[Prestenent d'Affreloi] La mer à boire

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] Le Faussaire
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Message par [MJ] Le Faussaire »

- "Chavalier, vous dites ?"

Il y eut un laps de temps, une pause, puis le vieil homme planta son bâton dans le sol, et s'appuya dessus pour se redresser un peu.

- "N-n-nan, c'pas Gustave, nan, moé c'est Émile, m'sire ! Si vôz'êtes seul, ça va, 'peux vous aider. Si vous avez des compères, par cont', va falloir les laisser, m'sire. L'vieux Émile il peut pas tous vous abriter--"

Il marqua une autre pause, faisant un petit salut avec son bras libre. Il n'avait visiblement aucun problème à se mouvoir de ce côté-là, vu la vitesse à laquelle il gigotait.

- "Ah bah si vôz'êtes de m'sire Baron faut pas traîner, v'nez. Z'avez faim, soif ? J'ai tout s'qu'il faut chez moé, vô savez. J'connais pas d'Gustave, m'sire, 'fin pas d'icitte. Ici y'a qu'des pêcheurs, qu'sont tous en mer pour pêcher m'sire. Sinon y'a la cabane au fond, où y'a l'vieux pèlerin qui passe de temps en temps. Bah t'in, p'tet que vot' Gustave c'est l'vieux pèlerin, hein, c'est-y pas lui ? 'Vais voir si l'est icitte ou pas, tiens."

Aussitôt qu'il eut prononcé ces mots, le vieillard se retourna, et se dirigea lentement vers l'intérieur de la "bourgade" que Prestenent entrapercevait. Suivre du regard le vieil homme était facile désormais, et il n'y avait plus de doute possible quant à sa direction ou son origine, vu que le vent et la pluie s'étaient tous deux calmés - sans pour autant disparaître. Si jamais il venait à disparaître un instant, le jeune mousillonais pourrait tout à fait le suivre au bruit.

- "V'nez donc, vôz'allez attraper la mort si vô restez planté lô !"

Émile lui faisait signe de venir désormais, secouant sa lanterne comme un métronome. Après quelques mesures, il se retourna à nouveau, délaissant les autres lueurs comme si elles n'existaient pas.
Test d'INT : 11, raté.

De fait, les autres lueurs ne bougeaient pas, contrairement à la lanterne de ce vieux paysan. Elles semblaient juste flotter au-dessus du niveau de la mer, au-dessus du sable et de tout soupçon, comme si de rien était. Pendant ce temps, Émile avançait doucement, à son rythme, que Prestenent reste ou non à ses cotés. Au fur et à mesure qu'il déambulait entre les masures et les poteaux, on discernait des toits en chaume, des rames usées, des filets étendus, des... Bref, un village côtier. L'endroit avait un air étrangement familier aux yeux de Prestenent, comme s'il y était déjà venu, ou qu'il l'avait déjà traversé.


Exemple de visuel de l'endroit, en considérant qu'il fait nuit noire, et qu'aucun édifice n'est en pierre : Image
- "Vôz'êtes si pressé qu'ça, m'sire ? J'ai ben compris que m'sire Baron vôz'avait ordo.. qui vôz'avait d'mandé d'faire vite, mais vô diriez pô nan à un p'ti gob'let, hein ? L'poisson qu'j'ai est pas très chaud, mais l'bon vin, ça, ça r'chauffe tout s'qu'il faut comme il faut ! Qu'est-ce que vous en dites, hein ?"

Il mit un autre temps de pause, regardant Prestenent de manière curieuse.

- "S'cusez moé d'parler tout l'temps, m'sire, mais c'est qu'y a pas souvent des chavaliers qui passent icitte, m'sire, alors quand qu'y en a j'essaye d'montrer l'ispit.. listal.. L'hospit'lité, m'sire. Surtout qu'vous avez d'beaux habits m'sire, et qu'ils sont tous parti pêcher c'te nuit alors il faut qu'j'les remplace... Vous v'nez d'oû ?"

À cet instant, le vent reprit un peu d'allure, se faisant plus chaud qu'auparavant. Aussi avait-il changé de direction, vu les plis désordonnés qui se formaient à la surface de l'eau, au loin.
<< Bah alors, qu'est-ce que tu cherches mon gars ? L'or, les femmes, le pouvoir ?
J'ai tout et plus encore dans ma baraque, viens jeter un œil !
Oh non, ce n'est pas loin, c'est au coin de la rue là-bas.
Mais attends, t'as les moyens j'espère ?

...

Oh, tu sais, on peut toujours s'arranger... >>

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Prestenent d'Affreloi
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Message par Prestenent d'Affreloi »

Prestenent fit l'effort colossal de prendre son mal en patience et de ne pas secouer l'étranger pour clore cette affaire au plus vite. Ainsi il n'était pas Gustave ? Alors où était Gustave ! Il ne connaissait pas de Gustave, mais un pèlerin ? Alors qu'il le mène à ce pèlerin ! Il essuyait comme il le pouvait les questions du vieux pêcheur (Prestenent partirait du principe que c'était un vieux pêcheur) en essayant, contraint qu'il était par sa courtoisie naturelle, de paraitre le moins brutal possible.

"je vous l'ai dit, je suis seul. Non merci, je n'ai pas soif mais je suis pressé. Le Gustave que je cherche est, de ce que l'on m'a dit, un homme de Manass... ça a à voir avec votre pèlerin ? Oui, si vous pouvez aller le chercher ou me mener à lui..."

Au moment où l'homme commença à s'éloigner vers son refuge, Prestenent resta sur place quelques instants, encore légèrement suspicieux. Il lança de rapides coups d'œil dans toutes les directions pour s'assurer qu'il n'y avait pas de guet-apens, puis décréta son sempiternel "baste" et emboita le pas au vieux pêcheur.

Cependant celui-ci ne cessait pas de parler, et devant le manque de réponses de Prestenent, il parut s'apercevoir que le chevalier n'était pas tout à fait à l'aise. Prestenent comptait les secondes, et elles étaient déjà un certain nombre pour ne pas dire un nombre certain. Or il avait deux raisons de ne pas en perdre une seule, l'une était le ton froid sur lequel le baron lui avait donné ses ordres, l'autre était la certitude que des créatures sans rien d'humain étaient déjà en train d'approcher la côte en rampant. Chaque plis apparaissant sur l'eau, Prestenent le scrutait avec méfiance tout en essayant de distraitement donner à la conversation un ton autre qu'un monologue de vieux fou en lançant les réponses légèrement en retard et bâclées.

"Non merci, pas la peine de gaspiller votre vin ou votre poisson, vous en avez bien plus besoin que moi... Vous savez je ne dois pas rester longtemps, le baron m'a conseillé de faire vite... Oui, ces habits sont neufs, hélas, mais je n'y puis rien... D'où je... et bien je viens d'arriver à Ponte-Vileau, mais je n'ai pas encore beaucoup voyagé... Dites, je suis conscient que c'est beaucoup pour un seul homme de prendre en charge d'offrir l'hospitalité, aussi je ne vous demanderai pas d'en faire autant, contentez moi de me mener à ce pèlerin et je vous en serai fort reconnaissant. Le plus vite sera le mieux..."
"Jamais de mémoire d'homme un d'Affreloi n'a déclaré forfait face à l'ennemi. Et de même, jamais Prestenent d'Affreloi n'acceptera de se rendre avant d'avoir été le plus totalement vaincu."

Très modestement

Prestenent d'Affreloi.
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[MJ] Le Faussaire
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Message par [MJ] Le Faussaire »

Test de CHA, à -1 : 6, réussi !
- " Ah. Bon. D'acco-ho-rd."

Le vieil homme s'arrêta un instant, lorgnant le chevalier en écarquillant un œil, sourcil levé. Il avait mis sa main devant sa bouche juste après son hoquet, de peur sans doute d'importuner le chevalier. Puis il se remit en marche, jusqu'à la berge. Le village était intégralement assoupi ou déserté, surtout si l'on omettait les lueurs et la lanterne qu'Émile ballottait avec lui. Il continua ainsi son petit périple sans rien dire, faisant bien attention de décaler les rames, les filets ou tout autre obstacle qui pourrait gêner sa démarche ou celle du chevalier. Du côté de l'océan, rien ne changea pendant de longs moments - les vagues arrivaient et s'échappaient dans un désordre reposant, et l'air semblait plus chaud que d'habitude, soit quelque chose de tiède en cette heure, et moins salé. De fait, l'atmosphère ressemblait presque à quelque chose de familier pour Prestenent, comme un infime rappel de sa mémoire, remontant à la surface les embruns qu'il avait abandonné. Mais cela ne dura qu'un unique instant.

- " V'la m'sire, c'par lô qu'est la cabane du vieux pèlerin. C'est qu'c'est la seule cabane sur piques du coin, m'sire, vous pouvez pas vous tromper, hé."

Il pointa un index fripé et calleux vers le lointain, dans une direction qui longeait la côte et où l'on apercevait moult jeux d'ombres et de lumières provoqués par les rares reflets de lune.

- " Si vô croisez-ra l'vieux pèlerin, dites lui l'bon-soir d'ma part. J'sais qu'il est p'tet pas là, mais cest-y pas un vilain garçon, non-non-hoc"

Il remit sa main devant sa bouche, coupant court à sa tirade. A priori, cet homme allait devoir batailler face à son hoquet, et bientôt, il devrait y faire face seul, luttant contre ses drôles de sursauts batraciens. Sans doute, tout cela était-ce dû à la fatigue, l'alcool ou l'âge, ou Dame-sait-quoi d'autre qu'il avait ingurgité. Dans tous les cas, il leva sa casquette d'une main et salua Prestenent en se baissant légèrement - chose qu'il écourta rapidement lorsqu'il commença à perdre l'équilibre. Et alors, seulement alors, Prestenent retrouva sa solitude.


***

À marcher seul le long du rivage, sans repère et sans guide, il est tout à fait possible de s'ennuyer, ou de se perdre dans ses propres pensées. Une fois que l'on s'est habitué à la température, au vent et que les yeux sont acclimatés à la pénombre, eh bien... C'est qu'elles sont mornes, ces falaises vertigineuses balayées par vents et marées. Plus que mornes, elles sont hautes et plutôt pâles, pour ne pas dire froides, hautaines, sans artifice ni étiquette. Il y a bien quelques promontoires çà et là, quelques appentis et autres mottes d'herbes récalcitrantes, mais rien de bien accueillant. En plus, il les avait déjà vues ces falaises, non ? Enfin, il les avait peut-être vues en rêve ou dans la réalité alors, qu'est-ce qu'elles pouvaient avoir de si étonnant ? Elles n'allaient pas se mettre à bouger de sitôt, non ? À moins que quelqu'un ou quelque chose n'ait ce pouvoir, ou que quelqu'un ait rêvé de ce genre de choses...
Test d'INT : résultat secret

De la même manière, le littoral ne recelait aucun havre de paix où l'on pouvait espérer se réfugier, aucun lieu où l'on pourrait se réfugier au chaud, au sec et en pleine lumière. Partout autour de lui, tout n'était qu'ombres et remous, écume et sable mou, rocaille et algues grises...

Soudain, le vent tourna, et Prestenent eu l'impression de déceler quelque mouvement dans son champ de vision. Un infime croissant de lune refit surface, ce qui permit au rivage de révéler une cabane, ou bien une grande hutte sur pilotis, au-dessus de l'eau brumeuse. Il y eut ensuite une voix mielleuse, toute proche :

- "Psst, monsieur le chavalier !"
Choix du joueur : Je l'ignore et j'avance.

À peine eut-il fait quelques pas que la voix s'estompa. Il était de nouveau seul, encore. À cette distance, la cabane avait l'air vide. Aucune lumière, aucun chant, aucune fumée à l'horizon.

Plus il s'en rapprochait, et plus elle grossissait, plus elle s'assombrissait, perchée sur sa farandole d'échasses. On aurait dit une maison de grenouiller, ou une de ces cabanes mystérieuses qui apparaissent et disparaissent dans les marais du Moussillon... Sauf que cette cabane n'était pas enserrée par la fange, mais par l'eau salée, et qu'elle avait plusieurs balcons ou palissades aux abords de chaque fenêtre.

En fait, plus il s'en rapprochait et plus cette bâtisse dévoilait les traits d'une maison de pêcheur, d'un poste de veilleur, ou d'un refuge pour individus peu recommandables. Il y eut un soubresaut dans la silhouette, et puis plus rien. Est-ce que la masure avait bougé ? S'était-elle mise à trembler à cause de la fraîcheur de l'eau ? Était-ce un habitant qui se préparait à la venue de Prestenent ? Était-ce un de ces crustacés qui se réfugiait avant son arrivée, ou encore cette femme aux yeux iridescents qu'il avait vu il y a si longtemps ?

Il eut beau cligner des yeux une nouvelle fois, aucun autre mouvement ne survint. S'il y avait un piège, il était juste là, et s'il n'y en avait pas ... Eh bien, il n'y en avait pas. Il s'avança de nouveau, et alors qu'il distinguait enfin un début d'escalier à quelques mètres de lui, quelque chose claqua soudainement, une porte s'ouvrit en trombe, et quelque chose apparut en haut du même escalier.
Test pour distinguer dans la pénombre : résultat secret.

Après une seconde supplémentaire de remue-ménage aux abords de la cabane, et sans que Prestenent ne soit confronté à quoi que ce soit d'autre, il put déceler des détails sur la silhouette en haut de l'escalier. Cette silhouette - ou plutôt cette personne - était jeune, très jeune, vu qu'elle ressemblait à une enfant. Avec ses cheveux ondoyants, ses manches trop longues et cette chemise qui lui servait ainsi de robe, elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à n'importe quelle petite fille de Bretonnie, si ce n'est qu'elle n'avait aucun soulier ni chausson à ses pieds.

Au clair de lune, elle semblait avoir moins d'une dizaine d'années derrière elle, et toute l'innocence et la candeur de cet âge.

- "Tonnerre ! Montre-toi, traînée !"

La voix déchira le silence ambiant auquel le chevalier était si habitué. La voix était râpeuse, le ton plutôt instable, alcoolisé. La petite fille mit un doigt devant sa bouche en regardant Prestenent, mimant un simple "chhhh", l'intimant au silence.

- "Si c'est ma main que tu cherches, je m'en-ra t'en coller une bonne, de quoi te rousser devant-derrière !"

Quelque chose grinça, d'autres se brisèrent ou cédèrent sous le choc. Voilà qu'elle court vers le bord, et saute à pieds-joints, en direction de l'eau.

- "Vin-rat, garce, la prochaine tu-ra pas - Hoooo - Qui va là ?"

En un éclair, la voix s'était calmée, lançant la question avec une étonnante sérénité. Il y eut quelques bruits étouffés et puis plus rien. Rien d'autre que la houle sous la cabane, et les maigres vagues contre l'escalier.
<< Bah alors, qu'est-ce que tu cherches mon gars ? L'or, les femmes, le pouvoir ?
J'ai tout et plus encore dans ma baraque, viens jeter un œil !
Oh non, ce n'est pas loin, c'est au coin de la rue là-bas.
Mais attends, t'as les moyens j'espère ?

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Message par Prestenent d'Affreloi »

Évidemment, Prestenent n'aimait pas se montrer irrespectueux envers qui que ce soit, mais les circonstances le mettaient sur les nerfs. Il se persuadait que c'était l'urgence de sa mission qui le guidait, mais en vérité une frustration grandissante montait en lui. Quand le vieux pêcheur lui indiqua la cabane à pilotis, il prit tout de même la peine de le remercier et de le mettre en garde.

"Merci mon brave. Avant que vous partiez, je vous conseille d'être prudent cette nuit. Je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais il est possible que vous et les vôtres soyez exposés à quelque danger venu de la mer. J'avoue n'avoir pas vraiment compris cette affaire, une histoire de lune je crois. Enfin en somme, prenez soin de vous."

Et à ces mots il se remit en marche avec fermeté. Un long moment de flottement insupportable pour son esprit qui d'ordinaire hibernait mais ce jours là ne trouvait plus son repos d'escargot doucement rangé dans sa coquille. Non, rien n'allait plus à ce stade, et la solitude ténébreuse dans laquelle Prestenent marchait faisait se focaliser son esprit encore plus sur ce qui le fâchait. Il avait eu beau se forcer à inhiber ses pensées, la frustration revenait sans cesse.

Que faisait-il ici ?

Il avait la ferme impression qu'il n'avait pas sa place dans toute cette affaire, que celle-ci ne l'avait emporté que par hasard, sans le désigner pour quoi que ce soit, et que plutôt que se noyer inutilement dedans il ferait mieux de rechercher un rivage et de laisser ceux que cela concernait se débrouiller puisqu'ils n'avaient pas besoin de lui. Il avait crû pourtant qu'il pourrait faire de toute cette histoire une affaire personnelle, mais non, effort sur effort, tentative désespérée encore et encore, son esprit ne parvenait toujours pas à se persuader que cette histoire était la sienne, qu'il était de son devoir d'aider à combattre les "miséreux". Tout et tout le monde lui donnait l'impression qu'il n'était qu'un intru dans cette affaire, que sa présence était tout à fait dispensable et qu'on accordait si peu d'importance à son implication qu'on ne voyait pas le besoin de lui expliquer quoi que ce soit d'utile. Pourquoi marcus lui avait sauvé la vie ? Prestenent aurait pu penser qu'il y avait une raison, mais non, pur hasard. Les marcus le connaissaient-ils ? Non, pas le moins du monde. Les marcus lui faisaient-ils confiance ? On aurait plutôt dit que non, tout juste ils le respectaient car c'était un chevalier et pour aucune autre raison. Si Prestenent s'était senti d'abord reconnaissant envers eux pour lui avoir sauvé la vie, il avait fini par déchanter en comprenant qu'il n'était rien pour eux. Un hasard, quelqu'un qui se trouvait là emporté pour aucune raison.

Pourquoi lui avaient-ils donné une mission alors ? Comme ça sans doute, pour rendre utile ce qui ne l'était pas on lui avait ordonné de parler au baron. Mais encore si le rôle de Prestenent en avait réellement été un, on lui aurait expliqué pourquoi et comment, mais foin, les marcus ne savaient même pas précisément ce qu'il devait dire au baron.

Et maintenant, Prestenent était à nouveau dans la même situation, missionné par le baron on ne sait pourquoi. Retrouver Gustave, certes, mais pourquoi l'envoyer lui ? Si ses soldats savaient la direction pourquoi ne pas les envoyer eux ? Quel besoin que ce soit Prestenent qui aille dans ce bourbier ? Pourquoi lui ? Qu'est-ce qui le forçait à s'impliquer à ce point dans toute cette affaire ? Si au moins on lui expliquait, mais non, on lui faisait bien comprendre que tout cela n'avait rien à voir avec lui, que ça ne le concernait pas, que sa présence n'était qu'un pur hasard. Toutes les explications qu'il avait reçues étaient lacunaires, bâclées et vides. Toutes ses questions avaient reçues des réponses plus là pour le faire taire que pour l'informer. En conséquence, Prestenent se sentait comme un intru dans cette affaire, un indésirable qu'on essaye d'utiliser pour rentabiliser sa présence mais à qui on n'accorde pas le moindre rôle concret à jouer.

Tout ce qui lui manquait c'était une explication, et il espérait vraiment, du fond de son cœur, qu'après avoir récupéré ce Gustave il aurait enfin l'occasion de comprendre cette affaire ou au moins le rôle qu'il pourrait y jouer. Sinon, si tout ce qu'il pouvait faire ici c'était jouer les coursiers à la place des véritables coursiers, alors que faisait-il ici ? Un chevalier avait bien mieux à faire ailleurs, ou n'importe où au fait. Et puis, il lui fallait retrouver Ancelin d'Essart, il le fallait or personne ici ne pouvait ou ne voulait l'y aider. C'était bien la seule chose sur laquelle ils étaient tous clairs: ils ne connaissaient ni Ancelin, ni Prestenent, et n'avaient d'intérêt ni pour l'un ni pour l'autre.

Tout en marchant au bord de cette mer nocturne, Prestenent ruminait, et la conclusion qui revenait dans son esprit et qu'il essayait chaque fois de chasser péniblement sans jamais y arriver vraiment était la suivante :" Si je ne suis pas indispensable et si on se refuse toujours à m'expliquer, je n'aurai qu'à reprendre la route, partir loin d'ici, et poursuivre mon errance. Parbleu, c'est qu'on ne devient pas chevalier du royaume en jouant les coursiers !"

Dans cet état d'esprit bouillonnant qui saturait son cerveau, il était inutile d'essayer de détourner son attention. Peut-être n'entendit-il même pas la voix qui l'appelait, mais plus sûrement il l'entendit et en un instant décida de violemment l'ignorer. Cela allait contre ses principes de courtoisie, mais par la Dame, il en avait assez de perdre du temps ! Depuis son réveil il n'avait fait que cela, perdre du temps, alors si la Dame du Lac était clémente Gustave serait dans cette cabane, lui répondrait, et accepterait de le suivre au plus vite et il n'aurait plus à passer une seconde de plus dans cet état de perdition, à baigner dans ce sentiment d'inutilité, cette impression d'être un naufragé balloté par des flots étrangers qui ne veulent pas de lui. À la fin, il faudrait bien que ses actes fassent avancer les choses, qu'il puisse nager dans ce flot trouble, qu'il puisse voir au travers, repérer dans quelle direction est le nord ; bref faire quelque chose qui, au moins à lui, puisse paraitre utile.

Ainsi, parvenu devant la cabane sur pilotis, il guetta avec envie la présence de lumières qui indiqueraient la présence de quelqu'un. S'il avait fait tout ce trajet pour rien il en serait énervé, certes, mais n'aurait qu'à partir chercher ailleurs, là où perdre encore son temps avec des inconnus achèverait de lui ôter tout ce qui lui restait de contenance.

La bâtisse lui paraissait aussi vide qu'un récif, en plus léger seulement peut-être. La cabane semblait si fragile qu'on aurait pu se demander si la mer pouvait l'arracher.
Enfin, ces considérations ne l'empêchèrent pas de s'approcher. Une part de lui se demandait si on avait pu le guider vers un guet-apens par des bandits, mais il se répondit à lui même "baste" avant même que sa pensée ait pu se formuler plus avant.

Cependant, un mouvement impromptu raviva ses réflexes de défense. La porte s'ouvrit si soudainement que le jeune chevalier s'immobilisa, une main sur le manche de son épée. Immobile dans ses ténèbres, il attendait de voir ce qui se profilait. La porte qui venait de s'ouvrir brutalement laissa sortir une chose, plus petite qu'une chose humaine. Un enfant ?
La voix qui surgit sans crier gare fut ce qui hérissa le plus Prestenent, à peu de choses près, il eut dégainé sur le champs, mais sans doute la présence d'un enfant le dissuada d'agir sans réfléchir. Pendant que la scène se déroulait sous ses yeux, il s'arrêta lui même totalement pour réfléchir douloureusement à la meilleure marche à suivre. Dans une posture qui l'eut lui même outré au vu de l'entrainement assidu aux bonnes manières qu'il avait assimilé durant toute sa vie, Prestenent se prit la tête dans les mains, se lamentant en silence sur la façon dont tout semblait vouloir lui compliquer les choses ces derniers temps.

"Millesambleu de cornebredouille quelle est la bonne marche à suivre pour moi ? Et est-ce que cette cabane peut vraiment être celle de Gustave ? Oh fichtre bigre diantre de purée de ténia, j'aurais pu arriver à n'importe quel autre moment c'eut été mieux."

Dans un amoncellement de désarroi, cette scène pourtant triviale avait un effet dévastateur sur le moral du chevalier. Il laissa passer quelques secondes dans une immobilité placide, puis en voyant la fillette bondir, il se ressaisit. Pas une seconde à perdre, soit Gustave était là et il fallait le ramener au plus vite soit il n'était pas là et il fallait s'en informer rapidement pour pouvoir faire demi tour. Ainsi Prestenent remonta l'escalier vers la cabane d'une démarche digne, et devant la porte frappa contre le bois en disant:

"Bonsoir, je suis le sieur Prestenent d'Affreloi, ici sur ordre du baron Evrard. Y a-t-il un dénommé Gustave ici ? C'est urgent, on a besoin de lui à Ponte-Vileau !"

Maintenant, il attendait une réponse, mais s'il n'y avait pas de réponse il était assez déterminé pour entrer dans la cabane sans plus attendre. Ses bonnes manières lui avaient suffisamment fait perdre jusque là, alors si on ne se montrait pas assez coopératif, il n'avait plus de bonnes raisons de supporter ce fardeau.
"Jamais de mémoire d'homme un d'Affreloi n'a déclaré forfait face à l'ennemi. Et de même, jamais Prestenent d'Affreloi n'acceptera de se rendre avant d'avoir été le plus totalement vaincu."

Très modestement

Prestenent d'Affreloi.
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[MJ] Le Faussaire
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Message par [MJ] Le Faussaire »

- "Bonsoir, je suis le sieur Prestenent d'Affreloi, ici sur ordre du baron Evrard. Y a-t-il un dénommé Gustave ici ? C'est urgent, on a besoin de lui à Ponte-Vileau !"

Il y eut un silence, encore. Et puis l'ombre se racla la gorge calmement.

- "Evrard ? Qu'est-ce qu'il lui arrive, vinbleu ? Gustave, c'est bien moi. Attendez, qu'est-ce que..."

Il y eut ensuite un son étrange après que Prestenent eût gravi les dernières marches.
Test d'INT - "Gustave" : 12, zut.
Test d'INT - Prestenent : résultat secret.
Test de VOL : 13, raté.
Un bruit mou, comme quelque chose d'épais qui se tord ou qui claque. Juste après, le prétendu Gustave s'avança vers lui, longeant l'espèce de rambarde qui les séparait tous deux de l'eau et de la plage nocturne. En cette heure tardive, l'individu ou la chose en face du chevalier semblait capable d'un pas assez peu commun : trop long pour une marche, trop court pour une foulée, cette ombre mouvante avait une démarche qui lui était propre, marchant à un rythme jamais vu auparavant.

Non, en fait, Prestenent l'avait déjà vu auparavant, cette foulée. De si près, l'individu déambulait comme un grenouiller, ces gens toujours à pied qui pouvaient déambuler sans aide en tout lieu et en tout temps, que ce soit sur les sables mouvants, la roche ou la tourbe grasse du Moussillon. Ainsi, plus il y pensait, plus l'ombre lui apparaissait comme familière, bien que tous deux furent à des dizaines de milles du Duché des Damnés.

Dans tous les cas, il approchait, partiellement révélé par les reflets hasardeux du paysage. En cette heure tardive, il n'y avait que des nuances de bleu, de gris et de noir, c'est pourquoi "Gustave" apparut dans ces tons. Aussi stable qu'il le pouvait, chacun de ses pas semblait fouetter l'air, au fur et à mesure que ses tissus ondulaient et se déroulaient...

- "D'Affreloi vous dites ? C'est terriblement loin, ça, non ? 'fin, pardonnez, mais ça ne me semble pas du coin comme nom. En tout cas, vous m'avez trouvé, ça oui. Mais dites, vous z'auriez pas vu... Ah, non, oubliez."

L'individu attrapa quelque chose dans son dos, et en engloutit le contenu. D'un geste, il jeta l'objet au chevalier - objet qui se révéla être une gourde en cuir marqué.

- "V'l'avez bien mérité, D'Affreloi. Ce soir, ce n'est pas une nuit à coucher dehors, alors c'est le moins que j'puisse faire pour vous. D'ailleurs, à l'instant, vous n'auriez pas vu une femme, euh... A peu près votre taille, et... A peu près votre âge... Prestenent, c'est ça ? Buvez, buvez, vous l'avez bien mérité."

Quelques instants plus tard, le vent reparut, amenant moult embruns riches et salés. Et puis il y eut une voix. Une voix douce, féminine et enivrante, comme un chant issu d'un conte de fée / fay ...

Aaaaaaa....
Aide...
Aaaa...
Chevalier, à l'aide !
<< Bah alors, qu'est-ce que tu cherches mon gars ? L'or, les femmes, le pouvoir ?
J'ai tout et plus encore dans ma baraque, viens jeter un œil !
Oh non, ce n'est pas loin, c'est au coin de la rue là-bas.
Mais attends, t'as les moyens j'espère ?

...

Oh, tu sais, on peut toujours s'arranger... >>

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Re: [Prestenent d'Affreloi] La mer à boire

Message par Prestenent d'Affreloi »

À l'instant où il frappait à la porte, Prestenent était dans un tel état de frustration qu'il n'y avait plus pour lui qu'une seule phrase que son oreille aurait pu tolérer, et la Dame du Lac lui accorda cette rémission car ce qu'il entendit était bien cette seule phrase : c'était bien lui, Gustave.
Son cœur ralentit d'un cran le rythme de ses battements. L'attente devenait soudain un tantinet plus supportable alors que l'étranger se démenait pour sortir de sa cabane. Le moussillonnais le laissa faire sans le presser directement, simplement en adoptant une posture de sobre et brutale impatience : les bras croisés, le menton légèrement baissé, les yeux brillants d'une froide exaspération, et un pied qui tapait contre le bois du petit escalier.

Pendant ce temps, Gustave s'avançait, avec une variante étrange de ce qui s'appelle s'avancer. Quelque chose dans cette silhouette était étrange pour un rejeton de l'espèce humaine, mais pas suffisamment pour perturber outre mesure le regard d'un moussillonnais. Et puis au fond, le bref aperçu qu'il avait eu des naturels de Bordeleau avait immunisé Prestenent à toute forme de surprise. Si on mélangeait du vin à du sang de bélier pour se droguer, il n'était pas exclu qu'un homme de "manass" se saoule à la treille et à l'eau de mer.
Voilà quelles pensées traversèrent Prestenent sitôt qu'il vit Gustave, et force est de reconnaitre qu'un jugement aussi méprisant n'était pas si dignes du chevalier qu'il était.

À la remarque sur son nom qui présageait des origines lointaines, Prestenent livra comme toujours une réponse sincère quoi que rendue plus acide par l'impatience.

"Évidemment ce n'est pas du coin puisque je suis chevalier errant."

Gustave esquissa un geste, et presque aussitôt, prestenent devina quelle en était la nature. Sa déduction se trouvant confirmée quand il reçut une outre de vin sur les bras.
"bien méritée..." Il secoua légèrement la tête en retenant un soupir.
"Vous ne devriez pas vous savez... je n'en ai pas besoin..."
Mais comme Gustave insistait, Prestenent rangea la gourde comme il le put, se demandant bien ce qu'il en ferait. Il se refusait à en boire le contenu maintenant, sachant qu'il vaudrait mieux pour lui avoir les idées claires pendant le restant de la nuit ; et il se refusait à en boire plus tard aussi mais pour des raisons de goût et d'hygiène en l’occurrence.

Avec un froissement virulent de ses habits, Prestenent tourna les talons. Il avait Gustave, il fallait donc se presser de rentrer à Ponte-Vileau.
"Avez vous une monture ?" demanda-t-il.
Il espérait qu'ils pourraient faire le chemin inverse au galop une fois qu'ils auraient retrouvé son cheval, mais comment transporter ce vieil homme titubant s'il n'avait pas lui même un cheval ? Était-il possible de monter à deux sur la même monture ?

Ces réflexions furent instantanément interrompues par un frisson glacé. Prestenent venait d'entendre quelque chose, une voix qui appelait au secours, un chevalier.
S'il avait été le même que le jour où il avait quitté le domaine familial, Prestenent, sans aucun doute, eut immédiatement sentit monter en lui l'adrénaline des héros. Son sang n'aurait fait qu'un tour, son regard se serait fait lumineux comme l'éclair et sa main à son fourreau eut tiré le fer avec vaillance tandis que d'une voix que les frétillements cathartiques de ses cordes vocales eurent rendue tremblante il se serait écrié : "Un appel au secours ! Par la Dame ! Je pars à la rescousse ! Taïaut taïaut !"
Mais en cette heure sombre, dans cette obscurité, l'esprit obscurci par une bien trop grande clairvoyance, Prestenent ne pouvait décemment plus réagir de la sorte. Cette voix l'avait fait frissonner, car c'était un malsain rappel de ses plus obscurs et plus incohérents cauchemars, et la voix lui semblait à coup sûr devoir être une illusion visant son esprit, à la manière de ce spectre rencontré au début de son voyage. Trop de coïncidences dans cette voix et dans son cri dénonçaient quelque fausseté voire quelque traitrise, et il n'entendait pas agir sans réfléchir.


Aussi, en réflexe rationnel et logique, il se tourna vers Gustave et lui demanda simplement :
"Avez vous entendu quelque chose ?"
Ainsi il saurait au moins si le cri était réel ou imaginaire. Si Gustave répondait par la négative, Prestenent se contenterait alors de hausser les épaules et de poursuivre sa route. S'il y avait bien un moment où il ne fallait pas risquer de perdre du temps à cause d'illusions de sorcellerie ou de farces c'était bien maintenant.

Seulement, si la réponse de Gustave était affirmative, et qu'il avait bien entendu la même chose, alors malheureusement pour Prestenent il lui faudrait faire quelque chose, mais en agissant avec prudence. Les miséreux étaient peut-être déjà là, la première chose à faire serait donc de tirer son épée du fourreau puis de chercher l'origine du bruit sans trop s'éloigner de Gustave. la priorité en cas de danger imminent restait de protéger l'homme de Manass.
"Jamais de mémoire d'homme un d'Affreloi n'a déclaré forfait face à l'ennemi. Et de même, jamais Prestenent d'Affreloi n'acceptera de se rendre avant d'avoir été le plus totalement vaincu."

Très modestement

Prestenent d'Affreloi.
FOR 9 / END 8 / HAB 9 / CHAR 9 / INT 8 / INI 9 / ATT 9 / PAR 9 / TIR 8/ NA 1 / PV 65/65
https://warforum-jdr.com/wiki-v2/doku.p ... d_affreloi

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