[Régil et Arnaud] La route rend libre

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le groupe de pèlerin avait laissé ses armes dans la chapelle, comme la majorité de leurs affaires — personne ne volerait quoi que ce soit dans un lieu consacré envers la Dame du Lac, et surtout, si proche du donjon du seigneur de ces lieux et de sa soldatesque. C’est donc tout simplement en haillons que tout le groupe, Beau-Sourire excepté, se réunit dans la basse-cour.

Aucun d’entre eux ne savait lire. Cependant, l’enseigne qui désignait les bains publics avait une petite image dessus : le tracé de la silhouette d’une femme dodue qui était à moitié immergée dans un baquet. Elle était probablement une représentation de Rhya, puisque la Déesse de la Terre-Mère était l’excuse parfaite pour les artistes de représenter des dames dénudées sans subir de jugement pudibond.

Régil ouvrit la porte le premier, et fut suivi en file indienne par sa petite bande de pouilleux couverts de cicatrices. Il faisait très chaud à l’intérieur ; un petit escalier menait à une sorte de cave, probablement l’endroit où on faisait chauffer des baquets de bains. Il y avait là des placards où ranger ses affaires, et des bocaux remplis de fleurs, de parfums et de sels de bains.
En Bretonnie, les bains ne sont pas qu’un endroit fait pour se laver — c’est un lieu de rencontre, où officient des barbiers, où chantent quelques musiciens, où l’on joue aux cartes et l’on discute. C’était un moyen pour les gens bien installés de toucher une certaine « urbanité », pour que des habitants d’un village castral puissent prétendre valoir mieux que les serfs perdus dans la campagne, qui se lavent en se baignant dans les rivières. Régil et Arnaud avaient déjà accompagné leur oncle pour se laver — c’était en effet un endroit de détente fort plaisant.

Il y avait quelqu’un derrière le comptoir. Un monsieur bien rasé, vêtu d’une tenue simple mais de bonne qualité de bourgeois : chemise et braies à sa taille, avec une ceinture et des bijoux. Ses yeux semblaient s’écarquiller, puis son visage se décomposer en voyant l’air et la mise des nouveaux-venus.
Il trottina pour contourner son couloir, et se mit juste en face de Régil : il était plus petit et moins fin que lui, pourtant, il leva sa main comme pour lui barrer le passage.

« Pardonnez-moi, heu… Bonshommes », fit-il, en ayant refusé d’utiliser les mots « Messieurs » ou « Maîtres », qu’il réservait probablement à des personnes mieux nées. « Mais heu… L-les bains sont actuellement… Fermés… Ils sont en vidange. »

Comme si la voix tremblante du type n’était pas suffisante, tout le monde pouvait sentir la chaleur venir de dessous : on était en train de garder l’eau chaude, et on ne vidange pas les bains avec de l’eau chaude.

Il était en train de leur mentir, juste pour leur refuser l’accès à ses baquets.
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Régil d’Aquitanie
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par Régil d’Aquitanie »

Les bains dans la rivière, il connaissait bien cela. Entrer dans un tel endroit avait toujours été une opportunité rare pour Régil, et agréable en plus de cela. Les quelques fois où il avait eu la chance d’y pénétrer, il en était ressorti avec de bons souvenirs. Hélas, cela remontait à loin et jusqu’à maintenant ses responsabilités d’adultes l’avaient toujours rattrapé et rattaché à ses champs.

Malgré le bon temps passé, il ne pouvait désormais pas s’empêcher d’avoir cette impression de ne pas être à sa place, comme s’il était un intrus dans un monde qui ne lui avait jamais été destiné. Les bocaux remplis de fleurs et de parfums lui sautaient au visage et lui criaient de retourner gratter la terre, de s’y échiner pour que ses seigneurs puissent vivre riches et prospères. C’était un monde artificiel, créé au bas de l’échelle, et qui avait pour but de reproduire le décor des lieux de complaisance des plus grands. On voulait à tout prix échapper à sa condition, s’éloigner le plus possible des serfs et qu’on cesse de confondre ses occupants avec eux. Ils étaient autre chose. Quelque chose de plus grand, mais pas trop, pour ne pas froisser les nobles. Des bourgeois en somme.

Son impression fut malheureusement confirmée bien assez vite. Un petit monsieur – en comparaison du colosse qu’était Régil – s’avança pour leur barrer la route.
Le pèlerin l’observa sans broncher et plongea son regard dans le sien, montrant tout le mépris qu’il avait pour lui. Régil n’était certainement pas connu pour sa patience, ni son sang-froid, ainsi il lui fallut un effort considérable pour ne pas lui cracher au visage en entendant ses fausses excuses. Le même sentiment d’injustice que sur le chemin, lorsque ses propres congénères l'avaient fui, l’assaillit. Des gens comme leur hôte, qui se permettaient de le prendre de haut - comme s’il n’y en avait pas assez du côté de la noblesse – le jeune homme en avait rencontré des dizaines. Il y en avait dans son hameau, sur les routes, dans les commerces, partout hélas. Il allait devoir revoir à la baisse ses espoirs. S’il avait cru échapper à sa condition de serf en rejoignant le convoi de dévots, il s’était en parti trompé; il avait échangé des préjugés pour d’autres.

Régil se contenta de renifler bruyamment et approcha son visage de celui qu’il croyait être le propriétaire. Il espérait qu’il sentait son souffle infâme, qu’il comprenait que cela faisait des jours qu’il ne s’était pas passé de sauge sur les dents. La crasse entre ses yeux, son menton, son cou, tout cela criait qu’il avait besoin d’un bon bain. « Alors, j’imagine que ça vous dérange pas qu’on attende que vous ayez fini. » Il tapa son pied sur le plancher. « J’sens déjà que la nouvelle eau se réchauffe. » Il lui montra une rangée de dents jaunes, écartées du reste pour certaines.

Il se tourna vers ses compagnons, en attente d'une réaction de leur part. S'ils patientaient, cela mettrait le bourgeois dans une situation délicate. Il ne pourrait pas faire entrer d'autres clients, à moins de créer un malaise.
Régil d'Aquitanie, Voie du Pèlerin Bretonnien
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"Je donne mon corps, mon coeur et mon âme à la Dame que je cherche.
Aucun appel à l'aide ne restera sans réponse.
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Aucun mal n'entachera les terres ancestrales de Bretonnie.
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le bourgeois bien rasé eut un petit mouvement de recul, alors que Régil approchait son museau de sa tête. Il déglutit, fit un pas en arrière, et balbutia quelques excuses, sans hausser la voix.

« S… Si, ça me dérange, en fait. Il y en a pour la… Pour la journée à vidanger les bains… D’ailleurs, j’ai… Juste… Oublié de fermer derrière vous. »

Et là, il fit un geste de la main vers la porte. Bruno, Bigleux et Luc regardèrent la sortie. Mais ils restaient plantés là, droits comme des « i », tels des abrutis, pour soutenir la dernière phrase de Régil.

Alors le bourgeois se mit à trembler comme une feuille.

« S-s-si vous p-partez pas, j-j’appelle le guet ! »

Bruno grimaça très fort, et serra la mâchoire. Bigleux leva un sourcil (Même s’il était difficile de dire pourquoi, étant donné qu’il louchait complètement). Quant à Luc, il était le seul qui avait l’air terrifié par la menace sortie de nulle part du bourgeois.

Les pèlerins n’avaient commis aucun crime. Rien fait de mal. Mais voilà que déjà l’aubergiste paniquait comme pas permis.

Intimidation (FOR+CHAR/2) de Régil : 8, réussite de 1
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Arnaud d’Aquitanie
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par Arnaud d’Aquitanie »

Arnaud adopta une posture plus conciliante, cherchant plutôt les compromis qu'à faire du grabuge. Il tenta d'appliquer pour paraître aussi respectable que possible. Cela pourrait faciliter la chose pour désarmer la situation.

- "C'est que nous sommes les honorables serviteurs du chevalier du Graal Rorgues de Vouvent. Notre maître, c'est un invité du Comte Desroches. Et nous aussi du coup."

Arnaud lança un regard à Régil accompagné d'un sourire en coin. Puis revint vers le responsable, à la manière dont il s'adresserait à un ami.

C'est qu'il y a peut-être moyen de faire exception ? Vous pourrez vanter que votre établissement, il accueille les invités les plus classe de la ville. Arnaud donna un coup de main dans sa poche pour faire entendre le bruit de l'argent. On est pas des mauvais payeurs... Ce serait bête k'de refuser des clients qui ne désirent que pouvoir profiter de vos services. Son regard vient se balader vers Luc, visiblement terrifié par la menace de la garde. Si on vn'ait a pas paraître présentable, le Comte pourrait punir les responsables. Mais au contraire, il pourrait vous fléciter pour avoir pris soin de ses invités.
Arnaud D'Aquitaine, Voie du Pèlerinage Bretonnien
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"…Tu offriras, à ton preux Seigneur le champart qu'il requiert,
Toujours, tu travailleras, hors les jours saints
Tu ne gardera pour toi et les tiens qu'un dixième des fruits de ton labeur
Et réjouis-toi, car un Chevalier de Bretonnie te protégera…"

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Régil d’Aquitanie
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par Régil d’Aquitanie »

Des menaces, et des mensonges. C’est tout ce qu’il savait faire.

Régil grimaça en entendant la tentative d’intimidation à peine crédible du bourgeois. Il croisa les jambes et prit appui sur l’un des murs de l’accueil en réponse, montrant bien tout le sérieux qu'il prêtait à ses promesses vindicatives.

Émile leur avait dit qu’ils devaient prendre un bain, alors ils prendraient un. Il était hors de question qu’il faillisse pour quelque chose d’aussi simple et basique. Le géant s’était mis en tête de ne pas bouger d’un pouce et rien - ou quasiment rien - ne lui ferait changer d'avis, et certainement pas ce sagouin de riche.

« Ne t’inquiètes pas, on a rien fait de mal. L’guet ne pourra pas faire grand-chose pour le bougre. C'est lui qui refuse ses services à d'simples gens, non armés, et dévots de la Dame en plus de ça. » dit-il à l’intention de Luc, d’un ton qui semblait tranquille, mais qui cachait une colère retenue. Comme ses autres compagnons, il se contenta de rester en place, en attendant de voir comment leur hôte allait réagir, non sans l’observer d’un regard mauvais tandis que son frère tentait une manœuvre diplomatique.
Régil d'Aquitanie, Voie du Pèlerin Bretonnien
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Après la manière un peu brute de Régil qui n’avait pas eut tellement de succès, Arnaud préféra employer la façon plus douce et charmante. Promettant une bonne réclame et un regard compatissant de la part du chevalier du Graal et de son hôte comtale, il essaya de caresser le bourgeois trop nerveux dans le sens du poil.

Ça semblait marcher, car il cessait de trembloter comme une feuille. Le voilà qui se signa en faisant un symbole de Shallya sur son cœur, avant de reculer.

« D’accord… Mais par pitié, faites vite, bien, oui ? »

Le petit groupe de pèlerins descendit donc les marches ; Ils se retrouvèrent devant un petit vestiaire, dans lequel ils purent tous se déshabiller, à l’exception de leurs têtes qui demeuraient couvertes de chaperons — la Bretonnie avait ce côté bizarre d’insister sur la pudeur du crâne, alors même qu’ils étaient nus comme Rhya les avait faits tout en dehors. Ils laissèrent leurs vêtements là, regroupés en tas ensemble, tandis que Bigleux remercia les deux nouveaux arrivants.

« Hé, heureusement qu’ziétiez là. Ça aurait été chiant de devoir aller s’baigner dans le lac.
– Cela arrive souvent d’se faire rembarrer de lieux comme ça ? Demanda un Luc d’un air candide.
– Oh oui, tout l’temps. Les gens adorent nous écouter d’clamer d’z’histoires d’chevaliers, mais y nous prennent aussi pour des mendiants, et des pillards.
En général personne aime les types qui errent sans toit sur leur tête. »


Pour deux serfs comme Régil et Arnaud, il est vrai que la situation était fort étrange — toute leur vie, on leur avait appris à se méfier des gens qui n’ont pas de lieu fixe. Les gens qui bougent, ils provoquent un sentiment qui mélange tout à la fois la fascination, la jalousie, et la crainte. Ou du moins, de façon plus honnête, il y avait les « bons » errants, et les « mauvais » errants.

Les bons errants, les gentils, les gens de bien, c’étaient les marchands qui allaient à la foire, et qui commerçaient de bonnes richesses pour être prospère. C’étaient les prêtres et prêtresses itinérants, ceux qui venaient parfois au village pour dire comment bien servir son prochain, bien craindre les Dieux, qui parlaient du Paradis et du danger du Mal. C’étaient, surtout, les jeunes chevaliers, qui partaient vers les lices de tournois en grandes bandes, profitant du pays durant leurs années formatrices, à dormir à la belle étoile à chaque nouveau village.
Et il y avait, à leur côté, les mauvais errants. Les sorcières et rebouteuses qui réclament le gîte. Les saltimbanques de cirques, paillards avec leurs costumes et leurs chants exotiques. Les stryganis diseurs de bonne aventure, qui allaient en roulottes, et qui étaient réputés voler les poulets comme les enfants.

Les pèlerins du Graal devaient être dans cette catégorie étrange, pile entre les deux. Ils étaient des fidèles de la Dame, mais ils n’étaient pas prêtres — ils avaient des volontés pures, mais ils se déplaçaient avec des armes. Aujourd’hui, Régil et Arnaud avaient vu à quel point ils pouvaient déclencher la terreur chez autrui. Ils n’avaient pourtant pas employé une posture si agressive que ça.



Toujours est-il, l’heure était venue pour le petit groupe d’entrer aux bains.

Régil et Arnaud les connaissaient déjà ; c’était une pièce unique, très longue et large, avec des murs en bois recouverts d’une faïence sur laquelle on avait peint des fresques qui commençaient à petit à petit s’effacer à cause de l’immense vapeur d’eau qui envahissait toute l’atmosphère ; on y avait dessiné des nymphes et des fées nus, avec des pigments colorés — mais il y avait également la statue en pierre d’une grande colombe, représentant Shallya ; les bains étaient tant un lieu de plaisir qu’un lieu d’hygiène, et les deux visions étaient réunies ensemble plutôt qu’opposées. Au sol, il y avait un carrelage, légèrement fendillé, et très humide, si bien qu’il fallait marcher comme un crapaud pour ne pas glisser et se ramasser par terre. Plusieurs baquets de tailles différentes étaient disposés un peu partout, avec des tablettes à côté. Ça sentait très fort, les parfums et les savons, une odeur qui faisait mal à la gorge et un peu tourner de l’œil. L’eau des baquets était toujours grise, avec un immense voile de fumée qui s’en échappait, car on les chauffait toute la journée, et l’eau était partagée par les différentes personnes qui venaient tout le long de l’heure. Sur les baquets en bois, on avait immergé de gros tapis sous l’eau, qui étaient actuellement changés par un jeune garçon travaillant pour les bains — il en préparait cinq neuves pour permettre aux pèlerins de s’installer sans craindre de s’asseoir sur une écharde.

Il fallait se faire à l’eau très chaude, quasiment bouillante. On ressortait rarement d’un bain chaud sans la peau toute rouge. Ce n’était qu’une fois immergé, jusqu’au torse, qu’on pouvait se détendre et sentir du plaisir — et surtout, commencer à se frotter, tandis que le garçon revenait avec des sels à proposer aux cinq bien installés.

Il y eut un instant de silence, alors que tous les pèlerins réunis dans le même baquet pouvaient se détendre, et soulager leurs muscles tout endoloris par les journées de marche, en plus de se décrasser de leur puanteur.


Le valet revint un peu plus tard, alors que les pèlerins avaient passé une minute ou deux à l’intérieur.


« Ces messieurs voudraient-ils un autre service ? »


Aux bains, on pouvait se faire masser, se faire épiler, coiffer ou raser, et même, chose plus étonnante, recevoir une saignée — un chirurgien, qui était également barbier, proposait souvent de renouveler le sang afin d’être bien en forme. Enfin, on pouvait commander à boire et à manger.
Mais tous ces services étaient bien évidemment payants.
Dans certains bains plus libertins, on pouvait même commander une fille — voire un garçon — pour se baigner avec.

Jet de négociations d’Arnaud : Caché.

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Régil d’Aquitanie
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par Régil d’Aquitanie »

S’il était vrai que le géant était un catalyseur pour son frère, présent à ses côtés pour l’empêcher de se mettre dans le pétrin d’avantage, il n’était pas complètement faux de dire la même chose pour Arnaud. La vie faisait bien les choses, ils étaient complémentaires, autant dans leurs forces que dans leurs faiblesses; le cadet avait l’avantage de ne pas avoir un gros égo et possédait une nature beaucoup plus diplomate. L’envie de jouer les gros bras lui venait parfois trop rapidement, et c’est avec tempérances qu’Arnaud le ramenait à la raison. Encore une fois, il le démontrait en leur ouvrant le passage aux bains publics, empêchant par la même une scène gênante avec le guet.

Pour ne pas ruiner tous les efforts de son frère, Régil prit sur lui et détacha son regard assassin du bourgeois. Il suivit le reste du groupe en silence dans les escaliers, donnant au passage une tape chaleureuse dans le dos de son cadet, en le gratifiant d’un bref hochement de tête.

Il se déshabilla dans les vestiaires, et une fois son chaperon redressé sur sa tête, ce ne fut pas long avant qu’ils n’arrivent dans une grande salle qui lui remémorait quelques souvenirs.
L’atmosphère était étouffante, la faute aux vapeurs d’eau qui envahissait la pièce, mais aussi purificatrices. À cet instant, l’idée de se laver n’était plus source d’inconfort. Lui qui avait toujours eu l’habitude de se décrasser dans une rivière et de son ressentir ses caresses glacées, la chaleur des lieux était un véritable luxe et réconfort.

Il prit place dans l’un des nombreux baquets, non sans avoir eu un léger mouvement de recul au contact de l’eau bouillante. Une fois immergée jusqu’au cou, Régil plaça ses bras sur les rebords et ferma les yeux le temps d'un instant, laissant son corps le temps de s’habituer à la chaleur. Il les rouvrit finalement et commença, sans se presser, à frotter son épiderme. Même si l’eau était déjà très grise, elle le devint encore plus, alors que de fines couches de crasses, parfois épaisses, s'y diluaient.

Le pèlerin n’était pas quelqu’un qui se souciait de son apparence. Disons qu’il n’en avait jamais eu vraiment besoin. Les nobles vivaient dans un monde de faux-semblants et où l’image qu’ils reflétaient était importante, mais c'était une autre réalité pour les serfs d'Aquitanie. C'était plus physique, c'était une survie de tous les jours, et leur esprit était occupée ailleurs, alors à quoi bon s'embêter de leur air de chien galeux si tout le monde dans le hameau se ressemblait. Malgré tout, il s'était bien rendu compte que son allure de mendiant était un vrai problème lorsqu'il était question d'approcher des gens sans leur foutre une peur bleue. Il était maintenant de son devoir de les guider dans la lumière de la Dame, alors il fallait mieux qu'il ait une gueule à peu près présentable.

Lorsque la valet pointa le bout de son nez, le jeune homme tourna la tête en direction de ses compagnons.

« Ch'ais pas vous, mais un gars bien coiffé dans des vêtements comme les nôtres, ça fait bizarre. » Ce n'est pas comme si il lui restait grand chose sur la tête. Et puis hors de question qu'on taille sa barbe. Il la faisait pousser depuis si longtemps. À cette pensée, il se mit à la frotter frénétiquement pour en retirer la saleté qui s'y était accumulée plus que partout ailleurs. Il rajouta cependant, tout en poursuivant l'opération, : « Si vous pouviez la lisser, ou j'sais pas. La rendre moins ... 'fin, vous voyez. Mais j'veux pas qu'on la taille. » Il était exigeant le Régil.
Régil d'Aquitanie, Voie du Pèlerin Bretonnien
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Arnaud d’Aquitanie
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par Arnaud d’Aquitanie »

Arnaud avait toujours gardé un côté plutôt pudique, conservant un air gêné sous son chaperon. Sa gêne n'était pas réellement liée à de quelconques ragots sur les atouts masculins et les comparaisons que ces derniers pouvaient subir, mais parce que le cadet ne rivalisait absolument pas en carrure avec son frère. Cet instant au naturel le mettait d'autant plus en évidence. C'était sûrement l'une des choses qu'il avait le plus envié chez son frère Régil : sa carrure d'armoire à glace. Au fond, Arnaud redoutait toujours Régil quand il levait la main. Il avait déjà encaissé plusieurs gifles bien méritées au visage, le genre de gifle que le serf qualifiait capable de découper des troncs d'arbres à mains nues. Si Arnaud prêtait des capacités physiques certes fantasmées à son frère, alors quels exploits impossibles était-il capable de réaliser.

Lors-qu’Arnaud mit le premier pied dans le bain, ce fut un sentiment familier qui le ramena en arrière, lorsqu'il cherchait à s'adapter à l'eau froide de la rivière. Elle était souvent froide à se frigorifier, mais là, elle était parfaite, une chaleur qui détendait les muscles et les nerfs. À peine ce dernier avait-il testé la température de l'eau qu'il s'était surpris à s'y immerger totalement sans préparatifs, lui qui normalement était si pointilleux afin de s'assurer d'adapter son corps à la température de l'eau.

Les bains avaient cette capacité à relâcher entièrement le corps et à laisser l'esprit vagabonder. Arnaud profita de ce moment de sérénité pour repenser à tout ce qu'il avait enchaîné durant la bonne semaine qu'il avait passé sur la route : Les bardes de Quenelles, la rencontre avec Rorgues de Vouvent, son rapport avec les autres pèlerins, son arrivé au château Desroches, le visage d'Alix, les marques de ses brûlures, il n'avait qu'à tendre ses doigts et les sentir parcourir les marques jusque dans les plus fascinants détails que son esprit pouvait imaginer. Son sourire aussi charmant que rassurant, son regard plein de passion et de dévotion lorsqu'elle parlait de son rapport avec la dame. Ses cheveux blonds qu'il imaginait aussi doux que de la soie...

Les rêveries du pèlerin se dissipèrent lorsqu'il croisa son regard dans un miroir. Pour la première fois depuis plusieurs longs mois, il vit son propre reflet droit dans les yeux, il représentait bien tout le contraire de ce qu'il avait rêvé il y a quelques instants. Les marques des cernes sous ses yeux, des cheveux court ébouriffés maintenus entre eux par la seule force de la crasse qui s'y était logées avec le temps, la sueur et l'humidité. Ses yeux qui trahissaient une nature opportuniste, presque mauvaise. Des mains frustes et grossières.

Mais il voyait autre chose, une lueur qui l'éclairait, qui enveloppé tout son être. Une lueur sûrement due à la lumière des braseros se reflétait sur les fresques et le carrelage. Il y avait clairement quelque chose, quelque chose en lui sentit Arnaud. Quelque chose qu'il pouvait incarner, un modèle de vertu, un repentir.

Arnaud termina ainsi son passage aux bains après avoir bataillé pour peigner ses cheveux et en détacher la crasse, leur donnant presque un mouvement naturel vers l'arrière. Mouvement qu'il recoiffait souvent frénétiquement en passant la main dans ses cheveux, surpris par la facilité qu'il avait à y faire progresser sa main.



- "Fais gaffe Régil, tu pourrais choper dl'estime de toi." Lui répondit son frère, même si cette propre réplique résonna en son être, se demandant s'il pouvait véritablement se montrer digne de la recluse du Graal. Et cette affaire de complot ajoutait une tension supplémentaire à lui et son groupe.
Arnaud D'Aquitaine, Voie du Pèlerinage Bretonnien
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Les pèlerins ne virent pas le temps passer ; à moitié amorphes dans leur bain, ils profitaient de la chaleur et de l’eau pour leurs ablutions. Aucun n’osa commander un supplément comme fit Régil — ils manquaient d’argent, leur vie n’était pas une où la monnaie circulait. Il n’empêche ; le petit valet hocha de la tête à la demande du nouvel arrivant dans la bande, et il s’éloigna une minute ou deux, simplement pour revenir avec un plateau en bois sur lequel on avait posé des bocaux et des flacons.
Le valet alla au-dessus de Régil, et lui frotta la barbe avec un baume, qu’il fit pénétrer à l’intérieur des poils en massant. C’était un moment fort agréable, et sa grosse pilosité hirsute devint plus douce et plus nourrie par le mélange.



C’est au bout d’une demi-heure de délice, dans les étuves bénies de Rhya et Shallya, qu’ils purent tous se relever, rapidement se sécher un instant dehors, avant de retourner au vestiaire retrouver leurs affaires, notamment leurs frusques bien sales.

En remontant à l’étage, ils ne recroisèrent pas le bourgeois. Une dame, peut-être son épouse, réclama leur argent à chacun des clients, en leur demandant si tout s’était bien passé ; ils approuvèrent tous et payèrent diligemment de leur bourse, sans faire d’histoire.

Ils mirent le pied dehors : il faisait encore bien jour, bien que le soleil avait un peu dépassé son zénith — la cloche de la chapelle de Shallya locale sonna peu de temps après, leur indiquant qu’il était deux heures de l’après-midi. Une heure comme une autre pour aller manger.



Alors qu’ils réfléchissaient à chercher une taverne pour se nourrir, et accomplir la mission donnée par Beau-Sourire, quelle ne fut pas leur surprise de recroiser le bourgeois étuvier — et il n’était pas seul.

Aux côtés de ce bonhomme maniéré, se trouvait un grand monsieur, barbu, chauve, avec un visage peu aimable couvert de cicatrices, et une grosse cuirasse de plate sur son torse.
Image


Le bourgeois se trouvait à une petite trentaine de mètres. Il s’arrêta en désignant le groupe de pèlerins. Le grand monsieur portant une armure hocha de la tête, et s’approcha d’un pas leste ; il siffla fort, et héla :

« Halte-là ! On bouge pas ! »

Bruno grinça des dents et serra ses poings, tandis que Bigleux était scotché sur place :

« Fait chier ! C’est un putain de sergent !
Il est tout seul ! On devrait se tailler ! »
-12 deniers de cuivre pour Régil, -10 deniers pour Arnaud


Révélation du jet caché d’Arnaud : 20, échec critique.
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Régil d’Aquitanie
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Re: [Régil et Arnaud] La route rend libre

Message par Régil d’Aquitanie »

Régil se sentit un peu mal à l’aise en voyant qu’il était le seul à acheter des soins. Il s’était déjà fait la réflexion qu’il n’aurait plus à vivre sous la même pression financière qu’auparavant, mais ce n’était pas pour autant qu’il devait se laisser aller. Qu’il le veuille ou non, sa fortune se comptait en quelques pièces. Il décida pour cette fois de s’offrir ce luxe; après tout, ce n’était que deux sous en plus. Juste une seule fois. Et après il se fonderait dans la vie de retenue et de pauvreté qu’était celle d’un pèlerin.
Il ferma lentement les yeux, et laissa son corps s’abandonner aux agréables sensations que lui procurait le massage du valet. C’était une première pour lui. Bien sûr, il s’était déjà brosser la barbe, mais toujours au milieu d’une rivière glacée, et sans jamais l’expertise d’un employé des bains. Et il avait même le droit à du baume. Du plus loin qu’il se souvenait, jamais il n’avait autant pris soin de son corps.

Le jeune homme perdit complètement la notion du temps, et lorsque le valet retira ses mains pour le quitter et vaquer à ses occupations, c’est avec une pointe de regret qu’il ouvrit les yeux pour retourner au monde réel, bien fade en comparaison de là où il se trouvait quelques secondes plus tôt. S’il détestait les bourgeois, comment ne pouvait-il pas envier leur quotidien ? Il se passa une main au travers de la barbe, et ce avec une grande facilité, à son grand étonnement. Il avait toujours eu un buisson bien touffu à la place du menton, alors la sentir aussi saine lui donnait une étrange impression. Avec un léger sourire sur les lèvres, il n’eut cesse de jouer avec celle-ci pour le reste de leur séance dans les bains.

C’est en étant beaucoup plus détendu qu’à l’arrivée que le colosse quitta les lieux, ayant reprit du poil de la bête. Douze sous, ce n’était pas donné au vu de sa condition, mais il ne regrettait rien. S’il avait pu, il y serait resté toute la journée. Le seul problème était leurs vêtements, puisqu'ils avaient beau être propres, ils portaient malgré tout des haillons qui les faisaient passer pour des indésirables aux yeux de tous, et ils en avaient déjà fait les frais. Même si les vêtements étaient nettoyés, ils redeviendraient aussitôt des tas de chiffons puants après quelques semaines sur les routes. Ils n’avaient pas le choix, ils devraient composer avec.

Après les bains, ce fut la nourriture qui accapara l'attention du groupe. Malheureusement, leur discussion fut de courte durée puisque des ennuis pointèrent rapidement le bout de leur nez. Deux personnes, et une qu’ils connaissaient bien maintenant; le bourgeois de l'accueil. Régil se crispa en voyant un membre du guet à ses côtés, encore plus lorsque celui-ci les somma de s’arrêter. Il eut la même réaction que Bruno et commença à serrer la mâchoire; son frère n’avait donc pas totalement convaincu le propriétaire.

« Cette p'tite vipère. Saloperie de bourge. Putain de champi. Fils de catin. Chienasse. » commença-t-il à murmurer avec hargne entre ses dents, lâchant tout ce qu'il avait. Il arrêta soudainement en voyant l'un de ses camarades paniqué, et le saisit par la manche. « Arrête Bigleux, putain. T'as oublié qu'on a une mission ? Tu veux qu'on la fasse comment si on est en taule ou pire, en cavale ? » Il jeta un coup d’œil au duo qui s’avançait. « La prêtresse d'Véréna, elle compte sur nous, alors merde pas. De toute façon, ils ont rien sur nous. On a pas touché un seul ch'veux d'sa tête de sagouin. » Il le lâcha, et commença à s'avancer vers l'homme du guet. « La lumière de la Dame soit sur vous m'sieur le sergent, y'a un problème ? » Il croisa les bras, montrant bien qu'il ne comptait pas en découdre. Il était peu probable qu'il en vienne jusque là - et dans tous les cas, il n'avait pas d'armes. Mais sait-on jamais. Régil savait très bien que la loi était rarement du côté des serfs ou des gens du voyage.
Régil d'Aquitanie, Voie du Pèlerin Bretonnien
Profil: For 10 | End 9 | Hab 8 | Cha 8 | Int 8 | Ini 8 | Att 8 | Par 9 | Tir 8 | Mag 0 | NA 1 | PV 60/60
Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_regile_d_aquitanie


"Je donne mon corps, mon coeur et mon âme à la Dame que je cherche.
Aucun appel à l'aide ne restera sans réponse.
Aucun obstacle ne se dressera devant moi.
Aucun mal n'entachera les terres ancestrales de Bretonnie.
Soyez mon bouclier, ma Dame, et je serai votre épée.
"



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