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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 02 avr. 2019, 09:02
par [MJ] Katarin
Evrard ne s'arrêta pas de creuser. Malgré l'injonction d'Armand, il plantait sa pelle dans le sol, encore et encore, mécaniquement, son corps semblant ne plus avoir besoin de l'appui de son esprit pour travailler.
Est-ce que les mots du chevalier de Lyrie parvenaient à l'atteindre ? Au vu de son absence de réaction, l'on aurait pu croire qu'il n'entendait rien, qu'il n'était plus capable de percevoir quoi que ce soit du monde extérieur, comme s'il avait mis l'univers en sourdine pour se concentrer uniquement sur sa funeste tâche. Et pourtant, en y regardant de près, l'on pouvait voir que ses mâchoires qui se serraient de plus en plus fort, et que ses coups de pelle étaient de plus en plus incisifs - les émotions bouillonnaient en lui, et il faisait tout son possible pour ne pas les écouter.
Mais ces efforts ne suffirent pas. Les mots d'Armand échouèrent à le raisonner, mais réussirent néanmoins à le faire réagir. Hurlant soudainement de rage, Evrard saisit sa pelle par les deux extrémités du manche et bondit sur son compagnon, frappant avec le bois de son arme improvisée pour le déstabiliser.
Peut-être que l'aquitanais était blessé et fiévreux, mais cela ne suffisait en rien à diminuer son aplomb. Par réflexe,il saisit des deux mains l'arme de son adversaire, campa solidement ses pieds dans le sol, et encaissa le choc avec tant de force qu'il ne recula même pas d'un pas.
Leurs quatre mains saisissant fermement le manche de la pelle, les deux chevaliers se regardaient les yeux dans les yeux.

- Taisez-vous ! hurla t-il au visage d'Armand. Vous ne savez rien ! Rien du tout !

Il abandonna son arme improvisée entre les mains du chevalier de Lyrie pour reculer d'un pas, puis laissa éclater sa colère alors qu'il pointait du doigt les tombes autour de lui.

- Il est là, quelque part ! Tellement proche ! Je ne peux pas l'abandonner maintenant ! Je ne peux...

Qu'est-ce qui produisit le déclic ? Était-ce Armand, tenant sa pelle entre ses mains, qui restait face à lui, inflexible ? Triboulet terrorisé, en retrait, qui suppliait les dieux en serrant dans ses mains son pendentif en bois ? Le terrible spectacle des cadavres profanés, morceaux de corps dispersés sur le sol par ses soins ? Ou bien la part de lui encore saine et honorable, horrifiée par le timbre teinté de folie de sa propre voix ? Impossible à savoir, mais la colère qui venait de l'animer s'éteignit comme un feu sous la pluie. Son bras tendu était maintenant tremblant, et son regard fléchissait. Malheureusement pour le chevalier gasconnais, les averses qu'ils avaient subi si longtemps avaient cessé de les importuner, ne laissant nulle façade pour cacher les larmes qui commençaient à couler sur ses joues.

Il porta la main vers son visage, fermant les yeux pour apposer son pouce et son index sur les commissures internes, comme dans une vaine tentative d'endiguer les flots. Puis il prit une longue respiration, avant de rouvrir ses paupières. Et lorsque son regard croisa de nouveau celui d'Armand, il sembla à l'aquitanais que son compagnon avait retrouvé ses esprits.

- Si longtemps que... Je n'ai pas... Qu'ai-je... Et vous, vous... Que la Dame me pardonne.

Il ne trouvait pas ses mots, et sa gêne était palpable désormais - les rôles s'inversaient, comme si Armand était désormais le mentor et Evrard le jeune chevalier apprenant ses leçons. Il s'empêchait de détourner les yeux par respect envers l'homme qui avait réussi à le faire revenir à lui, mais les sons refusaient de quitter sa gorge tandis que plusieurs longues secondes s'écoulaient. Puis, comme si les échos des mots d'Armand venaient enfin de lui parvenir, il se figea, et changea soudainement d'expression et de ton.

- Vous avez parlé d'une femme blessée ! s'exclama t-il. Quelqu'un a survécu à ce carnage ? Hâtons-nous de la secourir, je trouverais comment m'excuser comme il se doit plus tard !

+1 PdC Morr pour le respect aux morts que tu as témoigné jusqu'ici.

Résumé des jets du tour :

Test de charisme d'Armand, +2 pour arguments, +1 pour étiquette (chevalier à chevalier), -1 pour fièvre.
=> 13, raté de 1. Tu ne donneras aucun bonus à Armand pour réussir son jet.

Test d'intelligence d'Evrard, -1 pour fièvre.
=> 7, réussi tout juste.

Test de force Evrard pour faire tomber Armand en arrière
=> 13, raté.
Test d'endurance d'Armand
=> 1, réussite critique.

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 02 avr. 2019, 16:00
par Armand de Lyrie
Woah. Bordel de merde. J’ai plus l’impression de contrôler mon corps. Je vous jure. C’est avec le recul que je me rends compte ce que je viens de faire. Pendant un instant, j’avais l’impression qu’une autre âme s’était faufilée dans mon corps pour le faire parler et le diriger au lieu de moi. C’est peut-être pas si mal d’ailleurs. Je suis excédé d’être un peu pleutre et diplomate alors que j’ai le cerveau qui brûle, que je souffre de lacérations et que j’ai jamais eu autant envie de me barrer, rajoutez à ça le fait que je viens de prendre une vie humaine, et qu’une autre est en danger, et je crois que vous pouvez comprendre ce qui vient de se passer.
J’arrache des mains d’Evrard la pelle avec laquelle il a tenté de m’assommer, et la plante dans le sol. Je fronce les sourcils et le regarde directement avec une lèvre retroussée, tandis qu’il se met à se répandre en excuses. C’est à la limite s’il ne va pas chialer. Je fais un pas vers lui, et je parle avec une voix rauque – ça va faire cinq ou six fois que j’utilise l’adjectif « rauque » pour décrire le son qui sort de ma gorge, mais là je déconne pas, j’ai l’impression qu’en fait j’avais pas fais ma puberté et que c’est tout juste en cet instant que je viens de devenir viril. Ou alors que c’est la voix d’un démon ou d’un ancêtre qui a décidé de parler à ma place, apercevant que le petit chevalier était trop lâche et pas assez impressionnant pour ramener dans le droit chemin le Gasconnais égaré.

« Il n’appartient pas à toi-même de t’excuser, mon frère. Regarde ce que tu viens de faire. Implore la pitié de Morr.
Et calme-toi. »

Je le dévisage longuement tout en pivotant, avant d’observer le charnier. Je me signe, ferme les yeux, et murmure une très courte prière à l’attention des sépultures profanées. Je crois que je délire, mais je sens, oui, je sens, bien profond, au fond de mes pores, que le vent est, sinon en train de se calmer, au moins, il ne souffle plus avec la violence qui augmentait à chaque pelletée de terre de mon collègue. Lentement, je m’éloigne, sans pour autant faire dos aux corps, et je vais retrouver mon cheval dont je tire les rênes pour quitter cet endroit et revenir vers le champ de bataille.
Alors que Triboulet va m’imiter, je l’arrête subitement en lui montrant la paume de ma main.

« Pas toi. »

Le valet s’arrête subitement et écarquille ses yeux, tout paniqué.

« J’ai aperçu une cabane non loin en arrivant. Par ici. J’ai besoin que tu ailles y jeter un œil.
– M-Moi ?! M-mais… Mais sire, heu… Qu’est-ce que je fais, si, heu, si-
– Si tu vois quelque chose de dangereux tu t’enfuis en criant à l’aide. Triboulet, j’ai besoin de toi. Vas-y, et reviens nous voir si tu aperçois quelque chose d’important. Si l’endroit te paraît abandonné, n’hésite pas à ramener ce que tu peux trouver ; mais si ça te semble habité, alors ne touche à rien. Je te fais confiance et je compte sur toi. »


Il est tiraillé entre sa peur de partir tout seul et le soudain gain d’ego que je lui donne. C’est très rare pour un paysan d’obtenir de la considération de la part d’un noble, au final, ils apprennent à faire sans. Je me souviens d’une scène, une fois, avec un brave sergent monté qui recevait un ordre de son seigneur, et le seigneur avait sorti à son sbire un « bonne chance ». La réaction du sergent avait été de cracher dédaigneusement par terre, de se taper le poitrail et de tourner les talons sans dire un autre mot. Il ne l’a pas dit, mais il l’a pensé tellement fort, que je l’ai ouï répondre d’un laconique envoie-moi au casse-pipe si tu veux sire, mais ne fais pas comme si tu tenais à ma vie.

Accompagné de mon Gasconnais enfin calmé, je rebrousse le chemin jusque vers le champ de bataille, en tirant les bêtes. Je le briefe rapidement sur ce que j’ai vu, ou plutôt entendu, alors que nous retournons au milieu des pauvres cadavres esseulés, auxquels il faudrait vraiment chercher l’assistance d’un croque-mort du Seigneur des Défunts.

« J’ignore ce qu’elle fait là. Peut-être est-ce une damoiselle du Graal qui accompagnait la troupe ? Ou bien, vous allez me prendre pour un fou, mais une partie de moi se demande s’il ne s’agit pas d’un spectre qui n’a pas trouvé le repos… Il y a du sang sur la paroi du tumulus, mais je ne vois strictement rien à l’intérieur, c’est la nuit noire, on y verra mieux avec l’une de vos torches.
Tenez, c’est ici. »

Tandis que Evrard prépare l’une des torches en sortant le matériel de la selle, je m’approche du trou et va siffler dedans. Ma voix se calme soudainement, elle n’a plus le ton de hargne et de persiflage que j’ai adressé à mes deux camarades que je souhaitais voir sortir de leurs torpeurs respectives. Non. Mon ton se fait plus doux, et mielleux.

« Margot ? Margot, c'est Armand. Parle-moi.
Je suis venu chercher de l’aide Margot. Est-ce que tu as mal ? Est-ce que tu saignes beaucoup ? »


Je lui laisse une petite pause pour répondre. Puis, je vais insister lourdement sur ma prochaine question. Parce que j’aimerais énormément avoir une réponse claire avant de risquer d’entrer ou d’envoyer Evrard risquer sa vie dans une embuscade.

« Margot. Comment tu t’es blessée ? Qu’est-ce qui s’est passé ici ? »









Ma réponse ne fut que le silence, et mes propres mots qui retentirent dans un léger écho. Rien. Absolument rien ne me parvint du fond de la grotte, pas même un râle ou un gémissement. Cela ne présageait rien de bon. Je me retournais soudainement pour observer la réaction d’Evrard. Le loup de Gasconnie semblait un peu perturbé, mais je crois qu’il avait encore sa folie de tout à l’heure en tête. Malgré cela, je me sentais forcé de me justifier devant lui, en lui présentant du bout du doigt les traces de sang récentes que j’avais observées tout à l’heure.

« Regardez. Elle est sûrement blessée. »

Il observa la preuve, en tiquant un peu, sans s’avancer. Il restait près de son cheval, et pendant que je tentais de reprendre contact avec mon spectre, il avait ouvert la selle de son canasson pour ressortir une torche, enduite d’un peu de poix, qu’il enflamma avec son briquet en amadou. Il me passa la torche et j’allais la coller devant l’entrée du tumulus pour tenter de voir ce qui s’y trouvait.

Je ne vis absolument rien d’autre que des ténèbres. Ni indice, ni éraflure de sang, ni trace d’ombre au fond. Cela n’eut pas d’autre effet que de me faire crisper le visage et serrer les dents dans une grimace désagréable. Le tumulus était grand, plus grand que ceux qu’on avait pu croiser jusque là. Je me demande combien de temps cela prendrait, de le fouiller de fond en comble… J’espère que s’il y avait une infirme, ça serait uniquement devant l’entrée.
Evrard vint dans mon dos, en regardant aussi le tumulus.

- J'y vais.
– Non, je le coupais en pivotant ma tête pour l’observer. Voyez comme le passage est étroit, avec votre harnois vous risqueriez de devoir vous débattre.
– Je peux l'enlever. Si votre intuition est bonne et qu'un spectre se terre ici, vous ne pourrez pas l'affronter seul.
– Je préférerais que vous restiez ici pour m’éclairer. Si je me retrouve dans l’obscurité là-dedans je ne donne pas cher de ma peau… Aussi, j’ai besoin de quelqu’un pour protéger mes arrières, ou alors chercher de l’aide s’il le faut. »

Je lui passe la torche. Il fait une grimace bizarre, lui aussi, mais je pense pas que ce soit à cause de la vexation des ordres que je lui donne. Ça me fait très sourire, involontairement. J’espère qu’il n’en prendra pas ombrage.

« Vous vous rappelez ce que je vous ai dis dans l’auberge, il y a quelques jours ? Que je n’avais rien à perdre ? Cela est toujours le cas, sire chevalier. Gardez la tête froide. Aveline a toujours besoin de vous, quoi qu’il arrive. Moi, le propre sang qui coule dans mes veines, et que j’ai versé en quantité aujourd’hui, il tente de m’empoisonner.
Priez pour moi, sire chevalier. Je n’ai pas besoin de votre sacrifice. Juste de votre foi. »


Sitôt ayant dit ça, je retire ma grande épée longue à deux mains, trop encombrante, pour la poster devant l’entrée du tumulus. Je ne garde que l’épée plus légère et plus courte, celle bénie par une demoiselle qu’Evrard m’a confiée. Je met un pas devant, du pied gauche, puis le second, plus boitant et fébrile, de ma jambe qui a été blessée. Et je commence à m’enfoncer à l’intérieur de l’étroite entrée du tumulus, éclairé par la lueur de la torche qu’Evrard utilise.
Au fur et à mesure que je m’enfonce, la lueur du jour et les flammes de poix brûlante commencent à se faire plus rares. Je ne vois que les flammèches danser dans une ombre rendue fascinante par ma faiblesse et ma légère ivresse. Je ne sais pourquoi, je me sens m’emporter. M’alléger. Me tranquilliser. Il fait un tel silence, que j’entends ma propre respiration être bruyante, se réverbérer à cause de l’écho de la pierre. Des acouphènes bourdonnent au fond des mes oreilles, et je dois parfois réfléchir pour savoir si le bruit que j’entends est une hallucination, ou si je l’ai vraiment entendu.
J’ai rien à perdre.
Pourquoi est-ce que j’ai les jetons, alors ?

La peur c’est un sentiment étrange. Elle se manifeste en moi d’une façon bien particulière. J’ai souvent eu peur pour ma vie. Dans mon enfance, j’avais peur quand je sentais que j’allais tomber de l’arbre sur lequel j’avais grimpé, j’avais peur de tomber de mon cheval quand j’apprenais à le monter en tant que petit page. J’avais peur sur les lices de tournoi, recroquevillé dans ma carapace de fer, de peur que la lance de mon adversaire me percute à un mauvais endroit et qu’une écharde de hêtre traverse la fente de mon heaume. Tout a changé depuis, mais j’ignore si c’est les voix de demoiselles du Graal, ou la révélation de la honte familiale qui a provoqué cela en moi. Peut-être un peu des deux.
Le chevalier idéal n’a pas peur pour sa vie. Il n’a pas peur de la douleur. C’est une peur égoïste, elle est utile au sergent monté, elle est utile à l’écuyer, au soldat roturier qui accompli les actes nécessaires à la guerre mais peu chevaleresques. C’est la peur qui le maintien en vie. C’est la peur qui fait qu’il ne va pas tenter de faire une charge suicidaire, qui va lui apprendre à se replier quand il faut, qui va lui enseigner la précaution et ses propres limites. C’est pour ça que ce sont des paysans qui s’occupent de la reconnaissance, du harcèlement, du tir à distance, de la manœuvre d’artillerie. Le chevalier, lui, refuse d’avoir une considération pour lui-même. Il n’a pas peur pour lui. Il a peur pour les autres.
Il a peur pour sa mère, qu’il risquerait de déshonorer. Il a peur pour son père, qui pourrait ne pas être fier de lui. Il a peur pour ses manants, dont les hurlements de douleur résonneraient dans ses oreilles si les hommes-bêtes, les peaux vertes, ou les hordes de morts-vivants venaient à traverser les remparts de son château pour se jeter sur ces masses désarmées. On m’a rendu imperméable à cette peur, parce qu’on me l’a volé. Parce que ce que je pensais être de l’amour de la part de ma mère, lorsqu’elle venait toutes ces nuits dans mon lit alors que je n’étais qu’un enfant, n’était rien d’autre qu’un abus dévoyé. Parce que ce que je pensais être de la fierté de la part de mon père, quand il m’encourageait à charger et écraser sous mes sabots des gueux ayant refusé de travailler, n’était en fait qu’une trahison de tout ce pour quoi les compagnons se sont sacrifiés lors de la Fondation de la Bretonnie. Et le château, mon chez-moi, où j’ai grandis, où j’ai ris, où j’ai aimé, n’était que l’escarre pas encore ouverte d’une blessure qui, secrètement, se nécrosait derrière la peau.

Je ne crois pas que j’ai peur de mourir, en fait. Mais ce n’est pas une bonne chose. Vous pourriez croire que c’est la preuve d’un bon chevalier, mais la témérité n’est pas le courage. Mais alors que je me retrouve tout seul, dans une semi-obscurité grandissante, je me rend compte que j’ai une putain de peur qui s’attache encore à moi, à mes entrailles, tout au plus profond de moi. Elle se réveille, comme une sur-infection sur un bouton qu’on aurait percé. Mais pourquoi j’ai peur, alors ? Qu’est-ce qui explique ce sentiment ? Je n’en sais rien.
Je me met à chuchoter, très, très peu fort, mais assez pour que j’entende un minuscule éclat d’écho contre la roche sédimentée qui m’entoure.

« Ma Dame ?
Je ne te demande pas la paix, le courage et l’amour. Tout ça on doit trop te le demander, tu ne dois plus en avoir. Et qu’ai-je fais en fait, pour le mériter ? C’est pour les autres, tout ça. Ma famille l’a renié au moment où elle a décidé de s’adresser aux puissances putrides qui veulent t’assaillir et te bafouer.
Donne-moi tout l’inverse, en fait.
Donne-moi la douleur, la peur et la solitude. Donne-moi les épreuves. Je veux mériter ta bénédiction. Et si c’est le seul moyen de l’obtenir, ainsi soit-il. Défend les gens autour de moi, garde Evrard, garde Margot… Je prend leurs peines sur moi. »

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 05 avr. 2019, 23:44
par [MJ] Katarin
+1 PdC de la Dame pour ton courage et ta prière, elle est avec toi, sois brave !
La situation s'était bel et bien inversée entre Evrard et Armand. Alors que le gasconnais était deux fois l'ainé de l'aquitanais, son opprobre l'empêchait de se révolter contre l'autorité de son jeune confrère. Penaud, il acceptait de bonne grâce les remontrances, les sachant méritées.

Si Triboulet ne sembla pas être dupe des flatteries d'Armand, il trouva néanmoins le courage d'obtempérer. Il partit aussi lentement que possible vers son objectif avec toute l'assurance et le courage qui le caractérisaient, trottinant de tronc d'arbre en tronc d'arbre pour se cacher d'éventuels ennemis, une souche pourrie serrée très fort entre ses deux mains calleuses pour seule protection face au danger.

Les deux chevaliers retraversèrent donc seuls le charnier les séparant du tumulus dans lequel se trouvait Margot. Evrard ne répondit pas aux suppositions d'Armand, se contentant d’accélérer le pas en prenant une mine grave.
Devant l'entrée obstruée, le chevalier d'Aquitanie tenta de rétablir le dialogue avec la voix qu'il avait précédemment perçu, mais cette dernière refusa de répondre à ses sollicitations. Le gasconnais ne mit néanmoins pas en doute la parole d'Armand - il avait trop à se faire pardonner pour désormais remettre en question son compagnon, et ce même si la présence d'une femme seule au fond d'un tumulus partiellement condamné était difficile à expliquer. Lorsqu'Armand lui montra le sang frais présent sur les pierres bouchant l'entrée, il signifia son assentiment d'un hochement de tête.

Malheureusement, éclairer le passage à travers l'éboulement à l'aide d'une torche ne fut d'aucun secours - si derrière la terre et la roche l'on distinguait partiellement les parois d'un couloir en pierre typique des tumuli précédemment visités, l'étroitesse et la profondeur de la fente ne permettaient pas de diffuser correctement la lumière à l'intérieur.

Ils prirent donc la décision de se séparer : Armand, malgré ses blessures, pourrait se faufiler sans gêne à travers l'étroit passage dans l'éboulement. Evrard quant à lui pourrait l'éclairer de sa torche, et monter la garde : son armure aurait rendu la traversée difficile, et l'on ne pouvait être certain que Triboulet ne revienne pas de son exploration avec un groupe d'ennemis le talonnant.

Armand éprouva quelques difficultés à se faufiler, non pas à cause de l'étroitesse du passage, mais bien de ses deux blessures qui, frottant contre la pierre, lui faisaient un mal de chien. Écrasé entre les deux parois, progressant vers une obscurité quasi totale, et subissant la trahison de son propre corps blessé et malade, il lui fallut un véritable effort de volonté pour parvenir de l'autre côté.
S'extirpant avec joie de cet étouffant chemin, il put utiliser le briquet à amadou pour allumer sa propre torche, découvrant enfin l'intérieur de ce gigantesque tumulus. Comme il s'y attendait, il avait débouché dans un grand couloir en pierre, plus long et large que ceux des tumuli précédemment explorés, que la lueur de sa torche n'arrivait à illuminer que sur quelques mètres avant que les ténèbres ne reprennent le dessus sur sa flamme. Les murs de pierre étaient recouverts de multiples gravures décoratives qui avaient souffert du passage du temps, donnant un aspect presque mystique à ce lieu. Une odeur de vieille pierre et de poussière emplit les poumons du chevalier qui ne put s'empêcher de tousser.
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- Je prierais pour vous, sire Armand, sans discontinuer jusqu'à votre retour. Quoi que vous trouviez là-dedans... soyez plus fort que je ne l'ai été. Et si c'est un spectre qui vous attends, alors la bénédiction de la Dame sur l'épée que je vous ai fourni saura percer l'immatériel pour le pourfendre.

Observant son environnement, Armand put remarquer sur le sol d'autres traces de sang encore fraiches. Ce n'étaient que quelques gouttes éparses, mais qui constituaient néanmoins une piste facile à suivre.

Progressant dans le tumulus, Armand dépassa de nombreuses alcôves superposées, disposées symétriquement de part et d'autres de l'ancien couloir, dans lesquelles étaient installés de modestes cercueils en pierre. Le bruit de ses pas résonnait dans toute la structure, malgré ses efforts pour ne pas troubler le repos des morts.

Il déboula dans une gigantesque pièce ronde qu'il devina être le centre du tertre. De grands piliers circulaires soutenaient un dôme composé de milliers de pierres superposées. Entre chaque pilier se tenaient encore plus d’alcôves dans lesquelles étaient contenues d'autres cercueils, dont la paroi était gravée de plusieurs sigles et symboles représentant leurs royaumes respectifs lorsque Cuileux existait encore, et retraçant les mérites de chaque brave tombé au combat.
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La faible lueur de la torche d'Armand avait bien du mal à éclairer une telle surface, comme si ce lieu de repos ne supportait pas cette intrusion dans leur habitacle fait de ténèbres millénaires. Difficile de ne pas se sentir écrasé par la taille et la majesté de ce gigantesque cercueil souterrain : s'il y avait des appliques murales sur les piliers de la pièce contenant des torches pouvant être allumées, Armand souhaitait-il vraiment déranger le sommeil des morts plus que nécessaire ?
Au centre de la pièce se tenait un imposant tombeau posé sur un piédestal, cercueil de pierre rectangulaire de plus d'un mètre de hauteur, scellé par une impressionnante dalle de pierre de plusieurs centimètres d'épaisseur sur laquelle était inscrite le nom du défunt : Berthelemy le Sanguin. Les quatre côtés du sépulcre étaient recouverts de milliers de gravures ; de minuscules caractères formant un gigantesque récit. L'intégralité de la biographie de l'homme enterré ici avait été taillée dans la pierre de sa dernière demeure.

Cette salle centrale servait de carrefour à quatre couloirs perpendiculaires traversant toute la structure du tumulus. Suivant la piste du sang, Armand partit en face de son point de départ, progressant dans un nouveau couloir en tout point similaire au précédent.

Qu'importait ce à quoi s'attendait le jeune chevalier errant au bout de ce voyage : il était certain que cela n'était ps conforme au spectacle qu'il découvrit.

Affaissée à genoux contre l'une des parois, une jeune femme inanimée aurait pu passer pour morte si Armand n'avait su déceler le bruit irrégulier de sa respiration sifflante. Un carreau d'arbalète était profondément planté dans sa région lombaire, et sa pèlerine brune était si imbibée de sang qu'il était impossible ne pas s'inquiéter de son pronostic vital. Ses mains étaient elles aussi recouvertes de liquide carmin - elle avait vraisemblablement tenté de retirer le projectile de son corps, sans succès.
Si son visage, caché par quelques mèches blondes, était partiellement taché de larmes séchées, de terre et de sang, cela n'enlevait rien à la beauté irréelle de qu'elle dégageait. Il n'y avait même pas de mot pour décrire la perfection de ses traits, comme si la Dame l'avait bénie à la naissance, ce qui rendait son observation perturbante : alors même qu'elle était en danger de mort, y avait-il vraiment le temps de s'attarder sur ses qualités physiques ?
Mais la parfaite harmonie de ses traits ou son état de santé n'étaient pas les uniques raisons qui perturbèrent le jeune chevalier.
Il connaissait cette femme.
Elle s’appelait Margot de Ternant. Ses parents, sire Benoit et dame Colette, étaient non seulement les seigneurs du royaume voisin de la Lyrie, mais aussi des amis proches du père et de la mère du jeune chevalier. D'aussi loin que se rappelait l' aquitanais, ils étaient invités presque toutes les semaines, et s'enfermaient toujours pendant de très longues heures dans le bureau privé d'Armand VII pour, croyait-il alors, parler d'épineuses questions stratégiques et diplomatiques. Leur jeune fils avait alors la mission d'être un hôte digne de ce nom, et de veiller au confort de leur fille Margot qui avait éveillé chez lui ses premiers émois.
Malheureusement, avec le temps, une distance s'était installée entre les deux jeunes enfants. L'adolescence venue, à chacune de ses visites, si Margot semblait toujours plus séduisante de jour en jour, elle devenait aussi plus froide, plus distante, sans que jamais Armand n'en comprenne la raison. Leur relation se détériora jusqu'à leurs seize ans respectifs, où elle décida de ne même plus accompagner ses parents lors de leurs visites, préférant rester enfermée dans le château familial. Voilà quatre ans qu'Armand ne l'avait pas revue, mais il n'avait pourtant aucun doute sur l'identité de la jeune femme inconsciente qui se tenait devant lui.
Lorsqu'il avait dénoncé sa famille au duc, le chevalier de Lyrie avait également évoqué leur complicité avec le royaume de Ternant. Une enquête avait été ouverte à leur sujet, mais Armand avait quitté le pays en quête de rédemption personnelle avant d'avoir eu l'opportunité de connaitre le sort qui leur avait été réservé - avaient-ils été eux aussi mis au bucher, déclarés hors-la-loi, ou avaient-ils réussi à être déclarés innocents ? Et surtout... comment leur fille avait atterri ici, seule et blessée dans un tombeau millénaire au milieu d'une forêt hantée dans le duché de Quenelles ?
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Mais il n'y avait pas qu'elle pour troubler le jeune chevalier. Alors que le couloir se terminait en cul de sac, était posé contre la paroi du fond l'un des plus beaux tableaux qu'Armand aie jamais vu, digne des plus incroyables peintures héroïques décorant le château ducal d'Aquitanie. D'environ un mètre sur soixante-dix centimètres, il représentait Gilles le Breton agenouillé devant la Dame et entouré par les Fées, alors qu'il recevait de la part de la Déesse le Saint Graal. Des feuilles d'or avaient été utilisées pour appuyer la magnificence de l'artefact légendaire ici dépeint, contrastant avec la cape carmin de Gilles, que la légende disait faite de la peau du dragon Smearghus.
Armand avait devant lui l'une des plus belles œuvres d'art qu'il n'avait jamais pu observer, dépeignant une scène mythique de l'histoire de la Bretonnie. Il était presque impossible de laisser son regard quitter la peinture tant elle fourmillait de détails magnifiques où que l'on pose les yeux, et pourtant, alors même que le jeune chevalier était fasciné par la splendeur de pareille merveille, il était pourtant incapable de faire abstraction de cet étrange détail qui lui inspirait un malaise indescriptible : pourquoi diable la Dame était encapuchonnée, son visage totalement caché dans les ténèbres et non pas rayonnant dans la lumière comme elle était toujours traditionnellement représentée ?
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Résumé des jets :

Jet d'encouragement d'Armand à Triboulet sur CHA : 18, totalement raté, aucun bonus octroyé.
Jet de courage de Triboulet sur (END+INT)/2 : 9, réussi tout juste.

Jet d'HAB pour Armand qui se faufile dans le passage : 11, raté de peu
Jet de perception à l'intérieur (INT+INI)/2 : 3, largement réussi

Armand : test d'INT facile (+4) pour reconnaitre la femme : 8, réussi
Armand : test d'INT pour connaissances artistiques pour le tableau : 12, raté.

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 06 avr. 2019, 15:07
par Armand de Lyrie
Ce n’est pas de la mort qui me fait peur.

Regardez quel honneur notre pays rend aux preux qui sont morts. On se sent écrasés et forcés à l’humilité en venant dans leur sépulture. Jusqu’ici, je pouvais encore entendre le léger souffle de ma respiration. En pénétrant dans ce lieu de repos éternel, je me force à ne plus le déranger avec quelque chose d’aussi minuscule que mon haleine. Alors que j'avais envie de cracher toutes les vingt secondes à la surface, je garde maintenant ma langue attachée à mon palais. Ma vie est antinomique à ce lieu. Seul règne Morr, qui a décidé de faire une infidélité à sa femme Verena pour prendre la main de la Dame. Plus rien de vivant n’a court ici. Il n’y a pas même de verdure, de mousse qui pousserait entre les pierres, il fait trop sombre et trop sec pour l’imaginer. Nous ne sommes pas ici dans une magnifique nécropole, comme celle que l’on trouve à Château-L’Anguille ; il n’y a aucune nécessité d’entretenir des bosquets, des jardins, des allées. Il n’y a personne qui vient laver les tombes, y poser des fleurs, et prier silencieusement. Seule la mort. Seule. Il ne reste même plus la rage, la colère ou la douleur : Cuileux a été perdue il y a si longtemps, Gilles n’avait même pas encore unifié les Duchés, aujourd’hui le deuil est achevé. On a tant pleuré qu’il n’y a plus de larmes, on a tant haït qu’on n’a plus la force de soulever l’épée, on a repris les frontières, exterminé les peaux-vertes, et à présent, il reste plus rien. Même le souvenir ça disparaît, la preuve étant que plus personne ne passe ici pour honorer ces braves lors de cérémonies pompeuses et orgueilleuses au sein de cathédrales titanesques qui tranchent bien avec la piété modeste d’une petite chapelle. Je me demande depuis combien de temps le sommeil de ces braves n’a pas été troublé. Mais le petit chevalier errant que je suis ne peux s’empêcher de trembler face à eux. Je sens un picotement le long de mon échine, et une chair de poule qui gagne tout mon corps.

Ce n’est pas la mort qui me fait peur.

Je marche d’un pas tremblant. Je baisse la tête. Je garde la torche près de moi. Le plus ironique, c’est que je n’ai même pas l’impression de violer leur sommeil, je n’ai pas l’impression de profaner leur tombe ; j’ai plutôt l’impression d’être un jeune enfant qui veut récupérer quelque chose dans sa chambre, mais il doit faire attention parce que le grand-père dort en ronflant. Je pourrais éclairer la pièce en allumant des torches disposées un peu partout, c’est peut-être ce qu’ils mériteraient, qu’une procession vienne, avec des seigneurs et des demoiselles, pour couronner leurs tombes de fleurs, pour que leurs descendants – si seulement ils en avaient – prêtent des serments devant leurs cercueils, et qu’on prie et communie avec eux malgré la séparation de la vie. Mais je suis bien seul, et je n’ai pas grand-chose à leur offrir, sinon toute ma pieuse déférence, c’est pas grand-chose. Je me contente donc de rester silencieux, en gardant mes prières pour ma propre conscience.

Ce n’est pas la mort qui me fait peur.

Je ne reconnais aucun des noms. Pas même celui de Berthelemy le Sanguin ne m’inspire quelque chose. Je suis vraiment face à l’Histoire, je suis au sein des origines de mon pays. Je me rends compte, au bout d’un moment, que si je reçois de l’air sur mes molaires, c’est parce que j’ai la bouche bée. La dernière fois que j’avais été aussi impressionné, c’est quand j’étais entré dans la grandiose cathédrale de Château-Bastonne. Par pure curiosité, et alors même que je suis pressé par l’urgence, j’approche la torche de la tombe de Berthelemy pour l’observer un petit peu. Le gisant qui est censé le représenter a été détérioré par le temps et la sédimentation de la pierre, et les caractères autour ne sont que modérément lisibles. Le style est vieux, les tournures sont loin d’être celles à la mode chez les troubadours de Brionne. Je n’ai pas le temps de tout lire, juste un passage où on explique que Berthelemy a donné sa lance à son épouse, qui l’a embrassée, puis il est parti dans une charge magistrale contre des… Des hommes-rats très grands et nombreux.
Je m’éloigne ensuite, sans pour autant faire dos à la tombe. Je suis encore persuadé d’entendre des bruits, très légers. J’entends un rire, je crois. Pas un rire menaçant, un rire franc, le genre que j’entendais lors de banquets ou de grandes fêtes. Ils sont unis à jamais, ces pieux chevaliers. Unis à jamais. Qu’importe qu’ils n’entretiennent plus de souvenir, qu’importe qu’on ne pleure plus en pensant à eux, ils sont liés à la Bretonnie à jamais. Ils nous sont liés, par la terre et par les morts, les deux choses qui collent à la peau et dont on ne peut jamais se défaire. Ça c’est quelque chose que les Nains ont en commun avec nous, que les autres oublient trop souvent, cet attachement mystique et écrasant du sol que l’on foule et des ancêtres qui nous ont engendrés. Il suffit pas de balancer trois pelletées de boue sur un cadavre pour l’éloigner, aucun sortilège ne peut les bannir : C’est un mouvement invisible de vénération qui nous attache à eux. Que serait un chevalier, s’il se définissait uniquement à partir de lui-même ? Quand chacun d’entre nous regarde derrière-lui, par dessus son épaule, il voit cette suite indéfinie de vies, brouillée de mystère, qui l’a précédé.
Ou peut-être que je me mens à moi-même en vous livrant ce monologue prétentieux. Peut-être que je suis hautain pour cacher la vérité. Parce que c’est plus facile pour mon esprit de s’arranger, de changer la version des faits, et de prétendre que je descend spirituellement de ces braves hommes oubliés, d’une nation oubliée, plutôt que d’admettre de qui je suis la progéniture.

Ce n’est pas la mort qui me fait peur. Et la Dame le sait. Elle n’est pas dupe, contrairement à tous le sautres. On peut mentir à ses pairs, on peut mentir à ses proches, on peut mentir à son suzerain, on peut même, et souvent on l’oublie trop souvent, mentir à soi-même...
Mais voilà. On peut tromper une fois mille personnes, mais pas mille fois la même. Elle le sait. Et Elle a une manière très facétieuse de me le prouver.

En voyant la jeune fille endolorie recroquevillée contre la pierre, je me suis senti défaillir. J’ai éprouvé le même sentiment que j’ai éprouvé il y a… Il y a un moment, quand je me suis battu contre le faux-chevalier fanatisé, quand j’ai senti la fin arriver, et que je me suis retrouvé à me battre comme un fauve au-dessus d’une fosse à pieux. Ce sentiment étrange, un sentiment de chute alors que j’ai bien mes deux pieds solidement ancrés au sol.

On peut tromper une fois mille personnes mais jamais mille fois la même. Qu’est-ce que j’espérais trouver, en quittant ma terre natale sans une armure et sans un camarade, sauf pour un gueux déluré que mon père gardait près de lui juste pour le divertissement que lui procurait les tortures et les humiliations quotidiennes et publiques à son encontre ? Qu’est-ce que je cherchais, à aller au fond des marais et des tourbes, à suivre un chevalier qui avait abandonné son seigneur pour égoïstement tenter d’aider un noble sans doute bien plus courageux que lui et qui avait accepté les dangers de la Quête ? Sans déconner, répondez-moi. Je croyais véritablement que j’allais devenir un chevalier du Royaume, que j’allais suffisamment impressionner le duc Armand pour qu’il me récompense d’un fief en-… En quoi ? En traînant sous la pluie verglacée au milieu d’une tourbe abandonnée ? En dérangeant les sépultures de braves d’un pays recouvert de forêts ? Avec, pour magnifique conroi, un paysan traumatisé et un aristocrate profanateur de tombes qui a voulu me trucider à coup de pelles ?
Evrard me l’a dit dans l’auberge, il y a quelques jours. Un vrai chevalier n'a pas besoin d'une raison de faire le bien autour de lui. Il le fait, parce que c'est sa nature. C’est tellement idiot comme phrase, ça paraît tellement naturel, c’est un lieu commun. Je vais vous dire pourquoi je suis ici. C’est ni pour impressionner mon seigneur, ni pour me faire un nom, ni pour servir la Dame et aider des gens. Tout ça c’est ce que je dis à moi-même et aux autres. Je suis ici parce que je veux fuir mon passé.
Ce n’est pas la mort qui me fait peur. C’est tout ce que j’ai vu et vécu dans le château de Lyrie, et que j’ai conjuré tant-bien-que mal en demandant au duc et à la prophétesse d’Aquitanie de faire abattre une juste rétribution par le feu sur ma terre et sur mes morts.

Dites-moi. Combien il y avait de chances sur un million pour que je tombe sur Margot de Ternant ? Combien, ici, là, maintenant, en cet instant ? Pas seulement dans l’immensité du duché de Quenelles, qui passe pour être le plus grand duché de Bretonnie. Pas seulement dans le Massif d’Orquemont, avec tous les dangers qui ont amené une ost de bannerets et d’écuyers à se rassembler pour les pourchasser. Pas seulement dans les tumuli perdus et hantés du pays mort de Cuilleux. Mais ici, précisément, dans ce tertre-sanctuaire abandonné de tous, alors que je ne faisais que passer et aurait bien pu ignorer cette voix que je confondais avec un spectre ? Ma main droite tremblait, et une partie de moi avait envie de sortir l’épée bénie d’Evrard, pour transpercer d’un coup le corps de Margot, m’attendant alors à la voir disparaître dans une lueur spectrale hurlante et maudite, la jeune femme n’étant alors révélée n’être qu’un maléfice cherchant à me torturer psychiquement et me rendre vulnérable pour mieux m’atteindre.
Combien de chances sur un million, répondez. Si je vous racontais cette histoire pendant une chanson de geste, vous vous gausseriez, vous me diriez : Et comme par hasard, il tombe sur son ancienne amie ! Que de clichés, que c’est attendu, quelle histoire vue et revue ! Je me suis senti détruis. C’est pas Ranald et sa fortune qui est à l’œuvre ici. C’est la Dame. C’est la Dame… C’est elle qui sait que je me mentais à moi-même. Mais elle refuse que je me pare de son honorable combat et service pour exorciser mes propres démons. La vérité, c’est que j’aurais dû mourir il y a deux semaines, j’aurais dû être tué par un de ces orques que je chargeais avec mes camarades chevaliers errants pour les culbuter et les faire chuter des montagnes. Ça n’aurait pas été une mort digne des plus grossiers racontars subtilement camouflés par la beauté de la prose et des rimes des troubadours Brionniens, mais au moins ça aurait mit une fin abrupte à mon errance, et ça aurait été probablement plus acceptable que ce que je suis en train de vivre en cet instant.

« Margot ? »

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise sur Margot.
Je pourrais vous en parler des nuits entières, avec des anecdotes plus-ou-moins attendrissantes, plus-ou-moins drôles, selon le public que vous êtes. Mais qu’est-ce que ça apporte ? Est-ce que vous en avez cure, au moins ?
J’étais tellement gosse quand je la connaissais. Je me souviens, elle était plus grande et vive que moi. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais les filles poussent avant les garçons, et y a cette période charnière, autour de onze, douze ans, où elles dépassent les jeunes pages. Elle était assez différente des autres filles, je crois. Plus… Moins… Je sais pas. La Bretonnie c’est un pays où les hommes et les femmes ont des rôles très clairement définis, comme le paysan et le noble. Il y a bien des femmes qui tentent de s’affranchir de cette dualité fort simple, exactement comme il y a en Bretonnie des centaines de milliers d’hommes qu’on qualifie légalement de « paysans » alors qu’en réalité ils se sont rendu riches et honorables par le travail, le commerce, l’artisanat, ou le savoir. Margot ne passait pas toutes ses journées recluse et bastionnée comme une prisonnière, à apprendre à coudre et à avoir une conversation futile et idiote. C’est elle qui m’a enseigné des jurons, peut-être un langage ordurier qu’elle a obtenu auprès des hommes d’armes de son père – c’est souvent les sergents qui sortent des mots comme « puterelle » ou « gourgandine ». Elle grimpait aux arbres, aussi, et elle m’insultait quand j’avais les jetons de faire de même. Elle savait bien me piquer dans ma fierté toute masculine en me comparant à une fille, ce qui était assez drôle de la part du genre faible.

Si on est tous d’accord pour admettre, en regardant les chansons de geste et les poésies d’amour courtois, que le rôle de l’amoureuse du chevalier c’est de l’inviter à se dépasser toujours plus pour l’impressionner, alors, on peut raisonnablement dire que Margot était ma première amoureuse, ma promise juvénile. Bon, pour le coup, impressionner Margot consistait à me faire railler et moqué par elle, et à remplir des défis complètement débiles sous peine de subir de sa part des caquets et des plaisanteries assez douloureuses. C’est comme ça que je me suis retrouvé à voler une poule et que j’ai failli être tué en me jetant sur le dos d’un âne morose. Mais je l’aie aimée. Je crois. Je vous avoue que je ne savais pas ce qu’était l’amour, à mon âge. J’étais trop jeune. Pas trop ingénu, en revanche, la faute aux obscénités que ma mère me faisait subir le soir, en me persuadant d’une voix douce que c’est ce que font les grandes personnes qui s’aiment. Mais disons que j’étais très proche de cette espèce de, comment dire, d’affection chaste fantasmée par l’amour courtois. Ça s’est détérioré très vite, je ne sais pas trop pourquoi. Ça m’a fait naître beaucoup de rancœur envers elle, surtout que vers mes quinze ans je commençais à devenir un vrai petit con, je commençais alors ma pagerie auprès de Sieur Quentin. La dernière fois que je l’avais vue, avant qu’elle refuse de revenir en Lyrie, je me souviens que je lui avais fais des remarques très désobligeantes parce qu’elle avait refusé de m’embrasser.

Je vous ai jamais parlé de sieur Quentin, je me rends compte. C’est un autre de ces hommes que je veux exorciser. Je vous ai dis pourtant, que j’avais été en pagerie auprès d’un ami de mon père. C’était lui. Bon chevalier, bon tournoyeur, il avait une posture élégante avec une arme, mais il était très retors, pas un fan des combats parfaitement honorables. C’est lui qui m’a apprit à bien dégainer l’épée, vous savez, cette technique que j’ai utilisé contre le chevalier-fou tout à l’heure, en plantant mon épée dans le sol et en la sortant au tout dernier moment pour parer sa lame. Personne ne peut nier que Quentin était un brave guerrier. Un fidèle de la Dame aussi, raisonnablement pieux. Je crois que c’est lui qui a eu une « mauvaise » influence sur moi, assez pour me réveiller et me mettre à poser des questions à mon père, sur la manière dont il dirigeait ses manants, sur le fait qu’il n’arrêtait pas de faire fouetter et torturer le pauvre Triboulet tout en hurlant de rire.
Quand finalement je me suis mis à trop douter de mon père, et à le soupçonner de choses horribles, c’est à Quentin que je me suis confié. Il a su être une bonne oreille, et de bon conseil, sur ce que je devais faire…
...C’était un piège. La nuit infernale qui me maintient encore éveillé par des cauchemars la nuit, il était là. Il était aussi corrompu que les autres. Que mon père. Que ma mère. Que tante Mahaut. Que le cousin Reynald. Que tous mes amis et mes proches. Tous. En fait, maintenant, avec le recul, je me rend compte que Margot de Ternant était peut-être la seule personne proche de moi, hormis Triboulet, qui n’était pas une traître immonde ayant pactisé avec la Décadence. Mais je l’avais oubliée. Elle n’était à mes yeux plus qu’une de ces personnes que j’avais éloignées de moi à l’époque où je devenais progressivement aussi licencieux que mon entourage, même si moi, je n’ai jamais franchi le point de non-retour et j’ai su sauver mon âme avant de succomber.

« Margot. »

Mes sourcils obliquent sur mon front. Je m’agenouille à côté d’elle. Mon regard est irrémédiablement porté par l’étrange tableau au fond de la pièce. C’est étrange que la Dame soit encapuchonnée, mais je trouve que ça va plutôt bien avec la scène, c’est un peu poétique, vous trouvez pas ? Sale que ces souvenirs remontent sous l’œil de Gilles le Breton.
Le tableau me distrait agréablement des blessures graves de Margot. Je suis pas médecin, mais franchement, je doute qu’avec ce qu’elle a perdu comme sang, elle puisse survivre longtemps. Je doute aussi, qu’avec sa faiblesse et son état, elle puisse être capable d’être évacuée par là où je suis rentré. J’ai bien fait d’entrer dans le tumulus sans attendre d’aller fouiller la cabane ou que Evrard enlève son harnois, mais même avec ça, je doute sincèrement que je sois à temps pour l’aider. Je le sais. C’est une réalité que j’accepte. Ça m’assaille le cœur, alors, j’ai une solution toute simple pour éviter de sombrer. Je fais comme avec le faux-chevalier de tout à l’heure : J’y pense pas. Je pense pas au fait que j’ai tué un homme, pas plus que je pense au fait que je viens de découvrir Margot au milieu de nul part et que je viens de tomber sur elle juste pour qu’elle file entre mes doigts. J’y pense pas, je le reflue au fond de moi, quitte à ce que tout sorte d’un coup à un autre moment et que je m’effondre. Il faut que je garde mon sang-froid, au moins c’est un talent que je me reconnais.
Elle est si belle. Pourquoi je me dis ça ? Je suis révulsé par moi-même de me faire cette réflexion, alors qu’elle dégouline de sang.

Ses blessures que j’observe sont franchement mauvaises. Le carreau d’arbalète est bien enfoncé, malgré le fait qu’elle l’ait manipulé. Elle a dû essayer de le retirer. Grossière erreur. C’est un tropisme dans les récits épiques : En Bretonnie on déteste avec passion toutes les armes à distance, au point où on ne verra des canons d’artillerie que dans la marine et à la limite quelques fois pour les sièges (Mais toujours en laissant la tâche de diriger les canons à des roturiers qu’on haïra malgré la nécessité de leur service). Moins pire que l’arquebuse, il y a l’arbalète, et moins pire que l’arbalète, il y a l’arc long, très répandu en Bretonnie, et qui est une arme qui nécessité de la virilité et de la force dans les bras, si bien qu’on peut parfois, si on est un original, congratuler un soldat de la roture particulièrement habile et adroit avec son arc, même si bien sûr on ne verra jamais un chevalier à un concours de tir à l’arc. Du coup, comme on déteste les armes à distance, il y a dans énormément de chansons racontant des batailles où la même scène similaire arrive : Le preux chevalier reçoit une flèche ou un carreau dans le poitrail, n’a l’air même pas dérangé, et, virilement, il se saisit de la flèche, la tire hors de sa peau, la jette, et retourne au combat. Frédémond d’Aquitanie, le Compagnon du Graal de mon duché, il est notamment connu pour incarner la Vertu du Noble Dédain, et ceux qui font le vœu du noble dédain jurent de haïr les combattants à distance et de toujours tout faire pour leur latter la gueule à coup de lame ou de masse ; c’est vous dire l’état d’esprit de mon pays-
-Bref. Tout ça pour vous dire : Margot a été très bête de tirer le carreau de son corps, un truc qu’elle a dû vouloir faire parce qu’elle a lu trop de chansons de geste. Il ne faut pas faire ça. Parce qu’en vrai, tirer le carreau de son corps comme ça, c’est le meilleur moyen d’agrandir la plaie, de la perforer, et, une fois qu’on a enfin retiré le carreau, de laisser un trou béant d’où ne cesse de couler du sang. Un carreau, c’est le médicastre qui le retire, et qui immédiatement va s’occuper d’appliquer des bandages, de cautériser, voire-même d’utiliser des sorts magiques si c’est une damoiselle qui connaît les rites nécessaires pour faire cicatriser une plaie. Tout au plus, pour l’heure, on peut appliquer un linge autour de la pointe d’acier, pour limiter le sang qui est déjà en train de partir. Personnellement, ce qui m’inquiète, c’est que là où elle a été touchée il y a plein d’organes sensibles. J’ai aucune idée desquels me demandez pas, déjà des médecins en Bretonnie – je vous parle de vrais médecins qui étudient la médecine, pas juste des rebouteuses de village – y en a peu et ils ont du mal à apprendre parce que le culte de Morr interdit les autopsies, alors demandez pas à moi. Tout ce que je sais c’est des premiers soins élémentaires qu’un prêtre de Shallya – un prêtre, pas une prêtresse, c’est assez rare mais il y en a – m’a raconté avec passion une fois au coin du feu. Mais si jamais on a perforé, bah, heu, un truc, ça sent le roussi pour elle.

Pour l’heure, je sais comment je vais réagir. Agenouillé devant elle, j’attrape le carreau des deux mains, et en casse vigoureusement le bois aux 2/3. Le but c’est simplement de pouvoir mieux la déplacer sans risquer de faire bouger tout le carreau et donc agrandir la plaie, mais j’essaye pas de casser trop court sinon après ça va être chiant pour le médecin d’être capable de le retirer.
Une astuce de crevard qu’aiment bien faire les archers longs Bretonniens, c’est fixer la pointe au fût non pas avec de la gomme ou de la sève, mais avec leur seule salive. Le résultat, c’est que quand un type est touché, il se saisit du bois de la flèche, la retire, et- surprise. Il découvre que le bois a disparu, mais que la pointe est restée fichée dans sa peau. Là il sait que le seul moyen de retirer la pointe de fer, ça va être de grossir le trou, et qu’il va souffrir atrocement. Et après que je vous ai raconté des trucs comme ça, vous vous étonnez encore qu’en Bretonnie on déteste les armes à distance ?

Faudrait peut-être que je trouve un moyen d’arrêter le saignement. Peut-être en retirant ma chemise pour l’utiliser comme bandage sommaire ? Faut que je regarde s’il y a encore une chance. Je pose mes mains sur Margot, et la manipule pour tenter de la réveiller – si elle réagit pas j’aurai pas d’autre choix, en l’absence de sels d’ammonium, que de lui coller une grosse baffe.

« Margot ? Margot je t’en supplie, réveille-toi. Tu peux m’entendre ? »

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 16 avr. 2019, 14:33
par [MJ] Katarin
Armand put remercier l'excellente éducation que lui avait fourni feu son père, Armand VII de Lyrie. L'étiquette, l'équitation, le maniement de l'épée et de la lance, les prières, les valeurs morales, rien n'avait été oublié pour faire d'Armand un chevalier digne de ce nom. Mais plus que l'ensemble des compétences nécessaires pour pouvoir investir le rôle de chevalier errant, Armand avait également été formé à l'art de la guerre. On lui avait inculqué des notions de tactique et de commandement bien sûr, mais aussi d'autres bien moins héroïques à énoncer, comme la survie en milieu hostile, et les premiers soins à apporter aux blessés afin de préserver leur vie lorsqu'il n'était pas possible de faire intervenir un médecin.

Malgré le choc, la fatigue, la douleur et l'ivresse, les souvenirs du cours que lui avait donné ce prêtre de Shallyah lui revinrent parfaitement en mémoire, au mot près. Il inspecta de près la blessure, tâtant délicatement la zone autour du point d'entrée du projectile pour déterminer les possibles dégâts qu'il avait provoqué. Le carreau était entré de biais, et avait probablement été arrêté par l'os iliaque gauche : restait à savoir si ce dernier avait été perforé ou non. Si c'était le cas, alors Armand était presque certain que les organes internes derrière étaient trop vitaux pour se permettre d'être abîmés sans que Margot n'en meure rapidement. Sinon, alors la vie de la jeune femme ne devrait pas être en danger si elle voyait un médecin rapidement : au pire perdrait-elle l'usage de sa jambe gauche.

Quoi qu'il en soit, il devait à tout prix endiguer l'hémorragie. Du sang coulait toujours de la plaie, et au vu de la couleur de la pèlerine de la jeune femme, elle en avait déjà perdu abondamment. Après avoir cassé le carreau pour faciliter le déplacement de Margot, il tenta de la réveiller car il savait que pour endiguer l'hémorragie, il allait falloir comprimer sa blessure avec force : outre la douleur qui en résulterait, il s'agissait également d'apposer une pression non négligeable dans une zone quelque peu intime de la jeune femme...

Fort heureusement pour la dame de Ternant, l'utilisation de gifles musclées ne fut pas nécessaire pour la faire revenir à elle. Les paroles d'Armand, couplées à quelques sollicitations physiques respectueuses, suffirent à la faire revenir à elle. Grimaçant immédiatement de douleur alors que sa conscience émergeait, elle peina à ouvrir les yeux.

- Ar... Armand ?

Tout autant que lui, elle semblait choquée de le voir en ces lieux, et devait également se demander si un spectre ne lui jouait pas un mauvais tour. Par réflexe, elle tenta de se mouvoir, mais la douleur dans sa jambe l'en dissuada immédiatement, tandis qu'elle laissa échapper un juron de douleur.

- Putain...

Malgré les souvenirs d'Armand et la terrible blessure de Margot, il y avait une étrange dissonance à voir visage si parfait utiliser un pareil vocabulaire.

- C'est toi que Morr envoie ? Merde Armand... si j'avais une liste des derniers visages que j'aimerais voir avant d'y passer, tu ne serais même pas dedans.

Elle voulut afficher comme un sourire pour appuyer sa plaisanterie, mais eut la mauvaise idée de vouloir à nouveau bouger sa jambe, ce qui transforma son expression en rictus grimaçant de douleur tandis que ses yeux s'humidifiaient de larmes. Elle osa enfin jeter regarder sa blessure, et ses yeux s'agrandirent comme des soucoupes lorsqu'elle vit l'immense tache carmin ornant sa pèlerine. Si elle avait paru forte jusque là, presque aussi brave qu'un homme, la peur de mourir sembla la rattraper pour la posséder toute entière. Sa voix devint tremblante, presque suppliante, tandis que sa main se crispait sur l'avant-bras du chevalier.

- Je... Je veux pas mourir Armand. Pitié... Aide-moi.

Tu sais que tu dois comprimer la blessure un certain temps pour arrêter le flux sanguin, et tu y arriveras, je te laisse donc rp la scène - elle te fera confiance pour la manipuler dans la limite du raisonnable, mais hurlera quand même de douleur dès que tu appuieras, en retour de quoi tu entendras l'écho déformé de la voix inquiète d'Evrard ^^°. Pour la suite, Margot est éveillée, mais ne peux pas prendre appui sur sa jambe gauche - si elle doit se déplacer sans être portée, il lui faudra s'appuyer sur quelqu'un, ou a minima une béquille.
Si tu bouges sa pèlerine, note que tu remarqueras qu'elle est vêtue très sobrement, à la manière d'une citadine aisée : sa pèlerine est doublée en laine de mouton pour la protéger du froid, et dessous elle porte une longue robe d'hiver grossière de couleur brune. Pour une noble dame, c'est la misère. De surcroît, sous la capuche de sa pèlerine, elle ne porte ni calotte ni coiffe, laissant ses cheveux parfaitement libres (voir image du post précédent) - c'est limite érotique pour un bretonnien, et plutôt malséant :D


Résumé des jets du tour :
Jet de traumatologie de Armand (INT+HAB)/4 puisque Armand n'a pas la compétence : 2, réussi. Je suis choquée. T'es un chevalier de Ranald, pas de la Dame.
Test d'END de Margot pour se réveiller : 6, réussi.

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 16 avr. 2019, 20:20
par Armand de Lyrie
Je n’ai plus aucun doute sur la réalité physique de Margot. C’est son putain qui m’a mit la puce à l’oreille, qui a achevé de me convaincre, le petit mot qui résonne dans mon âme et qui me rappelle à tant de souvenirs. Je suis bien plus grand qu’elle maintenant, mais à l’époque où c’était l’inverse, c’était bien elle qui m’enseignait tout une flopée de jurons colorés, je vous l’ai dis. Il y avait quelque chose de presque tendre à écouter ce mot ordurier envers les prostituées, tant il me ramenait à une époque tellement plus douce et insouciante. Et pourtant, contrairement à beaucoup d’autres personnes, je ne peux pas faire appel à mon passé comme manière de me rassurer et de m’adoucir. J’en reviens presque à envier les paysans qui, lorsqu’ils partent loin de chez eux, peuvent faire appel à l’harmonieux souvenir de leur hameau, à leur village et leur moulin quelconque qui ressemble à des dizaines de milliers d’autres autour de la Bretonnie, sauf que c’est le leur. Moi, je ne peux plus faire appel à l’amour paternel, au souvenir maternel, à la remembrance de mon castel ou au souvenir d’un conroi de chevaliers sans être hanté par le fait que tout ceci n’était qu’une misérable profanation qui reposait sur le supplice d’âmes et de corps innocents, où les miens redoublaient d’imagination lubrique et dévoyée pour salir tout ce qu’il y avait de pieux et de bon dans ces corps et ces âmes.

Mais assez perdu de temps à me morfondre. Vous devez en avoir marre, de m’entendre lancer des phrases poétiques pour raconter à quel point je suis le vilain petit canard Bretonnien. Sur le coup, je me sentais écrasé, tant par ma faiblesse, que par la piété du lieu que je crottais par ma simple présence, et que part l’affliction de Margot. J’aurais pu l’assaillir de questions, j’avais envie de le faire, mais le contexte s’y prêtais pas trop. Quand elle bougea, je posais instinctivement mes mains sur elle pour la retenir et la forcer à se tenir tranquille, me rendant compte uniquement avec latence que ce n’était franchement pas convenable pour moi de poser mes mains sur elle : J’avais beau avoir été élevé par des aristocrates lascifs, la vie en société m’avait forcé d’apprendre la base de l’amour courtois, et la base c’était quand même touche pas aux filles. Assez ironique pour un art qui consiste à courtiser les damoiselles, mais c’est ça qui fait toute la beauté et la subtilité de la Bretonnie, autrement on se contenterait de mettre au lit des traînées légères en échange d’une bière payée à la taverne d’Altdorf, comme on fait de l’autre côté des Montagnes Grises.

Sa dernière phrase apitoyée me blessa plus que la hargne qu’elle avait à me revoir. Je me contentais d’afficher une mine grave, mes sourcils toujours obliques sur mon front, les lèvres pincées. J’admets que je n’ai aucune envie de lui mentir, en lui promettant qu’elle va s’en sortir. Nous Bretonniens sommes un peuple qui n’aime pas faire des promesses qui ne peuvent être tenues, je vous l’avais déjà dis. Je me forçais à lui faire un sourire rassurant, mais je suis sûr et certain qu’elle se rendait bien compte que c’était une grimace forcée – à moins que, au fond d’elle, une petite lueur inconsciente accepte volontiers l’artifice pour se sentir apaisée.

« Conjurons le sort, Margot, tu veux bien ? Je vais tout faire pour que tu sortes d’ici vivante, de cette manière, tu n’auras pas à subir mon affreuse trogne avant le trépas. »

Et je lui serrais très fort les petits doigts de sa main, que j’entrelaçais avec les miens, pour bien appuyer mon propos. Aujourd’hui j’avais réussi à sortir Evrard de sa torpeur maladive, ce n’était pas pour voir la jeune fille y plonger maintenant. J’aurai eu une journée bien remplie, il fallait pas la terminer autrement que par une cuite monstrueuse et un lit chaud dans lequel je pourrais comater pour me remettre de mes blessures.

Mais il fallait que Margot survive des siennes.

« Je peux pas te déplacer. Tu mourrais. Je dois arrêter le flux sanguin.
Je te préviens de suite : ça ne va pas être très agréable. »

Je passe mes mains sur sa pèlerine et déshabille Margot. C’est le genre de scène qui prêterait à faire rougir si seulement on était pas pressé par l’urgence : C’est un linge dans lequel elle a transpiré et saigné, mais le risque d’infection la tuerait en une dizaine de jour, le saignement la tuera en une demi-heure, le choix est évident. Je la vois déjà serrer les dents par appréhension de la douleur. Si seulement j’avais la vinasse achetée à Magone sous la main, je m’empresserais de la laisser finir.

Je suis pas médecin. Je suis pas un rebouteux. Je n’ai même pas les compétences d’un médicastre aux armées qui passe sa vie à amputer en ne se souciant guère de laver sa scie en passant d’une jambe à l’autre. J’ai même jamais manipulé un blessé de toute ma vie. Et comme si ça ne suffisait pas, j’ai ma timidité maladive de preux chevalier qui survient Je pose mes mains sur elle mais les retires aussitôt, peu sûr de savoir s’il est bien séant d’ainsi faire preuve d’une telle outrecuidance dans la façon dont je manipule une jeune femme. Je commence même à rougir.
Cela a l’air d’enrager Margot, ce qui est assez normal vu qu’elle est à deux doigts de mourir et qu’elle n’a pas tellement envie de perdre son temps à gérer mes susceptibilités. Déjà que en temps normal ça doit être le cadet de ses soucis, avec un carreau d’arbalète fiché au fond de sa peau ça doit ronger sa patience. J’ouvre ma bouche pour lui lancer une excuse avec des formes, mais elle me coupe avant et rugit avec une voix sanglotante et endolorie :

« Fais ce que t’as à faire bordel. »

Je ferme mon clapet. Je mord mes lèvres pour ne pas dire pardonne-moi, car je suis sûr que me comporter comme une madeleine me vaudrait simplement une grosse tarte sur ma joue avec le peu de forces qu’elle peut encore mobiliser.
Du coup, je me retrouve à agripper Margot et à poser maladroitement mes mains sur elle pour l’attirer vers moi. Je retiens mon souffle en approchant la pèlerine de son torse ; je vais devoir produire un petit trou afin qu’elle glisse au travers, mais le cuir doublé de laine est épais. Heureusement, l’épée d’Evrard est là. J’éprouve certes un léger sentiment de gêne à utiliser une magnifique lame bénie par des Demoiselles de la Dame pour quelque chose d’aussi trivial que couper un bout de vêtement, mais, dans un certain sens, j’exerce Sa volonté alors hein, Elle me pardonnera…
La pèlerine glisse le long du carreau cassé, pour venir contre son corps. J’agrandis le trou de sa robe d’hiver (De toute façon vu la mauvaise qualité, je suis sûr que même ma maigre bourse peut lui en racheter une autre) en faisant soigneusement gaffe à ne pas mettre mes gros doigts sales dans la plaie. Ensuite, j’attrape le corps fiévreux et tremblant de la jeune fille, et la fait lentement tomber sur mon épaule, de façon à avoir accès à son dos. Je colle la pèlerine et commence à la tourner autour, en compressant le plus possible de manière à arrêter le saignement.
Elle commence par siffler entre ses dents. Puis elle se met à franchement crier. Un hurlement fluet qui se réverbère par un écho le long du mausolée. Je me surprends à la caresser du bout des doigts en prenant une voix douce, bien différente du rugissement de fauve que j’ai utilisé pour solliciter Evrard à sortir de sa crise de folie.

« Chhhhhht. Je vais tout faire pour te sortir de là, Margot. Je vais tout faire pour te ramener en sécurité. »

Mes mots doux ne fonctionnent pas trop. Ça serait sous-estimer la profondeur de la perforation. Elle continue de crier, alors que je tente de doubler la pèlerine qui se transforme en bandage improvisé, la serrant le plus possible dans son dos. Au loin, je crois entendre la voix d’Evrard qui dit un truc, probablement inquiet. Mais je sais pas ce qu’il raconte. J’ouvre très grand ma gueule et je hurle avec toutes les forces qui reste à ma voix étranglée :

« TOUT VA BIEN ! JE VAIS REMONTEEER ! »

J’ai hurlé tellement fort que j’ai un peu postillonné. Je pose d’ailleurs vite ma main sur ma bouche, conscient de l’affront que je viens de faire. J’ai mal à la gorge putain.
Je me retourne vers Margot et la force à se relever, en la tenant très fort et très près de moi.

« Tu peux marcher ?
Margot, tu as vu la crevasse de tout à l’heure… Tu te sens capable de repasser au travers ? Ou bien il faut que je cherche une autre issue ? »

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 17 avr. 2019, 16:59
par [MJ] Katarin
Après pareille intervention, avoir subi pareil tourment et s'être épuisée en hurlements de douleur, Margot semblait plus fragile que jamais. Elle avait le souffle aussi pénible que son ami d'enfance fiévreux, le corps tremblant, et les joues encore humides des larmes versées. Elle écouta les mots du chevalier, mais plusieurs secondes lui furent nécessaires pour qu'elle manifeste sa compréhension, et qu'elle tente de faire un pas mal assuré de sa jambe droite. Puis, prenant appui de toutes ses forces sur Armand elle déplaça lentement sa jambe gauche pour avancer. Elle grimaça tout du long de l'opération, mais avec l'aide de son compagnon, elle réussit à poser son pied sur le sol, pour rapidement alterner de nouveau sur sa jambe droite.

- Si tu m'aides... et que l'on progresse lentement... je pourrais boitiller jusqu'à la crevasse. Quant à la traverser, l'étroitesse du passage m'empêchera de tomber. J'aurais qu'à me tirer avec mes bras si mes jambes ne suffisent pas. J'y arriverais.

Tout dans sa posture trahissait la souffrance terrible que sa blessure lui faisait ressentir. Et pourtant, son regard bleu acier ne montrait qu'une chose : sa détermination à surpasser cette faiblesse, à être plus forte que la douleur. Si elle avait eu un instant de fragilité en découvrant son état, puis avait laissé libre cours à ses hurlements lors des soins d'Armand, Margot avait désormais retrouvé la flamme de la combativité.

Elle avait toujours été ainsi. Une volonté de fer, ou une fichue tête de mule, selon le point de vue. Capable de rester assise devant son repas froid une journée entière sans y toucher car on lui avait interdit de quitter la table tant qu'elle ne l'aurait pas fini. De grimper à un arbre, d'en tomber, se blesser, être interdite d'activité aussi stupide que dangereuse pour une dame, pour mieux ignorer la directive et réessayer le lendemain. Lorsqu'Armand se faisait prendre pour les gages qu'elle lui inventait, elle n'hésitait jamais à dévoiler sa responsabilité et se porter fautive, en regardant ses parents les yeux dans les yeux, comme pour les mettre au défi d'oser le punir lui plutôt qu'elle.

Les années ne l'avaient pas changé.

Alors qu'Armand esquissa un mouvement pour qu'ils se dirigent ensemble vers la sortie du tumulus, Margot se manifesta :

- Armand, attends, tu oublies le t...

Elle s'interrompit soudainement, avant de dévisager son ami d'enfance. Elle avait soudainement l'air méfiante, et s'il n'y avait sa jambe blessée sans doutes aurait-elle esquissé un pas de côté pour mettre de la distance entre eux. Même sa voix devint plus froide, alors que les doigts de sa main droite se refermaient sur le pommeau d'une dague accrochée à sa ceinture.

- Tu n'es pas venu pour le tableau. Mais alors... Ce que tu es venu chercher, c'est moi c'est ça ? Pourquoi Armand ? Pour me sauver ou pour... finir le travail ?


Jets du tour :
Jet d'Endurance de Margot (tant physique que mental): 3, réussite. Elle boitille, mais elle gère grave

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 17 avr. 2019, 18:03
par Armand de Lyrie
Je suis plutôt satisfait de mes premiers secours. Cela ne faisait pas partie de mon curriculum de chevalier et pourtant au final j’arrive à empêcher la jeune Margot de se vider dans le mausolée. Elle a pas l’air bien, et pourtant, elle ne se contente pas de s’écraser au sol avec les jambes flageolantes. Une telle force de caractère, à moins que ce soit la rage et le désespoir de vouloir s’échapper d’ici. Je ramasse l’épée que j’accroche à ma ceinture, et je l’attrape et la laisse m’utiliser comme un moyen de locomotion, même s’il faut avouer que je suis pas en meilleur état qu’elle : j’ai toujours par intermittence des mouches devant les yeux, sauf qu’à présent, l’obscurité dans lequel est plongé le tumulus qui m’empêche de me rendre compte des dégâts que j’ai subi. Je retiens les râles endoloris qui viennent du fond de ma gorge, et au contraire, je me met à bouillonner d’impatience, comme un coureur qui voit devant lui les derniers mètres de la course : Je vais la sortir de là, la poser sur mon cheval, récupérer Evrard et Triboulet, galoper en vitesse ventre à terre jusqu’à Magone, la jeter dans les bras d’une prêtresse de Shallya – ou, à défaut, d’un médicastre peu recommandable – aller quémander l’hospitalité du seigneur Landry – ou de son intendant, s’il n’est toujours pas rentré de sa glorieuse marche contre les orques – et conclure cette folle journée monstrueuse où j’aurai tué un homme et découvert des dizaines de cadavres, quitte à devoir revenir plus tard avec des croques-morts pour donner la paix éternelle aux esprits de Cuilleux.

Du moins ça c’était le plan que je n’arrêtais pas de répéter depuis trois quart d’heures. C’est bien les plans, ça permet de s’accrocher à quelque chose, mais j’aurais l’air d’un con si je pensais que je pouvais me permettre de vivre ma vie uniquement avec des plans qui ne seraient pas anéantis sitôt soumis aux circonstances. Aujourd’hui j’aurai beaucoup prié la Dame, imploré pas mal Morr, un tout petit peu Shallya, mais il y a un absent dont pourtant je devrais me souvenir – Non, ce n’est pas Taal, bien que, je me rends compte que je n’ai pas payé mes respects pour le Dieu des forêts, mais il me pardonnera parce que je n’ai pas passé la journée à couper des arbres ou à tuer ses cerfs… Non, le grand absent, c’est Ranald. Il est pas populaire en Bretonnie, Ranald. Il est populaire nul part mais je veux dire en Bretonnie c’est pire, c’est un Dieu-truand qui sert les vauriens et les escrocs, on a la méchante tendance à martyriser, voire à assassiner les cultistes de Ranald. Et pourtant, même si c’est très peu chevaleresque de faire ainsi, je me surprend à croiser mon index au dessus de mon majeur, pour conjurer le sort et lui demander de me sortir du pétrin. Parce que mon schéma très bien établi qui m’aurait permit de m’enfuir et d’enfin finir en sécurité viens de voler en éclats à la seconde.
Margot tente de m’arrêter alors que je la porte presque vers l’entrée du tombeau. Elle veut m’alerter sur le tableau, qui, s’il est vrai que c’est un tableau tout simplement magnifique quoique énigmatique, n’était à mes yeux rien de plus qu’une jolie fresque peinte pour honorer les héros de Cuileux qui sont morts au service de leur duché. Mais non. Je la regarde droit dans les yeux, avec mes pupilles écarquillées, d’un air benêt et naïf. Est-ce que ça se voit que je n’ai pas la moindre idée de quoi elle parle ? Non. Elle pose sa main, dans un très utile réflexe, vers son couteau. Elle a l’air étonnée que je vienne pas pour le tableau, et se met soudain à craindre pour sa vie. Moi aussi, d’instinct, je lui répond avec une petite voix :

« Du calme ! Margot, je ne te veux pas de mal, je- »

Je me mord les lèvres. Soudainement. Tout en gardant, toujours, mes doigts croisés sur la main qui ne sert pas à la tenir. Je sens soudain que j’ai très mal à la tête, et c’est pas à cause de la soif, du vin ou de la perte de sang. C’est plus, comme si une idée trop intelligente pour mon minuscule petit cerveau, venait de soudainement grossir comme un cancer foudroyant.
Tu es venu finir le travail.

Sur le coup, cette phrase, elle m’a pas alerté, parce que je pensais qu’elle faisait référence aux assaillants qui ont massacré les chevaliers Aquitains. Mais qu’est-ce que je suis con. Comment je peux être aussi con. Il faut vraiment être fou pour être demeuré comme moi. Je sais que j’ai été lacéré par une épée mais la perte de sang ç’a n’a pas empêché l’irrigation de mon cerveau quand même ?
Bien sûr que oui les chevaliers qui se baladent au milieu de Quenelles c’est des Aquitains. Pourquoi ils viennent pas d’Artois ou de Bordeleaux, à votre avis ? Il y a pas eu, genre, je sais pas moi… une putain de purge au milieu des familles nobles d’Aquitanie y a pas longtemps?! Je crois que je vous ai dis deux ou trois fois qu’en Bretonnie on aime pas les arbalètes, c’est pas chevaleresque – vous croyez que des types qui sont pourchassés pour avoir pactisé avec les forces de la Déchéance ils en ont quelque chose à foutre de subir des haussements de tête dédaigneux parce que leur soldatesque emploie des arbalètes à répétition ?
Ou peut-être que je suis taré. Peut-être que le sang a vraiment du mal à m’irriguer le cerveau. Après tout y a pas long je délirai à moitié en me disant que Margot était un fantôme immatériel. Je ne suis pas un dogue employé par les seigneurs et les shérifs pour chercher des enfants disparus, j’ai le museau moins exercé qu’un chiot, faut pas que je parte en conjonctures délirantes sur mon état et ma situation.
Mais, n’empêche, je me sens soudain contraint à la prudence. Et à ne pas me mettre à hurler à Margot de se tranquilliser parce que je suis un pieux inquisiteur de la Dame qui souhaite massacrer les truands et les infidèles – après tout, même si elle ne venait plus en Lyrie lorsque je suis devenu adolescent, ses parents étaient très proches des miens. Si ça se trouve on m’aurait demandé de l’épouser une fois devenu chevalier du royaume et féal, si seulement je n’avais pas eu la brillante idée de galoper en toute hâte vers une chapelle du Graal pour révéler toute l’étendue de la souillure familiale.

« Je ne savais même pas qui tu étais en entendant ta voix depuis la surface ! Je suis descendu en croyant aider quelqu’un, n’importe qui – je me demande encore quelle force divine ou surnaturelle a agit pour que je te retrouve, toi, ici, en ce lieu... »

Je prend soudain une voix plus calme. Plus douce. Plus accorte… Mais en continuant d’observer son petit bras qu’elle approche de sa dague. C’est très, très menaçant les dagues. Surtout qu’à ma distance, si près de son corps, elle pourrait ne pas se contenter de me lacérer, mais carrément de me planter… ça me fait peur. Si j’étais un lansquenet truand de l’Empire, je me préparerais déjà à lui briser le poignet et à lui éclater son petit cou tout fin sous mes mains, hélas je suis né chevalier Bretonnien : Loin de me mettre dans une posture agressive, loin de chercher à la terrifier et à me parer à toute riposte, chose qui serait aisée si c’était un sergent roturier que j’extirpais de ce mausolée, je me sens obligé de plier le dos et de rester très courtois envers une demoiselle – même si plein d’idées différentes se bousculent au fond de ma tête, et que je ferme mes yeux un instant à cause du mal de crâne et des huit cent trucs auquel je dois penser qui me trottent dans mon esprit.
J’ai tellement de trucs que je veux dire. Tellement de choses qui vont pas. Un mélange infâme de détails essentiels ou parfaitement triviaux. L’arbalète. Mon père. Le chevalier de la quête qu’on est venus chercher. Evrard qui attend en haut. Le fossoyeur. La malédiction de Morr. Les esprits. Elle est si belle… Triboulet s’en est-il sorti ? Je crois que j’entends Evrard crier à nouveau, inquiet. Ses parents étaient corrompus. L’étaient-ils vraiment ? La peinture. La pluie et la neige qui viennent de manière aussi aléatoire que le cycle de Morrslieb. Pourquoi je la trouve aussi belle ? Les pièges truffés de pics. L’escorte composée de truands. Mon ennemi portait une armure de chevaliers.
Tout. Tout se mélange. Tout. On dirait que je tombe devant un sac de nœud et je sais pas par où commencer, et peut-être que je pourrais y songer si seulement je n’étais pas 1) blessé, 2) fiévreux, 3) alcoolisé, 4) perdu dans un monument funéraire grandiose, 5) apeuré par l’idée que je vais peut-être être poignardé.

À tout hasard, avec ma voix douce, je tente de temporiser. Elle doit être aussi hésitante et apeurée que moi. Est-ce qu’on est amis ? Ou ennemis ?

« J’ai tellement de questions à te poser, je sais même pas par où commencer. Mais je ne suis pas venu ici pour te faire du mal. J'ai arrêté le saignement, mais à présent, il faut que je te sorte d'ici et que je t'amène en sécurité, de préférence chez quelqu'un qui pourra te recoudre.
Mais maintenant que toi tu m’as posé une question, c’est toi qui doit me soulager d’une. C’est juste, non ? »


Et je tourne ma tête pour fouiller à l’intérieur de mon mantel, de manière un peu hésitante. Je tire alors l’un des clous, que j’ai subtilisé à un des corps, en demandant pardon pour le larcin entre temps. Je tend le clou devant elle, afin qu’elle le regarde bien. Et sans dire où je l’ai déniché, ni lui parler du charnier au-dessus, ni du fait qu’il était en double exemplaire, ni du fait que je ne pense pas que ce soit juste un clou rouillé autour duquel on aurait noué une petite cordelette pour X raison, je lui pose la candide question :

« Ceci… ça te dis quelque chose ? »

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 18 avr. 2019, 13:12
par [MJ] Katarin
Les yeux de Margot ne quittèrent pas un instant la visage d'Armand. Alors qu'elle écoutait sa réponse, son expression inquiète trahissait sa méfiance, sa peur, et il ne semblait pas que la justification de son ami parvienne à la rassurer. Sa main ne quittait pas le pommeau de sa dague, ses doigts crispés dessus. Comptait-elle vraiment la dégainer, ou n'utilisait-elle son contact que dans l'unique but de se rassurer ?

- Oui. Le Duc ne serait pas revenu sur sa parole. Et si c'était personnel, tu m'aurais achevée, pas soignée.

Elle parlait à son compagnon, mais ses mots semblaient plutôt destinés à elle-même, comme si elle réfléchissait à haute voix. Comme si, en les prononçant, elle tentait de se rassurer, de se convaincre elle-même. Elle voulait croire Armand, elle voulait lui faire confiance, mais elle ne semblait pas y parvenir pour autant.

Lorsqu'il lui montra le clou monté en pendentif qu'il avait trouvé sur un cadavre à l'extérieur, Margot haussa un sourcil, ne comprenant apparemment pas le sens de la question. Elle bafouilla, incertaine de la réponse attendue, mais ses traits trahissaient également une inquiétude.

- C'est... c'est le même genre de pendentif que les trois sergents du seigneur Jourdain portaient. Qu'est-ce que tu fais avec ça ?

Avant même qu'Armand ne puisse répondre, les yeux de Margot s'écarquillèrent. Elle relâcha soudainement le pommeau de sa dague pour se tourner vers lui et solidement agripper son autre épaule, de manière à être parfaitement face à son interlocuteur. Son visage était désormais plus grave, tout comme sa voix bien qu'elle ait baissé de volume, comme par crainte que l'écho de ses mots ne porte trop loin. Elle dévisageait Armand, son regard inflexible bleu acier dardé dans ses prunelles. En cet instant, elle était aussi belle qu'effrayante.

- Tu n'es ici ni pour moi, ni pour le tableau. Et ce n'est surement pas la Dame qui t'a guidée. Armand, je t'en supplie réponds-moi, nos vies en dépendent : tu n'es pas venu ici tout seul, n'est-ce pas ? Qui est avec toi ?


+1 pdc ranald pour ta prière muette, et ta chance générale dans ce rp :D
Et +2 PdC Shallya pour avoir soigné quelqu'un

Test de CHA pour convaincre Margot, +6 car amie d'enfance et tu viens de la soigner, -1 pour fièvre : 16, raté de 1.
Test d'INT Margot vis-à-vis du clou : caché

Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Posté : 18 avr. 2019, 14:48
par Armand de Lyrie
La tension monte. Je sens une forte compression dans ma gorge et dans mon torse – à moins que ce ne soit une crise d’apoplexie ?
Le plus atroce avec cette tension, c’est qu’elle était horriblement réciproque. C’est très dangereux, deux personnes qui ont chacun peur de l’un et de l’autre. Vous avez déjà vu deux chats qui se connaissent pas et qui se croisent ? Ils ont les jetons, mais comme chacun a l’autre en épouvante, ils se mettent à grossir le dos et à cracher, ce qui, en retour, les rends soudains encore plus apeurés… C’est exactement la même scène qui se joue ici. Deux chats éclopés et endoloris, perdus dans le noir, avec chacun la connaissance du passé de l’autre. On devrait tout naturellement être amis, se parler avec une grande ouverture, tout s’avouer et tout se dire. Mais non. On est terrifiés l’un par l’autre.

Elle reconnaissait le vieux clou rouillé. Pas tout de suite. Mais suffisamment pour lui évoquer un souvenir. Elle venait donc bel et bien du conroi qui avait été proprement massacré là-haut : restait à savoir quelle allégeance avait donc ce Jourdain, un autre nom qu’il va falloir que je retienne au milieu des Landry, des Hincmar, et des Tancrède.
Mais juste avant que je puisse lui dire avec plus-ou-moins de précision ce que j’ai vu en haut. Je sens soudain qu’une épouvante particulièrement forte se saisit d’elle. Tellement forte qu’elle se met à agripper mon épaule plutôt que sa dague, ce qui est tout de même un mouvement étrange quand on a peur de se faire tuer. Y a quelque chose, au fond de son regard, dans la pupille de ses yeux… Je suis peut-être naïf. Peut-être qu’elle m’enroule autour de son doigt avec une facilité particulière. Mais je suis persuadé qu’elle a peur, et qu’elle est en danger.
Je ne peux pas m’empêcher de parler.

« Du calme… Je suis venu ici à cause de l’invasion des peaux-vertes. Puis j’ai décidé d’aider un chevalier venu de Gasconnie. Il est à la recherche d’un ami à lui, qui a disparu il y a de cela un moment, et nous le pensons aujourd’hui mort. Il y a tellement de corps à la surface, c’est terrifiant… »

Je range le clou dans mon mantel, et pose ma main sur la sienne. Pas pour la désarmer, pas pour la tenir. Juste pour tenter de la rassurer avec le contact de mes doigts. Parce que les prochains mots que je sors de ma bouche, je les chuchotes tellement peu forts que je ne suis même pas sûr qu’elle va entendre.

« Je n’ai aucune idée de qui il est en vérité, ni l’homme qu’il est venu chercher… Est-ce que le nom de Reinald de Cobie t’inspires quelque chose ? »