La désertion de Tsorgulla Gonz'
Posté : 14 juin 2017, 14:06
L’aube des braves… C’était l’heure à laquelle ils avaient été réveillés par la lueur du jour. Ils avaient rassemblés les loups, et vaguement nourri chacun d’eux dans l’ordre, selon son rang dans la meute. Le rituel était immuable et précis, respecté aux mieux, malgré l’indiscipline légendaire des gobelins. Curieusement, cette discipline-là était, elle, respectée par tous… sans faille ? Non, bien sûr ! Rien n’est jamais « sans faille » avec les gobelins, tout chef Peau-Verte sait ça. C’est ce qui explique les nombreuses cicatrices de morsures, amputations, et autres séquelles qu’on peut voir sur les corps de « ceux qui chevauchent » qu’on trouve moins dans les autres clans. Ici, avec des montures carnivores aussi puissantes et grandes que leur maîtres, toute « erreur » se paie aussitôt comptant. Ça apprend vite la discipline. C’est sans doute cette « discipline forcée » quotidienne, imposée par les bêtes, qui, par la frustration qu’elle engendre, rend par ailleurs les chevaucheurs d’autant plus cruels, et plus rebelles encore que les autres gobelins.
Ensuite les gros chefs avaient gueulés sur les moins gros… Puis les moins gros sur les moyens… puis les moyens sur les petits, et… Et les petits avaient alors aboyé tout leur saoul sur les chasseurs. Ordre venu « d’en haut » hurlaient-ils (entendez le plus gros chefs des Yeux jaunes, celui de la de la plaine au Sud à qui il ne reste plus qu’un œil et quia donné son nom au clan tout entier ; plus gros que le plus gros chef des chevaucheurs de loups de la tribu de Tsorgulla, qui s’est donc vu dans l’obligation de lui obéir) « Mission de reco », on irait fureter dans les parage de Karak Hirn, voir ce qui s’y trouvait en ce moment de concret avant de tenter une séries de raids. « encore une mission qui puait le nain » c’était dit Tsorgulla, plaignant ceux qui seraient désignés « volontaires d’office », et motivés à coups de pieds dans le séant et claque derrière la tête... En bref, ça aboyait et ça meuglait de partout depuis l’aube dans le camp forestier des chevaucheurs de l’Œil Jaune.
Sauf qu’elle aussi devait se bouger… C’était « son » jour à elle aussi. Elle avait passé la nuit à y songer, à ruminer son plan, et à prier… Et le jour J était arrivé. C’était aujourd’hui qu’elle se barrerait de ce merdier ! Qu’elle changerait d’air ! Qu’elle prendrait le large de cette bande de gueulards infernaux… Enfin « si Mork et Gork le permettait »… A cette pensée, elle eut un regard pieux au ciel le cœur lourd, en serrant dans son poing l’amulette Sacrée de ses ancêtres, sa seule richesse, le seul véritable trésor qu’elle ait jamais possédée, car… son « plan » nécessitait de s’en séparer. En effet, elle n’avait pas été « choisie » pour la mission, « pas prêtes encore », trop frêle, top inexpérimentée, pour qu’on lui confie un loup lui avait-t-on répondue, en la raillant une fois de plus au passage, en dépit du fait que la grande majorité des « volontaires » lui auraient bien volontiers céder leur place sans l’ombre d’un regret. C’est que les arbalétriers et arquebusiers de Karak Hirn tiraient bien les salauds ! Ils avait déjà estropié et tué nombres des siens… Elle tira d’un coup sec sur son poing serré, et le lacet en cuir de l’amulette céda. Une dernière caresse au louveteau qu’elle avait devant elle pour se donner du courage, puis elle se leva et s’en fut trouver le chef d’escouade…
-- 13 Juin 2017, 19:51 --
-- 13 Juin 2017, 20:00 --
Morgrok-Nakuhn-Main était l’un des plus teigneux des cabots-chefs, depuis que, s’étant fait bouffer la main gauche par son loup un matin d’inattention, il avait perdu tout espoir de tenir assez en selle au combat, et donc de devenir un jour chef de sa tribu, ou au moins un chef d’escouade montée craint et respecté. Ce coup d’arrêt brusque dans sa carrière ambitieuse de chevaucheur le rendait d’autant plus maussade et intransigeant avec ceux qui avaient encore la chance de pouvoir chevaucher. Ça n’allait pas être aisé de le convaincre de la laisser participer à cette mission… Mais elle avait eu des semaines pour réfléchir à la question, trouver la faille du bonhomme, et élaborer sa stratégie. Avant que la meute ne soit lancée vers Karak Hirn ce matin-là, elle le guetta à son insu tout au long des préparatifs, tandis qu’il houspillait tout son petit monde, fébrile et bien sadique, comme à son habitude, guettant le moment où il s’isolerait pour… assouvir un besoin naturel. C’est alors qu’elle parut devant lui, le surprenant en position de faiblesse, accroupi, à ses pieds dans l’ombre des deux yourtes où il s’était réfugié comme à son habitude. Ce qui multiplierait les chances de la gobline. Tout le monde sait ça : Même le plus grand guerrier au monde ne peut pas se défendre quand il est surpris en train de pisser. Enfin… pisser, pas exactement. Les gobelins ne pissent pas à proprement parler. Ils sont comme les poulets, pourvus d’un unique cloaque, si bien qu’ils fientent et c’est tout. La nature a fait au plus simple avec eux. Ainsi agita-t-elle son amulette devant ses yeux en lui sifflant tout à coup…
- Tu reconnais chechi ?
Bien sûr qu’il reconnaissait la relique Sacrée de Tsorgulla : la fameuse amulette fort convoitée « Tahssuper-Dubol » qui avait fait en son temps la gloire du légataire de Tsorgulla : Gromok Crasefigurr, un guerrier respecté et envié de beaucoup. De stupeur, n’en croyant pas ses yeux de voir cette amulette si précieuse en possession de la chétive Tsorgulla, Morgrok fit les yeux les plus ronds qu’il avait jamais fait, soufflant aussitôt incrédule,
- Co… Comment t’as eu cha toi ! Chiure de Troll !???
Manquant de s’étrangler de jalousie, instantanément interrompu dans sa défécation matinale.
- Chi on te demande, tu diras qu’tu chais pas.
Avait-elle répondu, railleuse, et… comme il tendait la main pour s’en saisir, elle éloigna brusquement la sienne, et Morgrok tomba face contre terre, fesses à l’air, empêtré dans ses guêtres crasseuses,
- Donne-moi cha, loppette ! Chette relique à rien à fiche entre tes mains d’gonjèche !
- Elle est à toi chi tu me laiches partir avec les j’autres pour une fois.
- Jamais de la vie ! T’es trop nulle ! Tu nous perdrais un loup !
- Alors tant pis, je vais la filer à Zornarr-Pudla-Gheul ! Tu l’auras voulu !
Fit-elle en s’éloignant en le laissant étendu dans sa posture ridicule, le nez dans l’humus et les séant au soleil. Le Zornarr en question n’étant autre que le rival absolu de Morgrok. Celui contre qui ce dernier avait le plus de griefs accumulés ; de rancœur au sein de la tribu ; avec qui il se querellait sans cesse ; et contre qui il tentait constamment d’avoir le dessus sans jamais y parvenir, l’idée lui fut insupportable ! Il siffla, dépité :
- Nan ! Pas lui !
Elle fit mine de ne pas entendre, continuant de s’éloigner
- Reviens !! Ch’est d’accord !
Finit-il par crier, vaincu, avant même d’avoir eu le temps de se relever ni de recouvrir ses fesses. Elle s’arrêta, sans se retourner, feignant d’hésiter. Il rajouta en hâte,
- P…. Parole !! Tu chevauches che matin ou je m’appelle pas Morgrok !
Avait-il lâché fort et clair, tordant sa nuque pour la fixer. Elle se retourna alors, et toqua à la porte de la yourte à sa droite. Celle-ci s’ouvrit dans un grincement, et Gum’Rog Dent-Cassé - un autre chef d’escouade - en sortit, qui fixa alors son congénère vautré à terre en ricanant d’un « hu hu hu »… amusé avant de lâcher,
- T’as donné ta parole, Morgrok-Nakuhn-Main, chuis témoin.
Fit le gros gobelin, goguenard, avant que Tsorgulla ne dépose dans le creux de sa main une pièce d’une couronne. Il ricana encore, amusé du coup qu’ils venaient de faire à Morgrok, et puis s’en fut, laissant la gobline avec son petit chef vaincu.
Ainsi Tsorgulla obtint-elle ce jour-là de partir – enfin – en mission d’éclaireur à dos de loup, en dépit du refus ferme et définitif que son cabot-chef avait toujours manifesté à cette requête. Ainsi y avait-t-elle perdu une couronne et son seul véritable trésor. Mais la fin justifiait les moyens… La Liberté était au bout du chemin.
-- 14 Juin 2017, 01:10 --
Morgrok, une fois relevé et rhabillé, fut furieux d’avoir été contraint à cédé de pareille façon, néanmoins, il s’en consola bien vite en serrant dans son unique poing la précieuse amulette gagnée dans l’affaire; qui lui donnerait un avantage certain sur son rival. Néanmoins, quelque chose le chiffonnait, qui le laissa perplexe un moment malgré sa consolation certaine : Pourquoi Tsogulla tenait-elle tant à participer à une mission montée ? Au point d’y sacrifier son plus précieux trophée ? Il eut beau tourner la question dans tous les sens dans sa caboche têtue de gobelin, il ne trouvait pas de raison satisfaisante. En tout cas pas de raison qui vaille le prix qu’elle avait accepté de payer, comme elle venait de le faire. Et ça contrariait son âme de petit chef, qui aspirait à tout savoir des motivations de ses subordonnés, pour mieux les contrôler. Il finit néanmoins par se faire une raison et ne plus y penser. « Elle voulait prématurément prouver sa valeur, et avait cédé à l’impatience de s’illustrer dans quelques hauts faits » fut sa conclusion la plus « logique » à ce mystère. Une fois rhabillé et remis de s’être fait contraindre de cette humiliante façon, il s’en fut donc, obligé de tenir parole, lui confier un loup, et l’ajouta au groupe des « volontaires » du jour, au grand soulagement de celui dont elle vint prendre la place dans l’effectif de départ, qui échappait, du coup, à son funeste sort. Celui-là la bénit, et se jura de faire un effort pour ne plus la railler, enfin non… moins la railler quelques temps.
Aussi mauvais perdant que roublard cependant, Morgrok tenta évidemment de lui refourguer le loup le plus chétif et le plus miteux qui lui restait en stock, tant pour se venger de s'être fait contraindre, que pour minimiser les pertes au cas où elle se faisait désarçonner et laisserait sa monture reprendre sa liberté. Mais sachant que la réussite de son plan secret résidait en grande partie sur sa monture, Tsorgulla ne se laissa pas faire là non plus, et parvint à en obtenir un meilleur en faisant valoir le prix élevé de l’amulette. Ils parvinrent à un compromis et elle s’en tira avec un loup dans la moyenne des autres loups. Elle eut même de la chance dans l’histoire – à croire que l’amulette lui appartenait toujours ou faisait encore effet - car le hasard voulut que ça soit l’un de ceux dont elle s’était le plus occupée depuis sa naissance. Si bien que cette bête et elle se connaissaient bien, et qu’elle lui obéirait surement correctement. Pour s’assurer de sa soumission toutefois, par prudence, elle veilla à l’obtention de la reconnaissance de son estomac, en lui sacrifiant une part de sa maigre ration de viande personnelle du jour, qu’elle lui donna après en avoir bouloter une bonne grosse bouchée devant elle d’abord, comme c’était l’usage, pour lui montrer « qui des deux était le chef de l’autre ». Le feeling passait bien entre elle et la bête, et elle sentit la chose bien engagée dès qu’elle monta dessus. Le loup se laissa faire sans grogner, ni tenter de lui pincer un mollet, et se montra assez vite coopératif. Quelques grattouilles bien senties sur l’encolure, ou entre les oreilles aux bons moments quand il faisait ce qu’elle attendait de lui, et quelques instants plus tard… la voilà qui trottait dans la forêt, équipée de toutes ses armes, en compagnie des autres, chevauchant en silence en direction de la forteresse naine de Karak Hirn…
Le moment était solennel. Elle se sentait tout à la fois fière, et terriblement excitée. Excitée de trotter vers sa Liberté prochaine. Un peu triste aussi d’avoir du y sacrifier son trésor, surtout pour le donner à cette fiente de porc sauvage de Morgrok, qui ne méritait pas pareil présent. Mais elle se sentait aussi littéralement portée par l’appel puissant et irrésistible de la Liberté ! Chevaucher ainsi dans les bois, dans le silence du petit matin, était une expérience tout à fait grisante ! Surtout comme ça, dans la pleine conscience de participer à une vraie mission. Elle y prit immédiatement goût, et se sentit pousser des ailes et une bonne dose de courage, contrairement à ses congénères qui, s’ils avaient fait bonne figue en partant, se donnant des faux airs de braves en bombant le torse, semblaient tous se liquéfier à mesure qu’ils se rapprochaient du danger. Son loup était une bête qu’elle trouva magnifique dans sa course régulière, rythmée par le halètement de son souffle puissant, sa langue rose pâle pendante sur le côté de sa gueule effrayante bordée de noires babines pour se faire de l’air. Il avait l’air d’un des plus fiers de la meute finalement. Il faut dire que comme elle n’avait pas peur, à contrario de ses congénères, il se sentait certainement plus serein, rassuré par sa cavalière. Le silence était de mise, et il n’y eu pas un mot de prononcé avant une petite demi heure, seuil au-delà duquel, la patience de chacun face à son stress croissant de ne pas en revenir les fit craquer les uns après les autres, et railleries et quolibets commencèrent à fuser à voix basse entre cavaliers, chacun raillant qui il pouvait comme il pouvait pour conjurer sa trouille. Ça ne volait pas haut, comme toujours évidemment entre gobs, jamais au dessus de la ceinture en tout cas. Mais Tsorgulla avait l’habitude, et ne manquait pas de répartie non plus. En outre, elle se sentait moins atteinte que d’habitude cette fois, pas atteinte du tout même, connaissant le but secret de sa présence dans cette mission. Elle prit la peine de répondre aux invectives comme elle l’aurait fait un jour ordinaire cependant, pour ne pas éveiller les soupçons et ne pas risquer de trahir son intention secrète de déserter à la première occasion. Elle le fit avec d’autant plus d’aise et de répartie, qu’elle se consolait de chaque insulte en pensant que dans quelques instants, elle allait tous leur fausser compagnie et chevaucherait quelque part en direction du Nord, en direction de sa Liberté, à leur insu, pendant qu’eux essuieraient les carreaux et les coups d’arquebuses des nains de Karak Hirn. Et cette perspective lui réchauffait le cœur, la motivait, et lui ôtait toute peur, contrairement à eux.
La situation changea brusquement vers midi, aux premiers coups de haches de bûcherons nains qu’ils entendirent claquer au loin dans le calme de la forêt... Le chef lâcha une dernière menace alors, et le silence revint rapidement dans les rangs. Puis, en quelques gestes précis, il les déploya, et ils s’éparpillèrent, à six-sept mètres les uns des autres, et accélérèrent le pas en se préparant à essuyer des tirs de guetteurs protégeant les bûcherons… Le rythme s’accéléra rapidement. Les loups passèrent au petit galop, et le tambour des cœurs au grand, dans les petites poitrines vertes… On entendit bientôt plus que les battements de son propre cœur, le souffle puissant de son loup, et le martèlement de ses pas feutrés sur le tapis de feuilles mortes…
-- 14 Juin 2017, 14:06 --
Clac… Clac… Clac… Le bruit des coups de hache sur le tronc s’amplifia progressivement jusqu’à claquer nettement dans l’air vif des montagnes, avant qu’on entende soudain un cri rauque et gras, d’une voix grave, dans un parler rude, guttural, quand le premier guetteur nain aperçut le premier chevaucheur de loup en bordure de la clairière des bûcherons au travail,
- Des Loups !
Avait-il crié dans sa langue étrange, barbare, en tirant aussitôt sur la corde de son arbalète avec fébrilité sans défaire son regard bleu grisâtre du chevaucheur qu’il avait aperçu ; tandis que son binôme laissait choir sa chope à terre, perdant son précieux contenu, et se précipitait sur son grand bouclier rond posé non loin. C’est à cet instant que Tsorgulla les vit apparaitre dans son champ de vision… Deux nains typiques, laids comme des poux, plein de ces horribles broussailles hirsutes qu’ils nommaient « barbe » qui leur mangeait la moitié du visage et leur sortait par les trous de nez. Un nain constituait pour elle une injure congénitale. Trop tassés sur eux-mêmes, trop denses, trop large, trop trapus, trop boursoufflés, trop carrés, trop raides, trop poilus… concentré trop dense d’énergie vitale statique, stockée vainement, dans une immobilité malsaine, les nains causaient sur son psychisme un choc indigeste, qui soulevait en elle une indignation, une répulsion séculaire sans borne, qui lui aurait dressé instantanément tous les poils du corps, si seulement elle en avait eu un seul. Elle se mit aussitôt à haïr ces deux-là, sans rien y comprendre, sans rien pouvoir y faire, instantanément prise du besoin impérieux de leur nuire d’une façon où d’une autre. Ces choses devaient expier, être exterminées de la surface de la terre… Elle ne savait pas pourquoi, mais elle le savait, tout son être le lui criait depuis les profondeurs les plus secrètes de ses entrailles.
L’archère montée avait déjà glissé ses pieds sous la corde qui enserrait fermement le poitrail de son loup, pour tenir en selle sans ses mains, et encocha une flèche dans son arc court... Environ 15 mètres la séparait encore des deux guetteurs… 14 mètres… Dieux qu’ils étaient laids !! 13… 12… Elle banda son arc, 11… visa autant que faire se pouvait avec les secousses de son loup au galop sous elle, 10 mètres… Tchac ! Le coup partit en une jolie courbe… Et elle bifurqua brusquement vers sa droite, confiant à partir de là à sa monture le choix de leur trajectoire commune, afin de pas quitter sa flèche des yeux, soucieuse de voir la trajectoire qu’elle avait prise jusqu’au bout…
Ensuite les gros chefs avaient gueulés sur les moins gros… Puis les moins gros sur les moyens… puis les moyens sur les petits, et… Et les petits avaient alors aboyé tout leur saoul sur les chasseurs. Ordre venu « d’en haut » hurlaient-ils (entendez le plus gros chefs des Yeux jaunes, celui de la de la plaine au Sud à qui il ne reste plus qu’un œil et quia donné son nom au clan tout entier ; plus gros que le plus gros chef des chevaucheurs de loups de la tribu de Tsorgulla, qui s’est donc vu dans l’obligation de lui obéir) « Mission de reco », on irait fureter dans les parage de Karak Hirn, voir ce qui s’y trouvait en ce moment de concret avant de tenter une séries de raids. « encore une mission qui puait le nain » c’était dit Tsorgulla, plaignant ceux qui seraient désignés « volontaires d’office », et motivés à coups de pieds dans le séant et claque derrière la tête... En bref, ça aboyait et ça meuglait de partout depuis l’aube dans le camp forestier des chevaucheurs de l’Œil Jaune.
Sauf qu’elle aussi devait se bouger… C’était « son » jour à elle aussi. Elle avait passé la nuit à y songer, à ruminer son plan, et à prier… Et le jour J était arrivé. C’était aujourd’hui qu’elle se barrerait de ce merdier ! Qu’elle changerait d’air ! Qu’elle prendrait le large de cette bande de gueulards infernaux… Enfin « si Mork et Gork le permettait »… A cette pensée, elle eut un regard pieux au ciel le cœur lourd, en serrant dans son poing l’amulette Sacrée de ses ancêtres, sa seule richesse, le seul véritable trésor qu’elle ait jamais possédée, car… son « plan » nécessitait de s’en séparer. En effet, elle n’avait pas été « choisie » pour la mission, « pas prêtes encore », trop frêle, top inexpérimentée, pour qu’on lui confie un loup lui avait-t-on répondue, en la raillant une fois de plus au passage, en dépit du fait que la grande majorité des « volontaires » lui auraient bien volontiers céder leur place sans l’ombre d’un regret. C’est que les arbalétriers et arquebusiers de Karak Hirn tiraient bien les salauds ! Ils avait déjà estropié et tué nombres des siens… Elle tira d’un coup sec sur son poing serré, et le lacet en cuir de l’amulette céda. Une dernière caresse au louveteau qu’elle avait devant elle pour se donner du courage, puis elle se leva et s’en fut trouver le chef d’escouade…
-- 13 Juin 2017, 19:51 --
-- 13 Juin 2017, 20:00 --
Morgrok-Nakuhn-Main était l’un des plus teigneux des cabots-chefs, depuis que, s’étant fait bouffer la main gauche par son loup un matin d’inattention, il avait perdu tout espoir de tenir assez en selle au combat, et donc de devenir un jour chef de sa tribu, ou au moins un chef d’escouade montée craint et respecté. Ce coup d’arrêt brusque dans sa carrière ambitieuse de chevaucheur le rendait d’autant plus maussade et intransigeant avec ceux qui avaient encore la chance de pouvoir chevaucher. Ça n’allait pas être aisé de le convaincre de la laisser participer à cette mission… Mais elle avait eu des semaines pour réfléchir à la question, trouver la faille du bonhomme, et élaborer sa stratégie. Avant que la meute ne soit lancée vers Karak Hirn ce matin-là, elle le guetta à son insu tout au long des préparatifs, tandis qu’il houspillait tout son petit monde, fébrile et bien sadique, comme à son habitude, guettant le moment où il s’isolerait pour… assouvir un besoin naturel. C’est alors qu’elle parut devant lui, le surprenant en position de faiblesse, accroupi, à ses pieds dans l’ombre des deux yourtes où il s’était réfugié comme à son habitude. Ce qui multiplierait les chances de la gobline. Tout le monde sait ça : Même le plus grand guerrier au monde ne peut pas se défendre quand il est surpris en train de pisser. Enfin… pisser, pas exactement. Les gobelins ne pissent pas à proprement parler. Ils sont comme les poulets, pourvus d’un unique cloaque, si bien qu’ils fientent et c’est tout. La nature a fait au plus simple avec eux. Ainsi agita-t-elle son amulette devant ses yeux en lui sifflant tout à coup…
- Tu reconnais chechi ?
Bien sûr qu’il reconnaissait la relique Sacrée de Tsorgulla : la fameuse amulette fort convoitée « Tahssuper-Dubol » qui avait fait en son temps la gloire du légataire de Tsorgulla : Gromok Crasefigurr, un guerrier respecté et envié de beaucoup. De stupeur, n’en croyant pas ses yeux de voir cette amulette si précieuse en possession de la chétive Tsorgulla, Morgrok fit les yeux les plus ronds qu’il avait jamais fait, soufflant aussitôt incrédule,
- Co… Comment t’as eu cha toi ! Chiure de Troll !???
Manquant de s’étrangler de jalousie, instantanément interrompu dans sa défécation matinale.
- Chi on te demande, tu diras qu’tu chais pas.
Avait-elle répondu, railleuse, et… comme il tendait la main pour s’en saisir, elle éloigna brusquement la sienne, et Morgrok tomba face contre terre, fesses à l’air, empêtré dans ses guêtres crasseuses,
- Donne-moi cha, loppette ! Chette relique à rien à fiche entre tes mains d’gonjèche !
- Elle est à toi chi tu me laiches partir avec les j’autres pour une fois.
- Jamais de la vie ! T’es trop nulle ! Tu nous perdrais un loup !
- Alors tant pis, je vais la filer à Zornarr-Pudla-Gheul ! Tu l’auras voulu !
Fit-elle en s’éloignant en le laissant étendu dans sa posture ridicule, le nez dans l’humus et les séant au soleil. Le Zornarr en question n’étant autre que le rival absolu de Morgrok. Celui contre qui ce dernier avait le plus de griefs accumulés ; de rancœur au sein de la tribu ; avec qui il se querellait sans cesse ; et contre qui il tentait constamment d’avoir le dessus sans jamais y parvenir, l’idée lui fut insupportable ! Il siffla, dépité :
- Nan ! Pas lui !
Elle fit mine de ne pas entendre, continuant de s’éloigner
- Reviens !! Ch’est d’accord !
Finit-il par crier, vaincu, avant même d’avoir eu le temps de se relever ni de recouvrir ses fesses. Elle s’arrêta, sans se retourner, feignant d’hésiter. Il rajouta en hâte,
- P…. Parole !! Tu chevauches che matin ou je m’appelle pas Morgrok !
Avait-il lâché fort et clair, tordant sa nuque pour la fixer. Elle se retourna alors, et toqua à la porte de la yourte à sa droite. Celle-ci s’ouvrit dans un grincement, et Gum’Rog Dent-Cassé - un autre chef d’escouade - en sortit, qui fixa alors son congénère vautré à terre en ricanant d’un « hu hu hu »… amusé avant de lâcher,
- T’as donné ta parole, Morgrok-Nakuhn-Main, chuis témoin.
Fit le gros gobelin, goguenard, avant que Tsorgulla ne dépose dans le creux de sa main une pièce d’une couronne. Il ricana encore, amusé du coup qu’ils venaient de faire à Morgrok, et puis s’en fut, laissant la gobline avec son petit chef vaincu.
Ainsi Tsorgulla obtint-elle ce jour-là de partir – enfin – en mission d’éclaireur à dos de loup, en dépit du refus ferme et définitif que son cabot-chef avait toujours manifesté à cette requête. Ainsi y avait-t-elle perdu une couronne et son seul véritable trésor. Mais la fin justifiait les moyens… La Liberté était au bout du chemin.
-- 14 Juin 2017, 01:10 --
Morgrok, une fois relevé et rhabillé, fut furieux d’avoir été contraint à cédé de pareille façon, néanmoins, il s’en consola bien vite en serrant dans son unique poing la précieuse amulette gagnée dans l’affaire; qui lui donnerait un avantage certain sur son rival. Néanmoins, quelque chose le chiffonnait, qui le laissa perplexe un moment malgré sa consolation certaine : Pourquoi Tsogulla tenait-elle tant à participer à une mission montée ? Au point d’y sacrifier son plus précieux trophée ? Il eut beau tourner la question dans tous les sens dans sa caboche têtue de gobelin, il ne trouvait pas de raison satisfaisante. En tout cas pas de raison qui vaille le prix qu’elle avait accepté de payer, comme elle venait de le faire. Et ça contrariait son âme de petit chef, qui aspirait à tout savoir des motivations de ses subordonnés, pour mieux les contrôler. Il finit néanmoins par se faire une raison et ne plus y penser. « Elle voulait prématurément prouver sa valeur, et avait cédé à l’impatience de s’illustrer dans quelques hauts faits » fut sa conclusion la plus « logique » à ce mystère. Une fois rhabillé et remis de s’être fait contraindre de cette humiliante façon, il s’en fut donc, obligé de tenir parole, lui confier un loup, et l’ajouta au groupe des « volontaires » du jour, au grand soulagement de celui dont elle vint prendre la place dans l’effectif de départ, qui échappait, du coup, à son funeste sort. Celui-là la bénit, et se jura de faire un effort pour ne plus la railler, enfin non… moins la railler quelques temps.
Aussi mauvais perdant que roublard cependant, Morgrok tenta évidemment de lui refourguer le loup le plus chétif et le plus miteux qui lui restait en stock, tant pour se venger de s'être fait contraindre, que pour minimiser les pertes au cas où elle se faisait désarçonner et laisserait sa monture reprendre sa liberté. Mais sachant que la réussite de son plan secret résidait en grande partie sur sa monture, Tsorgulla ne se laissa pas faire là non plus, et parvint à en obtenir un meilleur en faisant valoir le prix élevé de l’amulette. Ils parvinrent à un compromis et elle s’en tira avec un loup dans la moyenne des autres loups. Elle eut même de la chance dans l’histoire – à croire que l’amulette lui appartenait toujours ou faisait encore effet - car le hasard voulut que ça soit l’un de ceux dont elle s’était le plus occupée depuis sa naissance. Si bien que cette bête et elle se connaissaient bien, et qu’elle lui obéirait surement correctement. Pour s’assurer de sa soumission toutefois, par prudence, elle veilla à l’obtention de la reconnaissance de son estomac, en lui sacrifiant une part de sa maigre ration de viande personnelle du jour, qu’elle lui donna après en avoir bouloter une bonne grosse bouchée devant elle d’abord, comme c’était l’usage, pour lui montrer « qui des deux était le chef de l’autre ». Le feeling passait bien entre elle et la bête, et elle sentit la chose bien engagée dès qu’elle monta dessus. Le loup se laissa faire sans grogner, ni tenter de lui pincer un mollet, et se montra assez vite coopératif. Quelques grattouilles bien senties sur l’encolure, ou entre les oreilles aux bons moments quand il faisait ce qu’elle attendait de lui, et quelques instants plus tard… la voilà qui trottait dans la forêt, équipée de toutes ses armes, en compagnie des autres, chevauchant en silence en direction de la forteresse naine de Karak Hirn…
Le moment était solennel. Elle se sentait tout à la fois fière, et terriblement excitée. Excitée de trotter vers sa Liberté prochaine. Un peu triste aussi d’avoir du y sacrifier son trésor, surtout pour le donner à cette fiente de porc sauvage de Morgrok, qui ne méritait pas pareil présent. Mais elle se sentait aussi littéralement portée par l’appel puissant et irrésistible de la Liberté ! Chevaucher ainsi dans les bois, dans le silence du petit matin, était une expérience tout à fait grisante ! Surtout comme ça, dans la pleine conscience de participer à une vraie mission. Elle y prit immédiatement goût, et se sentit pousser des ailes et une bonne dose de courage, contrairement à ses congénères qui, s’ils avaient fait bonne figue en partant, se donnant des faux airs de braves en bombant le torse, semblaient tous se liquéfier à mesure qu’ils se rapprochaient du danger. Son loup était une bête qu’elle trouva magnifique dans sa course régulière, rythmée par le halètement de son souffle puissant, sa langue rose pâle pendante sur le côté de sa gueule effrayante bordée de noires babines pour se faire de l’air. Il avait l’air d’un des plus fiers de la meute finalement. Il faut dire que comme elle n’avait pas peur, à contrario de ses congénères, il se sentait certainement plus serein, rassuré par sa cavalière. Le silence était de mise, et il n’y eu pas un mot de prononcé avant une petite demi heure, seuil au-delà duquel, la patience de chacun face à son stress croissant de ne pas en revenir les fit craquer les uns après les autres, et railleries et quolibets commencèrent à fuser à voix basse entre cavaliers, chacun raillant qui il pouvait comme il pouvait pour conjurer sa trouille. Ça ne volait pas haut, comme toujours évidemment entre gobs, jamais au dessus de la ceinture en tout cas. Mais Tsorgulla avait l’habitude, et ne manquait pas de répartie non plus. En outre, elle se sentait moins atteinte que d’habitude cette fois, pas atteinte du tout même, connaissant le but secret de sa présence dans cette mission. Elle prit la peine de répondre aux invectives comme elle l’aurait fait un jour ordinaire cependant, pour ne pas éveiller les soupçons et ne pas risquer de trahir son intention secrète de déserter à la première occasion. Elle le fit avec d’autant plus d’aise et de répartie, qu’elle se consolait de chaque insulte en pensant que dans quelques instants, elle allait tous leur fausser compagnie et chevaucherait quelque part en direction du Nord, en direction de sa Liberté, à leur insu, pendant qu’eux essuieraient les carreaux et les coups d’arquebuses des nains de Karak Hirn. Et cette perspective lui réchauffait le cœur, la motivait, et lui ôtait toute peur, contrairement à eux.
La situation changea brusquement vers midi, aux premiers coups de haches de bûcherons nains qu’ils entendirent claquer au loin dans le calme de la forêt... Le chef lâcha une dernière menace alors, et le silence revint rapidement dans les rangs. Puis, en quelques gestes précis, il les déploya, et ils s’éparpillèrent, à six-sept mètres les uns des autres, et accélérèrent le pas en se préparant à essuyer des tirs de guetteurs protégeant les bûcherons… Le rythme s’accéléra rapidement. Les loups passèrent au petit galop, et le tambour des cœurs au grand, dans les petites poitrines vertes… On entendit bientôt plus que les battements de son propre cœur, le souffle puissant de son loup, et le martèlement de ses pas feutrés sur le tapis de feuilles mortes…
-- 14 Juin 2017, 14:06 --
Clac… Clac… Clac… Le bruit des coups de hache sur le tronc s’amplifia progressivement jusqu’à claquer nettement dans l’air vif des montagnes, avant qu’on entende soudain un cri rauque et gras, d’une voix grave, dans un parler rude, guttural, quand le premier guetteur nain aperçut le premier chevaucheur de loup en bordure de la clairière des bûcherons au travail,
- Des Loups !
Avait-il crié dans sa langue étrange, barbare, en tirant aussitôt sur la corde de son arbalète avec fébrilité sans défaire son regard bleu grisâtre du chevaucheur qu’il avait aperçu ; tandis que son binôme laissait choir sa chope à terre, perdant son précieux contenu, et se précipitait sur son grand bouclier rond posé non loin. C’est à cet instant que Tsorgulla les vit apparaitre dans son champ de vision… Deux nains typiques, laids comme des poux, plein de ces horribles broussailles hirsutes qu’ils nommaient « barbe » qui leur mangeait la moitié du visage et leur sortait par les trous de nez. Un nain constituait pour elle une injure congénitale. Trop tassés sur eux-mêmes, trop denses, trop large, trop trapus, trop boursoufflés, trop carrés, trop raides, trop poilus… concentré trop dense d’énergie vitale statique, stockée vainement, dans une immobilité malsaine, les nains causaient sur son psychisme un choc indigeste, qui soulevait en elle une indignation, une répulsion séculaire sans borne, qui lui aurait dressé instantanément tous les poils du corps, si seulement elle en avait eu un seul. Elle se mit aussitôt à haïr ces deux-là, sans rien y comprendre, sans rien pouvoir y faire, instantanément prise du besoin impérieux de leur nuire d’une façon où d’une autre. Ces choses devaient expier, être exterminées de la surface de la terre… Elle ne savait pas pourquoi, mais elle le savait, tout son être le lui criait depuis les profondeurs les plus secrètes de ses entrailles.
L’archère montée avait déjà glissé ses pieds sous la corde qui enserrait fermement le poitrail de son loup, pour tenir en selle sans ses mains, et encocha une flèche dans son arc court... Environ 15 mètres la séparait encore des deux guetteurs… 14 mètres… Dieux qu’ils étaient laids !! 13… 12… Elle banda son arc, 11… visa autant que faire se pouvait avec les secousses de son loup au galop sous elle, 10 mètres… Tchac ! Le coup partit en une jolie courbe… Et elle bifurqua brusquement vers sa droite, confiant à partir de là à sa monture le choix de leur trajectoire commune, afin de pas quitter sa flèche des yeux, soucieuse de voir la trajectoire qu’elle avait prise jusqu’au bout…