[Éloi] Reproduction

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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[Éloi] Reproduction

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Vingtiennes, un bourg du duché de Parravon,
14 du Mois de l’Hiver 1552,

Un an après le premier cas de la Grippe Agrypniaque de Nuln.



Mille âmes se pressaient dans des murs juchés au-dessus de l’immense fleuve de la Grismerie. La Bretonnie est un pays rural, Vingtiennes est déjà une ville. Une ancienne colonie de peuplement Belthani, sa population fut déjà déplacée de force par les envahisseurs Bretonni, ensuite par les Orques descendus des montagnes, puis par les conquérants Impériaux qui fondèrent la cité de Konigsfluss dessus — et c’est bien des siècles après que les Bretonniens priant la Dame du Lac la reprirent. Des cadavres, c’est ça que Vingtiennes avait en abondance, en plus du commerce qui allait-et-venait du plus grand fleuve du pays : des hommes de tant de nations différentes, réduits à l’état de squelettes, jetés dans des ossuaires creusés sous les maisons. À chaque crue, sortent de Vingtiennes des crânes secs et des morceaux de fémurs brisés…



La nuit est une vraie nuit, à Vingtiennes. Surtout une nuit sans lune comme en ce jour, surtout une nuit d’Ulric, même si l’éponymie de ce mois de l’année est un peu fausse : l’hiver commencera officiellement dans une poignée de jours seulement, on profite pour l’heure des derniers souffles de l’automne. Mais il fait noir. Un noir de mort — il n’y a pas de lampadaires à Vingtiennes, très peu de fenêtres aux maisons, ça n’a rien à voir avec la Brionne occidentale qui scintille éternellement. Quelques torches tenues par des voyageurs nocturnes — c’est tout ce qu’on aura pour se repérer dans le noir. Les chats règnent, ils glissent furtivement dans les jardins, pour aller fouiller les poubelles.
Les chats… Et les consommateurs de feyeyès. Dans l’ombre, des hommes armés se passent un bol contenant un philtre immonde, dont aucun ne veut connaître la recette ; à tour de rôle, ils prennent quelques gorgées, en grimaçant et en grognant, tant le goût est infect, et ce peu importe la quantité d’épices jetées pour servir d’excipient — puis il y a la douleur au cerveau, dans les tempes, et enfin, au niveau oculaire ; l’horizon apparaît gris. Et ils distinguent, à plusieurs centaines de pas, les contours des ateliers, des chaumières, de la grande auberge-relais seigneuriale. Alors, ils peuvent vérifier leurs carquois et leurs poignards, et se mettre en route.



Vingtiennes est une ville hors du monde, mais le monde vient à elle. C’est une cité de carrefour, avantageuse car elle est située pile à un endroit où le fleuve se rétrécit en même temps qu’il s’aplanit, rendant aisée la construction de ponts et de quais. La Grismerie est une immense artère, de l’océan jusqu’aux montagnes grises — c’est pour ça que tant de peuples ont fondé des villes dessus. Les Belthani trouvaient le lieu parfait pour abriter des pêcheurs, car ils étaient un peuple innocent. Les Bretonni s’en sont emparés car depuis cet endroit, ils pouvaient lancer des raids meurtriers partout où ils voulaient dans ce côté du Vieux Monde, pour ramasser du butin et de femmes — les Orques les ont remplacés pour la même raison. L’Empereur Sigismond croyait que tant que cet avant-poste tiendrait, toute la province qu’il avait fondée tiendrait également — il avait raison.
Aujourd’hui, Vingtiennes était un bourg tranquille, apaisée, quelconque. Des gens simples vivaient simplement. Bûcherons et pêcheurs, et réparateurs de bateaux. Il y avait un cimetière, une auberge, des bains publics. De quoi vivre, et vivre mieux qu’en tant que serfs à la campagne. Et tout le monde passait par ici, par l’eau et par la terre : du nord, des Impériaux qui filaient depuis le Défilé de la Hache ; de l’ouest, Gisoreux et ses immenses foires connues dans le monde entier ; de l’est, des Nains cherchant à vendre le produit de leurs forges et de leurs ateliers ; parfois, quelques Fées même osaient s’aventurer dans ce trou, après avoir suivi le courant depuis Athel Loren.
Et pourtant, Vingtiennes n’était pas riche. La faute aux taxes, aux péages, aux coutumes seigneuriales. La faute au manque d’investissement, à un bailli peu intéressé par la rénovation des vieux ouvrages. À des paysans à qui le calme allait très bien, et qui n’avaient pas envie d’être redevables de la corvée, ou d’être forcés de déménager quand on voudra leurs terres pour faire des maisons et des entrepôts. Les gens passaient à Vingtiennes, mais ils ne demeuraient pas. Vivre ici, c’était acheter de la sérénité, en acceptant que rien ne changerait jamais.



Est-ce que c’était le désespoir qui nourrissait certains mauvais êtres, dans cette ville quelconque ? En voilà un poison étrange que le désespoir. Il gangrène. Et il contente en même temps. Il n’atterre pas ; il rend acceptable sa situation, afin que l’on ne s’améliore jamais. Une idole l’aimait, ce désespoir, elle s’en nourrissait, ou alors elle le provoquait — cette histoire n’était pas claire. Mais certains habitants de cette ville quelconque au destin quelconque s’étaient mis à vénérer l’idole, et le long de la Grismerie, tout le long de l’artère, ils transmettaient ce désespoir, aussi infectieux que la peste.
Une peste qui empêche de dormir.



Deux jeunes hommes marchaient côte-à-côte dans la grande rue de Vingtiennes — la seule avenue du bourg, en fait, celle qui menait d’un côté à l’autre de l’immense pont jeté sur le fleuve, au-dessus duquel des maisons avaient été construites. Ils grelottaient de froid, même s’ils portaient d’immenses manteaux qui descendaient jusqu’en bas de leurs genoux. L’un d’eux était plus nerveux que l’autre — c’était le plus grand, le plus costaud aussi. Il n’arrêtait pas de trifouiller sa manche, et de regarder dans tous les sens comme une sorte de chouette. Peut-être pour se donner du courage, il ne put s’empêcher de déclarer d’une voix qui tremblotait, quand bien même il s’était efforcé de la rendre féroce :

« J’ai un couteau dans ma botte droite, si t’en as besoin. »

Une chose étrange à dire — l’homme à qui il s’adresse n’aime pas les armes blanches, surtout pour ce à quoi il la destinait.
Mais ensemble ils marchaient, comme deux camarades. Leurs destins étaient liés, deux fils joints dans la même trame. Ils s’arrêtèrent près d’un grand bâtiment en pierre, construit il y a bien longtemps, et collé près de la Grismerie — un bâtiment auquel on ne s’attendrait peut-être pas, dans une petite ville comme Vingtiennes : un théâtre. Ce n’était pas un immense opéra, pas une scène immense digne des princes. Mais c’était un théâtre quand même, preuve d’une ère où Vingtiennes était plus grande, et portait plus de rêves aussi.
C’était un théâtre Impérial, en déliquescence. Les travaux pour l’entretenir coûtaient cher, et étaient moins justifiés que rénover le pont, le Temple de Shallya, ou le moulin à eau. On y donnait peu de représentations, et il était souvent squatté par de simples saltimbanques de passages, qui montaient leurs propres planches et fournissaient eux-mêmes les coûteuses bougies pour illuminer la scène — autrement, c’était à l’abandon, et on voyait du lierre sauvage pousser dans les fêlures de la façade.

Les deux hommes sortirent de leurs manteaux des cagoules en toile, avec lesquelles recouvrir leurs têtes. Et d’un pas assuré, les épaules en arrière, ils allèrent tout droit vers ce théâtre.

Un petit trio se tenait devant l’entrée. On aurait dit des gens normaux, ils n’avaient pas du tout des carrures de videurs, bien au contraire : un petit homme, un petit homme gros, et un petit homme vieux. C’est le gros qui leva la main, et qui avec un petit sourire, déclama juste :

« Hélà. Comment allez-vous ? »

Des nouveaux arrivants, c’est celui avec le couteau dans la botte qui fit un pas en avant, et qui répondit avec une phrase étrange, tant par son contexte, que par la voix claire avec laquelle il l’énonça :

« Bonsoir.
Je viens pour me renseigner au sujet de la kermesse de Festag. »


Alors le gros sourit, et s’écarta en désignant la porte.

« Maiiis, entre donc mon frère, tu es au bon endroit. »

Alors le duo poussa la porte, et pénétra dans une pièce aussi froide que noire.


Autrefois, ici, il devait y avoir une queue, des gens qui attendaient. Plusieurs passages menaient à un étage, ou à une fosse plus basse. On imaginait bien les gens discuter, s’asseoir sur des bancs à plusieurs, les enfants qui chahutaient… Aujourd’hui, tout n’était que gravats. Quelques personnes mal vêtues, en haillons, étaient couchés dans un coin. Il y avait des ordures, et des cafards. Et, incroyable, une œuvre d’art au milieu de tout ça :
Une statue, de Mórr. Le Dieu des défunts était aussi le Dieu des rêves, et donc, des artistes. Ce lugubre seigneur était le patron des comédiens, des chanteurs et des écrivains — il avait tout-à-fait sa place ici, et pas qu’à cause des cadavres des ossuaires. Mais quelque chose était arrivé à la statue : elle avait été grimée, le visage limé, non seulement par les affres du temps, mais également à dessein — on avait dessiné à la peinture une rune inquiétante sur la robe de bure en grès du faucheur ; une rune représentant trois cercles concentriques, collés l’un à l’autre.


Le duo entra dans la fosse. Il y avait beaucoup de vieilles chaises, gondolées par l’humidité, aux séants troués et décousus. On sentait une horrible odeur viciée. Des champignons noirs poussaient au plafond. Plusieurs personnes étaient assises, dans tous les sens, certains directement par terre. Ça chuchotait, pas fort, parce qu’il y avait somme toute très peu de monde dans cette grande pièce, et l’acoustique réverbérait le moindre mot, ce qui n’était pas idéal pour l’intimité. En levant les yeux, on pouvait voir au-dessus de la tête des passerelles, liées à des échafaudages. On devinait comment autrefois, on devait les utiliser pour suspendre des décors. Ça ne pouvait se faire aujourd’hui qu’aux risques et périls du réalisateur, car l’ouvrage semblait branlant.
Quelques hommes marchaient sur ces passerelles. Des hommes armés de grands bâtons.

Le duo se sentait surveillé. Des yeux derrière des cagoules les étudiaient longuement. Les conversations s’achevaient à leur approche. Mais les deux jeunes gens firent comme si de rien n’était : ils étaient bien à leur place ici. Et ils allèrent trouver une rangée de sièges sur lesquels s’installer.



Le temps passa. Il y eut à nouveau des chuchotements. Un petit groupe de jeunes gens jouaient aux dés, en s’échangeant des pièces de cuivre à chaque manche. Un homme assis en tailleur sur la scène méditait. Une jeune femme semblait chuchoter toute seule, en ayant une conversation avec un fantôme — elle avait l’air folle. Avachi dans un coin, un grand gaillard, à l’allure d’épouvantail, n’arrêtait pas d’épier les deux nouveaux arrivants. Et il y avait un rire — quelqu’un n’arrêtait pas de rire tel un demeuré.
Un petit monde. Deux dizaines de spectateurs. La plupart humains. Et mutants, surtout. Des cornes, des pattes d’animaux, des muscles atrophiés ou des yeux laiteux étaient repérables parmi l’assistance.

Du duo, l’homme au couteau dans la botte chuchota à son compagnon :

« N’aie pas l’air d’avoir peur. Tout va bien se passer. »

Alors qu’en réalité, il avait plus peur encore que son camarade. C’est que son camarade en avait vu d’autres — son jeune âge était trompeur. Il avait déjà regardé la corruption droite dans l’œil. Son mentor lui avait raconté qu’il fallait faire très attention, que l’abysse observait toujours en retour, et que l’important, c’était de ne jamais cligner des yeux.
Mais il est vrai qu’ils étaient au milieu de la tanière du loup. Le moindre faux-pas, le moindre geste, et ces fidèles d’une idole ignoble pourraient se jeter sur eux. Et seul l’un était armé, et véritablement prêt à se défendre avec violence…



Dix minutes plus tard, les planches de la scène craquèrent. Et une silhouette se présenta devant les spectateurs indisciplinés.
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Un homme, vêtue d’une tenue parodiant celle d’un prêtre. Un corps émacié, une cape déchirée, des chaînes à la taille et au cou, qui maintenaient en place un petit livret à sa taille. La cible. Le Suppôt, qu’il s’appelait. Un magus et sorcier, à l’âme vendue au terrible Dieu Nurgle. C’est lui qui était responsable de ces ouailles, et ça se sentit immédiatement quand, sans avoir à hausser le ton, l’attitude de tous les spectateurs changea du tout-au-tout.

Les fous se levèrent, les avachis se redressèrent, et les joueurs de dés arrêtèrent leur partie. Et alors, il y eut une secte au garde-à-vous, attentive, tandis que leur chef s’approchait avec son bâton.
Il parla, d’une petite voix faible et grésillante, celle d’un homme ayant eut une ablation d’une partie de la gorge. Vu comment il couvrait sa bouche, on n’osait imaginer de quelles séquelles il était affligé.

« Mes biens chers frères — anciens et nouveaux arrivants. Je vous remercie de vous êtes tous déplacés ici, ce soir.
Comme promis, je suis venu vous offrir la personne que vous rêviez tous de rencontrer : Celui qui a préparé ce grand bouillon que nous avons si généreusement répandu entre nous et offert à autrui. Cette personne vient spécialement de l’Empire, rien que pour nous ! Je veux que vous accueilliez tous chaleureusement, le Grand Coësre de Nuln ! »


Dans les gradins, l’homme au couteau dans la botte, Lanfranc de Locminé, se raidit. Lui et Éloi étaient entrés dans ce théâtre en pensant ferrer en flagrant délit une petite secte de sous-fifres — et voilà qu’on leur offrait le grand responsable ? Le champion de Furug’ath ? La rumeur qui était soufflée de Helmgart jusqu’à Nuln ? C’était ahurissant. Imprévu. Et surtout, dangereux.
Parce que Lanfranc de Locminé était un preux chevalier, et qu’il pouvait momentanément oublier pourquoi lui et le prêtre étaient ici…


Dix jours qu’ils étaient arrivés à Vingtiennes. Sans s’annoncer, sans venir devant le bailli, sans agiter leurs insignes et décliner leurs identités à tout le monde — ils suivaient une piste trop chaude pour tout faire capoter en arrivant bruyamment. Cela faisait des mois que la Bretonnie était infectée par une maladie en provenance de l’Empire ; Montfort et Parravon avaient souffert les premiers, et la peste avait sauté plus loin encore. Certaines personnes étaient responsables de l’ampleur de la maladie, qu’on disait être transmise par le bétail : ils faisaient passer des bêtes malades dans des élevages, infiltraient des abattoirs, des fumoirs et des foires aux bestiaux… La plupart de ces groupuscules n’étaient que des bandes de mutants et de sorciers renégats mal formés, qui avaient entendu les murmures d’un magus plus grand qu’eux durant leur sommeil : ils étaient rendus fous par la magie, et par Furug’ath, le Grand Immonde qui pilotait l’intoxication du Vieux Monde loin dans l’ombre.
Pendant des mois, la Plague Taks Force avait aidé des baillis et des gouverneurs à passer sur le bûcher quelques pauvres hères, dont la culpabilité exacte était compliquée à définir. Toujours, ils n’attrapaient que les mutants désespérés d’avoir un protecteur, et les paysans libres qui ne se rendaient pas compte du chaos qu’ils avaient semé en voulant simplement sauver leur existence par l’ignorance d’un contrôle sanitaire, qui aurait entraîné la mise à mort de toutes leurs bêtes.
Mais les vrais responsables de l’épidémie ? Jamais ils ne les attrapaient. Ils fuyaient avant. Ou bien ils se donnaient la mort. On trouvait des correspondances, des codes secrets, des liens entre des cellules et des chambres qui n’avaient rien à voir entre elles — mais le temps de décoder et de tout remettre en ordre, c’était trop tard, et les coupables avaient fui aux quatre coins de la Bretonnie, pour tout recommencer ailleurs. Ils avaient l’impression de vider l’océan à la petite cuillère.

Et puis, il y avait eut un enlèvement. Une prêtresse de Shallya, disparue alors qu’elle allait de village en village pour donner des sermons, soigner les malades, et surtout, transmettre les instructions sanitaires du culte pour empêcher que la grippe insomniaque n’assaille trop durement le pays : qu’il fallait mettre les malades à l’écart deux semaines, éviter les fêtes et les rassemblements, mettre à l’écart les animaux qu’on tuerait avant de les manger… Les hommes et femmes de la Task Force enquêtèrent, et rapidement, conclurent à un kidnapping criminel. Ils parvinrent à trouver où elle avait été détenue, et comprirent qu’elle était réservée à un sacrifice. Alors, tout avait été une enquête aussi rapide que discrète, qui se terminerait ce soir.


Dans ce théâtre, le Suppôt avait prévu quelque chose. Les serviteurs de la Ruine sont récompensés par celle-ci lorsqu’ils l’honorent : Éloi avait vite appris que les Dieux Malins n’aiment que ceux qui prennent des risques. Réunir tous ses agents dans une si petite ville dans un lieu public paraissait une décision absolument stupide — des mutants et des bourgeois au même endroit, par une nuit noire, avec une prêtresse recherchée, c’était un appel à subir une descente de la Loi. Mais s’ils parvenaient à faire ce dont ils rêvaient, sacrifier une servante de la Colombe, alors, Furug’ath s’intéresseraient à eux, et pourrait amener des faveurs dans leur sens.
Il fallait les arrêter. Les appréhender, tous, d’un coup, et en même temps, sauver la-dite prêtresse. Neutraliser une secte toute entière, ici et maintenant, avant qu’ils ne fuient encore une fois aux quatre vents pour recommencer ailleurs. C’est ce qui avait marché à Brionne, dans une improvisation complète. C’est ce qui marcherait encore maintenant.

La Task Force était parvenue à identifier deux sbires de la secte : les sous-fifres qui avaient capturé physiquement la prêtresse. Deux frères à la recherche d’un remède pour leur pauvre maman, atteinte d’une maladie grave. Les deux étaient actuellement ligotés et bâillonnés dans une chambre d’auberge, en attendant d’être livrés au bailli local demain matin.
Lanfranc et Éloi se portèrent volontaires pour entrer dans le théâtre, car leur physique correspondait bien à ces crapules, et parce qu’ils étaient jeunes et fous, aussi. Leur objectif était simple : Faire une reconnaissance, et être prêts à intervenir en urgence si l’intervention se passait mal. C’était toujours pratique d’avoir des gens à l’intérieur, pour limiter les dégâts. Au cas où, un couteau se retrouvait sous la gorge de la prêtresse de Shallya qu’ils étaient censés sauver.



Sauf que maintenant, le Grand Coësre allait faire sa grande entrée tonitruante. L’homme qui était traqué par les collèges de magie de l’Empire, le culte de Sigmar, et la moitié des forces de l’ordre du Wissenland. Et Éloi ne pouvait s’empêcher d’avoir le mauvais pressentiment que Lanfranc était à deux doigts de se lancer sur la scène en dégainant l’épée courte qu’il gardait cachée sous son manteau.


En tout cas, l’effet d’annonce du sorcier local recueillit des murmures et des soupirs. Le Suppôt s’écarta dans une révérence, et voilà que quelqu’un d’autre entra derrière lui, depuis les coulisses. Une grande figure, fine, vive, et couronnée, comme le devait être une personne de son rang.
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C’était une femme. Maquillée, avec un collier d’ossements qui la faisait passer pour une mystique, et un grand bâton de fer à son côté. Une mage, comme le Suppôt — elle attirait les vents à elle. Elle vint tout au bout de la scène, et leva grand les bras.

« Bonsoir, bonsoir ! Mesdames et messieurs, c’est un vrai plaisir de tous vous rencontrer ! »

Son accent était clairement Impérial — ce ne pouvait pas être un mensonge ! Le Grand Coësre, là, maintenant, devant eux. À moins que ça ne soit beaucoup trop évident… La sensation était bizarre pour Éloi.
Ça semblait… Trop facile ? Comment le Grand Coësre aurait fait tout le chemin, depuis Nuln jusqu’ici ?
Non, ça ne pouvait pas être elle, la grande responsable de toutes ces horreurs. Mais comment le faire discrètement comprendre au chevalier à ses côtés ? Son objectif n’avait pas changé : trouver la prêtresse, protéger l’innocente, couvrir ses camarades. Pas charger tout droit.

« Le chemin a été long depuis Helmgart, mais j’en suis heureuse — on m’a beaucoup parlé de vous, de comment vous avez porté mes cadeaux bien loin, infecté du bétail jusqu’à Bastogne ! Le bouillon grandit avec chacun de vos cadeaux, et même le plus humble d’entre vous peut être très fier — une grippe ne cesse de muter et de grandir en force, et avec un peu de volonté, peut-être est-ce grâce à vous que l’on toussera jusqu’en Estalie !
Et non seulement vous avez agi avec tact et élégance, mais vous avez aussi honoré Papy, en dessinant ses symboles, en prononçant son nom, en organisant des messes… Et ce soir, ce soir, vous lui ferez un sacrifice plus grand encore que tous les précédents. Ce soir, nous allons faire souffrir une servante de la Pleureuse, cette pudibonde qui se met en travers du chemin de Papy ! Nous allons donner des raisons à sa Déesse de pleurer ! »

Les yeux d’Éloi errèrent vers le plafond.

Des ombres glissèrent dans l’obscurité, et seul le Feyeyès lui permettait de voir ce qui était en train de se dérouler au-dessus de la scène faiblement éclairée.

Des guerriers se glissèrent dans le dos des sentinelles à bâtons, avec vitesse et discrétion. Ils les attrapèrent, dans des clés de bras qui les étranglaient. On les jetait au sol, avant de les écraser et de boucher leurs bouches pour qu’ils ne crient pas.
En deux minutes, les gendarmes avaient bouclé tous les surveillants, et voilà qu’ils commençaient à accrocher des cordages aux échafaudages.

Aénor de Montfay retira sa capuche, et leva sa main pour faire un signe à Éloi : ils étaient prêts. Neville, Hannes, Beuves et elle préparèrent des arcs et des flèches, en commençant à viser au hasard certains des gens dans l’assistance.
Et là, la grande femme blonde fit un signe du doigt au prêtre : il attendait de lui qu’il désigne lesquels des criminels dans l’assistance il souhaitait voir fléchés les premiers. Les plus violents. Ceux qui, au milieu de cette masse, paraissaient être les plus susceptibles d’opposer une âpre résistance.

Il y avait les trois jeunes mutants qui jouaient aux dés tout à l’heure, qui étaient apparemment les plus en forme. Et cet homme patibulaire qui n’arrêtait pas de l’épier avec suspicion. Le Suppôt était une bonne cible, également ; il avait aussi un garde du corps armé d’un pistolet non loin. Enfin, il y avait également le Grand Coësre elle-même, qui était une menace évidente.
Tous les autres, c’était plus mitigé. Des fous, des malades et des pauvres. Ils pouvaient tout aussi bien s’enfuir en courant au premier problème, tout comme ils pouvaient être étonnamment dangereux si ça commençait à se bagarrer : le fanatisme pouvait transformer n’importe qui en bête.


« Je vais vous montrer ce soir, les merveilles dont est capable Nurgle ; je vais avoir besoin de vos chants, et de votre ferveur, alors que je vais ensemencer la Shalléenne, et faire naître, sous vos yeux, une des créatures bénie de Papy ! »

Le Suppôt et son garde-du-corps armé passèrent derrière un rideau. Une poignée de secondes plus tard, ils avaient avec eux la pauvre femme cherchée si désespérément à travers le duché :
Elle ne parvenait pas à se tenir sur ses propres pieds, et devait être soulevée par les deux hommes. Sa robe jaune était déchirée de partout, sa tête dodelinait, elle avait subi d’horribles sévices. Et on l’amenait jusqu’à un grand poteau qui se tenait au milieu de la scène, là où on irait l’attacher pour la torturer.

Ça en était trop pour Lanfranc, qui fulminait sur place.

« Dégénérés… »

Il fit un pas de côté, cherchant à atteindre une des travées du théâtre, probablement pour aller sauver la pauvre femme aussi vite que possible.

Jet de perception : 18, échec
Jet de perception n°2 : 15, échec
Jet d’intuition : 5, réussite
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Frère Éloi
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Re: [Éloi] Reproduction

Message par Frère Éloi »

La grand-rue de Vingtiennes est déserte en cette nuit d’hiver, comme nous arpentons vivement ses pavés sous un ciel sans lune, poursuivis par le froid. L’air nocturne est glacial, mordant, un peu humide aussi, laissant sentir la proximité du fleuve de la Grismerie, sous la ville, charriant en ses eaux quelque part de ce désespoir qui sévit par ici.

Mon pied butte contre un pavé, et je soupire, incommodé. On n’y voit goutte, dans ce noir de mort ! Tapis contre le mur aveugle d’une bâtisse anonyme, nous faisons halte, et l’on nous fait passer quelque chose à tâtons, de la main à la main. Resserrant mes doigts engourdis sur le petit bol de bois, je porte le contenant à mes lèvres, tâchant de penser à autre chose qu’aux effluves peu ragoûtantes de la décoction. Je compte à contrecœur trois gorgées, déglutissant péniblement avant de tendre le breuvage à mon voisin. J’étouffe un grognement : ça a vraiment un goût immonde. Une douleur pulsatile bat rapidement mes tempes, comme une fulgurante migraine, assortie d’élancements aigus derrière les yeux. Respirant profondément, je patiente quelques secondes, le temps que passe le malaise. Les effets du feyeyès commencent à se manifester : les pavés se précisent sous nos pieds, les masses sombres autour de nous se muent en bâtiments, et quelques silhouettes félines se profilent le long de la rue. Et puis nous repartons tous deux d’un bon pas, nous éloignant rapidement du reste de la troupe.

Mon binôme se nomme Lanfranc. Un chevalier errant, originaire de Quenelles je crois. Je ne sais quasiment rien de lui, mais nous faisons partie de la même unité. Je le sens nerveux, fébrile, et pour cause, car nous nous apprêtons à nous enfoncer dans la gueule du loup. Notre objectif, ce soir, est de sauver une de mes sœurs en foi de ravisseurs à la solde du Pestilent, et de faire échec aux agissements de ces-derniers. Et notre part, à tous les deux, est de nous infiltrer dans l’assistance d’une messe impie, pour servir d’avant-garde à nos compagnons de la Task Force, et nous trouver prêts à parer à toute éventualité.

Je frissonne, non de peur mais bien de froid, grelottant dans la nuit hivernale. Si je ressens bien une certaine appréhension pour cette mission, de l’eau a coulé sous les ponts depuis les évènements de la foire de Brionne. Je suis mieux préparé, et entraîné. Je n’ai pas peur de notre ennemi, mais crains plutôt que nous arrivions trop tard pour sauver la prêtresse disparue. Car c’est une tâche ingrate que de remonter la piste des fidèles du Seigneur des Mouches : telle l’eau que l’on écoperait à la main, il vous en file toujours entre les doigts. Pourtant, je le sais, nous avons tous notre part à jouer. Car j’ai vu le démon que nous affrontons, et j’entends bien contrarier ses desseins.


Passant sans encombre le petit trio de portiers, nous pénétrons cagoulés dans le théâtre désaffecté. Arrivés dans un hall plongé dans l’obscurité, je m’immobilise un instant, soufflant sur mes doigts transis de froid. La température en ces murs n’est guère différente de l’extérieur, de même que l’absence de source de lumière. Grâce au feyeyès, je distingue néanmoins sans trop de mal la statue souillée, défigurée du Veilleur, relevant la présence de la marque du Pestilent sur la robe de granit. Emboîtant le pas à Lanfranc, je prends place à mon tour dans la fosse, sur une chaise branlante au bois rongé par la moisissure. L’air alentours est vicié, pestilentiel, mais j’ai déjà inhalé pire. Alors, j’attends, prenant mon mal en patience. A mon côté, Lanfranc remue un peu, et me souffle à l’oreille quelques mots visant à me rassurer. Je sourcille, mais ne rétorque pas ; j’espère seulement que le prévenant chevalier parviendra à garder son propre calme.

Reportant mon regard sur la scène, j’ai la désagréable et persistante sensation d’être observé, notamment par cet individu, là, à la périphérie de mon champ de vision. Tendu à l’idée d’être démasqué, je m’efforce toutefois de ne pas dévisager directement l’importun, parcourant plutôt du regard les autres recoins de la salle, tâchant d’identifier d’autres menaces potentielles. Sentant monter en moi une certaine fébrilité, je m’attache à allonger mes respirations, récitant intérieurement une litanie familière. Tu ne craindras pas les affres de la maladie, ni la peste qui marche dans les ténèbres, ni la contagion qui frappe en plein midi...


L’entrée en scène du Suppôt impose à la salle un calme religieux, faisant taire les chuchotements, mettant fin aux jeux. C’est lui, le meneur local. Un sorcier, à en juger par le linceul invisible de magie qui l’entoure. Il s’adresse à son auditoire d’une voix atone, éraillée, annonçant un illustre invité. Le Grand Coësre de Nuln ? Un frisson d’appréhension parcourt échine à la mention du nom de l’instigateur de la grippe agrypniaque, tandis que mon cœur manque un battement. A mon côté, je perçois le raidissement de Lanfranc, et le comprend : ce n’était pas du tout prévu. Nous devions juguler une secte et sauver une otage, pas affronter le responsable de la plus fulgurante contagion des récentes années ! Pensif, je me frotte nerveusement les doigts, maltraitant machinalement le lin grossier de mes mitaines d’emprunt. Je peine à l’imaginer, c’est insensé. D’autant que si le Coësre est présent, alors Furug’ath est certainement avec lui…

Déjà, mon esprit fuse, opposant nombre d’arguments rationnels à la possibilité qu’il s’agisse du vrai Coësre de Nuln, ici, à Vintciennes. Quelque chose sonne faux dans cette histoire… Un seul moyen d’en avoir le cœur net : joignant les mains, doigts entrecroisés, pour contenir ma nervosité, je scrute avec attention la grande figure couronnée qui s’avance maintenant. Elle aussi est une sorcière, à n’en pas douter : les vents tourbillonnent autour d’elle. Mais où est Furug’ath ? J’ai l’intuition, l’intime conviction, que je devrais percevoir sa présence, et lui la mienne. Soit il se cache, soit la sorcière sur la scène est une doublure. Inutile de préciser que j’ai une nette préférence pour la seconde option.

Le sermon du Coësre provoque une certaine effervescence dans la salle obscure, et j’observe subrepticement le plafond à la faveur des chuchotements d’approbation. Dans le noir, sur les passerelles bien au-dessus de la scène faiblement éclairée, nos compagnons sont en train de neutraliser les gardes. Tendu, je fais un effort pour ne regarder que ponctuellement dans leur direction, redoutant qu’un bruit ne trahisse leur présence. Mais rien ne vient, le bruissement des chuchotements dans l’assistance suffisant à couvrir leur opération. Grâce au feyeyès, je distingue à présent plusieurs de nos agents s’affairant au sommet des échafaudages, apprêtant leurs armes : je discerne notamment les visages de Guillemot, du vieux Neville, d’Hannes et d’Aénor. Cette-dernière, accrochant mon regard, me signifie que tout est prêt pour leur intervention, et me demande d’un signe entendu du menton de désigner les adversaires les plus dangereuses de la salle.

Craignant d’être encore épié par l’observateur patibulaire, je ne réponds toutefois pas immédiatement, détachant mon regard de celui de la grande noble, temporisant jusqu’à ce que le Coësre reprenne la parole, causant un nouveau bruissement de chuchotements dans la sombre salle tandis que l’on amène la prisonnière. Mon cœur se serre à la découverte des sévices subis par ma consœur, et je sens l’adrénaline -ou peut-être la colère- affluer. Alors, tâchant de placer la tête d’un autre spectateur entre l’observateur importun et moi, je rétablis le contact visuel avec Aénor, et lui désigne successivement de plusieurs signes du menton et des yeux la direction du pseudo Coësre, et du Suppôt flanqué de son garde du corps. A mon sens, ce sont en effet nos cibles prioritaires : il s’agit tout à la fois de meneurs, de sorciers ou d’ennemis bien armés, et indubitablement d’ennemis de la Colombe. De surcroît, ils se situent tous dans la partie de la salle la moins sombre, dans des conditions de visée favorables à une frappe préventive.


Le moment approche. Focalisé sur les faits et gestes du Coësre et du Suppôt, je m’apprête à gagner discrètement les travées une fois que la panique gagnera l’assistance, et à déjouer l’impie magie du Pestilent si j’en perçois les prémices.

Lorsque, à mon côté, j’entends Lanfranc marmonner, et remuer, se tournant vers les travées. Que fait-il ? C’est trop tôt !

Cherchant à l’agripper pour le faire rasseoir, je lui chuchote à l’oreille :

« Reste là. Ce n’est pas lui. »

Tentative d’être un peu discret vis-à-vis de l’observateur importun au moment d’indiquer les cibles à Aénor.

Tentative de retenir Lanfranc sur son banc le temps de l’alpha strike (initiative+1, puis charisme si possible).
Si je ne parviens pas à réagir avant qu’il ne se lève, ou qu’il ne m’écoute pas, j’attends un moment d’agitation (effervescence, panique, ou autre) pour quitter ma place et gagner les travées.

Sitôt l’alpha strike déclenchée, je me dirige vers la scène via les travées, et essaie de dissiper d’éventuels maléfices lancés par l’un des deux sorciers.
Globalement, le but est de faire profil bas tant que je n’ai pas retrouvé d’allié près de moi.
Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75

États temporaires
Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné.
La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.

Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)

- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Éloi] Reproduction

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Lanfranc s’arrêta… Juste le temps de trois secondes. Son visage camouflé sous la cagoule, Éloi ne pouvait apercevoir de lui que ses yeux : ils étaient écarquillés, d’une émotion qui passait pour de la peur.
Mais alors, le Grand Coësre se mit à chanter dans l’horrible Langue Noire, tandis que la prêtresse attachée à son poteau observait son futur bourreau avec des yeux suppliants. C’en fut beaucoup trop pour le jeune guerrier, qui se mit soudain à bondir de son siège.

Il se retrouva dans une des travées, et coupa tout droit à travers les spectateurs. Tout en haut, sur son échafaudage, Aénor faisait les gros yeux — et la voilà qui fit un tas de gestes vifs à ses collègues en train de se préparer.

Le chevalier atteint la scène. Un des spectateurs se retourna et leva son bras pour l’arrêter, mais le jeune homme fit tomber son manteau hors de ses épaules — il dévoila ainsi une armure de maille, et surtout, une lame qu’il dégaina. Et le voilà qui sauta sur la scène, en hurlant si fort que tout le monde se retourna pour le regarder :

« STOP ! N’ESSAYEZ SURTOUT PAS DE LUI FAIRE DU MAL ! »

Les sbires de la secte sautèrent dans tous les sens. Le Grand Coësre elle-même se retourna d’un coup, et hurla trois mots pour canaliser à elle les vents de magie, puis les expédier sur le garçon ; elle visa la main. Lanfranc serra sa poigne, en même temps que ses dents, et miraculeusement, parvint à ignorer le sort et demeurer bien armé.
Pauvre consolation : il se retrouva vite sous la menace de couteaux, et d’un pistolet à poudre. Le Grand Coësre, elle-même, se mit à ricaner d’un persiflage gras et mauvais.

« Quelle force d’esprit, bel ange ! Allons, allons — nous sommes sur scène, mais c’est pas une pièce non plus, alors épargne-moi ce genre d’effet, je te prie ! »

La distraction offerte par Lanfranc fut immédiatement mise à profit par Éloi, ne serait-ce que par survie ; le prêtre s’éloigna de son propre siège, et passa derrière les mutants qui chuchotaient tous entre eux en agrippant bâtons et crocs de métal en guise d’armement.
Le chevalier, lui, bien en vue au milieu des bougies illuminant les planches, leva son épée ; il fit ainsi reculer un mutant qui s’approchait trop, puis un autre sbire, avant d’à nouveau menacer une Coësre qui se contentait de lui faire face en tenant entre ses mains un bâton, et en arborant un magnifique sourire à dents jaunes et cariées.

« Au nom du Roi et de la Dame du Lac, vous êtes tous en état d’arrestation ! Baissez vos armes et rendez-vous sans faire d’histoire, et le duc Cassyon sera clément avec vous ! »

Des poumons s’esclaffèrent, et il y eut des rires et des tapes dans le dos. Le Grand Coësre hocha la tête de gauche à droite, avec toujours ce grand sourire.

« Tu ferais un très mauvais prêtre — personne ici ne cherche de la clémence, et t’es un peu tout seul pour en offrir.
Allons, bel ange… Qu’est-ce que sont ces manières ? Tu es un peu trop propre et un peu trop joli pour te tenir parmi nous…

– Il n’est sans doute pas seul ! S’exclama le Suppôt qui s’approchait d’un air beaucoup plus inquiet, à moitié voûté. Faites le tour du bâtiment ! Ordonna-t-il à certains de ses sbires.
– Je n’ai pas besoin d’aide pour accomplir la volonté de la Dame du Lac ! Elle est le seul renfort qu’un homme bon nécessite ! »

Le petit chevalier était plus malin qu’il n’y paraissait — il était en train de gagner du temps. Du temps que mit à profit l’équipe, en terminant leurs armes et leurs cordages. Et du temps que mit également à profit Éloi, car il venait d’atteindre le côté de la scène, et qu’il passait à présent juste derrière le rideau. Alors, le Shalléen se mit à chuchoter des prières rassurantes, et commença à perturber l’environnement de la scène, en forçant les vents à se séparer et à redescendre…

Le Grand Coësre ne remarqua même pas sa présence. La grande dame couronnée s’approchait du piquet, et se saisissait du visage de la prêtresse agonisante dans une de ses mains.

« Tu es venu… Sauver ta damoiselle en détresse ? Hm ? Tu pourrais choisir mieux quand même — une pas vérolée, déjà ! »

De nouveaux rires dans l’audience.

« Je refuse ton marché, et j’t’en propose un autre :
Lâche ton épée et cesse ces chahutages, et je t’offrirai de la… Pffrt, héhé… De la clémence, en laissant juste un cultiste te violer avant qu’on arrache ta gorge. »


Lanfranc eut un pas de recul. Il avait l’air seul au monde, et tous les yeux dans le théâtre étaient devenus soudain plus carnassiers encore.

Sauf ceux du Suppôt. Seul lui n’était pas convaincu par la prestidigitation du garçon. Et le voilà qui marchait sur les planches, avec un air inquisiteur, et inquiet.
Jusqu’à ce qu’il trouve la silhouette d’Éloi qui fredonnait.

Alors, les yeux du Nurglite s’emplirent de peur, il bondit en arrière, et il se mit à crier :

« L-L-L… DES INT- »

Il n’eut pas le temps de finir son cri d’alarme.

Quatre archers décochèrent quatre flèches. Elles le foudroyèrent, l’une pour lui qui s’enfonçait dans son omoplate, deux dans le dos du Coësre, une dernière dans le sbire en train de pointer son pistolet sur Lanfranc. Quatre grognements coupés, alors que maintenant, les yeux de l’assistance volaient vers le ciel, en essayant de découvrir ce qui se passait dans l’obscurité.

De nouvelles flèches volèrent, tandis qu’une voix grésillante, métallique, plus sonore grâce à un porte-voix, retentit pour se faire entendre de tous :


« GENDARMERIE ROYALE — ALLONGEZ-VOUS, NOUS ALLONS FAIRE USAGE DE LA FORCE. »


Il y eut des cris, des ordres contradictoires beuglés dans tous les sens. Certains des simples cultistes parmi les spectateurs étaient scotchés sur place, quand d’autres ne prenaient pas immédiatement la tangente en se ruant vers la porte par où ils étaient entrés.
Malheureusement, deux personnes conservèrent leur sang-froid : le Coësre, et le Suppôt. Les deux mages blessés, momentanément à terre, regardèrent le plafond, et se mirent tout deux à incanter fort, dans une chanson hurlée, des sortilèges, revolant les vents dans la pièce qu’Éloi s’était acharné à dissiper.

Le Suppôt forma un nuage tout en haut du théâtre. Et de ce nuage se mit à pleuvoir une pluie acide, gluante, douloureuse.

Des grenades volèrent de l’échafaudage. Elles rebondirent sur la scène, et explosèrent dans un éclair, éblouissant tous les mutants dans l’assistance — la demi-douzaine de cultistes se mettaient à se rentrer dedans, à trébucher sur les fauteuils, à tomber par terre, leurs yeux ronds comme des soucoupes et les bouches ouvertes par la violence de la détonation et du halo de lumière.

Le Grand Coësre acheva elle-même son sortilège sans qu’Éloi n’y puisse rien — et à la pluie s’ajouta la brume. Une sorte d’épaisse fumée verdâtre envahit le ciel et retomba sur la scène. Et c’est ce moment qu’elle choisit pour soudain s’enfuir en courant dans les coulisses, dans un sprint infernal, abandonnant le reste des cultistes à leurs sorts.


Des cordages volèrent. Descendirent en rappel des chevaliers, qui tombèrent au milieu de la scène. Mais la brume entra dans leurs poumons, et voilà que sires Hardouin et Neville tombaient à genoux, en vomissant du sang, leurs yeux pleurant. À travers des quintes de toux ensanglantées, le chef des gendarmes donna un ordre :

« VOS BOUCHES ! COUVREZ-LES ! »

Éloi, malgré la panique et l’adrénaline, parvint à retenir sa respiration, et ne subit aucun effet de la brume. Il voyait juste autour de lui le chaos, les blessés, et Lanfranc.

Un véritable preux chevalier… Lui aussi tenait bon. Il était au milieu de la scène, une épée à la main : il avait tenté de frapper le Grand Coësre, mais la sorcière avait filé sous sa lame dans une danse effrénée. Tout comme Éloi, il tenait bon, et il avait dans ses mains un masque en tissu vinaigré.
Mais évidemment, un bon chevalier errant n’allait pas l’utiliser pour lui-même…

Il fonça vers le poteau où se trouvait la prêtresse de Shallya complètement paniquée. Il jeta son épée à terre, attrapa le visage de la jeune femme entre ses mains, et lui posa le masque bien soigneusement sur le nez et la bouche pour la protéger.

Sa galanterie le laissait désarmé, et dans son dos, le Suppôt surgissait de la brume, en portant dans sa main un immense poignard courbé, dégoulinant d’une sorte de liquide noir.

Éloi était le seul qui l’avait vu venir, et qui était encore capable de le sauver…


Jet d’action discrète d’Éloi : 9, réussite de justesse, tu parviens à marquer les cibles sans te faire repérer.

Jet de charisme pour retenir le chevalier : 20, échec critique. Lanfranc ne t’écoute pas du tout et décide de se casser illico.

Lanfranc dégaine son épée, saute sur scène, et donne un ordre aux Nurglites —

Le Grand Coësre incante « Mains molles » du domaine primaire : 10, réussite
Jet d’habilité de Lanfranc : 2, beaucoup plus grande réussite ! Le chevalier parvient à garder son épée en main.

Les Nurglites se déplacent sur scène. Jet de discrétion d’Éloi : 6, excellent ;
Tu demeures caché parmi les spectateurs, tandis que tu te glisses derrière eux pour grimper sur scène.

Jet de charisme de Lanfranc : 4, réussite.
Lanfranc se met à parler et gagner du temps, laissant bien assez de temps à l’équipe pour se préparer.

Tu te mets en position derrière la scène, et lance une dissipation générale — dès que les Nurglites tenteront de balancer des sorts néfastes, tu pourras tenter de les arrêter.

Jet d’intelligence du Suppôt : 2, il t’entend ! Il hurle et crie une alarme.

---
Début du combat :

Action préparée : Aénor, Neville, Hannes et Beuves tirent chacun une flèche visée (+2) gratuite et hors du temps de jeu.
7, 7, 8, 11 → 4 réussites pour la Task Force ! Le Coësre se prend deux flèches, le Suppôt une, son sbire une.

Panique chez les Nurglites ! Dix jets parmi les spectateurs pour savoir qui va s’enfuir, rester trouillard sur place, ou rejoindre le combat :
4 cultistes acceptent de se battre.
2 cultistes sont indécis.
4 cultistes s’enfuient immédiatement.


Début du vrai combat proprement dit.

Beuves et Aénor retirent deux flèches visées : 2 et 6, deux réussites ! Le Suppôt et son garde-du-corps sont touchés.

Le Grand Coësre incante un sort.

Neville et Hannes tirent chacun une flèche visée : 19 et 15, eux ne toucheront pas.

Le Suppôt balance « Pluie bienfaisante » : 1, réussite critique irrésistible, la dissipation est un No Sell complet.
Confirmation du sortilège : 5, il est confirmé.
Tous les gentils souffrent d’un -2 à leurs jets pour ce round et le suivant, tous les Nurglites se soignent de 4d6 PV.

Guido et Hardouin font tomber sur la scène des grenades éclairantes : 18 et 9. Les deux grenades explosent, l’une n’a aucun effet excepté infliger une Peur sur les mutants peu entraînés, l’autre en revanche est efficace — Le Grand Coësre me roule un jet pour voir si elle reste concentrée : 10, c’est le cas, sang-froid.

Lanfranc charge le Coësre : 10
Elle esquive : 9, réussite.

Le sbire du Suppôt dégaine son pistolet et tire en l’air sur les archers : 20, échec critique + fumble.
19 : Feu partiel, mais avec son 20 il ne touche rien du tout. Son pistolet fait un bruit d’enfer mais ça n’a strictement aucun effet.

Les mutants se ruent sur la scène pour aller protéger le Coësre et gêner Lanfranc, mais ça leur prend ce tour.

Ceux qui ont une NA supplémentaire peuvent encore faire quelque chose :

Le Grand Coësre me balance « Nuage de miasmes » : 5
Dissipation d’Éloi : 16, no sell.

Toute la scène se retrouve sous une immense brume verdâtre tout simplement immonde. Effet au prochain round.

Neville et Hardouin se jettent hors de leur échafaudage et tombent sur la scène dans une magnifique descente en rappel.


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Nouveau round.

Beuves et Aénor, jets d’END (Le sort dit « INI » mais je trouve ça totalement con) pour résister à l’empoisonnement : 11 et 9, les deux espions n’ont aucun souci à se faire. Ils continuent de tirer leurs flèches : 2 et 16, le Suppôt se transforme en hérisson.

Le Grand Coësre s’enfuit en courant.

Neville, END : 15, il se retrouve paralysé sur place et vomit ses tripes.

Hannes, END : 18, pareil.

Le Suppôt : Tente de lancer un méchant sort. MAG : 15, il ne parvient à rien faire.

Hardouin, END : 19, il se retrouve paralysé sur place et vomit ses tripes.

Lanfranc, END : 3. Il se rue sur la prêtresse de Shallya et lui couvre la bouche avec un linge pour la protéger du sort et lui sauver la vie.

Le sbire du Suppôt le voit faire, et va se jeter sur lui avec un couteau pour lui poignarder le dos.

Éloi, END : 2. Tu disposes de ton action pour agir avant lui.
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