[Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Le Talabecland se trouve au coeur de l'Empire, et ses armées prennent souvent la forme de petites forces d'élites. Helmut Feuerbach est porté disparu, mais sa cour est toujours dans la Cité de Talabheim.

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par [MJ] Le Grand Duc » 15 mai 2018, 21:41

Les gens de Lucrétia se retrouvèrent dans la cale comme convenu, entre les hamacs, les couchettes rudimentaires et les filets de caisses et de tonneaux. Il y avait les hommes de la garde de Bratian, Marcus le capitaine de cette dernière, Hans le palefrenier et Elsa la domestique. La lassitude se lisait dans la plupart des regards. Un sentiment bien légitime pour des personnes ordinaires dont les vies étaient chamboulées sans cesse. L’existence tranquille dans un village paisible sur les bords du Talabec ne semblait qu’être un lointain souvenir pour eux qui étaient maintenant tous des fugitifs au service d’un être surnaturel potentiellement recherché dans tout l’Empire et peut-être même au-delà. Ils étaient devenus des aventuriers, bon gré mal gré.

Ils écoutèrent leur baronne avec attention, dans un silence pesant. Elsa tenait la main à Hans. Marcus écoutait, bras croisés comme la plupart des autres membres de la garde. Le roulis de la barge sur les eaux calmes du fleuve se faisait à peine sentir et les lanternes qui éclairaient la longue et étroite pièce tressaillaient imperceptiblement. Les regards se plissaient et les visages se fronçaient à mesure que Lucrétia parlait. Oui, ils se doutaient bien que les ennuis ne faisaient que commencer … et pour autant ils avaient espéré que leur châtelaine leur annonce le contraire. Puis vint le moment où la condition de Dokhara de Soya fut abordée. Quelques œillades mauvaises volèrent vers la jeune femme, comme si certains la jugeaient responsable de leur sort à tous. Ces coups d’oeils se firent plus acérés encore, et peut être même craintifs, quand Lucrétia leur parla d’appétit. Ce mot seul traçait une ligne supplémentaire entre la baronne et ses laquais, leur rappelant leur nature de bétail face à celle, prédatrice, de la noble qu’ils servaient. Et voilà que cette dernière les mettait désormais en garde.

Un des hommes de la garde, âgé d’une trentaine d’année, décroisa les bras et s’avança, anxieux.


- "Taal m’en soit témoin, je fais le vœux de rentrer à Bratian." dit-il, la voix légèrement tremblante comme s’il craignait que sa maîtresse, qui avait toujours été bonne et juste, ne se transforme en monstre assoiffé de sang en assistant à cette défection.

Un autre milicien lui emboîta pourtant le pas, puis un autre, enfin tous manifestèrent le souhait de quitter les services de Lucrétia. A croire que le choix entre l’inconnu et le danger omniprésent d’un côté et le retour au foyer de l’autre n’était pas si difficile à faire. Marcus secoua la tête d’un air navré et se redressa, indiquant son soutien à ses hommes d’un regard. Le grand gaillard se retourna et jeta un regard à Hans tandis qu’Elsa se mettait à sangloter.


- "Je reste avec madame la baronne." indiqua le palefrenier trapu d’un air résolu. "Plus rien de ne me retiens."

Elsa se mit à pleurer plus fort et Hans la prit dans ses bras, lui caressant le dos doucement.

- "Quand à toi ma vieille Elsa, tu rentres aussi. Marcus et ses gars veilleront sur toi, il t’arrivera rien. Ces aventures auront ta peau si tu continues. Et puis t’en aura des trucs à raconter en revenant. La moitié d’ces demeurés sont jamais sortis d’chez eux !"

La pauvre servante eut un rire étouffé entre deux sanglots et se tourna vers Lucrétia, le visage tout rouge.

- "Madame … Rhya me pardonne, mais je n’ai plus de forces. Je ne ferais que vous ralentir, je vous porterais le danger. Je ..."

Elle ne savait trop quoi dire et se remit à pleurer, hésitant entre pleurnicher sur place ou enlacer la maîtresse qu’elle allait abandonner.

Marcus observait la scène, visiblement chagriné. Il hocha la tête en direction de Hans puis s’adressa à Lucrétia.


- "Ils ramèneront cette bonne Elsa à Bratian, saine et sauve, Madame." Il sembla gêné un instant. "Ils auront simplement besoin de fonds pour les vivres et le transport sur le chemin du retour … Quant à moi, je reste avec vous. Je sais pas où vous comptez aller, mais je suis sûr que vous pourrez faire bon usage d’une épée expérimentée. Parce que croyez-moi, c’est pas ce halfling qui va vous protéger." dit-il en pointant un pouce vers Hans, pince-sans-rire.

Pour autant tous s’esclaffèrent, même l’intéressé qui admettait volontiers ses lacunes dans le maniement des armes, et l’atmosphère se détendit un brin. C’est cet instant qu’un jeune garçon choisit pour pousser le hamac derrière lequel il se cachait et s’avancer parmi les talabeclanders. C’était l’un des membres d’équipage du Weiler, à peine majeur, et son visage était constellé de taches de rousseur mais aussi horriblement marqué par de profondes cicatrices. Il était grand pour son âge, quoi qu’un peu maigre, et avait une tignasse rouge en bataille. Elsa poussa un petit cri de stupeur en voyant cette frimousse ainsi mutilée.


- "Moi aussi j’veux vous accompagner ! J’en ai marre de travailler sur ce rafiot. Le fleuve, c’est tout c’que je connais. Madame, laissez-moi venir avec vous" dit-il avec un fort accent de l’Ostermark. Il s’inclina maladroitement face à Lucrétia. Marcus jeta un œil vers sa maîtresse avec l’air de lui demander si elle voulait qu’il jette ce jeune importun par-dessus-bord. "J’f’rai le feu, et la cuisine. Pis j’peux pêcher aussi, et faire la vaisselle, et la lessive. Ce que vous voulez, mais prenez moi avec vous. J’ai pas peur."

La vampire pouvait sentir un étrange picotement le long de son échine lorsqu’elle posait les yeux sur ce rouquin effronté.


Image
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 16 mai 2018, 15:53

Tous, sur l’ordre de Lucretia, s’étaient retrouvés dans la calle du Weiler, intrigués par cette demande aussi soudaine que péremptoire. Marcus, conformément à la demande de sa baronne, avait transmis le message à l’ensemble de sa garde, laquelle appréhendait déjà le discours de leur maîtresse ; les regards se croisaient et s’entrecroisaient dans des interrogations muettes, l’on se tenait bien droit sur ses jambes, mains croisées dans le dos, encore qu’il arrivât qu’un ou deux soldats se balançât d’un pied sur l’autre. Les mines affichaient des expressions passablement inquiètes alors que la tension montait, lentement mais sûrement, et, lorsque la Lahmiane commença à expliquer de quoi il en retournait, l’ambiance se fit véritablement pesante.

L’on se mordilla machinalement l’intérieur des joues, l’on cligna des paupières en de nombreuses reprises, l’on jeta par-ci par-là des coups d’œil intrigués, sondant l’avis de ses camarades, n’osant pas véritablement faire le premier pas. Quelques raclements de gorge se firent entendre lorsque Lucretia en vint à parler de Dokhara, qu’elle présenta d’un geste de la main. Ce fut au tour de la jeune rousse d’être étudiée en catimini, bien que les hommes restèrent attentifs au discours de leur maîtresse. Assurément, quelques-uns la jugèrent, tenant ce qui était principalement une étrangère à leurs yeux en partie responsable de leurs malheurs. Mais l’annonce sous-jacente de la prochaine transformation, pour ceux qui savaient lire entre les lignes, marqua le point culminant de cet entretien.

Une nouvelle ligne fut tracée, un nouveau rappel à l’ordre fut envoyé. Pour ces hommes de rien, issus d’un petit village aux abords du Talabec, il était aisé d’oublier, au travers de leur aroutinement, que la baronne qui avait tant veillé sur leur existence n’était pas tout à fait comme eux. Et cette différence n’était pas uniquement définie par une appartenance sociale qui leur était en tout point supérieure.

Ils avaient su faire avec, ils s’étaient accommodés à cette idée, assez facilement pour certains, difficilement pour bien d’autres. Cela avait été comparable à l’adaptation à une légère anomalie dérangeante ; l’on savait qu’elle était présente, l’on apprenait à vivre avec, et, avec le temps, l’on parvenait plus ou moins à l’occulter de nos pensées. Mais il suffisait d’une seule et simple remarque pour qu’elle vous revînt à la figure et vous hante de toute son invalidante puissance. La nature vampirique de Lucretia constituait cette anomalie ; la mention de « l’appétit », la remarque.

Nouveaux regards, nouveaux flux de pensées qui échauffaient les esprits de sa troupe, Lucretia le percevait d’ores et déjà. L’atmosphère s’était encore alourdie de tous ces non-dits, de tous ces sous-entendus qui recélaient leur part de danger. Elle les mettait en garde, tous, contre l’itinéraire dont ils ne sauraient rien, contre elle-même, leur rappelant sa nature, et contre la petite nouvelle dont ils ne connaissaient pas grand-chose, et qui ne tarderait pas à devenir à son tour aussi dangereuse et différente que leur maîtresse. Et certainement aussi imprévisible que difficile à contrôler. Maintenant, à eux que de faire leur choix, que de tracer leur propre chemin. La baronne de Bratian leur laissait cette possibilité.

Il en fut un pour briser la glace, un homme d’une trentaine d’années, qui s’avança d’une démarche craintive, incertaine. Mais, en dépit de son attitude pleine d’appréhension, il trouva au fond de lui la force d’exprimer fermement son choix. Celui de rentrer dans son village natal, et de ne pas poursuivre le périple de Lucretia. Cette dernière, respectant sa parole, hocha simplement du chef, avant de déclarer à cet homme, sur un ton neutre mais impérial :

« Ce choix est le tien, Dieter, et il sera respecté. Tu prendras donc le chemin de Bratian, notre village, avec ma bénédiction. »

Confortés par la bienveillance de Lucretia, et la vaillance de celui qui avait fait le premier pas, d’autres ne tardèrent pas à tenter leur chance, rejoignant le rang de leur premier camarade. Bientôt, toute la troupe changea de camp, marquant ce désir unanime de ne pas continuer l’aventure. Ce que Dokhara comme Lucretia avaient souhaité ; elles n’en voyageraient que plus légères. Puis vint le tour des personnalités clefs de leur petit groupe ; Marcus, Hans, et Elsa, que Lucretia connaissait depuis bien longtemps, désormais.

Le palefrenier, l’air sombre, mais résolu, indiqua son vœu de demeurer aux côtés de sa maîtresse, causant les premiers sanglots d’une Elsa inconsolable. Hans la prit dans ses bras, tâchant de soulager sa peine, tout en déclarant qu’il serait mieux pour elle de rentrer à Bratian. Et lorsque ce fut au tour de sa camérière de s’exprimer sur son choix, s’avouant par avance vaincue face aux tribulations de ce voyage en terre inconnue, Lucretia crut que cette distante façade impénétrable qu’elle tenait à afficher allait voler en éclats.

La petite servante, pleurant à chaudes larmes, ne sut comment se comporter, et ses bras, qui auraient tant voulu enserrer sa maîtresse dans un dernier au revoir, restèrent là, ballant, le longs de son corps secoué par les hoquets. Lucretia eût tant voulu partager cette étreinte, mais, dans ce rôle qui était le sien, elle se contenta d’acquiescer de la tête. Simplement. Elle était sa maîtresse, la baronne de Bratian, et se devait, en public, de se comporter de manière expédiente, plaçant tous ses sujets sur un même pied d’égalité. Alors qu’une part d’humanité ruait et forcenait au sein de la Lahmiane, celle-ci serra les mâchoires, demeurant toujours aussi digne qu’au premier jour, et tint le même discours qu’elle avait eu pour Dieter.

« Alors toi aussi feras route vers Bratian, ma bonne Elsa. Tu n’as pas à t’en vouloir, vraiment. »

Dans la périphérie de son regard, Lucretia nota l’expression de Dokhara, qui, durant tout l’échange auquel elle avait assisté, n’avait eu de cesse que de se décomposer. Dans un premier temps, la jeune rousse, présentée ainsi qu’elle l’avait été par Lucretia, avait pâli. Là, désormais, elle apparaissait comme livide, hésitante, fébrile, baissant le regard sans jamais savoir où pouvoir le fixer sans perdre la face. Se sentait-elle ainsi exposée et vulnérable, après l’annonce public de sa prochaine transformation ? L’humaine qu’elle incarnait vivait-elle assez mal cette exhibition officielle du monstre, pour les gens du commun, qu’elle allait devenir ? Ou, simplement, endossait-elle en y assistant la culpabilité de ce déchirement d’un groupe soudé avant même qu’elle ne vînt s’y greffer ? Lucretia n’en savait rien, et, là encore, elle ressentit le besoin d’aller la réconforter d’un petit geste. Mais, ès qualités de baronne, devant rendre des comptes à chacun de ceux qui avaient remis leur vie entre ses mains, elle se devait d’être la figure d’autorité que rien ne pouvait faire céder. Elle ne fit pas le moindre geste, se contentant d’observer les siens de ce même regard imperturbable et détaché. Quand bien même cela bouillait-il au fin fond de son âme.

Enfin, ce fut au tour de Marcus d’exprimer sa position. Et bien qu’il eût apporté son soutien à ses gens d’armes d’un petit signe de la tête, il se rallia aux côtés de Lucretia, décidant de l’accompagner où que la mèneraient ses pas. Comme pour Hans, la Lahmiane lui en fut reconnaissante, bien qu’elle s’y attendait quelque peu. Il tâcha même d’alléger un peu l’atmosphère d’une petite plaisanterie bien amenée, à l’encontre de son camarade palefrenier ; les deux hommes se connaissaient depuis des années et des années, et ces petites railleries demeuraient juste un moyen comme un autre de forger que plus encore leur longue amitié.

« Certes, Marcus, je sais que je puis compter sur toi pour me défendre. Mais j’aime aussi avoir un palefrenier à mes côtés, lequel, lorsque j’ordonnerai de s’enfuir en allant chercher les montures, fusera vers les chevaux plutôt que de regarder d’un air sceptique la poigne de son épée, partie portant le même nom. »

Lucretia se fendit d’un petit sourire discret après avoir amicalement taquiné le capitaine de sa garde, participant ainsi à l’apaisement de l’atmosphère. Puis elle reprit, sur un ton autrement plus formel, mais tout aussi sincère.

« Merci pour votre soutien à tous les deux, Marcus et Hans. Et merci à ceux que la franchise portera sur une voie assurément moins dangereuse que la nôtre. Je serai en paix que de vous savoir en sécurité. Faites-moi une estimation de la somme dont vous aurez besoin pour rejoindre notre domaine de Bratian ; elle sera vôtre. Voyagez bien. »

Ces deux derniers mots marquèrent la fin du discours officiel de la baronne, et chacun put retourner vaquer à ses occupations, dans la cale ou sur le pont. La rumeur des conversations, dans un premier temps timide et supplantée par les sanglots d’Elsa, ne tardèrent pas à gagner en volume et à surpasser ces derniers. Après cet entretien qui venait d’être tenu, les soldats ressentaient ce désir d’épancher leurs craintes et leurs doutes, de se rassurer d’avoir effectué le bon choix, en se parlant les uns les autres, en échangeant avec leurs pairs. Ils se dispersèrent çà et là sur l’embarcation, plus ou moins absorbés par leurs discussions.

Lucretia se tourna imperceptiblement vers Dokhara, scrutant son attitude. L’expression de la jeune femme restait du pareil au même, tout aussi décomposée. Comme si elle ne savait plus quelle était sa place, comme si, soudainement, elle s’avérait bien moins certaine de ses dernières décisions. La Lahmiane l’eût bien réconfortée un instant, mais elle avait une chose à faire. Elle se contenta d’effleurer la main de sa consœur en signe de soutien, avant de s’engager sous le pont. Prestement, la vampire rattrapa sa dame d’atours, dont les joues, naturellement rubicondes, arboraient une rougeur nonpareille qui venait souligner des yeux gonflés et de la même couleur. Ses larmes n’avaient que trop coulé.

« Elsa. »

Celle-ci, inquiète, ou peut-être surprise, se retourna subitement dans un de ces reniflements dont la visée n’était pas autre que celle de vainement cacher ses pleurs. Et, lorsqu’elle lui fit face, Lucretia vint à sa rencontre pour la prendre dans ses bras, lui accordant cette étreinte que son statut lui avait interdite en public. Alors que les bras potelés de sa camérière se refermaient autour d’elle, la baronne la sentit fondre une nouvelle fois sur son épaule, en de longues plaintes difficilement étouffées.

« Elsa, je veux que tu me jure une chose, murmura Lucretia à son oreille, tout en la berçant doucement. J’ai bien entendu tes paroles, tout à l’heure. Oui, il est possible que tu nous aies retardés sur la route. Mais je ne veux pas que tu t’estimes comme un fardeau futur de quelques jours de voyage, non. Je veux que tu te considères comme la fidèle amie, passée, présente, et future, que tu as toujours été tout au long de ces années. Car c’est que tu as toujours incarné pour moi. Merci d’avoir été là, à la manière d’une mère bienveillante. »

La baronne de Bratian la serra encore là, pendant un moment, lorsqu’une nouvelle scène vînt la perturber.

Un jeune garçon s’extirpa de sa cachette, derrière une série de hamac, les repoussant que pour mieux se révéler dans la pénombre de la cale. Dans l’obscurité du pont, l’on eût dit quelque spectre vengeur revenu hanter les vivants après avoir été massacré à coups de couteau, et pour cause. De longues balafres venaient défigurer un visage enfantin, lui conférant une expression bien trop grave et bien trop inquiétante pour son âge. Sa peau pâle mettait en exergue un regard vert perçant, encadré d’une tignasse fauve. Plusieurs des gens de la Lahmiane firent un pas en arrière, surpris, presque alertés par ce fantôme qui venait de faire son apparition au beau milieu, ou si peu, d’une cabale tenue secrète. La vampire se félicita ne de pas avoir tenu un discours au contenu trop précis et trop pragmatique ; les images qu’elle avait employées devaient paraître assez sibyllines pour quiconque n’étant pas dans la confidence. Peut-être même, très certainement, que le jeune homme avait pris au pied de la lettre les mots « famille » et « appétit ».

Le nouveau venu avait une idée en tête ; s’esbigner du Weiler, changer de vie, découvrir une nouvelle vie, de nouveaux horizons, et, ainsi, se mettre au service de Lucretia. Celle-ci le scruta attentivement, intriguée par ses paroles, sa manifestation, et, surtout, par le discret mais présent fourmillement qui lui parcourait la peau. Relevait-il de quelque essence magique que ce fût ? Elle ne tarderait pas à le savoir. L’idée, à dire vrai, ne lui était pas des plus plaisantes. La Lahmiane aurait déjà à surveiller une jeune vampire en pleine découverte de sa nouvelle nature, aussi la pensée de devoir s’occuper d’un môme qui, eu égard à son âge, ne contrôlait assurément pas ses pouvoirs, ne l’enchantait aucunement. Mais il y avait autre chose. Elle tourna son regard vers Dokhara.

Celle-ci contemplait le jeune homme avec un intérêt certain, ayant laissé tomber sa récente mortification pour emprunter une expression autrement plus perplexe mais curieuse. Lucretia parvenait sans souci à suivre les pensées de sa comparse. Oui, le gamin avait quelque chose de très similaire à la baronne de Soya. Oui, il lui ressemblait sur de nombreux points. La même chevelure, les mêmes taches de rousseur, ce même désir de liberté… Mais si Dokhara voyait tout cela en lui, Lucretia, de son côté, allait au-delà de cette première impression. Pour elle, le jeune homme représentait un moyen potentiel mais bienvenu de nourrir l’enfante vampire que deviendrait sous peu son amante. Cette pensée, assez perverse, lui dessina un torve sourire sur les lèvres. Lucretia s’approcha, s’adressant à lui sans détour.

« Qui es-tu, d’où viens-tu, et qu’as-tu entendu ? Comment as-tu récolté ces affreuses cicatrices qui te déforment le visage ? Elles sembleraient presque bien trop symétriques pour être nées de coups de poignard portés au hasard. J’ai du mal à imaginer ton maître, le marchand Bornoff, nous accorder le droit de t’emporter avec nous. Mais donne-moi donc ta main, jeune homme, que je voie de quel bois tu es fait », termina-t-elle dans un dernier pas vers lui tout en lui présentant la paume de sa dextre.

Conscience et / ou sens de la magie pour déterminer le pourquoi de ce picotement.
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Dokhara de Soya » 17 mai 2018, 14:43

Respirer l'air frais sur le pont du Talabec fit plus de bien à Dokhara qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Si les lieux ne respiraient pas la quiétude à cause de toute l'agitation des marins derrière elle, la jeune femme arrivait pourtant à faire abstraction du bruit alors que son regard se perdait sur l'horizon. Combien de temps resta t-elle ici à ne penser à rien, laissant uniquement ses sens divaguer au gré de leurs perceptions, difficile à dire.

Ce fut Lucrétia qui la sortit de sa rêverie pour lui signaler que le déroulement de leur plan était en cours. Restait seulement à annoncer à ses hommes le choix qu'ils auraient à faire. Machinalement, l'esprit encore un peu embrumé, la noble déchue emboita le pas de la lahmiane pour retourner dans les quartiers d'équipage. Elle ressentait toujours cette même douleur dans les côtes, cette impression d'être incomplète, mais elle s'habituait à la sensation qui peu à peu se faisait moins virulente.

C'était une drôle de scène qui se joua. Lorsqu'elle avait énoncé à Lucrétia qu'elle devrait se débarrasser d'une majeure partie de sa troupe, elle l'avait formulé comme une simple formalité à remplir avant leur départ. Elle était loin de douter que les minutes qui s'égrèneraient sous le pont seraient aussi difficiles à vivre.

Car, légèrement en retrait de la vampire, ce fut une chose que d'essuyer les regards mauvais d'une partie d'entre eux, elle qui était à l'origine de toutes les dernières péripéties affectant leur maitresse autant qu'eux. C'en fut une autre de prendre la pleine mesure du lien qui unissait Lucrétia à ses gens, de l'ampleur de la destruction qu'elle causait.
Voir les premiers miliciens énoncer avec difficulté leur souhait de retrouver leur foyer avait déjà été plus difficile que prévu. Si c'était bien l'objectif recherché, cela n'enlevait rien à la souffrance dans la voix de chacun alors même qu'ils prononçaient des mots leur donnant l'impression de trahir leur châtelaine, tandis que celle-ci leur offrait en retour un ton certes neutre, mais qui laissait transparaitre le respect qu'elle avait pour la difficile décision qu'ils avaient du prendre : elle ne leur en voulait pas, il n'y avait nul piège dans le choix qu'elle leur avait proposé, et elle acceptait leur abandon.

Mais plus que ces illustres inconnus, ce fut les plus proches connaissances de Lucrétia qui réussirent à creuser une faille dans le cœur de la jeune de Soya. En effet, les pleurs d'Elsa transpercèrent sa poitrine d'une culpabilité qu'elle ne se connaissait pas, avec bien plus de virulence qu'elle ne l'aurait cru possible, elle qui se pensait bien à l'abri derrière sa léthargie et son égocentrisme.

Dokhara était une personne égoïste, c'était sa nature. Sa quête de liberté tout comme celle de sensations se rejoignaient en ceci qu'elle ne s'était jamais émue des dommages collatéraux qu'elle créait sur son sillage. Bien sur, elle regrettait certaines conséquences, mais jamais suffisamment pour se remettre définitivement en question - tout au plus lui fallait-il quelques jours pour soigner sa conscience lorsqu'un de ses proches était blessé par sa faute.
Quelle quantité de malheurs avait-elle pourtant propagé ? Ses serviteurs avaient été punis de multiples fois pour ses incartades - Rhom avait même été battu à mort. Les Bienfaiteurs avaient eu à compter plusieurs macchabés dans leurs rangs après qu'elle se soit servie d'eux pour se débarrasser de son premier prétendant sérieux, lorsqu'elle avait manipulé sans vergogne ce chevalier de Morr. Elle avait aussi tué son père sans hésitation. Tué ce marchand, Balduin, pour obtenir l'appui d'un groupe de mercenaires. Joué avec les sentiments d'Ingrid pour se finalement se détourner d'elle dès que la lassitude s'était installée.
Et sous l'influence de Slaanesh... combien de vies avaient-elles détruites en participant activement au trafic d'êtres humains ? Même l'irruption de ce fou furieux adepte d'Arianka qui avait failli la tuer n'avait pas réussi à lui faire relativiser ses actes. Tous ses proches avaient finis corrompu d'une manière ou d'une autre. Et les rares qui avaient résisté à son influence chaotique avaient quand même vu leur existence bouleversée, quand ils n'avaient pas rencontré un destin plus funeste encore... comme Rolff.

Voir toute l'émotion brute qu'était capable de dégager Elsa fut comme une révélation pour Dokhara, la sortant immédiatement de sa torpeur pour lui faire ressentir un malaise atroce. La servante était réellement et totalement dévastée, livrant toute sa détresse face à son impuissance à gérer cette situation. Ce petit bout de femme faisait preuve d'une beauté incroyable, en révélant ainsi des émotions aussi brutes et parfaites.

L'épisode de la cellule des inquisiteurs avait laissé le temps à Dokhara de beaucoup se questionner sur sa nature. Loin d'apprécier ce type de réflexion métaphysique, elle en était pourtant venue à naturellement se demander si elle ne méritait pas cette fin prématurée. Si au fond, il n'était pas logique pour elle de conclure son histoire dans les flammes purificatrices de Sigmar. Si sa quête de liberté ne l'avait pas poussée à devenir quelqu'un de mauvais.
Car jamais elle ne s'était vue comme tel. Elle n'avait fait que ce qu'elle pensait nécessaire pour se libérer de toute entrave. Elle n'avait jamais voulu autre chose que parvenir à trouver le bonheur... ignorant délibérément la quête similaire que poursuivait le monde entier. Dans ces conditions, qu'est-ce qui la différenciait de son père qui l'utilisait pour s'élever dans les strates de la cour de l'Empereur ? Rien sinon l'absence de talent politique... elle n'avait réussi qu'à détruire en quelques mois l'empire qu'il avait mis une vie à bâtir.

Et maintenant, elle était responsable de la destruction d'une famille. Lucrétia avait choisi, pour elle, de se séparer de gens qu'elle connaissait et aimait depuis des années.

Il eût été plus simple de se mentir, en utilisant les mêmes prétextes que précédemment. Que Lucrétia ne faisait que simuler ses émotions, qu'elle ne voyait en ses gens que des outils. Que face à son immortalité cette perte ne représentait rien pour elle. Oui, c'eût été une échappatoire facile à ce sentiment de culpabilité... mais lorsqu'à l'abri des regards du reste de ses hommes, elle consentit à offrir à sa camérière une étreinte qui ne pouvait pas ne pas être sincère, l'ex-baronne dut se rendre à l'évidence. Aussi indéchiffrable que pouvait l'être la lahmianne, si ce sentiment d'amour qu'elle offrait à Elsa était feint, alors cette trahison aurait été la pire des infamies. Et en l'occurrence, sa propension à l'empathie ne lui mentait pas - elle ressentait toute la détresse d'Elsa, et tout l'amour que les deux femmes partageaient.
Dokhara refusa d'emprunter le chemin de la facilité face à ce spectacle. Elle se résolut à accepter la situation. Lucrétia avait perdu Bratian et ses serviteurs. Etait traquée par les lahmiannes. L'inquisition. les slaaneshi. Tout ça. Pour. Elle.

Face à une vérité aussi insensée, elle était en droit de douter. De préférer la thèse d'un complot la visant, une manipulation de la vampire destinée à se jouer d'elle. Mais même en ce but, après qu'elle aie perdu ses titres et ses biens... qu'avait-elle donc encore à offrir ? Rien de bien unique au demeurant. Et pourtant suffisant pour que Lucrétia choisisse l'exil au Kislev, et la perte de tout ce qu'elle avait acquis depuis ces dernières années.

Si ma vie d'humaine devait se terminer aujourd'hui, que laisserais-je derrière moi sinon tristesse et désolation ? Est-ce donc cela qui plait à la lahmianne, ma nature même de monstre qui ne sème que mort et malheur à cause de ses désirs égoïstes ? Pourquoi choisir l'exil au Kislev alors qu'il suffirait de m'abandonner à l'inquisition pour qu'elle n'aie plus à consentir à un seul sacrifice ?

C'est alors que l'étreinte de Lucrétia arrivait à son terme que cet étrange adolescent sortit de sa cachette, s'adressant directement à leur petit groupe pour émettre une demande qu'il semblait avoir mûrement réfléchie. Si elles quittaient le navire, alors voulait-il les accompagner, sans crainte du danger, acceptant de leur servir de valet avec ses maigres compétences.
Il était magnifique. Les cicatrices sur son visage sublimaient sa peau, donnant du relief à ses deux prunelles vertes. Comme elle à son âge, il était constellé de tâches de rousseur, comme des coups répétés effectués avec la pointe du pinceau pour achever son portrait avec la même violence qu'on lui avait tracé ces vilaines coupures.
L'esprit de Dokhara divagua étrangement, ses émotions se mélangeant dans une bouillie insensée. Elle voyait en ce môme l'occasion de se prouver qu'elle pouvait aussi parfois choisir le bonheur d'autrui au lieu du sien, essayer d'être plus que ce que son père fut. Elle se voyait elle, également, jeune fille égarée dans les rues du Reikerbahn District, perdue entre deux mondes, s'accrochant à quiconque lui vendant l'idée d'une liberté salvatrice, prête à sacrifier son âme au nom de cette cause. Elle y voyait aussi un tableau magnifique, qu'elle pourrait façonner à loisir, que ce soit en manipulant ses émotions, où à coups de couteau sur ses jolies joues pour parfaire le travail qui y avait déjà été amorcé.

Sans trop s'en être rendue compte, elle avait franchi la distance la séparant de la vampire, qui après lui avoir jeté un coup d'œil avait décidé de soumettre quelques questions d'un ton sec au jeune adolescent. Une fois que Lucrétia eut fini d'examiner la main du jeune rouquin, Dokhara leva son bras devant sa consœur, comme pour établir une barrière imaginaire entre elle et l'adolescent, comme dans une volonté d'afficher son intention de le protéger.

- Voyons Lucrétia, ces cicatrices sont tout sauf affreuses. Je les trouve pour ma part magnifiques ; elles offrent à son visage un charme unique dans le Vieux Monde.

Elle le regarda droit dans les yeux, hypnotisée par son faciès, et lui offrit un sourire charmeur tandis qu'elle lui adressait la parole d'une voix bien plus douce et chaleureuse que sa compagne.

- Ne t'en fais pas petit, elle gronde mais ne mord pas. Commence par nous prouver ton honnêteté en répondant à ses questions sans ambages, et tu mettras toutes les chances de ton côté pour gagner ta liberté - pour ce qui est de Bornioff, mon amie dispose "d'un petit sourire et de beaucoup d'éloquence", aptes à convaincre même le plus borné des interlocuteurs.

Elle échangea alors un court regard avec Lucrétia, pour lui signaler si ce n'était pas déjà assez clair sa volonté d'accéder à la requête de l'adolescent, à la condition que ses réponses soient suffisamment convaincantes. Après tout, en l'absence d'Elsa, avoir un nouveau valet ne pouvait pas être inutile, même s'il faudrait assurément parfaire son éducation...

Séduction sur ce jeune adolescent pour le troubler quelque peu, suivi d'empathie pour évaluer la véracité de ses réponses à Lucrétia et la nature de ses réelles intentions ! - On se la joue bon flic mauvais flic ! :mrgreen:
Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par [MJ] Le Grand Duc » 17 mai 2018, 22:58

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Le jeune garçon regarda Lucrétia, une lueur farouche brûlant dans ses yeux verts. Les questions posées par la lahmiane semblèrent suffisamment le rebuter pour qu’il se recroqueville un peu, les épaules voûtées. Il se tint là, sous les regards sceptiques ou préoccupés. Semblable à un animal sauvage aux abois, il jeta de vifs coups d’œil tout autour de lui comme si il venait de sortir des ombres au mauvais moment, entouré qu’il était par les miliciens de Bratian. Peut-être n’aurait-il pas du traîner dans la cale, peut-être s’y était-il dit des choses qui ne souffraient pas d’être entendues par des oreilles trop curieuses.

Il sursauta presque lorsque Dokhara de Soya s’avança et leva le bras devant Lucrétia. L’intervention de la baronne sembla cependant le détendre quelque peu. Il croisa les mains derrière lui, la tête basse, et afficha une moue renfrognée, non sans quelques œillades méfiantes vers Marcus, comme un chat de gouttière croisant le chemin d’un chien errant.


- "J’m’appelle Crispin, mais tout l’monde m’appelle Pépin." commença-t-il d’une voix bien moins véhémente que l’instant d’auparavant. "J’viens du quartier des quais, à Bechafen. Et ça …" dit-il en passant un doigt machinal sur les lignes torturées que formaient ses cicatrices. " … j’ai volé l’couteau d’un gus. Le genre qu’y faut pas emmerder. Mais moi j’le savais pas. Plutôt que d’me filer au Guet, il m’a montré comment son couteau il coupait bien. Pis ses gars m’ont jeté dans l’Talabec. C’est un employé d’Bornoff qui m’a repêché." Il marqua une pause, la mâchoire soudainement crispée. "Y z’avaient b’soin d’quelqu’un pour peler les patates. Alors j’suis resté."

Crispin resta silencieux quelques instants, en profitant pour tirer une nouvelle volée de regards aux miliciens autour de lui.

- "J’ai juste entendu qu’vous vouliez partir loin, j’vous jure." dit-il sans trop oser regarder Lucrétia. "Moi aussi j’veux partir loin." Ses poings se serrèrent imperceptiblement. "J’veux pas rester ici."

La vampire attendait que le jeune homme lui donne la main. Ce dernier semblait frileux, mais un rapide coup d’œil vers Dokhara lui donna la confiance nécessaire pour lever doucement un bras maigrichon et poser furtivement ses doigts aux ongles sales dans la paume de l’Immortelle.

Au contact de Crispin, une vague de chaleur remonta dans le bras de Lucrétia. La baronne de Bratian pouvait sentir une infinité d’étincelles s’agiter dans l’être taciturne et ombrageux qui lui faisait face. Les contours de la silhouette du jeune homme se mirent à gondoler comme sous l’effet d’une canicule soudaine, offrant à la lahmiane une évocation connue d’elle seule. Crispin était marqué par le Feu, et son corps bouillonnait d’une énergie sourdement contenue.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 22 mai 2018, 14:45

Lorsque Lucretia avait posé ses questions sans prendre de gants, d’une voix ferme et pleine d’autorité, le nouveau venu avait perdu de sa fringante et rebelle superbe pour se recroqueviller sur lui-même. Voilà qui lui mit un peu de plomb dans la cervelle ; très certainement sorti de sa cachette sous le coup d’une foucade, il sembla subitement prendre conscience des gens qui l’entouraient vraiment. Son regard se posa plus en détail sur Lucretia, puis sur les différentes personnes avec lesquelles la Lahmiane avait conversé. Marcus, nota la baronne, parvint à l’intimider aussi bien qu’elle ne l’avait fait elle-même. Oui, peut-être que le moment choisi n’était pas des plus probants, en fin de compte.

Ce fut à cet instant que Dokhara, après avoir douloureusement été témoin des adieux de sa consœur à ses gens, s’interposa presque entre cette dernière et le jeune homme. De son bras, elle traça une frontière invisible entre les deux personnages, protégeant celui qui avait soudainement besoin d’un certain soutien. Le prenant sous son aile, muée par un caprice peut-être pas si dénué d’intérêt que cela, la jeune rousse se présenta sous ses meilleurs airs. La défenseuse des faibles et des opprimés, celle qui ferait barrage de son corps pour protéger celui que tout le monde regardait d’un mauvais œil. Et le ton qu’elle adopta était de circonstance avec sa récente métamorphose.

Elle en vint presque à rabrouer la Lahmiane, laquelle la laissa pourtant faire. Ces cicatrices étaient magnifiques ; elles lui offraient un charme unique. Lucretia grondait bien mais ne mordait pas - ce qui amusa l’intéressée. Mais Dokhara incita bel et bien le gamin à répondre aux questions que lui posait la vampire, tout en retournant habilement les propos qu’elle lui avait un jour tenus, aux abords d’un poste de garde de Talabheim. Voilà bien quelque chose que Lucretia ne pouvait réfuter ; elle esquissa un nouveau sourire. Et, apaisé, rassuré de voir que l’on prenait sa défense, le garçon se mit à répondre aux questions qui venaient de lui être posées.

Ainsi, il se prénommait Crispin, bien que tout le monde l’appelât Pépin – un surnom que détestait déjà la Lahmiane, pour d’obscures raisons. Sa vie n’était somme toute pas différente de celle que nombreux autres jeunes gens qui avaient vu le jour dans un quartier défavorisé d’une grande ville ; triste, difficile et dangereuse, et sans avenir aucun. Vivant dans le quartier portuaire de Bechafen, il s’en était remis aux petits crimes pour subsister, ou par simple stupidité. Et sa cupidité –un simple couteau, vraiment ?- l’avait conduit sur une voie bien périlleuse dont la récompense n’avait pas été à la hauteur de ses attentes. Le type qu’il avait tenté de larronner l’avait pris sur le fait, le lui avait fait payer en lui dessinant ces scarifications qu’il arborerait à jamais, et l’avait envoyé par le fond, tout droit dans le fleuve. Un des employés de maître Bornoff l’avait repêché, et il s’était retrouvé sur le Weiler ; l’équipage avait besoin de personnel pour éplucher les patates… Disait-il. Elle le dévisagea sous un nouvel angle, étrangement peu convaincue, avant de hausser un sourcil interrogateur en direction de Dokhara. Celle-ci, la Lahmiane n’en doutait pas, allait assurément continuer à le couver.

« C’est une situation tout à fait convenable, pourtant, répondit Lucretia, en continuant de bien l’observer. Tu as un toit, tu es nourri et logé, tu vois du pays, et maître Bornoff n’a… pas l’air d’être une mauvaise personne. Ta situation est assurément plus acceptable maintenant qu’elle ne l’était autrefois. Et tout aussi plus agréable, là, qu’elle ne le sera si tu viens avec nous. Tu nous as écoutés, tu sais donc que notre avenir s’avère des plus incertains. »

Le bras de Lucretia ne s’était pas détendu tout au long de cette dernière confrontation, et sa main demeurait toujours prête à accueillir la sienne. Crispin hésita une énième fois, mais, suite au petit réconfort que lui avait apporté Dokhara, il osa enfin effectuer le geste qu’attendait la vampire. Fébrilement, il posa ses doigts sur la paume de la Lahmiane.

A peine avait-il terminé son mouvement que la baronne de Bratian ressentit une vague de chaleur circuler dans sa main, titillant le bout de ses propres doigts avant de prendre de l’ampleur dans son bras, se dissipant dans le haut de son épaule. La silhouette du jeune homme, que Lucretia contemplait soudainement de son troisième œil, se mit à s’illuminer de toute part, avant de s’embraser dans un flamboiement ignescent. L’Aethyr, d’un rouge vif, se mit à crépiter au sein de son enveloppe charnelle, à grésiller, à consommer l’énergie qui l’entourait, et à faire jaillir de petites escarbilles tournoyantes. Puis, lorsque le contact fut rompu, tout s’arrêta soudainement.

Lucretia se retira d’un pas, affichant une mine circonspecte. Aqshy, voilà ce vent de magie qui possédait ce garçon. Voilà ce qui expliquait son air bravache et son envie d’en découdre soudainement, qu’importait la situation ou le moment choisi. La témérité, l’impulsivité, le manque de réflexion pour se jeter à corps perdu dans la bataille, saupoudré de la fougue de la jeunesse… Tout autant de défauts qui habiteraient à coup sûr Crispin. Tout autant de défauts qui leur porteraient, justement, défaut, si elles venaient à le prendre avec elles.

La Lahmiane ne le connaissait pas. Elle n’avait aucune dette envers lui, et ne se sentait pas davantage obligée de l’aider à réaliser son rêve. Plus encore, il s’agissait potentiellement d’un mage malgré lui, d’un futur sorcier renégat qui, s’il ne suivait pas l’apprentissage des collèges de magie, risquerait de mal tourner, ou de causer des torts à son entourage. Il ne pouvait, à son âge, maîtriser ce pouvoir qui sommeillait en lui, tout en manquant, de temps à autre, d’exploser. De pareilles cicatrices ne les rendraient que plus facilement identifiables. Enfin, le tempérament des individus placés sous la bénédiction d’Aqshy n’avait rien pour la rendre plus conciliante, surtout dans une mission où la furtivité et la rapidité primaient sur tout le reste.

Elle surprit le regard de Dokhara, et secoua doucement la tête. Négativement.
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- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
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- Réflexes éclairs
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- Régénération Impie
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Dokhara de Soya » 25 mai 2018, 13:47

Tout comme sa consœur, Dokhara écouta attentivement les explications de Crispin, étudiant chaque détail de son visage pour y déceler des expressions capables de trahir d'éventuels mensonges. Rien de cet acabit n'apparut néanmoins dans ses traits ou sa gestuelle. Peut-être un regard un peu plus fuyant lorsqu'il jura n'avoir rien entendu d'important de leur conversation - sans doutes avait-il perçu quelques détails supplémentaires, mais n'osait les révéler de peur que sa vie puisse se jouer sur ces éléments.

Naturellement empathe, la demande du garçon émut la jeune femme plus qu'elle ne l'aurait du. Etait-ce la faute aux similarités entre elle et lui ? Sa couleur de cheveux, son désir de liberté, ou sa manière même de s'exprimer en devenant tout à coup fougueux pour s'éteindre juste après ? Ou était-ce l'impact qu'avaient eu les adieux de Lucrétia à ses hommes, laissant une mélancolique tristesse remplir le vide qu'avait ressenti Dokhara auparavant ?

Quelque chose au fond d'elle voulait aider ce jeune rouquin. Le besoin de se prouver quelque chose, de faire amende honorable à travers lui pour ce qu'elle se reprochait. La nécessité de se rassurer sur le fait qu'elle valait mieux que son géniteur.

Mais Lucrétia ne sembla pas partager ces désirs. Son discours même agita les flammes d'une colère irrationnelle qui couvait au fond de l'ex-baronne, qui tout comme Crispin, se retrouva à serrer le poing inconsciemment. La vampire ne comprenait plus avec assez de finesse les émotions humaines. Dokhara mieux que quiconque pouvait appréhender le besoin de Crispin - le désir de se libérer de ses chaines n'était pas quelque chose que l'on pouvait tempérer avec de la logique, en se rassurant sur le fait que sa cage était après tout confortable. Non, dès lors qu'on était conscient de la présence des barreaux, plus aucun luxe d'aucune sorte n'est capable de nous leurrer.

Pire encore, la lahmianne, après avoir échangé un contact avec le jeune rouquin, croisa son regard pour lui faire comprendre son refus d'accéder à sa demande.

Dokhara faillit perdre pied. Laisser libre champ à sa colère, crier contre son amante, lui exiger des explications sur la raison de son refus, le motif justifiant de la blesser encore et encore. Elle avait ouvert la bouche, fait un pas vers elle, son regard s'embrasant de haine alors qu'elle levait un doigt accusateur vers Lucrétia.

Puis l'instant cessa. La flamme fut mouchée en un instant sans aucune raison, les yeux de la jeune baronne s'éteignirent tandis qu'elle relâchait son bras.

Non. Elle n'avait pas le droit de faire cela à Lucrétia. La vampire venait de consentir à sacrifier tout ce qu'elle possédait uniquement pour elle. Elle n'avait aucune légitimité pour la juger, encore moins d'oser lever le ton contre elle en cet instant. Elle ne pouvait accepter de tenir le rôle d'une gamine capricieuse, prête à hurler de colère dès lors que sa mère lui refuse sa dernière lubie. La baronne Von Shwitzerhaüm avait certainement ses raisons, et Dokhara se devait de croire en elle.

Etait-ce par désir d'aider Crispin ou seulement d'un besoin égoïste de se rassurer sur sa propre nature ? Toujours est-il que Dokhara ouvrit la bourse à sa ceinture et sans réfléchir davantage, mit une couronne dans les mains de l'adolescent.

- Une fois à Altdorf, fais profil bas sur les quais. Si tu as entendu quoi que ce soit à notre sujet de plus que ce que tu viens de nous avouer, ta vie est en danger alors reste méfiant.

Elle referma les doigts de Crispin sur la pièce d'or qu'elle avait enfoncé dans sa paume.

- Va dans le Reikerbahn District, et cherche "Le vieux Vester". Il traine dans une taverne qui se nomme La Carte. C'est... C'était un ami. Il aide les mômes dans ton genre à trouver leur propre liberté. Il t'aidera comme il m'a aidée il y a longtemps... Dis lui qu'c'est Karla qui t'envoie et qu'elle... qu'elle est désolée. Et lui fait ses adieux.

Oui, les Bienfaiteurs sauraient aiguiller ce môme sur la bonne voie. C'était le mieux qu'elle puisse faire pour lui compte tenu des circonstances. Un acceptable compromis entre Lucretia et sa conscience.

Les yeux humides, elle croisa à nouveau le regard de la lahmianne, et hocha la tête presque imperceptiblement, comme pour lui signifier la confiance qu'elle lui accordait.
Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
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