[Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Les Principautés Frontalières ou les Royaumes Renégats, ont toujours été le théâtre d’innombrables batailles, guerres, conquêtes et défaites. La plupart des habitants des Principautés s’accommodent néanmoins de la situation, dans ces contrées où le moindre manant peut devenir roi en un jour pour connaître une mort ignoble le lendemain.

Les forêts des Principautés Frontalières regorgent de gobelins des forêts, d'elfes sylvains, etc. A proximité se trouve Barak-Varr, et les célèbres Pics Sanglants, remplis d'Orques.

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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

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Jets cachés
Jet d'attaque discrète de Nola : 7, réussie
Jet caché
Nola attaque le marin : 10, elle réussit, et lui retire 29 pv
Sa seconde frappe réussit, 9, et il perd 26 pv
Il réplique et la parade en moins, ça picote. Nola perd 26 pv
Nola attaque, 2, le marin est mort

Le second marin attaque Nola : 14, il échoue
Elle réplique, 2, il perd 20 pv
Sa seconde attaque fait un 20, elle ne pourra pas attaquer au prochain tour
Lui... aussi. On se retrouve dans un duel de boulets.
Jets de force : 18 pour Nola
14 pour le marin,
vous êtes des tanches
Second jets de force : 14 pour Nola
3 pour lui
Il fait un jet pour décrocher la lame : 11 il réussit
Nola frappe de son corps, merci la compétence bagarre : 2, il est à terre.
Le tintamarre s'amplifiait de l'autre côté du navire. Les hommes de Lars se regardèrent, leurs cheveux dégoulinant d'eau froide et crasseuse du port. La pâle lumière des quais et de la lune leur donnaient l'aspect de monstres. Des monstres venus jusque dans leur jungle pour les arracher à leur monde. Et le ramener ici. Dans les enfers.

Avant de grimper le premier, Lars relâcha la hachette de sa bouche avant de souffler à leur petite assemblée amphibie un dernier encouragement : "Comme à Salkalten les garçons. Après, on sera des rois."

Nola lui emboita le pas dans l'ascension de la coque du Sangre Azul. Le raffut ne se calmait pas. Les prochaines secondes seraient les plus cruciales. De grosses gouttes lui tombèrent sur la face, amplifiant les trainées noires sur les pommettes. Dans un silence digne d'une rôdeuse de la jungle, Lars enjamba le bastingage, sa hache de matelot en main, elle-même avait ses lames. Et ils fondirent sur l'équipage. Dans un craquement sinistre, le fer de hache s'enfonça dans la nuque d'un marin, son comparse n'eut pas le temps de battre des cils qu'une main de femmes aux doigts noueux se plaqua sur sa bouche et qu'un sabre lui déchira le cœur en lui chatouillant les côtes. La curée commença. Des déchus d'Empire, la lame au clair pour massacrer le quart de nuit. Mais la première salve de sabres enfoncés, les survivants dégainèrent les leurs. La mêlée commencerait... Mais pas avant qu'un Azulien ingénieux n'attrape son pistolet pour tirer. "NON !" hurla Lars en retirant sa hache du crâne d'un matelot, en vain. Le plomb frappa la fonte de la cloche du navire fixée au grand-mat. L'Alerte était donnée. La Bataille allait devoir s'étendre aux quais dans une poignée d'instants. "Toi, toi et toi, suivez-la dans les ponts-inférieurs !"

Nola et trois petites frappes, l'histoire se répétait, mais elle ne venait pas recouvrer les dettes d'un autre, elle venait retrouver une sœur. Si c'était encore possible. Ils enfoncèrent la porte pour disparaitre dans les entrailles du navire. Le premier marin qui remontait, le froc tombant et la gueule enfarinée avait pourtant eu le réflexe de prendre sa lame. Leur duel fut bref, mais le sang coula des deux côtés, sa hanche allait lui faire mal un bon moment. Tandis qu'il s'effondrait dans un gargouillis de sang clapoteux, les autres gaillards se chargeaient de massacrer les marins qui s'étaient tirés de leur hamac au son de la cloche.
Un autre matelot se jeta sur elle, sa lame déchira la toile derrière elle à une distance bien trop déraisonnable de sa gorge. Elle frappa, et frappa à nouveau avec une rage digne des Dieux païens qu'elle priait.
Son cimeterre trancha la chair, mais le second coup se ficha dans le bois de la coque. Coincé ! Il allait la mettre en pièce, mais dans la torpeur d'encre des réveils forcés, il trébucha sur le fer fiché dans le sol, et son sabre vola au loin. Par un réflexe hasardeux, c'est l'Amazone qui le rattrapa. Comme deux danseurs de tango, un tango mortel, ils forcèrent, à celui qui prendrait le dessus sur l'autre. Ce fut elle qui tomba la première, il se plia pour récupérer la lame dans le bois ciré, elle décocha son meilleur coup de pied, le crac sonore d'une mâchoire confirma qu'elle avait touché. Sans perdre un instant, elle rampa jusqu'à lui pour l'achever. À coup de poings, elle lui malaxa la trogne avant de laisser la fureur des Déesses embraser son être. Comme les panthères, elle mordit à la gorge. Elle mordit à déchirer la chair. Elle venait tuer. Tuer tous ceux qui avaient profané son monde, sa jungle, ses sœurs. Le pourpre de l'hémoglobine glissa dans les sillons de son visage crispé et balafré, se mêlant au sel et au henné. Mais les hurlements qui tambourinaient à ses tympans n'étaient pas ceux du marin. Ils venaient d'autour d'elle, dans ces quartiers d'équipage devenus une curée, et au dehors. Elle n'aurait plus beaucoup de temps. Avant la retraite. Le temps ne jouerait pas en leur faveur. Les malfrats ne pourraient encaisser les renforts. Alors, en nage, trempée par la mer et le sang, attrapant ses lames, elle descendit. Seule...

La Cale sentait l'humidité, la pisse des rongeurs et il y faisait noir comme au plein cœur des bois qu'elle avait dû traverser. Son œil unique s'habituait doucement. Sa hanche en feu, le souffle rauque, le bruit des combats sur le bois au-dessus d'elle, le son lourd d'un corps qui tombe. Ses mains parcouraient l'espace pour contourner les barils, les paquets de sel et tout le reste... Un cliquetis métallique. Droit devant. Un autre souffle.
"Qharis de malheur, j'en emporterai au moins un avec moi... dans l'abime de Sotek.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Le calme de la pièce tranchait avec le déferlement de violence qui s’était emparé du reste du navire et que je venais de traverser non sans récolter au passage une vilaine blessure. Je cherchais à reprendre mon souffle, portant une main sur ma hanche et sentis le sang chaud qui coulait le long de mon ventre. J’avais également le goût métallique du sang dans ma bouche et j’eus un haut-le-cœur en pensant à l’homme dont je venais d’arracher la gorge avec mes dents. Je crachais au sol dans une tentative vaine d’effacer ce goût si désagréable et avec l’impression de sentir encore des morceaux de chair et de poils de barbe entre mes dents.
Au loin, les échos du combat me parvenaient comme étouffés et distants, pourtant, je savais que d’ici peu, il me faudrait y replonger. Humide d’eau de mer, de sueur et de sang, j’avançais à taton dans l’espace obscur, buttant contre des objets et me cognant à plusieurs reprises tandis que mon œil s’accommodait peu à peu au manque de lumière.
« Qharis de malheur, j'en emporterai au moins un avec moi... dans l'abîme de Sotek. »

Je me figeais sur place en entendant ces mots prononcés dans ma langue natale. Un frisson d’excitation me traversa l’échine alors que d’une voix basse, dans laquelle perçait une certaine tension, je répondais « tu va pouvoir libérer ta colère ma sœur ». Un petit bruit métallique me parvint depuis les ténèbres et je devinais qu’elle avait dû se fabriquer un surin de fortune pour ne pas se laisser tuer sans combattre.
« Qui es-tu ma sœur ? »
Les contours de la pièce devenaient plus clairs à mesure que ma vue s'habituait à l’obscurité et que je m’approchais. Au fond, je distinguais une sorte de petit cachot de fortune qui était divisé en deux par une grille. Une paille humide jonchait les planches rugueuses du sol. La salle était nue à l’exception d’un grabat et d’une couverture et il y flottait une odeur rance de bois humide, de pourriture et d’urine.
La prisonnière était assise sur sa couche, adossée au mur, les poignets sur ses genoux relevés. Elle n’était vêtue que d’une robe de toile grossière, sale et en partie déchirée. Des plaies et des bleus couvraient ses avant-bras, ses chevilles et ses pieds sales. Longs et crasseux, ses cheveux bruns tombaient devant son visage, pourtant, je devinais deux yeux braqués sur moi dans lesquels brillait une lueur d’espoir et de férocité. Elle avait la peau légèrement plus bronzée que la mienne malgré sa longue captivité et je lui donnais quelques années de plus que moi, mais ne la reconnut pas.

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« Une ancienne captive de ces chiens. Je viens t’aider à te défaire de tes liens » lui dis-je en m’approchant à pas vif. Arrivant à sa hauteur, je m’agenouillais et lui pris le menton entre le pouce et l’index pour, délicatement, lui faire redresser la tête. Les cheveux s’écartèrent, révélant un visage émacié au regard dur et aux traits tirés. C’était le visage d’une femme encore jeune, mais qui avait traversé plus d’épreuves que l’on ne peut en supporter. Des traces de coups couvraient ses joues creuses, une entaille lui barrait le sourcil gauche et ses lèvres étaient sèches. Comme je lui attrapais la main pour la réconforter, je vis les menottes enserrant son poignet. Celles-ci étaient reliées à une chaîne qui était elle-même fixée à un lourd anneau en fer dans la coque.


- « Par Kalith, Sotek et tous les autres... » dit-elle en toussant « es-tu bien réelle ou est-ce une apparition ? » demanda-t-elle d’une voix tremblante.
- « Je suis tout ce qu’il y a de plus réel, je vais te faire sortir de là. » lui répondis-je tout en me relevant pour fouiller du regard la pièce sombre, cherchant un objet dur dont je pourrai me servir pour faire pression contre la chaîne.
- « Où sommes-nous ma sœur ? » reprit-elle alors que je me baissais, ignorant l’élancement de douleur en provenance de ma hanche, pour ramasser un vieux morceau de ferraille à moitié tordu.
- « C’est une trop longue histoire et le temps nous manque » dis-je en revenant vers elle. Bien décidée, j’insérais le morceau de métal dans l’un des maillons de la chaîne, proche de sa prise dans le sol, puis, poussant de toutes mes forces, j’essayais de le faire sauter pour l’arracher du bois. Je luttais quelques longues secondes dans un silence pesant quand, dans un bruit sec, il se déroba et vint me percuter la jambe, me tirant un hoquet de douleur suivi d’une bordée de jurons.


Mécontente, je le remis à sa place dans le maillon qui commençait déjà à être un peu tordu, mais un bruit en provenance de la porte par laquelle j’étais entrée attira mon attention. Lâchant le morceau de fer, je me retournais d’un geste en me redressant et portais une main dans mon dos pour saisir la poignée de l’un de mes deux sabres. Je me retrouvais face à face avec un jeune homme à peine plus âgé que moi de ce que je pouvais en juger. Quelques mètres nous séparaient l’un de l’autre mais nous étions assez proches pour pouvoir nous discerner distinctement. Il se tenait immobile, les yeux fixés sur moi avec un masque de terreur sur le visage. Dans sa main droite, il tenait fébrilement une hachette d’abordage dont il n’avait pas dû se servir bien souvent. Il fit un pas un arrière en même temps que j’en faisais un dans sa direction. Il semblait tétanisé par la peur et cela m’amusa. Il fallait le comprendre, il se trouvait au fond d’une cale sombre nez à nez avec une femme dans le visage, traversé par une balafre, était peint de noir, avec un œil mort et laiteux qui ressortait largement de ce maquillage et la bouche ainsi que le menton couvert de sang qui coulait le long de sa gorge. Mes étranges tatouages, mon accoutrement et mes cicatrices devaient sans aucun doute compléter cette vision effrayante et j’en fus satisfaite. Blanc comme un linge, il trouva néanmoins le courage de lever son arme dans une tentative vaine d’être menaçant. Je lui souris, un sourire carnassier révélant mes dents couvertes du sang de l’un de ses camarades et le peu de courage qu’il avait réussi à rassembler sembla disparaître. Il tourna les talons et partit en courant sans demander son reste.


Je retournais en hâte auprès de ma sœur car dorénavant, je savais qu’il ne me restait que très peu de temps avant de voir de potentiels renforts arriver. Comme je m’emparais à nouveau du morceau de fer pour pousser dessus, elle me dit :
- « Ecoute ma sœur... Si je ne revois pas le ciel bleu ou la cime des arbres... Il.. Il y en a une autre. Dehors. »
- « Dehors ? » demandais-je dans un grognement d’effort.
- « Ils ont parlé... Ces chiens ont parlé d'une autre de nos sœurs. Là-haut... »
- « Je n’ai pas fait toute cette route pour te laisser ici »
Avec un craquement sonore, la chaîne céda enfin sous la pression et la prisonnière put se libérer de ses fers avec mon aide.
Je l’attrapais par l’aisselle et l’aidais à se relever avec autant de délicatesse que le permettait l’urgence de la situation, puis, passant l’un de ses bras par-dessus mes épaules, je me dirigeais vers la sortie. La pauvre semblait souffrir et avançait péniblement, traînant en plus la lourde chaîne toujours accrochée aux fers enserrant ses poignets blessés. Avec une lenteur exaspérante, je remontais au pont intermédiaire, là où j’avais affronté quelques matelots du Sangre Azul lors de ma descente à la cale, mais l’endroit semblait maintenant désert à l’exception des différents corps jonchant le sol. Pendant que nous passions à côté de la dépouille d’un solide gaillard dont le visage était maintenant défiguré par une énorme plaie, ma sœur ralentit le pas et, tournant son visage vers le mort, cracha sur son cadavre avec une moue de dégoût. Elle tourna ensuite la tête vers moi et nos regards se croisèrent. Dans un échange muet, je compris ce que cet homme avait dû lui faire vivre durant sa captivité et je n’imaginais que trop bien la haine qu’elle pouvait avoir contre lui, ayant subi moi aussi de terribles exactions lors de mon voyage entre la Lustrie et le vieux monde.

Nous continuâmes notre progression vers le pont principal d’où le bruit des combats semblait avoir perdu en intensité, bien que quelques cris et coups de feu résonnaient encore par intermittence. Alors que nous arrivions en vue d'un nouvel escalier qui devait nous permettre de retourner à l’air libre, je crus percevoir des bruits de pas précipités en provenance des marches supérieures venant dans notre direction. Je fis rapidement le constat qu’il n’y avait aucune échappatoire et nul endroit où se dissimuler. Lâchant ma sœur qui s’appuya contre la paroie en bois pour rester debout, je m’avançais de quelques pas devant elle et dégainais mes deux sabres, puis je me campais fermement au milieu du couloir afin d’attendre les nouveaux venus, qu’ils soient amis ou ennemis.
Ils apparurent au bout de quelques secondes. Deux gaillards à la mine patibulaire et derrière eux, le jeune homme blond aperçu quelques instants plus tôt. Trois contre un, le combat semblait complexe, surtout avec ma blessure à la hanche, mais l’étroitesse du couloir ne leur permettait pas de m’affronter tous en même temps, ce qui était un avantage. Sans poser de question, les deux hommes s’avancèrent vers moi, l’air bien décidé à m’écarter de leur chemin. Le premier était armé d’un sabre à lame recourbée et sa chemise était tachée d’un sang qui ne semblait pas être le sien. Du sang coulait de son nez qui était tordu dans un angle désagréable, ce qui ne semblait pas le gêner, mais au contraire décupler sa rage. Derrière lui, un colosse à la peau noire s’avançait, pied et torse nus, il ne portait qu’un pantalon de toile et un bandana sur la tête. Armé de la même hachette d’abordage que son compagnon blond, il semblait plus à même de s’en servir efficacement que ce dernier. Sa musculature était bien développée, la ou le premier marin avait plutôt une silhouette bedonnante et une démarche claudicante.

Il ne s'embarrassèrent pas en vaines discussions et, à peine arrivé à ma hauteur, le premier marin frappa de son sabre. Je parais facilement son attaque, puis me reculais pour éviter le coup de hache de son compagnon à la peau d’ébène. Je ripostais en utilisant mes deux sabres contre l’homme bedonnant, ignorant pour le moment la menace du second matelot. L’un de mes coups ouvrit une longue estafilade sur son bras et il poussa un cri de douleur. Je m'apprêtais à porter un coup fatal, mais du coin de l'œil, je compris que son complice tentait de me contourner pour me placer dans une situation inconfortable ou j’aurais un adversaire de chaque côté. Je l'attaquais donc d’un coup de sabre dissuasif pour lui barrer le passage. Il m’envoya un coup de genou violent dans ma hanche blessée qui me plia en deux, puis lança un puissant coup de hache vers ma nuque. Le coup, précis et rapide, m’aurait décapité net si je n’avais pas eu le réflexe de lui donner un méchant coup de coude dans ses parties. Il grogna et ne termina pas son mouvement alors que, dans le même temps, je me redressais et dessinais deux traits sanglants sur son torse musclé.

Comme l’homme était hors de combat pour quelques secondes, je revins vers le premier combattant. Je bloquais du sabre gauche son attaque et m’approchant de lui, je lui envoyais un coup de tête dévastateur dans le milieu du visage, réussissant à faire craquer son nez déjà cassé. Il recula et je posais mon pied sur son ventre pour le repousser en arrière, puis, d’un geste rapide, je lui coupais sa main armée et, alors qu’il regardait avec stupeur son moignon, je lui plantais mon second sabre sous les côtes. Il s’affala au sol dans un bruit mou pendant que je retirais mon arme de son corps. Par un instinct que seuls les guerriers ont, je me baissais, évitant de justesse le coup de hache circulaire de l’homme à la peau noire qui semblait visiblement bien décidé à détacher ma tête de mon cou. Alors que je tentais de me redresser, il me lança un coup de pied dans les jambes qui me balaya, me faisant m’écrouler au sol. Il se jeta en avant sur moi, mais je le frappais au tibia, le déstabilisant. Il réussit néanmoins à se plaquer contre moi et saisissant sa hache à deux mains par le manche, il en plaqua le bois contre ma gorge pour m’étouffer. Lâchant mes sabres, je tentais de libérer mes voies respiratoires mais l’homme était plus fort que moi et pesait de tout son poids contre le manche. Je me tortillais sous son corps pour tenter de le faire basculer ou au moins le faire relâcher sa prise mais il tenait bon et quand nos regards se croisèrent, il eut un sourire mauvais.

Alors que l’air commençait à me manquer, une chaîne apparut de nul part et enserra le cou de mon adversaire, le tirant en arrière. Forcé à se redresser contre sa volonté, il ouvrit involontairement une coupure peu profonde avec le tranchant de son arme sous mon menton. Derrière l’épaule de l’homme, le visage de ma sœur, déformé par la colère apparut, elle maintenait notre ennemi sous son contrôle à l’aide des chaînes qui l’avaient elle-même retenu prisonnière durant des mois et je sentais une certaine jouissance dans le rictus sauvage que dessinait ses traits. Malgré toute sa colère, les privations dont elle avait été victime ainsi que la puissance du colosse ne lui permirent pas de le bloquer plus longtemps mais heureusement, j’avais réagi assez vite pour attraper la hache qu’il avait laissé tomber à côté de moi quand il avait saisit à deux mains la chaîne autour de son cou. Dans le même geste, j’en attrapais le manche et tout en me relevant à la force de mes abdominaux, je frappais de toutes mes forces entre les deux pectoraux saillants de notre ennemi. L’arme s’enfonça de quasiment toute la profondeur de la lame sous la puissance du coup, pourtant, l’homme continua de se débattre, poussant un rugissement de colère. Il rua pour se défaire de la prise de ma sœur et secoua la tête dans tous les sens, projetant du sang qui lui coulait de la bouche dans l’air, puis, il devint calme et fixa son regard dans le mien pendant quelques instants, avant de s’affaler en avant, entrainant ma sœur avec lui.
Je me relevais précipitamment et regardais par-dessus mon épaule, mais le jeune homme blond tournait à nouveau les talons. En quelques bonds, il disparut dans l’escalier et, alors que seules ses bottes étaient encore visibles, une détonation retentit et son corps retomba mollement en arrière, dévalant quelques marches comme un pantin désarticulé. Aidant ma sœur à se relever, je m’avançais avec prudence vers l’ouverture par laquelle je voyais se dessiner le ciel nocturne de Myrmidens.

Comme j’arrivais en haut de l’escalier et que je respirais enfin l’air frais de la nuit, je sentis un objet froid et dur se poser sur ma nuque :
- « C'est pas ma queue que tu sens là ma belle » dit une voix que je reconnus comme étant celle de Lars.
- « Tu m'en vois soulagée » lui répondis-je sans pouvoir retenir un rire nerveux.
Il fit le tour de l’ouverture et me tendit sa main pour m’aider à sortir définitivement des entrailles du navire. Sur le pont, c’était le chaos, mais les impériaux avaient réussi à prendre le dessus et je remarquais avec étonnement que nous étions en train de nous éloigner du quai, les hommes de Lars ayant sectionné les amarres pour empêcher les renforts du Sangre Azul de tenter de monter à l’assaut. Je reportais mon attention sur le chef de la bande d’escrocs quand ce dernier siffla entre ses dents en aidant ma sœur à sortir à son tour de la cale :
- « Je pensais pas qu’il y en avait une deuxième comme toi, Ils l’ont pas loupé ! »
- « Quelqu’un sait ou se trouve Romuald Horstadt ? » lui demandais-je simplement sans prêter attention à ce qu’il venait de dire. Je tournais mon regard vers les quelques marins prisonniers qui attendaient, à genoux et les mains liées dans le dos, de savoir quel sort on leur réservait.
- « J’en ai entendu causer » me coupa Lars alors que je m'apprêtais à me diriger vers l’un des captifs avec la ferme attention de lui soutirer des informations « la mignonne du vieux douanier a été embarquée par mes gars à terre. »
- « La mignonne du vieux douanier ? » répétais-je en haussant un sourcil.
- « Le gars qu’tu cherches quoi ».

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Comprenant que je ne pourrai pas en faire plus pour le moment, je me décidais enfin à relâcher quelque peu la tension qui m’habitait depuis que nous avions lancé l’attaque. Comme Lars s’éloignait pour aller aider à manœuvrer le navire afin de l’éloigner du quai et que ses hommes rassemblaient près des barques de secours les différents trésors qu’ils avaient collecté, je me mis en quête d’une personne pouvant libérer définitivement ma soeur de ses entraves de fer. Finalement, je finis par trouver un homme chauve et à la barbe bien fournie qui accepta de s’en occuper et qui réussit en quelques instants à faire sauter les menottes en fer. Il proposa ensuite de s’occuper de ma blessure à la hanche et je me retins de lui signifier que se faire recoudre par une personne aussi habile à faire sauter des maillons de chaînes n’était pas très engageant. Pourtant, alors que nous dérivions lentement au milieu du port de Myrmidens, il fit son ouvrage avec pour seul éclairage une lampe à huile et, presque sans douleur, il referma la vilaine blessure qui s’avéra être plus impressionnante que sérieuse.
« Ça fera l’affaire pour le moment, mais il faudra s’en occuper plus sérieusement si on réussit à en réchapper ! » conclut-il avant de s’éloigner vers un autre blessé.

Pendant que chacun vaquait à ses occupations, j’entraînais ma sœur avec moi à la découverte de la cabine du capitaine du Sangre Azul. J’avais abandonné la traque de l’autre amazone qui était potentiellement entre les mains de ces chiens de qharis quand j’avais compris qu’elle n’était plus à bord du navire, mais je comptais néanmoins essayer de voir si je pouvais trouver des documents intéressants dans les quartiers du capitaine. Malheureusement, mes fouilles se révélèrent rapidement vaines et il me fallut me rendre à l’évidence, le capitaine du Sangre Azul ou l’un de ses hommes de confiance avait fait le ménage avant de quitter le navire. Fatiguée, mais avec le sentiment du devoir accompli, je retournais sur le pont et, toujours en compagnie de ma sœur, je m’accoudais au bastingage, l’œil fixé sur l’horizon, refusant obstinément de prêter attention aux événements qui se déroulaient dans mon dos, sur le navire et les quais de la ville et je me rendis compte que la mer m’avait terriblement manqué ces dernières semaines, plus que je ne l’aurais jamais cru possible.

« Reverrons-nous un jour notre terre ? » demanda doucement ma sœur à côté de moi.
« Toi oui, j’en fais le serment. Pour ma part, je ne suis plus sûr de rien… » lui répondis-je dans un souffle tandis que la brise marine me caressait le visage, agitant doucement mes boucles brunes et que le parfum iodé emplissait mes narines.
La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Dessins de Nola Al'Nysa réalisés par NmForka :
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

"Heureux qui, comme Ulysse,
A fait un beau voyage,
Heureux qui, comme Ulysse,
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé
Après maintes traversées
Le pays des vertes années
Par un petit matin d'été
Quand le soleil vous chante au cœur
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté !"

Comptine de marins estaliens.

Lars sifflait en barrant. La bouteille de rhum à moitié vidée posée près de lui devait aider. Une fois Myrmidens assez loin pour anticiper tout navire lancé à leurs trousses, ses hommes avaient dépouillé les marins du Sangre avant de jeter les corps à la mer. Leurs compagnons qui étaient tombés avaient été plus cérémonieusement rassemblés et dissimulés sous une voile. Quelle prise. Quelle prise.
L’instigatrice du sanglant abordage s’approcha silencieusement derrière l’impérial. Le maquillage, le sang et l’eau de mer créaient un étrange mélange de teintes sur sa peau faiblement éclairée par la lumière de la lune. Une légère brise marine agitée ses cheveux et le bruit des vagues couvrit son approche. Il sursauta lorsqu’elle dit d’une voix basse « Es-tu satisfait Lars ? »
Le truand tourna la tête en direction de l'Amazone. "Je le serais le jour où je pourrais rentrer au pays sans m'y faire recevoir avec une écharpe en chanvre, mais pour l'heure, c'est un bon début. Comment va-t-elle ?"
« On poursuit tous un rêve impossible » répondit-elle simplement avec un franc sourire tout en saisissant la bouteille que Lars lui tendait.
« Elle se remettra, ces chiens n'y sont pas aller de main morte. » Elle laissa son regard se perdre vers le large, la ou dans l'obscurité, le ciel et la mer fusionnaient, avant de poursuivre :« J'ai une faveur à te demander, j'aimerais pouvoir m'entretenir quelques instants avec Horstadt lorsqu'on sera de retour en ville. »
L'Impérial apparut confus et se frotta le crâne. "Tu m'en vois désolé mais... Pas que ça me dérange, mais je n'serais pas là donc faut que tu vois ça avec la bande avant qu'ils ne le refourguent."
Elle lui jeta un coup d'œil interrogateur : « Tu n'as pas prévu de revenir en ville ? »
"On va refourguer ce bateau dans un port plus loin. Je pensais vous faire accoster en chaloupe toi et... Elle. Plus deux ou trois gros bras pour le trajet. On rentrera que dans plusieurs jours nous. Et à pied."
« Cela me semble juste. Passes le message à l'un de tes hommes, la seule recette que je demande, c'est elle et Horstadt, le reste, je vous le laisse. »
Il opina du chef : "Quand on sera rentré, si tu cherches de quoi faire, tu sais où nous trouver. Si tu t'ennuies, tu sais où me trouver." Et sur un clin d'œil subtil comme une plaisanterie de corsaire, il se reconcentra sur la barre. "Que le vent vous porte sur le bon chemin."


Quand on retrouvait l'âpre, mais plaisant pont d'un navire, les chaloupes avaient de quoi laisser pantois. Les trois bougres avec elles aussi. Loin des gamins cyniques à l'esprit vif ou du caractère vipérin du chef, ils avaient tout du bœuf. Placide, épais et affuté comme un boulet de canon. Le Funeste vaisseau s'éloignait peu à peu de leur champ de vision réduit à mesure que les deux bateleurs ramaient. Puis une fois à terre, une lanterne, un adieu et c'en était fini.

Chuji, car c'était ainsi que l'appelaient ses sœurs, ne lâchait pas Nola d'une once. Les meurtrissures de son corps et de son esprit la rendaient vulnérable comme l'enfant. Mais sa colère et sa défiance pour les Qharis étaient dignes d'une Mère-Immortelle. Les trois gros-bras marchaient devant eux d'un pas de soudard, lourd, mais en cadence, elles trainaient derrière, ce qui laissait le temps de parler dans la langue de la jungle. Une langue que Nola n'avait pas pu pratiquer depuis longtemps.
Bien que rouillée, la parole de Kalith revint peu à peu et elle put en apprendre davantage sur Chuji. Sa tribu était située bien plus au sud que la sienne. Dans des territoires que les Qharis n'avaient pas encore exploré. Mais très rapidement, ils étaient venus. Et en armes. Dans leurs carapaces de fer, avec leurs engins de mort et de fumée. Au premier assaut, les pertes des Conquistadors avaient été terribles et Kalith, Sotek et tous les dieux avaient ris tandis que leurs dépouilles étaient immolés. Mais ce qu'elles n'avaient pas anticipé, c'est que d'autres suivirent. Les Guerrières n'avaient pas pu déplacer le village entre les deux attaques et ils en avaient tiré bien des leçons. Et bien des Sœurs périrent aussi. Les huttes en flammes, les Amazones en déroute, c'est là que Chuji fut capturée.
Elle fut parquée à fond de cale avec d'autres, de différentes tribus, entre l'or des temples, les bêtes rares dont ils avaient pris les peaux et tout le reste. C'était la jungle qu'ils écumaient, et elles en étaient le joyau.
Ce qu'elle raconta ensuite, Nola ne l'avait que trop bien vécu. Elles furent revendues et dispersées. Trainées ici et là comme des jouets. Jusqu'à atterrir dans cette maudite ville. Quant à l'autre ? Chuji n'en savait rien si ce n'étaient les racontars des marins. Arrivée là dans une précédente razzia. Ramenée... Au palais. Lequel ? C'était difficile de savoir. Mais elles avaient une sœur. Toute proche, mais pourtant si loin d'elles.

L'aube serait là dans une heure environ quand ils arrivèrent en périphérie de la ville. Là où les fermes s'étaient endormies pour la nuit et encore loin de la puanteur des taudis. Les trois hommes de Lars partirent en reconnaissance. Elles s'assirent là, contre une barrière. Chuji en vint même à plaisanter un peu : "Là où on va, j'espère qu'il y a de quoi manger. J'ai assez faim pour engloutir un sang-froid !"
Pourtant, elle retourna à sa position quasi prostrée quand ils revinrent. Il en faudrait du temps pour aller de l'avant. Bien du temps.
Il avait été convenu d'un point de chute dans les taudis pour la troupe de Lars. Quand ils arrivèrent, personne. Puis une silhouette menue, mais familière émergea entre deux cahutes miteuses. Rovel, l'un des trois fripons avec qui elle avait découvert le métier fabuleux de recouvreuse de dettes, apparut et regarda les cinq lascars. L'ordre était simple : Dispersion. Des gardes écumaient toute la ville, y compris ses sous-sols. Alors tout le monde était en planque, le temps que les choses se calment. Quel beau ramdam ils avaient causé !
Quand Nola en vint de la question du Douanier, le garnement inclina la tête sur le côté.
"Romuald Horstadt ? On a suivi les ordres. Pieds et poings liés chez la Gantière."
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

J’avais récupéré mon grand manteau de cuir lors de notre brève halte au repaire des impériaux et m’en étais servie pour couvrir Chuji qui grelottait de froid. Après avoir pris congé de la poignée d'hommes qui avaient rejoint la ville avec nous, je m’élançais à travers le dédale de ruelles de Myrmidens pour rallier la boutique d’Alessandra avant que le jour ne se lève. Les premières lueurs du soleil commençaient déjà à colorer le toit des maisons bordant la rue pavée que nous remontions et, même si les rues étaient encore désertes, je me doutais qu’après les événements de la nuit, un certain nombre de personne devait nous épier derrière le couvert de leurs volets.

Nous marchions toutes les deux aussi rapidement que le permettait l’état de santé de ma sœur et seul le bruit de nos pas et de notre respiration haletante venaient perturber le silence étrange qui s’était emparé de la cité. À cette heure en général, la ville grouillait déjà de gens s’en allant travailler ou vaquant à leurs occupations matinales, pourtant, dans la lueur du petit jour, tout était calme. Pendant que nous avançions, j’essayais de faire le tri dans mon esprit et de rassembler les différentes informations collectées au cours de la soirée pour les mettre en ordre. D’après ce que m’avait dit Rovel, les hommes de Lars avaient déjà livré Romuald Horstadt chez la gantière, ce qui voulait dire qu’elle connaissait Lars et qu’elle s’était bien gardée de me le dire.

Un frisson d’inquiétude me parcourus alors que nous bifurquions à l’angle d’un carrefour, pénétrant dans la rue ou se trouvé l’échoppe d’Alessandra. Quelles étaient ses intentions au final ? Pourquoi m’avait-elle caché son lien avec Lars ? Heureusement, il me restait une carte à jouer en la personne de Kidd qui, fidèle à lui-même, avait respecté mon ordre et était resté en planque devant la petite échoppe durant la nuit. Il attira mon attention par un sifflement bref et sonore lorsqu’il me reconnut et je le rejoignis en hâte sous un porche, à l’abri des regards, soutenant toujours Chuji d’un bras. Il me regarda avec des yeux ronds en découvrant mon état, puis ses yeux firent plusieurs aller-retour frénétiques entre moi et ma compagne. Il ouvrit la bouche, la referma, puis la rouvrit pour parler mais aucun son ne franchit ses lèvres. Son attitude dessina un sourire sur mon visage et je me rendis compte qu’il m’avait manqué :
- « Kidd, voici Chuji, elle est de mon peuple, d’une tribu différente de la mienne, mais de mon peuple. » dis-je en aidant cette dernière à s'asseoir sur une marche.
- « Hé beh » dit-il en sifflant entre ses dents « t’as réussi Nola ! T’en a sauvé une putain »
- « Une sur combien ? » dis-je sur un ton défaitiste. Puis, reprenant dans ma langue natale pour m’adresser à Chuji « Voici un ami, il n’est pas comme ces chiens de qharis qui t’ont retenu prisonnière, il est là pour nous aider » mais malgré ces paroles, elle continua de le fixer avec un regard froid.
- « T’es blessée Nola ? » demanda Kidd en désignant du doigt la plaie sur ma hanche.
- « Ce n’est rien, la nuit a été agitée, une simple blessure est un faible prix à payer. Il y a eu du mouvement du côté d’Alessandra ? »
- «Non la nuit a été calme, jusqu’à il y a deux heures environs, des hommes sont venu déposer un prisonnier avec un sac sur la tête puis sont repartis. » m’expliqua-t-il en regardant en direction du magasin.
- « Bien, je vais aller voir ce qui se trame. Reste ici avec Chuji, je vous ferai signe si je ne vois aucun danger ».

Sans leur laisser le temps de protester, je traversais la rue à grandes enjambées jusqu’à atteindre la porte de l’échoppe. Les volets étaient clos et lorsque je collais mon oreille contre le battant, aucun bruit ne me parvint de l’intérieur. Je toquais trois coups puissant et après quelques secondes, la porte s’entrouvrit, laissant apparaître le visage d’Alessandra, habillée et apprêtée pour la journée malgré l’heure matinale. Elle me regarda des pieds à la tête avec une grimace, s’attardant sur ma gorge et mon menton couvert de sang, puis s’écarta pour me laisser entrer avant de refermer la porte derrière moi.

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Comme je regardais d’un oeil alerte l’intérieur de la boutique, cherchant la moindre source de danger, elle vint s’adosser contre le comptoir de bois ou elle tenait ses comptes et, après m’avoir laissé examiner les lieux un long moment, elle demanda :
- « Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez sur ce navire ? En tout cas, j’ai bien reçu votre colis ce matin, je suis contente que vous ayez tenu votre part du marché. »
- « En partie oui... Dites-moi, qu'est que Romuald Horstadt représente pour vous ? Après tout, ce n'est qu'un simple exécutant à la solde de Schloesing »
- « Pour moi, rien » dit-elle tandis qu’un sourire se dessinait sur ses lèvres fines « Pour nous, c'est une garantie. Après votre fulgurance sur le Sangre Azul, il fallait être certain que Schloesing ne puisse pas envoyer un contingent de gardes vous arrêter, vous torturer, et vous laisser mourir à petit feu dans les cachots de la vieille ville. Avec Horstadt dans nos filets, il y réfléchira à deux fois »
- « Ça fait longtemps que vous travaillez avec Lars et sa bande ? Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt ? » demandais-je d’une voix calme et sans aucune agressivité.
- « Vous n'êtes pas très curieuse. Un groupe vous rencontre peu après votre arrivée dans les souterrains. Un groupe prêt à vous suivre dans l'entreprise folle d'attaquer un navire sous la protection des Douaniers que je vous ai fait rencontrer juste avant. Vous commencez à aligner les choses dans votre esprit ? »
- « Boarf, il paraît que le hasard fait bien les choses » dis-je en haussant les épaules, vexée par le ton qu’elle employait « cela ne m’explique pas quel intérêt vous trouvez dans tout cela. Je ne crois pas que vous poursuiviez les mêmes objectifs que Lars et ses gars. »
- « Lars n'est qu'un exilé parmi tous les autres dans cette ville. Je lui ai donné du travail. Mes intérêts ? Comme je vous l'avais dit. Je mène mes affaires. Et l'un de mes principaux concurrents est désormais mains-liés ce matin. Alors à ça... Nous devrions trinquer. » conclut-elle en se dirigeant vers un meuble en bois sombre avec de jolies ferrures et dont elle sortit une bouteille de liqueur et deux verres joliment décorés.
- « Quelle est la position de Hordstat dans l'organisation de Schloesing ? » demandais-je en portant le verre de liqueur amère et forte à mes lèvres « Je pourrai le voir ensuite ? »
- « Ce qui importait, c'était ses relations avec. On remplace plus vite un douanier qu'un amant » dit-elle avec un sourire espiègle par-dessus son propre verre « si vous voulez le voir, il est à la cave, mais ne voudriez-vous pas vous débarbouiller avant ? »

Finissant mon verre d’un trait, j’ouvris la porte pour faire signe à Kidd et Chuji de venir. Il y eut un moment de flottement dans la pièce quand tous le monde fut enfin à l’intérieur, mais avec son flegme habituel, le gamin roux se chargea d’expliquer à Alessandra qui était la nouvelle venu tandis que je rassurais ma sœur et lui promettais de revenir vite m’occuper d’elle.
Une fois que tout le monde eut trouvé sa place, Alessandra ouvrit une trappe dissimulée sous un tapis et permettant d’accéder à la cave dont j’ignorais l’existence jusqu’alors. Je descendis lentement l’échelle de bois permettant d’y descendre et me retrouvais dans une pièce humide et fraîche dont les murs de pierres nues formaient un carré quasiment parfait. Alessandra me fit passer une lampe puis referma la trappe au-dessus de ma tête, me laissant dans une demie obscurité.
« Qui est là ? » demanda d'une voix gémissante. Je dirigeais ma lampe dans sa direction et découvris un homme assis sur une chaise en bois, les mains attachées dans le dos, les pieds liés et une cagoule sur le visage. En parcourant du regard le reste de la cave, je trouvais deux autres petites lampes accrochées aux murs et je les allumais, permettant à la pièce de se révéler dans son ensemble sous une lumière tamisée mais stable. Contre un mur, une table avait été rangée ainsi que plusieurs chaises. Je m’en saisis d’une et la posais face au prisonnier qui j’étais des coups d'œil aveugles en tous sens, cherchant à deviner ce qui se passait autour de lui.

Sans un bruit, je me dirigeais dans sa direction, puis, le contournant, je posais mes mains sur ses épaules et en approchant ma bouche de son oreille, je dis d’une voix basse et calme :
- « Schloesing, ton protecteur, est à l’origine d'un trafic lucratif entre la Lustrie et le vieux monde, je me trompe ? Dis-moi, quels sombres petits secrets un proche collaborateur comme toi connait-il ? »
- « Cette... Cette voix. Tu es la fille de la Corne d'Or ?! Mais qu'est-ce que je t'ai fait bon sang ? » glapit-il d’un ton plaintif.
Je restais un moment silencieuse suite à sa réponse, maudissant mon manque d’attention et de mémoire alors que je me rappelais soudain ma première rencontre avec le maître des douanes et surtout, le jeune homme discret qui l’accompagnait et qui répondait au nom de Romuald. Comment avais-je pu l’oublier et ne pas faire le rapprochement avec celui qu’Alessandra m’avait demandé de capturer ?

Puisqu’il me connaissait, il était désormais inutile de lui laisser son sac en jute sur la tête et je lui enlevais donc d’un geste violent mais rapide après m’être déplacée face à lui. Ses yeux s’écarquillèrent de terreur à la vue de mon visage et de mon corps couvert de sang et de peintures, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Comme je lui souriais, il chercha du regard une échappatoire ou une personne moins effrayante dans la pièce et l'abattement fut lisible sur ses traits lorsqu’il parvint à la conclusion que nous n’étions que tous les deux dans la cellule.
- « À moi, rien. En revanche, tu t'es associé à des personnes qui m'ont fait du mal. Je veux savoir tout ce que tu sais sur l'organisation de Schloesing et Felipe Ravera del Cruz et leurs affaires dans le nouveau monde. Tu m'as vu dans la jumelle, tu sais donc que j'aime cogner, alors je te conseille de ne pas jouer au bon soldat, personne ne viendra te chercher ici. »
- « Je ne sais quasiment rien. Schloesing travaille ici depuis des décennies. L'autre ? Je l'ai à peine croisé je... » répondit-il en tremblant.

Je l'interrompis d’un geste du doigt avant de m’avancer dans sa direction et de m'asseoir sur ses cuisses, face à lui, nos visages à quelques millimètres l’un de l’autre, ma poitrine serrée contre son torse et mon ventre touchant le sien. Je passais une main dans ses cheveux derrière sa nuque en murmurant :
- « Chuuuuut, calmes toi mon beau, tant que tu te montres coopératif, tu ne risques rien avec moi. »
- « Pitié, je le jure, je ne sais rien qui pourrait t’intéresser… » sanglota-t-il le visage dans mon cou alors que je me pressais encore plus contre lui, bougeant mon corps lentement afin de le déboussoler totalement. Malgré sa situation périlleuse, je sentis son entrejambe réagir quelque peu et cela me tira un rire sarcastique.
- « Hé bien, visiblement il n’y a pas qu’offrir ton cul au vieux Schloesing qui t’excite » dis-je en descendant ma main jusqu’à son sexe pour en éprouver la raideur.
- « Je t’en supplies, relâches moi je ne dirais rien à qui que ce… »
Je l'interrompis d’un coup de tête en plein visage qui le laissa sonné alors que du sang coulait de son front.
- « Ecoutes moi bien enfant de putain, tu va finir par parler, sinon je te garanti que je te ferai sauter tes quatre dents de devant, au moins ça te sera utile pour continuer d’avaler des queues ! » Explosais-je tout en lui envoyant un revers de la main dans la joue. Je me redressais alors que la colère s’emparait de moi, enflammant mon corps. Cet enfoiré finirait par parler, j’en étais sûr, même s’il semblait pour le moment avoir encore assez d’espoir ou de force de caractère pour résister. Je savais pour l’avoir subi dans la cale du navire qui m’avait arraché de ma terre natale que l’on pouvait tenir longtemps sous la torture. Une des astuces consistait à se concentrer sur ce qu’on veut bien dire, plutôt que sur ce que l’on refuse de révéler. J’avais entendu parler d’hommes qui continuaient de répéter sans cesse la même phrase, bien longtemps après qu’ils n’aient plus étaient en état d’entendre les questions. En se focalisant sur ce qu'on accepte de dire, on a moins de chances de laisser échapper ce qu'on ne veut pas avouer.

Le pauvre Romuald Horstadt était maintenant prostré sur sa chaise, la tête penchée vers le sol tandis qu’un filet de sang coulait par terre. Avec de l’élan, je lui envoyais un coup de genou dans le ventre, lui coupant le souffle, puis en poussant du pied sur son épaule, le fit tomber sur le côté, entraînant la chaise avec lui. Il remua et réussit à se mettre sur le dos et je vins m'asseoir les jambes autour de son cou, mon ventre et ma poitrine dominant son visage tuméfié.
- « Je… je suis en enfer ? » couina-t-il lamentablement.
- « C’est à ça que ça ressemble l’enfer pour toi ? » demandais-je en me penchant sur lui.
Alors qu’il ne s’y attendait pas, je l’embrassais avec fougue, puis, mordant sa lèvre, j’en arrachais un morceau de chair en lui tirant un cri de douleur. Crachant le petit morceau de peau un peu plus loin, je me léchais les lèvres pour me débarrasser du sang chaud qui coulait dessus, puis je me redressais et, après un dernier coup de pied dans les côtes, je m’éloignais en le laissant par terre, lançant par dessus mon épaule :
- « La nuit a été courte, prends quelque temps pour réfléchir, je reviendrai te voir demain et j’espère que tu seras prêt à répondre à mes questions. »
- « Sorcière ! SORCIERE !! » cria l’homme dans le noir pendant que je grimpais l’échelle me ramenant vers la surface.

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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Il leur fallut bien la journée pour se remettre de tout ça. L'épuisement des combats, les blessures, tout le reste... En quelques jours, l'Amazone avait mis son corps à rude épreuve. Sa comparse était, elle aussi, épuisée. Les stigmates à ses poignets étaient encore rouges, ceux de son esprit, encore vifs. Le soir venant, c'était avec une faim d'ogre qu'elle dévora la maigre collation que leur apporta Kidd. Puis, pensive, elle regardait la ville et ses faubourgs dans la nuit, avec les milliers de torches pareilles aux lucioles de la jungle. Ce qu'elle avait connu de ce nouveau monde, c'était la violence de la captivité, l'abus et la misère. Mais ce soir, elle le découvrait d'un oeil nouveau.

Désireuse de se dégourdir les jambes malgré sa hanche encore douloureuse, Nola descendit à l'étage d'en dessous. La Gantière coupait des légumes. Leur propre repas ayant déjà été servie, elle pouvait en déduire que c'était pour l'invité du sous-sol. Ce fut l'Amazone qui rompit le silence :
"Je pense avoir dévoilé beaucoup de chose à mon sujet et vous avoir prouvé ma fiabilité Alessandra. Avant de vous dévoiler mes projets, j'aurais besoin d'en savoir plus sur vous, quel rôle jouez-vous dans cette cité ? Quel est votre vraie activité ? Et ne me parlait pas de la vente de gants, je ne vous ai pas vu à votre atelier une seule fois depuis mon arrivée à Myrmidens !"
La Tiléenne ne put s'empêcher une pique, amusée : "Il faut dire qu'en journée, vous dormez ou courrez les bas-fonds. Mais comme je vous l'avais dit. Je mène mes affaires. Et comme toutes affaires, j'ai des rivaux, des partenaires, des alliances à nouer ou à délier."
Appuyant ses deux mains sur le plan de travail et plantant son regard dans celui de leur logeuse, Nola lui adressa un petit sourire, visiblement amusée par son humour acide "pourquoi ne pas cesser ce petit jeu ? Ce que je veux dire, c'est qu'une association nous serait bénéfique à toutes les deux. Arrêtez de vous cacher derrière votre masque mystérieux, vous n'avez rien à craindre de moi."
"Nous sommes déjà associées. Vous m'avez permis de mettre Schloesing dans une position plus qu'inconfortable, ses meilleurs douaniers gisent aux jardins de Morr ou à l'infirmerie, un des navires de la guilde des Marchands a été dérobé avec les dernières richesses de Matorca et..." Elle fendit un navet en deux. "Nous avons un otage. En contrepartie, vous avez eu votre vengeance et votre amie."

Nola posa une main sur le poignet d'Alessandra, un geste d'une douceur dont elle ne faisait que très rarement preuve. Il y avait chez la gantière quelque chose qui l'intriguait et lui donnait envie d'en savoir plus. Une force de caractère qu'elle devinait être le fruit de dures épreuves et de profondes blessures ainsi qu'une intelligence doublée d'un tempérament réfléchit qui faisait d'elle quelqu'un de charismatique. "Justement, n'est-ce pas l'occasion de pousser notre avantage ? Vous vous mettez définitivement vos ennemis hors d'état de nuire, moi, je détruis jusqu'à la racine le trafic de Schloesing et ses amis entre Myrmidens et ma terre."
Elle prit le temps de la réflexion. "Cela engage des forces qui nous dépassent. Schloesing n'est pas l'autre joueur dans cette partie d'échecs, il est une des pièces maitresses, mais ceux d'en face. Ils sont puissants. Plus puissants que cette ville même."
Hochant les épaules et libérant le poignet de la vendeuse pour attraper un morceau de légume cru et le porter à sa bouche, l'amazone se contenta de dire "c'est vous-même qui disiez qu'un grain de sable pouvez enrayer une machine aussi puissante soit-elle." puis se détournant pour regarder par la petite fenêtre les gens qui défilaient dans la rue, elle ajouta : "Si vous ne voulez pas m'en dire plus sur vous, je le respecte."
Tandis que Nola découvrait le plaisir du panais cru, Alessandra regarda à la fenêtre à son tour. "Qu'avez-vous en tête pour enrayer la machine de guerre ?"
Sans se retourner, la jeune guerrière lança par-dessus son épaule "je comptais sur votre aide et vos connaissances pour mettre sur pied un plan digne de ce nom, mais comment se fier à quelqu'un dont on ne connait rien sinon quelques bribes de son passé."
"Cela ne m'a pas dérangé pour le faire avec vous." Elle se retourna, un air supérieur sur le visage, avant de développer. "Que voulez-vous savoir de plus ? Vous connaissez mon passé, mes associés. Mon rival. Vous logez chez moi."
Se retournant brusquement, Nola se laissa emporter "Est-ce vraiment cela votre but ? Développer votre entreprise, vaincre vos rivaux ? Et rester seule, recluse dans une boutique de gants de Myrmidens ? Je pensais qu'au fond de vous, la flamme de la vengeance brûlait encore, que ce que vous faisiez, c'était pour venger votre bien-aimée, votre Hélène. Que vous recherchiez toujours l'homme au pistolet jumeau de celui que vous possédez ici même ! Je pensais que c'était simplement cela qui vous avez conduite à Myrmidens et à faire toutes ses intrigues." Comme elle s'arrêtait pour reprendre son souffle et se calmer, elle conclut simplement "Je croyais que tout cela était plus qu'une simple guerre de territoire entre rivaux, mais j'ai dû me tromper..."
"La vie est souvent décevante. Nous grandissons, bercées par les exploits des héros de jadis. On écoute ceux qui scandent un monde meilleur, un monde plus juste. On se berce et on espère, on espère, on espère jusqu'à ce que tout se ramène à la morne réalité de notre quotidien. Alors, on se contente de sauver ce qui peut l'être. Il est trop tard pour Hélène. Mais il n'était pas trop tard pour votre amie. Et il est peut-être encore temps de mettre une grosse poignée de sable dans les rouages. Qu'en dites-vous ?"
"J'en dis qu'à nous deux, nous allons mettre à genoux ces chiens." s'exclama Nola avec un sourire glacial "Et surtout, qu'il n'est pas trop tard pour votre vengeance."


Ce fut dans la matinée du lendemain qu'elle retourna à la cave. Romuald était toujours là. Toujours enchainé. Il leva péniblement la tête. "Toi..."
"... Moi." dit-elle simplement en s'avançant vers lui dans la semi-pénombre de la pièce. L'homme semblait avoir bénéficié de soins sommaires depuis sa dernière visite, mais ses traits étaient tirés par l'angoisse et la fatigue. S'arrêtant devant la chaise ou il était attaché, l'amazone sortie sa dague d'un geste nonchalant et fit mine d'en examiner le tranchant "As-tu réfléchi depuis notre dernière rencontre ? Est-ce que tu te sens enfin prêt à me donner des informations ? Je demande cela pour ton bien évidement."
Il opina du chef, elle ne bluffait pas, il le sentait.
« Dernière chance » dit-elle en raffermissant sa prise sur le doigt « Qui tire les ficelles du trafic que le vieux Schloesing fait tourner à Myrmidens ? Combien de navires font les aller-retour entre ici et le nouveau monde ? Où sont stockées les marchandises avant d’être vendu ? »
Il déglutit "Des gens haut placés, je ne les connais pas mais... Mais ils ne vivent pas ici. Ils sont en Estalie, en Tilée. Mais pas, pas ici. Les navires, y en a. Pas mal. Mais il y a eu une tempête y a deux ou trois ans. Plusieurs ont coulé. Les marchandises étaient à la cale ou sur les quais. Je sais rien de plus. Sauf... Si. L'un des grands chefs s'appelle Felipe Ravera del Cruz."
Elle appuya plus fort sur son arme, faisant couler un très mince filet de sang le long de l'index sale de son prisonnier "Tu vois quand tu veux. Et ce Felipe, tu sais où l'on peut le trouver ? D'ailleurs, on a découvert une jeune femme d'origine étrangère dans les cales du Sangre Azul. Tu sais s'il y en a d'autres ici à Myrmidens ?"
"Felipe n'est pas ici. Il est reparti il y a quelque temps. Mais il a des amis dans la vieille ville." Il hoqueta un peu. "Des filles ? Y en a tout plein qui passe. C'est un port. Il y a de tout ici. Des Estaliennes, des Tiléennes, des Impériales. Y a même une Arabéenne à la Corne d'Or."
Visiblement satisfaite de ces réponses, elle se redressa, libérant du même coup le doigt de l'infortuné Romuald de la menace de son couteau, puis, elle s'approcha de lui et lui ébouriffa les cheveux d'un geste anormalement amical. "Tu vois quand tu veux..." dit-elle avant de se détourner vers le petit escalier menant à l'extérieur de la cave exigüe. Alors que son pied était déjà posé sur la première marche, elle se retourna une dernière fois pour demander "Au fait, connais-tu quelqu'un qui se fait appeler l'homme doré ?"
"Va... Au... Diable."
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