[Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Les pics rocheux battus par les vents du massif d’Orquemont dominent les terres en plein cœur de la Bretonnie. Ils s’élèvent au dessus de la forêt de Chalons et sont totalement dénudés sauf là ou quelques pins tordus s’accrochent à la roche. Quelques enclaves orques et gobelines y existent toujours cachées au milieu des pics et des ruines des forteresses détruites par les chevaliers Bretonniens dans leurs efforts constants pour débarrasser cette région des peaux vertes. On raconte aussi que les Skavens y tiennent une forteresse, en plein cœur de la Bretonnie.

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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 12 mars 2019, 16:39

Question sensible posée à Evrard donc test de CHA ; jet caché.
Evrard écouta avec attention les explications d'Armand, sans jamais l'interrompre malgré son rythme de parole haché et balbutiant. Néanmoins, et même s'il resta attentif, quelques regards furtifs vers le tumulus proche prouvait qu'il avait hâte d'aller enquêter sur la provenance du chevalier de rouille.

- "Eux", ça devait désigner ceux qu'il a affronté avant de venir vers vous. Si l'on apprend qui sont ses ennemis, l'on pourra mieux comprendre qui il était.

Il sembla s'apprêter à enjoindre son compagnon de se mettre en route, mais Armand ne lui en laissa pas le temps. Lorsqu'il lui demanda s'il avait déjà commis un meurtre, le visage d'Evrard se figea, avant de s'assombrir. Il prit une voix grave et son ton se durcit, presque agressif.

- Vous avez dénoncé votre père et indirectement provoqué la traque de tout un réseau de cultistes qui gangrenait votre duché, Armand. Vos mots ont provoqué la mort de centaines de personnes, mais je suppose que ceux-là n'importaient pas n'est-ce pas, car tous, sans exception, étaient des malfaisants méritant leur destin, de sinistres comploteurs que vous ne connaissiez pas mais imaginiez comme des monstres ne méritant plus le statut d'être humain. C'est plus facile pour s'endormir le soir que de penser ainsi. Et pourtant aujourd'hui vous êtes choqué, car pour la première fois c'est vos bras et non vos mots qui ont agi. Et bien sachez que le bas-côté des routes de Bretonnie est chargé des cadavres de chevaliers errants qui sont morts inutilement car ils ont préféré écouter leurs scrupules que leur instinct de survie. Il vous a attaqué, n'a pas écouté votre tentative de le raisonner, vous vous êtes défendu. Vos valeurs contre les siennes, et vous avez gagné.

Il y avait une vraie colère dans la voix d'Evrard, qu'il tentait de maîtriser mais qui bouillonnait trop fort pour rester entièrement contenue. Impossible de savoir néanmoins si elle était dirigée envers Armand, ou envers lui-même.

- J'aurais pu hésiter, me demander pourquoi il vous attaquait, essayer de le combattre de manière non létale. Mais si j'avais fait ça, alors j'aurais diminué vos chances de survie. Vous m'avez fait confiance, vous m'avez remis votre vie pour m'aider dans mon entreprise sans rien attendre en retour : croyez-vous que j'allais écouter mes scrupules envers un inconnu pour vous laisser mourir ? Non, j'ai chargé, et je l'ai tué, parce que c'était ce qu'il fallait faire. Et je ne culpabiliserais pas d'avoir sauvé votre vie au dépend de la sienne, peu importe quelles aient été ses raisons. Car si vous l'aviez oublié, je suis le type de chevalier égoïste qui renie ses promesses et abandonne son devoir pour sauver ses proches.

Il détourna son regard, et ne permit pas à Armand de répondre. La longe de son palefroi dans la main, il se dirigea vers la provenance du chevalier de rouille, bien décidé à ne plus perdre de temps cette fois-ci. Les mâchoires serrées, il ne vérifia même pas si Armand le suivait ou non.

Armand, bien décidé à ne pas rester en arrière, le suivit donc en clopinant, Triboulet n'hésitant pas à l'aider si nécessaire, quand bien même il guidait déjà sa mule et le roncin. C'est la première fois qu'il voyait Armand blessé, et il n'en cachait pas son inquiétude : s'il était arrivé sur place avec une litanie d'excuses pour justifier son absence du combat, il semblait depuis avoir pris conscience des blessures encaissées par son maître, et le voir aussi affaibli ne le laissait pas indifférent. Il avait clairement la mine soucieuse, et c'est avec une bienveillance insoupçonnée qu'il s'enquit de savoir s'il était bien sage de suivre Evrard, plutôt que de prendre un repos nécessaire après pareilles blessures. Pour lui, il était évident qu'Armand devait retourner à Magone pour se faire soigner convenablement.

Avançant au rythme claudiquant d'Armand, le trio dut éviter sur son chemin plusieurs autres pièges dissimulés comme le premier. Evrard, alerté par celui qu'avait déclenché son compagnon, ne laissait pas sa curiosité dépasser sa prudence : il avança d'un pas lent et précautionneux pour éviter tout nouvel accident.

Il ne leur fallut qu'une poignée de minutes pour contourner l'imposant tumulus qui bloquait leur visibilité. Devant lui, Evrard s'immobilisa soudain face à ce qu'il découvrait, et Armand ne tarda pas à comprendre pourquoi. Le spectacle visible devant eux était surréel, et il le devenait à chaque pas un peu plus.

Là devant eux, à quelques pas de l'entrée à moitié éboulée du tumulus qu'ils venaient de contourner, deux archers étaient écroulés au sol avec un carreau d'arbalète profondément enfoncé dans leur torse, ayant traversé leur armure de cuir sans la moindre difficulté. A leur droite, une autre fosse à pieux : un coup d’œil au fond de celle-ci permit d'y découvrir un chevalier qui n'avait pas eu la même chance qu'Armand lors de sa réception. Contrairement au piège dans lequel était tombé le fauve de Lyrie, celui-ci contenait des pointes métalliques en plus des épieux de bois, et ces dernières s'étaient frayées un chemin à travers l'amure de plaques pour transpercer de part en part l'infortuné guerrier. Les couleurs bleu et or de sa cape et le blason de serre d'hippogriffe qui y était cousu ne laissaient aucun doute sur son duché d'origine.
Un peu plus loin au milieu des arbres, un autre cadavre, avec un projectile fiché dans la tête - son camail n'avait pas pu le protéger d'une attaque frontale. Autour de lui, deux autres fosses piégées qui s'étaient activées, et avaient fait deux victimes supplémentaires. L'un des deux était un jeune page, qui ne devait pas avoir plus de seize ans.
Remontant la piste des cadavres et évitant les pièges qui ne s'étaient pas déclenchés, Evrard et Armand trouvèrent le dernier d'entre eux : un combattant en chemise de mailles, avec un carreau solidement planté dans son bras, et le crane enfoncé de plusieurs coups de pommeau - le résultat était proprement répugnant. A ses pieds gisaient les restes d'une arbalète à répétition dont le mécanisme avait été détruit d'un coup d'épée.

Un chevalier, ses sergents, ses écuyers, son page. Tous morts.
Jet de perception d'Armand : 16, raté
Jet de perception d'Evrard : 6, réussi
Evrard était livide. Sans prononcer un seul mot, sans s'expliquer, il s'enfonça davantage dans la forêt, son regard fixé vers l'horizon. Armand le suivit sans comprendre dans un premier temps, puis vit à son tour ce que son compagnon avait remarqué : devant eux, dans une petite clairière au milieu des bois, se tenait ce qui ressemblait à un cimetière. Il y avait là presque une centaine de tas de terre battue agrémentés d'un morceau de pierre ou de bois servant de stèles improvisées, sur lesquelles n'était pourtant rien gravé.

Il tourna son regard vers Armand. Il ne dit pas un mot, mais son regard n'avait plus la fermeté et l'assurance que son compagnon lui connaissait. Le chevalier de Cobie était livide, les yeux fous, et c'est avec le plus grand mal qu'il réussit à articuler quelques mots.

- Je... dois... savoir.

Puis il s'avança, se saisit d'une pelle plantée verticalement dans le sol, et commença à creuser l'une des tombes avec l'énergie d'un possédé.

Jet de perception d'Armand : 2, réussi


Plus loin encore, derrière la clairière, derrière une poignée d'arbres obstruant sa vision, Armand repéra pourtant quelque chose d'autre : il en mettrait sa main à couper, il y avait là-bas un campement de fortune, avec ce qui ressemblait à s'y méprendre à une cabane artisanale.

A toi de voir ce que tu veux prioriser, sachant que y a le campement au loin, la clairière-cimetière, et le "champ de bataille". J'ai volontairement donné peu de détails sur votre traversée de ce dernier car j'ai considéré que vous l'aviez parcouru rapidement en cherchant des survivants et un peu en état de choc devant le carnage, plutôt que d'examiner de près les cadavres à la recherche méticuleuse d'indices.

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 13 mars 2019, 23:00

La réponse d’Evrard est franchement étrange. Il le prend sur la défensive. Il n’a peut-être pas comprit ce que je voulais lui dire. Et, dans son propos, je décèle étrangement un semi-plaidoyer envers les monstres cultistes qui ont profané le château de mes ancêtres et souillé la Bretonnie en épousant la cause de puissances diaboliques, réprouvant ainsi l’honneur et la dignité la plus élémentaire, s’abaissant à un niveau en-deçà de celui du paysan. Je n’ose pourtant pas lui rétorquer quelque chose : J’ai trop mal pour ça. Je me contente de tourner la tête de côté et d’à nouveau cracher mes glaires au sol, tandis qu’il se dépêche de reprendre son cheval et de s’éloigner.
Je m’empresse pas de le suivre. À la place, je regarde le corps sans vie du jeune homme sous moi. Impossible de savoir si j’ai occis un preux rendu fou par un quelconque mauvais chemin. Ou bien si j’ai fais trépasser un vulgaire brigand ayant volé des couleurs d’une pieuse maison. Je me contente donc de prendre une grande inspiration nasale, et de m’agenouiller devant lui. Je pose mes mains sous sa mâchoire, et le force à fermer sa bouche grande ouverte. Je place mes doigts sur ses paupières, et le fait fermer ses yeux afin de ne plus voir son doux regard que je méprend peut-être pour être apaisé par la délivrance du repos éternel. Je pose une main sur son visage, ferme mes yeux, et me contente de bredouiller d’une voix rendue rauque par la douleur et l’effort :

« Que Morr te garde. Qu’il te trouve même dans cette fange. Que tu obtiennes la douceur du sommeil à jamais. »

En vérité, le cadavre de cet homme ici pose un sérieux soucis. Il existe bien des croques-morts itinérants, qui se chargent de cette sale mais nécessaire tâche d’aller chercher les corps perdus au milieu de nul part : les chevaliers errants disparus, les brigands qu’on a pendu sommairement aux arbres, les enfants qui ont fugué et qui ne retourneront jamais chez eux… Quand je serai rentré à Magone, et sorti de ce pétrin, il ne faudra surtout pas que j’oublie d’en informer une chapelle du Grand Faucheur. Après tout personne n’a envie de voir des fantômes hanter ce lieu. Du moins, personne n’a envie de voir d’autres fantômes hanter ces lieux.
Lorsque je me relève, je vois que Triboulet a saisi mon épée. Il me la tend en faisant une petite courbette. Je reprend mon arme et crache à nouveau au sol, avant de me diriger vers mon canasson, que je couvre de petites caresses, plus pour me rassurer moi-même que pour la rassurer elle. Et nous reprenons notre route pour suivre Evrard.

« Sieur… Z’allez ben ?
– Je ne vais point te mentir, bonhomme, je ne suis pas au meilleur de ma forme…
– Douce Shallya ! Z’avez bien dégusté ! Zêtes bath’, mais gare à pas vous méprendre ; zaurez b’soin d’aide, et céti mieux qu’ce soit dès lors, parce que sinon zallez prendre heu, comment qu’vous dites… Heu, prendre des risques !
– C’est cela
, je grommelle en toussant à nouveau un crachat endolori. Au moins je ne suis pas ouvert, autrement il y aurait gravissime urgence… Le vin me calme, c’est déjà cela…
– La vinasse calme pas, elle endort, sieur !
Faudra qu’vous alliez à Magone, et faudra qu’c’soit dare-dare ! J’vous l’dis sieur, avec, heu, comment qu’vous dites… avec prestance ! »


Je le dévisage en relevant ma tête. Il a raison. Faudrait que je me grouille d’aller chercher de l’aide. Je vais avoir besoin de repos. Et probablement de l’aide d’une prêtresse de Shallya.

« Allons d’abord voir si quelqu’un a besoin de notre aide…
– Oué, qu’on va voir si on a b’soin d’not aide ; puis on va voir un truc, alors faudra qu’on aille voir le truc ; et quand on aura vu c’truc, on avancera encore un peu, parce que y avait besoin d’une chose ; et que quand on s’ra au bout, vous s’rez vidé comme un cochon !
– Fais silence ou je sors le fouet »,
je trouve juste à siffler en me passant une main sur mon crâne brûlant.

Il a néanmoins raison. Je n’ai pas l’intention de me faire de vieux os dans le coin. Inutile de partir à la cavalcade. Si on découvre l’entrée d’un donjon secret, on fait demi-tour et on se souvient du chemin. On comptera sur le seigneur de Magone pour nous fournir de l’aide, j’essaye déjà de réfléchir à des arguments pour le convaincre, je sais pas quel genre d’homme il est, aucune idée s’il sera assez débonnaire pour aider deux preux dans leur quête peu légitime.



Je cesse soudain toute pensée en découvrant le charnier. Bouche bée, yeux écarquillé, je me met à marcher d’un pas étrange, semi-titubant. Je suis sous le choc. J’assiste à un carnage. Un patchwork improbable et incompréhensible de cadavres, de restes d’armement, de corps frais qui sont éparpillés dans tous les sens. Des braves et des militaires roturiers qui sont massacrés dans tous les sens. Est-ce que tout ça a été l’œuvre du seul chevalier que j’ai affronté ? La Dame me protège. Je ne peux pas m’empêcher de prier à voix basse, mes lèvres bougeant dans tous les sens, alors que je continue de suivre un Evrard qui a l’air tout autant abasourdi que moi un peu plus loin.
Des tombes. Y a pas de doute. On est au milieu d’un cimetière. Evrard me semble perdu. Il se saisit d’une pelle et se met à creuser à la sauvage une des sépultures. Je crois savoir ce qu’il cherche. Je pense qu’il veut découvrir si notre chemin n’arrive pas à son terme. Si son camarade n’est pas ici.

« Triboulet. »

Je fais un petit signe à mon valet et m’approche lentement de lui, pour lui chuchoter quelque chose.

« Surveille-le.
– Heu… ça veut dire quoi, sire ? Bégaye-t-il lentement, visiblement peu sûr de lui-même.
– Rien. Juste… Surveille-le. »

J’ai vu le campement. Mais je n’ai nulle intention d’aller partir là-bas tout de suite. Je suis pris d’une curiosité morbide, qui m’oblige à retourner sur mes pas, vers le charnier horrible qui a été semé ici.
Je veux comprendre ce qu’il s’est passé.



Un chevalier d’Aquitanie. Il porte les couleurs de la maison ducale. Peut-être est-ce un garde personnel du duc Armand, ou alors le fils d’un de ses vassaux directs qui est venu jusqu’ici pour trouver la gloire dans une errance. Je vous avoue que je ne suis pas tellement ravi de voir ce rappel de mon pays. Je suis terrifié à l’idée que, peut-être, je connais ce garçon, que je l’ai déjà croisé sur les lices d’un tournoi ou sur le divan d’une maison de plaisir. Je n’ai même pas le courage de lui faire une prière personnel ; il y a beaucoup trop de cadavres autour de moi qui le méritent. Je dois même réprimer un reflux gastrique qui menace de s’échapper par ma gorge, à la vue des sorts les plus sanglants d’entre eux.
Mais je prend mon courage à deux mains. Et je décide de retracer les événements.

Je vais voir chaque fosse à pieux. Je regarde chaque corps. Ce qui m’interpelle le plus, ce sont ceux qui ont été criblés de carreaux. Je dis bien de carreaux, et pas de flèches. Au bout d’un instant, je croise, au sol, les restes d’une étrange arbalète avec un système mécanique exotique. Je m’agenouille devant et commence à l’observer.

« Arme de lâche... »

Toute arme à distance est une arme de lâche. Mais les arcs longs qu’utilisent nos paysans ont au moins le mérite de demander de la force et de l’adresse, des valeurs martiales pures. L’arbalète est une arme monstrueuse : n’importe quel bourgeois obèse peut se saisir d’une, viser, et tuer un preux. Il faut être dévoyé pour utiliser ce genre d’armement, il est rare en Bretonnie. Mais ce qui est plus étonnant encore, c’est que je suis persuadé que cette arbalète, fort raffinée, trop raffinée pour être du coin, a été possédée par un truand qui ne venait pas de notre Royaume… Cela ne me rassure guère. Qui affrontons-nous ? Les Asrais n’utilisent pas d’arbalètes. Les peaux-vertes, s’ils en utilisent, je ne suis pas sûr qu’ils aient l’intelligence pour en fabriquer des comme ça. Alors qui est venu ici ?
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 14 mars 2019, 14:34, modifié 1 fois.
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- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles
Équipement :
- Une grande chemise

[INDISPONIBLE]
- Épée bâtarde : 2 mains / 24+1d10 / 12 parade
- Épée sainte : 1 main / 16+1d8 / +4 contre les créatures du mal / 11 parade
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 20 mars 2019, 17:48

Test de perception : 20... et beh. Tant pis pour les artefacts magiques sur les cadavres alors, tu les trouveras pas :mrgreen:
Test d'intelligence : 13, raté, je ne te donnerais donc presque pas d'indices sur les événements, à toi de déduire ce que tu peux :D


Abandonnant Evrard à sa tâche d'exhumation sous la surveillance attentive de Triboulet, Armand revint sur le champ de bataille seul, pour tenter de mieux comprendre ce qui avait pu s'y dérouler.

Il observa en premier lieu l'arbalète. Même si son mécanisme d'activation avait été cassé, il était facile de deviner sa complexité. Aucune marque distinctive sur l'arme ne permit au chevalier de Lyrie d'en apprendre la provenance : peut-être appartenait-elle à un nain ou à un impérial ? Toujours est-il que de son observation ne pouvait se faire que deux déductions. Au vu du nombre de personnes tuées par carreaux, et sachant qu'une telle arme a un temps de rechargement très élevé, ou bien il y avait eu plusieurs tireurs, ou bien la complexité du mécanisme permettait de décocher plusieurs traits à intervalles courts.

L'examen de la demi-douzaine de corps ne fut guère plus instructive. Les deux hommes en armure de mailles qui étaient tombés n'avaient sur eux aucun signe reconnaissable particulier, sinon la couleur bleue de leur tabard les liant à l'Aquitanie. Celui proche de l'arbalète brisée avait le visage trop défoncé pour qu'il y aie quelque chose à distinguer de cette masse de chair détruite - l'autre en revanche s'avérait être un jeune garçon d'une vingtaine d'années, plutôt bel homme s'il n'y avait ce trait solidement planté au milieu de son visage. Un détail curieux liait néanmoins les deux combattants : ils portaient tous deux le même pendentif, un simple clou accroché à une cordelette autour de leur cou.

Le cadavre du chevalier aquitanais aurait peut-être pu davantage aider son enquête, mais il était impossible de voir son visage, tourné face vers les pieux, et Armand ne se sentait plus en état de descendre dans une autre fosse, entre sa blessure à la cuisse, la fièvre et les nausées dues à l'odeur des cadavres. Déjà qu'il avait manqué de peu de glisser dans un autre piège lors d'une crise de vertiges... sans pouvoir déloger le corps de la fosse, il n'y avait pas grand chose de plus à apprendre de ce macchabée non plus. Même problème pour le page et le guerrier ayant fini dans des trous similaires.

Les deux archers tués par des carreaux d'arbalète gisaient tous deux non loin du tumulus. Des paysans sans nul doute - leur armure en peau tout comme leur arc étaient de facture grossière. Ils étaient les seuls à ne pas porter de couleurs assimilées à l'Aquitanie, peut-être n'appartenaient-ils pas au groupe du chevalier ? A bien les regarder, ils avaient davantage une dégaine de brigand que de serviteurs d'un fier chevalier du Duc Armand...

Derrière eux, l'entrée du grand tertre était en sale état : il y avait du y avoir un éboulement, obstruant le passage de tonnes de pierres et de monceaux de terre. Pourtant, en s'approchant, Armand remarqua qu'une partie de ces débris avait été déblayée, créant une ouverture à travers les éboulis. Elle était étroite, mais suffisante pour qu'un chevalier en armure puisse passer, pour peu qu'il se contorsionne et que son armure ponce les parois. Impossible néanmoins de voir de l'autre côté de cette ouverture de fortune, du moins pas sans le briquet à amadou et les torches qu'Evrard entreposait dans les fontes de selle de son palefroi.

Alors qu'il se détournait du passage improvisé pour retourner inspecter plus en détail le champ de bataille, il se figea sur place lorsque, derrière lui, provenant de l'intérieur du tumulus, une voix féminine à peine audible se fit entendre dans un murmure, un souffle presque suppliant :

- Aidez-moi...

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 20 mars 2019, 22:50

Je fais les cent pas. Ça serait peut-être plus facile si je n’avais pas la gerbe et la douleur, je vous avoue. Ça le serait encore plus, si j’avais la moindre expérience dans l’investigation criminelle. En Bretonnie, lorsqu’un meurtre est constaté et que nous n’avons pas la moindre idée de qui a bien pu le faire, on engage des limiers ; Il y a toujours, dans le bas peuple, des aventuriers et d’anciens soldats de bonne qualité, des forestiers qui connaissent le moindre recoin d’une forêt ou des citadins qui voyagent dans les ruelles d’une bourgade châtelaine comme je marchais dans le jardin de mon château. Toute une foule de détectives qui utilisent la corruption ou le flair de leurs chiens pour trouver quels mains ont fait couler du sang.
Si seulement je n’avais pas le sang bleu, je vous avoue que j’aurais adoré faire cette profession. Mais je vous avoue qu’à part avoir vu de loin, j’ai pas la moindre idée de comment ils font pour réussir à deviner comment des événements se sont déroulés simplement en inspectant des corps, des traces de pas et des indices de toute sorte. L’arbalète me plonge naturellement dans une perplexité particulière – je vous ai déjà dis que c’était une arme de lâche ? Ah merde je vous l’ai déjà dis je vais pas revenir dessus.

« Est-ce que c’était ton arme, mon ami ? »

Le cadavre n’est pas très loquace. Mais j’en doute. Je suspecte, même si je n’ai pas à construire de palais mental pour reconstituer la scène, qu’il a tenté de charger l’arbalétrier et lui a démoli son arme ; mais l’assaillant l’a tué en retour à coups de pommeau.
Il a un clou autour du cou, le garçon. Je m’agenouille et le regarde en le prenant dans la paume de ma main. Mon cœur se serre un petit peu, mais je souffle à moitié et chuchote quelque chose à mon camarade défunt.

« Pardonne-moi, je dois récupérer ceci… Ce n’est point pour te piller, je le fais uniquement pour trouver le monstre qui t’as tué… Ou bien, à qui je dois annoncer ton trépas.
Morr veille sur toi. »


Traitez-moi de crétin superstitieux pour demander pardon à un cadavre. Mais la superstition c’est la force des faibles d’esprit, c’est ce que mon père disait pour se moquer des croyants, moi en revanche je la prend au pied de la lettre. Il y a des choses incroyables et inexplicables, alors franchement, je n’ai aucune envie que ce pauvre garçon vienne me hanter pendant la nuit parce qu’il croit que j’ai profané son souvenir.
Qu’est-ce que c’est que cette chose ? Ce pendentif doit avoir une signification particulière. Peut-être est-ce un souvenir de conroi ? Quand des chevaliers partent ensemble pour faire des tournois ou suivre le chemin de l’errance, ils y vont en groupe d’amis, ça ne serait pas délirant qu’ils étaient mit ce clou autour du cou pour une telle signification. J’ai beau venir d’Aquitanie, je ne reconnais pas ce symbole.

Ils ont été proprement massacrés. L’idée qui me vient, c’est que c’est le « chevalier » de tout à l’heure qui est à l’origine de ce drame. Il les aurait tous tués un par un méthodiquement, puis, lorsqu’un page est venu le charger, il a dû sortir l’épée et se défendre, avant de venir pour tenter de m’exécuter moi.
Ceci étant, je n’ai aucune idée de ce que ces Aquitains sont venus faire ici. Je vous avoue que ça bourdonne encore pas mal dans la tête. Le vin explique pour beaucoup pourquoi je ne suis pas par terre en train de convulser de douleur, mais il n’aide pas à me concentrer. Je crois que je deviens légèrement taré, parce que j’entends des voix parler et j’ai très envie de chanter. Vous ai-je déjà dis que je savais pas mal chanter ?

J’entends une femme me parler. Je dois vous dire que sur le coup j’ai eu à agiter la tête dans tous les sens pour bien savoir si je l’avais vraiment entendue ou si j’avais perdu les pédales, un peu jeune et inexpérimenté pour avoir franchi la ligne quand même. C’était une petite voix, éthérée, avec un petit écho. Je la confondrais avec un chuchotement de fantôme, si seulement je ne pouvais pas jurer qu’elle venait du mince trou du tumuli.
J’approche mon œil. Je vois que dalle. Faudrait que je demande à Evrard de venir régler le problème, mais le pauvre seigneur a déjà beaucoup à faire. Vous imaginez il découvre le corps de Reinald de Corbie ? Son chemin se terminerait, mais il n’aurait certainement pas le goût de la quête accomplie. Du sel dans la bouche.
Moi je suis avec mon spectre. Aucune idée de si j’hallucine ou s’il y a quelque là-dessous. C’était une voix un peu aiguë. Peut-être un petit garçon, ou une fille. Je renifle, et je reste bêtement devant le trou du tumuli, la bouche bée, un peu idiot. Je sais pas combien de temps. J’ai des petits sauts temporels à cause du vin, des fois je ferme les yeux et quand je les rouvre je crois que quelques secondes se sont écoulées.

« Hey ? » je me retrouve à chuchoter devant le trou. « Hey, y a quelqu’un ?! » je répète plus fort en essayant d’articuler.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 21 mars 2019, 09:39, modifié 1 fois.
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 22 mars 2019, 22:17

Alors qu'il se rapprochait du dégagement présent au milieu des éboulis, se penchant pour chuchoter à travers, Armand remarqua un détail qu'il n'avait pas pu voir auparavant. Il y avait un peu de sang qui colorait la pierre à l'intérieur de l'étroit passage. Quelques gouttelettes encore fraiches sur le côté, et une trainée un peu plus étalée sur la paroi opposée, comme une blessure qui aurait raclé contre.

Sans trop y croire, il chuchota dans l'ouverture pour répondre à son fantôme. Allez savoir quel genre de vin Triboulet lui avait dégotté, toujours était-il que le spectre répondit. Il y eut tout d'abord comme un sanglot étouffé, avant qu'une réponse ne survienne :

- Oui ! Pitié... Sortez-moi... de là.

La voix n'était pas murmurante comme Armand l'avait cru de prime abord. Elle était seulement distante, et les parois closes du tumulus renvoyaient son écho déformé jusqu'à l'entrée du tertre. Malgré cela, impossible pour le chevalier de Lyrie de ne pas distinguer la détresse dans les quelques mots qu'il avait perçu : un mélange de pleurs, de douleur, et de panique.

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 23 mars 2019, 11:08

Je colle mon front contre la pierre, et ferme mes yeux l’espace d’un instant. Je respire un petit peu bizarrement, et je n’ai cesse de renifler. Je suis dans les vapes. À deux doigts d’être groggy. J’ai jamais eu autant envie de juste m’allonger et de dormir, encore que la gerbe et le dégoût des cadavres autour desquels je marche sert assez bien pour me maintenir à peine éveillé, jusqu’il en faut pour pas lâcher prise. Je sais que je délire, et si quelqu’un s’approchait pour poser le dos de sa main sur mon front, sans doute il serait étonné de quelle façon mes tempes brûlent.
Qu’est-ce qu’une femme – ou un petit garçon – fout ici ? Au milieu d’hommes d’armes ? De morts ? Je n’ai pas la moindre idée de si je suis en train de délirer ou si je parle bien à un spectre qui ne serait pas bien endormi, qui aurait survécu à l’ancien monde, au désastre de Cuileux. Fut un temps où cet endroit était un duché prospère, pieux, peuplé, avant que la fange et les monstres ne descendent en hurlant avec leurs haches et leurs massues. Il y a du sang frais sur un côté de la paroi, je m’en rend compte en ouvrant un œil et en pivotant légèrement ma tête, toujours le front posé contre la pierre pour me soutenir.
Faut que j’aille chercher de quoi illuminer le tumuli. Il faut que je trouve le courage de me relever et d’aller jusqu’à Evrard, qui a l’équipement pour. Mais pas tout de suite, en bondissant : je vais laisser un peu de temps à mon camarade, un peu de temps pour qu’il puisse creuser la tombe qu’il cherche si désespérément.

« Hey… »
je parle dans le trou, d’une voix faible et enrouée. « Je m’appelle Armand. Comment tu t’appelles ? » Il paraît que c’est bien pour mettre les gens en confiance d’avoir un prénom avec lequel leur parler, ça évite de faire trop brutal. Et au pire, si c’est un fantôme, ça évitera de la mettre en colère et de la voir me hanter pour quatre générations.
« Je vois du sang. Tu es blessée ? C’est grave ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Calme-toi, dis-moi tout. Je vais chercher de l’aide. Qu’est-ce que tu fais ici ? »
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- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
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- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles
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- Épée sainte : 1 main / 16+1d8 / +4 contre les créatures du mal / 11 parade
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 25 mars 2019, 10:17

A nouveau il y eut un délai de quelques secondes entre les mots du chevalier fiévreux et la réponse qu'il obtint, comme si la personne à qui il parlait avait le plus grand mal à formuler ses phrases.

- Armand, répéta la voix déformée par l'écho. Je m'appelle... Margot. Je...

Un silence, suivi d'un grognement féminin, comme un cri de douleur déformé par la réverbération.

- Du sang, oui. Beaucoup. Le mien...

Les sanglots qui ponctuaient ses phrases se transformaient en véritables pleurs, que les échos rendaient presque effrayants malgré leur faible volume.

- Sauvez-moi... pitié...

La voix s'affaiblissait de plus en plus. C'est à peine si le chevalier de Lyrie entendit le dernier mot qu'elle prononça dans un dernier souffle.

- Armand...

Silence.

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 25 mars 2019, 10:50

Vous noterez qu’elle n’a pas répondu à mes questions. Qu’est-ce qu’elle fout là ? Comment elle a atterrit dans le tumuli ? Attention, je dis pas qu’elle ment. Je suis en train de douiller et de faire des trucs bizarres à cause de mes deux lacérations, je vais pas jeter la pierre (En plus là ça risquerait de combler le trou de jeter une pierre, ahahahahahaha) à une possible personne blessée et perdue dans le noir. Mais voilà, ça me fait quand même froid dans le dos, je vous avoue. Ou alors c’est juste la sueur ? Je dois être tellement pâle. Je me rend compte que c’est de l’eau et non du vin que j’aurais dû boire.
J’ai jamais eu autant envie d’un lit chaud.

« Margot... » je répète dans la fente, avec une voix enrouée que j’essaye tout de même de rendre audible, au-dessus de l’écho de ses pleurs et de ses gémissements éthérés qui se réverbèrent contre le roc. « Margot, je vais te chercher de l’aide. Je m’éloigne mais je ne t’abandonne pas. Tiens bon. »

Je tourne les talons et fait un pas devant moi, puis un autre. Je me rétame par terre dans un petit cri. Puis je colle mon front contre le sol, retrouve ma respiration en soufflant très fort par la bouche et en inspirant très fort par les narines. Je ramène mes genoux contre mon ventre, serre les dents, et me relève. C’est fou, j’étais persuadé d’avoir appris à marcher quand j’avais genre un an et demi. L’idéal là, ça serait que je tombe sur un homme-bête, à coup sûr ça me donnerait le coup de sang nécessaire pour me ré-apprendre à marcher.
Non j’ai rien dis. Chut. Dame je vous en supplie, je veux bien que vous me testiez mais pas à ce point.

Je retraverse le cimetière à ciel ouvert. Je navigue au milieu du sang, des corps et de la destruction. J’ai une sale odeur dans le nez, un mélange de senteur métallique qui doit venir des flaques rouges, couplé avec l’écorce humide d’un bois qui a subi une courte neige et des pluies averse ces derniers jours. Si j’étais un vampire de Moussillon, nul doute que je me mettrais à trouver ce cocktail aussi enivrant que de la poudre de mandragore, mais là ça renforce surtout mon envie de dégueuler. J’ai d’ailleurs un reflux du ventre, et je dois vite mettre une main devant mes lèvres et me retenir pour que les morceaux de pain que j’ai grignoté immédiatement après mon combat ne sortent pas directement de mon corps.

Je continue ma marche titubante. Je retraverse les buissons et m’éloigne à nouveau des corps. Je vais rejoindre Evrard. Et là ça va être coton. Parce que s’il est tombé sur son pote ça va être dur à gérer : à ma blessure physique ira s’ajouter sa blessure psychique. Encore que, une toute petite voix dans mon âme, que j’étouffe le plus vite possible, me souffle de manière bien sournoise que ce serait, au fond, une bonne chose que sa quête se termine ici et maintenant. Ce sera une excuse pour que nous galopions hors de cet enfer, vers Magone, le plus vite possible.

Je me retrouve donc à nouveau dans le charnier, là où quelqu’un a eu la bonne idée de fermer les tombes. Une vision terrifiante d’ailleurs, mais j’essaye pas trop d’y penser. Je vois Triboulet qui se tient debout, et qui tourne son regard pour me voir ; il me fait des petits yeux de chiens battus. Avec ces yeux là, je me prend à me rendre compte que Triboulet est effectivement plus jeune que l’âge qu’on lui donne ; je crois qu’il a quelque chose genre vingt-cinq, vingt-six ans, c’est dur de connaître l’âge exact d’un indigent, la plupart des paysans les retiennent pas, encore plus les bannis qui doivent quitter leurs familles et leurs fermes comme lui. J’oublie souvent qu’il n’est pas vieux, et vous ne pouvez pas trop m’en vouloir, vous vous méprendriez vous aussi à voir sa face aux sillons creusés, aux pustules de petite vérole à laquelle il a survécu jeune, à ses cheveux qui partent par une calvitie précoce. Mais il a ce regard, là, en cet instant, semi-terrifié.
Evrard est de dos, et il ne bouge pas. Est-ce que c’est parce qu’il fait une pause, fatigué par l’effort d’avoir déterré une tombe en portant un harnois ? Ou bien… Est-ce qu’il a trouvé quelque chose ?

« Frère ? »
je demande pour manifester ma présence. « Heu… ça… ça va ?
J’ai, heu… Besoin d’une torche, et... »


Et je ne finis volontairement pas ma phrase pour voir qu’est-ce qu’il a à me dire. S’il a quoi que ce soit à me dire.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 25 mars 2019, 10:57, modifié 1 fois.
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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par [MJ] Katarin » 28 mars 2019, 16:28

Le champ de bataille qu'Armand traversait pour la troisième fois était lugubre et désolant au possible, mais lorsqu'il aperçut Evrard au milieu des tombes, il aurait été bien difficile de savoir lequel de ces deux spectacles était le plus triste à contempler.

Evrard, malgré ses sautes d'humeur, avait été depuis leur rencontre toujours impressionnant voire héroïque. Un fier chevalier qui avait de la bouteille et qui possédait la force d'âme de tout affronter sans se plaindre. Malgré la fièvre qui l'étouffait, il ne titubait pas, son regard ne flanchait pas, et il avait su défaire l'adversaire d'Armand avec brio.

Le chevalier qui se tenait devant Armand n'était plus cet homme-là. La pause que croyait avoir vu Armand ne dura pas plus d'une poignée de secondes, puisque qu'il se remit très rapidement à creuser comme un possédé dans la terre boueuse, arrachant des mottes de gadoue avec sa pelle. Il avait déjà profané une demi-douzaine de tombes - en témoignaient les trous dans le sol à ses côtés et les ossements éparpillés autour de lui - mais ne semblait pas encore avoir trouvé le corps qui l'intéressait. Le regard fou, le visage livide, les cheveux poisseux de sueur, il haletait bruyamment tandis que, lâchant sa pelle, il s'agenouillait désormais pour sortir des morceaux de cadavre de sa nouvelle excavation. Tirant de toutes ses forces, il en extirpa une chemise de mailles contenant les ossements d'un tronc et d'un bassin. Le reste du corps disloqué était certainement resté confiné dans le sol, mais cela ne dérangea guère le gasconnais qui se contenta d'abandonner le torse à côté de lui, puis de reprendre sa pelle, poursuivant son sinistre ouvrage sur la tombe suivante.

Aux côtés du chevalier de Lyrie, le jeune Triboulet, qui avait attaché leurs chevaux et sa mule à un arbre proche, semblait terrifié. Il fallait le comprendre - lui qui n'était pas réputé pour sa vaillance, il lui avait été confié la surveillance d'un chevalier perdant les pédales qui profanait des tombes dans une forêt maudite, quelque part entre des cadavres frais et d'autres plus anciens. Le paysan n'osait rien dire, comme par crainte qu'Evrard l'entende, mais dans ses yeux se lisait sa supplique : que par pitié, l'on fuie cet endroit maudit ou plus vite, avec ou sans leur nouvel ami gasconnais.

Armand s'approcha du chevalier de Cobie, et tenta de l'alpaguer en douceur. De près, il était encore plus effrayant. Son visage ruisselait de sueur, ses mâchoires serrées si fort qu'il devait en souffrir, et son souffle rapide et rauque était particulièrement inquiétant - la fièvre qui affaiblissait Armand semblait avoir été bien plus agressive envers son compagnon.

Dans un premier temps, le chevalier de Lyrie ne sut si Evrard l'avait entendu, celui-ci ne réagissant pas, continuant de distribuer les coups de pelle avec une force surprenante pour l'état de santé dans lequel il semblait être. Et pourtant, après un interminable délai, il s’arrêta de creuser, tournant lentement la tête vers son interlocuteur.

- Il est là. Je le sais. Je le sens. Je dois... je dois... je peux pas arrêter. Je peux pas.

Sa voix oscillait étrangement entre la volonté et le désespoir. Ses mains serraient sa pelle de toutes ses forces, mais au coin de ses yeux l'on pouvait distinguer des larmes se former.

Il ferma les yeux, et prit une longue respiration, soufflant comme si cela pouvait lui permettre de faire quitter son corps à ses démons.

Puis il reprit son ouvrage.

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Re: [Armand de Lyrie] Pénurie de problèmes

Message par Armand de Lyrie » 28 mars 2019, 16:51

Alors là. Je suis bouche bée. J’aimerais vous dire que j’ai peur, mais c’est pas ce sentiment là que j’éprouve. C’est plutôt genre… Genre… Ah, c’est dur à décrire. Comme une sidération frappante. J’ai les yeux totalement écarquillés, mais j’ai encore la force de retenir mes lèvres ensemble et non la bouche bée. Je dois être blême, mais si c’est le cas c’est plus à cause de mes blessures que du spectacle que je découvre. Il est fou. Fou furieux. Il a complètement perdu les pédales.
Je lui en veux pas. C’est un sentiment compréhensible. Une démence du feu. Une folie liée au choc. C’est très observable chez les guerriers, chez les chevaliers comme les paysans qui rentrent d’un combat particulièrement violents, et qui se mettent à divaguer, ou à l’inverse s’enfermer dans un mutisme terrifiant, avec une espèce de regard… Un regard…
On dit que les yeux sont le miroir de l’âme. Et bien, si c’est le cas, je peux vous dire que c’est évident que celle d’Evrard a été rongée. Il a cet espèce de regard, qui fixe l’horizon même quand il tourne ses pupilles vers vous. Non, en fait, Evrard ne m’a pas regardé moi. Il a regardé a travers moi. Je n’ai pas besoin d’être une demoiselle capable de sonder le for intérieur d’un être pour me rendre compte de l’anomalie de la scène.

« Evrard. J’ai… Heu. J’ai besoin de quelque chose, et... »

Et bien sûr il ne m’écoute pas. Il réagit pas. Et même s’il réagissait, qu’est-ce qu’il ferait ? Balbutier quelques mots déments, peut-être plus dirigés envers lui-même qu’annoncés à mon intention ? Des mimes avec ses lèvres, plus que des répliques. Je fais pivoter ma tête sur ma droite pour regarder Triboulet. Mon valet bouge sa tête dans tous les sens comme une poule furieuse, et surtout par-dessus son épaule. Dans ses mains, il a sorti une petite amulette très moche en bois qui lui sert de porte-bonheur, et il pianote dessus frénétiquement. Et il se met à parler, d’une voix claire et distincte, en levant les yeux vers les branches des arbres qui semblent soudainement se mouvoir au grès du vent.

« On d’vrait pas déranger les morts. On d’vrait pas déranger les morts. Morr l’interdit, Il aime pas ça ! Il aime pas ça ! »

Je crache par terre – je salive beaucoup trop, mais je suis très rassuré de ne pas sentir du sang dans ma bouche, ce qui serait un mauvais signe médical – et avance d’un pas.

« Evrard », je dis à nouveau d’une voix polie. Sans obtenir de réaction de sa part.
« Chevalier », je répète après une petite pause, cette fois-ci d’un ton beaucoup plus dur, mais sans augmenter le volume. « Chevalier, cessez immédiatement ce que vous faites. Regardez autour de vous. Regardez les tombes. Regardez le ciel.
Cessez immédiatement de creuser et écoutez-moi. »


Je fais une minuscule pause de deux secondes, et je reprend sans lui laisser le temps de m’interrompre, d’une voix très dure et rendue rauque tant par mes blessures, que par la fièvre, et ma propre impatience.

« Si sire Reinald est ici, alors il est mort sur le chemin de la quête, en faisant son devoir pour la Dame, la chose la plus honorable qu'il puisse advenir pour l'un d'entre nous. Vous aussi, vous avez un devoir envers la Dame. Écoutez-moi.
J’ai entendu une voix dans le tumulus devant lequel nous sommes passés il y a un instant, où ce massacre atroce a eu lieu. Une femme, chevalier, blessée. Nous devons aller la secourir.
Nous trouverons qui est à l’origine de tous ces morts. Et nous trouverons le seigneur que vous êtes venu chercher. Et s’il est mort, alors c’est le criminel responsable de tous ces meurtres que nous mettrons en terre. Mais croyez-vous vraiment qu’il soit chevaleresque d’être les pieds dans la boue, une pelle en main, à déranger la sépulture de preux qui ont été violemment occis ici ? Eux aussi ils ont leurs dames qui les attendent, leurs mères, leurs sœurs ou leurs épouses.
Nous allons voir le tumulus et tenter d’aider les vivants. Ensuite nous rentrerons à Magone, et nous irons demander de l’aide, ou de sire Landry, ou bien du culte de Morr pour venir s’occuper des dépouilles ici. C’est notre mission de chevaliers. »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 28 mars 2019, 17:03, modifié 1 fois.
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