[Isabelle] Le Prix de la Liberté

Le Stirland a la réputation d'être une province pauvre, arriériée et rustique, aussi ses soldats portent-ils souvent un équipement de fortune. Ses archers sont néanmoins réputés dans tout l'Empire pour leur adresse. Le Graf Albérich Haupt-Anderssen, issue d'une famille vieille de quatre cent ans, règne sur le Grand Comté depuis Wurtbad, la Ville du Vin.

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[MJ] Le Naufrageur
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

La bonne-dame, femme de l’aubergiste, se frotte la nuque et réfléchit la bouche entrouverte. Elle souffle comme un bœuf, et pose un de ses torchons sur une des tables de l’enseigne. Elle regarde à nouveau, d’un seul œil fatigué la borgne. Ce n’est pas de la honte, non, mais ce n’est pas de la fierté non plus. Elle est cependant perturbée, elle cherche ses mots mais sans grand succès. Trifouillant dans sa mémoire, ses yeux pétillent, mais ses lèvres se ferment d’un coup, comme un choc à sa mâchoire. Quelque chose la bloque, mais une part d’elle ne peut s’empêcher de partager plus qu’un ragot, une histoire.

« C’était y’a bien longtemps, comme je disais. Elle s’appelait Uldine, et que les Dieux m’en soient témoins, aucune femme n’était plus belle qu’elle. Magnifique, mais talentueuse aussi, oui, très talentueuse.

Elle soignait tous les maux, parfois d’un seul touché ou regard. Même la peste et ses bubons de mort ne lui résistaient. Elle faisait de drôles de choses parfois, avec beaucoup de bougies qu’elle échangeait avec le prêtre. En échange, on devait juste s’assurer de pas la déranger.
»

Ses yeux deviennent embrumés. Son expression n’a pas abandonné la confusion précédente, mais un détail perturbe aussi l’ancienne magister. Bien qu’elle ne le semble pas, la femme enrobée est certaine de ses mots, elle n’a aucun doute. Son désarroi, vient plutôt d’autre chose que les faits.

« On pensait tous que c’était une sorcière, une gentille, mais une sorcière quand même. Nous, en tant que bons Sigmarites, normalement, vous voyez quoi hein. Cependant, le prêtre, lui, ainsi que m’sieur Denyn, ils pensaient autrement.

Pour eux, c’était pas une sorcière, enfin, pas comme on l’entendait. Ils savaient pas comment elle… pouvait faire ses… trucs là. Mais ils n’avaient aucun doute, c’était autre chose. C’était différent.

Quand on vit par ici, la magie, et les saloperies qu’elle provoque, on connaît. Des nécromanciens, on en a eu, des enchanteurs qui n’étaient que des vils maudisseurs aussi on en a connu. Pourtant, Uldine, c’était jamais pareil.

Ouais, j’me souviens de ce qu'avait dit le prêtre Atti un jour. Elle n’appelle pas son pouvoir, elle n’invoque pas les mauvais esprits. Ses dons sont comme le forgeron, qui dégaine son propre marteau et bas le fer.

Puis un jour, Denyn, lors d’une de nos assemblées, était furieux. Il nous a dit que nous ne reverrons plus Udine, et qu’elle était partie pour toujours, à jamais. Sa colère, n’est pas bouillante. Je vous souhaite de ne jamais le voir en colère, j’ai failli avoir une attaque et pourtant, j’l’es avais fermé mes yeux.
»


Elle commence un peu à trembler avant de se reprendre. Elle secoue la tête et récupère ses affaires, et invite poliment de la main Breitenbach à se diriger vers la sortie. Lui souhaitant la bonne journée, elle referme la porte derrière. Le sol ne va pas se nettoyer tout seul, après tout.

En dehors de la bâtisse, le village est plutôt calme. Deux petites dizaines de personnes vaquent à leur occupation, marchant, discutant, travaillant ensemble. Le ciel est gris, mais il fait pourtant plus que clair. La balade d’Isabelle lui montre les différents établissements. Le village n’a pas eu du mal à faire de l’étalement, les maisons ne sont pas cloîtrées les unes aux autres, une preuve de qualité. Cependant, le sol de terre boueuse ne ment pas, ici, le concept de trottoir est inexistant. Le temple, ou plutôt une grande chapelle, est dédié à plusieurs dieux impériaux. Des autels, plaqués contre la surface extérieure, sont couverts de symboles, d’offrandes, et de petites œuvres d’art faites localement. Elle y reconnaît Morr, Shallya, Taal et Rhya et quelques autres. L’intérieur doit probablement être dévoué à Sigmar Heldenhammer.

Il y a un forgeron, un espace pour le chamoisage et la mégisserie, plusieurs cabanes dédiées à la traite du bois. Quelques agriculteurs spécialisés dans les légumes ont des fermes juste à côté. Un élevage de poulet ainsi que deux porcs sont de l’autre côté de Pluie du Corbeau. Il y a aussi un marchand généraliste. Au moins cinq huttes, au nord, sont pour les chasseurs. Enfin, un charpentier-maçon à l’air d’avoir une petite maison, dans un coin du centre. Une de ces habitations à de grosses fenêtres en bois, ouverte avec des planches formant un étale devant. Des symboles d’herbes et de plantes sont peints en vert foncé dessus. Derrière, une drôle de personne s’y tient, debout sur un tonneau.

Un visage aussi rond qu’une citrouille, un triple menton, ainsi que des feuilles dans les cheveux courts ébouriffés. Sa tignasse, désordonnée, est presque noire. Ses yeux émeraude, eux, brillent fortement. Sa taille est celle d’un jeune enfant. Son gros nez, et ses lèvres petites mais pulpeuses lui donnent un drôle d’air. Elle est particulièrement ridée. Ce n’est pas la première fois que la Dame d’argent voit une halfeline. Ses habits sont plutôt colorés, particulièrement le jaune et l’orange. Devant elle, un énorme livre est ouvert pendant qu’elle utilise un mortier et pilon, pour pilonner une plante. De nombreux bocaux sont sur des étagères derrière elle. En plus du tonneau, elle a une escabelle. Occupée à travailler, elle ne prête que bien peu d’attention à la nouvelle arrivée.
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Le reste du village, notamment les femmes, effectue probablement différents travaux, impossible à dire pour être précis. Ce n’est pas la place qui manque, mais aucun bâtiment n’est abandonné. Délabré, oui, ils le sont pour la plupart. Mais tous sont exploités par les locaux. Il faudra donc louer, ou construire pour s’y loger en gardant une vie privée. Cependant, la magister renégate s’en doute. Ici, les ressources de construction coûtent cher. Au vu des bois alentour, c’est plus que compréhensible. En effet, après quelques dizaines de yards défrichés, ce n’est que la forêt de la Sylvanie, partout. Le village est une véritable enclave humaine au milieu de nombreux problèmes de cette région maudite.

Écourtant sa balade, elle se rend au bureau du shérif. Celui-ci est un peu surpris de la voir aussitôt, il lève un sourcil, et l’invite à nouveau à l’intérieur. Il se place en face, sur sa chaise. Un énorme morceau de pain est posé sur un petit drap, et du fromage aussi juste à côté. Il était probablement en train de commencer à manger car un couteau est enfoncé en plein dans le fromage. Il écoute calmement, impassible, comme toujours.

« Je pensais que lorsque je vous ai appelé madame Estemer… vous auriez compris que la discrétion… est une politique que j’apprécie. »

Un coin de sa bouche se relève, montrant des canines acérées. Cet étrange sourire, complice, est difficile à imaginer sur le visage du colosse, alors le voir est un véritable choc. Il écoute la suite de la tirade de la magicienne, et en profite pour commencer son repas avec quelques bouchées de frometon et de pain, les deux à la fois. Surpris par la longueur de l’explication de la sorcière, il continue de manger, mais au fur et à mesure de celle-ci, ses yeux s’ouvrent de plus en plus. Il arrête de manger, et pose d’une main son pouce sur sa joue, et son index sur sa tempe. Par trois fois, il fait la moue avec ses lèvres. Il cligne plusieurs fois des yeux et attend quelques secondes de plus avant de répondre. Sa voix est ferme, mais détendue.

« Un Jacques de tous les métiers n’en maîtrise aucun… mais est souvent plus utile qu’un maître d’un.

Je n’ai pas de doutes sur vos compétences. Ni sur votre capacité à les exploiter. Cependant… vous présumez beaucoup. Vous présumez sur nos ressources. Que peut faire un forgeron… s’il n’a pas assez de métaux ? Que peut faire un alchimiste… sans ses ingrédients rares ?

Cela implique un suivi constant… et des efforts préparatoires. Le fruit est juteux… mais je ne suis pas inconscient des risques. Lors des kampanie wojskowe, j’ai vu des sorciers impériaux se vider les intestins simplement par… accidents imprévisibles. Très similaire à la poudre à canon… quand j’y pense. Même bien dosée… les choses vont vite.

Vous n’êtes pas Uldine, je n’ai donc pas à vous comparez à elle. De même dans l’autre sens… pour vous.
»

Il continue tranquillement son repas, lentement entre chaque pause. Chacune de ses bouchées, et des mastications qui les suivent, ajoutent de la tension dans l’air. Malgré son air de gargouille de pierre, il semble que cela cogite beaucoup derrière cette face cicatrisée.

« Nous n’avons aucun bâtiment libre. Tous occupés… ou trop endommagés pour servir à nouveau.

Je vous croyais plus raisonnable à propos du garçon. Vous croyez sérieusement qu’il peut travailler avec nous… et être votre apprenti en même temps ? Je ne sais pas comment vous enseigner… à Altdorf… mais la destruction des plus jeunes me parait… fou. Exercer deux métiers, c’est un moyen de réduire son espérance de vie… par deux.

Soit... les détails plus tard.
Estemer, j’accepte avec joie votre présence dans ce village. Ainsi que du jeune homme qui vous accompagne. Pour l’instant, vous logerez à l’auberge. Nous effectuerons la cérémonie… de citoyenneté, demain. Trouvez-vous un prénom entier entier. Madame Estemer n'est pas un nom... entier.
»


Il tend sa main, énorme et musclée. Ses ongles sont courts, et justes en dessous de leur limite, une fine couche de terre. Enfin, pour la Dame d’Argent, elle n’a plus besoin de fuir. La poignée échangée, le maître des lieux approuve en hochant de la tête. La journée continue, et elle retrouve son apprenti. Il aidait à dépecer un sanglier avec une femme locale. Réunie à la taverne avec plusieurs des locaux, Arwin, l’aubergiste, lui présente plusieurs des occupants des autres chambres.

Un homme, à la moustache extrêmement impressionnante, se trouve dans la chambre trois. Sa moustache mérite plus de détails. Aussi longue que trois nez, et aussi pointue qu’un clou de pont, elle, elle montre un goût d’une mode passée. Ses yeux sont marron comme le reste de ses poils et cheveux. Il porte cependant par-dessus ceux-ci une perruque blanche de juriste. De plus, sa toge est assortie à des habitudes académiques. Herr Reignach était un professeur en droit impérial à Nuln. Cependant, d’après ses propres mots, sa dernière thèse lui a valu de très nombreux soucis. Il a suggéré, logiquement d’après-lui, que les Tiléens et les Estaliens faisaient partie d’un même peuple autrefois. Les uns étant vicieusement violents, et les autres violemment vicieux était une preuve irréfutable selon lui. Alors qu’il vivait encore au chef-lieu du Wissenland, chaque jour, au moins une bombe était posée sur son chemin. Il a dû donc rejoindre une partie de sa famille ici.
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Madame Gozhit-Husina, est tout le contraire. Elle a grandi ici, et se passe bien de savoir lire et écrire. Ses cernes noires sont devenues permanentes, ainsi que du maquillage mauve qu’elle applique dessus . Ses cheveux noirs et huileux sont en catogan, et sa peau est couverte de grains de beauté. Sa tenue est cependant très stylisée, et dans un état remarquablement bien entretenu. Elle exerce la fonction d'équarrissage pour les animaux, ainsi que parfois des autopsies pour le reste. Sur ses poches, des crochets, scalpels, couteaux, serpes et autres outils essentiels à sa tâche se flânent. Elle parle encore moins que le shérif, sauf quand quelqu’un à le malheur de mentionner sa lignée de sang.
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Tout aussi étranges que les autres, les frères Ingulf et Baldor se distinguent par leur faciès aussi éloigné que possible. L’un a un nez digne d’un gnome et la moustache similaire à une brosse à chaussures, l’autre à une barbe de landsknecht et l’air d’avoir passé sous plusieurs chariots. Ce sont des trappeurs, spécialisés dans la pose de pièges “élaborés” et “modernes” d’après eux. Ils discutent constamment entre eux, et argumentent pour tout et n’importe quoi.
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La soirée à bien commencer, la nourriture est toujours aussi bonne, même si les quantités sont moins copieuses qu’avant. Seuls les occupants de l’auberge, ainsi que le couple gérant l’établissement, sont présents. Bien sûr, l’apprenti d’Isabelle, le fameux “Aaron”, est à ses côtés. Les discussions sont variées, mais presque toutes tournent autour de l’hiver qui approche. Les prévisions sont-elles bonnes ? Le bois est-il entreposé correctement ? Rien de bien anodin. Le feu crépite dans la cheminée, tandis qu’une bûchette est ajoutée dans son cœur enflammé. Frau Gozhit se tourne vers les deux inconnus.

« Mais dites moi, madame Estemer. Je suis assez curieuse, vous et le garçon qui venez de la grande ville, c’est comment là-bas ? Je me dis que cela doit être bien compliqué, surtout pour les cadavres. Il doit y en avoir tellement… »

Pensive, elle ne remarque même pas qu’Ingulf à posé son verre et reprend le crachoir à son tour.

« Ben ouais ! Ils font comment d’ailleurs avec toutes les saletés de bêtes et de monstres dedans ? S’ils mettent un piège, ils auront autant de chance de choper un colporteur ou un clodo plutôt que la bonne proie ! »
Test de CHA(-2) d’Isabelle : 1, réussite critique.
Test d’INT(+0) d’Isabelle : 3, très large réussite
Test de CHA(+1 car Éloquence) d’Isabelle : 2, réussite automatique.
Test de CHA(-4 car c’est gros, +4 car c’est très honnête) : 2, réussite automatique.
Test d’INT (+-???) de Grigory : 4, large réussite.
Pour les fous qui désirent me rendre visite aux récifs.

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Isabelle Breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par Isabelle Breitenbach »

Grigory répond de manière satisfaisante à ma requête de discrétion. Certes, j'ai manqué de subtilité en insistant dessus, mais il me fallait être sûr. Nous avons trop couru, trop fui pour ne pas scrupuleusement couvrir nos arrières. Je cligne doucement des yeux en hochant la tête pour signifier que le sujet est clos.

Le shérif m'a écouté sans m'interrompre, continuant d'abord son repas puis l'écartant un moment pour me prêter toute son attention. Le poisson est ferré, mais il serait bien maladroit de penser la prise déjà dans l'assiette. D'ailleurs, sa première réponse déconstruit mes propositions, l'une après l'autre.
Oh, je ne vais pas m'en formaliser. J'ai mené assez de négociations au cours de ma vie pour connaître ce petit jeu par cœur. J'ai proposé un rêve grandiloquent, mon interlocuteur en a taillé les branchages et maintenant, il me faut l'ancrer dans la réalité.

Ce tabouret est fort peu confortable et je maudis l'absence de dossier pour m'appuyer. La position est très importante dans ce genre de négociations, car elle traduit l'humeur et l'ascendant - ou pas - de l'intermédiaire. Je suspecte notre homme d'avoir volontairement choisi ce type de siège pour garder une certaine hégémonie sur ses invités.
Qu'importe, je me laisse porter par cet échange. Ma gueule de bois s'est un peu résorbée et la chaleur de mes joues tient plus de l'excitation que de la douleur crânienne. Je croise les jambes pour afficher mon aise, mais aussi ma réflexion.


« Nehekhara ne s'est pas bâtie en un jour. Je ne vous propose que des possibilités, mais ne vous mentirai pas en les promettant pour demain. Les matériaux, le ravitaillement, tout cela viendra avec beaucoup de temps et d'organisation, mais leur seul frein reste votre détermination.
Si une civilisation a pu s'épanouir en plein milieu du désert, alors je pense qu'un petit village peut trouver de quoi améliorer un peu la vie de ses habitants. »


Je balance un peu ma jambe croisée au-dessus de l'autre, dirigeant l'attention de Grigory vers mes bottes encrassées par la boue.

« Paver les rues est un bon exemple. Il faut de la pierre, beaucoup de pierre pour cela. Je ne vous propose pas de la faire apparaître à partir de rien. Il faudrait établir une carrière et un ravitaillement sécurisé. Du temps, de la main d'œuvre et des ressources. Mais pour ce qui est du travail de la pierre, de son raffinage et son modelage, c'est là que mon expertise entrerait en jeu. L'entreprise colossale verrait l'une de ses étapes simplifiée et grandement accélérée.
Le résultat en vaudrait la chandelle : déplacements, entretien des carrioles, risques d'inondations diminués... et bien d'autres! Seule la détermination de Pluie du Corbeau à s'épanouir interdit ou autorise ce genre d'accomplissement.

Mais soit. Sur une logistique moins... bouleversante. Ce village a déjà bien des atouts qui ne demandent qu'à être exploités. Au cours de ma promenade matinale, j'ai identifié une halfeline herboriste. C'est une rare opportunité pour tout alchimiste! »


Le shérif remet ensuite en question mon sens de l'éducation. Cela m'irrite un peu, mais je ne pense pas qu'il ait réellement compris ma méthode. Cela-dit, avec du recul, je me dis qu'elle pourrait être simplifiée, plus efficace. Je regarde le plafond et m'égare dans une bouffée de tabac.

« Non, non. Je ne vais pas tuer le gamin à la tâche tout de même. Ses journées seraient pleines, mais j'attache beaucoup d'importance au repos réparateur. Travail communautaire le matin, études l'après-midi et devoirs le soir. C'est surtout que j'aurai moi-même besoin de temps pour mes propres recherches. De plus, je trouve nécessaire qu'un jeune garçon fasse régulièrement du travail manuel en plus de son éducation scholastique.

Peut-être qu'une organisation différente serait plus efficace. Études du Wellentag au Konistag, excepté l'Aubentag. Le jour des contributions et l'Angestag seront voués au travail manuel en communauté. Cinq jours à mes côtés, deux aux vôtres. Repos pour le Festag, bien entendu. »


Finalement, comme si sa décision était prise dès mon premier pas dans la caserne, le shérif accepta joyeusement ma proposition. Enchantée, je retiens un peu mes ardeurs et lui rends sa poignée de main avec un sourire amical.

« Merveilleux. Enchantée de faire pleinement votre connaissance, shérif Grigory Denyn. Vous pouvez m'appeler Estemer von Baum, ou simplement Frau Estemer. »

Ayant déjà réfléchi sur la question, j'ai choisi le nom von Baum. Une famille oubliée de l'aristocratie de Nuln, sans prestige ni véritable influence. Peu de risques donc d'attirer l'attention. J'aurais pu choisir un nom des bas-fonds de la ville, mais impossible de m'y résoudre. Il faudrait un travail colossal pour me forcer à refouler toutes mes marques de noblesse.



De retour à la taverne, je retrouve Tim en train d'assister une certaine Gozhit-Husina, une femme férocement laide qui a fait de son métier le hobby de plonger ses mains dans les intestins d'animaux. La vision de leur travail me tire la grimace, mais je fais un effort pour ne pas paraître dédaigneuse dès mon premier jour à Pluie du Corbeau. J'aurai tout le temps plus tard de remettre ces manants à leur place, une fois ma fonction dans ce village bien ancrée.

Arwin, l'aubergiste, me présente aux autres rentiers de l'auberge. Les frères Ingulf et Baldor n'ont rien à envier à la laideur de Husina, si ce n'est qu'elle a au moins un certain goût vestimentaire. Contrairement à eux.
Seul herr Reignach semble digne de mon attention. Un homme de lettres, un juriste avec un goût de la mode fort daté. Le simple fait qu'il porte ses vêtements officiels pour le repas du soir en dit long sur son état mental et la décadence qui l'affecte. Qu'il soit originaire de Nuln ne devrait pas poser de problème par rapport à mon faux nom, car je doute fort qu'il en ait déjà entendu la mention.

Les présentations terminées, j'échange un rapide clin d'œil avec Tim pour lui signifier que mon entretien avec le shérif s'est bien passé. Le repas débute pour mon plus grand plaisir. J'ai l'estomac vide depuis la veille!
Les conversations, elles, m'enchantent un peu moins. J'ai clairement affaire à des bourrins qui n'ont jamais mis les pieds dans une grande ville. Avec un peu de volonté, je parviens cependant à feindre un certain intérêt.


« Oh, j'ai bien peur de ne pas être experte sur le sujet, Frau Gozhit-Husina. Les nobles familles d'Altdorf gèrent cela en interne et font appel à un prêtre de Morr pour récupérer et s'occuper de la préparation du corps.
Pour ce qui est des bas-fonds de la ville, une carriole passe chaque semaine pour récupérer les défunts il me semble. Pendant des périodes d'épidémie ou de famine, son passage peut devenir quotidien. »


Malgré le sujet morbide, ma curiosité est éveillée. C'est un bon moment pour en apprendre un peu plus sur le fonctionnement de ce village.

« Qu'en est-il de Pluie du Corbeau? Y a-t-il une logistique particulière? J'imagine qu'étnt donné la nature de la région, certaines... précautions doivent être prises, n'est-ce pas? »

Les frères trappeurs ont aussi des questions, qui ne manquent pas de me surprendre d'effarement. Je suis un peu prise au dépourvu.

« Eh bien, je... Altdorf est une capitale. Les bêtes et les monstres n'y ont pas leur place. La chasse se déroule dans les campagnes en périphérie. Enfin... beaucoup de monstres rôdent à Pluie du Corbeau? Les rues ne sont pas piégées, j'espère? »

Vraiment, je ne connais rien à ce sujet, et c'est bien normal. Mais une pointe d'anticipation commence à m'affecter. Ce hameau reste au centre de la Sylvanie après tout et je préfèrerais éviter de retrouver Tim un matin, égorgé dans son lit ou déchiqueté dans un piège après une balade nocturne...
Isabelle Breitenbach, Voie du Sorcier des Collèges de Magie
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Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_isabelle_breitenbach
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Re: [Isabelle] Le Prix de la Liberté

Message par [MJ] Le Naufrageur »

En entendant les explications de la nouvelle venue, les autres locataires acquiescent chacun à leur tour de la tête. Le plus ferme dans son mouvement d’approbation est sans aucun doute Reignach, qui lui-même connaissait la réponse de par son origine urbaine. Il étire sa moustache d’une main et sourit en coin, tandis qu’il palpe sa robe de fonctionnaire. Il prend la parole, d’un ton contrôlé et particulièrement clair.

« Madame Estemer, non seulement à entièrement raison, mais en plus, me permet d’ajouter quelque chose de crucial. La présence du culte de Morr dans les villes, petites ou grandes, est toujours assurée.

De plus, je rebondis sur votre question, étant le plus habilité à y répondre. Depuis mon arrivée ici, je suis en charge de la documentation juridique. Si le shérif le désire, bien que cela ne m’enchante guère, il peut m’arriver d’être juge de paix. La loi est entre de bonnes mains, je vous l’assure. Pour ce qui est du reste, je vais laisser ma cousine vous l’expliquer.
»

Se rendant compte qu’on la mentionne, et qu’on l’invoque à la parole, Gozhit-Husina manque de s’étouffer du contenu de sa coupe. Elle reprend son sang froid, et ouvre ses yeux ténébreux avant de se rehausser sur son siège. Ce bref mouvement fait cliqueter une dizaine de petits outils métalliques.

« Nous sommes au centre d’un territoire composé de plusieurs villages. J’aime bien dire que nous sommes le cœur mais ce n’est pas bien d’être arrogant. Au nord, Nasserast, c’est facile à retenir, N comme le nord. Ils sont nombreux, et très…. comment dire les choses poliment ? Ils préfèrent porter des peaux de bêtes que du tissu.

Au sud-ouest, Gelblas. Si j’étais vous, je ferais en sorte de ne pas y foutre les pieds. C’est pas un village mais une forteresse. Les Morriens y investissent beaucoup pour faire des expéditions punitives, surtout après ce qu’il s’est passé à Leicheberg. Le comte von Stolpe soutient la chose pleinement.

Et puis, directement à l’Est d’ici, Lygnyein et Tillyein. Avant c’étaient deux hameaux séparés, mais ils ont grandi et sont devenus un seul village. Ils font des bougies, beaucoup, beaucoup de bougies.
»

« Bien que cela fait un moment que nous ne l’avons plus vu, toute cette région est tenue par le marquis Blut-Herz. Son château est à l’ouest de Nasserast. Et non, nos rues ne sont pas piégées, les chasseurs s’assurent que les problèmes n’arrivent pas jusque-là. Bien sûr, il n’est jamais recommandé d’être dehors la nuit. »

Le lettré appuie particulièrement les deux derniers mots d'une tonalité bien plus courte tout en pointant la porte d’entrée de la taverne avec son pouce. Les autres occupants, ainsi que l’aubergiste et sa femme, ricanent. Cependant, en fonction de l’individu, le rire est plutôt jaune. Tim, ou plutôt Aaron, tout particulièrement n’est pas rassuré. Voyant que le plus jeune n’est plus vraiment dans son assiette, Baldor, le frère d’Ingulf, lui tapote amicalement l’épaule.

« Oh n’t’en fais pas garçon. Oui, y’a de sacrées monstruosités dans l’coin, mais j’vais te rappeler un truc qu’les gens, ils oublient souvent. Les guerres vampiriques, ont les a gagnées ! Les trois, ouais. C’est pas un hasard, vois-tu ? C’est simple. Dans c’pays, le prédateur des monstres, c’est nous. »

Le barbu montre un sourire carnassier et légèrement tordu. Son frère et lui soulèvent chacun une corne attachée respectivement à leur ceinture. Les cornes sont aussi longues qu’une main et demie, blanche comme de l’ivoire.

« C’pas une corne ça, c’t’une dent. »

L’apprenti d’Isabelle semble pâle tandis que les deux trappeurs, eux, ricanent fièrement de leur trophée et s’échangent un tope-là. L’idée que des créatures locales ont des dents aussi longues que des couteaux est tout sauf rassurante. La soirée se poursuit tranquillement, et désormais, il est temps de partir se coucher.

Le lendemain matin se fait entendre, littéralement d’ailleurs car l’aubergiste vient toquer à chaque porte pour annoncer que le soleil s’est levé. Dormir dans un lit, au chaud, avec un bon repas dans le ventre, voilà un pur plaisir de la vie. Mangold est ravi en tout cas, il sourit un peu comme un benêt tandis qu’il se change pour la journée.

« Maîtresse, je me demandais, est-ce que vous pensez que nous pouvons nous installer ici ? Je veux dire, dans ce village ? »
Pour les fous qui désirent me rendre visite aux récifs.

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