[Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] Katarin
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[Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par [MJ] Katarin »


Des éclats de conscience, fragments trop brefs de retours éthérés dans la réalité. Là sans être là, esprit étranger à un corps qui ne lui appartenait plus. Encore.

Secousses. L'horizon est à l'envers. Douce odeur de Ravel, il sent la paille, le bois, et le cheval. Il est humide. Bruit qui résonne, milliers de petits impacts. Pluie sur armure.

Cris. Gens. Joie ou peur ? Il est soulevé par la foule. On l'emmène. On le pose. On le déshabille.

Frissons. Une voix de femme dans son oreille. Rassurante. Douce aura. Couleur rouge.

Contact chaud. Réconfort. Elle sent bon. Le liquide sucré coule dans sa gorge. Sa peau contre la sienne. Désir qui monte.

Douleur fulgurante. Du feu dans ses tripes. Il se tortille pour fuir la source du poison. Spasmes. Vomi. Spasmes. Bile. Spasmes. Sang. Les ténèbres.

Cauchemars. Un crissement sans fin qui vient des tréfonds de son propre esprit. La rage et la furie, un gouffre insatiable de haine et de destruction. Ceux qui furent tués ne suffisent déjà plus, d'autres doivent alimenter le trou béant. Les colombes qui ont autrefois refusé de l'aider. Les femmes qui osent le regarder. L'enfant qui veut le dévoyer. Le peuple qui veut se l'approprier.

Son corps s'agite et tire sur ses liens, tente d'arracher ses entraves. La fille a une main posée sur son torse nu : elle lui arrachera chaque doigt avec les dents pour l'avoir touché, puis lui enfoncera ses yeux dans ses orbites pour l'avoir regardé.

Une force implacable l'écrase contre le matelas. Elle est seule dans un environnement blanc, pur, et hostile. Il n'y a que la fille, mais elle n'arrive pas à l'atteindre. Ses larmes forment un torrent contre lequel il est impossible d'aller à contre-courant. Elle hurle tant de douleur que de frustration, mais le son est ici étouffé - personne ne l'entend, même pas elle.

Elle est broyée par cet environnement hostile. Elle plante ses griffes aussi fort qu'elle le peut dans son enveloppe, mais c'est inutile face à la force implacable de ce lieu. Son être se décompose, et elle ne peut rien faire pour l'en empêcher. Sa magie est inefficace, sa rage inutile.

Elle disparaît sans un bruit, sans un cri, étouffée par la lumière.




***


Armand se réveilla brusquement, avec un poids écrasant sur son torse. Sa respiration s'avérait difficile, mais l'atmosphère était pourtant étrangement douce et rassurante. Il se sentait en sécurité, à l'abri de tout danger ici. Son esprit était brumeux, mais serein.

Le lieu dans lequel il se trouvait était familier : le matelas sur lequel il dormait, l'odeur d'encens, la colombe gravée sur le mur. Mais c'était différent : les autres lits étaient inoccupés, tandis que le plafond, les murs et le sol étaient désormais intégralement recouverts de symboles ésotériques tracés à la craie blanche. La complexité de ces dessins était effarante, et on pouvait passer des longues minutes à les contempler sans avoir perçu le dixième de tous les détails qu'ils comprenaient.

Là où la dernière fois il avait eu l'impression que ses poignets et ses chevilles avaient été entravés sans pouvoir le vérifier, cette fois il put constater la présence de liens bels et bien réels qui l'immobilisaient aux quatre pieds de son lit. Les cordes étaient épaisses, et avaient laissé de vilaines marques dans sa chair - il avait du tirer dessus comme un forcené pour s'abimer ainsi.

Ces traces à part, il semblait parfaitement guéri. Ligoté, il n'avait pas la liberté de mouvement nécessaire pour soulever la couverture afin de vérifier ses impressions en auscultant son corps androgyne dénudé : si sa respiration était un peu difficile, il se sentait quand même en pleine santé.

Il y avait un petit poids sur le haut de son plexus, comme une bille de plomb légèrement chaude qui reposait posée là - mais de sa position, il était incapable de discerner ce que c'était exactement.

Il identifia en revanche ce qui faisait pression sur son ventre : quand bien même elle était tournée visage opposé à lui, Armand reconnut sans mal la jeune Ophélie qui s'était endormie assise sur une chaise à ses côtés, la tête posée sur son abdomen. Sous elle, il y avait une très grande tâche d'humidité sur la couverture, comme si on avait versé un seau d'eau à l'endroit où elle s'était endormie.

C'est alors que ses pensées commencèrent à trier le songe de la réalité qu'il remarqua l'éléphant dans la chambre de sa conscience.

Anne de Lanneray avait disparu.




Ophélie pratique un rituel d'exorcisme :
Bonus Intelligence : 13(INT ophélie) + 2 - 9 (INT Armaman) - 6 (Malus d'esprit bien ancré déjà) = 0.
Jet d'(INT+BI) : 9, réussi.

Tout un tas de prières qu'Ophélie te balance :
- Bénédiction de Shallya : 16, raté, pas de pdc bonus pour la colombe.
- Compassion : 3, tu gagnes +2 à tes jets d'empathie pour la journée.
- Esprit compatissant : 9, tu gagnes une résistance à peur et terreur de +3 pour la journée - tu peux considérer in rp que ça te "détend" face aux affres de ton cerveau ^^°

PS : je suis consciente que ce retournement de situation bouleverse un peu ce que tu pensais roleplay prochainement et m'en excuse.
Ton aspect n'a pas changé, et tu le découvriras ultérieurement, les compétences acquises grâce à l'influence de maman te sont toujours propres. La banshee n'est par contre plus invocable. Armand est seul dans sa tête.

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Armand de Lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par Armand de Lyrie »

Je ne cesse de m’approcher de Mórr. C’est pas la première fois ce mois-ci, qu’on me laisse sur le sol, exsangue, après avoir donné une grande partie de moi. Cuilleux, Lyrie, Derrevin. Certains Sigmarites pensent que, pour expier ses fautes, il faut souffrir. Après les chocs, les perforations et les lacérations dont je n’ai pas cessé d’être affligé, je me demande quand les Dieux auront équilibré la balance. Quand j’aurai remboursé mes dettes.
Mais bien sûr, j'ai entre-temps contracté de nouvelles créances.

Je vénère Mórr. Du moins, je le vénérais. C’est un Dieu tellement apaisant, tellement compréhensif. Ses prêtres sont des hommes sévères et froids, à l’allure d’épouvantails. Ses temples sont réguliers, encloisonnés, et silencieux. Tout pour les rendre aussi peu accueillants que possible. Mais c’est le Dieu de la mort, et des rêves. On bascule probablement de l’un à l’autre sans trop s’en rendre compte, quand il est miséricordieux. La mort, ça apaise tout.
Je suis sûr qu’Arthur de Fluvia, Casin Baillet, et Albert de Favière, ils ont tous les trois soupiré d’apaisement, quand ma mère a enfin absorbé la toute dernière trace de vie qu’il leur restait. Je dis que je suis sûr, en fait, j’espère surtout que c’est le cas, que c’est pas un truc que j’invente pour me rassurer. Les trois sont morts dans d’atroces souffrances pour m’avoir suivi.



Les frères Louvière ont sauvé ma vie. Ça, j’en suis à peu près certain. Ils m’ont soulevé, à deux, à cause du poids de mon armure, et ils m’ont fixé sur la selle de mon cheval. « Merci ». J’ai le souvenir d’avoir répété ce mot, aussi essoufflé que délirant, en haletant. « Merci », des dizaines de fois. Mais étais-je vraiment en état de parler ? J’avais froid. J’avais froid depuis que la Banshee avait été foudroyée, et était retournée dans mon corps comme de l’eau qui glissait depuis une gouttière — et j’ai eu froid dans ma chair, et jusque dans mes os. C’était un froid glacial quasi apaisant. Parce que je ressentais encore des brûlures sur ma peau, après l’éclair que Mélaine avait déchaîné sur l’esprit de ma mère.
Même en étant deux choses différentes, elle et moi partageons tout. Surtout la souffrance.

Après ça, c’est plus… Haché. Brouillon. J’ai du mal à me rappeler de ce qui est vrai et ce que j’ai reconstruit. Ce qui était un mirage et ce qui est réellement arrivé.

Je sais que la douleur m’a réveillé par inadvertance. Que ma jambe trouée par les griffes de Mélaine n’a pas cessé de me lancer, d’abord légèrement à chaque petit trot de Ravel, et ensuite, quand on s’est mis à me ballotter…
Je me souviens qu’on m’a mis nu — je crois avoir protesté, de peur. Et puis je me souviens avoir dégueulé, beaucoup.
Et puis, je crois… Je crois avoir revu la femme qui m’avait aidé quand j’étais rentré dans un état similaire du duché de Quenelles. Je crois avoir revu la couleur rouge de la robe de la Dame.




Soif. C’est ça la sensation qui me réveille. J’ai les lèvres qui craquellent et la gorge sèche. Je reprends, à partir de là, un peu plus contrôle de mon corps — il y a un poids partout sur mon tronc. L’abdomen et autour de mon cou. J’ai envie de me retourner, de frotter mes yeux, de bouger ma jambe torturée — et c’est là que je ressens les liens.
Pendant une, ou deux secondes, mon esprit retrouve l’instinct animalier de se débattre. De tirer sur le chanvre. J’arrête presque tout de suite en sifflant à travers des dents serrées ; mon œil inspectera des marques rouges, gravées au fond de la peau, sanguinolentes. Comme si j’avais failli m’arracher moi-même mes mains en tirant comme un cinglé.

Y a des symboles au plafond, et, contre mon corps, Ophélie qui s’est endormie.

Je devrais être paniqué. Je devrais me mettre à hurler et à me débattre. Mais c’est pas juste le fait d’être exténué après avoir dormi je-ne-sais combien d’heures qui m’empêche de réagir trop virulemment. Comme ça, à la merci de tout le monde, je me sens pourtant… Calme. À l’abri, disons. Personne d’autre n’est ici qu’elle. Elle a l’air d’avoir sommeil. Elle a tellement pleuré que c’est moite au-dessus de la couette.
On va la laisser dormir. Je ne veux pas la réveiller.

Alors je réfléchis pas trop, je m’affale contre mon oreiller, je cède, je garde mes yeux mi-clos. Je suis las, beaucoup trop las pour poser des questions, ou dire des menaces, ou observer un moyen de m’échapper. Je veux juste me rendormir. Dormir et un putain de verre d’eau.



Des fois, quand on regarde un tableau, c’est les détails qui happent le regard bien avant l’ensemble. Quand on est devant une toile, une vraie grande toile, on a du mal à saisir l’ensemble tout de suite. On est attiré par le détail d’un vêtement, par des visages au second plan. La perspective elle augmente au fur-et-à-mesure.
C’est seulement au bout d’un petit moment où, amorphe, en me mettant petit à petit à me persuader que j’avais retrouvé la réalité, et pas juste une rêverie semi-lucide, que j’ai pu commencer à compartimenter un peu mon esprit. Et à comprendre ce que je venais de perdre.

J’ai pas dit un mot. J’en avais envie, pourtant. Dire des dizaines de choses décousues, juste par réflexe. J’ai ouvert grand mes yeux — mais ils sont irrités, alors je me suis mis à battre des cils à toute vitesse, pour les humidifier avec des larmes.
Et là, sur place, je me suis mis à m’étrangler.

En plus du poids de la tête d’Ophélie, et de la sorte de petite bille sur mon torse, c’est comme si c’était quelque chose d’encore pire qui s’était mis à m’écraser la poitrine. J’ai commencé à suer. Mon corps se perla de chair de poule, et j’étais comme envahi d’un immense sentiment de panique.

J’aurais bien aimé profiter un peu du déni. La Banshee a souffert face à Mélaine — peut-être n’est-elle que blessée, peut-être n’est-elle que camouflée. Ma mère a su cacher un tout petit morceau d’elle-même dans mon enveloppe pendant plus de vingt ans, elle s’est probablement comme… Comme réfugiée quelque part, dans un coin de ma cervelle.
Oui, c’est terriblement rassurant, le déni. Mais pour je-ne-sais quelle raison, quelque chose en moi a refusé de rester dedans. Et je me suis mis très vite à affronter la réalité de ma situation.
Je suis tout seul.

J’ai chialé. Des pleurs étranges — j’ai eu beau grimacer de tous les muscles de mon visage, aucun sanglot est sorti de ma gorge. Ce ne sont pas des pleurs de tristesse. On pleure de tristesse quand on est en deuil. Là, c’était plus des pleurs de colère, et surtout, d’anxiété.
Je me suis mis à tirer sur mes liens. J’ai vite abandonné, alors, j’ai écrasé plein de fois l’arrière de ma tête contre l’oreiller du plumard. J’avais envie de fracasser frénétiquement mon crâne contre le pan du lit, si seulement, si seulement j’avais un peu de mou dans mes liens.

Je me suis enfin mis à parler, tout en m’agitant.

« Pourquoi ? »

C’est tellement une question débile. Comme si j’avais pas déjà les réponses toutes prêtes. Comme si on pouvait pas les compiler. N’importe qui doué de raison se demanderait plutôt, pourquoi pas. C'était une meurtrière. Un esprit infâme. Une tumeur dans un coin de mon corps. Une violeuse. Elle m'aurait, un jour ou l'autre, poussé à buter tout ce qui me passait devant. Elle était folle dans sa vie humaine, et ce qui restait de son après-vie, y avait aucun moyen de l'apaiser. La faire disparaître, c'était la chose à faire, pour le bien de plein de gens. Et même mon bien à moi. Et, si on est un Morrien orthodoxe, même son bien à elle.
Et pourtant, je peux pas m'empêcher de poser la question. Elle m’obstine alors que je cède à l’angoisse. Alors que je me fige sur place. Parce qu'on me l'a arrachée.

J’ai momentanément envie de faire souffrir Ophélie. J’ai envie de lui parler de son père, Binet. Mais je me retiens. J’ai pas envie d’être cruel envers elle. Le monde a déjà été tellement cruel envers elle. Quand elle relèvera la tête, j’aurai juste la preuve, indéniable, absolue, de ce que le monde lui a infligé.
Alors, défait, je répète ma stupide question d'une voix tremblante, au souffle hyperventilant.

« Pourquoi ?!
J'ai même pas pu lui dire au revoir ! »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 14 sept. 2021, 15:21, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total d'xp : 6
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
Image

Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 9 / END 9 / HAB 11 / CHAR 15* (14) / INT 9 / INI 8** (10) / ATT 13** (15) / PAR 11** (13) / TIR 8 / NA 2 / PV 70/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire
**Malus à cause du harnois (inférieur)

État temporaire :
Compassion : +2 aux jets d'empathie (Reste une journée)
Esprit compatissant : +3 aux jets de résistance à la peur/terreur (Reste une journée)
Visière épaisse : -2 aux jets de perception (Lorsque le casque est porté)

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress
- Volonté de fer : +1 sur les tests pour résister à la peur

- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Empathie animale : Capable, sur un test, de deviner les émotions d'un animal.
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Intrigue de cour : Capable de déceler et deviner des intrigues.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Vœu de la Pureté échoué : -2 dans la résistance aux tentations terrestres

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Art (Peinture) : Sait peindre des tableaux.
- Danse : Excellent danseur
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test

Équipement de combat :
- Épée bâtarde (Inférieure) : 2 mains / 23+1d10(+1d3*) / 22** (11) parade
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 13 protection
Torse : 13 protection
Bras : 13 protection
Jambes : 8 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 13 / SAU 8 / RAP 10 / INT 9 / DOC 12 / ATT 9
Équipement divers :
3 Eo

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par [MJ] Katarin »

Lorsqu'Ophélie releva la tête et la tourna lentement vers Armand, il était évident aux coulées encore humides sur son visage qu'Armand l'avait réveillée avant de parler, lorsqu'il s'était agité, et qu'elle était restée immobile en pleurant contre lui. Ses yeux étaient déjà rougis des larmes versées, et son nez laissait échapper une morve claire et liquide - rien néanmoins suffisant pour enlaidir le tableau naturel que présentait son faciès atrocement défiguré par Nurgle.

- Elle... vous... je... elle...

Ophélie n'arrivait même pas à s'exprimer. Ses sanglots étaient interrompus par des hoquets, qui ne permettaient pas à ses paroles à dépasser ces balbutiements. Jusqu'à ce que dans un regain de contrôle, elle arrive à formuler une phrase entière.

- Elle souffrait tellement !

Elle sanglota à nouveau, mais avoir réussi à formuler cette unique phrase sembla être la victoire qu'il lui fallait pour réussir à retrouver un début de calme. Elle passa la manche de sa tunique sur son visage pour le nettoyer, mais cela n'interrompit les flots que très temporairement. Puis elle reprit la parole, cette fois-ci avec davantage de détermination.

- Vous avez été... tellement égoïste ! Quand j'ai accompli le rituel, je l'ai touchée, j'ai senti tout ce qu'elle... Messire, elle a tant souffert, elle vous aimait tellement, elle a tant fait de choses terribles pour vous... et vous... vous... vous l'avez emprisonnée ! Vous saviez qu'elle se délitait, qu'elle était condamnée à ne plus ressentir que de la haine, à perdre le peu de bon qu'il y avait en elle pour ne plus devenir qu'un monstre affamé de vengeance et de mort, et vous... vous... plutôt que de préserver ce qu'il restait de beau en elle, vous avez... vous... comment avez-vous pu avoir les yeux si secs ?

Elle se releva d'un coup, affichant désormais une colère, un peu ridicule pour une enfant de douze ans aussi menue qu'elle, mais néanmoins un peu effrayante sur son visage muté devant un seigneur solidement ligoté à son lit. Désormais debout, Ophélie enfonça son doigt entre les côtes d'Armand, pointant droit vers son cœur tandis qu'elle se mit à lui crier dessus :

- Elle est toujours là ! La première fois que je vous ai soigné, cette présence m'avait inquiétée, j'étais persuadée qu'un esprit malin vous avait laissé une marque pour vous détourner du droit chemin. Je me suis trompée Armand ! C'est elle, la vraie elle, et pas l'écho délétère fuyant les jardins que j'ai banni : vous ne la sentez peut-être plus, mais elle est là, juste là, elle a toujours été là, pour vous protéger !

Puis, comme si toutes ses forces l'avaient quitté après cette courte tirade, Ophélie s'écroula en arrière sur la chaise à côté du lit. Elle semblait épuisée désormais, sa voix redevenue plus douce, mais ses yeux rougis brillaient d'une lumière inquiétante.

- C'est elle qui empêche la créature du tableau de vous faire ce qu'elle a fait à tout le monde ici, j'en suis certaine.

Et la voilà qui éclatait en sanglots à nouveau. C'est un torrent de larmes qui coulait désormais le long de ses joues.

- Je suis désolée Armand. Je vous ai promis que tout irait mieux, pour Margot et pour vous, que la grande prêtresse soignerait votre amie et que votre chemin finirait par s'éclaircir et... et vous... votre corps, votre âme, vous avez tant souffert, c'est... c'est injuste, tellement injuste, et moi, je... je ne suis qu'une petite idiote inutile. La cœur de la Mère est vide aujourd'hui, et c'est ma faute. Je n'ai rien vu, je n'ai rien fait, je... je... ne suis bonne qu'à pleurer.

Et elle s'écroula à nouveau en avant, laissant sa tête reposer sur le torse d'Armand, déversant des torrents de morve et de larmes sur la fine couverture qui le protégeait du froid.

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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par Armand de Lyrie »

Tellement de gens ont souffert ces derniers jours. Tellement. Il y en avait bien quelques-uns qui méritaient leur sort. Et puis, malheureusement, beaucoup d’innocents. C’est très commode de croire au pouvoir des Dieux, en leur justice céleste et divine — parce qu’en Aquitanie, c’est pas la justice des hommes qui triomphe tout le temps. Elle a toujours un sale goût, même quand elle est pure.

Pauvre Ophélie. Putain, la pauvre Ophélie. Margot et moi, on a tous les deux sacrément soufferts, on nous a laissé des stigmates longtemps après l’enfance ; mais Ophélie, elle y est encore, elle. Comment on peut faire subir ça, à une gamine de douze ans ? La chute de Derrevin ne remonte pas à très loin. Je suis sûr que son père l’aimait — mais il l’aimait d’un amour écrasant, où, pour son bien, il la gardait enfermée, à part du monde, qui ne pouvait être que cruel en découvrant son visage. Il a mit en danger l'âme de sa petite fille, et la sienne aussi, pour qu'elle reste en vie. C'est tellement difficile de savoir si tel sacrifice, c'était une bonne action. Est-ce que la laisser mourir ça aurait pas été plus juste que la faire vivre avec ces cicatrices ? Est-ce que c'était un acte altruiste, ou égoïste ? Peut-être les deux. Aux yeux d'Anne qui m'a fait la même chose, c'était les deux.
Je vais pas mentir : observer la face de la jeune fille, ça… ça me fait un frisson dans le dos. C’est pas contrôlable. Je peux y mettre toute ma volonté, y a tout de même une surprise, un hoquet, alors que je découvre les sillons brunâtres qui lui donnent un aspect de lépreuse.

Elle a une âme tellement pure. Le genre qu’on découvre que dans les livres. Le genre de sainte âme vénérée pour laquelle on écrira des hagiographies. Mais vénérer quelqu’un c’est pas pareil que l’aimer.
Pauvre Ophélie.

Elle a une façon d’utiliser les mots. Ça lui vient naturellement. Et c’est… Un peu déconcertant. Entre ses sanglots, elle me parle de ma mère. Elle sait quoi dire pour m’apaiser, alors que je n’aurais jamais osé dire toute la vérité sur Anne de Lanneray à quiconque. Rien que le formuler à voix haute est dégoûtant — comment aimer une femme comme elle ? Comment la regretter ? Je bats des cils, et cette fois des larmes coulent ; mais c’est devenu des vraies larmes. Je me sens triste, je me sens assailli par les remords, mais c’est plus ce mélange de colère et de peur. Cette fois c’est juste de la tristesse. Et c’est bizarrement rassurant, d’être triste. C'est comme avoir très mal à une jambe, une douleur qui vous prouve qu'elle est encore attachée à vous. Je peux encore me sentir triste.

« Je voulais plus d’elle, Ophélie ! Je voulais juste qu’elle disparaisse, mais elle, elle a… »

Je serre des dents et je ferme mes paupières aussi fort que possible. La Banshee était en moi, elle agissait à travers moi. Je revois la mort de Casin, et tout ce qui a suivi. C’est écœurant. J’ai la gerbe qui monte.

« Détache-moi, s’il te plaît. J’ai… Très mal. »


Je ne suis pas ligoté à moitié. J’ai l’impression d’avoir écorché mes poignets comme un dément en tirant dessus. Un animal, même faible, il peut avoir tellement de force quand il a pas d’autres choix. Est-ce que c’est la Banshee qui m’a forcé à me débattre comme ça, aussi violemment ? En tout cas, le chanvre est solidement noué, et si Ophélie consent bien à me libérer, ça prend un moment. Alors qu’elle renifle parce que son nez coule, elle tord les liens, et défait lentement le nœud de ma main droite.
Une fois ma main enfin libérée, je sens une vive douleur dans ma paume, qui s’élance le long du bras. Je ferme mon poing, le tourne en grimaçant. Ophélie va vers ma cheville ; je me penche sur le côté pour soulager mon autre main moi-même. Je galère autant qu’elle, tout tremblant que je suis, à donner du mou dans le cordage.

« C’est drôle comme expertise. Tu me donnes le nom de qui m’a attaché comme ça ? Y a une histoire à raconter, là. »

Je lui présente un grand sourire tout agité après ma parodie de plaisanterie pas très drôle.
Et quand elle libère mon autre jambe, je m’assois sur le lit ; l’effort me fatigue totalement, j’ai le muscle qu’ont perforé les griffes de Mélaine qui me lance, et des mouches qui papillonnent devant mes yeux.
Je lève une main pour attraper l’épaule d’Ophélie, je m’en saisis comme si ma main était un étrange perroquet de pirate. Et je la tire contre moi.
Et je la serre dans mes bras.

Qu’est-ce qu’on doit avoir l’air beaux, à chialer tous deux comme pas permis. Mais c’est comme si, pendant un instant, toute l’horreur de ces derniers jours s’estompait. Ici, il y a pas de cris, pas de souffrances, y a plus la puanteur de la charogne d’Arthur, plus les gargarismes étranglés d’Albert, plus les yeux surpris de Margot, ou le hurlement de rage strident de Dame Mélaine. Tout ça, toute l’horreur, toutes mes craintes, tous mes crimes, le poids de mon passé et la hantise de mon futur, l’Enfant Divin, le tableau, Gilles, les Maisne, toutes les intrigues, et les trahisons, et les viols… c’est dehors. C’est derrière cette porte.
Ici je me sens… à l’abri. C’est harmonieux et apaisant. Même les écritures ésotériques au plafond, ces cercles et ces arabesques qui forment une sorte de langage inconnu pour mon cerveau… Je me demande si, en fait, j’ai jamais été religieux par foi — oui, je sais réciter des jolies prières par cœur et des formules en classique quand je veux bien, mais c’est juste une dorure. C’est ce qu’il y a derrière que je recherche. Le silence, et la douceur. L’impression d’être seul — mais pas tout seul. Plus une solitude, je sais pas… Plus comme de l’intimité, en fait.

Mais c’est pas juste pour moi que j’attrape Ophélie. Ça l’est. Ça l’est parce que ça fait du bien, d’avoir un être humain qui essaye pas de me larder la gueule, ou qui me hait, ou qui me méprise, ou que je terrifie, même. Ça fait un bien fou. Même si, me plaindre et me prendre en pitié, ça n’a pas servi Albert. Si seulement j'avais pu l'épargner…
Mais c’est également pour la petite prêtresse. Je sais pas, à quel point mes paroles valent quelque chose pour elle. Peut-être qu’elle, contrairement à tant d’autres gens, elle peut apercevoir qui je suis réellement, et pas juste l’image que je veux renvoyer de moi-même. Et qu’est-ce que j’ai à lui dire, en fait ?

J’approche mes lèvres de son oreille, et je murmure juste un mot, qui veut tellement dire. Un mot que j’ai tellement peu prononcé, en fait.

« Merci. »

Et je pose ma bouche sur le sommet de son crâne, pour l’embrasser.

Je recule ma tête, et je la regarde droit dans les yeux. Son visage est tellement ignoble ; et pourtant, cette fois, je fais vraiment tout ce que je peux pour pas avoir l’air dérangé. Et c’est plus évident que ça ne l’était la semaine dernière. Parce que moi aussi je suis devenu monstrueux.
Je tire la couverture pour cacher une partie de mon corps. Pour cacher ce que je n’ai pas du tout envie de voir. J’ose pas observer ma peau nue, pas maintenant que…

« T’es qu’une enfant, Ophélie. On t’a jeté quelque chose de tellement lourd à porter, et pourtant tu te tiens encore debout avec, toute droite. T’as tellement plus de bonté que tous les adultes de ce pays. Qu’est-ce que tu voulais faire ? Comment tu pouvais lutter contre ? Alys est ta supérieure, Carlomax le héros de cette ville, et moi…
J’en veux à tellement de gens, pour tellement de choses. Mais toi, t’as rien à te reprocher. Rien du tout. »


Je renifle. Je serre des dents, et grimace de tous les muscles de mon visage.

« Margot… J’étais tellement rempli de haine… Je pouvais la sentir, ma mère, ça me dévorait de l’intérieur… Elle voulait me protéger, mais ça a coûté tellement de vies ce désir, me protéger
Quelle est cette chose, Ophélie ? Cette créature que Margot a ramené ici ?
J’ai tué pour protéger Derrevin, je me suis sali parce que je sais, je sens que la Loi et la Dame du Lac tueraient toute cette cité pour la détruire, et je voulais pas les laisser faire…
Mais est-ce que c’est encore pire, maintenant ? »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 23 sept. 2021, 15:50, modifié 1 fois.
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Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 9 / END 9 / HAB 11 / CHAR 15* (14) / INT 9 / INI 8** (10) / ATT 13** (15) / PAR 11** (13) / TIR 8 / NA 2 / PV 70/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire
**Malus à cause du harnois (inférieur)

État temporaire :
Compassion : +2 aux jets d'empathie (Reste une journée)
Esprit compatissant : +3 aux jets de résistance à la peur/terreur (Reste une journée)
Visière épaisse : -2 aux jets de perception (Lorsque le casque est porté)

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress
- Volonté de fer : +1 sur les tests pour résister à la peur

- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Empathie animale : Capable, sur un test, de deviner les émotions d'un animal.
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Intrigue de cour : Capable de déceler et deviner des intrigues.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Vœu de la Pureté échoué : -2 dans la résistance aux tentations terrestres

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Art (Peinture) : Sait peindre des tableaux.
- Danse : Excellent danseur
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test

Équipement de combat :
- Épée bâtarde (Inférieure) : 2 mains / 23+1d10(+1d3*) / 22** (11) parade
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 13 protection
Torse : 13 protection
Bras : 13 protection
Jambes : 8 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 13 / SAU 8 / RAP 10 / INT 9 / DOC 12 / ATT 9
Équipement divers :
3 Eo

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par [MJ] Katarin »

Une fois ses larmes taries, Ophélie releva la tête et obtempéra lorsqu'Armand demanda à être détaché. Alors qu'il faisait part de sa douleur puis demandait avec le sourire qui avait pu le ligoter ainsi, Ophélie, affairée à dénouer les cordes, évita son regard et répondit d'une voix encore fragile d'émotion :

- J'ai utilisé des nœuds d'échafaud, c'est Senestre qui m'a appris. Plus on tire dessus, plus ça se resserre et... elle s'est beaucoup débattue. Je suis désolée.

Sitôt avait-elle libéré les chevilles d'Armand qu'elle remplaça l'étreinte des cordes par celle de ses petits doigts fluets. Immédiatement, une douce aura blanche émana de ses mains, et comme par magie les traces et la douleur disparurent en quelques secondes, tandis qu'une douce sensation de sérénité se propagea dans les veines du seigneur de Derrevin. Sitôt son miracle effectué, Ophélie se saisit pareillement des poignets endoloris d'Armand et leur fit bénéficier des mêmes bienfaits.

Et elle lui adressa alors un sourire d'une tendresse infinie, sur son visage si repoussant et terrifiant.

- Vous vous pensez impardonnable. Mais Shallya vous pardonne, messire. Et moi aussi.

C'est à cet instant qu'Armand se saisit de son épaule, et la tira vers elle pour l'enlacer. Ophélie se laissa faire, et répondit à son étreinte avec toute la douceur dont elle seule était capable - timidement, ses bras se levèrent, et entourèrent le torse d'Armand pour l'envelopper dans une bulle de réconfort partagé.

Lorsqu'elle se recule, elle semble elle aussi plus en paix. Et quand Armand la rassure sur son absence totale de responsabilité dans tous les affreux évènements qui avaient pu survenir, elle accepte ses mots en hochant respectueusement de la tête.

- Je vous remercie. Pour vos mots et pour... pour... ne plus détourner les yeux. Il n'y a que la grande prêtresse qui...

Ses mots semblèrent buter dans sa gorge sous l'effet d'une bouffée d'émotion, alors elle se reprit bien vite, s'avança, s'assit sur le lit aux côtés d'Armand puis posa soudainement la main sur la poitrine de son seigneur juste au-dessus de ses seins, là où il avait remonté la couverture. Elle croisa alors son regard, et énonça avec autant de sérieux que de calme :

- Au début je haïssais mon reflet, je l'évitais, comme si je pouvais ne pas être la fille hideuse du miroir tant que je ne la voyais pas. Me regarder, c'était admettre l'horrible vérité, la souffrance de tout Derrevin par la seule faute de mon père et de ma maladie. Le désespoir des gens, les morts, les cris, les flammes, la destruction... Je me détestais tellement. Je me cachais ici, dans une chapelle, nuit et jour, pour éviter le regard des gens, pour ne pas voir mon reflet dans leurs pupilles, leurs grimaces, leur gêne. C'est la grande-prêtresse qui m'a convaincue de sortir. Elle m'a mise au travail. Elle m'a ordonné de m'occuper des villageois et des réfugiés qui venaient ici chercher un asile. Elle m'a guidée pour que j'apprenne à matérialiser les miracles de Shallya. Et plus je m'occupais des autres, plus je me dévouais à la déesse, plus je comprenais que ma fuite était vaine. Ce que je recherchais vraiment, c'était le pardon, mais on ne peut pas se pardonner si on refuse d'admettre ses torts, si on refuse de regarder la vérité en face, de se mettre devant une glace, de défier son reflet, et de se dire "plus jamais".

Sans explication, elle tendit les mains de part et d'autre du cou d'Armand comme pour l'enlacer à nouveau. Il comprit bien vite cependant qu'il n'en était rien : elle venait de détacher la petite attache métallique qui maintenait par une cordelette très simple un pendentif autour de son cou, et lui présenta l'objet en question. Ce qui avait appuyé sur sa gorge et gêné lors de son réveil était un petit cœur en or, plein, qui pesait facilement plusieurs centaines de grammes.

- Je l'ai béni pour que la déesse vous accompagne où que vous alliez. Gardez-le toujours contre vous messire, et elle vous protègera.

Très sérieusement, elle le déposa dans la paume de la main d'Armand et referma ses doigts sur l'objet. Le cœur en or était chaud au toucher.

- Je ne sais pas ce que Margot a fait. Après son voyage avec le seigneur Jourdain dans la forêt de Chalons, après que vous soyez reparti pour Castel-Aquitanie, elle était très différente de celle qui était restée parmi nous les mois qui ont précédé. Alors qu'elle était toujours restée discrète aux messes, elle s'est mise à prendre la parole devant les gens avec l'accord de la grande prêtresse, et toutes deux se sont mises à parler de l'Enfant Divin que Shallya nous envoyait à nous, le peuple élu. Alors qu'elle refusait toujours les cadeaux que les villageois lui faisaient, elle s'est mise à les accepter tous, et à en demander davantage pour son fils à naitre. Ceux qui offraient les plus beaux présents étaient gratifiés de moments privés avec la grande prêtresse ou elle dans l'une des chapelles. Parfois des querelles jalouses et des combats violents en résultaient, et loin de les décourager, elle les remerciait de témoigner avec tant de vigueur de l'importance que l'Enfant Divin prenait dans leur vie.
J'ai dit à la grande prêtresse que je n'aimais pas ça, que ce n'était pas comme cela qu'elle m'avait enseignée la doctrine de Shallya, mais elle m'a répondu quelque chose de terrible que j'entend encore chaque nuit. Elle m'a dit que "Shallya n'a pas sauvé Derrevin".
Elle m'a demandé de mettre une goutte de mon sang dans un étrange liquide rose après ça, puis de le boire. Elle m'a dit que j'étais trop jeune pour tout comprendre, mais que ça allait m'aider à voir la vérité, à comprendre ce qui m'échappait. J'ai obéi mais ça m'a tout de suite fait très mal au ventre, si bien que j'ai tout régurgité dans l'heure qui a suivi. Elle a eu l'air très inquiète pour ma santé, et a pris soin de moi ici. Mais après, quand je me suis sentie mieux, elle m'a affirmé que je ne pouvais plus quitter l'enceinte du temple, que puisque je rejetais l'Enfant Divin dans mon cœur, ma place n'était plus aux côtés des villageois. Que je devais rester isolée pour ne pas les mettre en danger.


Elle prit une pause, avant de déclarer.

- Je pense que Margot est tombée malade dans la forêt. Une maladie qui touche les cœurs et les esprits. Et qu'elle l'a propagée à Derrevin.

Ophélie se mit à regarder le mur, laissant ses yeux suivre les lignes des dessins ésotériques qui en recouvrait chaque parcelle.

- Shallya m'a montré les dessins dans mes rêves. C'est un espace de paix et de sérénité. Un sanctuaire. Un endroit où les villageois pourraient venir se réfugier lorsque eux aussi voudront bien regarder leur reflet dans le miroir, où je pourrais les rassurer, les soigner, et les pardonner. Personne n'est venu pour le moment, au contraire, ils m'évitent comme moi je les évitais avant.

La grande prêtresse est venue ce matin m'apporter mon repas. Me raconter votre venue. La naissance de Gilles. La mort de Margot. Mais même si elle a rejoint les jardins, l'aura malfaisante qui l'enveloppait est toujours là, car elle enserre désormais dame Alys de ses griffes.


Ophélie laissa ses épaules s'affaisser, de tristesse comme de fatigue.

- C'est tout ce que je peux faire. Proposer un refuge à ceux qui le désirent, sans les forcer à y pénétrer. Vous pouvez rester ici autant que vous voulez, vous serez à l'abri, personne n'ose me rendre visite. Et puis, je... je suis contente de ne plus être toute seule.

Malgré ses stigmates, on devinait un peu de rouge lui monter aux joues sur cette déclaration.


Jet de foi : 11, réussi.
Jet d'empathie : 15, tant pis ^^
Si tu trouves une jolie image pour un pendentif de cœur en or, je prend. Il émet une douce chaleur très réconfortante - effet gameplay inconnus pour toi.

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Armand de Lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par Armand de Lyrie »

J’ai aucune idée de si Shallya est capable de me pardonner quoi que ce soit ; mais le pardon d’Ophélie, c’est déjà quelque chose. Ça retire un tel, tel poids… Je sais pas à quel point elle pense vraiment ce qu’elle dit. Pas que je doute une seule seconde de sa sincérité, c’est plus, genre, est-ce qu’elle me dirait les mêmes choses si Derrevin n’était pas… Ce qu’elle est devenue ?
J’avais de quoi la décevoir, quand même.

Ça devrait pas être à une gamine de douze ans d’autant m’aider. Elle est sage, elle a une sagesse précoce. Elle parvient à me calmer, à faire passer la crise de panique, la douleur et le dégoût. Je me sens encore sonné, assoiffé, mais plus… Vide. Et plus totalement seul, non plus. J’ai toujours envie de chialer, mais au moins, j’ai plus la gorge étranglée.
J'ai elle. Je peux le dire : j'ai quelqu'un. Et ça fait tellement de bien, ça, avoir quelqu'un.

Après y a quelques informations soudaines à encaisser. Elle m’offre un peu de chronologie, le déroulement correct des événements, et puis, un bijou. Quand elle me montre le gros morceau d’or qui me pendait au cou, j’ai la soudaine envie à un moment de le refuser, de lui dire que je le mérite pas, et patati et patata ; ça se voit dans ses yeux que c’est important pour elle de me le donner. Alors je peux juste lui faire un grand sourire, et accepter.

« Merci, Ophélie. »

J’essayerai ça, d’affronter mon reflet. Mais la différence avec elle, c’est que je peux plus penser que tout est de la faute de mes parents. Y a des crimes que j’ai commis moi-même. Et peut-être pas pour de bonnes raisons. Mais à défaut de savoir comment les Dieux vont me punir dans les prochaines années, je peux au moins penser aux prochaines semaines.
Ça a été une semaine tellement longue… J’ai l’impression que je pourrais dormir pendant des jours.

Y a un léger silence quand elle a terminé. J’approuve ce qu’elle a dit de quelques hochements de tête, et puis je soupire un peu.

« Je me sens en sécurité, dans cette pièce. C’est pas arrivé depuis… Tellement longtemps. »

Je comate un peu en regardant les dessins qu’Ophélie a gravé au plafond. Puis j’attrape la main de la petite et je l’embrasse.

« Je dois te dire merci. Pas pour moi, pour… Pour ma mère. »

Ma voix devient faible. J’ai envie de bégayer des débuts de phrase qui meurent très vite. Tout se bouscule un peu dans ma tête, mais j’ai… J’ai vraiment l’impression que je peux trouver des mots, maintenant.

« C’était une femme monstrueuse. Mais elle a jamais eu personne pour l’aider, ou la soigner, ou, ou… Ou je sais pas en fait. Elle avait personne, à part moi, et j’étais juste son gosse. Mais maintenant aujourd’hui elle est enfin en paix, je peux me dire ça, je peux me rassurer en me disant ça. Et c’est que grâce à toi.
Je te suis tellement reconnaissant. »


Et je la serre à nouveau. Parce que je sais pas quoi faire d'autre pour lui prouver ça.




Malheureusement, je ne peux pas rester ici éternellement. C’est un sanctuaire, au sens propre, mais la nature des sanctuaires c’est qu’on y demeure pas. Ou alors il faut se faire ermite, comme le chevalier Cordouin, aller s’enfermer au fond d’une forêt ou dans une chapelle abandonnée.

« Il va falloir que… Que je sorte dehors. Faut que je sache qui… Qui est rentré en vie de tout ce merdier. Il faut que j’aille à Castel-Aquitanie, qu’on me voit en vie. Derrevin sera définitivement en sécurité, alors. Les soldats des Maisne vont être forcés par le Duc de partir. Et ensuite…
…Ensuite on pourra réfléchir à tout ça. »


La dernière chose à régler, c’est le château de mon père. Il y a encore quelques crimes horribles en Lyrie. Il faut que j’enterre dignement le chevalier Casin, c'est la moindre des choses. Que je remette en place les os de mon ancêtre, aussi.
Et que je dépouille la seigneurie où j’ai grandi.

« Je sais pas c’est quoi mon rôle à jouer, pour… Pour Alys, et pour la ville. Je veux dire, je suis utile par le simple fait que je respire : mon existence et mon titre ça va sauvegarder Derrevin. Cyniquement, j’ai juste besoin de respirer et d’être là, présent.
J’ai vu… ce genre de choses arriver, par la volonté du monstre qui est ici. Le père de Margot, il avait été réduit à ça : on l’avait transformé en crétin sans volonté, juste bon à bouger et dire « oui » quand on avait besoin qu’il parle.
Mais peut-être que c’est plus que ça, qu’on attend de moi. Le bébé, tu… Tu n’as pas pu le voir. Mais on aurait dit juste ça, un bébé. Parfaitement humain. Parfaitement innocent. Et… Et je suis vraiment son père ? Moi ? Ça me semble tellement… Surréaliste. Comment ça a pu se réaliser ? »


Je regarde dans le vide.

« Je pourrai pas lui faire du mal si c’est juste un bébé. Je pourrai pas faire de mal à Alys non plus, en fait, comme j’en ai fait à… À Margot…
Je sais pas, c’est quoi les intentions de l’Enfant Divin. Avec moi et avec les autres. S’il est malfaisant ou si c’est plus compliqué. La grande-prêtresse, elle m’a confié hier qu’il y avait encore une part d’elle qui agissait, qu’elle avait l’impression de se faire dévorer, mais elle était toujours là… C’est au moins un truc que je peux comprendre, ça. »

Je baisse les épaules, en me rasseyant à côté d’Ophélie.

« Qu’est-ce que tu penses que je devrais faire ? Faire semblant, comme si j’étais l’un d’eux ? On a essayé de me faire boire aussi, et j’ai vomi comme toi. Je sais pas si je pourrais duper qui que ce soit.
Plein de gens brisés dans cette ville. Tu m’étonnes qu’ils soient corrompus si facilement, si on leur promet quelque chose de mieux. »


J’ai une petite grimace amère.

« La sœur Thécia, elle m’a pas paru autant… Autant touchée par la messe d’hier. J’ai vu ce… Ce qu’elle a subi.
Tu crois qu’elle pourrait te rejoindre ? Ça ferait déjà une personne que tu peux aider. Elle en aurait tellement besoin. »

Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 23 déc. 2021, 15:09, modifié 1 fois.
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*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire
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État temporaire :
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Visière épaisse : -2 aux jets de perception (Lorsque le casque est porté)

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress
- Volonté de fer : +1 sur les tests pour résister à la peur

- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Empathie animale : Capable, sur un test, de deviner les émotions d'un animal.
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
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- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
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3 Eo

- Un beau doublet
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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par [MJ] Katarin »

Après le temps des étreintes et du réconfort devait revenir celui du retour à la réalité, avec toutes les responsabilités qui incombaient à son nouveau rôle de chevalier du royaume. Ophélie se contenta de hocher la tête lorsqu'il commença à décrire les actions qu'il devait désormais entreprendre pour préserver la sécurité de cette petite ville, peut-être un peu perdue par l'enjeu des questions soulevées. Il lui demandait une opinion sur ce que lui, le seigneur de Derrevin, devait faire, mais Ophélie n'avait que douze ans et son visage trahit sa soudaine anxiété face aux responsabilités qu'il mettait sur ses épaules. Elle prit quelques secondes pour réfléchir, avant de répondre très timidement.

- Je ne sais pas, mon seigneur.

Elle rougit aussitôt, manifestement effrayée de décevoir Armand. Elle enchaina rapidement en bégayant un peu pour se rattraper.

- Je... je ne pense pas qu'on puisse naitre mauvais, messire. Ni qu'on puisse nous forcer à le devenir. C'est un peu niais je sais, mais... je crois seulement que le chemin du bien est difficile est arpenter, et qu'il est tentant de choisir de s'égarer sur cet attrayant bas-côté. Même... même pour les plus grands.

Elle inspira longuement, son nez faisant un vilain bruit de morve suite aux précédents épanchements. Elle fit un signe de tête vers la porte.

- Des fois j'aimerais pouvoir les rejoindre. C'est difficile d'être différente, et isolée. Mais je ne veux pas faire semblant d'être une autre pour autant. Et vous ne devriez pas non plus. Votre fils a besoin de vous, du vrai vous, pour le guider.

Un sourire timide apparut alors sur son visage.

- Je serais ravie de pouvoir aider Thecia. Elle est très gentille, et très douce. Si vous lui permettez de venir ici, je prendrais soin d'elle c'est promis.

Puis le silence. Armand et Ophélie regardèrent la porte permettant de quitter la pièce, avec une anxiété partagée.

Peut-être partagèrent-ils encore quelques instants, mais le seigneur de Derrevin ne pouvait pas se soustraire éternellement à son devoir. Il devait poser la main sur cette poignée, et quitter le sanctuaire.

Dans le couloir de l'hospice, un homme au visage familier faisait le planton. C'était le fils du forgeron, le borgne à l'oreille ébréchée avec son bâton de fer. Dès qu'il l'aperçut, l'homme lui offrit un sourire chaleureux :

- Sire Armand, quelle joie d'voir que vous vous portez comme un charme ! C'est déjà la deuxième fois qu'Ophélie vous sauve des griffes du Grand-Père, si je n'me trompe pas... j'espère que vous avez prévu de lui offrir quelque chose pour la remercier !

Il laissa éclater un petit rire, tandis que son unique oeil scrutait le visage d'Armand.

- C'est dommage qu'elle n'ait rien pu faire pour votre... changement. Mais je suppose que ce sont bien là les limites de la Mère - viendra un temps où Gilles pourra lui offrir une retraite digne afin qu'elle puisse enfin sécher ses larmes, et peut-être sourire à nouveau.

Mais j'en oublie encore les bonnes manières, pardonnez-moi - dame Alys m'a houspillée quand elle a appris que je n'me suis pas présenté à vous la dernière fois. J'suis Olivier messire, le fils d'Josset, le vieux ronchon qui tient la forge d'Derrevin. C'est moi qu'ai fabriqué vot'miséricorde, j'espère qu'elle vous a donné satisfaction !


Il fit alors un signe de tête vers la sortie.

- Vous venez ? Votre femme m'a expressément demandé que vous la rejoigniez dans votre domicile dès que vous seriez remis sur pieds et... après deux jours d'attente, mieux vaut ne pas contrarier la dame de Montagu !

Etrange personnage que ce borgne. Derrière son œil amusé et son sourire, il tenait avec fermeté son bâton, et tout son corps semblait en alerte, prêt à agir. Si sa bonne humeur et son humour étaient certainement sincères, il ne baissait pas sa garde en compagnie d'Armand. Pourtant, il avait une aura naturellement calme et assurée : il était prêt à contrer tout problème, mais ne s'inquiétait aucunement de sa capacité à gérer tous les imprévus.

Quittant l'hospice pour rejoindre la cour intérieure, Armand put remarquer qu'il avait récemment neigé puisqu'une fine couche blanche recouvrait le sol, et aussi qu'il était encore bien tôt : les premiers rayons du soleil ne franchissant que timidement les murs du temple. Pourtant, une petite foule se pressait déjà dans l'enceinte du temple de Shallya, formant trois files d'attente bien rangées pour chacune des trois petites chapelles. Alors qu'ils passaient devant, l'une des trois portes s'ouvrit, et Armand reconnut immédiatement cette grande et épaisse silhouette qui en sortie : c'était Rémon, avec un sourire jusqu'aux oreilles et les joues bien rouges, sautillant de joie en riant jusqu'à la sortie comme un enfant à qui on venait de donner des bonbons.

Le regard affuté d'Armand remarqua néanmoins un étrange détail : la main du paysan héroïque était entourée de quelques bandes de tissu desquelles s'échappaient quelques gouttelettes rouges, qui venaient s'écraser dans la neige et disparaître dans la poudreuse.

- Les bénédictions du matin, déclara le borgne en apercevant le regard curieux de son seigneur. L'occasion pour chacun de communier avec la Protectrice et l'Enfant, partageant leur lien en buvant un peu du saint nectar nourricier. Le lait maternel est l'unique source de vie de Gilles, et dans sa générosité il la partage pour en faire don à chacun de nous.

Une ombre sembla traverser le visage du borgne, avant qu'il ne reprenne son naturel plus assuré.

- Vous n'avez pas votre place à leurs côtés. Vous êtes le Père. Vous ne partagez pas ce lien avec l'Enfant, tel que le veut l'ordre naturel des choses. Mais cela ne vous empêche pas de l'aimer, et donc par extension, de nous aimer tous. Nous sommes ainsi vos enfants, et vous nous protégerez du Mal.

Un moment étrange, surréel. Le ton du borgne était si neutre et pourtant assuré qu'il était difficile de deviner son intention. Etait-ce une menace ? L'établissement verbal d'un fait ? La formulation d'un espoir ? Une litanie récitée par cœur ?
Mais cet instant disparut aussitôt, tandis que l'homme au bâton reprit sa marche comme si de rien n'était, enjoignant Armand à quitter le temple à ses côtés.

Il était tôt, mais une bonne partie de Derrevin semblait déjà debout. Au sud, des maçons et des artisans travaillaient ensemble pour fabriquer de nouveaux logis dans la partie brûlée de la ville afin de fournir un toit aux nombreux réfugiés qui pullulaient dans la ville. Une poignée de bateaux de pêche s'éloignait de la rive pour aller chercher quelque pitance dans le Gilleau, tandis que quelques pêcheurs moins fortunés s'installaient sur les pontons aux côtés des lavandières. La forge de Josset tournait déjà à plein régime - pas étonnant en cette saison où l'on se consacrait principalement aux préparatifs de l'année prochaine, notamment en entretenant ses outils. Quelques-uns quittaient la ville pour aller couper du bois, nourrir les bêtes dans enclos extérieurs, ou réparer quelque clôture abimée. Non loin d'Armand, de nombreux enfants profitaient de la neige pour organiser des batailles en règle ; en tendant l'oreille, il remarqua que le combat opposait le camp du " valeureux seigneur Armand, protecteur des opprimés" contre celui de "la sorcière maléfique Mélaine, dévoreuse d'enfants". Une boule de neige perdue vint malheureusement siffler trop près de l'épaule du seigneur de Derrevin - le hasard voulut que ce soit la gamine tenant le rôle de la prophétesse qui en était responsable. Toute penaude et rouge de honte, elle s'approcha d'Armand et se confondit en excuses et en courbettes polies. A cette distance, le chevalier put remarquer que, dans ses cheveux ébouriffés, elle avait éparpillé des plumes d'oiseau récoltées ça et là.

Devant la maison du régisseur se tenait une unique sentinelle - celle-là même qui gardait déjà les lieux lors des précédentes visites d'Armand. La différence, c'était que la demeure de Carlomax dans laquelle Armand avait été invité, était désormais celle de l'héritier de Lyrie.
Le grand hall du rez-de-chaussée était vide - de toutes manières, s'il avait autrefois pour fonction de permettre au régisseur de s'adresser à tous les habitants, Derrevin accueillait aujorud'hui trop de réfugiés pour que tout le monde puisse tenir dans cette pièce.

Olivier amena Armand au premier étage, devant une porte qui lui était sans doutes familière, puisque c'était là qu'il avait dormi lors de sa première nuit dans ces lieux. Le borgne toqua à la porte, avant de s'annoncer :

- C'est Olivier ma dame. En compagnie d'votre époux.

Il y eut un court silence, avant que la porte ne s'ouvre et ne dévoile Jehanne de Montagu. Elle portait par-dessus sa chemise blanche en soie une longue longue cotte orange, doublée de fourrure gris-blanche. Sa tête était posée une belle coiffe nacrée ornée de fils dorés entrelacés, dissimulant de longues nattes enroulées à l'intérieur. Elle ne portait aucune bague, mais autour de son cou pendait un collier serti de diamants, et à ses oreilles deux petites perles sur des supports dorés. De son accident de cheval et de sa rencontre avec un parterre de boue ne subsistait qu'un seul souvenir - la manche gauche de sa tenue était retroussée à cause d'une attelle enserrant son poignet.

- Curieux, je ne me rappelle pourtant pas que quiconque m'ait encore offert la moindre bague ni n'ait payé de dot à mon père...

Un sourire en coin de connivence à Armand, puis sur une soudaine impulsion, elle se jeta sur lui, l'enlaçant tendrement de ses bras avant de poser doucement sa tête sur son épaule. L'étreinte dura plusieurs secondes, assez longtemps pour qu'Olivier se racle comiquement la gorge derrière eux, comme pour rappeler son existence.

- Ne vois-tu donc pas que tu gênes les retrouvailles d'un couple ? Déguerpis donc !

- Immédiatement ma dame, répondit Olivier sans se démonter le moins du monde, mais je souhaitais tout d'abord vous remettre votre nectar du jour. Vous n'êtes pas venue au temple ce matin et la grande prêtresse, sachant combien vous étiez débordée de travail et étant très soucieuse de votre état de santé, m'a confiée une double dose rien que pour vous.

Il sortit de sa besace en cuir une petite fiole en verre pleine à ras bord de lait rose, et la remit en mains propres à l'héritière de Montagu. Cette dernière hésita une courte seconde puis réagit : elle retira ses boucles d'oreille et les offrit au fils du forgeron, avant de se saisir de la fiole, et de la glisser dans une poche dissimulée de son habit.

- Vous ne la buvez pas maintenant ? questionna le borgne dont l'unique sourcil visible se souleva.

Comme au temple, il était impossible de déterminer si dans sa phrase existait une menace sous-jacente ou si la question était parfaitement innocente. Pour un paysan, il se montrait en tout cas bien sans-gêne... mais Jehanne ne se laissa pas démonter, répondant avec effronterie :

- Je n'ai pas soif, petit cyclope. A mon plus grand regret, Armand et moi allons devoir discuter de sujets difficiles sur la manière d'offrir à Gilles un avenir radieux qui ne baigne pas dans les larmes et le sang, et je crains que le doux nectar de notre bien-aimée Protectrice ne m'inspire des idées d'activités certes plus relaxantes mais bien moins pérennes pour notre chère petite ville. Je la boirais sans fautes une fois mon devoir accompli je te l'assure.

Olivier lui rendit son sourire en coin. avant de faire une courbette polie.

- Je signalerais donc à la Protectrice que vous avez bien reçu votre bénédiction du matin, et que vous la remerciez pour sa générosité. Bonne journée ma dame. Bonne journée mon seigneur.

Elle n'attendit pas davantage son départ pour guider Armand dans l'étude, refermant la porte derrière elle. Aussitôt, elle se saisit de la fiole dans sa poche, en retira le petit bouchon de liège, huma son parfum puis plongea son doigt dans le liquide avant de le retirer et de sucer avidement les quelques gouttes déposées sur sa peau. Elle poussa alors un long soupir d'extase tandis qu'un sourire radieux apparaissait sur son visage. Ce n'est qu'après quelques secondes qu'elle revint à la réalité, refermant la fiole et la posant sur le bureau déjà bien encombré d'un capharnaüm de paperasse, avant de croiser le regard d'Armand, et comme pour répondre à ses interrogations, de lever son index comme pour lui faire la leçon :

- C'est le rôle d'une mère que de ne pas obéir à tous les caprices de son enfant. Mais ça ne veut pas dire pour autant que dois cesser d'être présente pour lui.

Un moment de gêne passa sur son visage, et elle baissa son bras.

- Pardon, c'est vrai que ce doit être difficile à comprendre pour vous. Vous ne partagez pas notre lien.

Elle laissa alors son regard parcourir le corps d'Armand de la tête aux pieds, et quand elle reprit la parole sa voix était teintée d'émotion.

- Vous... quand vous êtes revenus vous étiez... ce n'était pas beau à voir, messire. J'ai cru que c'était votre cadavre que les frères Louvières ramenaient. La Protectrice n'a rien pu faire pour vous. Et aujourd'hui vous êtes...

Elle s'approcha, et tendit la main vers le visage d'Armand, laissant ses doigts parcourir son visage lentement, comme pour vérifier qu'elle ne rêvait pas.

- C'est comme si la petite laideronne vous avait arraché en personne des jardins. Il est malheureux que sa foi envers Shallya ne laisse plus aucune place dans son cœur pour Gilles.

Elle retira sa main, et poussa un long soupir de fatigue. A bien y regarder de près, il était vrai que Jehanne semblait moins fringante que la veille : son teint était blanchâtre, et son maquillage ne dissimulait que partiellement ses cernes et le début de ses rides. Elle se retourna, puis s'assit sur la chaise faisant face au bureau, avant de se saisir de l'ouvrage dans lequel elle était apparemment en train d'écrire avant d'être dérangée.

- Vous avez réussi Armand, les frères Louvières et vous avez vaincu la prophétesse alors que tout espoir semblait perdu pour Derrevin. Vous avez prouvé aux habitants et à Gilles que vous étiez là pour eux, que vous étiez prêt à assumer votre rôle de Père. Vous nous avez tous sauvé du danger immédiat qui venait semer la ruine à nos portes. Mais... vous devez vous en douter, aller agiter votre épée et risquer la mort au combat est la partie facile du quotidien d'un seigneur. La partie la plus difficile s'annonce désormais : la politique d'Aquitanie.

Elle éclata d'un petit rire nerveux, avant d'ouvrir les bras pour montrer l'enfer de paperasserie dans laquelle elle s'était enfouie.

- Je vais vous donner un aperçu de nos problèmes actuels, j'espère que vous avez l'esprit vif de bon matin messire. Par où commencer... disons ce que vous avez raté pendant votre période de rémission. Carlomax et ses hommes sont devenus ici après leur débâcle dans le verger - seule la moitié de ses hommes a survécu. Si sa désertion et son manque de foi sont consternants, j'ai considéré qu'il serait un gâchis de perdre notre unique contact avec les Sans-Visages, aussi ont-ils tous été condamnés à faire pénitence au temple, où ils prient du matin au soir l'Enfant Divin afin d'implorer son pardon. Les frères Louvières ont également porté ici le cadavre de la prophétesse, ou tout du moins du monstre qu'elle est devenue...

Son regard se perd quelques instants, avant qu'elle ne retrouve sa concentration

- Malheureusement, le prêtre de Morr qui officiait ici par le passé a succombé de la peste, et ses cendres ont été enterrées dans son propre cimetière. Un paysan connaissait quelques techniques pour ralentir le pourrissement de son corps, mais c'est très sommaire - si on veut l'utiliser comme preuve de la déchéance de la prophétesse, nous allons devoir faire vite. Par ailleurs, nous n'avons encore aucune nouvelle de Thevot de Maisne - il faut espérer qu'il se remette de ses blessures, et surtout que malgré son éloignement avec Gilles, il reste fidèle à sa foi nouvelle. Alys est confiante, moi... un peu moins. Quoiqu'il en soit, la disparition de Mélaine va bientôt devenir sujet de discussion à la capitale, il est vital qu'on prenne de vitesse nos opposants pour apposer notre version de la vérité. Ah, et le petit sire Arnoulet apprécierait qu'on lui offre une nouvelle armure, aussi.

Un plissement de lèvres, parodie de sourire attristé.

- Les paysans manquent de vivres. La ville n'est pas prévue pour accueillir autant de bouches à nourrir, et beaucoup de familles se serrent la ceinture au quotidien, plus encore que d'habitude. Le nectar de la Protectrice leur donner une impression de satiété, mais ne les nourrit pas vraiment. Et les importations sont impossibles tant que les Maisne bloquent nos routes - tous les marchands souhaitant venir à Derrevin, Pulnoy ou Cinan sont déboutés. Il existe bien quelques chemins boueux mal surveillés pour quitter nos terres, mais elles ne sont en aucun cas empruntables par des chariots de marchandises. Quant à utiliser le fleuve... depuis que les gillites ont été surpris en train d'aider des fugitifs à nous rejoindre, le seigneur Gencien les fait chanter pour les empêcher de nous faire parvenir quoi que ce soit. Actuellement, les seuls marchands qui arrivent jusqu'à nous sont ceux en provenance de Quenelles, mais des rumeurs parlent d'une alliance en développement entre les Maisne et le Comte Hincmar, le premier ne pouvant officier chez nos voisins et le second ayant besoin d'hommes pour pallier aux récentes pertes du duché contre les peaux-vertes d'Orquemont.

Un soupir de dépit.

- Economiquement, nous sommes dans la panade. Tout ce qui appartenait à la noblesse ici a déjà été vendu ou donné pour l'effort de guerre des herrimaults dans tout le pays. Les quelques biens matériels qui subsistent ont été offerts par les habitants à Gilles pour le remercier de ses bénédictions. Nos chevaliers sont pauvres, nos paysans miséreux, nos réfugiés loqueteux. Le chateau est en ruines - des trois villages que vous dirigez, seul Cinan possède un fort modeste qui tient encore debout. Nous pourrions démonter celui de Cinan et utiliser les ressources acquises pour reconstruire ici, mais cela prendrait un temps considérable, et nos rares maçons et artisans sont déjà bien occupés à construire des logements aux réfugiés qui s'entassent déjà dans nos rues.

Elle s'affaissa dans sa chaise.

- On a également du mal à faire régner l'ordre. Le matin après la bénédiction, tout le monde collabore dans la bonne humeur, mais le soir des conflits tendent à éclater. Des querelles d'ego à celui qui servira le mieux Gilles. Des paysans qui remettent en question votre légitimité et rappellent Carlomax au pouvoir. Les herrimaults et les chevaliers tendent à en venir au poings lorsque les conflits de classe sociale réapparaissent. Des natifs en viennent à se quereller avec les réfugiés parce qu'ils ne souhaitent plus partager leur logement et leurs vivres. Des problèmes qui iront en s'apaisant naturellement lorsque Gilles grandira et prendra des forces, mais pour le moment notre petit dieu n'a pas la volonté de calmer tous les esprits à la fois. Pire que cela, cette agitation l'attriste et le fait pleurer abondamment, malgré les soins de notre Protectrice.

Elle se frotta les yeux de fatigue, avant de conclure :

- Ah, et n'oubliez pas que nous devons aussi nous marier et officialiser la naissance de notre enfant. Peut-être regrettez-vous maintenant d'avoir survécu à la prophétesse ?


Jet de perception/empathie (Olivier) : 4, réussi.
Jet de perception (très difficile) : 1, réussite critique.
Jet de perception/empathie (Oivier) : 18, non.
Jet de perception (enfants) : 9, réussi.
Jet d'empathie (Jehanne) - difficile : 14, nope.

Je te renvoie vers le premier post du Palais Bokha pour quelques détails sur tes terres.

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Armand de Lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] La solitude du dirigeant

Message par Armand de Lyrie »

« Votre fils a besoin de vous, du vrai vous, pour le guider. »

Les Dieux lui viennent en aide alors, putain.

« -je prendrais soin d’elle c’est promis. »

Je force un sourire en faisant un signe solennel de la tête. Je ferme mes yeux, passe mon pouce et mon index sur les deux paupières pour les frotter.
J’ai mal au crâne et à la gorge, ça se rajoute à l’engourdissement dans mes poignets et chevilles. J’aimerais tant pouvoir me reposer ici ; je me sens détendu dans ce sanctuaire improvisé. Mais il va falloir affronter le monde dehors. Au moins pour Ophélie. Au moins pour elle.

« J’essayerai de revenir alors, Ophélie. Merci. Pour tout. »


C’est mon troisième ou quatrième « merci » envers elle, je pense. J’ai pas beaucoup plus à offrir pour l’instant.

Arrive donc le temps de partir. Je pose mes deux pieds sur le sol, et commence à mettre du poids sur ma cuisse. J’ai un haut-le-cœur en me mettant debout, et des mouches qui se mettent à voler devant mes yeux. Je me tiens la cuisse, là où des griffes ont tranché profondément dans la chair. Je grince des dents, alors qu’Ophélie bouge un peu son corps pour approcher sa main.

« Vous… Vous avez encore mal ?
– Non, ça va, c’est… Rien. »

Je ne mens pas. Je n’ai pas mal, c’est plus comme si j’avais eu l’impression d’avoir mal. Un mirage, ou peut-être un écho de la blessure. On m’a crevé la cuisse, je devrais l’avoir perdue. Les yeux écarquillés, je marche tout droit, et je dois résister à l’envie de clopiner à cloche-pattes ou boitiller de côté pour soulager une douleur qui n’existe pas.

Au bout de la pièce, il y a une chaise, sur laquelle on a placé des vêtements. Je me dépêche de m’en approcher. Ce ne sont pas là mes frusques, celles que je porte depuis… Depuis que je suis arrivé dans le duché de Quenelles y a des semaines, en fait. Tailladés, maculés de jaune de sueur, de brun de boue et de rouge de sang, je ne pense pas que tous les détergents de Derrevin puissent sauver mes vêtements, surtout le doublet que j’ai porté si longtemps. J’attrape la chemise qui pend sur le dossier ; c’est de la bonne laine beige peignée mais pas filée, le genre qui tient chaud mais qui gratte comme pas permis. Le pire c’est que je ne peux pas me permettre de faire la fine bouche : un vêtement en laine, c’est déjà le luxe quand on sait que la grosse majorité des paysans grelottent de froid dans leurs vêtements de lin. Je l’enfile par dessous, et glisse mes bras dans les manches, et camoufle mon corps avec cette étoffe qui va des omoplates au haut des cuisses.
Y a alors quelque chose qui me met profondément mal à l’aise — je porte des vêtements d’homme. C’est pas un vêtement ample et lâche, c’est une tunique qui marque bien. Peut-être que c’était là le sous-vêtement d’un chevalier ou sergent de mesnie.
Le souci, c’est que je n’ai plus une silhouette d’homme. Et si ça ne dérange absolument pas un chevalier qu’on aperçoive sa gorge, j’ai moi des raisons de me sentir profondément paniqué. J’imagine le regard qu’on peut porter sur moi, ce qu’on peut trop aisément deviner à travers la fabrique du vêtement, et j’en deviens alors anxieux.

Ulric merci, nous sommes encore en hiver. Le froid donne une bonne raison de se couvrir de couches supplémentaires, comme un mannequin de paille. Au-dessus de la tunique que je lace le plus possible avec les cordelettes du col, je rajoute un manteau à cape tailladé et décoloré — il y a des fils qui dépassent de partout, et je devine qu’il devait y avoir un blason héraldique qu’on a arraché, peut-être celui de la famille de Binet. Il y a un cache-cou que je peux refermer de la poitrine jusqu’à la pomme de Taal, ce qui est mieux pour me camoufler. Si j’avais la chance d’avoir une écharpe ou un pardessus en fourrure, ça serait encore mieux, mais rien de tout ça dans la panoplie qu’on m’offre ; dommage.
Pour le dessous, j’ai le choix, apparemment, entre des chausses et un pantalon de braies. Puisqu’il fait froid, et qu’en plus je n’ai pas trop envie qu’on regarde mes hanches ou derrière, on va pouvoir mettre les deux à la fois. Après quoi, il reste plus qu’à fixer le tout avec une ceinture (Pas trop resserrée), et je retrouve un fourreau sans arme dedans. En même temps, qui commettrait le sacrilège de permettre à une épée de rentrer dans un sanctuaire de Shallya ? En plus, ce n’était pas ma lame.

Je retrouve mes autres affaires, cependant. Mes gants, gondolés, le coton passant à travers des entailles dans le cuir, et du sang séché tachetant. Mes grosses bottes d’équitation, qui ont été apparemment brossées sinon cirées ; ça leur fait du bien, vu comment elles étaient devenues crasseuses. Mon insigne héraldique, avec la guivre des de Lyrie, que j’épingle sur le cache-col. Ma bague de lion, celle qui a été touchée par les mains de Mélaine pour en libérer la magie mineure. Je la regarde bêtement, hébété, en me souvenant de cette soirée dans la chapelle du Graal. Je soupire silencieusement en la plaçant à mon auriculaire. Il y a le clou bizarre qui était porté par les sergents du chevalier Jourdain ; je le bourre dans une des poches du manteau. Ma bourse, toujours aussi lourde, personne ne m’a soulagé de quelques pièces. Une flasque d’alcool, qui m’a été offerte par Triboulet. Je grimace, en repensant à mon valet. Et puis, un flacon contenant un liquide inconnu mais qui fouette bien la mort, un souvenir de Cuilleux ; fut un temps où je cherchais un apothicaire pour qu’il identifie ce qu’il y avait dedans. À quoi bon maintenant ? Et enfin, pour finir, un rouleau de papier portant le sceau de la famille ducale d’Aquitanie.
Moi Armand, par la volonté du Roi duc d’Aquitanie, par la grâce de la Dame chevalier du Graal,
Fait savoir à tous que je confie à mon vassal Armand de Lyrie, fils d’Armand déchu-comte de Lyrie et d’Anne déchue-seigneuresse de Lanneray, les terres de la seigneurie de Derrevin avec toutes ses possessions, propriétés, biens, avec serfs et vilains, à quelque titres qu’ils aient été acquis par donation, achat ou autre,
Et qu’il la possédera en paix entière avec tous les droits de seigneur-lige sur les vassaux, avec fermage, droits banaux, et pouvoir de justice,
Et que je jure sur ma foi personnelle que je n’attenterai à aucun de ces biens, et que je protégerai sa propriété contre tous autres,
Et que pour ce fief, il me prête un hommage-lige, et me jure à jamais loyauté et fidélité, et qu’il en défendra les manants, et qu’il appliquera la bonne justice selon les coutumes du pays d’Aquitanie, et qu’il ne la divisera pas ni ne la confiera à quelconque autre sans mon accord ou sans droit de relief, et qu’il me devra gratuitement quarante jours par an le service d’ost, et qu’il assistera à mon conseil, et qu’il me devra une aide des quatre cas, sous peine de commise de la seigneurie,

Pour que cet acte demeure ferme et perpétuel, nous avons fait apposer dessus la marque de notre sceau,
Fait avec comme témoins Rostaing de Ginestet, mon grand justicier, et Gaucelme Bureau, l’intendant d’Aquitanie, en l’An de l’Unification Mille Cinq-Cent Cinquante-et-Un.

Je le roule et le range dans sa reliure de cuir bouilli, que j’accroche à ma ceinture.

« Bonne journée à toi. Je ne sais pas quand nous nous reverrons. »

J’ai les yeux secs maintenant. J’ai pleuré tout ce que je pouvais pleurer, j'en suis las. Je me sens juste vide, et lourd.
Ophélie arrive pour me prendre une dernière fois dans ses bras. Je lui tapote la tête alors qu’elle me dit au revoir, et une fois la porte ouverte, et claquée derrière moi, je suis à nouveau tout seul.
Je marche avec le bruit de mes semelles et des boucles de métal de mes bottes qui retentissent le long d’un couloir de pierre. Je ne reste pas esseulé bien longtemps, même si j’aurais bien souhaité. Un énergumène m’attend.
Image


Il me prend par surprise. Je me fige, et, par réflexe, je porte ma main au pommeau de mon épée pour me donner de la prestance ; ce tic nerveux me joue des tours vu que, je n’ai plus d’arme, alors ça donne une scène comique de théâtre où on voit ma main tomber car elle se retient sur rien. Je fais genre qu’en fait je voulais agripper ma ceinture, et le regarde en fronçant des sourcils.

« Sire Armand, quelle joie d'voir que vous vous portez comme un charme ! C'est déjà la deuxième fois qu'Ophélie vous sauve des griffes du Grand-Père, si je n'me trompe pas... j'espère que vous avez prévu de lui offrir quelque chose pour la remercier ! »

Je jette un coup d’œil derrière moi, et hoche de la tête tout en dégageant ma gorge.

« Bientôt le solstice d’hiver, non ? J’ai peut-être une idée de cadeau pour elle, oui, mais il faut que j’aille à la capitale pour ça.
– C'est dommage qu'elle n'ait rien pu faire pour votre... changement. Mais je suppose que ce sont bien là les limites de la Mère - viendra un temps où Gilles pourra lui offrir une retraite digne afin qu'elle puisse enfin sécher ses larmes, et peut-être sourire à nouveau. »

Je hoche de la tête sans dire un mot.

Il y a donc un silence gênant, et il reprend, toujours aussi enthousiaste.

« C'est moi qu'ai fabriqué vot'miséricorde, j'espère qu'elle vous a donné satisfaction »

Je le regarde tout droit dans les yeux. Toujours sans dire un mot. Et lui il sourit toujours aussi joyeusement.
Là le silence devient un poil trop gênant, même pour lui, ça se voit sur son visage. Je suis donc contraint et forcé de dire un truc.

« Huh-hun. Oui. »

Ce n’est pas sa faute, il n’est pas au courant. Comment pourrait-il savoir que sa miséricorde est l’arme que j’ai utilisée pour assassiner sauvagement Margot ? Je lui ai planté la lame bien profonde dans sa gorge, ça lui a arraché ses dernières paroles. Et pourtant, on ne m’a pas lynché. On aurait dû. Mais ça il le sait pas, Olivier, ou s’il en doute il a la politesse de ne pas le dire à voix haute. Ou peut-être que c’est même pire que ça, en fait ; Peut-être que dans un délire religieux, il est fier que son arme ait servi à commettre un crime. Est-ce que c’est pas ce qu’on fait avec les saints, vénérer ce qui les a fait souffrir ? On plante une prêtresse de Shallya avec une lance, la lance finit dans une chapelle avec tout le monde qui veut l’embrasser et prier devant. Est-ce qu’on va faire pareil avec ce qui m’a servi à buter Margot ?
Là, je pense à tout ça alors que je dévisage Olivier avec insistance. Il doit me prendre pour un barjot de compétition.

Dame merci, il me dit qu’il doit m’amener à mon épouse, et le voilà qui m’invite avec sympathie à le suivre, après m’avoir annoncé que ça faisait deux jours que j’étais en vrac — deux jours, c’est énorme…
Ça ne lui fait pas lâcher son bâton pour autant ; dans quelle capacité un bâton est-elle une arme ? Si c’est par destination, ça doit pas compter dans un hospice de Shallya, autrement il faudrait interdire les couteaux de cuisine et les pieds de chaise aussi. Il me sert de garde-du-corps, je pense. Je ne sens pas d’hostilité de sa part, de toute manière.

On sort dehors. Il fait froid, assez pour que ça chauffe mes joues. Il a neigé. Je regarde mes bottes faire des pas dans la neige que j’écrase, tandis qu’on quitte la cour.
Il y a foule. Ce bon vieux Rémon, celui que j’ai explosé, a envie de danser. À sa main dégoulinante de sang, il est difficile de ne pas repenser au seigneur Maisne à qui j’ai ponctionné le sang avant de lui faire boire la potion de la prêtresse Alys. Et une grosse partie de Derrevin — peut-être tout le village depuis ce matin — fait patiemment la queue pour aller reprendre une dose. Je déglutis en grinçant des dents.
Et voilà que, alors que je tente le plus possible de dissiper mon aura de dégoût, de la camoufler derrière un voile impassible, Olivier me récite un laïus, comme un petit garçon abruti tout juste sorti de la messe, qui raconte par cœur à papa-maman ce que le prêtre lui a appris, avec cette gaieté scolaire. Le genre de petit garçon que j’étais, qui allait raconter à une Anne figée ce que le cureton de Mórr m’avait enseigné. Comment je pouvais deviner que je lui faisais peur ?

« Vous n'avez pas votre place à leurs côtés. Vous êtes le Père. Vous ne partagez pas ce lien avec l'Enfant, tel que le veut l'ordre naturel des choses. »

C’est sûr que c’est pas mon genre, confondre le lit du père et du fils. Je dois me retenir très, très, très fort de faire mon humour noir à voix haute. Ça serait vraiment ni le moment, ni le public.

« Mais cela ne vous empêche pas de l'aimer, et donc par extension, de nous aimer tous. Nous sommes ainsi vos enfants, et vous nous protégerez du Mal. »

Et il dit rien de plus. Et je le sens me regarder. Et je ne sais pas si c’est par piété, ou suspicion, ou un sentiment bienveillant ou malveillant, mais je sens qu’il attend une réaction de ma part. Que je confirme ce qu’il dit, tout bêtement. Olivier n’a pas le physique ou l’attitude d’un vieux précepteur qui fait mon éducation religieuse, mais je l’imagine bien en fidèle bien dévot qui a besoin que son espérance ne soit pas déçue. Que je joue le rôle qu’on m’a apparemment réservé — car oui, comme je l’ai demandé à Ophélie, j’ai bien visiblement un rôle à jouer dans cette farce, une raison pour laquelle la dame Alys n’a pas demandé à ce qu’on me fasse écarteler après avoir tué Margot.
Peut-être même que j’ai rendu service à Alys, en fait. Toute cette foule, rien que pour elle. Pour Gilles, certes, mais pour elle aussi…

Je ne suis pas complètement demeuré. Un petit peu, bien sûr, mais j’ai pas des œillères. Je sais à quoi ressemblait la marque qui est passée de Loyse à sa fille : une rune qui ressemble au Serpent. Leur joie, leur quasi-transe… ça évoque des souvenirs. Je suis au milieu de dégénérés. Qui suis-je pour les juger ? Cette semaine j’ai tué une prophétesse du Graal, si on doit faire un bûcher, ça sera moi avant eux.

Qu’est-ce que je peux répondre ? Sans blasphémer ? Sans avoir l’impression d’être débecté, ou outré ? Mon silence commence à devenir trop pesant.
Alors, je me tourne, et je regarde Olivier droit dans les yeux.

« Je suis un peu jeune pour être le père de Rémon, tu trouves pas ? »

Et alors que je m’éloigne vers la porte de la cour, je change vite de sujet.

« Il faudra que l’on me forge une épée — de passot, comme les chevaliers en portent, avec une chaîne au pommeau pour la maintenir à mon poignet.
Ça devrait pouvoir se faire, non ? »





Derrevin travaille. Ils n’ont pas attendu qu’un seigneur arrive donner des ordres pour se sortir les doigts du cul. Ils travaillaient avant que je ramène ce maudit tableau ici, ils travaillent encore maintenant, en plein hiver. Ils n’ont pas le luxe de pouvoir hiberner, pourtant avec ce froid, ça donne envie de rentrer se mettre à l’abri à l’intérieur. Un groupe d’hommes est en train de lever de la charpente pour faire la base d’une simple chaumière qui sera faite de torchis. J’ai du mal à faire le tour du village avec la mentalité de seigneur — selon la loi, et le papier que j’ai sur moi, tout ça m’appartient. J’ai le titre de propriété, opposable à Brandan de Maisne, et surtout à ses putains de sergents. La menace armée de ses sbires a écrasé la populace. Comment peuvent-ils aller couper du bois dans la réserve quand ils risquent la capture et la bastonnade face à de la soldatesque ? C’est une situation étrange. La ville n’est plus tellement assiégée, mais elle n’est pas libre non plus. Les Maisne ont dût apprendre la décision ducale, et à l’heure actuelle, ma mort — je suis allé me présenter à un sergent avant d’aller tuer Mélaine, et je lui ai dit que j’étais Armand ; des Armand il y en a pas mal en Aquitanie, mais ça a peut-être allumé des lampadaires dans la tête de ce crevard, il est moins débile que ses cousins. Il ne peut pas attaquer, mais il n’a aucune envie de partir non plus. Et pendant ce temps, les habitants de la ville grelottent de froid et vont bientôt mourir de faim.

Alors que j’étais songeur, et en train de discuter de choses d'importance moindre avec Olivier (Il me parle d’où sont en train de dormir les réfugiés, et comment ils manquent de bois), on entend un bruit ambiant s’ajouter au vent ou au crépitement lointain de la forge de son père ; des cris et des rires d’enfants. Ils s’amplifient alors qu’on discute, et on se retrouve non loin d’un champ de bataille, passant proche de barricades éphémères en neige.
Ils jouent à la guerre. Garçons et filles, emmaillotés dans des gros vêtements de lins à plusieurs couches, certainement à cause de leurs mamans-poules qui craignent qu’ils attrapent froid. Les hérauts d’armes, des chiards à la voix nasillarde et trop aiguë parce qu’elle n’a pas encore mué, sont en train de mobiliser leurs troupes pour défendre un petit garçon qui est le sire Armand. Je regarde à droite : Olivier est en train de me faire un énorme sourire.
J’ignore et je reprends sur la discussion qu’on était en train d’avoir, même si j’ai quand même moi aussi un léger sourire.

« Y a beaucoup de bois, dans la seigneurie ? Il y a un vieux verger abandonné par loin — il relevait bien de Derrevin ?
‘fin, je dis ça… Vous êtes bien nés ici, ou vous avez émigrés avec votre père ? »


Alors qu’il va me répondre, l’escarmouche fait un dégât collatéral. Une boule de neige me passe tout près, et il s’en est fallu de peu avant qu’elle éclate dans ma caboche. Je me retourne avec des gros yeux, tandis qu’une petite fille est toute figée au milieu des combattants qui ont soudain décidé d’une trêve.
Elle s’approche, et elle devient toute rouge. C’est une jolie petite gamine, aux joues un peu trop creuses couvertes de tache de rousseur ; fille de paysan, pauvre en plus. Elle a des plumes d’oiseaux différents dans les cheveux. C’est ma Mélaine.
À toute vitesse, alors qu’elle est au bord de l’asphyxie à cause de son effort, et maintenant paniquée, elle baisse la tête et fait des petites révérences succinctes et désordonnées.

« Pardon m’sire ! J’suis désolée m’sire, j’visais pas vous j’pas fait exprès ! »

Je fais semblant d’être fâché en fronçant des sourcils. Je m’époussette l’épaule (Qui n’a en fait rien reçu), et pose un genou à terre pour faire semblant de vérifier mes lacets.
Je glisse ma main gantée au sol, racle la neige, et la colle contre ma botte.

« Allons, bon ! Assez ! »

Elle se tait.
Je me relève avec une main dans le dos, et lui fait un grand sourire sympathique.

« La prochaine fois il faudra que tu vises mieux ! »

Et je me tourne de côté, et lui envoie une boule dans sa direction. Ça lui atteint le poitrail, et explose en flocons partout sur ses beaux vêtements.
Elle est choquée. Puis elle se met à s’enfuir en rigolant. J’ouvre grand mes bras, en m’attendant à esquiver ses camarades qui vont la défendre en me faisant essuyer un déluge de projectiles.

Mais rien. Si la petite fille qui joue Mélaine est hilare et exhorte ses copains à la venger, eux sont tout timides et inquiets. Je comprends que je suis en train de gâcher leur jeu, alors je commence à reculer en faisant un signe de tête à Olivier.

« Ils sont adorables, mais craintifs. »


Le fils du forgeron hoche la tête négativement.

« Y vous aiment, mais y ont peur d’vous aussi. Vous êtes un seigneur de Bretonnie. Vous savez ce qu’a fait Binet, et vous connaissez ce pays.
Comment certains seigneurs réagiraient, si un enfant roturier les touchaient avec une simple boule de neige ? »


J’approuve ce que le borgne dit avec un geste du menton.

« Oui. C’est vrai. Leurs parents ont dû leur apprendre à être terrifiés par les sang-bleus.

– Mais y savent c’que vous avez fait pour eux. Sans vous, peut-être que Mélaine aurait rasé la ville. Y seraient morts. Ou vendus en tant que serfs. Pour eux que vous avez souffert. Pour qu’ils puissent jouer.
Leurs rires, c’est grâce à vous. »


Je grimace. C’est vrai. En s’éloignant, on entend à nouveau des cris d’enfants — ils sont maintenant en train de s’engueuler. C’est tellement mieux que le silence, leurs piaillements qui résonnent. C’est ça le truc génial avec les enfants : même quand ils vous sortent par les yeux, ça reste bien.
Si j’ai pu sauver dix, vingt chiards, ça valait la vie de Mélaine. Mais en même temps, c’est trop facile.

« Les chevaliers qui étaient avec Mélaine devaient avoir des enfants, eux aussi. Je me demande combien pleurent à cause de moi aujourd’hui. »

Olivier a l’air de réfléchir, avec sa cervelle de fils de forgeron. Ça prend cinq, six secondes. Avant qu’il hausse les épaules et sorte un autre truc.

« Y a des choses pas faciles à faire. Mais quelqu’un doit bien les faire. C’est pour ça que c’est vous le seigneur. »

Je pouffe d'un rire sec.
Il est fort ce gueux. J’ai aucune idée de si sa phrase elle est pleine de compassion, ou de bienveillance, ou si tout au contraire il est en train de m’engueuler pour que je me ressaisisse. Peut-être les deux à la fois en fait.
Mais ça marche. Il est fort.

« Je vais te poser une question indiscrète, peut-être qu’elle te saoule car tout le monde a envie de te la poser. N’y réponds pas si tu n’en as pas envie.
Comment as-tu perdu ton œil ? Accident, ou… »




Devant la maison du régisseur, je recroise l’ancienne sentinelle qui veillait devant chez moi. Je n’ai toujours pas son nom. Cette fois, par contre, il semble bien plus poli qu’auparavant. En me voyant débarquer, il claque ses talons entre eux et redresse le menton, dans un garde-à-vous millimétré. Je lui fais juste un geste du doigt pour qu’il se détende, et on entre à l’intérieur.
Il fait froid. On ne fait pas chauffer de bûches pour personne — quel gâchis de bon bois ça serait. On traverse en vitesse les lieux désertés, et voilà qu’Olivier va toquer à la porte de l’étude. Quelques instants plus tard, je retrouve Jehanne de Montagu, tout aussi bien apprêtée que lorsque nous étions partis à la recherche du sire Thevot.
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Elle fait une plaisanterie, puis me prend de son bras encore valide pour se coller à moi. Je demeure bébête une seconde avant de lui rendre l’étreinte en lui enserrant le dos.
Ensuite, se déjoue une scène fort étrange et difficile à expliquer. Elle semble connaître Olivier, elle est assez familière avec lui. Mais lorsqu’il lui donne sa drogue, elle préfère noyer le poisson au moment où il est étonné qu’elle ne s’empresse pas de vider la totalité du flacon. Elle lui confie même ses magnifiques boucles d’oreilles. Disons les choses grossièrement : C’est un pot-de-vin. Elle achète le silence et la loyauté d’un sbire, comme tout bon noble de Bretonnie sait faire. Je regarde ça muet, en faisant semblant de ne pas avoir vu. Mais je ressens un nouveau malaise pointer.

Finalement, elle congédie Olivier, que je remercie d’un hochement de tête et de quelques mots grommelés. Et me voilà à l’intérieur, là où il fait bien plus chaud (On a bien laissé une bûche brûler ici). Jehanne s’installe, et suçote la drogue d’Alys. Moi je reste là, tout habillé avec mon gros manteau et mon cache-col. Je retire seulement mes gants, que je pose sur le bureau avec la paperasse.

« C'est le rôle d'une mère que de ne pas obéir à tous les caprices de son enfant. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on doive cesser d'être présente pour lui. »

Je la regarde en tournant la tête de côté. Elle comprend que je ne saisis pas. Et alors, elle se met à avoir la voix qui tremble, et elle se relève pour me toucher le visage. Je la laisse me manipuler sans sourciller, alors qu’elle ne le fait que timidement avec le dos des doigts.

« Vous... quand vous êtes revenus vous étiez... ce n'était pas beau à voir, messire. J'ai cru que c'était votre cadavre que les frères Louvières ramenaient. La Protectrice n'a rien pu faire pour vous. Et aujourd'hui vous êtes...
C'est comme si la petite laideronne vous avait arraché en personne des jardins. Il est malheureux que sa foi envers Shallya ne laisse plus aucune place dans son cœur pour Gilles. »


Je prends une grande inspiration un peu tremblante.

« Je n’ai toujours pas aperçu Mórr de l’autre côté. Qui sait, peut-être que c’est juste le Veilleur qui voulait pas de moi ? »

Je fais un sourire figé en coin. Pas sûr qu’elle soit réceptive à mon sarcasme.



Je vais m’installer sur la chaise devant les papiers, tandis que Jehanne se met à me faire un long exposé. C’est costaud. Aucune surprise, rien dont je n’étais pas déjà au courant, ou dont je me doutais. Juste une foule de problèmes bien concrets. Des contingences matérielles. Je prends au hasard une feuille qui se tient au-dessus et la lit distraitement — c’est un vieux relevé sauvé des flammes de l’ancien régisseur. Ce qu’il touchait en champart autour de Derrevin. Les sommes sont pas mal. Derrevin avait bien dû être prospère à une époque.
On dit que le Seigneur des Mouches, dans sa puanteur, amène la croissance. Après tout, les cadavres et le fumier sont d’immenses fertilisants. Binet a choisi un bon patron pour un usufruitier.
Jehanne en a terminé après un long moment où je ne l’interromps pas. Ça serait là la pire des choses, gêner son train de réflexion, personnellement, j’en aurais horreur. Elle fait ça bien, en plus. Elle est exercée et intelligente. Est-ce qu’elle gérait les biens de son père avant ? Ou bien elle a appris envers lui ? Je ne demanderai pas, mais ça mérite bien un compliment.

« Heureusement que tu gardes bien la maison. Vu comment Carlomax a géré les choses jusqu’ici… Bordel, même les Gillites désertent, excellent. »

Je soupire aussi, en passant une main dans mes cheveux.

« Commençons par le moins important, et on va aller de plus en plus haut.

Carlomax… Alors comme ça, il est encore en vie ? Hmpf. Putain. Moi et les Louvière on a dû affronter le pire que la Prophétesse nous réservait, elle a déchaîné sur nous des éclairs et des oiseaux de proie comme le Compagnon Frédémond, et lui il prenait les jambes à son cou ?
Quel crevard. Putain, depuis que je suis ici je risque ma peau pour lui…
Bon. Faudra être sympa avec lui. Plusieurs de ses sbires sont morts, apparemment, ça doit forcément le toucher. Et puis, puisque les Herrimaults ont profité d’avoir libéré Derrevin pour se remplir bien les poches comme il faut, je suppose que leurs bandes savent ce qu’elles nous doivent — toujours utile, d’avoir leurs yeux et leurs arcs.
Il me doit quelque chose. On ne parlera pas de son manque de courage en public, mais je ne peux pas supporter que des paysans l’opposent encore à moi. On va lui demander de faire une cérémonie où il embrasse mes mains et me jure fidélité éternelle ; les gueux ça aime bien les symboles, c’est important pour que ça imprime. Ça fera comme… Comme s’il devenait mon vassal. Les nobles risquent de pas forcément aimer le rapprochement, mais tant pis, je serai juste satisfait de le voir à genoux à embrasser mes mains.
Comme ça il pourra aussi cesser de me tutoyer tout le temps. C’est une habitude qui m’embête chez lui. »


Je ricane en regardant dans le vide.
Puis ma posture et ma colère se dissipent. Ma voix se fait plus douce. C'est le souvenir de la violence qui me fait dire des choses aussi atroces sur Carlomax. Il les mérite pas. Lui aussi il a payé un prix pour la ville. Lui aussi il a fait son devoir.

« Il y a encore quelques semaines, il prétendait qu’il quitterait Derrevin, et qu’il laisserait la ville seule. Il veut de nouvelles personnes qui dirigent autrement, qu’il disait. Je me demande à quel point ce qu’il me racontait tient toujours dans son esprit…
Rien qui ne sera pas réglé par une discussion, de toute façon. C’est un homme malin. Et puis, on est dans le même camp. Et je lui ai prouvé que je méritais de diriger, je pense. »


Il semblait pourtant mal à l’aise du plan de Jehanne, celui de tuer Mélaine. Mais il a obéi à l’ordre quand je le lui ai donné. Ça reste plus important que ses propres sentiments.
Diriger c’est pas un concours de popularité. Moi et Carlomax on a pas besoin de s’aimer. Mais juste se tenir la main et se faire des papouilles en public, ça suffit pour que le peuple souffle un coup et aille pas imaginer qu’il y a des dissensions entre leurs héros. Ça empoisonne, ce genre de sentiments.

« Économiquement, tout se réglera dès que le duc tapera du poing sur la table. Enfin, tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais dès que les marchands pourront circuler à nouveau les choses se débloqueront.
Je pourrai faire un grand crédit auprès de marchands ou de banquiers pour financer la reconstruction de Derrevin. Et je pourrai demander l’assistance de son altesse. Contrairement à Carlomax qui entraîne sa milice, je reste persuadé que nous ne ferons jamais long feu face aux sbires de Brandan de Maisne — il est riche, puissant, et si en plus il fait des alliances dans le duché voisin de Quenelles…
Mais notre duc est un chevalier du Graal, et un ami personnel du roy Louen. En appeler à lui, c’est écraser Brandan, purement et simplement. Je ne suis pas sûr que le sire de Maisne veut devenir un ennemi de son suzerain et de la Dame du Lac. Même s’il a les hommes pour faire une rébellion, il ne l’osera tout simplement pas. »


Je reste songeur un instant.

« La première chose que nous devons faire, c’est aller en Castel-Lyrie, sur la terre de mes ancêtres. J’y ai vaincu les Déréliches, ce n’est qu’une question de temps avant que des pilleurs de tombes se ruent sur les biens qui appartenaient à mes parents.
Il y a quelques restes qui ont échappé à la destruction. Des bijoux, des tableaux, des vêtements, de l’alcool précieux… Et puis… Il y a quelques petites choses-là dedans, personnelles, qu’il faut que je planque. »


Comme le putain de cadavre de Casin Baillet. Trois fois rien, donc.

« Nous pouvons cannibaliser les restes du château et du domaine. Tout pourra être échangé à la capitale contre du grain et des légumineuses — de quoi nous permettre de passer l’hiver, ce qui est évidemment le plus urgent. On peut rien faire d’autre si on meurt juste de faim.
Ensuite, ceci fait, on a la deuxième chose à faire : Que je réapparaisse à la cour ducale.

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais de la manière dont je vois les choses, il y a deux façons avec lesquelles nous pouvons procéder.

La première, c’est celle que nous voulions au départ, c’est-à-dire accuser Brandan de Maisne d’avoir tué la prophétesse Mélaine. C’est aisé avec le témoignage de Thevot. Ce serait encore mieux avec le témoignage d’autres personnes. Les sergents qui tenaient le poste de garde, c’est facile : les hommes d’armes ça s’achète, on peut en convaincre quelques-uns de prétendre avoir été témoins du crime ignoble, mais bon, un roturier dans une cour de chevalerie, son témoignage ne vaut pas grand-chose.
Je ne me sens pas à l’aise de me retrouver tout seul face aux accusations avec seulement Thevot pour corroborer ma version des faits ; Je ne dis pas, il serait une aide immense, mais je veux maximiser mes chances. Si on pouvait avoir Andry de notre côté, ça serait parfait.
Je pense que je peux convaincre Andry de nous rejoindre, car j’ai un autre procès qui va être important pour lui — je peux sauver sa petite amie de la décapitation, en modifiant ma première déposition et en prétendant que la damoiselle Luciana n’était pas aussi coupable qu’on a pu le penser.

Andry n’aime pas son père. Mais de là à le convaincre de l’envoyer au bûcher, c’est beaucoup trop énorme. De même, Thevot est peut-être ravi de servir Gilles, mais si on lui ordonne de s’auto-accuser du meurtre de la prophétesse, même lui pourrait soudainement avoir des états d’âmes et s’enfuir comme un lâche. Je pense que tu as raison de craindre sa défection.
C’est pour ça que je me demande, si, en fait, il ne serait pas mieux de faire les choses beaucoup plus simplement… »


Je me tais enfin après mon laïus beaucoup trop direct. Là, maintenant, ma voix se fait moins assurée, et plus trébuchante.
C'est pourtant bien cette deuxième option que je désire le plus.

« N’impliquons pas les Maisne. Tu as vu le cadavre de Mélaine. Si je devais rendre au duc le corps de femme qu’il a aimée, il serait dévasté et chercherait immédiatement des coupables par dizaines. Mais tu as vu ce qu’elle est devenue. Une créature immonde, cyclopéenne, couverte de griffes. On ne voit ce genre de choses que dans les romans d’horreurs…
Nous pourrions la montrer ainsi au duc. Je pourrais dire que, lors du combat dans la seigneurie de Lyrie, elle a été atrocement blessée par la magie noire de ma mère — j’ai un témoin qui peut corroborer cette histoire, il a vu Mélaine échouer à lancer des sortilèges, et se blesser toute seule en manipulant la magie. Au moment où elle est revenue devant Derrevin, la garnison du village a amené à elle le tableau maudit, et elle a alors tenté un rituel pour en détruire le pouvoir qui résidait dans la toile.
Mais alors, la magie s’est retournée contre elle, et elle est devenue une créature atroce, horrible, ordonnant à ses hommes de s’entre-tuer. Il y a eut une escarmouche, durant laquelle moi-même et Thevot nous sommes alliés, face à la prophétesse et quelques hommes demeurant obstinément sous ses ordres, éblouis qu’ils étaient par le Graal. Nous avons fait un crime horrible, dont nous sommes honteux tous les deux, mais nous n’avions pas le choix…

Je trouve cette histoire plus convaincante, et beaucoup moins risquée. Elle ne nous demande pas d’impliquer toute une dynastie et de jouer sur les sentiments de dizaines de personnes. Elle exige moins de preuves matérielles. Qu’un homme du duc se rende au verger : il verra le sang, les cadavres partout, la destruction entière de la terre elle-même. Qu’un physicien étudie le corps de Mélaine : tu dis qu'il faut faire vite à cause du pourrissement, mais enfin, un crâne cyclope, ça ne s’invente pas.
Bien sûr, cela fait que les Maisne resteront en place, même lorsqu’ils lèveront leur siège nous devrons toujours craindre Brandan. Et puis, le duc pourrait m’en vouloir sans oser le dire, me rendre responsable de ce qui est arrivé à son amante — surtout si je dis que ce fut possible par la faute à… À la Banshee qui hantait mon château. Mais enfin, je préfère utiliser une histoire peu arrangeante mais crédible, plutôt que tenter de provoquer une énorme guerre en Aquitanie avec seulement le témoignage de Thevot de Maisne en guise de preuve.

Et puis, ça évitera de tuer Brandan pour un meurtre qu’il n’a pas commit. J’ai versé assez de sang, Jehanne. Tellement de sang, putain… »


Et voilà que, sans m’en rendre compte, et alors que j'ai pu longuement parler avec flegme sur tout ce que je voulais dire, ma voix commence à s'étrangler, et mes doigts se mettent à trembler.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 14 janv. 2022, 15:37, modifié 1 fois.
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Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
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Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 9 / END 9 / HAB 11 / CHAR 15* (14) / INT 9 / INI 8** (10) / ATT 13** (15) / PAR 11** (13) / TIR 8 / NA 2 / PV 70/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire
**Malus à cause du harnois (inférieur)

État temporaire :
Compassion : +2 aux jets d'empathie (Reste une journée)
Esprit compatissant : +3 aux jets de résistance à la peur/terreur (Reste une journée)
Visière épaisse : -2 aux jets de perception (Lorsque le casque est porté)

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress
- Volonté de fer : +1 sur les tests pour résister à la peur

- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Empathie animale : Capable, sur un test, de deviner les émotions d'un animal.
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Intrigue de cour : Capable de déceler et deviner des intrigues.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Vœu de la Pureté échoué : -2 dans la résistance aux tentations terrestres

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Art (Peinture) : Sait peindre des tableaux.
- Danse : Excellent danseur
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test

Équipement de combat :
- Épée bâtarde (Inférieure) : 2 mains / 23+1d10(+1d3*) / 22** (11) parade
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 13 protection
Torse : 13 protection
Bras : 13 protection
Jambes : 8 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 13 / SAU 8 / RAP 10 / INT 9 / DOC 12 / ATT 9
Équipement divers :
3 Eo

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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