[Isabelle] Le Prix de la Liberté

Le Stirland a la réputation d'être une province pauvre, arriériée et rustique, aussi ses soldats portent-ils souvent un équipement de fortune. Ses archers sont néanmoins réputés dans tout l'Empire pour leur adresse. Le Graf Albérich Haupt-Anderssen, issue d'une famille vieille de quatre cent ans, règne sur le Grand Comté depuis Wurtbad, la Ville du Vin.

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[MJ] Le Naufrageur
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[Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

« Le destin ? Oh vous savez, je ne pense pas que ce soit très compliqué.
Nous avons tous une destinée, du plus grand Prince-marchand au mendiant le plus infirme.
Un jour ou l’autre, tôt ou tard, on finit par la rencontrer… et on passe tous à la caisse
»
.

-Wolraven "Wally" Van Holl, prêtre de Haendryk, banquier de renom, véritable héros




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Face à la mort, seules trois réactions ressortent de l’Homme. Certains se figent, comme paralysé par le regard d’un basilisk, impuissants face à la fatalité qui les attend. D’autres, eux, se relèvent et préfèrent prendre les armes, et tenter le sort en affrontant la faux de Morr. Isabelle von Breitenbach et Tim Mangold, son apprenti, appartiennent à la dernière et ultime catégorie. Celle des fuyards, certes, mais aussi celle des survivants, de ceux qui veulent voir le soleil se lever à nouveau. Le message, tel un augure du père de la Colombe, fut un véritable coup de poing dans la vie des deux. En danger, dans un environnement connu et pourtant méconnaissable, ils n’eurent pas le choix. Des sacs à dos remplis du strict minimum et d'un peu plus encore, et une destination, elle aussi inconnue.

À travers les campagnes, les petits villages et les routes forestières, ils s’en vont loin de la Capitale. Parfois par diligence, parfois par bateau, souvent à pied. Il est presque impossible pour eux de se souvenir de leur trajet avec précision, tant il est désorganisé. Tels des striganys, ils vagabondent mais contrairement à eux, ils ont le trépas derrière eux. Chaque rencontre est avec paranoïa, les sens ouverts à la moindre chose étrange, au moindre regard douteux. Qu’importe la cause, s'il y a le moindre risque que cela soit en lien avec eux, il faut partir. Leurs ennemis sont puissants, elle en est certaine. Tim, lui, n’est pas dans un meilleur état, une profonde tristesse est venue lui attaquer le cœur. Lui qui était de retour dans un endroit qu’il appelle sa maison, loin du mal passé, partir à nouveau lui a déchiré les boyaux. Au début, son silence est d’or, mais avec les semaines qui sont passées, sa langue se délie envers celle qui lui enseigne.

Patrouilleurs, bandits, marchands, aventuriers et mercenaires. Ils ont croisé de tout sur ces routes impériales, qui ont beaucoup de choses qui ne le sont pas, à vrai dire. Un groupe de tueur de trolls, des estaliens aussi moustachus que laids en quête de fortune, des pèlerins des Frontalières… Ils ont même vu un cirque Kislévite ambulant avec des ours acrobates. De rares moments de repos, pour eux, qui risquent de passer l’arme à gauche.

Lors du premier jour, Mangold avait posé une seule et simple question, ""Où se rendent ils ?"". Pour la première fois depuis bien longtemps, peut-être même des années, Isabelle ne savait pas. Cette sensation dépasse le manque de connaissance, oui, il s’agit d’une incertitude aiguë. Henry n’a pas eu son mot à dire, en voyant ceux sur le bout de papier. Il préfère voir son jeune frère partir qu’être pris entre deux feux, heureusement. S'il s’était opposé, Isabelle aurait été impuissante envers son serment divin. Encourir la colère d’une Déesse, c’est se condamner à quelque chose de bien plus horrible que la fin.

Avec le temps, la météo se dégrade. Il pleut plus souvent, il fait plus froid, la lumière du jour s’en va plus vite. L’automne progresse à grande vitesse. Le solstice d’automne est probablement déjà passé, le Brauzeit est en cours, et les feuilles sont déjà presque toutes tombées. Le sol, souvent boueux, serait un problème sans cette excellente paire de bottes délestée à l’asile. Pendant deux jours, elle ne savait pas dans quel Comté ils se trouvaient. Puis, après avoir vu une auberge locale, le doute est dissipé à jamais. De la bière tiède



Malheur, horreur, damnation ! La province la plus folle, la plus dégénérée, la plus malade. Le Stirland…

Finalement, le trépas n’était pas une si mauvaise idée. À chaque fois que Breitenbach a entendu parler du Stirland ces vingt dernières années, ce fut au travers de la Gazette d’Altdorf ainsi que l’Ulricain Déchainé. Les deux journaux, opposés en tout point, sont d’accord sans équivoque sur un seul et unique point. Rien ne va sur cette terre. Les coqs font cocorico le soir, les moutons dirigent les chiens de bergers, les forêts sont remplies d’hommes et les maisons de bêtes ! Personne n’aime le Stirland, et au vu des coutumes locales, c’est facile de comprendre pourquoi. Hélas, quand on part vers l’Est, il est inévitable de passer par ce grand comté. De plus, pour ne rien aider, elle ne sait pas où elle se trouve, au Stirland. Aucun fleuve ne peut l’aiguiller, et les rares villages ne sont pas très ouverts aux étrangers. Compréhensible.

Cependant, après quelques jours, elle et son apprenti retrouvent une route. Au loin, ils voient des collines, et une petite montagne. Pas une âme en vue. Les nuages gris couvrent partiellement le ciel, laissant passer une faible lueur. Ils doivent être au milieu de la journée, probablement. Le sol est vert, et parfois un peu jaune à cause de la mousse qui apparaît. Le terrain est rocailleux, sableux, et parfois, terreux. En plissant les yeux, elle voit des maisons partiellement détruites, souvent, le toit de chaume, paille ou bois est détruit. Ici et là, un mur est éventré.

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« Bon sang, l’endroit est déserté. Pourtant il y a une mine, en général ça vaut le coup de s’y installer non ? »

Le jeune homme pointe du doigt vers le haut d’une des pentes. Une grande ouverture dans la paroi, soutenue par des immenses poutres indique qu’il dit vrai. Un chariot de bois est juste à côté. Si les gisements dedans ne sont pas taris, cela implique une autre raison. Étrange. Des débris sont un peu partout éparpillés, montrant un manque d’attention à l’endroit en plus d’un abandon certain. Pourtant, pas de cadavres, pas de squelettes ou d’ossements, rien.

En haut d’une des collines, près de la mine, un temple. En pierre, il est la seule bâtisse entière debout par ici. Un grand marteau orne son sommet. Pas de doutes, il s’agit d’un temple de Sigmar. Des vitraux colorés, et une grande porte, cette bâtisse domine la localité. Une certaine aura de paix, de stoicité même, l’entoure comme une cape, la protégeant du reste du monde.
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En avançant encore, elle voit l’entrée de la mine. Des rails métalliques en sortent. Des lanternes, éteintes depuis bien longtemps, sont plantées par des chaînes dans le bois. En se concentrant un court instant, elle remarque que faiblement, les Vents de magie soufflent. Ils viennent de cette mine, et sont un rien plus intense que ce qu’il devrait normalement être. Peut-être que les gisements de métaux à l’intérieur sont très denses…
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Plus loin, à droite de toutes ces bâtisses, la forêt. Grande, profonde, terrifiante. Une petite brume vient réduire le peu de lumière qui pénètre ces bois. Les piliers de Taal et Rhya sont immenses et larges ici, montrant un manque d’entretien, montrant la forêt pour ce qu’elle est. Sauvage. Des croassements se mélangent à des bruits inconnus, et la brise les murmure aux oreilles des deux sorciers. Les Vents eux aussi sont très puissants en cette terre forestière. Cependant, Ghur et Ghyran ne sont pas les seuls…
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Peut-être par instinct, la Dame d’Argent regarde derrière elle. Au loin, vers la cime des plus petites collines, des mouvements de grandes envergures font bouger les hautes herbes. Des hommes, en armes. Une douzaine, sans aucun tabard ou étendard comme héraldique. Des mercenaires. Hallebardes, lances, épées, haches, arbalètes, pistolets et bien d’autres armes sont soit dans leurs mains, soit aux ceintures. Ils marchent dans leur direction, d’un bon pas, d’un très bon pas même. Ces guerriers ne sont pas de cette région, leur teint étant encore trop clairs pour cela. Derrière eux, sur un cheval noir, une autre forme avance. Grand, dans une armure aussi lourde qu'impénétrable, un chevalier avec une étrange arme dans ses mains. Sur son épaule, des feuilles d’acier ont été forgées pour devenir une fleur, une rose. Sur son casque, en haut de celui-ci, une tresse se baladant au vent.
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Il n’y aucun doute sur leur intention. Le passé est revenu au présent, et avec lui, un message aussi clair que létal. Elle entend d’ailleurs le tonnerre de leur voix se mélangeant dans un brouhaha total, ils ricanent. Son protégé, ainsi qu'elle-même sont dans un grave danger. Dans un sifflement intense, le vent se lève, peut-être que lui aussi, voit la tempête approcher.
Allez, cé parti. Va falloir te débrouiller maintenant. Mais ne t'inquiète pas, on commence en douceur :mrgreen:
Donc allez, si tu as des questions, hésite pas, par MP je suis toujours dispo !
Pour les fous qui désirent me rendre visite aux récifs.

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Isabelle Breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par Isabelle Breitenbach »

Le Stirland... la contrée folle de l'Empire. Ici, tout fonctionne à l'envers et une aura particulièrement désagréable nappe l'air ambiant. Après des semaines - peut-être les mois - de voyage, nous retrouvons enfin notre sens de l'orientation pour découvrir où nous avons échoué. Dans cette province maudite.
Comment ai-je pu m'égarer à ce point?

Oui, JE. Cela fait bien trop longtemps que je laisse à d'autres le soin de narrer mon histoire. Cette voix insupportable dans ma tête qui me moque, me rabaisse, sans pour autant prendre la peine de s'impliquer un tant soit peu dans son rôle. Il suffit! J'ai assez récupéré de ma tête pour pouvoir m'exprimer sans intermédiaire.
Mon esprit est déjà assez tourmenté pour se permettre un nouveau locataire.

Ainsi, je me suis égarée. Notre départ d'Altdorf s'est fait dans la précipitation, l'avertissement ne nous laissant guère de marge de manœuvre. Je refusais de retourner faire des emplettes pour nous munir d'une carte, considérant un simple déplacement dans le cœur de la ville comme dangereux. De plus, elles sont si chères et si rares, notre dernière escapade ayant vidé ma bourse.
Mais peut-être était-ce une erreur de jugement finalement. À peine avions-nous quitté la périphérie de la ville que les routes me semblaient étrangères, offrant chacune l'inconnu le plus total.

Quelle honte, sincèrement. C'est pourtant dans cette même direction, l'Est, que j'avais commencé mon compagnonnage, il y a des éons de cela. À l'époque, j'avais eu le temps de me préparer à des années de voyage, de panifier, d'anticiper. Et surtout, j'avais tout le temps du monde pour me repérer.
Avec cette nouvelle menace sur nos talons, pas le temps de s'intéresser pleinement à la géographie locale. On nous avait parlé de villages, de bourgs, de forêts ou de lacs, tous au nom familié, mais impossible à situer sur une carte. En même temps, nous réduisions nos interactions au minimum, notre duo peu commun risquant fortement d'attirer l'attention.

Mes voyages de jeunesse ne suffisaient donc pas à m'approprier un chemin, ou même une destination. Bien au contraire. Combien de fois ai-je dévié de la route en pensant pouvoir rejoindre plus efficacement une contrée connue tout en semant nos potentiels poursuivants? Je me suis galvanisée d'un premier succès pour ensuite me couronner d'une suite d'échecs. Impossible de me voiler la face, mon sens de l'orientation laisse franchement à désirer.

Le morveux m'a posé une fois la question de notre destination et j'ai réagi en conséquence.


« Raaaah, mais tu verras bien! Maintenant silence! »

Il se moquait de moi, j'en suis sûre. Il savait que nous partions vers l'inconnu et voulait exposer mon indécision pour me rabaisser. J'aurais pu le gifler si je n'avais pas alors craint de devoir composer avec un morveux geignard en prime. Ainsi, nos marches se faisaient dans le silence le plus total lorsque je ne lui faisais pas don de mon enseignement. Ces séances duraient une bonne partie de la journée et nous permettaient de ne pas mourir d'ennui sous l'austérité des paysages qui défilaient à l'horizon.

Tim a avancé sur sa compréhension de la Magikane, sans quoi il lui était impossible de consulter son grimoire. Je lui donnais des leçons le soir qu'il devait apprendre la nuit et me réciter le lendemain. D'autres exercices avaient pour but d'entrainer son esprit, de le forger à une éducation et à une méthodologie didactique. Il est assez dégourdi, mais ce n'est pas suffisant. Chaque erreur l'a privé d'un confort au cours de notre voyage.
Un jour, je lui ai interdit de porter sa chaussette droite pendant toute une matinée - son pied garde encore les traces d'ampoules. Un autre, c'est sa pitance du soir qui s'est vue divisée par deux. D'anciens collègues trouveraient ces méthodes cruelles, mais je les traiterais alors de laxistes. Car le résultat est là : les erreurs de Mangold se sont faites de plus en plus rares et cela fait bien longtemps qu'il n'a pas pleinement profité de sa ration.

Pour ma part, c'est... compliqué. Nous avons pu profiter de quelques diligences pour voyager plus confortablement, mais l'argent se faisant rare, j'ai décidé de nous en tenir à la marche. Dès la première semaine, j'ai senti que ma mémoire ne serait pas le seul défi de cette aventure forcée. Mes os se sont mis à grincer de nouveau, mon dos à se voûter et ma canne à s'enfoncer plus profondément dans le sol mou à chaque pas.
Nos discussions académiques ont fini par se tarir avec le temps, car je sentais que le morveux observait ma respiration. Parler et marcher ne font pas bon ménage, surtout à mon âge. Mon souffle finit par devenir sifflant si je m'acharne trop. Il guette ma faiblesse, s'en nourrit peut-être, pour se rassurer de sa vigueur de jeune homme.

Au cours des dernières décennies, j'ai eu tendance à me ramollir, à attendrir mes sentiments vis-à-vis des garnements qui m'ont toujours horripilé. Wilfried me manquait, aussi ai-je un peu idéalisé mes souvenirs maternels. Mais à présent, je me rappelle pleinement les causes de ma haine à leur égard. Ils sont plus malicieux qu'on ne pourrait le croire au premier abord, cachant leur perfidie sous des rires enfantins et des comportements joueurs. Je vois clair dans leur jeu : ils ne sont que le témoignage de notre âge, de notre déclin et de notre futur remplacement.

Quelle étrange contradiction que je trouve un certain plaisir à enseigner. Durant ma carrière, j'ai donné les armes à mes apprentis pour me nuire, pour les laisser croire qu'ils pourront un jour me déloger et prendre ma place. L'actuel Patriarche Suprême des Collèges en est la preuve vivante. Malgré tout, peut-être par grandeur d'âme, j'ai toujours continué, cherchant la graine de potentiel à cultiver - et jetant les graines inertes qui ne méritaient pas mon enseignement. Je les ai poussés toujours plus loin et, ceux qui ont tenu le coup, se sont retrouvé au sommet de notre profession.
Puis, on m'avait planté un couteau dans le dos.

Et aujourd'hui, je recommence, plaçant la dague aiguisée dans le poing de Mangold et lui apprenant le geste qui me serait fatal. Si j'avais mon mot à dire dans le destin qui se dévoile à moi, je ferais route seule actuellement. Mais un pacte divin m'interdit ce genre d'écart, bien malgré moi.

Bref, ces journées de marche ont bien vite entamé mon humeur. L'éloignement du vent jaune, en abondance en ville, affecte l'endurance de mon corps. Voir ce jeune garnement me narguer de la sienne, toujours aussi éloquente malgré le temps qui passe, m'horripile. Bientôt, je n'ai plus été capable de donner ses leçons que le soir, lorsque nous avions posé le campement. J'en ai aussi grandement profité pour étudier la Syntonie de la Matière et l’Immatériel et commencé à rédiger mon Archidoxis, parfois jusqu'à tard dans la nuit - le regrettant amèrement le lendemain.
Cet exercice d'écriture a déjà quelque peu déverrouillé ma mémoire, certaines formules oubliées s'étant manifestées d'elles-mêmes dans mon esprit pour que je puisse les coucher sur papier.

Mangold a continué de s'exercer en journée en récitant son apprentissage, mais je ne pouvais alors manifester qu'un simple grognement lorsqu'il se trompait.

À présent que le Stirland souille nos pieds, je remarque un certain changement de comportement chez le gamin. Il parle moins, sa voix n'ayant plus le même entrain insupportable qu'à son habitude. Je le soupçonne d'avoir, comme moi-même, du mal à s'accommoder à cette nouvelle vie. Une pointe de compassion me pique le cœur. La séparation avec son frère, si fraîchement retrouvé, a probablement été plus éprouvant que je ne le pensais.
De plus, je sais l'admettre, mon éducation n'est pas de tout repos. J'espérais que cela l'aiderait à se concentrer, à se changer les idées du danger qui nous menaçait quotidiennement, mais... j'y suis peut-être allée un peu fort?

J'ouvre la bouche pour dire quelque chose. Mais je ne trouve pas les mots. De toute façon, j'ai le souffle court et ce serait du gaspillage. On ne s'attendrit pas lorsque l'on bat le fer, car l'épée ensuite forgée risque de se casser à la première utilisation. Or, je n'ai pas le droit à l'échec... et Tim non plus.



Nous marchons encore quelques heures. Le soleil, malgré la jeunesse de la journée, refuse toujours de nous faire grâce de son regard. Je jette mon mégot de cigarette, fumé à même les lèvres, et je sens que mon souffle se raccourcit un peu plus. Combien de kilomètres reste-t-il avant que je n'autorise le gamin à faire halte? Trop, mais je refuse d'exposer les ravages de ma fatigue.
Ce matin, je me suis regardée dans mon miroir de poche et j'y ai trouvé un écho de la Dame de Fer. Rides plus prononcés, cernes creusés, œil vitreux par la flasque d'alcool que j'ai vidé la veille jusqu'à sombrer dans un sommeil lourd. Le maquillage que j'ai appliqué d'une main tremblante me fait un peu penser à un clown que nous avons observé en croisant la route d'un cirque ambulant. Ce moment de détente me parait si loin à présent...

Mangold rompt soudain le silence. J'étais tellement concentrée à poser un pied devant l'autre que je tressaille de surprise. Heureusement, il ne l'a pas remarqué. Il parle d'une mine un peu plus loin et suggère de s'y abriter. Je relève la tête et constate de la véracité de ses propos. C'est tentant, mais il est trop tôt pour nous reposer, même si mes jointures me hurlent du contraire.
Sèchement, je commence à rétorquer.


« Non. Nous devons c... »

Je me sens observée. Ou peut-être est-ce l'odeur de chamon qui m'interpelle. Elle vient de la mine, mais aussi de derrière nous. Une troupe d'hommes armés, des mercenaires, se tiennent à bonne distance. Et à présent, j'entends les voix... et les rires.
Le chef de la troupe me marque davantage que les autres. En armure complète d'une parfaite manufacture, il s'orne de quelque chose qui me glace le sang : une rose de métal. Les Chevaliers de la Rose nous auraient-ils retrouvés? Par quelle malédiction?

Ce n'est pas de la peur ou de la panique qui m'affecte en premier, je suis trop fatiguée et lasse pour cela. Non, c'est une colère noire qui m'envahit. Nous avons tant marché, franchi tant de contrées pour fuir la menace, que je commençais à douter de son existence. Et à présent, elle se trouvait là, à quelques centaines de mètres. Tout ça pour rien!


« Les enflures! »

Ces mots se sont échappés de mes dents serrées. Ainsi j'avais bien raison, nous avons été traqués comme un simple gibier. Cette perspective m'enrage tant elle est dégradante. Hors de question de me faire massacrer ainsi et encore moins de les laisser prendre le gamin. Il est ma responsabilité et personne d'autre que moi n'a le droit de lui porter le moindre coup sans mon accord!

Il est temps de se calmer et de réfléchir un peu. Je regarde aux alentours et évalue nos options. Une forêt nous offre sa couverture, mais je refuse immédiatement sa proposition. Déjà, j'en ai ma claque des forêts, de Ghur et de Ghyran. Si on était amenés à se battre en son sein, je serais plus faible que jamais.
Un temple de Sigmar nous fait la même proposition, que je suis tentée d'accepter. Nous pourrions nous y barricader et planifier une défense. Mais ce pourrait aussi bien devenir un tombeau verrouillé, sans perspective de fuite. D'une simple torche, ils pourraient nous faire rôtir à l'intérieur.

La suggestion du morveux, pour une tout autre raison, semblait la meilleure option. Chamon parait souffler fort depuis les entrailles de la mine, ce qui pourrait me revigorer un peu. De plus, ses nombreux tunnels pourraient nous permettre de semer nos poursuivants. J'ai envie d'en découdre, mais il me faut rester pragmatique, aussi, j'éviterai la confrontation jusqu'au dernier moment.
Et puis, cette mine nous laisse de nombreuses possibilités pour prendre nos adversaires par surprise. Si nous nous y prenons bien, nous pourrions les cueillir un par un de la plus cruelle des façons.


« Ne traîne pas Tim! À la mine! »

Je presse le pas, ne sentant plus mes articulations protester. Je sens l'excitation monter en moi, mélangée à une crainte qui donne une saveur exquise à l'ensemble. Le cadavre de Tink, bien attaché à l'extérieur de mon sac à dos, rebondit comme le pantin désarticulé qu'il est.
Une fois la mine à proximité, je m'attarde un peu sur les lanternes pour tenter d'en trouver une qui puisse être utilisée. Nous aurons besoin de lumière dans l'obscurité des tunnels, sinon nous risquerions de faire une chute fatale. Si elles sont fixées, je pourrai toujours les déloger à l'aide d'un sort de malléabilité. Un coup de briquet amadou ou une formule de flammèche bien prononcée feraient le travail pour en allumer une pour Tim et une autre pour moi-même.

Une fois la lumière rendue notre alliée - je suis prête à utiliser la faible bougie pour nous éclairer si nécessaire - je décide de nous diriger dans la mine. Plusieurs chemins s'offrent à nous et un choix s'impose donc. N'importe qui laisserait la décision au hasard pour prendre cette décision, mais pas la Dame d'Argent. Car je suis dotée de quelques atouts qui pourraient nous être utiles dans cette situation.

Je ferme donc mon œil gauche, celui doté de chair et de sang. Le droit, celui fait de métal, qui m'a été confié par la bénédiction du vent doré, s'écarquille pour ne rien louper de ce qui nous entoure. Sa nature peu conventionnelle me permet de le garder ouvert sans cligner de sa paupière, n'ayant aucunement besoin d'être hydraté.
C'est grâce à lui que je repère les manifestations jaunes de l'aethyr et c'est justement mon objectif. Trouver le tunnel qui dégage le plus de cette humeur magique.


« Ne t'éloigne pas, Tim. Tâche de rester le plus silencieux possible. Les mercenaires ne seront peut-être pas notre seule compagnie dans ces tunnels... »
Isabelle Breitenbach, Voie du Sorcier des Collèges de Magie
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Compétences :
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Équipement :
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Archidoxis :
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Liste des "Sursis" :
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

Se hâtant, ils lèvent haut les genoux, escaladant presque la pente vers l’entrée de la mine. Le bois est légèrement verdâtre, notamment à cause de la mousse. Une forte odeur d'ammoniac, de moiteur et de vieux émane de l’entrée. Ne perdant pas de temps, ils agrippent chacun une lanterne, plus ou moins remplie d’huiles. Bien que les liquides soient usagés, ils prennent vite feu, et offre une lumière suffisante bien qu’un rien estompée révèle la voie. Les rails continuent, descendant très légèrement dans les profondeurs insondables du souterrain. Des toiles d’araignée, des petits monticules de crasses et de poussières viennent couvrir des débris et le sol de l’endroit. Un tonneau éventré par-ci, un reste d’outil oublié par là, c’est un véritable foutoir dénué de la moindre forme de rangement. Les parois creusées sont dénivelées, montrant un effort minimal mais fonctionnel à leur création. Les soutènements, tous en bois, sont cependant particulièrement solides. Des gouttes d’eau tombent parfois de minuscules stalactites, révélant que l’humidité est peut-être plus forte que prévue. Malgré un certain sentiment horripilant lié à ce décor décourageant, Isabelle va très bien. Mieux que jamais même.

Elle est calme, aussi calme qu’une montagne. Elle est forte, aussi forte qu’un mur d’acier se dressant fièrement contre l’inconnu. Cela doit bien faire des années, des décennies qu’Isabelle ne sait pas sentie aussi… solide, oui. Son esprit, comme un lien direct avec son corps, se serre d'une poigne imaginaire comme pour montrer sa détermination. Sans s’en rendre compte, tout du moins au début, le regard de son compagnon est rivé sur elle. Elle ne peut se voir sans son miroir, mais les yeux ne mentent pas, il est impressionné, presque subjugué par la stoicité de la Dame d’Argent. Comme si une aura l’entourait au point que l’intérieur apparaît aussi à l’extérieur, pour provoquer le monde entier.

Le sol est mal entretenu, et les déchets n’aident pas à la circulation. Jouant de ses deux jambes, elle parvient à éviter de glisser sur la saleté locale. Un pas à droite, un à gauche, une planche de bois pourrie à éviter, une pierre instable, rien n’échappe à l’attention de Breitenbach. C’est presque amusant à vrai dire, presque. Tim, lui, n’a pas de difficulté non plus à se mouvoir, au contraire, il a l’air d’avoir une terrible habitude à se déplacer dans les lieux noirs, sales, et insalubres. Si la situation n’était pas aussi propice, s’en serait presque navrant. Il est censé devenir un grand sorcier, pas un vulgaire galibot. Ensemble, ils progressent là où la lumière grise du jour ne peut les rejoindre. Soudain, une voix, explosive, légèrement grasse, vient rebondir sur les murs. Elle vient de la fendue de la mine.

« Breitenbaaaach !

Je sais que tu es la vieille carne. Je ne te mentirais pas, non, je te promets une chose. Si tu sors de là, ta mort sera rapide et efficace. Par contre, si je dois venir te chercher… Je jure devant les Dieux que je vais t’arracher toute ta peau à l’hameçon avant de te laisser te vider de ton sang !
»

Continuant de progresser malgré les menaces proférées, ils arrivent dans les ouvertures, les séparations des différents chemins qui mènent au lieu d’exploitations actuelles… ou du moins, qui l’étaient auparavant. Des flaques de Schlamms, cette eau boueuse, est présente dans chaque trou assez large pour l'accueillir. Ici, le tréfonds est bien différent. Une partie des rails est incomplète, et un chariot vide et couvert de toile s’y repose. Un crassier, accumulé au cours du temps, décore l’un des flancs du tunnel qui se sépare en deux. Un faible courant d’air émane de celui qui part vers la droite.
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Soudain, des petits bruits viennent du même fond. Comme des frottements, incessants, mais faibles. Des bruits qui tapent, qui cassent des choses fragiles, suivent peu après. Surprise, mais loin d’être décontenancée, Isabelle se concentre. Chamon est très puissant ici, en vérité, il l’est presque trop. Il pulse des tréfonds de la terre, autour d’eux, comme un cœur qui bat. Il respire à travers les pierres et insuffle puissamment son domaine. Cependant, cette énergie est trop variable, trop fluctuante. Comme si quelque chose perturbait la fermeté de la mine. Elle ouvre encore un peu plus son esprit, et le doute disparaît. Le chemin dextre, celui qui offre des sons curieux, est différent des autres. Un véritable petit tourbillon de magie s’adonne à cœur joie de parasiter l’endroit comme un pied d’ogre dans un cours d’eau. Après un instant de réflexion, elle comprend. En ce lieu, probablement un peu plus loin, de la magie s’est cristallisée. Cependant, seul un unique phénomène est connu, ou du moins, l’est parfois, par les sorciers des collèges de magie. La pierre distordante, cette mise en forme de ce qui n’en a pas, se trouve plus loin. Corrompant le flux aéthérique local, il est responsable de son intensité actuelle bien au-dessus de la norme.

La présence d’une telle pierre est alarmante, cependant, le Stirland à connu beaucoup de conséquences similaires, suite aux terribles guerres Vampiriques. Il est facile d’imaginer comment un tel événement a pu se produire. Malgré tout, la pensée que cela soit simplement le fruit du hasard n’échappe pas à la magicienne. Combien de fois, dans la capitale elle-même, des magisters ont trouvé des petits cristaux de Malepierre, aussi gros qu’un ongle ? Des souvenirs reviennent, lointains, brouillés, mais pourtant… nostalgique.

Le jeune garçon, lui, ne se sent pas particulièrement bien. Il porte une expression dégoûtée, peut-être même sur le point d’avoir une petite remontée. La sensation ne lui va guère bien. Il secoue la tête, soufflant un peu avant de reprendre ses esprits. Tout à coup, des bruits de pas se manifestent, résonnant légèrement dans la cavité. Fermant les lanternes, comme par réflexe, la maîtresse et l’apprenti se cachent derrière une molette de jointure.
Une petite lumière, venant aussi d’une lanterne, éclaire une forme humanoïde. Trapue, large, elle est pieds nus. Ses petons, sont plutôt des pattes griffues. Des lambeaux de vêtements le couvrent presque entièrement. Son horrible visage, un peu difforme, est éclairée. Une tête de rat, aux dents pointues, tordues, et jaunes, scrute l’endroit. Ses yeux rouges, et ses grandes oreilles comiques bougent presque frénétiquement. Dans sa main sénestre, une épée courte avec une forme mélangeant le sabre et la miséricorde. Dans l’autre, sa source de lumière. Une petite queue bat derrière lui, en rythme avec ses pas. Il s’arrête au carrefour des tunnels.
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Elle ne sait si c’est la première fois, mais Isabelle Breitenbach se rappelle de ce genre de créature. Un homme-rat. Elle ne se souvient pas de grandes choses, mais ils sont dangereux, nocturnes, et intelligents. Celui-ci se frotte la tête, et d’une voix gutturale mais aiguë, prend la parole.

« Quoi-Qu’est-ce que vous voulez ! Nous avoir marchandé-accord avec les tiens-frères.

Nous très-beaucoup occuper ici-maintenant. Moi sentir-connaitre odeur. Odeur pas peur-terrifié.

Quoi toi vouloir chose-humaine ?
»

Il agite sa lanterne, son arme basse. Il renifle encore, et il commence à perdre patience. Il a l’air pressé, très pressé. Son accent de Reikspiel est horrible, et très peu mais néanmoins fonctionnel. Malgré qu’il a cessé de se déplacer, les bruits continuent. Il n’est pas seul… Pourquoi une créature impie pareille ne se contente pas d’appeler les siens pour massacrer les deux intrus ? Il doit bien y avoir une raison… Le petit Tim a sa main posée sur le dos de la Dame d'Argent.

Test de VOL d’Isabelle (+2 car Volonté de Fer) : 1, réussite critique, ça commence bien. Tu es immunisée aux effets négatifs de la mine, et Tim aussi.
Test d’HAB(+4 car tu es sereine) : 4, 9 degrés de réussite. Avec la lumière, tu marches aux bons endroits sans accidents.
Test de MAG(+6 et -4 car ???) : 12, c’est quand même une réussite ! Informations ajoutées
Test de ??? de Tim : 11, ça va encore.
Test d’INT(+0) d’Isabelle : 18, tu ne sais pas exactement ce que sont les hommes-rats malgré tes trajets en terre du Sud, mais ça te parait très étrange qu’il essaie de te parler…
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Isabelle Breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par Isabelle Breitenbach »

Nous avançons prudemment dans les tunnels obscurs, mais sans traînasser. Heureusement que nous avons récupéré des lanternes à l'extérieur, sinon les ténèbres nous auraient dévorées dès les premiers pas. La lumière de la mienne se reflète sur la surface de mon œil de métal. Je vois plutôt bien par ce dernier, bien que les couleurs aient toutes une teinte argentée. Mais dans la noirceur de la mine, cela ne fait aucune différence.

Je me sens étrangement bien, éveillée comme je ne l'ai jamais été depuis le tout début de notre périple. À présent que la menace est identifiée, réelle, ma paranoïa s'est envolée. J'avais raison de faire preuve de tant de prudence. Certes, les mercenaires nous ont rattrapé, mais ils devront nous confronter sous nos propres termes. S'ils nous avaient cueilli par surprise, dans le domaine d'Henry, qu'aurions-nous pu faire?

Après seulement quelques minutes de marche, j'entends la proposition de nos poursuivants. Enfin, si on peut appeler cela une proposition! Ne savent-ils donc rien de ma personne? De ma réputation? Pensent-ils vraiment que je suis rouillée au point de me rendre sans conflit? Après menaces de mort de prime? Tant mieux. Qu'ils me prennent pour la vieillarde sénile qui croupissait dans l'asile. Qu'ils baissent leur garde. Leur défaite n'en sera que plus cuisante.

Comment m'y prendre? Il y a tant de choses à exploiter ici. Un golem de ferraille pour leur tendre une embuscade? Une pluie de flèches qui dévoreraient leurs armures? Un éboulement? Il y a tant de possibilités.
Mais alors que je m'égare dans de cruelles machinations, je sens mon œil d'argent s'agiter. Il est pris de micros-convulsions, ce qui n'accapare pas ma vision, mais reste désagréable. Aurais-je sous-estimé la présence de Chamon en ces lieux? Non, il y a autre chose. Quelque chose de plus sombre, de plus brut, de plus... corrompu.

J'ai déjà ressenti cela durant mes années au Collège, mais il me faut tout de même quelques secondes pour en définir la nature.


« De la Malepierre... »

J'ai soufflé ce mot si bas que Tim l'a à peine entendu. Il ne doit pas en connaître la signification de toute façon. Cette région maudite a été ravagée par des guerres entre les vivants et les morts, il y a bien des années de cela. L'aethyr avait dû s'accumuler dans cette mine, pour former quelque chose d'insolite. Une anomalie, l'immatériel prenant forme et consistance.
Les Ordres de magie connaissent aussi un moyen de former des pierres de pouvoir. Elles ne sont pas dotées des dangereux effets de la Malepierre, car elles ne possèdent que les propriétés et les affinités d’un seul courant de magie.

J'entends soudain de l'activité. Des voix, des raclements, de la roche que l'on pioche pour en dévoiler les secrets. Tout cela provient des profondeurs du tunnel. J'avais raison, notre duo et les mercenaires ne sont pas les seuls occupants de cette demeure.
Le gamin garde son sang-froid, je sens son regard posé sur mon dos. Je pense qu'il tire son courage de mon assurance. Il m'est donc interdit de défaillir. De toute façon, je suis chargée à bloc, les effluves repoussantes de la pierre maudite m'affectant à peine. Tim, lui, semble un peu plus troublé, d'un coup d'œil, je me rends compte qu'il a le teint malade et semble proche du relent. C'est normal, mais nous devons continuer d'avancer sans faire le moindre bruit.

À bout, le gamin secoue la tête et souffle son mal-être. N'a-t-il donc pas entendu les bruits qui nous entourent?! En conséquence directe, j'entends des pas s'approcher. Immédiatement, je scelle la lanterne pour faire renaître l'obscurité et je ferme mon œil d'argent pour éviter tout risque de reflet. Tim a fait de même, je peux au moins lui accorder cela. Nous nous cachons derrière une large poutre, contre la paroi, un bien triste abri qui devra faire l'affaire dans l'empressement qui nous gagne.

Une autre source de lumière s'approche de nous. La lanterne est tenue par une créature immonde, déformée, sa silhouette humanoïde ne la rendant que plus insolite. Je plaque doucement ma main sur la bouche du môme pour m'assurer qu'il ne pousse pas d'exclamation.
Un homme-rat. J'en ai déjà rencontré au cours de mes voyages. Tout ce dont je me rappelle, c'est qu'elles sont rares, nocturnes et dangereuses, surtout en groupe. Et d'après les voix que j'entends un peu plus loin, celle-ci n'est pas seule.

Une scène me revient en mémoire comme si je l'avais vécue la veille. Dans mon manoir, épuisée par le travail, j'entends quelque chose gratter dans ma chambre. Un rongeur. J'éteins la lumière et m'équipe d'un monocle qui me permet de voir dans l'obscurité. Il n'a aucune chance, ce misérable animal ne pourra apercevoir mon approche. Je m'approche de sa position, un balai en main, le pas sur la moquette aussi léger qu'une plume. Mais lorsque je porte le coup fatal, le rat s'échappe. Comment?!
Toute la nuit durant, ce jeu du chat et de la souris s'est éternisé. L'animal est sorti vainqueur de notre confrontation. Pourquoi? Un détail m'avait échappé : ses yeux lui permettaient de voir dans la nuit aussi bien que moi avec mon monocle enchanté.

L'homme mutant qui se tenait devant nous avait les mêmes avantages, ses yeux rouges brulant dans les ténèbres. Sauf qu'ici, les rôles étaient inversés. Nous n'avions donc aucune opportunité de nous enfuir. Pire, la créature ne faisait pas une simple ronde. Il nous avait bel et bien repérés.

La situation est extrêmement tendue, je ne pense pas pouvoir défaire autant d'adversaire dans ce lieu confiné et sans la moindre source de lumière. Les paroles étranges du monstre éveillent cependant ma curiosité. Il semble modérément surpris de notre présence, et surtout, ne fait pas preuve d'une particulière hostilité. Il n'est pas enchanté de notre intrusion, c'est clair, mais engage la conversation.

La solution se dévoile à moi. Je n'en vois pas d'autre pour nous sortir de ce mauvais pas. Je tourne mon visage vers celui du gamin puis, lui libérant la bouche, je pose mon index sur ma bouche pour lui ordonner de rester caché et silencieux. Ensuite, je sors de notre cachette avec toute l'assurance d'une maîtresse des lieux.


« Je viens vous avertir. Mes associés m'ont envoyée, car ils ont eu vent d'une troupe de mercenaires venus pour vous éradiquer. Si leur commanditaire a déjà été réduit au silence, ils n'ont malheureusement pas pu intercepter les guerriers. Ces derniers ont déjà pénétré la mine et seront sur vous dans quelques minutes.

Navrée de ce manque de formalité, mais il y a urgence. La perte de votre entreprise porterait grandement préjudice à nos intérêts, donc je vous conseille de vous préparer immédiatement. »


Le mensonge est osé, mais parfaitement crédible. Ils n'ont qu'à tendre l'oreille pour entendre l'approche des mercenaires. De plus, j'ai parlé avec autorité, sans la moindre once d'hésitation dans ma voix. L'homme-rat semblait hésiter avant que je me révèle, aussi, j'espère qu'il se laissera doucement berner par mes mots.
Isabelle Breitenbach, Voie du Sorcier des Collèges de Magie
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

En entendant les paroles de Breitenbach, la créature secoue vivement la tête et commence à taper de la patte sur le sol. Il lève ses mains en même temps, et les abat à chaque coup de pied de sa part. Il commence à un peu grogner, mais à la différence d’un animal, il grogne comme un enfant se met à bouder. En plus de ses énormes oreilles rondes, il doit être bien comique à regarder. Cependant, son odeur corporelle est terriblement mauvaise, polluant le peu d’oxygène encore présent d’une fragrance digne d’un égout. Se laver ne doit pas être très commun chez lui. Il regarde dans le tunnel d’où il est venu, puis reprend la conversation d’une voix frustrée.

« Non non non, pas bon-mauvais d’être attaqué ! Moi avoir entendu voix menaçante oui-oui.

Je-moi sais quoi faire alors. Moi Qwirtz. Nous avoir temps de finir-terminer ici. Précieuse-importante pierre est bientôt à nous-nôtre.

Toi dire à Kastor de continuer le projet, nous-nous voir encore-bientôt, à Middenheim.
»

D’un rapide mouvement de la tête, il crache des mots dans une langue incompréhensible, les bruits s’accélèrent. Les autres monstres se précipitent à terminer leur œuvre, tout en proférant des sons similaires à ceux d’insultes vociférantes. Celui qui parle Reikspiel range alors son arme, et approche un peu de la Dame d’Argent. Il va chercher un petit sac, accroché à la corde qui lui sert de ceinture.

« Kastor sera content-satisfait de tes services. Moi aussi, femme-messagère. Tiens, moi grand-important skaven. Moi pas être ingrat envers bons-efficaces serviteurs-esclaves. »

Il sort un petit objet métallique, brillant faiblement d’une lueur cuivrée. Il le pose sur la paume de sa main, avant de le tendre vers Isabelle. Un anneau, doré, mais pas en or. Il est finalement décoré de gravure et de symboles étranges. Sur son point culminant, un hexagone ressort légèrement, car il contient en son cœur une petite pierre rouge. Un rubis. La plus précieuse de toutes. Cependant, la magicienne devine que ce n’est pas pour sa valeur en tant que bijoux, que le monstre à choisi cette récompense.
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« Ça être puissante arme-atout. Si toi penser-vouloir assez fort, en pointant ton doigt, ça faire magie-pouvoir. Comme dragon-lézard qui souffle son feu. Attention, ça fonctionner une fois par jour-nuit. Moi très généreux et génial oui-n’est-ce pas ? »

D’un petit ricanement, il donne l’artefact enchanté à la sorcière. Ensuite, il tourne les talons et se dirige vers le tréfonds. Qwirtz prononce alors une dernière phrase à l’encontre de son interlocutrice avant de disparaître dans les ténèbres.

« Toi pas pouvoir nous suivre dans souterrain, mais toi chanceuse-heureuse. Tunnel gauche mène à ascenseur à air extérieur-dehors. Toi prendre rejeton et partir maintenant hyehyehye. »

Sur ces mots glaçants, il rigole avant que les sons ne s’estompent une bonne fois pour toutes, ne laissant que la mine, Isabelle, et Tim, seuls. Enfin, la vieille mais plus tant que ça dame se concentre, et peut le confirmer, le courant d’air vient bel et bien du chemin à gauche. Ne perdant pas de temps, son apprenti sort des ombres, se sentant un peu mieux. La sensation de la malepierre n’est plus, probablement emportée par les Skavens encore plus profond qu’elle ne siégeait précédemment. Les deux fugitifs partent alors, dans un couloir plus fin et moins haut que le reste de l’exploitation. Enfin, après une petite minute, la lumière du jour vient faiblement éclaircir l’endroit. Un escalier en rectangle mène vers la surface. D’une douzaine de yards de haut à peu près.

Ils montent sans trop de peine, en haut, une petite cabane de bois protège l’endroit de la pluie et du mauvais temps. La porte n’est pas fermée à clé, heureusement. Ils sortent, et se trouvent de l’autre côté de la colline. Le vent est plutôt fort ici, mais la sensation d’air frais est tellement agréable que c’est une bénédiction. Toujours surprise de sa rencontre souterraine, Isabelle Breitenbach repars avec Tim. Une route, entre les arbres, semble mener quelque part.

N’ayant pas d’autres choix, les deux qui ont le Don descendent la colline. Heureusement, aucun des mercenaires n’a imaginé qu’une autre sortie pouvait exister à la mine. Un coup de chance, un bien mérité après deux semaines de voyage. Le trajet est calme, très calme en réalité. La faune locale, bien que plutôt bruyante, ne vient pas perturber leur balade. La flore, elle, se meurt paisiblement, à l’approche de l’hiver. Les feuilles tombent, encore, et encore, et encore, aussi brunes que les racines qu’elles couvrent de leur manteau. Le ciel, lui, n’a pas changé. Il est gris, peu lumineux, oui. Pourtant, comparé à la plongée vers le cœur de la terre, c’est un pas-de-géant envers le bien-être des deux mages.

Après une heure à vagabonder sur le même chemin, il devient difficile de ne pas remarquer, que les arbres sont plus… sombres, moins bien entretenu surtout. Des vieux pins morts, tués par les champignons, obstruent partiellement le chemin de temps en temps. Le sol, bien défini par un creusé, est désormais fortement couvert d’herbes. Cette route, comme beaucoup dans l’Empire rural, doit être peu empruntée, surtout en cette saison. Enfin, la forêt s’arrête net, et derrière un dernier mur de bois, une plaine. Ici, les arbres sont morts, ou du moins malades. L’herbe est manquante, remplacée par de ma terre dénivelée et boueuse. Quelques champs sont en jachère, d’autres, ont été semés récemment. Quelques épouvantails gardent les champs des corbeaux, qui croissent dans le ciel qu’ils dominent. Plus loin, des bâtisses, de nombreuses bâtisses. Une trentaine, au moins. Un village particulièrement gros, sans aucun doute. Toutes les constructions sont faites de bois, et aucune ne se ressemble au vu des problèmes visibles de construction. La solidité à beau être là, la beauté des maisons est similaire à un groupe de lépreux habillés de guenilles.
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Des torches allumées indiquent la vie active. Une fumée blanche émane de la plupart des cheminées, qui ont la décence d’être en argile. Des dizaines de personnes sont dehors, hommes, femmes, quelques enfants aussi. En vérité, si un village de l’est de l’empire devait ressembler à quelque chose, ce serait à ce trou paumé. Ils rentrent donc aux portes inexistantes de ce village. Plusieurs hommes les saluent poliment de la main avant de retourner à leur devoir. Avec des pelles, devant une grange, ils soulèvent et jettent du purin dans un chariot prévu à cet effet. Le plus barbu d’entre eux, aussi petit et large que poilu, s’amuse bien plus que son camarade qui balaie les tas.
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« Allé ! Soit pas tordu faut balayer plus vite que ça. R’garde, j’eu le temps de tout mettre dans le chariot que l’tas suivant il est pas encore prêt ! J’croyais que t’étais un balaise, vieux ! »

« Par pitié, la ferme. »

« Hors d’question, pour une fois qu’le burgermeister t’fais ravaler ta connerie, faut que j’en profite pour immortaliser la chose hahaha ! »

Un regard de meurtre est offert par le balayeur au vu des commentaires du cultivateur de fumier. Il n’apprécie guère sa corvée. Contrairement à l’enthousiaste, ses habits ne sont pas ceux d’un paysan. Armuré d’une brigandine combinée à des plaques d’acier, il n’y a que peu de doutes sur sa fonction. Cependant, au vu de sa position, ce n’est pas un patrouilleur, c’est donc un mercenaire à spécialité. À Altdorf, nombreux sont ceux comme lui, si ce n’est que ce sont plus souvent des protagonistes payés pour casser les figures de marchands ne payant pas leurs dettes.

Non, aussi loin de la grande civilisation, c’est autre chose. À sa ceinture, la clé du mystère est visible dans une boucle, un ornement comme décoration. Un couteau, qui traverse une chauve-souris. Cet homme de ménage en herbe n’en est pas un, même si nettoyer fait partie de son métier. Il s’agit d’un chasseur de vampires. Ses traits sont durs malgré son jeune âge. Son nez est écrasé sur sa figure, et sa large mâchoire ainsi que ses petits sourcils lui donnent une impression de molosse. Ses bottes ont l’air incroyablement solide, probablement de facture naine au vu du métal qui en fait partie.

L’heureux à la pelle remarque les deux nouveaux venus et les salue de grands signes de la main. Ils révèlent un honnête sourire, montrant les quelques dents qui lui manquent. Il s’appuie sur sa pelle momentanément.

« B’jour ma bonne dame. Et salut pisse-lait ! Ben dites donc, vous avez l’air de sortir d’un cercueil ! Il fait si mal qu’ça au Stirland ? Et beh…

Si vous z’avez b’soin de repos, y’a une auberge très sympathique après le centre, pouvez-pas la manquer. Au bon séjour parmi-nous !
»

Pendant l’accueil de l’homme à la barbe, le chasseur s’est mis tout à coup à balayer beaucoup plus vite. Au point de former plusieurs tas d’avance sur son ami. Une grimace de malice se découvre alors sur son faciès, moins dur, plus heureux qu’avant.

« Hé ! Mais t’es pris par un esprit ou quoi ? »

« Hé bah quoi mon vieux ? On est trop lent pour suivre la cadence ? Je croyais que tu étais aussi balèze que moi, ptet que je me trompais hehehe. »

« Ah ! Salaud ! Tu vas pas m’avoir comme ça ! »

Les deux braves accélèrent leur jeu puéril comme si la course était lancée, rigolant comme deux enfants. Tim ne peut s’empêcher de rigoler un peu, à voir deux gaillards se mettre au défi ainsi.

« Allez monsieur à la calotte ! Montrez un peu ce que vous valez ! »

L’attention portée par le cadet Mangold fait ricaner encore plus les deux nettoyeurs de merde. Ils reprennent, encore, le chemin, vers la taverne. Pour se rassasier, se nourrir, et réfléchir un peu plus au calme. L’établissement, portant comme symbole un sanglier jaune avec une pomme dans la bouche, est dans un état exceptionnellement bon. Le bois est poncé, le toit est de tuile, les vitres sont propres, le plancher est surélevé par rapport au sol, gardant l’endroit sans trop de terre. À l’entrée, un tapis de paille est prévu pour se frotter les pieds, une très bonne idée. Ils rentrent à l’intérieur, et un boucan, néanmoins léger, se manifeste. De jolies tapisseries et trophées de chasse sont accrochés au mur, tandis qu’une grande cheminée de pierre, brûlante par le feu de joie en son cœur, réchauffe la pièce. Il y a au moins douze personnes à l’intérieur, certains mangent, d’autres boivent, beaucoup parlent, et quelques-uns font les trois, parfois en même temps.

La plupart ne remarquent pas l’arrivée de la Dame aux cheveux d’argent que d’un coup d'œil, avant de reprendre leur discussion. Le patron de l’endroit, derrière le comptoir, est assis à compter des pièces d’argent avant de les ranger dans des sacs respectifs. Particulièrement grand, et fin comme une lance, il offre comme révérence un signe vertical de la tête. Son beau chapeau à trois plumes, sa veste de tissu rouge avec une fourrure rouge et son collier avec une amulette portant le crâne de Morr ne mentent pas. Il est riche. Ses yeux verts et sa barbe rousse, ainsi que ses taches de rousseur dénotent encore plus des nombreuses couleurs qu’il porte. Il ne porte cependant aucune bague à aucun de ses doigts. Il porte le pantalon, ainsi que des chaussures d’intérieur. Sa ceinture de cuir brun tient quelques petits sacs en toile verts remplis à ras bord. Son nez, gros, court et large montrent un certain goût à la boisson.
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« Bonjour ! C’est moi qui m’occupe de l’établissement ! Vous pouvez m’appelez Arwin, comme tout le monde. Vous m’avez l’air de voyageurs de fortune, pas de soucis, on accepte tout le monde ici. Écoutez, je vais pas demander à une brave dame et à son fils de payer leur nourriture. Installez-vous, on arrive avec de quoi vous revitaliser ! »

Sur ces gentils mots, plein de bonté, ils prennent place à une des tables. Même la table est dans un bon état, le bois a été nettoyé et ciré récemment. Les chaises ont même des coussins. Isabelle à connu des auberges à Altdorf où la qualité de vie est bien loin de ce trou paumé. À ce demander si c’en est vraiment un…

Quelques instants après, une dame, bien en chair aux cheveux courts sort d’une des portes. Son tablier blanc ainsi que ses ustensiles de cuisine ne mentent pas sur son poste. Large d’épaule, elle porte un grand plateau à une main comme si de rien n'était. Ses mains sont musclées et ses doigts tout autant. Ses yeux sont marron, et son nez est fort prononcé, comme ses lèvres.
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« Et voilà pour nos deux voyageurs ! Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à la cuisine. ‘Tention par contre, j’étripe un mouton, c’est pas joli à voir. Bon appétit, surtout à toi, petit gars. Faut que tu grandisses vite et que tu deviennes fort ! Surtout si tu comptes passer ta vie dans le coin. »

Elle repart aussi vite qu’elle est arrivée, rentrant dans l’autre pièce. Le plateau est grand, et dessus, une quantité copieuse de nourriture est posée sur des assiettes de bois. Fromages, pains, deux bols de lentilles et deux autres de soupe orange, ainsi que quelques tranches de viande sont mis ensemble dans un véritable festin pour deux. La quantité ne nuit pas à la qualité ici, car ils ont tous l’air plutôt frais, et particulièrement bons. Soudain, un léger mal de crâne vient attaquer l’esprit d'Isabelle von Breitenbach. Pendant toute sa vie, elle a considéré les Stirlandais comme étant des cons, cruels, moches, particulièrement racistes envers les autres, et presque sectaires au niveau du sang et de la lignée. Ces idées étaient vraies, elles devraient être vraies ! Mais non, la réalité montre le contraire. Cette claque mentale est un véritable choc à la psyché de la magister, qui se voit incapable de bouger pendant quelques secondes. Enfin, elle ne peut que s’y résoudre, il ne faut pas trop lire la presse Altdorfeuse, elle est parfois un peu extrême dans ses propos…

Le jeune apprenti, lui, attend l’autorisation de sa maîtresse, salivant comme jamais auparavant. Il est presque prêt à se jeter sur le plateau tant il a faim.
Test de CHA(+0) d’Isabelle : 8, réussite.
Opposé à un test d’INT de l’homme-rat : 15, échec.

Tu gagnes une Bague de la Salamandre, ajouté à ta fiche wiki, bien entendu.
Pour les fous qui désirent me rendre visite aux récifs.

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Isabelle Breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par Isabelle Breitenbach »

Le rongeur réagit vivement à mon apparition. Mentalement, je prépare une formule pour le pulvériser, non sans savoir qu'une horde d'autres monstres viendraient alors nous dévorer, Tim et moi-même. Qu'il en soit ainsi, je préfère mourir en récitant les arcanes plutôt qu'en suppliant pour ma vie.
Mais je suis agréablement surprise, l'agitation de mon interlocuteur vient de sa détresse, pas de son envie d'en découdre. Il croit mon récit, complètement.
Je ne bronche pas, continuant de l'observer d'un œil malicieux, complice. Faire preuve de la moindre forme de faiblesse pourrait nous coûter la vie. Car même si l'homme rat nous considère dans le même camp, cela ne l'empêchera pas de nous trahir.

La créature mentionne un certain Kastor, logeant à Middenheim. Le Middenland est une région au nord du Reikland que j'ai eu peu l'occasion de visiter dans ma jeunesse, ou du moins ma mémoire me fait-elle encore défaut. Ainsi, la ville de Todbringer recèle d'individus aux relations forts étranges. Je range cette information dans un coin de ma tête, qui pourrait nous être utile plus tard dans notre voyage... si nous parvenons à sortir de cette mine puante.

Qwirtz, car tel est le nom de cet infâme personnage, farfouille dans les torchons qui lui servent de vêtements. Il prononce un mot, "skaven", qui m'interroge. Serait-ce le nom de son clan, ou de sa race? Il m'est familier, mais je ne peux le resituer. Ensuite, c'est moi qu'il appelle servante, esclave même. Je tique de colère, mais n'ajoute rien, la situation est à notre avantage et je ne désire pas aller à l'encontre de cela.

Et que j'ai bien fait! Car ce que l'homme rat sort de sa poche, je sens qu'il a un pouvoir magique avant même de le voir. Une bague somptueusement manufacturée, sertie d'un somptueux rubis. Je jette un œil à mon bénéfacteur et conclus immédiatement que cet artefact n'a pas été fabriqué par des mains telles que les siennes. Lui et les siens l'ont probablement volée à un malheureux... pour mon plus grand plaisir.
Ainsi, d’une simple pensée, je pourrai faire déferler le vent d'Aqshy sur mes adversaires, une fois par jour. C'est un objet puissamment enchanté, pour sûr! Jamais je n'aurais imaginé tomber sur pareille merveille en ce lieu misérable.

Je remercie le... skaven? d'un hochement de tête, toujours irritée par l'appellation qu'il m'a affectée. Puis, notre duo suit ses directives pour sortir des tunnels tandis que la troupe de monstres s'enfonce dans les souterrains. Le bruit des mercenaires s'éloigne jusqu'à se taire totalement alors que nous atteignons la surface, enfin libres. Qu'il est bon de les imaginer se perdre dans cette obscurité, persuadés qu'ils finiront par nous mettre la main dessus, tandis que nous prenons une pleine bouffée d'air frais!


« Que dis-tu de ça, gamin? Ce n'est pas demain la veille qu'on me mettra la main dessus! Encore moins celle d'un rat mutant, haha.
C'est une belle leçon pour toi : en ce monde, des créatures infâmes se cachent dans l'obscurité. Mais des ténèbres peuvent naître la lumière. »


J'appuie mon propos en faisant danser la bague que j'ai enfilée un peu plus tôt sur mon index droit. Mon humeur et bonne et ma vigueur au rendez-vous. J'ai hâte de reprendre la route, qui plus est avec une bonne longueur d'avance sur nos poursuivants!

Ainsi, le voyage continue. Si la route se dégrade et que le paysage semble se faner un peu plus à chacun de nos pas, je suis surtout captivée par l'étude de mon nouvel artefact. Pourrait-il cacher une malédiction secrète? Un tel acte de perfidie ne me surprendrait guère de la part de nos étranges alliés. C'est donc avec une grande minutie que j'analyse les tracés arcaniques de la bague, pour m'assurer de son intégrité.

Une petite heure de marche plus tard, un village se dévoile à nous. Enfin, si on pouvait appeler un tel ramassis de bois mort ainsi. Je soupire à la vue de pareille désolation, bien ancrée dans le dégoût que je ressens pour les habitants de ces régions arriérées. Comme pour m'enfoncer un peu plus dans mes convictions, deux bouseux nous accueillent de leur travail du fumier.
Bouseux, l'un d'eux l'était certainement. Mais le second dénotait. Il portait un équipement de mercenaire confirmé, avec à sa ceinture une boucle... un chasseur de vampire! Comment ne pas reconnaître cet apparat? Mais, par la Ruine, que faisait-il là, les mains dans la merde? Son collègue mentionne une certaine "connerie" dont je ne préfère pas connaître le détail.
On pardonne beaucoup de choses à ces énergumènes, par leur importance capitale en ces régions malades. Que l'un d'entre eux finisse réduit à retourner le fumier signifie qu'il a grandement manqué à son devoir.

Je couvre mes narines de mon poing. L'odeur est infâme. Le bouseux nous salut de toutes ses dents - ou plutôt de leur fantôme - et nous indique une auberge un peu plus loin. Je n'ose imaginer l'état de ce bâtiment, mais je remercie tout de même l'homme d'un geste sec de la tête. Le chasseur de vampire, jusque-là mollasson dans son travail, accélère soudain la cadence. Je note et m'interroge sur son petit sourire en coin après notre arrivée, mais finis par considérer ce détail comme sans importance.
Alors que je me presse de laisser ces tristes personnages à leurs occupations, Tim a la "brillante" idée de les encourager.


« Pscht! Suffit! » Et nous reprenons la marche, ma belle canne s'enfonçant désespérément dans la boue qui servait de ruelle au village.

L'auberge a le mérite de me surprendre. En parfait état, plutôt chic même, elle semble avoir été téléportée tout droit depuis un quartier d'Altdorf. Un peu sidérée, j'observe le panneau de l'établissement, craignant peut-être que le charme ne se lève pour révéler un véritable taudis.
À l'intérieur, ma surprise reste pleine. Pas d'odeur rance de vomis ou de sueur qui vient nous accabler les narines. Les gens festoient, mais sans faire preuve de débauche. On ne remarque même pas notre entrée!

Nous sommes immédiatement accueillis par le maître des lieux. Un homme immense et frêle qui expose sa situation confortable en couleurs. Arwin, veut-il qu'on le nomme.
Cette fois, je décide de faire quelques efforts et de mettre en action mon sens de l'étiquette. Je m'incline un peu en avant, les paupières clauses, avant de répondre avec chaleur.


« Madame Estemer, enchantée. Et voici mon fils, Aaron. »

Pas plus mal qu'il prenne le gamin pour mon fils, malgré mon âge. Cela brouillerait les pistes lorsque d'autres l'identifieraient comme mon petit-fils. Alors que nous sommes invités à nous asseoir, j'expose la bâtisse d'un geste souple de ma canne.

« Toutes mes félicitations, mon cher, pour le somptueux établissement que vous tenez là. Je n'aurais pas imaginé trouver pareille auberge dans un coin aussi reculé de la région. Vous devez avoir un certain talent en affaires! »

Comme pour me contredire, le patron nous invite sans frais à prendre notre repas. La proposition m'enchante, mais éveille aussi ma vigilance. Aucun homme aussi richement vêtu ne verse dans la charité. Soit il a une proposition à nous faire, soit il travaille pour le compte de quelqu'un d'autre. Mais, de toutes les manières, il désirait quelque chose de nous.
Une fois installés, une femme dodue vient discuter quelques mots avec nous avant de repartir pour sa cuisine. Je m'attends évidemment à ce que le repas me révulse d'écœurement, de plats à base de viande de rongeurs et de légumes flétris. Cela me rassurerait un peu.

Mais non. Quelques minutes plus tard, la table est garnie de plats riches au fumet somptueux. Je me sens stupide d'avoir l'eau qui me monte à la bouche. Quelque chose cloche, non? Est-ce une farce pour me faire perdre mon assurance? Je sens ma perception du monde, si ferme, si garantie, s'étioler un peu.

D’un clignement d'yeux, je me reprends. Le jeune Mangold, à ma droite, observe la nourriture, ses globes oculaires sur le point de jaillir de leurs orbites. Je le comprends. Voilà des semaines que nous voyageons sans réel repos, à nous repaître de maigres et immondes repas. Moi-même, je sens mon corps me hurler de saisir la fourchette - bordel, ils ont des couverts ici aussi?!
Néanmoins, ma satisfaction de voir Tim attendre mon aval me redonne un peu contenance. Je l'observe quelques secondes supplémentaires, pour m'assurer de sa discipline, puis je lui murmure.


« Allez, petit. Ces assiettes ne se termineront pas d'elles-mêmes. »

En regardant le gamin s'exécuter, un petit sourire relève le coin de ma lèvre. J'ai moi-même une terrible envie de faire de même, mais je refuse de parler en mangeant.

« Vous êtes bien bon, Arwin. Que nous vaut cette générosité? Peut-être suis-je en train de me noyer dans l'erreur, mais je devine que vos autres clients vous rémunèrent pour un si somptueux repas. »

Mon ton est mielleux, mais mon regard a une pointe de sournoiserie. Sans excès, évidemment, car je ne voudrais pas que ce brave Arwin se vexe de ma remarque. Les hommes n'aiment pas que l'on ridiculise leurs machinations qu'ils pensent avoir si finement ficelées.

Pendant sa réponse, je commence à garnir mon assiette avec retenue. Me vautrer dans l'offre risquerait de me décrédibiliser dans nos potentielles négociations.
Isabelle Breitenbach, Voie du Sorcier des Collèges de Magie
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

De tous les individus présents dans la taverne, il ne fait aucun doute que le plus heureux de tous est le plus jeune d’entre eux. Le garçon mange bien plus qu'à sa faim, à croire que son ventre en cache un deuxième. Le pain se mélange au fromage sans attendre, et est dévoré par le petit magicien. De quoi faire sourire la plupart qui observent la chose. Le propriétaire n’est pas l’exception. Il range un chiffon dans sa poche, et réagit à l’interpellation en s’approchant un peu. Il tourne de temps en temps la tête vers le reste de l’assemblée bien occupée à ragoter. Il ne semble pas dépassé par une telle foule dans son établissement, cela doit être la norme ici. Il tousse dans son poing avant de répondre, aussi souriant qu’avant.

« Absolument, madame. Il faut bien payer les frais. Mais à toute situation exceptionnelle, la réponse se doit d’être de même. En ce jour, nous fêtons Taal et surtout Rhya, ce sont eux, qui font preuve de générosité à vrai dire. Ce serait le comble de se comporter en pingre alors qu’on fête l’abondance, pas vrai ?

Mais oui, l’établissement, le village tout entier n’était pas comme ça il y a quelques années à vrai dire. Tout d’abord, il y a eu les trolls, trois, pour être précis. Deux sont morts, on s’est assuré de cramer les corps. Le troisième rôde toujours à l’ouest, dans les bois près de la vieille mine abandonnée. Depuis que j’ai repris l’endroit, ça reprend vie, à grande vitesse. Un miracle, vu que nous sommes en Sylvanie.
»

Des bruits de pas, lourd, lent, mais surtout ferme, viennent aplatir un tapis sur le sol. Breitenbach, d’un regard discret, observe le nouveau venu. Terriblement grand, et particulièrement large d’épaule, un colosse se tenant droit avance vers leur table. Ses habits sont de cuirs, couverts de dents animales, certaines monstrueuses, attachées comme pendentifs. Il porte un chapeau, avec des symboles sigmarites ainsi qu’une boucle d’oreille à sa gauche. Non seulement imposant, il ne fait aucun doute sur sa musculature impressionnante. Des mains larges aux doigts presque rectangulaires, des pieds qui approchent la longueur de l’unité de mesure en question, dans des lourdes bottes violettes. Son cou, montrant quelques veines, est aussi large que sa tête. Il porte le bouc, ainsi qu’une moustache courte mais épaisse. Ses lèvres sont petites, et ses joues sont creusées. Son nez est gros, court ainsi que retroussé. Ses yeux marron sont assombris par des cernes noires. La partie gauche de son faciès de tueur est marquée d’une cicatrice, montrant encore les traces de coutures pour la refermer bien qu’elle soit ancienne. D’épais sourcils renforcent l’impression sévère qu’il dégage. Il n’a rien à sa ceinture noire à boucle dorée.

Grigory "Leloup" Denyn
D'après un vampire, il a le gout du bois ciré
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En trois pas, il est à côté d’eux, en face d’Arwin, il se serre la main, ou plutôt, le géant lui serre l’avant-bras, échangeant un acquiescement court et respectueux.

« Madame Estemer, je vous présente notre shérif, Grigory Denyn. Je vais vous laisser, j’ai du travail sur la planche. »

Il s’excuse poliment en tournant les talons, laissant la place à l’homme de loi. Celui-ci s'assoit lentement en face des clients, son poids fait légèrement remonter les deux autres, pour qu’ils s’approchent un rien de son altitude. Il doit bien faire une tête de plus qu’Henry Mangold. Le petit frère de celui-ci manque de s’étouffer. Ses joues sont aussi rondes que celle d’un hamster, mais il parvient à avaler. Il commence d’ailleurs à attaquer la charcuterie.

« Tout d’abord, je vous souhaite la… bienvenue à Pluie du Corbeau.

Je suis shérif simplement car… ma famille depuis douze générations vit pour un métier dur. Chasseur de monstres. Mais bon… ici ce qui s’apparente le plus à un criminel… ce sont des ghuules, da.

Votre… accent d’altdorfer… m’a rappelé un camarade. Vous avez de la chance… tous les deux. La nuit… vous n’auriez pas survécu au trajet… ici. La nuit peut-être beaucoup de choses en Sylvanie… mais clémente ? Jamais.

Ici c’est très simple… le garçon devrait comprendre aussi. Si vous n’êtes pas un problème… vous êtes tolérés sans soucis.

Si vous êtes utiles… vous êtes acceptés, protégés par moi et mes chasseurs des différents dangers.

Personne ne vient ici sans raison… ce n’est pas un problème. Votre tenue, physique ainsi que votre… prestance, ne mentent pas.
»

Il tapote sur son torse, à un endroit précis. Comme un miroir, la fausse Estemer remarque qu’il montre ainsi un endroit où son armure dépasse. Un petit bout de maille, insignifiant à vrai dire, mais qui n’a pas échappé au trappeur.

« Je m’assure de la sécurité de tous, da. Pour cela je n’ai que deux conditions… deux seules et uniques conditions, madame.

Je dois savoir Qui je protège… et surtout… Pourquoi est-ce que je devrais le faire.
»

Il se lève, en caressant les cheveux de l’adolescent qui redescend avec sa maîtresse de quelques pouces.

« Quand vous saurez quoi me dire… quoi faire… retrouvez-moi dans ma cabine.

Bon appétit, et bienvenue… à Pluie du Corbeau.
»

Grigory s’en va alors, d’un pas tout aussi lent et calme qu'à son arrivée. Sa présence, n’est pas terrifiante. Froide, dure, oui. Mais de ce colosse, loubotier des créatures de cette terre maudite, ne se dégage que de la confiance. Droit dans ses bottes, il n’est pas un rustre, ou du moins, bien moins qu’il n’y paraît. Ses mots sont choisis avec attention, avec une subtilité qui contraste de son corps d’homme d’action.

Des hommes comme lui, les magisters des collèges et les ordres religieux en font souvent appel. Comme garde du corps, comme assistant parfois. Mais souvent, c’est pour servir de bras droit. La force et l’intelligence sont des qualités très recherchées, mais le sang-froid en est une bien plus importante chez ceux qui combattent les ténèbres. Quelqu’un qui donne envie d'avoir foi face aux pires problèmes car il les a expérimenté lui-même. La Dame d’Argent se souvient d’un magister vigilant accompagné par une équipe entière de professionnels comme Denyn. Le collège d’Améthyste n’a jamais eu un autre Vigilant détenant un plus grand record de nécromancien abattu.

Tim, lui, termine de manger sa part du repas. Il en reste plus qu’assez pour que son enseignante puisse elle aussi se remplir la panse. C’est effectivement délicieux. Et alors qu’ils terminent leur assiette, la bonne-dame cuisinière revient avec une cruche et deux tasses.

« Ah ! C’est bien, ça m’fait plaisir de voir un tel appétit venant d’un petit bout comme toi hé.
Un peu de thé aux herbes pour digérer ?
»

Qu’importe la réponse, elle pose le contenant sur la table avant de repartir dans son antre alimentaire. Le présumé Aaron, lui, se gratte la joue avant de regarder la sorcière.

« Ils sont quand même vraiment sympas par ici. On sent qu’ils ont été loin. On repart plus loin où on reste ici ? Pas que voyager me dérange… mais je vois difficilement comment on pourrait aller plus loin. »
Test d’INT(+4) d’Isabelle : 18, échec. Tu rates quelque chose d’aussi énorme que subtile. Bravo :mrgreen:
Test d’INT(+-?) de Grigory : 7, réussite.
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Isabelle Breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par Isabelle Breitenbach »

Le tenancier de l'établissement semble moins malicieux que prévu. Il est vrai qu'en ce jour, l'humeur est à la fête et aux hommages. Taal et Rhya me sont totalement passés au-dessus de la tête, j'ai été tant préoccupée à fuir que j'ignorais jusqu'à maintenant quel jour nous étions. Je cache ma surprise, ne voulant pas paraître plus démunie que nécessaire.

Est-ce une bonne nouvelle? Peut-être pas. J'espérais tomber sur un homme à double visage, capable de nous fournir des services et des ressources dont nous avons cruellement besoin. De la sécurité, des informations, de la discrétion. Peut-être un moyen d'effacer définitivement nos pistes pour partir dans une lointaine contrée? Certes, cela nous aurait coûté en échange, je suis prête à payer le prix fort pour cesser cette escapade. Mais non, c'est un benêt pieu et chanceux en affaires qui se tient devant moi.
Hors de question de lui dévoiler mon identité, ni celle de Tim. Et malgré ces précautions, je sais que les Chevaliers de la Rose - où qui que soient ces mercenaires - ne tarderaient pas de nous retrouver. Enfin zut, une vieille aisée et un gamin dont l'accent trahit clairement l'appartenance à la capitale, ça ne court pas les rues en Sylvanie!

Je suis déçue.


« Je suis ravie de l'entendre! Quelle chance de vous trouver en ce jour. »

Il me parle ensuite d'une histoire dont je me fiche royalement. Tout ce que je mémorise, c'est qu'un troll traîne dans les environs. Nous aurions pu tomber dessus avec le gamin et je ne suis pas sûre d'être aujourd'hui capable d'en terrasser un. Je suis même convaincue du contraire. Même dans mon apogée, cela n'aurait pas été une mince affaire. Très loin d'être insurmontable, mais il faut toujours rester vigilant avec ces créatures. Un coup de massue bien placé et c'en est fini de notre silhouette.

Un homme d'une carrure presque comiquement imposante s'approche et serre le bras de l'aubergiste. "Presque", car je pense que peu n'oseraient rire de sa personne. J'entends à peine les présentations d'Arwin et observe cette formidable bestiole s'installer devant nous. Un infime rictus courbe la commissure de mes lèvres. Est-il l'homme à deux visages que j'espérais trouver en ce lieu?

Mangold arrête un instant sa débauche pour manifester sa surprise, puis reprend immédiatement. Ça m'irrite qu'il ne fasse pas preuve de plus de tenue, mais je ne dis rien. Inutile de briser mon image de grand-mère amicale. Par ailleurs, je peux bien laisser passer cela après les dernières semaines que nous avons vécu.

Grigory est le shérif de la ville, mais je l'interprète plus comme un homme d'action qu'à responsabilités. Un genre de garde du corps ou un croque-mitaine. Je plains les monstres qu'il a terrassés, car ici, c'est apparemment le genre de criminels dont il doit s'occuper.
Son rôle au sein de cette bourgade, c'est la sécurité. Il affirme ne pas être regardant sur l'identité de ses protégés, et pourtant me demande "qui" je suis. Je pense comprendre et cela me convient. Quelques informations devront être lâchées, mais pas toutes.
Une certaine intelligence se dégage du personnage. Néanmoins, je ne ressens aucune duplicité.

Le shérif nous salue encore une fois avant de quitter la table. Je lui réponds aimablement, mais un peu perdue dans mes pensées. L'odeur du repas sur la table me sort de mes réflexions. J'ai si faim qu'il serait stupide de prendre une décision dès maintenant. Mon assiette se garnit en quelques coups de fourchette, puis j'attaque avec retenue.
Si je prends le temps comme il se doit, j'admets consommer un peu plus que nécessaire. La nourriture est fabuleuse, meilleure que tout ce que j'ai pu me mettre sous la dent depuis des années. Les repas à l'asile étaient corrects, certes, mais j'ai aujourd'hui besoin d'aliments riches, exactement ce qu'on nous a apporté. Bon, j'aurais vraiment préféré du vin, ainsi qu'un petit brandy pour la digestion, mais je me contente de la bière. Si cette boisson me répugne, elle fera son office. Nous venons d'arriver, inutile de bafouer l'hospitalité de nos hôtes en demandant d'avantage.

En vérité, la bière est une bonne chose. Je vais pouvoir en boire pour me déshydrater sans en abuser. Je n'ai pas un problème d'alcool... mais, les semaines de manque de laudanum commencent à terriblement m'affecter.
Peut-être un petit verre en plus ne me fera pas de mal... ni le suivant.

J'ai la tête qui tourne à présent. La carafe est vide et les images mettent quelques secondes à atteindre mon cerveau. Ce n'est pas ma faute, c'est cette maudite boisson qui est trop forte.
La grosse dame s'amène pour nous proposer un thé aux herbes. Je grimace intérieurement, pleurant mon petit brandy, mais finis par m'y résoudre. Le breuvage est trop chaud, mais je me force à l'avaler pour réveiller mes sens.

Tim à enfin de la place dans sa bouche pour prononcer des paroles. Qu'allons-nous faire à présent? Bonne question.


« Hmmmm. Chaque chose en son temps, gamin. Pour l'instant, j'ai bien soif. »

Ai-je bien dit cela? Il semblerait. Mais ce n'est que sincérité, alors pourquoi me retenir? Bordel, je l'ai bien mérité après cet épuisant voyage. Et puis, ce breuvage n'est pas si mal après tout.



Après un nombre respectable de verres plus tard, j'ai pris ma décision. Je me lève gracieusement - cette misérable table décidant de me bousculer sans raison - puis je m'allume tout aussi élégamment une cigarette. Mon œil me brûle, aussi, je cligne violemment des paupières pour dissiper la douleur.

« Attends-moi là, gamin. Je reviens... »

Mes mots sont clairs et audibles, car je prends bien soin de les prononcer efficacement. Ma bouche est un peu pâteuse, mais c'est simplement le repas trop lourd qui a causé cela.
Je sors de l'établissement. Des marches apparaissent dehors et, si je rate la première, ma fidèle canne me permet de me rattraper sur les suivantes. Devant moi, de larges empreintes se dirigent vers l'ouest... ou le nord qui sait? Peu d'importance, disons l'est! Si je trébuche plusieurs fois en suivant la piste, c'est évidemment à cause de cette abominable boue qui me salit les pompes.

Une fois devant l'antre de Grigory, je toque trois fois, puis j'entre sans attendre de réponse. À l'intérieur, je découvre un bureau, un shérif installé derrière et un tronc qui semble faire office de chaise. J'attends qu'on m'invite à m'asseoir, car ce n'est que décence, ensuite je m'installe aussi élégamment que je me suis levée dans la taverne. Le siège est inadapté, c'est pour cela que je manque de perdre l'équilibre.

Je prends une bouffée de cigarette - en remarquant une fois en bouche que cette dernière n'est plus fixée au porte-cigarette, elle a dû tomber dans la boue - puis me racle un peu la gorge.


« Mon nom est Isabelle von Breitenbach. Ancienne magistère et Grande Trésorière du Collègue... Collège Doré. Le gamin et moi-même, nous avons dû quitter Altdorf sous la menace de... de je sais pas vraiment.
Hm hm. Nous fuyons des mercenaires depuis... des semaines. Ils nous veulent la peau. Les Chevaliers de la Rose je crois. Mais peu importe. Enfin, nous sommes arrivés à... à Pluie de... de Corbeau. »


Je prends une immense inspiration.

« Pffffffffffffffiouuuuuf. Voilà voilà. »

J'ai chaud au visage. Très chaud. J'ai fait ce qui devait être fait. Inutile de perdre son temps avec des tours de passe-passe. Je peux lui faire confiance à ce bon shérif de toute façon, non?.. Non?
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

Assise sur le tronc qui lui sert de chaise, Isabelle observe à nouveau le local du shérif. Opposée à l'auberge, la fraîcheur légèrement humide laisse entrevoir une fine brume, comme un voile. La lumière, exclusive à une lanterne accrochée au plafond, s'assure de ne pas laisser la pénombre s'installer. Le plancher, comme les murs, est d'un bois foncé et épais. De lourdes poutrelles maintiennent la structure en place, tandis que sur chacune d'entre elles, des outils sont fixés comme des peintures. Une odeur légère, un fumet, ne provenant pas de la cigarette de la Dame mais d'un cierge allumé, élève l'odeur renfermée de la pièce. Sur le flanc gauche, une cheminée de pierre, éteinte, porte en son ventre des cendres grises. Posé dessus, une énorme hache à double tranchant, au manche long et à la lame large, similaire à celles utilisées par les Ulricains, se tient en diagonale sur la dalle de pierre. Croisant son chemin, un fusil à poudre noire tout aussi impressionnant, bien que moins long, rappelle la fonction du gérant. Les décorations, elles, sont inexistantes, à l'exception d'une seule et unique œuvre d'art. Une peinture, posée en hauteur derrière la chaise du propriétaire. De plus d'un mètre de large, et de quelques pieds de haut, à l'image de Grigory, elle domine la pièce de sa prestance.
Image
Colorés par de nombreux pigments, elle dépicte sans difficulté un grand homme de l'histoire du Kislev. Sans même y avoir jamais mit les pieds, et sans même avoir rencontré l'individu, Breitenbach le reconnaît malgré son ébriété avancée. Le puissant et défunt Tsar Boris Bokha, guerrier hors pair, et père de la révolution technologique de son pays. En effet, ses nombreux accords économiques avec l'Empire ont fait de lui un des plus grands clients de son histoire. Il porte une grande barbe et moustache noire, ainsi qu'un chapeau à joyaux et plumes du Nord sur sa tête. Son expression est farouche, renforcée par ses armes, et surtout, par l'ours à ses côtés, le sien, sa monture, et d'après certains, son plus fidèle allié. Le trait de ce tableau est précis, et les couleurs particulièrement vives. Un tel trésor doit valoir à lui seul une fortune considérable.

Le géant, bien que ses yeux soient cachés par les ombres descendantes sur son visage, observe calmement l'invitée. Suite à son apparition aussi arrosée que son gosier, Denyn n'a levé qu'un sourcil. Les bras croisés, son dos n'est pas en contact avec le dossier, il maintient une posture droite. Ses mains viennent s'appuyer sur les coins de la table, tandis que ses lèvres se décalent enfin l'une de l'autre dans un soupir. Les déclarations aussi brutales qu'inattendues de von Breitenbach le laissent dans une réflexion silencieuse, peut-être même un peu trop.

« Je comprends mieux, mais je ne suis pas certain... wieźma. Je vais donc en rester, à l'essentiel, à l'important-da. Vous êtes, une fugitive, ou plutôt, deux. Mais vous n'êtes pas... mes fugitifs. »

D’un seul mouvement, il se lève de son siège, rappelant sa stature exorbitante. Ses pattes posées sur ses hanches, il ricane, laissant entrevoir un sourire plus léger qu’une plume. Il ose croiser le regard de son interlocutrice, mais il ne dévie pas le sien.

« Jusqu'à preuve du contraire… vous n'avez brisé aucune règle ici.

Peut-être qu'à l'ouest, les choses ont changé… ou peut-être sont-elles restées les mêmes. Ça ne change rien… ici ! Nous n’avons jamais reçu d’aide… nous avons dû la créer nous-même. Nasserast, Gelblas, Lignyein, Tillyein… et Pluie du Corbeau.

Je vis peut-être dans la pire, la plus horrible et malsaine… région. Il pleut, par cascade. Il neige, par avalanche. Des monstres sont dans les environs.

Mais chez nous… chez moi…

Il fait beau.

Prouvez vous utile, rendez-vous utile, madame Estemer, et je garantis que le garçon et vous... vivront dans la beauté. Nous en rediscuterons, rentrez à l'auberge... et décuvez.
»

Avec politesse, il convie l’alcoolisée à se relever, bien que péniblement, avant de la reconduire à la porte, à un yard derrière elle. Désormais dehors, il ferme la porte, laissant la bonne-dame retrouver son chemin. Cependant, à peine quelques pas plus loin, elle commence à avoir la tête qui tourne. Une forte nausée commence à taper sur les coins de son crâne. Dans sa bouche, la salive s’accumule à très grande vitesse, comme si un délicieux gigot était posé devant ses babines. Sur son front, des gouttes de sueur glissent vers ses joues, tandis que sa gorge se serre soudainement. Sans permission, elle déglutit sur la boue une mare verdâtre et orange, une bonne partie de son précédent repas…

Après cet effort, elle se sent particulièrement fatiguée, heureusement, l’auberge est juste devant.


Isabelle se réveille assise sur une chaise, les pieds nus à l’air, posés sur une autre. Sa tête brûle comme si un charbon était allumé à l’intérieur, et malgré tous ses efforts, elle ne se souvient de rien de plus. A ses côtés, et sur elle-même, l’ensemble de ses affaires. Il est difficile pour la magister renégate de se concentrer, mais elle est presque certaine que tout y est. Bouquins et anneau y compris. Probablement rassurée, elle regarde autour.

L’auberge est vide, si ce n’est la cuisinière qui nettoie les tables avec des chiffons et un seau rempli d’eau. Elle frotte avec vigueur le bois, comme si elle voulait le poncer de potentielles échardes à sa surface. Elle remarque que la Dame à la gueule de bois est réveillée, enfin, un peu réveillée. Elle s’esclaffe de sa puissante voix, afin de compenser la distance entre les deux.

« AH, alors comme ça z’êtes enfin debout ! Pas trop tôt, il est déjà presque midi. M’sieur Denyn est v’nu pour m’expliquer un peu. Donc bon, je vais pas tourner autour du cul de la vache.

Vous savez faire quoi pour nous aider ? Nan car c’est pas le taf qui manque, je vous l’dis. On doit dégager des débris, de la construction, des habits à recoudre, oui oui ! Oh, et un de nos chasseurs est tombé un peu malade, il se repose dans sa cabane. Vot’ gamin aide m’sieur Denyn à faire une préparation pour l’hivers.

Bref, restez pas planté là à faire des vieux os quoi !
»
Moult jets cachés aux résultats tout autant… cachés.
N'hésite pas à me poser des questions par MPs, il y a pleins de possibilités pour le coup.
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Isabelle Breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par Isabelle Breitenbach »

Un silence s'est installé après ma tirade. Un flottement un peu gênant. Je m'attendais à ce que ce bougre se ravisse de mes déclarations, mais rien. Je sens la chaleur de mon souffle m'envahir le palais. J'ai la tête qui bourdonne un peu et mes tympans subissent le battement de mon cœur. Je me racle la gorge, sans vraiment trop savoir pourquoi.

Enfin, le shérif finit par prendre la parole.

Immédiatement, le terme "fugitive" me fait immédiatement tiquer. Non, il ne m'a pas compris! C'est peut-être vrai, mais ce n'est pas ce que je voulais dire! Je me penche un peu en avant pour rétorquer, mais Grigory continue. La bouche entrouverte, j'écoute la suite.

C'est sûrement sa diction qui est mauvaise, son récit qui est inintéressant ou mal narré, car j'ai du mal à le suivre. Je décroche à chaque fin de phrase, mon esprit vagabondant sur la sècheresse de ma gorge et la pièce qui tourne autour de moi. Malgré tout, je retiens deux informations capitales : Tim et moi ne sommes pas "ses" fugitifs et il faut nous rendre utile. Il a aussi parlé du beau temps, mais j'ai rien compris. La sylvanie n'est pas réputée pour sa météo généreuse.

C'est déjà ça. Ce bonhomme ne va pas nous mettre en cellule pour contacter les autorités d'Altdorf. Je souffle bruyamment, me brûlant un peu les lèvres. Pourquoi s'était-il mis en tête que nous étions des fugitifs de la loi? Ce n'est pas ce que j'ai dit et c'est complètement faux. Enfin, je n'en sais rien, y réfléchir me donne mal au crâne.


« Oh, j'pense que ça doit être p'ssible. On... on pourrait... »

Le fils de mes pensées est rompu. De toute façon, le shérif s'est déjà levé pour me rejoindre, il m'invite à rejoindre l'auberge et à... décuver. Quelle insolence! Insulter à tort ma réputation, c'est tout bonnement... rédhibitoire! Non, ce n'est pas le mot que je cherchais. Antinomique... non plus... Anti quelque chose, j'en suis sûr.

Pendant que je réfléchis, le rustre me lève du tabouret. Il m'aurait été aisé de le faire seul, mais puisqu'il s'acharne à prendre sa part d'efforts, je ne vais pas m'en priver! Une fois debout, je me redresse, je ferme presque entièrement les yeux et pose ma main sur mon torse. Ma posture d'une infinie noblesse doit certainement intimider ce shérif de village.


« Et peut-on s'voir ce qui vous fait dire cela, cherchérif? »

Ma canne dérape, je perds l'équilibre. Grigory me rattrape et cette fois, je n'ose pas prétendre que c'était inutile. Mon cœur tambourine fortement dans ma poitrine, tant j'ai anticipé l'impact avec le sol.
Je fronce les sourcils et fais un geste de la main pour balayer l'évènement. Je grommèle.


« La fatigue... Le voyage a été long. »

En même temps, la montagne n'escorte vers la porte. Malgré la puissance physique qui se dégage de cet homme, je sens une infinie douceur dans sa manière de me diriger. J'ai presque envie de m'avachir sur ce bras et de fermer les yeux, juste un instant.

Sur le palier, sans mon appui vigoureux, je titube de droite à gauche. Soudain, mon esprit s’éclaire et je trouve le mot tant convoité.


« Goujat! Héhéhé, oui, un goujat… »

Je descends les marches en continuant de rire, mais finis par être prise d’un haut-le-cœur.
Cette maudite région! L'air vicié me rend malade et mon estomac refuse d'accepter leur cuisine. J'aurais dû m'en douter. Elle était bonne, c'est vrai, mais bien trop riche et sans une once de subtilité.
Malheureusement, l'image finit par se traduire en geste, car, au bout de quelques pas, un nouveau haut-le-cœur un peu trop fort a raison de moi. Le liquide épais se déverse dans la boue, au milieu de la rue. Il y a de la mousse, de la viande mâchée, de la sauce et d'autres trucs pas identifiables.

Je contemple mon œuvre avec résignation. Puis, je renifle un bon coup et le regrette immédiatement. Un grumeau coincé dans mon nez a filé dans ma gorge. Je tousse à m'en arracher les cordes vocales, crache un bon coup, puis me redresse. En reposant mon regard sur le vomi, je ne peux m'empêcher de rire.


« Une version miniature de ma situation. »

Mais ma situation doit rester secrète. Bon d'accord, le shérif est au courant, mais quand même. D'un geste du pied, j'agglutine la boue pour qu'elle recouvre mon repas à peine digéré. Voilà, c'est caché! Satisfaite, je me dirige vers l'auberge.




C'est la douleur qui me réveille. Une douleur bien trop familière au cours des dernières décennies. Mes paupières s'ouvrent comme de vieux parchemins et je change de position. Mon dos craque salement.
En regardant autour de moi, je remarque d'abord mes pieds nus. On m'a volé mes chaussures! Non. Mes affaires sont là, tout est là. Même mes bottes sont à côté de la chaise. Ce serait de mon propre fait? Comment ai-je pu exhiber des parties aussi intimes de mon corps? En public qui plus est! Heureusement, l'auberge est vide. Je décide quand même de me chausser précipitamment.

Un bruit atroce me vrille le crâne. C'est la grosse cuisinière qui s'est esclaffée en me voyant. Je grimace et me masse les tympans.


« Par pitié, cessez cette torture... »

Impossible de me faire entendre. Ma gorge est trop sèche pour ne laisser échapper autre chose qu'un murmure bredouillé. La vilaine femme continue sa torture, s'exprimant d'une voix digne d'un canon dirigé sur ma tête. Je me tasse sur moi-même, essayant de me protéger un peu de ces attaques. Sans succès. Je tente des premiers mots qui s'étouffent dans ma gorge, puis réitère avec plus d'effets.

« De l'eau... »

Je bois ce qu'on m'apporte, à grandes goulées, puis en redemande. J'expire un grand coup, espérant évacuer ce goût atroce dans ma bouche sans y parvenir. Enfin, je lève un peu la tête pour regarder mon bourreau.

« Où est T... tête de linote... Aaron? » J'ai failli commettre une belle bourde. Heureusement, son nom m'est rapidement revenu aux lèvres.

Elle me répond avec impatience.


« M'enfin, je vous l'ai dit, vot' gamin est avec monsieur Denyn. Surement derrière sa cabane, comme toujours... »

Elle m'en avait peut-être déjà parlé, mais dans la cacophonie de ses hurlements, je n'avais pas capté l'information. Bien, au moins Tim se rend utile.

Les évènements de la veille me reviennent en tête. C'est tout bonnement effarant. La honte et la colère me font rougir le visage. Maintenant, le shérif est au courant de nos véritables identités et nous considère comme des fugitifs. Évidemment, vieille carpe! Avec les informations que tu lui as balancées, n'importe qui arriverait à cette conclusion! C'est intolérable.

Heureusement, il ne nous en porte pas préjudice et ne s'intéresse pas de nous livrer aux autorités concernées. Ce n'est probablement pas une si mauvaise chose avec du recul et pourrait même nous faciliter la tâche. Mais bon sang, quel pari insensé! Grigory a un avantage certain sur nous, qui sait comment il pourrait décider de l'utiliser à l'avenir.

Bon, à présent vient le sujet important : il faut nous rendre utiles. La réponse à cette question est très facile à trouver, même avec une cuite d'enfer. J'ai des compétences uniques à offrir qui pourraient grandement améliorer la vie dans ce village de pouilleux. Tim est jeune et volontaire, il pourra aussi se rendre utile sur le plan manuel.

Lorsque la grosse dame a enfin fini de parler, je l'interroge.


« Dites-moi, ma bonne dame. Dans ce village, vers qui vous tournez-vous pour... disons pour des demandes un peu ésotériques? Un diseur de bonne aventure? Ou peut-être un alchimiste capable de garantir la virilité des hommes avec ses mixtures? Quelqu'un qui garantit les récoltes en échange d'offrandes? »

Trois possibilités. La plus probable : oui, il y a bien quelqu'un vers qui ces gueux se tournent pour éviter que leur lait ne tourne. Un charlatan sans aucune affinité avec l'aethyr mais promettant moult prophéties ridicules. Il me faudrait alors le démasquer à la vue de tous. Mais ce serait dangereux, car même avec les preuves évidentes de son imposture et de mon talent, la bêtise humaine ne se laisse pas convaincre rapidement. Je viens de débarquer et cet éventuel bougre appartient au quotidien de ce hameau depuis des années.

La deuxième, presque aussi crédible : non, il n'y a personne. Ce serait la plus optimale, je n'aurais alors qu'à prendre ma place en tant que pratiquante des arts ésotériques au sein du village.

La dernière, de loin la moins probable : oui, et il a été béni du Don. Là, ce serait beaucoup plus compliqué. Pire si c'était un manipulateur de Chamon, car je n'aurais plus aucune place à occuper. Même s'il pratiquait un autre type de magie, ce serait problématique. Je devrais partager ma place mystique et mon influence sur la population serait grandement réduite.
La grosse dame marque un silence, puis me répond d'un air très froid, un peu inquiète.


« J'crois que je comprends bien où vous voulez en v'nir. Et j'aime pas ça. J'aime pas car ça rappelle de mauvais souvenirs.

Mais ouais, des années avant, y'avais une dame qui s'occupait d'aider parfois. Un jour, m'sieur Denyn nous a annoncé qu'elle était partie vers le grand jardin, de sa propre faute.
»

Bon, c'est intéressant, mais pas génial non plus. La place semble libre, mais les habitants de Pluie de Corbeau doivent avoir une certaine réticence envers la magie. Il faudra donc les convaincre de l'accepter au sein du village. La précédente praticienne était inexpérimentée ou simplement menteuse, mais je devrais pouvoir les persuader de mes années d'expérience.

Il me faut plus d'informations.


« Elle… elle en est morte? Que s’est-il passé? »

Une fois la conversation terminée - et plusieurs verres d'eau bus cul-sec - je quitte l'auberge et pars en exploration. Mon mal de crâne et ma nausée se décuplent depuis que j'ai commencé à bouger, aussi mon expression grincheuse ne doit pas inciter grand monde à venir me parler. Je fais un peu le tour du village, tentant d'établir plusieurs points de repère et de définir quel genre de commerces s'y développent.
J'espère découvrir un lieu qui serait propice à l'installation d'un laboratoire, un peu à l'écart des habitants. Le gamin et moi-même serions peinards pour travailler, étudier et recevoir des clients.

Mon tour terminé, je regagne la cabine du shérif. Je remarque un petit tas de boue amoncelé à côté des marches et sens la honte me frapper de nouveau. Je ne me rappelle pas de tout ce qui s'est passé la veille et j'espère ne pas découvrir d'autres surprises.

Cette fois, je toque et attends qu'on m'invite à entrer ou vienne m'ouvrir. Je salue Grigory sans détour. Inutile de morfondre sur les évènements de la nuit, je préfère garder le peu de dignité qu'il me reste. Je gagne le tronc siège qui avait posé tant de problème à mon équilibre, quelques heures plus tôt.

Je suis épuisée, j'ai chaud et sens le litre d'eau que j'ai bu me remonter à la gorge. Je fais de mon mieux pour ne rien laisser paraître.


« J'ai bien réfléchi à notre conversation... originale de la veille. Navrée de m'être présentée de la sorte. Croyez-moi, je le paie au centuple aujourd'hui...
J'espère que les informations que je vous ai transmises pourront rester entre nous. Plus cela s'ébruite, plus nous risquons que nos poursuivants retrouvent nos traces. »


Je tousse un peu, puis saisis une cigarette dans mon étui. Je la tends au shérif pour la lui proposer. Qu'il l'accepte ou non, j'en fixe une ensuite sur mon accessoire, puis l'allume.

« Je pense pouvoir fournir des services particuliers à ce village.
Voyez-vous, étant une manipulatrice du vent jaune, la matière se plie à ma volonté. Une zone urbaine peut grandement bénéficier de ce genre de capacités. Je peux forger instantanément vos matériaux pour construire bien des choses. Des armures ou des armes pour vos soldats, des outils et des pièces de construction pour vos chantiers. Je peux même invoquer un serviteur et le mettre à vos services. Un puissant combattant, ou un ouvrier surpassant la force de trois hommes.
Imaginez un peu comment Pluie de Corbeau pourrait se développer avec mon soutien. Un petit havre de paix, bien préparée aux menaces extérieures.

Je suis aussi une alchimiste. Mes mixtures et autres concoctions aideraient fortement le quotidien de la population. Drogues, médecines, poussière de sommeil et j'en passe!

J'ai cru comprendre que vous aviez déjà eu affaire, par le passé, à des troubles liés à une mauvaise manipulation des vents. Sachez que, par ma formation au sein du collège, je suis bien plus apte à l'utilisation de l'aethyr sans courir de risques inutiles. Il ne faut jamais prendre la magie à la légère et je l'emploie avec la plus grande prudence.

Ainsi, voici ma proposition. Si vous me fournissez un logement dans lequel installer mon laboratoire, alors je pourrai devenir la sorcière officielle de ce village. Le gamin pourra vous aider sur des chantiers ou à la chasse pendant une partie de la journée, puis me rejoindra pour continuer son apprentissage.

C'est une immense opportunité pour nous deux. De mon côté, je pourrai continuer mes recherches tout en fournissant mes services, en jouissant de votre protection. De votre côté, une ancienne magistère gagnerait vos rangs pour un temps indéterminé.

Qu'en dites-vous? »


Nous avions encore beaucoup de choses à discuter : matériel, fournitures, règles du marché et bénéfices. Mais il fallait d'abord que le shérif soit intéressé par ma proposition.
Isabelle Breitenbach, Voie du Sorcier des Collèges de Magie
Profil: For 8 | End 8 | Hab 9 | Cha 10 | Int 13 | Ini 9 | Att 8* | Par 8* | Tir 9 | Foi 0 | Mag 13 | NA 1 | PV 70/70
Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_isabelle_breitenbach
États :
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Équipement :
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Liste des "Sursis" :
Warfo Award 2021 du meilleur PJ - Ecriture
Warfo Award 2022 du monster Vieux Monde

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