina un instant, tandis qu’un silence tendu planait dans la pièce. Finalement, il se redressa et dit en direction de son chef : « Il a été frappé avec une arme courte, une dague certainement, dans le cœur, ou proche, aucune chance de s’en tirer ».

De là où je me tenais, en retrait, et avec la hauteur que me donnaient les quelques marches que je n’avais pas descendues, je voyais l’atmosphère devenir électrique et l’animosité entre les groupes augmenter rapidement. Chaque personne présente dans la pièce semblait armée et très vite, les accusations sans fondements commencèrent à fuser de part et d’autre, mêlant insultes et jurons, rendant la situation encore plus confuse. Pour accentuer le chaos qui s’était déjà emparé de la pièce, la vieille femme arriva, flanqué de ces deux compagnons restant avant de s’effondrer à la vue du corps à grand renfort de cris et de prières.

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Derrière elle, un groupe de paysans et de voyageurs tiléens avait presque commencé à en venir aux mains, le tout fermement réprimandé par des miliciens tendus et prêt à en découdre. La fin de la nuit promettait d’être agitée me dis-je, m'enfonçant encore un peu plus dans l’ombre que m’offrait l’escalier. Pendant ce temps, celui qui semblait être le chef de la milice locale beuglait à ses hommes de boucler l’auberge pour fouiller tout le monde et élucider l’affaire. Je ne sais pourquoi, mais à ce moment, un désagréable picotement me traversa la nuque, une sorte de sensation de malaise que je ne m'expliquais pas, comme un signal d’alarme discret. Quelques secondes après, la porte de l’auberge s’ouvrit à la volée, révélant un garde massif qui entra en vociférant :
« Je vous l'tient l'scélérat ! Il fuyait par-dessus la palissade, ce beau diable ! » avant de balancer une silhouette au milieu de la pièce et de ses occupants. Alors que l’homme se redressait, je retins un hoquet d’horreur en le reconnaissant. Il ne s’agissait pas d’un homme, mais d’un adolescent, roux et le visage couvert de tâches de rousseurs, il s’agissait de Kidd. Le gamin avait le visage tuméfié et du sang lui coulait de la bouche et d’une oreille, signe qu’il avait dû opposer une rude résistance avant de se faire prendre. Il essaya de prendre la parole pour s’expliquer, mais un violent coup de poing l’envoya s’étaler contre une table voisine.

« Y avait aussi la fille des bains en larmes et toute cabossée dans un coin. Un tueur et un violeur, ça. » ajouta le soldat qui l’avait arrêté, scellant par la même occasion son sort, car en effet, la foule commençait à appeler à une pendaison rapide, afin que tous puissent retourner finir leur nuit avant la longue route qui devait les attendre le lendemain. Ainsi et en l’espace d’une minute, le pauvre Kidd avait été reconnu coupable de deux crimes que je le savais incapable de commettre, le tout sans avoir eu l’occasion de se défendre. Alors que tous semblaient s’agiter pour préparer l'exécution, je restais là, tétanisée, dans le recoin de l’escalier à me demander ce que je pouvais bien faire pour sortir mon ami de ce mauvais pas. Avec ironie, je me rappelais comment les hommes du vieux monde parlaient de mon peuple et de ma terre : des sauvages, à peine plus développés que des animaux, pourtant, chez nous au moins, il y avait une justice et elle était toujours respectée. Depuis que j’avais été arraché à ma jungle en revanche, je n’avais que trop peu rencontré la justice, il y avait bien une certaine forme à Sartosa grâce au code de la piraterie, mais c’était sommaire, et ici, dans les frontalières, il semblait que ce concept soit totalement absent.

J’essayais de réfléchir, je savais que Kidd ne pouvait pas être responsable des actes dont on l’accusait, je le connaissais, c’était un gamin souriant et rieur, plein d’entrain et d’optimisme, comment aurait-il pu faire une telle chose ? Et en même temps, je me rappelais cette conversation inachevée sur son passé et ce qui l’avait obligé à fuir Marienbourg, est-ce que finalement, je connaissais vraiment le jeune mousse ? J’eus envie de me gifler d’avoir laissé ce genre de pensées me traverser l’esprit, Kidd était mon ami, et je devais le sortir de là, les explications viendraient plus tard s’il devait y en avoir. Alors qu’il était amené de force vers la sortie, je croisais le regard du gamin, dans ses yeux, je ne lus que de la panique et de l’incompréhension, il essaya de dire quelque chose, et je pense que je fus la seule à comprendre ses mots avant qu’une nouvelle gifle ne lui close la bouche pour de bon : « No...Paola.. Je t'en prie... J'ai rien », il me fallait agir, et vite !

Remontant la capuche de mon lourd manteau sur ma tête, je m’avançais enfin, bousculant au passage les personnes qui se tenaient devant moi en bas de l’escalier avant de fendre la foule pour me diriger le plus discrètement possible vers la sortie. Fuyant la petite marée humaine qui se précipitait vers la porte principale de l’auberge, je pénétrais pour ma part dans les cuisines, puis j’empruntais l’entrée de service. Je débouchais sur l’arrière de la cour de l’établissement, juste à côté de la palissade de bois qui ceinturait les lieux. Un coup d'œil rapide vers le centre de la place me permit de voir des hommes en train de préparer une corde et de la passer à une grosse poutre en bois tandis que d’autres tenaient Kidd en respect. « Fait chier » marmonnais-je en accélérant le pas en direction de la petite pièce des bains. Alors que j’arrivais proche de l’appentis, je tombais sur un milicien en gardant l’entrée, il me jeta un regard interrogateur en me voyant approcher :
- « Qu’est-ce tu fou la toi ? » dit-il d’un ton sévère.
- « Je viens voir la fille, elle est ici ?Il parait qu’elle a besoin de soins » répondis-je du ton le plus sûr de moi possible.
Après un vague moment d’hésitation, il finit par hausser les épaules et s’écarter de l’ouverture. Je pénétrais donc de nouveau dans la petite pièce, mais cette fois-ci l'atmosphère était plus sombre, moins chaleureuse et accueillante. La jeune fille se tenait prostrée contre un des angles du fond, pieds nus, sale, les traits tirés et le regard hagard. Elle serrait ses bras autour de ses jambes, dévoilant ses poignets meurtris comme s’ils avaient été tenus par des lanières de cuir. Sa robe était en lambeaux, ses bras et ses jambes étaient couverts d'ecchymoses et l’un de ses grands yeux noisettes était à demi clos. Ses cheveux emmêlés tombaient en lourdes boucles brunes devant son visage tuméfié. Elle semblait perdue, brisée et épuisée.
Je m’approchais en hâte avant de m’agenouiller devant elle, elle pleurait silencieusement et ne sembla pas réagir jusqu’à ce que je relève son menton du bout de mes doigts. Écartant d’un geste doux l’une des mèches qui barrait son visage, je lui dis dans un souffle :
- « Que s'est-il passé ?»
- « Il a voulu… il a… il m’a forcé… » répondit-il en sanglotant, visiblement en état de choc.
- « Qui ça il ?? Réponds ! Il vont pendre le gosse … » j'essayais de la secouer un peu par les épaules, tentant de la sortir de sa torpeur. Je l’examinais rapidement, mais la pénombre environnante ne me permettait pas de voir quoi que ce soit, je fis également le tour de l’appentis du regard, mais ne trouvais aucun élément susceptible de m’aider. J’attrapais l’une de ses mains, caressant sa joue de l’autre, et je sentis ses pleurs perdre en intensité tandis qu’elle serait ma main en retour. Pourtant, elle semblait toujours incapable de parler et pour couronner le tout, le garde qui m’avait laissé entrer passa la tête par l’ouverture avant de gueuler « Allez fou le camp la fouineuse, on a déjà envoyé chercher la guérisseuse. » Comme je ne bougeais pas, continuant de supplier du regard la pauvre jeune fille qui devait avoir sensiblement le même âge que moi, il reprit « Dis donc ma jolie, m'oblige pas à venir te mettre dans le même état. »

Je me redressais lentement, tenant toujours dans l’une des mains de la petite serveuse, puis, alors que je la laissais glisser entre mes doigts, je murmurais d’un ton suppliant « S’il te plaît, donne moi au moins une piste, un indice, ils vont le pendre… » et tandis que je reculais vers la sortie, elle redressa soudain la tête avant de dire dans un souffle « La comète… ». En une fraction de seconde, les morceaux s’imbriquèrent dans ma tête et un sinistre scénario se fit jour : l’un des sigmarites, sûrement le mort, était l’auteur de l’agression sur la jeune fille. Kidd, qui avait tout vu, avait dû vouloir la venger, et voilà comment il se retrouvait finalement sur le point de pendre au bout d’une corde.
Faisant demi-tour, je ressortis en trombe de l’appentis, bousculant au passage le garde planté devant l’entrée, et je me dirigeais vers l’avant de l’auberge, là où on s’apprêtait à exécuter mon ami innocent. Parcourant la foule attroupée devant l’établissement, je m’étonnais de ne pas trouver les deux sigmarites et la vieille femme. Je finis finalement par les apercevoir à l’intérieur, se tenant tous trois au milieu de la pièce où se trouvait encore le corps de leur compagnon. À leur cou, pendaient des colliers qui avaient attiré mon attention plus tôt dans la soirée, des colliers en forme de comète à deux queues. Alors que je fixais le corps du mort, pouvant l’étudier plus facilement que précédemment, je remarquais un détail intéressant. L’homme portait des griffures sur les avants bras et sur le cou, et d’ailleurs, sur ce cou, détail encore plus frappant, son collier à lui avait disparu. Voilà qui venait étayer le scénario que j’avais fini par imaginer dans mon esprit au fil des dernières minutes.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

La fumée des braséros montait jusqu'au ciel étoilé. On venait d'installer la corde sur la branche d'un arbre mort. Un tabouret. La foule attendait. Kidd marcha entre deux colosses, essayant de conserver un air digne. On lui avait attaché les poignets. Le sergent vint lui porter une outre de vin. "Bois petit." Et il but à s'en tremper la chemise. "As-tu un Dieu que tu veux prier" Il opina du chef et se laissa tomber les genoux dans la poussière. Les yeux fermés et humides, il commença à marmonner à voix basse. Le chef des miliciens soupira et s'adossa contre l'arbre. Ce fut le moment que choisit l'Amazone pour débouler : "Attendez ! Attendez, écoutez-moi, vous allez commettre une grave erreur. Le gamin, c'est pas sa faute, il s'est juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment !"
Le sergent tourna la tête et posa son regard blasé en direction de la jeune femme. "J'écoute."

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Elle termina de franchir les quelques pas qui le séparait de l'homme, le souffle un peu court d'avoir couru dans toutes les directions depuis de longues minutes.
"La fille, dans les bains, vous lui avez parlé ? Elle m'a dit quelque chose d'intéressant. Son agresseur portait apparemment un symbole de comète, et une comète, ça vous dit rien ?" Pointant la direction de la porte de l'auberge, elle enchaîna "Hier soir, j'ai vu trois hommes avec des colliers représentant une comète à deux queues, or, l'un d'eux est maintenant mort, et vous savez quoi ? Il n'a plus son collier." Et sans laisser le temps au sergent d'en placer une, elle acheva "En plus, à bien y regarder, votre macchabée porte des traces de griffures sur les bras et le cou, vous ne trouvez pas cela bizarre comme blessure pour un type qui a vraisemblablement était tué d'un coup de couteau dans la poitrine ?"
"Tu dis p't'être vrai. Marc, Jean, allez m'ramener le mort et la donzelle !"
Une femme s'indigna dans la foule. "Mais enfin, ils sont venus ensemble à l'auberge ! Vous ne pouvez pas faire confiance à une telle trimardeuse !"
Alors que les deux soldats s'éloignaient pour exécuter les ordres de leur supérieur, elle se retourna vers la femme qui avait parlé et la fusilla de son unique œil. Elle amorça un mouvement dans sa direction avec de s'arrêter, inutile de jeter de l'huile sur le feu, la situation était déjà bien assez complexe comme cela. Finalement, elle se contenta de dire, autant pour elle-même que pour les gens autour, "Quelle femme ne défendra pas les siens ?" sans lâcher du regard celle qui l'avait apostrophée.
"Elle a raison." C'était la petite vieille, soutenue par son fils. Elle semblait avoir repris sa prestance. Ce devait être une grande dame dans sa jeunesse. "On défend les siens. C'est le propre de l'humain."
La jeune fille arriva, pudiquement couverte d'une couverture, elle ressemblait à un moineau malade. Les deux miliciens posèrent le corps. Le sergent vint l'inspecter de la pointe de son fourreau. "En effet. On lui a arraché le collier." Il tourna le regard vers la servante qui secoua la tête. "Bon. Il se trouverait qu'il y a méprise. "
Kidd rouvrit les yeux et les regarda comme si on lui avait annoncé être l'héritier légitime de l'Empereur. "Ta version, et vite."
"J'étais aux bains. Martha était retournée au chaud... J'ai entendu du bruit. Il la violentait. J'ai pris ma lame, l'ai saisi par l'épaule et lui ai enfoncé dans le cœur. Elle ne pouvait rien faire contre lui."
Jets cachés
Un peu en retrait, l'amazone ne disait rien, attendant de voir quel verdict le sergent et ses hommes allaient donner à tout cela. Elle avait au moins prouvé que ce n'était pas un meurtre gratuit, et surtout, que Kidd n'était pas l'auteur du viol dont ont l'accusé encore quelques minutes auparavant. Malgré une apparente décontraction feinte, son corps entier était tendu, elle était prête à agir en cas de nouvelles complications. Le milicien s'approcha de Kidd et le redressa d'une main comme s'il soulevait un torchon. Il attrapa sa lame. Et trancha les liens du pirate.
"Il l'a tout de même tué ! Et puis sa bourse !" Le rouquin, dans tout son flegme retrouvé, glissa une de ses bagues de son annulaire et la jeta à la foule. "En compensation, et que Verena me pardonne." Il se tourna vers Nola : "La route est encore longue jusqu'à Myrmidens. Allons chercher notre âne. L'aube sera bientôt là."
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

À mon grand étonnement, la situation se désamorça aussi rapidement qu’elle ne s’était envenimée. En l’espace de quelques secondes, Kidd était passé du statut de condamné à mort à celui d’un homme s’étant fait justice lui-même et étant libre de reprendre son chemin. Alors que le gamin se remettait de ses émotions, je restais sur le qui-vive, tous les sens en alerte, m’attendant à être attaquée d’un instant à l’autre. Pourtant, rien ne se produisit et la petite foule, visiblement mécontente qu’on l’ait privé du spectacle d’une pendaison, se dispersa pour retourner se coucher et profiter des dernières heures de la nuit. Je jugeais que tout était trop facile, et m’étonnais de cette justice, aussi prompt à condamner qu’à innocenter un accusé.

Attrapant Kidd par le bras, je l’entrainais à ma suite sans ménagement en direction de notre chambre. Les soldats en charge de maintenir l’ordre dans l’enceinte de l’auberge nous avaient certes autorisés à partir, mais je ne pouvais imaginer que la vieille femme et les deux fils qui lui restait laisse cela impunis et je ne tenais pas à leur faciliter la tâche en m’attardant bêtement sur place. J’avais bien saisi la menace à peine voilée qu’avait prononcée la fidèle de Sigmar à mon attention « On défend les siens. C'est le propre de l'humain » et je souhaitais les prendre de vitesse en mettant les voiles avant qu’ils n’aient le temps de s’organiser.

En quelques instants, le peu d’affaires que nous avions fut rangé et, nos sacs sur le dos, nous dévalâmes les escaliers en direction de l'écurie pour récupérer notre mule et prendre la route. L’animal renâcla un peu à ce départ précipité en pleine nuit, il semblait que l’agitation de la dernière heure l’avait laissé de marbre et je dus pour la première fois depuis notre départ de Matorca m’emportait contre lui avant qu’il ne se décide à se mettre en route.

Nous franchîmes les portes de l’enceinte sous l'œil scrutateur des gardes en fonction, l’un d’eux se fendant même d’une petite blague, regardant Kidd et mimant la tête d’un homme pendu, tenant une corde invisible au-dessus de sa tête de sa main libre. Sans relever la plaisanterie de mauvais goût, je m’avançais sur la route, dans la direction d’où nous étions arrivés la veille, rebroussant ainsi chemin :
- « Nola qu’est-ce que tu … » commença Kidd avant que je ne l’interrompe d’un geste.
- « Mais, ce n’est pas la bonne direction ! » poursuivit-il néanmoins.
- « Suis-moi et arrête de l’ouvrir, t’as fais assez de mal ce soir comme ça » lui intimait-je d’un ton tranchant.
- « M’enfin je…. »
- « Non, ta gueule ! Je ne veux pas t’entendre, contente toi d'utiliser la noisette que tu as trouvée par hasard et qui te sert de cervelle, avant que l’écureuil qui en est propriétaire vienne la récupérer et avance ! »

Cette dernière phrase eut raison du jeune mousse qui ne chercha plus à parler. Il se cala dans mon sillage, traînant la mule par son licou, les yeux baissés et les épaules voûtées. Je continuais d’avancer sur la route que nous avions fait la veille à un rythme soutenu, souhaitant mettre le plus de distance possible entre nous et la petite auberge fortifiée. Alors que les premières lueurs de l’aube commençaient à poindre, je quittais soudain la piste, me dirigeant vers des taillis situés assez loin, mais qui semblaient assez épais pour nous abriter. Arrivé dans le petit sous-bois, je déclarais « on va s’arrêter là quelque temps, manger le peu de provisions qu’ils nous restent et on avisera ensuite ». Joignant le geste à la parole, je récupérais dans nos fontes les maigres restes de nourriture et je les partageais entre Kidd et moi, guettant un éventuel poursuivant suivant nos traces. Notre position, en retrait dans une courbe longue et régulière formée par la route nous permettait de voir de manière efficace toute personne voyageant dessus sans être vu en retour. Je décidais d’attendre au moins deux heures afin d’être sûr que nous n’avions pas été directement suivi par la veille femme et ses deux accompagnateurs. J’étais convaincu au plus profond de moi qu’elle voudrait se venger, et c’est pour cela que j’avais choisi de les induire en erreur, je voulais leur laisser croire que, comme eux, nous étions parti vers l’est et je comptais également sur les gardes nous ayant vu quitter l’auberge pour les aiguiller sur cette mauvaise piste.

Pourtant, après deux bonnes heures à guetter la route depuis notre position, je dus me rendre à l’évidence : les adorateurs de Sigmar ne nous avaient pas suivis, en tout cas pas tout de suite. Nous avions bien vu passer quelques cavaliers et des hommes à pied, avec tout leurs convois de marchandises, de bestiaux et leurs familles, mais pas d’hommes en armures portant des marteaux et escortant une femme âgée. Nous étions tellement immobiles qu’à un moment, un daim vint brouter à quelques mètres de nous, avant de redresser la tête quand je fis un mouvement, les oreilles aux aguets, puis de s’enfuir de quelques bonds gracieux vers les collines environnantes.

Comme les poursuivants que je craignais ne semblaient pas vouloir se montrer, je décidais que nous avions assez perdu de temps « Allez, on repart, on va couper par l’intérieur des terres, ça va être compliqué, mais au moins, on ne devrait pas croiser d’armures voulant nous écraser la tête avec un marteau » dis-je, souhaitant dérider un peu Kidd. Le gamin avait passé les dernières heures sans dire un mot, pis encore, il n’avait qu’à peine grignoter son morceau de viande séchée et je commençais à culpabiliser de mettre montrée si dure avec lui après l’épreuve qu’il venait de vivre. Qui sait ce qu’il avait pu ressentir alors qu’il n’était plus qu’à quelques secondes de se balancer au bout d’une corde ?

Nous prîmes donc la direction de Myrmidens, avançant dans les herbes hautes, montant et descendant des petits vallons boisés et crapahutant de petites buttes rocheuses. L’avancée était évidemment bien plus lente que sur la route, mais je fus surprise du rythme que nous arrivions à maintenir malgré tout. Il était midi quand le temps se fit moins agréable, de gros nuages noirs arrivant de l’est commencèrent à déferler en rangs serrés au-dessus de nos têtes, donnant l’impression qu’il faisait déjà presque nuit et l’aigre vent d’est qui les accompagnaient nous faisait mal au crâne. Cependant, si l’avancée était plus laborieuse loin de la route, elle était en revanche riche en bonnes surprises et nous trouvâmes à plusieurs reprises de délicieux fruits juteux et goûtus ainsi que plusieurs points d’eau où nous pûmes remplir nos gourdes et laisser la mule se désaltérer.

En début d’après-midi, j’aperçus au loin l’intersection des trois grandes routes du coin avec, en son sein, l’auberge, bien à l'abri derrière sa solide palissade en bois. Je m’étais étonnée la veille du besoin de s’entourer d’autant de fortifications pour une auberge située sur un axe qui semblait passant, mais les événements de la soirée ne m’avaient pas permis de me renseigner sur les raisons ayant poussé les locaux à se protéger ainsi. Nous laissâmes le bâtiment et les mauvais souvenirs l’accompagnant derrière nous et par mesure de précaution, je décidais de terminer la journée loin de la route, avant d’y retourner le lendemain matin. J’étais tiraillée entre l’envie de rattraper mon retard et celle de faire preuve de prudence et cela m’irritais.

C’est avec un soupir de soulagement que nous déposâmes nos affaires au sol ce soir-là, après avoir marché des heures en nous taillant un passage sur des sentiers tortueux ou plus aucun humain ne devait passer depuis des années. J’aurais aimé pouvoir profiter du réconfort d’une tisane chaude, mais après les efforts consentis tout au long de la journée pour ne pas être repéré, il me semblait bien trop hasardeux d’allumer un feu en pleine nuit et nous dûmes nous contenter des quelques fruits qu’il nous restait de notre collecte de l’après-midi. Alors que je terminais mon repas, mon regard se porta sur Kidd, toujours muré dans le silence depuis le début de la matinée, il n’avait pas prononcé plus de quelques mots depuis notre dispute du matin.
- « Hé Kidd » dis-je d’un ton hésitant « à propos de ce matin, j’suis désolé, c’est juste que j’ai eu peur pour toi la nuit dernière… enfin.. tu comprends non ? »
Il redressa la tête et à la lumière de la lune, je vis qu’il avait les yeux brillants. Il passa sa main sur son visage, souhaitant surement me cacher ses larmes avant d’enchaîner
- « Je sais Nola, pardonne-moi pour tout ça, c’est aller si vite... »
Nous continuâmes à parler ainsi pendant une bonne heure, le gamin semblait intarissable, il parlait sans s’arrêter et les mots semblaient jaillir de sa bouche en un flot qu’il lui était impossible de contrôler, comme si la digue qu’il avait tenue toute la journée pour se protéger du traumatisme vécu la nuit précédente avait finit par céder et qu’il avait besoin d’extérioriser tout cela. Silencieuse, je l’écoutais, accompagnant ses longues phrases par quelques mots, un sourire ou un geste amical. Finalement, il sembla finir par se calmer et, alors que nous nous apprêtions à passer la nuit, lui prenant son poste pour le premier tour de garde et moi m’allongeant sur notre paillasse de fortune, il me dit dans un souffle :
- « Pendant une seconde, je me suis demandé si ce tu n’avais pas fui en m’abandonnant. »
Je le regardais avec une grimace.
- « Et qu’est-ce qui te fait croire que ce n’était pas mon intention ? »
Il me sourit.
- « La Nola que je connais n’aurait pas fui devant une simple bande de miliciens bourrus. »

Et pour la première fois depuis la veille, ses yeux retrouvèrent leurs pétillements moqueurs tandis qu’il riait, et je l’accompagnais volontiers, me couchant le cœur un peu plus léger.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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