[Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Les pics rocheux battus par les vents du massif d’Orquemont dominent les terres en plein cœur de la Bretonnie. Ils s’élèvent au dessus de la forêt de Chalons et sont totalement dénudés sauf là ou quelques pins tordus s’accrochent à la roche. Quelques enclaves orques et gobelines y existent toujours cachées au milieu des pics et des ruines des forteresses détruites par les chevaliers Bretonniens dans leurs efforts constants pour débarrasser cette région des peaux vertes. On raconte aussi que les Skavens y tiennent une forteresse, en plein cœur de la Bretonnie.

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[MJ] Katarin
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[Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 10 janv. 2019, 16:19

Dans le duché d'Aquitanie, la décision vertueuse d'Armand de Lyrie de dénoncer la corruption gangrénant sa famille avait eu l'effet d'un gravillon déclenchant une avalanche de conséquences géopolitiques. Pendant la purge du château de Lyrie, les chevaliers mirent la main sur de nombreuses preuves impliquant un réseau slaaneshi qui s'étendait à travers le duché bien au-delà de l'influence du père d'Armand. Des dizaines de seigneurs suspectés durent comparaitre en jugement devant le duc, et presque tous furent déclarés coupables avant d'être exécutés, ou déclarés hors-la-loi.
Le duc Armand d'Aquitanie était un homme d'action bien plus que de politique, et si son action avait très certainement porté un coup fatidique aux slaaneshis qui avaient envahi son duché, ses décisions politiques suivantes se chargèrent à la place des cultistes de semer le chaos sur ses terres. En effet, de nombreux jugements avaient impliqué toute la famille du seigneur incriminé, et d'autres avaient poussé les enfants à renoncer à leur héritage pour devenir chevaliers errants à l'instar d'Armand de Lyrie afin de retrouver leur honneur bafoué. En conséquence, de nombreux villages et châteaux se retrouvaient sans dirigeants et le duc dut départager malgré lui une foule de nobles avides d'obtenir l'intendance de ces terres. N'ayant guère la patience pour la politique, Armand choisit de confier ces terres aux chevaliers errants ayant récemment prouvé leur valeur avec un héroïsme exemplaire, leur donnant ainsi le statut convoité de chevalier du royaume.
Malheureusement, si la vaillance de ces hommes ne pouvait être mise en cause, il en allait autrement de leur allégeance au sein d'un duché particulièrement sensible aux vendettas entre nobles. Presque tous les nouveaux chevaliers du royaume nommés étaient des alliés de la famille Maisne, là où les précédents seigneurs témoignaient davantage de sympathie à la famille Elbiq. La balance de puissance désormais déséquilibrée envers les deux familles, les vendettas entre elles devinrent plus violentes que jamais, les accusations d'affiliation au culte slaaneshie se multipliant, utilisant n'importe quelle pseudo preuve pour affaiblir leur adversaire politique.

Si Armand de Lyrie n'était peut-être pas pleinement conscient de toutes les conséquences qu'avaient entrainé sa décision, l'une d'entre elles vint néanmoins le contrarier. Chaque seigneur avait à son service de très nombreux chevaliers, qui face à la déchéance de leur dirigeant, avaient trouvé refuge dans l'errance pour chercher la rédemption. Certains étaient coupables de n'avoir su déceler le mal qui rongeait leur seigneur, d'autres de l'avoir deviné mais de n'avoir osé agir, d'autres encore d'avoir franchi le pas et accepté de faire partie de cette décadence. Toujours est-il que le taux de chevaliers errants au kilomètre carré dans l'Aquitanie devint particulièrement affolant, et le nombre d'actes héroïques à accomplir non extensible à tous ces nouveaux prétendants. Une fois les quelques déréliches anéanties, les quelques cultistes traqués et les quelques jouvencelles sauvées, ne restaient plus que les éternelles vendettas politiques entre familles influentes, dans lesquelles il était bien davantage question d'ambition et de vengeance que de vaillance et de vertu.

Les pas d'Armand et de Triboulet les avaient donc menés dans le duché voisin de Quenelles, dont le massif d'Orquemont au nord était réputé pour être la tanière d'une armée d'orques toujours prête à se déverser sur les villages alentours.

Malheureusement, la malchance semblait le poursuivre. Il apprit sur place que les attaques d'orques avaient grandement diminué récemment, depuis qu'un ost nain bien décidé à reprendre leurs forteresses perdues avait entrepris de nettoyer définitivement les montagnes de toute présence de peaux-vertes. S'ils avaient échoué dans leur entreprise, il semblait que cela avait au moins réussi à calmer les ardeurs de leurs ennemis qui se faisaient discrets depuis plusieurs semaines.
Errant dans les montagnes, il réussit néanmoins à se joindre à un groupe de chevaliers pour repousser une incursion de peaux-vertes : si le combat fut victorieux, il avait manqué de panache : en supériorité numérique face à un ennemi qui semblait déjà affaibli par de précédents affrontements, il n'avait pas été bien difficile de vaincre.

Les jours passèrent, et Armand dut se rendre à l'évidence : ce ne serait pas dans le massif d'Orquemont qu'il retrouverait son honneur, à moins d'entreprendre une mission suicidaire au cœur de la montagne. Ayant épuisé tous ses vivres dans un milieu accueillant bien peu d'animaux et de végétation, il fut obligé de revenir sur ses pas, pour se réapprovisionner au sud des montagnes dans le petit village de Magone.

A l'image de la petite poignée de bourgs ayant réussi à survivre en un milieu aussi dangereux, Magone était tout particulièrement fortifiée pour un lieu qui n'accueillait pourtant pas plus de deux cent âmes. Une solide muraille en pierre et de grandes tours de gardes avaient été érigées par le seigneur Landry, qui avait dépensé toute sa fortune dans ces fortifications, espérant faire de ce village la tête de pont des futurs raids dans le massif d'Orquemont afin de déloger définitivement les peaux-vertes auxquels il vouait une haine féroce. Malheureusement, il avait placé trop d'espoirs dans la récente attaque naine qu'il avait soutenu de ses hommes, et aujourd'hui, plus de la moitié de ses chevaliers étaient portés disparus, laissant les défenses de son village affaiblies.

C'est en début d'un après-midi ensoleillé qu'Armand et Triboulet entrèrent dans Magone et passèrent ses solides murailles, où le garde en faction les informa que le seigneur Landry était absent de son domaine, parti en visite diplomatique chez l'un de ses alliés. Il indiqua au chevalier l'échoppe d'un commerçant de vivres attenante à l'auberge, dans laquelle il pourrait refaire un stock de provisions pour la route.

Un mois déjà qu'il arpentait les routes de Bretonnie avec Triboulet, et que pas l'ombre d'une quête héroïque se profilait à l'horizon. Le massif d'Orquemont avait été un nouvel échec cuisant... alors que devait-il faire et où ses pas devaient-ils le mener désormais ?

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 10 janv. 2019, 18:19

Magone fait plaisir à voir. L’apprenti-poliorcète qui est en moi aime bien voir des jolies murailles et des tours de garde. Bon bien sûr, une fois passé les portes et à l’intérieur de la basse-cour, mon intérêt se calme soudain quand je vois les miséreux qui vaquent gentiment à leurs occupations. En plus sieur Landry n’est pas dans le coin, je ne peux donc pas juste débouler dans son donjon et profiter de son hospitalité – d’habitude c’est plus facile quand il reste quelqu’un sur place, genre une femme, une fille ou une sœur du seigneur, mais là c’est pas le cas. Après avoir fait un petit sourire et un remerciement poli au garde qui m’indique une auberge et un commerce général, je peux pas m’empêcher de soupirer longuement en regardant les yeux vers le ciel.

« Il faut toujours que quelque chose n’aille pas… Ciel, quelle semaine.
– Céti sûr qu’c’était pas d’la tarte, sieur ! Mais zavons été ben braves ! Hein sieur !
– Au moins il me reste encore quelques moyens monétaires
, je continue en faisant comme si Triboulet n’avait pas ouvert sa gueule, je vais me dépêcher de me réapprovisionner, peu importe ma prochaine décision.
– Bon choix, sieur ! Oui sieur ! Et heu… Un p’tit remontant pour se donner du courage au cœur, sieur ?
– Il y a pas assez de cognac dans toute la Bretonnie pour te donner le courage d’un archer, Triboulet. C’est ta mule que je devrais faire boire.
– Zavez raison sieur ! Désolé, sieur ! »

Qu’il est énervant. Il est plus supportable une fois le troisième verre de vin dans le gosier, mais mon état de sobriété, couplé avec la faim et la frustration qui m’étrillent me mettent en rogne, il faut que je me retienne pour pas l’ordonner de descendre de son vieux mulet malade et borgne pour le fouetter. En plus, il m’a fait preuve de son ardeur guerrière lors de notre combat contre les orques. Il était resté en arrière, comme tous les valets et les pages, pendant que moi et les autres chevaliers errants volontaires pour aider les pauvres habitants de Quenelles, on a chargé et étrillé les peaux-vertes, à grand coup de lances et d’épées ; Une fois s’être retirés pour revenir près de nos valets, pour boire un coup d’eau, prendre de nouvelles lances et se remettre en formation pour une nouvelle charge, devinez où était passé Triboulet ?
Non sérieux, devinez. Parce que moi j’en avais pas la moindre idée. C’est après le combat, quand on s’est retiré dans une tente pour célébrer avec du vin et des rires, qu’il a déboulé de je-ne-sais quel trou dans lequel il s’était caché, en criant et en exultant, déjà complètement ivre alors que j’avais à peine bu deux gorgées. Mais je lui en veux pas. Faut pas en vouloir à un roturier pour sa lâcheté crasse et sa fuite du combat, ça serait bête, ça serait comme en vouloir à un chat parce qu’il ne veut pas apprendre des ordres, ou une souris parce qu’elle ne sait pas voler. C’est un chevalier lâche dont il faut avoir honte et haïr, et c’est plutôt les roturiers courageux qui font tourner le regard.
Néanmoins, vous devez déjà savoir ce que je vous raconte-là. La Bretonnie est ainsi depuis un bon moment.

Au moins, le temps de ma petite réflexion personnelle, nous sommes descendus juste devant l’auberge, et le petit commerce général juste à côté. Je descend de cheval, et, tout en donnant une petite tape sur l’encolure de ma bête pour la rassurer, je la conduis jusqu’à un poteau et un abreuvoir où je l’attache. Triboulet fait de même, mais je lui demande de ne pas laisser le mulet boire dans l’abreuvoir ou même s’approcher à moins de dix pas de mon cheval. Vous devriez voir la tête de la mule : Une vieille carne qui arrête pas de trembler et de faire des bruits bizarres. Si elle tombait raide sur la route je n’oserais même pas manger sa viande. J’ignore de quel sortilège elle souffre, mais j’espère juste que c’est pas contagieux.

« Tiens, Triboulet. Approche. »

J’ouvre ma petite bourse en cuir. Il me reste encore des jolies pièces, mais l’argent ça descend à vue d’œil. Je savais que j’allais souffrir en partant en errance, c’était même le but, mais quand même ça me fait discrètement ronchonner. Je vais faire comment une fois que j’aurai absolument plus rien ? Je vais quémander l’hospitalité de tous les seigneurs que j’arrête pas de rencontrer ? Faut que vous compreniez, je suis pas vénal, je suis pas un vil mercenaire qui me suis lancé sur les routes pour récolter des écus en vendant ma lame. Mais l’argent ça a une fonction. J’aimerais bien avoir de la maille qui me protège le corps, et un gros casque sur la tête pour protéger ma petite tête. Je parviens malgré tout à sortir quelques pièces que je mets dans le creux de la main de Triboulet.

« Prend-nous du pain pour le voyage, avec du beurre et des légumineuses. Essaye de voir s’ils ont de la viande, mais n’achète que si ce n’est pas cher ; Et puis quelques mottes de fromages, c’est essentiel. Et du vin, bien sûr. Mais prend seulement un ou deux litrons, de toute façon je compte le couper à l’eau.
– À l’eau ?!
J’veux dire… Oué sire, oué !
– Et tu demanderas à cet honnête homme de nourrir nos montures. »


Le vin va falloir que je le garde près de moi. En coupant à l’eau un litron c’est capable de tenir plusieurs jours, mais un Triboulet est capable de le finir en une soirée. C’est surtout mon cheval qui m’embête : Nourrir un cheval ça coûte extrêmement cher, surtout quand on veut le nourrir bien, ce qui est essentiel quand comme moi on passe son temps à le trimballer de bourg en bourg. Il mange toute l’herbe qu’il trouve, mais même ça lui laisse avoir faim. Quand je m’éloigne deux minutes dans un village, il a prit l’habitude de dévorer la paille qui sert de toiture aux chaumières des paysans ; souvent les paysans osent rien me dire, sûrement de la peur s’être sanctionnés pour ne pas être de bonnes hôtes, mais quand je vois que quelqu’un a remarqué je fais quand même l’effort de rembourser le gueux, surtout pour pas m’attirer d’ennuis avec le seigneur qui a en charge la protection de ces laboureurs. Tout ça pour vous dire : Je suis pas dans une situation très agréable. Il me semble déjà bien loin le temps où je pouvais faire tout ce que je voulais sans me soucier de comment je me nourrirai demain.
J’espère qu’il y a une chapelle du Graal pas loin. J’ai besoin de faire quelques prières pour me redonner du courage et me concentrer sur ma mission. Mais en attendant, je vais rechercher le courage ailleurs. Mon dos est chaud de courbatures, mon bras droit me lance un peu (Je me suis fais une légère entorse ; Même pas une blessure donnée à un orque, juste qu’on en a décapité tellement à flanc de montagne que mon bras a trouvé mon épée trop lourde), et en plus de ça je suis mal habillé, sale et un peu puant. On me confondrait avec un paysan si seulement mon visage n’était pas bien blanc et sans cicatrices de vérole, et que je portais sur ma chemise marquée par ma transpiration un petit insigne en argent armorié de la famille de Lyrie, déchue de tous ses titres et toutes ses terres. Si un jour la Dame me permet de devenir chevalier du Royaume, je m’empresserai de me donner un nouveau blason qui n’ait rien à voir avec l’opprobre familiale.
Mon courage, je vais le chercher à l’auberge. Je sors une petite pièce et je vais entrer, pour voir si je peux pas me prendre un petit cognac sympathique pour m’adoucir. Et aussi, réfléchir à ce que je vais bien pouvoir faire à présent. Est-ce que je dois attendre le retour de sire Landry pour lui proposer ma lame ? Ou bien est-ce que je vais trouver une quelconque injustice qui nécessiterait mon intervention ? On verra bien, je pense que l’alcool et les gens m’aiguilleront.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 11 janv. 2019, 12:04, modifié 1 fois.
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Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 11 janv. 2019, 15:03

Les habitants de Magone, bien conscients de la dangerosité de leur lieu de vie, avaient développé un pragmatisme à toute épreuve, favorisant l'efficacité et l'utilité à toute forme d'ostentation. Cet aspect de leur personnalité se fit ressentir immédiatement lorsqu'Armand pénétra dans l'auberge locale, qui pouvait au mieux être qualifiée de... fonctionnelle. Il y avait quatre murs, de solides poutres en bois, une cheminée en pierre, une poignée de grandes tables rectangulaires en bois pouvant accueillir chacune six à huit personnes sur des bancs rustiques, et voilà bien tout ce qu'il y avait à noter sur ce lieu. Pas l'ombre d'une bannière, d'un trophée ou d'un tableau ne venait décorer les murs nus de la pièce principale.

Derrière le comptoir, le tenancier passait un coup de torchon sur ses gobelets, saluant l'entrée d'Armand d'un "M'ssire" discret accompagné d'un hochement de tête de circonstance, avant de se désintéresser de lui.

L'établissement était presque vide de clientèle. En ce début d'après-midi, il était déjà un peu tard pour prendre son déjeuner, et les habitants ne semblaient pas du genre à tirer au flanc face à leurs obligations quotidiennes. Ne résidaient dans la pièce qu'un groupe de trois chevaliers portant les armoiries de Magone prenant leur repas dans le calme, sans doutes l'équipe de garde s'étant récemment faite relever. Il y avait aussi un quatrième chevalier dont l'armure différait des autres, attablé seul près de la cheminée devant une assiette vide, perdu dans ses pensées moroses alors qu'il contemplait le foyer éteint de la cheminée. Les couleurs bleues et pourpres qu'il portait l'identifiaient comme un étranger dans le village, très certainement un autre chevalier errant prenant un peu de repos dans sa quête.

La dernière âme vivante de l'auberge était perchée sur une poutre au plafond, observant le nouveau venu de ses grands yeux jaunes, avant de lui accorder un miaulement aigu aux sonorités agressives. Dès son entrée, le gros chat gris ne lâcha plus des yeux le chevalier de Lyrie, comme impatient de voir repartir l'étranger.
Test de Perception d'Armand, basé sur sur (INI+INT)/2 : 15, raté.
Armand ne parvint à tirer l'aubergiste de son mutisme que pour passer commande, puis obtenir une réponse laconique quant à la localisation de la chapelle de la Dame la plus proche : celle-ci se situait à presque une demi-journée de marche au nord-ouest de Magone, à l'orée de la forêt de Chalons.

Si le tenancier n'était pas bien bavard, son cognac était néanmoins excellent. Cela dit, comment eut-il pu être autrement de la plus grande spécialité bretonienne ? Même les plus mauvais cognacs du pays surpassaient de très loin les meilleurs alcools des pays voisins qui ne juraient que par leurs vulgaires boissons houblonnées. Restait à savoir désormais si cette délicieuse eau-de-vie de vin serait assez inspirante pour permettre à Armand de choisir sa prochaine destination...

L'alcoolisme d'Armand :
- Verre de cognac : 6 pistoles d'argent.

Les courses de Triboulet :
- Un litre de vin : 10 pistoles
- Viande et légumes pour trois jours : 1 pistole et 4 sous
- Une demi-livre de beurre : 6 sous
- Pain et fromage : gratuit, ça fait partie de tes possessions de départ.

Total : 18 pistoles, que je retire de ta fiche !

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 11 janv. 2019, 15:24

« Merci bien, bonhomme, je dis à l'aubergiste. Que la Dame et ton seigneur veillent sur toi. »

Sacrée ambiance. Je vous jure que ça fait un peu froid dans le dos. L’auberge est tellement silencieuse, à un moment y a quelqu’un qui tousse et je l’entends distinctement. Je veux dire, ok, je m’attendais pas à me retrouver au milieu d’une fête décadente avec des gens qui dansent sur les tables et qui versent leur vin dans tous les sens en gueulant des chants de poivrot, mais voilà, c’est studieux. Les trois chevaliers de Magone sont en train de discuter entre eux à voix basse, j’ai pas trop envie de les déranger, surtout pour leur demander où est leur seigneur, vu que l’homme d’armes devant le donjon il m’a déjà donné la réponse. Leur présence me contrarie beaucoup : Pas sûr que Landry ait du travail à proposer à un chevalier errant solitaire, mal habillé et mal armé quand il a trois solides gaillards portant sa livrée sous la main, et je suppose que ces trois braves hommes ne sont qu’une partie de ses forces. Je ne sais pas trop, il faudrait que je leur demande, voir s’ils n’ont pas subi des pertes récemment, qu’ils sont en sous-effectif, et qu’ils ont un travail secondaire avec personne pour s’en charger. Généralement quand il y a des Kostos qui rodent sur les routes c’est pas difficile de mobiliser des chevaliers, au pire des sergents roturiers montés pour vite s’en débarrasser. Mais quand il s’agit que de quelques gobelins violents qui n’ont que la force et l’organisation pour s’attaquer à des fermes éloignées, on a pas toujours les moyens d’intervenir, c’est triste pour le vieillard ou l’enfant qui va se faire tuer par les plus minables des Peaux-Vertes. Rien que d’y penser ça me dégoûte un peu.

Mais ça attendra. C’est le chevalier tout seul qui m’intrigue. Il attend bêtement devant son assiette en regardant la cheminée vide. Ou bien il est en train de digérer, ou bien quelque chose le turlupine. Je ne suis pas une demoiselle du Graal, ce n’est pas mon rôle d’être son confident, mais entre chevaliers errants on est censé se soutenir. Cognac en main, je m’approche de lui avec un grand sourire.

« C’est vrai qu’il fait un peu frais, il serait peut-être une bonne idée de faire un feu, hein mon frère ? ». Je dis ça juste pour attirer son attention, avec un petit ton sympathique, en faisant bien en sorte qu’il regarde mon sourire. Je lui laisse pas le temps de me répondre, je me dépêche d’enchaîner : « Je suis Armand, chevalier d’Aquitanie. Je suis venu pour chasser les Peaux-Vertes, j’ai eu un beau combat hier. Vous aussi, frère ? Vous avez eu l’occasion d'occire la fange ? »
Notez deux choses. Déjà, que je ne dise pas le nom de ma famille, de Lyrie. C’est trop risqué. Déjà on était comtes de Lyrie, c’est un joli titre, c’est un nom un peu connu, mais c’est surtout que maintenant ma famille a une certaine infamie pour certains faits. J’ai pas envie de provoquer des raclements de chaises et des mines qui me dévisagent, je pense pas que tous les Bretonniens soient au courant des faits de mon père mais je veux dire j’ai pas envie que quelqu’un me mette à l’amende en me prenant pour un cultiste de la Déchéance. Si quelqu’un me demande si je suis de Lyrie, ou reconnaît mon blason collé sur mon manteau, je nierai pas, mais je vais pas activement décliner mon identité partout.
Et ensuite, observez bien ma familiarité chevaleresque, à l’appeler frère. Si vous êtes un paysan, n’osez jamais faire ça. Si vous êtes un chevalier impérial, eh bien, gardez-vous quand même d’oser parler comme ça. Je me le permet parce qu’en tant que chevaliers de Bretonnie nous sommes tous liés par l’honneur et le service de la Dame, et par notre recherche de l’honneur et de la défense des gueux nous avons un but commun. Mais ce mot, frère, je le réserve à mes semblables. M’imitez pas si vous n’êtes pas un chevalier de ce pays.
« Pardonnez-moi, vous permettez que je m’assoie ? »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 14 janv. 2019, 16:22, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / Total d'xp : 12
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 14 janv. 2019, 16:35

Le chevalier sembla surpris par l'irruption d'Armand. Comme sur ses gardes, ses yeux bleus azur firent un aller retour rapide entre le visage de son interlocuteur, les couleurs affichées sur ses vêtements et la broche accrochée à son manteau. Ce n'est qu'après ce rapide examen qu'il se détendit, et qu'un sourire apparut sur son visage pour répondre à celui du chevalier de Lyrie.

- Permission accordée, messire Armand d'Aquitanie. Installez-vous, je vous en prie, un peu de compagnie me fera le plus grand bien.

Le chevalier avait le teint halé d'un homme passant l'essentiel de sa vie en extérieur, sur les routes ensoleillées du sud de la Bretonnie. Il portait des cheveux blonds mi-longs, ainsi qu'une barbe et une moustache fines. Si les débuts de rides se devinant sur son visage trahissaient un âge proche de la quarantaine, il n'en restait pas moins fringant et charismatique. Son regard était presque difficile à soutenir tant ses yeux étaient inhabituellement clairs, bien davantage que ceux d'Armand.
Image
Test de Perception d'Armand, basé sur (INI+INT)/2 : 16, raté. Armand de Myopie :D
Il lui laissa le temps de s'asseoir avant de se présenter, son expression se faisant plus malicieuse.

- Je suis Evrard de Cobie, chevalier de Gasconnie. Vous comprendrez donc que pour ce qui est des Peaux-Vertes, j'en ai déjà bien assez cotoyé par chez moi pour m'épargner la nécessité de faire la rencontre de ceux résidant dans le duché voisin.

Si le ton se voulait léger, trop de détails sur le visage du chevalier trahissaient le trouble qu'Armand lui avait deviné. Il dut se rendre compte par lui-même qu'il était mauvais menteur, puisqu'après avoir vérifié ne pas être audible par le groupe de chevaliers finissant leur repas, il poursuivit :

- Dites-voir Armand, puisque vous souhaitez converser, cela vous dérange t-il de me donner votre opinion sur un sujet d'éthique et d'honneur ? Voyez-vous, je suis soumis à un dilemme et j'aurais besoin d'une opinion neutre pour m'aider à y voir plus clair. Voici l'épineux problème : j'ai promis sur mon honneur à une première personne, un ami que je nommerais A, que s'il lui arrivait quelque chose je dédierais alors ma vie à la protection de sa sœur, que je nommerais B. Aujourd'hui, A qui avait l'habitude d'écrire à sa soeur ne donne plus signe de vie, il est officiellement disparu, et B me supplie de partir à sa recherche, totalement inconsolable. Aussi suis-je en train de douter : dois-je être fidèle à ma promesse et rester auprès de B, quand bien même elle se noie dans sa tristesse et me supplie chaque jour de retrouver son frère ? Puisque A a disparu, n'est-ce pas l'abandonner que de ne pas partir à sa recherche ? Mais si je venais à disparaître à mon tour en le cherchant, alors j'aurais failli sur tous les tableaux et B sera vulnérable sans plus aucun protecteur. Mais n'est-ce pas alors raisonner en lâche que de ne pas agir en prétextant les conséquences pour elle, alors que c'est peut-être de mon propre sort que je m'inquiète ?

Evrard poussa un long soupir désabusé, alors que son regard se perdait à nouveau en direction de la cheminée. Comme anticipant une éventuelle réponse d'Armand, il ajouta alors :

- J'ai déjà envoyé deux autres chevaliers enquêter. Ils ont disparu eux aussi. Peut-être morts par ma faute parce que j'ai leur ai confié une tâche qui me revenait. Et me voilà, loin de celle que je devais protéger, et pourtant empli de doutes alors que ma destination approche. Dois-je avancer ou reculer ? Alors, chevalier Armand d'Aquitanie, selon vous, quelle est la bonne décision à prendre ? Abandonner mon ami ou mon honneur ?

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 14 janv. 2019, 19:15

Très agréable le chevalier en face de moi. Plus âgé que moi, d’une physionomie très agréable qui me laisse penser qu’il doit avoir quelques groupies, il me laisse s’asseoir devant lui, ce qui ne fait qu’augmenter mon sourire. Je pose mon verre de cognac devant moi et je suis agréablement surpris de le voir se confier à moi très facilement. Ouf. Des fois il y a des chevaliers plus taciturnes, laconiques, pour pas dire carrément froid ; généralement ils sont dans cet état-là en rentrant d’un combat particulièrement violent et assez peu chevaleresque, on voit dans leurs yeux qu’ils ne sont pas tout à fait là, face à vous, et si vous essayez de leur tirer les vers du nez vous risquez de les voir s’enfermer encore plus dans leur carapace, ou bien au contraire exploser et devenir violent. Il y a que les Demoiselles du Graal qui arrivent à sortir les chevaliers de leur mutisme.
Mais là c’est pas le cas. Je commence par faire un tout petit rire à sa plaisanterie sur les Peaux-Vertes – le duché de Gasconnie est tellement envahi de peaux-vertes que même les plus simples et les plus roturiers des paysans Gascons sont de redoutables guerriers experts dans la guérilla et l’archerie – avant de le voir regarder lui-même derrière lui que les trois guerriers de Sire Landry soient trop occupés à murmurer et à piailler entre eux de je-ne-sais-quoi (Tout ce que je note c’est que l’un d’eux a la mauvaise habitude de tousser à table, mais je ne tends pas vraiment l’oreille pour savoir de quoi ils parlent), avant que ça y est, Sire Evrard (Joli prénom) se mette à me confier tout un cas hypothétique qui bien sûr est absolument trop précis et détaillé pour n’être qu’un scénario d’une chanson de geste. Et le pire, c’est qu’après m’avoir parlé de la disparition de son ami, de chevaliers qu’on ne retrouve plus, et de sa belle qui se morfond, il me demande mon opinion. À moi. Sur le coup j’écarquille les yeux et je me mord un peu les lèvres.

« Ma foi, beau frère, c’est un véritable dilemme que vous avez là ; On vous propose de choisir entre le regret et le remord. Je ne suis qu’un tout jeune chevalier, sire, je pense sans prétentions avoir la fougue du jeune homme, mais le bon chevalier sait aussi être sage ; Je ne pourrais pas vous donner de réponse que vous puissiez prendre pour exemple…
Cependant... »


Je me gratte le menton, et les quelques poils qui y poussent. Franchement pas facile. Je n’aimerais pas être à sa place.

« Si vous retrouveriez votre ami sain et sauf… J’en suis persuadé, il trouvera le moyen de vous réprimander pour avoir laissé sa sœur seule. Enfin, c’est ce que je présume, à vous entendre parler de lui. Pensez-vous que c’est ce qu’il aurait voulu, de toute son âme ? Vous devez rester auprès d’elle. Une dame seule est en proie à beaucoup de dangers, même en sécurité dans son château. »

Si toutes les chansons de geste sur les méchants seigneurs qui capturent des princesses ou les forces à les épouser vous suffisent pas, prenez exemple sur ma famille à moi. Papa était très très fort pour prendre des jeunes filles seules pour les ajouter à son petit culte dégénéré. La Bretonnie doit être le seul pays du monde où les femmes paysannes ont plus de droits et de pouvoirs que les femmes aristocrates. Bah oui, une paysanne ça bosse, c’est responsable du foyer et de sa survie, alors que quand on est une noblesse qui base toute sa légitimité uniquement sur l’honneur et la piété guerrière, vous vous doutez bien que nos épouses ou nos filles elles ont tendance à être un peu enfermées dans les donjons sans un mot à dire. Sauf si leur mari, père ou frère est absent de façon prolongée et qu’il n’y a pas un châtelain qui est mit en place avant le départ.

« Mais c’est tout de même une affaire gravissime que vous m’apprenez ici, sire Evrard », je continue toujours à voix basse, sans grosses exclamations, parce qu’il a l’air de tenir au fait que les trois braves hommes derrière nous n’entendent pas. C’est d’ailleurs un truc qui m’inquiète : Qui est son suzerain ? Avec l’autorité de qui il est ici ? Pourquoi il est ici, aussi, c’est un long chemin depuis la Gasconnie ! Que de questions que je dois poser, mais pas trop directement, il s’agit pas non plus de le mettre en panique en me faisant passer pour un homme de loi. « Depuis quand, heu, Sire « A » est-il disparu ? Pourquoi en Quenelles ?
Est-ce que ce sont… Des peaux-vertes qui en sont la cause ? Il est venu ici pour répondre à l’incursion Orque ? »
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 14 janv. 2019, 22:45

Evrard écouta attentivement la réponse que lui donna Armand, sans jamais l'interrompre. Tout au plus jeta t-il parfois un regard aux trois chevaliers de Magone, pour vérifier qu'ils ne faisaient preuve d'aucune curiosité mal placée. Ces derniers choisirent d'ailleurs de quitter les lieux juste après que le chevalier de Lyrie eut posé ses questions, ce qui semblait arranger les désirs de discrétion de son interlocuteur.

- Armand, permettez-moi d'être franc. Ce n'est pas parce que je vous imaginais d'une sagesse redoutable que j'ai choisi de vous soumettre mon dilemme. Mais voyez-vous, avec l'âge, je me retrouve trop de fois en proie aux doutes, comme aujourd'hui à tant réfléchir que j'en finis immobilisé à la croisée des chemins plutôt que de réussir à faire un choix et m'y tenir. Et alors que je me perdais en conjectures éthiques, vous avez fait irruption devant moi : j'ai pensé que la Dame vous envoyait pour m'offrir l'opinion d'un jeune chevalier qui saurait avoir la fougue qui me fait défaut. Alors ne craignez pas de manquer de discernement en me donnant votre avis : c'est précisément votre opinion de chevalier errant inexpérimenté, dont le temps n'a pas encore érodé l'enthousiasme, qui m'intéressait.

Il arborait maintenant un drôle de sourire en coin, qui semblait plus alimenté par sa nervosité que son désir de plaisanter. Son regard dansait encore dans la pièce, comme s'il voulait vérifier qu'un individu n'était pas dissimulé derrière une poutre, où que le chat n'était pas en réalité un mage espion déguisé.

- Vous êtes bien curieux pour un homme qui ne donne que le nom de son duché pour se décrire, Armand d'Aquitanie. Mais je me doutais bien qu'en ne vous fournissant que des informations partielles, je ne pourrais pas obtenir plus d'une demi-réponse de votre part. Si j'ai envie de croire que notre rencontre est l’œuvre de la Dame et non une simple coïncidence, je ne peux m'empêcher d'éprouver des réserves à me confier à un inconnu... et si nous disions que je vous raconte mon histoire sans rien omettre cette fois-ci, en échange de quoi vous feriez de même à votre sujet ? Peut-être que vous aussi, vous pourriez avoir besoin d'une seconde opinion quant aux choix qui se dressent devant vous ?

Un sourcil levé, il y avait maintenant comme un air de défi dans son regard. Clairement, le fait qu'Armand omette son nom de famille dans un pays où chacun tirait fierté de son héritage n'était pas passé inaperçu...

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 14 janv. 2019, 23:13

Evrard a une théorie intéressante. Il ne voulait pas d’une véritable réponse ; Il voulait ma réponse. Pour le coup, ça me fait réellement réfléchir. C’est vrai qu’en lui suggérant de rentrer chez la sœur du pauvre frère disparu, je donnais une opinion plus « commune », plus sage, celle d’un pieux suzerain, d’un chevalier du Royaume attaché à son fief, pas celle d’un chevalier errant qui doit passer son temps à traquer les injustices partout où elles se cachent. Mais il ne me donne pas son histoire toute suite.
Il veut savoir la mienne.

Heureusement, les trois chevaliers sont partis. Comme lui, je me sens plus soulagé.

« Cela me va, bon frère. Mais si vous permettez, je vous dirai mon histoire en premier, ainsi vous verrez ma bonne foi. »

Il va me falloir un peu de courage pour ça. Je prend mon verre de cognac chèrement payé, et j’en prend deux petites gorgées qui me brûlent la gorge et me tirent une toute petite larme lorsque je bats des cils. Très bon alcool, très Bretonnien, et il a le bon goût d’alcool fort que je recherchais en venant ici. Allez. C’est parti.

« Le nom de mon père était Armand de Lyrie, comme les comtes de Lyrie, peut-être même en avez-vous entendu parler, et surtout de leur récente déchéance qui a frappé le pieux duché…
Mon père, pendant la plus grande partie de sa vie, m’avait parut comme un parangon de la chevalerie, un brave guerrier, malgré ses relations scabreuses et sa cruauté maladive envers les paysans, qui, alors que je grandissais dans son ombre, me semblait presque normale. Mais mon père était en réalité pétri de corruption et de décadence. Il a… Tenté, de m’initier là-dedans, petit à petit. Il baladait ses maîtresses et ses courtisanes en public, c’était presque s’il ne les prenait pas à la vue de tous. Il invitait des peintres et des artistes étrangers, tous plus dévoyés les uns que les autres. Il… A fait des mutations sur les animaux du chenil, et les lâchait dans les forêts où il était censé chasser le gibier à la lance pour s’entraîner. Il a cherché à créer un culte dédié aux puissances de la Déchéance, en plein cœur de la pieuse Bretonnie.
C’est moi qui l’ait dénoncé. C’est moi qui ait amené la ruine à notre maison, à mon château dans lequel j’ai grandis. Je me suis tenu dans la cour du castel où j’avais vu le jour pendant qu’il brûlait. Je ne le regrette pas, c’était un poids énorme qu’il fallait me retirer : Aujourd’hui encore, je garde en moi la souillure de la corruption et de tous les maux que mon père a déchaîné, sur ses gens, sur ses frères, sur la Dame, sur son suzerain et le Roy. Que pouvais-je faire ?
J’ai renié l’héritage. Et je me suis élancé sur les routes. Je n’ai même pas pris une suite, je n’ai même pas pris une armure, juste quelques lances d’arçons, une épée, et un vieux cheval de selle. Mais j’ai juré au bon duc Armand d’Aquitanie que je ne reviendrai pas dans son château avant d’avoir remboursé jusqu’à la dernière goutte de sang, jusqu’à la dernière larme des pertes qui ont été causées par mon paternel. »


C’est un résumé bien court de toute mon histoire. Mais elle plante assez bien le décor. Je crois que j’ai juste tailladé dans le vif. C’est un peu dur de l’exprimer à voix haute, mais bon, voilà, c’est fait. Je peux pas m’empêcher de faire un petit soupir nasal, avant de vite reprendre.

« Peut-être est-il un peu… Présomptueux, de voir la Dame dans toutes nos rencontres. Mais sachez que vous avez en face de vous un jeune homme qui n’a rien à perdre, et énormément à gagner. Je ne peux pas souffrir de respirer sans rechercher un moyen de faire pardonner mes fautes. C’est pour ça que je suis venu à Quenelles : En massacrant les Peaux-Vertes qui voulaient s’attaquer à des gens désarmés, pour les bastonner et les piller, je pensais pouvoir rentrer à nouveau dans les grâces de la Dame. Mais je ne me désabuse pas : Il faudra énormément de bonnes actions avant de pouvoir pardonner mes fautes. Vous n’avez pas idée jusqu’à quel point la corruption de mon père entache mon armoirie.
Est-ce de cela qu’il s’agit, votre histoire ? De faire des actes pieux pour la sûreté de la Bretonnie ? »
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 21 janv. 2019, 14:35

Evrard de Cobie sembla avoir le plus grand mal à ne pas interrompre son compagnon de table pendant qu'il résumait au mieux son passé. S'il s'était douté de quelque secret que cachait Armand au sujet de sa famille, il ne s'attendait apapremment pas à pareille affaire, de la part d'un chevalier errant novice qui devait avoir la moitié de son âge. Plusieurs fois, sa bouche s'entrouvrit comme pour émettre un commentaire, avant qu'il ne se ravise par politesse.

Lorsqu'enfin Armand vint au terme de son histoire, son interlocuteur répéta la scène précédente, laissant échapper le début d'une syllabe pour mieux se raviser ensuite. Il le refit une seconde fois, avant d'enfin se reprendre et réussir à s'adresser au chevalier de Lyrie convenablement

- Il y a mille réactions à avoir face à pareille histoire, et tout autant de questions à poser. Ce que vous avez vécu... si jeune... j'ai été bien présomptueux de vous proposer mes conseils, car à la lumière de vos explications je me rend bien compte ne pas avoir de mots pour vous aider mon ami. J'avais entendu parler de la purge de chaotiques qu'avait entrepris le duc Armand, des nombreux nobles qui ont été bannis et tués pour corruption suite à cela, et de l'instabilité actuelle de l'Aquitanie suite à cette campagne de chasse aux sorcières... et face à moi, aujourd'hui, se tient l'homme qui a potentiellement initié cette situation.

Comme pensif face à tant d'informations dont il ne savait pas quoi faire, Evrard leva les yeux au plafond et mit la main à son menton, triturant sa fine barbe blonde. Il laissa planer un silence pendant quelques courtes secondes, avant que le chat n'émette un autre sinistre miaulement et que son regard ne revienne se planter dans les pupilles d'Armand.

- Contrairement à moi, lorsqu'il a fallu choisir entre votre famille et votre devoir, vous avez su prendre une décision et vous y tenir, malgré les lourdes conséquences que cela impliquait. Aussi vais-je ne pas tenter de satisfaire ma curiosité déplacée en vous posant plus de questions : vous avez déjà pris un risque en vous révélant ainsi, et c'est bien là le seul conseil que je pourrais vous donner. Au prochain inconnu souhaitant connaître votre passé, mentez, sieur de Lyrie. Tous les nobles ne possèdent pas votre droiture, et nombreux sont ceux qui vous condamneront pour votre simple héritage, peu importe votre volonté de vous racheter. Votre désir de rédemption est louable, mais il ne suffit pas à faire de vous quelqu'un de meilleur. J'irais même plus loin : que ce soit pour lui-même ou aux yeux du peuple, un vrai chevalier n'a pas besoin d'une raison de faire le bien autour de lui. Il le fait, parce que c'est sa nature.

Evrard soupira, s'affaissant en arrière sur son banc pour s'adosser contre le mur derrière lui.

- Que fais-je ici... mon histoire... je me rends compte qu'elle n'est en rien aussi vertueuse que la vôtre. J'ai voué ma vie à un homme il y a longtemps, le seigneur Reinald de Cobie. Ce chevalier, vous devez comprendre qu'il est plus qu'un ami, plus qu'un frère, c'était mon phare dans la tourmente, une idole à émuler. Alors que nous étions tous deux chevaliers errants, il a sauvé ma vie à deux reprises, et m'a montré comment incarner nos trois vertus primordiales. Aussi, lorsqu'il eut obtenu le titre de chevalier du royaume, et que le fief de Cobie lui fut confié, il a fait de moi le Protecteur de Cobie, et par extension, de sa personne.

Il s'interrompit pour jeter un oeil à son verre de vin, comme s'il avait eu l'espoir que ce dernier se soit rempli par magie. Il sembla hésiter à en commander un autre, mais n'en fit rien, poursuivant son histoire.

- Il y a un an, mon seigneur a revé de la Dame. Au réveil, il n'avait nul doute sur la volonté de notre déesse : il fit voeu de la Quête le jour-même, avant d'aller à la rencontre du duc Huebald pour lui annoncer qu'il renonçait désormais à Cobie. Il... a refusé que je l'accompagne. La Dame lui demandait de prouver sa valeur seul, et la place du protecteur de Cobie était dans son fief. Un gouverneur fut désigné pour son absence. Et c'est là qu'intervient sa soeur, dame Aveline.

Les mâchoires d'Evrard se serrèrent, et son regard se perdit dans la contemplation de la porte d'entrée de l'établissement derrière Armand. Raconter la suite de l'histoire semblait lui peser plus que de raison : il sembla même hésiter à le faire, avant de céder.

- Pour ses bons services, il a obtenu du duc Huebald une faveur sur la succession de Cobie. Ce serait sa jeune sœur qui deviendrait Seigneur de la ville : puisqu'elle n'était pas mariée, le gouverneur choisi par Reinald s'occuperait donc de la cité jusqu'à ce qu'elle choisisse un époux. C'est là que mon serment intervient : pour me convaincre de ne pas le suivre, il m'a fait promettre de protéger Aveline des politiciens qui pourraient la tromper pour obtenir sa main. J'étais le protecteur de Cobie, je me devais donc de veiller à ce que son prochain héritier soit un homme digne d'être le successeur de Reinald.

Il soupira de tristesse, avant de croiser à nouveau le regard d'Armand. Il avait soudainement l'air épuisé, comme si raconter son passé lui avait couté une part de sa vitalité.

- La suite vous pouvez la deviner avec les éléments que je vous ai donné. Reinald a disparu, le dernier signalement que j'ai de lui était ici, à Magone, sa dernière étape avant ce qui semble être sa destination finale dans sa Quête : les tumuli de Cuileux. C'est là-bas que les deux chevaliers errants que j'ai envoyé ont disparu à leur tour, et c'est là-bas que je me rend. J'ai déserté mon poste de Protecteur de Cobie, désobéi au gouverneur en place, car Aveline m'a rappelé que ça n'avait jamais été à une ville que j'avais offert mon allégeance et ma vie, mais juste à un homme.

Un mince sourire sincère apparut sur son visage fatigué

- Merci Armand de Lyrie. Je ne m'étais pas trompé : vous parler fut bénéfique. Je me rend compte que j'ai déjà pris ma décision, et qu'il est trop tard pour reculer.

Il saisit son casque posé sur la table, puis se leva. Ses étranges yeux bleus ciel fixaient désormais Armand avec malice, comme pour le mettre au défi de quelque chose.

- Il est temps pour moi de quitter cet endroit. Mais et vous, qu'allez-vous faire Armand ? Me dénoncerez-vous pour ma désertion par sens du devoir ? Reprendrez-vous vos errances en quête de quelque peau-verte à massacrer, espérant qu'assez de zèle puisse racheter les fautes de votre père ? Ou prendriez-vous la pire des décisions : celle de perdre votre honneur déjà bafoué en risquant votre vie pour aider un déserteur à sauver un homme de bien ?

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 21 janv. 2019, 21:45

Il a raison. Son conseil, je vais le garder au fond de mon crâne : ça va faire des semaines, que, errant sur les routes, je me suis auto-persuadé de la pureté de mon cœur et de mon errance. C’est faux. J’étais un hypocrite. On ne part pas sur les routes en abandonnant tout pour se faire pardonner une faute, on y va parce qu’on est chevalier de Bretonnie, et que c’est un devoir. Quel idiot j’ai fais. Je prend sa petite remarque non comme une réprimande ou une menace en mon encontre, mais comme une admonition, une exhortation à mon devoir. Un rappel. J’en prend bonne note, en agitant la tête.
Je saisis mon cognac tout en écoutant bien attentivement son histoire. C’est un très bon alcool, il me brûle juste la gorge comme il faut, et puis, c’est au moins ça qu’il faut. Au final, je me demande pourquoi il n’a pas résolu simplement l’affaire en décidant de prendre pour épouse dame Aveline – il aurait eu la ville et la fille, le beurre et l’argent du beurre, et sans rien risquer. Mais cette réflexion, je ne la dis pas à voix haute, et je la chasse intérieurement aussitôt ; Nous sommes en Bretonnie, pas en Tilée ou dans l’Empire. Ici, les nobles ne se contentent pas des solutions de facilité. Il est impensable pour quelqu’un d’avoir de hautes responsabilités sans prendre de risques. Notre pays doit être le seul dans lequel il y a quantité de seigneurs vauriens et voraces, mais où les Treize Ducs et le Roy sont tous d’une pureté et d’une valeur exemplaire, avec leur lot de têtes de monstres défiées en duel singulier et massacrées. Au bout de la bonne discussion, et quand j’ai terminé mon verre, il semble décidé de son idée. Avoir parlé à voix haute, au fond, l’a servir à se convaincre tout seul. Je le comprend. C’est bien un symbole de son humanité.
L’unique ombre au tableau, c’est le fait qu’il se soit probablement mit à dos Huebald de Gasconnie. Je ne connais pas personnellement sire Huebald, mais j’ai déjà entendu parler de lui dans des banquets et des chansons. Un brave homme, comme tous les ducs de Bretonnie sont braves, et il serait fou de s’opposer à un si pieux seigneur. Moi je me suis opposé à mon père et à mon seigneur, certes, mais mon père c’était un sieur qui me demandait de le regarder quand il se tapait une servante, c’était pas un pourfendeur d’orques de grande qualité.

Et voilà Evrard se lève et il se prépare déjà à partir, tout de go. Je le rassure aussitôt sur mes intentions.

« Je ne suis point chevalier de Gasconnie ; Vous ne devez pas vous attendre à une délation de ma part, que l’honneur commanderait si j’étais un féal de cette belle région. Vous n’avez pas à craindre cela de moi. »


Je prend une grande inspiration. Peut-être qu’avoir prit un cognac n’était pas une bonne idée, finalement.
Les tumuli de Cuileux. Bien sûr que oui je sais ce que c’est. Quand j’ai rejoins une bande de chevaliers du coin pour aller traquer des orques, on se racontait des histoires au coin du feu la nuit. Et il y avait un troubadour qui avait raconté des légendes du coin. Cuileux, en tout cas, tout bon Bretonnien sait ce que c’est ; C’était une grande principauté du Royaume, avant d’être ravagée par la Horde Verte. Les Peaux-Vertes on les connaît surtout de façon martiale, on les tues sur le champ d’honneur, mais je veux dire, ils font pas que affronter des archers, des murs d’armes d’hast et des lances de chevaliers. À un moment, ils entrent dans les villages désarmés, et franchement, il y a rien de plus bas ou immonde qu’attaquer ceux qui peuvent pas se défendre. Le troubadour, par ses rimes, a très bien raconté des détails, trop réalistes pour être parfaitement inventés : Des vieillards traînés hors de leurs lits et bastonnés à mort, des femmes hurlantes qui se réfugient dans les granges où des gobelins grimpent en riant pour les larder de coups de lances, une destruction absolue et sans aucun répit que ni les larmes ni les implorations ne change quoi que ce soit aux cœurs putrides et puants de ces races démoniaques. Cuileux existe plus, Quenelles a réussi à repousser la horde et à reprendre leurs terres, mais le vieux souvenir de cette principauté honteusement massacrée perdure. Le tumuli de Cuileux ce qu’on en dit, c’est que c’est là qu’on a enterré des corps de soldats de Cuileux défunt ; une terre maudite et hantée, où il n’y a rien à trouver à part des larmes et des regrets.
Et la Dame.
Je me lève, et pose une main sur celle d’Evrard pour qu’il laisse le casque sur la table. Et, je trouve le courage, probablement permit par le bon cognac fin de l’aubergiste, pour lui répondre.

« Je vous l’ai dis, frère, je n’ai rien à perdre. Si vous cherchez vraiment à aller là-bas, ce serait avec joie que je me joindrai à vous : si, et seulement si, vous me permettez de me joindre à vous, bien sûr. Je n’ai rien à vous offrir à part mon épée et mon courage, sire.
Mais, un doute m’assaille… Votre ami, le pieux sire Reinald, il a prêté serment de la Quête pour poursuivre la Dame. Il prend volontairement des risques inconsidérés pour cela, et en retour, il jure de ne pas profiter de terres ou d’aides extérieures… Même les chevaliers errants vont sur les routes accompagnés de camarades, et d’une suite faite de servants et de sergents, je suis moi-même une exception comparé à eux.
Je veux dire… Est-ce véritablement saint de venir en son aide ?
Je souhaite vous accompagner. Mais j’ai une condition à vous opposer : Avant de nous élancer vers le tumuli de Cuileux, j’aimerais que nous allions dans une chapelle du Graal, afin d’obtenir la bénédiction d’une Demoiselle, et que nous fassions nos prières pour obtenir le courage et la clairvoyance de la Dame, car nos cœurs sont purs et désintéressés dans la recherche de cet homme. Qu’en dites-vous ? »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 22 janv. 2019, 11:39, modifié 1 fois.
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