[Piero] Partir, c'est mourir un peu

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Dès sa fondation par le dieu guerrier Sigmar, l'Empire a dû faire face aux invasions et aux guerres civiles. depuis plus de deux mille cinq cents ans, il survit néanmoins aux périodes de trouble et aux batailles grâce à la bravoure et à la discipline de ses armées

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Deux pièces d'argent retirées
Ce matin là, Piero se réveilla au côté d'une Vanessa ensommeillée et bien contente d'avoir gagné quelques sous de plus histoire de mettre un peu de beurre dans les oignons d'hiver. En cadeau bonus pour un client plus agréable à l'oeil que les gros marchands ou les paysans rustres, elle déposa un bisou sur le front de l'aventurier avant de se rhabiller et de retourner à la ferme de ses parents s'occuper des poules.
En sortant dans le couloir, vêtu et préparé, il put croiser la jeune femme partie dormir avec Kalum le soir même. Loin de sa beauté initiale, elle était couverte d'hématomes et de petites plaies aux endroits où le sang avait giclé de la peau. Rajoutez à ça un oeil au beurre noir et des marques de strangulation sur sa gorge ainsi qu'une démarche boiteuse. Kalum ne tarda pas à suivre, un vaste sourire sur sa face tuméfiée et griffée de frais. D'humeur radieuse, il envoya:


-"Merci la putain, je repasserai bientôt, promis! Hahaha!"

La petite s'élança dans les escaliers, des larmes venant couvrir son visage fracassé et la mine renfrognée. Elle disparut par la porte de l'auberge, suivie de quelques sanglots et beaucoup de regrets.
Au rez-de-chaussée, justement, les frères Jürker ripaillaient paisiblement, les habits encore crottés d'avoir sorti les chiens au petit matin. Eux aussi affichaient une joie de vivre indécente au vu du sang qu'ils devaient avoir sur les mains et leurs cabots infernaux verseraient bientôt. Wilburg ne tarda pas à les rejoindre, suivi d'un Kurt plus mort que vif. Dans ses yeux se lisaient tout le combat que livrait son existence: d'un côté un corps jeune et robuste qui refusait de partir aussi aisément et de l'autre ôté une infection maligne qui grignotait ses chairs et sa force vitale. Il ne marcherait pas aujourd'hui, il n'en avait plus l'énergie.
La dernière journée de voyage se déroula sans la moindre encombre. Aux forêts nues du Reikland succédèrent des champs endormis par le manteau d'Ulric et de vastes prairies où paissaient des chèvres ainsi que des vaches à la fourrure épaisse. Quelques bergers, paysans et marchands les accompagnaient sur ces vastes routes riches, parcourues par des hommes nombreux et bien en armes, frappés au sceau de Nuln, seule maîtresse des environs. La température s'améliora d'ailleurs quelque peu vers midi et la boue remplaça vite la fine couche de neige, rendant la progression plus difficile, sachant qu'il fallait en plus supporter les râles de douleur de Kurt que chaque bosse faisait gémir.

Puis, en fin d'après-midi, alors que le soleil partait se coucher, elle apparut, Nuln la Belle, Nuln la Riche, dont les cent cheminées de forge crachaient des quantité ahurissante de suie, cendre, gaz et fumée. A cette heure la foule qui s'attroupait devant la Porte Sud était bien maigre mais les gardes, toujours précautionneux, inspectaient chaque chariot avec force détail et comparait les visages des nouveaux venus à des portraits décrits qu'ils possédaient. Deux grandes tours de guets supportaient autant de balistes lourdes pointant vers l'horizon et dans le reflet des meurtrières apparaissait l'agitation d'une garnison importante, prête au combat. Après une heure d'attente et d'inspection en bonne et due forme, les portes de Nuln s'ouvrirent au convoi, alors qu'une odeur fétide déferlait avec le vent d'hiver.
Là Piero put se souvenir de ses voyages, de son enfance. Il avait vu la pauvreté, même la vraie misère. Que ça soit dans les Appuccinis, Middenheim, Altdorf, la Drakwald et bien d'autres. Mais rien n'était comparable à l'ambiance abominable du Faulstadt. Un brouillard brunâtre puant flottait en permanence jusqu'à deux mètres du sol, la bise qui soufflait sur ce quartier charriait de sinistres odeurs de sang, de mort et la puanteur âcre des teintureries. Les chiens vomirent sous ce cocktail insoutenable et la toux qui prenait les mendiants autour d'eux les saisirait sans doute bientôt également. Restait maintenant à sortir de ce lieu digne d'un orc et trouver un semblant de civilisation. Encore une fois, bien préparés ou indiqués, les marchands de mort avaient une adresse. Ce soir on dormirait donc au Chien qui Jappe, établissement un peu petit bien que respecté et dont le propriétaire appréciait la gente canine.
L'ambiance était calme et même plutôt agréable, avec une décoration étonnante basée sur de l'artillerie et notamment les canons anciens. Le patron, qui avait dû être ancien forgeron au vu de ses bras immenses, ne se lassait pas de présenter le Lutzen, une arme ayant servie dans la Guerre contre le Chaos trois siècles plus tôt et qui avait fauché plus d'hommes qu'elle n'avait eu de servants différents. A présent elle prenait une retraite paisible sur un mur, à s'emplir des dégoisades des clients et à rouiller dans la tranquillité, non loin du feu.

Pas de fille ce soir pour Piero, ni assez de place pour ambiancer les passants. D'ailleurs les Jürker le prirent presque à partie, bien qu'avec ménagement, pour mettre les choses au point:


-"Alors, comme Frederick le pense, on va devoir rester là quelques jours, histoire de vendre les bêtes. On va même rester plus longtemps, alors considère qu'on te paye la chambre ce soir et c'est tout."

-"C'est comme dit Léonard! Allez, on peut bien te donner une couronne en plus parce que t'as bien aidé, mais nous on a des choses à faire et on peut pas te payer l'auberge plus que ce soir, ah non!"

Piero put se coucher seul, mais riche d'une couronne de plus, ce qui représentait une somme non-négligeable. A lui d'organiser sa visite du lendemain et de s'arranger pour trouver un groupe capable de l'emmener à sa prochaine destination. Plus tard dans la nuit il entendit revenir Kalum, seul, qui était parti à peine arrivé pour trouver un médecin pour Kurt. Le sergent mercenaire se rendit dans sa chambre, sans prévenir personne, en attendant le matin.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Un vrai Tiléen ne se réveille que dans un palais, dans un bordel ou en prison.
De ces sages paroles notre aventurier n'avait appliqué que les deux dernières en partageant équitablement son temps entre les culs-de basse fosse et une autre variété de séant beaucoup plus appréciable. Même si les rares et épisodiques nuits dans un palais avaient été exaltantes il faut se l'avouer.
Ce matin là pourtant, pas de palais ni de taulier, seulement le baiser d'au revoir d'une jeune femme qu'il ne reverrait jamais.
La petiote partie il se tira du lit bien trop confortable et chaud après ces semaines dans l'hiver impérial et son sol gelé. C'était le moment d'une petite toilette. Frotter la peau endolorie par les griffes d'un spectre avec une éponge engorgée d'eau froide. Rincer sa sale trogne jusqu'à retrouver un teint d'être vivant. Piero chantonnait en assurant son hygiène personnelle, des chants de marins comme on en beuglait à Marienburg dans les tripots du port :

Rien n'est plus doux qu'une fille des mers du sud, elles sont plus belles et plus sensuelles que sous d'autres latitudes...

Puis c'était le rasage. Il fallait effacer ces poils drus qui venaient couvrir ses joues et son menton avec l’opiniâtreté d'une bande de nains. Tout propre, fleurant bon le savon à barbe et le parfum des cagaudes, Piero se rassit sur le bord du lit. Il regarda le plafond de chaume avant de partir en larmes. Certes cela brisait l'image du diestro solitaire aux habits flamboyants. Mais son esprit était à bout. Ces dernières semaines n'avaient été qu'une succession d'horreurs. Des monstres tapis dans les sous-bois du Nordland aux fantômes de la Reikwald. Lui qui avait remonté l'empire du Sud au nord, perdant âne, argent et même sa liberté à la toute fin était redescendu en traversant les plus grandes villes de ce nord si ronflant qu'était la nation de Sigmar et d'Ulric. Et les Hommes ne valaient pas plus que les bêtes, les brigands ou les trolls.
Ses yeux déversaient un torrent de larmes salées comme la morue du Nordland. Mais il était bientôt rentré. Rentré dans le beau pays de Tilée, labouré par les guerres et les complots, mais son pays quand même.
Peut être que là bas il pourrait oublier les chevelures de feu et les oreilles pointues, les géants affamés et les corps se tortillant, brûlés par la bile d'un monstre du fond des âges.

Une fois vêtu, son chagrin essuyé à la couverture de lin, il se rendit sans enthousiasme dans la grande salle. Cette crevure de Kalum avait sacrément amoché le brin de minette qu'il s'était payé. Serrant les poings, il pensa à l'époque à l'espèce de loufiat qui avait cogné sur une des trimardeuses de la maison close maternelle. Ça avait finit avec ses bourses tranchées au rasoir et un sacré paquet de dents en moins. Mais ici il n'y avait personne pour veiller sur les plus vulnérables travailleuses du Beau sexe. Il n'y avait que des ordures et des épées-louées.

De la petite bande de mercenaires, Wilhelm et Kurt étaient à moitié crevé, Wilburg évitait de subir le même destin en fuyant le regard de tout le groupe. Finalement il était bien loti avec son cheval et sa carcasse presque intacte.
Piero poussa un soupir de soulagement quand les forêts laissèrent place aux champs et aux pâturages enneigés de la campagne wissenlandaise. Caressant l'encolure de sa monture il se sentit épris d'un sentiment presque positif. Nuln était la plaque tournante du commerce entre la Tilée et l'Empire. Il n'aurait qu'à trouver une compagnie marchande, se faire engager. Et rentrer.

Middenheim était la cité des Loups, Altdorf celle des Empereurs, Nuln était la cité des gueules noires, des poumons encrassés, des quintes de toux et des mendiants affamés se trainant dans la boue du Faulestadt. Si Piero raillait l'arriération des teutogens, le progrès lui sentait le souffre, la pisse et le fiel des bœufs qu'on égorgeait. Son cheval s'enfonçait dans une couche de boue et d'immondices bonne à aspirer les bottes. Mais louée soit Myrmidia, ils ne dormiraient pas dans ce charnier. Ils dormiraient à la confluence du Reik et de l'Aver, sur une île d'après Wilhelm. La traversée des deux ponts successif offrait un panorama sur le fleuve-monde de l'empire. Barges en tout genres, hommes des rivières, commerçants marienburger ou averlanders. Les ponts de Nuln surplombaient le Reik comme un palais offre une vue sur la ville. La taverne par contre était petite, exiguë, singulière. Des pétoires de légende, un tavernier qui tenait plus du propriétaire de cabinet de curiosité que du cuistot. Nuln condensée.

Il se leva sans ménagement lorsque les deux affreux l'interpelèrent. C'était le moment de la séparation. En bonne et due forme. Après tout il n'était pas venu pour vendre des chiens de guerre lui. Il opina. Ils avaient fait leur part du marché, lui la sienne.
-Bonne chance pour la suite. Merci pour le trajet.
Plus riche d'une couronne, l'Estalo-tiléen alla se perdre à la contemplation du Reik et de ses habitants, des docks sur les deux rives de Nuln. Demain serait une quête de matériel et de compagnons de route.
Avant d'aller se pieuter il alla demander aux habitués des lieux deux adresses différentes. Une pour acheter des plombs et de la poudre, l'autre une taverne où traînaient les commerçants et les mercenaires faisant jonction entre les cités tiléennes et l'Empire. Une fois les réponses obtenus, l'aventurier rentra dans sa chambre, il faudrait se lever tôt demain.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Dans cette ville grouillante qu'était Nuln, chercher un quartier communautaire relevait pourtant de la gageure. C'était pourtant quelque chose de commun, involontaire et naturel: les gens d'une même ethnie, religion ou origine tendaient à se rassembler en un même lieu où ils pourraient continuer à faire vivre leurs valeurs et leurs traditions sous l'oeil plus ou moins tolérant des locaux. Un érudit peu soucieux des convenances, ou peu regardant pour sa vie, aurait ainsi pu faire remarquer que la proximité des estaliens et des tiléens au sein d'un même quartier mettait en avant leurs nombreuses ressemblances plus que leurs différences. Bien sûr, ni l'un ni l'autre des peuples n'aurait approuvé la chose, se contentant de grogner qu'il s'agissait là d'un hasard dû aux loyers intolérables de Nuln et à la promiscuité certaine des appartements. En étant taquin, un insolent aurait pu demander si cette dite promiscuité était aussi à l'origine du nombre de naissances et de mariages mixtes entre les deux groupes nationaux... Mais un tel homme aurait rapidement fini au fond du Reik après une soirée trop arrosée.
En l'occurrence, le "Taudis du Sud" comme on l'appelait parmi les bonnes gens, s'établissait à proximité des docks, sur la rive Nord, dans le Neuestadt. Un lieu bigarré, aux influences multiples, où se mêlaient dans un étrange trio les bâtiments modernes impériaux, les anciens ou les stylisés sudistes. Comme à Altdorf, quelque part, il se dégageait de l'ensemble une atmosphère chaude et rassurante malgré les températures à faire geler les doigts de pied dans leurs chaussures. On riait fort et gras en travaillant sur les quais, déchargeant de beaux navires fluviaux, des matrones aux visages fermés et voilées de cent couleurs étendaient le linge, grondaient les enfants ou les maris tardant à venir diner. Mais ce qui surprenait, à tort pourtant, était le nombre de traine-savates, truandards, houliers, reîtres, nervis, soudards et condottieri. Nombreux à se partager les tavernes ou les rues sales et étroites, ils invectivaient les passants, sifflaient les femmes qu'ils ne reconnaissaient pas mariées, hurlaient des chants de guerre et mille autres habitudes de toutes les brutes du Vieux Monde. Là, dans la boue, un vieillard sans âge racontait qu'il était en réalité un homme fait de trente-cinq ans, capturé par des hommes rats et parvenu à s'échapper après un an de sévices. Les plus incrédules et rationnels donnaient une pièce de cuivre en riant fort à ses sottises, les gens sages de Tilée en donnaient deux, avec chagrin.

Heureusement même parmi les lieux de perdition certains relevaient quelque peu le niveau. Parmi ces établissement Piero dû se rendre à la Demeure du Spadassin, auberge haute de style impérial coincée entre une bicoque ruinée aux poutres noircies et à la pierre jaunie et ce qui semblait être le cabinet notarial d'un petit groupe de juristes, logés dans une maison à neuve dans le plus pur registre d'Ostermark, avec ses briques grises et ses fenêtres en meurtrières. A force de vagabonder il était quasiment midi quand notre voyageur franchit les portes du lieu, pour tomber sur un bel endroit, manquant sans doute de restauration depuis cinq ou six ans mais propre, bien tenu, où divers hommes discutaient en tiléen, estalien, les deux ou des dialectes divers. Des marchands surtout, qui utilisaient le Reik pour faire remonter les marchandises à travers tout l'Emprie jusqu'en Kislev, ou au contraire qui en descendaient. Et aussi beaucoup de mercenaires ne différant des poivrots dehors que dans le degré d'amour-propre qu'ils s'accordaient. A table, on parlait politique, le nouvel arrivant attrapant des bribes ça et là..


-"Non mais les nouvelles du Nord sont très claires: c'est là qu'est le travail. Les soldats de Sigmar sont morts et enterrés et l'Empire retombe dans ses travers, sans s'entraider. C'est maintenant qu'il faut que la guilde négocie les prix des mercenaires."

-"Oui ça chauffe près de Pavona en ce moment. Varenza Taudjia de Miragliano veut sa revanche pour la Guerre des Collines et il y a une escalade dans les provocations. Je crois pas que ça débouchera sur une guerre cela dit, les deux ont bien trop à y perdre."

"J'ai vendu une cargaison de liqueur amère à Couronne l'an dernier, c'est fou ce que les bretonniens peuvent mettre sur la table pour ne pas avoir à boire des produits impériaux."

-"Des copains ont affirmé avoir vu une petite flotte d'elfes noirs se dirigeant vers la Norsca... Bah! Que les monstres se dévorent entre eux, nous, ça nous arrange!"

Et au comptoir il ne s'agissait pas d'un patron, comme on pourrait en avoir l'habitude, mais d'un couple qui tenait conjointement le lieu, avec sans doute madame qui portait la culotte d'ailleurs. Antonia & Veneziana di Antorii, de leurs noms, travaillaient à tenir leur chez-eux et à vendre ainsi qu'à préparer des plats typiquement tiléens, au plus grand bonheur des habitués. Quand Piero vint leur proposer ses services en tant que chanteur, ils haussèrent les épaules avant que la dame ne prenne la parole.

-"Ma foi mon gaillard, si tu peux nous faire venir du monde tu seras logé, nourri, blanchi et avec un peu d'argent en prime, en fonction du nombre de clients. On fait toujours comme ça ici. D'ailleurs il est midi, tu pourras nous pousser la chansonnette? Je te ferai une picea pour après, si tu chantes bien."

La picea, plat typique de Pavona et Luccini, était bien connu des Tiléens. Habituellement elle officiait comme plat du pauvre ou de l'ouvrier et se composait d'un pain plat cuit au four par un boulanger sur lequel on mettait tout ce que la maison possédait d'aliments. Souvent, donc, on plaçait dessus des olives, de l'huile du même fruit, des oignons, de l'ail, des herbes diverses, du lard gras... Chez les gens avec quelques moyens elle pouvait même devenir un plat complet très appréciable.

Mais pour l'avoir, il faudrait que Piero trouve les mots justes.
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Piero Orson
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Par un rigoureux matin de Nachenxen, une silhouette emmitouflée dans une cape de voyage rouge franchissait le pont de la Gloire. C'était un homme sans roi, sans pays, sans but précis si ce n'est d'être résolument décidé à quitter l'Empire, c'était Piero Orsone Salvadore Manicha Enrico de Riviera di Cruz da Trantio.
Entre les immeubles neufs et orgueilleux de l’Handelbezirk, les petites gens s'affairaient à faire récurer les possessions des marchands et des courtiers. Il était autant à sa place qu'un arabéen sur les glaciers de Norsca. Voir Nuln et mourir, mourir un peu certes. Ici même la neige se teintait de suie. Une mélasse noire collant aux bottes.
Filant tout droit sans s'arrêter, sa tangente se percuta à la dure réalité du Neuestadt. Une fois sorti des quartiers d'affaires les rues prenaient la forme d'impénétrables boyaux. Tout devenait noueux tandis que les citadins gueulaient avec les charretiers et les camelots. La circulation était congestionnée. Mais le Taudis du Sud évoqué par la soldatesque la veille finirait bien par se dévoiler à ses yeux noirs.
Les quartiers les plus malfamés de la ville nouvelle étaient d'immondes bourbiers aussi débordant de vie que figés par le froid. L'aventurier prenait garde à ne pas laisser la moindre affaire traîner à la merci des mains prestes de la grouille humaine. Enfant, il avait chipé assez de bourses pour savoir ce que la vue de cinq cuivrées faisait aux mendiants les plus affamés.
Le Reik ronflait de l'autre côté des entrepôts. L'eau vive était le sang du commerce. Les Tiléens n'étaient jamais loin du commerce, les Estaliens jamais loin d'une occasion de briser des genoux.
Jo' c'est toi l'baron, c'est toi l'parrain, de tout le quartier des Tiléens.
Mais Jo à la p'tite Luccini, t'y pass'ras toute ta vie et t'y crèveras aussi.

Il y a une éternité, il chantait ça à une elfe dans les forêts du Nordland. Mais il n'était pas dans les canaux froids de Marienburg. C'était les rives noircies de Nuln. Un libre-penseur galicéen lui avait un jour parlé d'un mal qui affligeait ceux qui sont loin de chez eux. La morriña, la mélancolie du voyageur.
Mais le voyage touchait au but. Car niché entre les quais et les quartiers ruinés des Taudis, il arrivait dans le district des Estaliens.
C'était blindé de monde, grouillant, congestionné comme toute la Cité. Mais ici c'était les siens. C'était les sonorités de son enfance. Les accents de mille et une cités du Sud condensées dans un petit quartier sale et surpeuplé. Des Diestros orgueilleux aux humbles débardeurs, il observait chaque face sous son chapeau à plume et son foulard, scrutant ce maigre avant-goût du monde méridional.

Arrivé devant la taverne, il esquissa un maigre sourire avant de rentrer pour se réchauffer. Se faufilant entre les tablées, le foyer réconfortant ou les clients debout, l'aventurier-musicien-mercenaire déboula au comptoir.
Il se recoiffa, prit l'expression la plus affable de son répertoire et salua les hôtes. Le musicien demanda tout bonnement un coin au chaud le temps de trouver un groupe pour rentrer en Tilée. La Mandoline en évidence, le sourire cinq carats et l’œil brillant. Il fallait donner envie avant même d'avoir montré la marchandise. Dicton maternel.

-"Ma foi mon gaillard, si tu peux nous faire venir du monde tu seras logé, nourri, blanchi et avec un peu d'argent en prime, en fonction du nombre de clients. On fait toujours comme ça ici. D'ailleurs il est midi, tu pourras nous pousser la chansonnette? Je te ferai une picea pour après, si tu chantes bien."

"Parfait ! Vous ne le regretterez pas !"

Piero s'assit contre un tabouret, accordant sa mandoline tout en réfléchissant à une chanson adaptée. Les chansons mélancoliques étaient bien pour la soirée. Au repas de midi, les travailleurs cassent la croûte, il fallait du léger, de quoi remuer des épaules et taper dans ses mains. Et les ponts de Nuln lui avaient soufflé une idée.

Il finit par se mettre sur une table avec un geste magistrale, saluant le public intrigué avec déférence. Replaçant son chapeau à plumes sur la tête, il annonça d'une voix claire :

-Mesdames et messieurs, gentilshommes des Cités méridionales, permettez moi d'agrémenter votre dégustation du midi avec une petite ode à celle qui rend la vie de tous les matelots plus agréable, une chanson pour Mado !

Ses doigts glissèrent sur les cordes de son instrument tandis que des paroles impertinentes fusaient de sa bouche moustachue :

-Elle danse, balance au rythme des reins d'un mat'lot
Elle aime le vent et tout ce qui porte un drapeau
Elle sait le nom des petits et des grands bateaux
Elle te dis "non" si tu ne l'emmènes pas sur l'eau, ho ho ho


Tout en jouant il donnait le rythme en claquant des talons sur le bois.

-Elle préfère l'amour sur l'Aver
C'est juste une question de tempo
Elle rêve d'un long voyage sur un vaisseau, ho ho
Elle préfère l'amour sur l'Aver
Elle se laisse aller sur les flots
Tous les marins l'aiment la belle Mado, ho ho
Bâbord, tribord
Elle danse, balance, entre Brionne et Bilbali
Si douce amante d'un conquistador de Lustrie
Elle rêve corsaire entre Copher et Tobaro, hého
Elle crie galère aussitôt qu'elle n'est plus sur l'eau, ho ho ho
Elle préfère l'amour en mer
C'est juste une question de tempo
Elle rêve d'un long voyage sur un vaisseau, ho ho
Elle préfère l'amour en mer
Elle se laisse aller sur les flots
Tous les marins l'aiment la belle Mado, ho ho


C'était ce genre de chansons de marins intemporelles et déformées en milliers de variantes au gré des envies des chanteurs comme du public.

-Bâbord, tribord
Elle fait la belle, dans les tavernes de San Pedro
Elle perd le Nord dès qu'elle voit passer un radeau
Elle sait le nom des petits et des grands bateaux
Elle te dit "non" si tu ne l'emmènes pas sur l'eau, ho ho ho
Elle préfère l'amour en mer
C'est juste une question de tempo
Elle rêve d'un long voyage sur un vaisseau, ho ho
Elle préfère l'amour en mer
Elle se laisse aller sur les flots
Tous les marins l'aiment la belle Mado, ho ho


Terminant sa chanson il fit une seconde révérence pour remercier le public. Tout reposait sur ce dernier désormais.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Test de Charisme (+3 pour la chanson): 14, échec de justesse.
A la fin de sa représentation les applaudissements fusèrent, parfois plus polis que réellement satisfait. La performance, si elle ne fût pas une réelle catastrophe, ne convainquit pas pour autant les clients de veiller jusque tard. Veneziana toisa de deux yeux méfiants le musicien en descente de scène qui allait s'installer pour passer la soirée à discuter avec qui le désirait, remettant de temps à autre sa mandoline et sa voix au service d'un mercenaire nostalgique ou d'une canaille au rire paillard. La dame d'auberge tint cependant promesse et ne le jeta pas dehors, bien qu'elle songeait sans doute après ce relatif manque de succès à écourter leur collaboration.

Le lendemain attendrait pourtant! Car le soir, comme tous les soirs dans le quartier des docks, était à la célébration de la vie. Les ouvriers du ports, au fort accent sudiste, riaient de bon coeur en retraçant leur journée et tout ce qu'on pouvait y trouver. Des voyageurs, parfois venus de loin, exhibaient des marchandises sur ce qui s'apparentait à un marché nocturne. Enfin les nombreuses fines lames, de noble qualité ou de fieffés bandits, luttaient à des jeux amicaux ou rivalisaient d'exploits. C'est assez naturellement que Piero se retrouva parmi ces derniers. C'est qu'il n'avait pas le quotidien des portefaix ni la fibre commercial des ventripotents marchands au teint hâlé. On parlait en tiléen et en estalien, les deux se mélangeant sans peine alors que les participants restants descendaient des litrons d'un petit vin rouge âpre qui raclait la gorge.


-"Et là messires, surgissent devant moi deux monstre à tête de rat! Ni une, ni deux, je saisis ma chaussure et je leur en flanque une paire de coups, qui les met en fuite! Mais un homme moins intrépide que moi, aurait connu un sort funeste..."

-"Tu l'as déjà raconté trois celle-là Alexandro! Non, non, il faut de la horde du seigneur de guerre orc Mourkat Poin'd'fer, y'a dix ans, sur les Voûtes! Là on se battait vraiment! J'ai tué un des lieutenants en combat singulier, à la pointe de la rapière! J'ai enfoncé la lame droite dans son oeil gauche et j'ai fait un tour de clé à droite, il est tombé raide mort!"

-"Si tu as fait ça, alors je suis la réincarnation de Myrmidia! Je me rappelle plutôt que tu prenais bien soin de te cacher pendant que mon sergent et mes compagnons d'armes allions combattre une petite armée de ces sales gobelins puants! Nous avons bataillé toute la nuit et..."

Il était toujours très difficile dans ce genre de situation de décerner le vrai du faux. Fallait-il croire ce vieux débris au nez rouge flamboyant qui bavait en levant son verre mais dont le bras gardait la musculature de la jeunesse? Ou alors cet énergumène édenté, aux multiples cicatrices et n'ayant qu'une seule main?
Restait que Piero n'était pas là pour trouver de nouvelles idées de chanson mais bien pour trouver un moyen de décamper de l'Empire direction la Tilée et ce le plus vite possible. Son calcul était bon: dans cette auberge-taverne de nombreux énergumènes passaient dormir ou siroter, rendant facile la récolte d'informations et nombreux les indicateurs. Après trois heures de discussion variée et quand le feu mourrait doucement dans l'âtre, transformant la pièce brillante en une cave sombre où les ombres ténues des clients se mouvaient avec l'avidité de spectres. Il y avait un navire, "El Hijo de Manaan", qui partait le surlendemain pour Trantio, avec à son bord un bon nombre de passagers et surtout des armes en masse pour la guerre à venir entre Trantio et Pavonna. Le capitaine, Gustavo de La Santa Felicia, était connu pour être un homme intègre et un commerçant honnête, mais très versé dans le douloureux commerce de la mort, important en Tilée de la poudre, des fusils et des armes de qualité naine. Ce genre de convoi était régulièrement attaqué, surtout en période de tension, aussi les passagers devaient être prêts à défendre chèrement leur vie.

En second choix, une caravelle d'eau douce partirait un mois plus tart vers Miragliano, transportant plutôt des denrées telles que du bois, du métal et de la pierre. Des marchandises d'une valeur bien moindre et donc peu susceptibles d'être attaquées. En revanche il faudrait survivre pendant un mois à Nuln sans véritables fonds...
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

La chanson au ton léger n'avait pas plu. Soit. Était-il en présence d'esthètes n'appréciant que les chansons dramatiques ou bien plus simplement l'heure, la clientèle, la situation, tout cela cumulé n'avait pas donné le cocktail nécessaire à un triomphe musical ? Il ne le saurait pas. Jetant un regard un peu gêné à la taulière, Piero se mit à déambuler entre les tablées pour lorgner les bons tuyaux afin de rentrer en Tilée.
Ça et là, il tendait l'oreille aux fabulations des soudards et autres reitres. Se battre était un art chez lui, vendre ses exploits l'était encore plus. Qu'était le guerrier sans la charismatique narration de ses faits d'armes ?
Après tout il avait vaincu le goéland de Los Cabos, bravé les rois, les princes et les seigneurs du Vieux Monde, il avait affronté des trolls, des hommes-bêtes, des morts-vivants, des brigands, des soldats. Il avait connu l'amour des femmes et la chaleur de leur giron, l'ivresse du vin et le gout du sucre.
Mais Piero Orsone ne se vanterait pas en ce froid jour de Nachenxen, il resterait silencieux en dehors de quelques notes pour le mercenaire mélomane. L'aventurier ne cherchait pas à briller comme le plumage des oiseaux exotiques ramenés des terres du Sud ou du nouveau Monde, l'aventurier voulait un tuyau pour rentrer chez lui.
Et c'est là qu'intervint Gustavo de La Santa Felicia. Marchand de mort, à croire qu'il venait à eux comme les mouches vont au miel.
Au delà de la réflexion morale, c'était l'instinct de conservation qui pensa aux risques du voyage. Déjà qu'il avait de fortes chances de se faire trouer la peau entre Nuln et la Tilée, transporter de quoi mettre à feu et à sang un quart du pays s'accompagnerait de toutes les bandes de malfrats et autres pavoniens.
D'une autre oreille c'était un transporteur de bois qui partirait pour Miragliano. Seulement, c'était un départ prévu dans un mois. Et sa couronne ne lui permettrait pas de garder un cheval en pension, de se nourrir et de dormir sous un toit pour une trentaine de jours.

De plus, à Trantio il y avait sa mère. Maman... Combien d'années sans la voir ? Beaucoup trop, combien d'années sans donner plus de nouvelles ? Beaucoup trop. Il n'avait pas été un fils très digne. Il avait suivi les chimères de la révolution et de l'aventure. Tout ça pour rien. Il était parti comme le dernier des truands pour revenir, piteux, sans le sous. Le fils prodigue à défaut du fils prodige.

Mamma , si je t'écris ces mots
C'est que je suis parti , moi ton Piero.
Oui , dès que s'est couché le soir j'ai quitté Trantio.


Il rentrerait au pays. Oui. Voir Luccini et mourir disait le dicton. Il fallait vivre toutefois. Pour que toute cette épopée picaresque ne se soit pas produite en vain. C'était décidé, il partirait avec El Hijo de Manaan. Mais avant tout, dans la pénombre d'une auberge en train de sombrer dans la torpeur nocturne, il délia ses doigts.

-Ce soir braves gens, je veux chanter pour ceux qui sont loin de chez eux. Il jouait doucement, c'était une mélodie en minor, teintée de mélancolie et de regret. De sa gorge monta une voix posée, presque trop calme pour une chanson.
Il est parti ce soir là-bas,
Je sais qu'il ne reviendra pas
Il s'en est allé suivre ses rêves.
C'était une âme volatile
Il rêvait de mers et d'îles
De s'allonger sur la grève.

Un accord et...

Mais c'est mon fils qui est parti
Rejoindre sa liberté chéri.
Et il fait froid dans ma chaumière.
Il s'en est allé vers la lumière
Du soir qui se teinte de vermeil.
Il voulait voir les voilures, les rames
Moi je n'ai plus que du vague-à-l'âme
Il avait si soif de merveilles.

Sa voix avait grimpé dans la tessiture, c'était un chant à vivre, il ferma les yeux, se concentrant sur sa voix et sur la musique.

Il est parti ce soir là-bas,
Je sais qu'il ne reviendra pas
Il s'en est allé suivre ses rêves.
C'était une âme volatile
Il rêvait de bohème et d'idylles
De s'allonger sur la grève.

J'espère au moins qu'il vogue sur l'eau
Sur un navire fendant les flots.
Ses yeux se noyant dans la mer
Mais moi qui suis si amère.
Je voulais qu'il soit heureux.
Ce petit ange aux rêves si beaux
Il est partit avec les oiseaux
Qui planent dans le ciel bleu.


Puis c'était la redescente, à nouveau la voix calme, teinté d'un chagrin nasale.

Il est parti ce soir là-bas,
Je sais qu'il ne reviendra pas
Il s'en est allé suivre ses rêves.
C'était une âme volatile
Il rêvait de mers et d'îles
De s'allonger sur la grève.


La dernière partie, sa préférée. Celle qui lui remuait les tripes plus facilement qu'un coup de sabre. Il entrouvrit des yeux humides tout en prononçant les quelques paroles finales.

Vogue mon fils et n'oublie pas.
Que les Sirènes de Sartosa
Sont aussi belles que cruelles.
Moi je resterai à Pavona.
Où l'on ne voit que les pics blancs.
Blancs comme les ailes des goélands.
Qui te suivent dans ton sillage.
Il reste toujours un goût amer.
Lorsque l'on pense à sa mère.
C'est le prix à payer.
Le prix de ta liberté.


Le musicien s'inclina.
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Test de charisme pour ce chant du soir: 1, réussite critique.
Dans la salle on n'entendait rien d'autre que les paroles de Piero qui résonnaient à travers les poivrots, les étrangers et les pintes trop vite vidées. Il récitait une chanson du pays, que tous ces tiléens et ces estaliens avaient entendu quand ils étaient jeunes, qu'ils n'étaient qu'enfants, assis sur les genoux d'un parent les berçant d'une musique douce. C'était le chant du berger pavonais devant ses prairies, le pêcheur devant La Rubia, le mercenaire loin de sa terre, qui regardait passer la foule qu'il trouvait étrangère. Nombreux furent les regards à se tourner vers leurs verres, les yeux humides à la pensée de la famille restée loin, des retrouvailles qui ne se feraient pas, des promesses non-tenues ou des espoirs de lendemain meilleurs. Quelques uns pleurèrent même de nostalgie, sans doute à la pensée d'une femme, d'un enfant ou d'une mère qu'ils avaient laissé là-bas, au loin.
Quand les dernières notes s'estompèrent et que le silence retomba sur la salle, on entendit les soliloques murmurés et quelques sanglots étouffés, puis l'ovation. Un applaudissement fort et franc, fournis par des hommes qui ne l'étaient pas moins. Même les aubergistes, émus, se joignirent aux clients. On but beaucoup ce soir là, on raconta les histoires du terroir avec une vigueur inhabituelle, on évoquait mille souvenirs loin des faits d'armes héroïques ou des vantardises de Pavonais, mais plus proches des réminiscences de l'adolescence ou des vertes contrées de Tilée.

La soirée se déroula alors dans cette ambiance où se mêlait la nostalgie du temps lointain, les souvenirs d'avant et les pensées pour l'avenir. Une tristesse contenue planait sur la salle, ce qui n'entrava pas l'arrivée de nouveaux clients, curieux de se joindre à ce colloque étonnant. Piero pouvait être fier, en se couchant sur son oreiller le soir venu: il avait réussi sa chanson, peut-être la plus importante. Au lendemain matin, il trouva Veneziana occupée à laver les tables, besogneuse comme à l'habitude. Elle lança un oeil étonnamment joyeux à Piero ainsi que quelques mots en tiléen:


-"Ah! T'as petite performance d'hier a bien fonctionné! On a fait florès, j'ai même pu augmenter les prix! Voilà, ta part comme convenu."

Elle lui lança une petite bourse remplie de pistoles d'argent, une vingtaine sonnante et trébuchante. Ce serait plus qu'utile dans les pérégrinations à venir. A présent, les derniers remerciement fait, il était temps de rejoindre El Hijo de Manaan et sa dangereuse cargaison. Nul besoin de beaucoup chercher pour le trouver: les docks étaient juste à côté et vue sa belle taille par un navire d'eau douce, ce n'était pas difficile de le repérer. On aurait même pu s'étonner d'ailleurs d'avoir une navire pour une vingtaine de personnes qui naviguait sur les rivières, remplies de récifs et souvent difficiles à remonter à part d'une certaine taille. Il était là cependant, avec sa voile unique et son capitaine Gustavo de La Santa Felicia occupé à mener les cargaisons à leur place. L'homme était le cliché inverse du marchand de mort: une quarantaine doucement bedonnante, une belle barbe noire bien taillée, des yeux rieurs et joviaux, une chemise à l'estalienne aux couleurs jaune et rouge, une voix portante mais appréciable... Il tenait plus du négociant en vins que du terrible vendeur de fusils. Quand Piero lui demanda de le prendre pour le voyage, il eut un rire agréable.

-"Un voyageur hein? Haha! Pas de problème, mais tu participeras aux tâches comme tout le monde et tu dormiras dans la cale avec les animaux, je préviens! On en a toujours trois ou quatre des comme ça. D'ailleurs tu as l'air armé, aussi tu participeras à la défense!"

Cela dit, si le patron affichait une bonhommie naïve, ce n'était pas le cas des gardes entourant le convoi, qui se méfièrent fortement de cet étranger possédant un pistolet et un sabre ayant servi. Ils étaient huit au total, tous tiléens de Trantio aux couleurs rouges et blanches qu'ils affichaient, surtout avec ce tabard représentant deux longues vues croisées. A part eux, une dizaine de marins dialoguant dans un mélange improbable de reikspiel, bretonnien, arabéen, estalien et tiléen avec des pointes de kislévite. Piero put prendre rapidement place dans la large cale plate où il passerait ses nuits. Quelques chèvres, son cheval et une vache lui tiendraient compagnie, avec autant de pailles qu'un animal put en rêver. A l'autre bout du bateau, soit pas plus de six ou sept mètres, les hamacs et couchettes des mercenaires et marins, qui dormiraient sans doute en roulement. Entre les deux, adossées aux parois, des caisses lourdes et des tonneaux pour la poudre et les armes. La cabine du capitaine, chambre unique adossée à la cuisine, était sur le pont supérieur, dans un petit abri conçut à cet effet.
Avant le départ, vers midi, deux autres inconnus se joignirent à notre héros comme passagers presque clandestins. Un paysan du Wissenland, sans doute riche, qui devait posséder les animaux déjà présents et un autre gaillard, du style adolescent aventurier, qui s'effondra sur la paille, totalement ivre, sans dire un mot. A présent la route recommençait et il faudrait surtout tuer le temps...
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Et partout dans la rue
J'veux qu'on parle de moi...


Son public de soudards, d'égorgeurs, de débardeurs et autres rombières, l'apogée des civilisations humaines, avait été touché par les paroles sincères de celui qui est loin de chez lui. Porté aux nues, ovationné, l'homme orchestre mi-musicien mi-épée-louée se perdit dans les délices du succès. La soirée fut douce, ses consommations offertes par la clientèle comblée. Il virevoltait de table en table, écoutant récits des vertes années, partageant les siennes.
On avait tout un monde en commun ici, gamins de rues, paysans pauvres, bouches surnuméraires d'une ville croulante sous les indigents. Alors on avait tenté Ranald. Bien entendu l'Estalo-tiléen prenait le soin d'omettre les détails les plus scabreux de son passé, le banditisme n'étant pas au gout de ces assemblées de marchands et autres gardes de convois. Mais qu'était une taverne tiléenne sans conter les récits d'amour passionnés avec tel ou tel dame au grand coeur et au sourire à se damner, les exploits face aux monstres aviaires les plus féroces. Les périples à travers l'entièreté du vieux monde car après tout, là où il y avait l'aventure et le beau sexe à profusion on trouvait un Estalien, ou un Tiléen.

Lors du grand départ vers sa chambre par dessous les toitures noircies de Nuln, notre aventurier aux pommettes rougies salua une dernière fois les habitués les plus tardifs avant d'aller rejoindre ses draps et une nuit de sommeil honnêtement gagnée.
Au petit matin, après la toilette, la tête un peu endolorie par les excès, Piero descendit, enfariné comme une paupiette avant la cuisson. Il salua la taulière

-"Ah! T'as petite performance d'hier a bien fonctionné! On a fait florès, j'ai même pu augmenter les prix! Voilà, ta part comme convenu."
Attrapant la bourse et l'attachant à sa ceinture, Piero sourit et lança avec un ton ragaillardi : Merci bien Signora Veneziana. Ce fut un honneur que d'être votre hôte. Seulement Piero Orsone da Trantio doit rentrer au pays. Vous pouvez libérer la chambre j'ai récupéré mes affaires. Que la Guerrière vous soit toujours favorable.
Une révérence plus tard, sa cape rouge sur les épaules par dessus sa veste, l'explorateur sortit dans les rues de la ville. Il replaça son chapeau. Inspira à plein poumons et...Cracha après avoir aspiré l'équivalent d'une vie de poussière de bitume en l'espace d'une respiration.
Sa trachée désormais plus noire que sa moustache finement lustrée et taillée, il se rendit jusqu'à la pension de son estimé compagnon équin. C'est avec le privilège des puissants qu'un homme qui n'avait rien de plus qu'une poignée de noms et ce qu'il avait sur les épaules et autour de la ceinture que Piero Orsone Salvadore franchissait la foule compacte, gluante, crasseuse, pauvre pour faire le plein de matériel. Avec un peu d'esprit il se disait qu'au delà des remparts encrassés de Nuln, c'était déjà ses collines trantiennes, les carrières de marbre et les prés qui nourrissaient la foule tout aussi compacte de la ville aux statues. Bon certes, il y avait le wissenland, les voûtes, les appucinis et une bonne vingtaine de cités-états entre Trantio et lui mais qu'était un homme sans les rêveries ? Un nain démesurément grand et imberbe certes, mais surtout une terne âme.
Ses achats terminés et tandis qu'il se demandait si son cheval allait se transformer en Murgese avec tout ce charbon, il s'en retourna aux quais.
C'était un bien beau bateau il fallait se le dire. Piero avait passé la majeure partie de sa vie à s'esquinter les bottines, la mer c'était pour les gens assez fous pour confier leur vie à un morceau de bois qui flotte. Mais même avec son niveau de profane qui avait plus admiré les poupes des sartosiennes que celles des galions de là-bas, il pouvait le dire. C'était un beau bateau. Le capitaine était un Estalien, vendeur en Tilée, ça partait bien. Une sorte de blague de taverne à ranger dans le registre entre la naine qui demande un rasoir et les deux kislévites qui mangent un cheval dans un escalier. Mais entre gens paradoxaux ils ne pouvaient que se comprendre hein ? Il se présenta alors avec une sobriété tout à fait méridionale :
-Bien le bonjour Don Gustavo de La Santa Felicia. Je suis un simple voyageur voulant retourner en Tilée après maints épreuves. Mon nom est Piero Orsone Salvadore Manicha Enrico de Riviera di Cruz da Trantio. Je ne demande que le minimum en échange, je vous servirais au mieux. Sur mon nom et mon honneur.
Sobriété méridionale on avait dit.

-"Un voyageur hein? Haha! Pas de problème, mais tu participeras aux tâches comme tout le monde et tu dormiras dans la cale avec les animaux, je préviens! On en a toujours trois ou quatre des comme ça. D'ailleurs tu as l'air armé, aussi tu participeras à la défense!"

C'était dans la poche !
Bon, plus qu'à charger la bête, se garder un peu de paille pour la couche et après il serait de bon ton de sympathiser avec ses nouveaux compagnons de route. Après les mercenaires et les vendeurs de chien, les marins et les vendeurs d'armes ça serait comme retrouver de la famille.
Après avoir conclut l'accord de façon aussi bruyante qu'Estalienne auprès de Don Gustavo, il marcha jusqu'au bateau, son cheval tenu par la bride. Ses yeux noirs croisèrent les solides gaillards à l'allure officielle. Ça, c'était pas du refourgué de Luccini, c'était du trantien, farouche, à peine descendu de ses montagnes pour se changer en soldat. Là on était entre bourses, et pas celles des marchands. Avec un sourire à en recourber sa moustache, Piero adressa alors à ces messieurs une expression des plus antiques de la ville aux longues vues :
Dur com'el Màrmore Signòr, hé ?

"Dur comme le marbre messieurs ?" Ça c'était pas une phrase de parfumés, c'était du jacter de Trantio la ville des tailleurs de pierre. Du jacter des rues. On n'était pas des ventres mous de Miragliano, on était les sales gosses de maçons aux bras larges comme les cuisses à force de casser et de soulever des blocs de marbre roses. Ça voulait dire : Les gars, je suis un des vôtres, je rentre au pays.
Les marins eux étaient aussi divers que le marché d'Altdorf, salutations, salutations, pardon je passe merci, salutations...
Entre les bêtes, la poudre et la sueur c'était comme si les frères Jürker avaient passé la nuit dans la cale. C'était le doux parfum du commerce. Il s'occupa de son cheval, l'étrillant avec amour tout en apercevant la brave vache et le paysan assorti. Un brin d'wissenlander. Lui c'était loin de chez lui qu'il allait.
Le pauvre bougre qui se ramena après était d'un autre registre. Rond comme un cul de jouvencelle, totalement imbibé. Il pouvait sûrement prendre feu en soufflant sur une lanterne ce gosse. Avec un geste presque paternel, l'aventurier le redressa dans son tas de paille et replaça sa veste. Après tout autant cuver son vin dans une position agréable hein ? Cela rendrait le réveil au milieu du Reik moins violent.
La vie d'aventurier c'était ça au fond, se torcher et se réveiller en apprenant qu'on est devenu soldat, marin, les deux. Un quart du pays trouvait un emploi ainsi tout de même.

Une fois à l'air libre, à défaut d'être pur, Nuln oblige, il se mit à flâner à la proue, observant l'agitation de la vie portuaire. Il alla ensuite quérir une tâche à accomplir auprès des autres employés de son nouveau patron.
E sempre fa cosi comme on disait à la maison...
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Perte de 15 pistoles pour acheter du foin en quantité à Furpoil et de quoi se nourrir pendant le voyage de façon à peu près correcte. Petite réduction parce que de maigres portions peuvent être servies sur le navire.
Ainsi elle disparaissait derrière les arbres nus laissés à l'hiver. Nuln la Laborieuse, Nuln l'Avancée, Nuln l'Ingénue, également. Ses docks populeux s'éloignaient à présent et les cris des marchands, les grognements des portefaix et les appels de la garde s'éteignaient dans le lointain, s'étouffant sur un Reik qui s'élargissait à nouveau vers le Sud, bordé de misérables pêcheurs cherchant du bout de leur canne de quoi vivre un jour de plus. Si l'agitation sur El Hijo de Manaan avait été importante au départ, elle s'affaiblissait à présent que les difficultés du slalom entre navires et quais cédaient au calme tranquille du fleuve. Le navire tanguait doucement, voile déployée et évoluant sans peine sur les eaux paresseuses. Piero put se mettre au bord et respirer un grand coup, profiter du doux froid du Wissenland, en pensant aux jours meilleurs promis par tous les dieux.

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Mettez vous une petite musique douce et imaginez-vous sur un bateau roulant doucement dans l'air frais du matin, cher lecteur!
Les gardes du navire se déployaient, avec leurs grosses moustaches pointées vers les berges et les arcs en main. Gustavo de La Santa Felicia descendit dans sa chambre pour remonter quelques arquebuses qui furent distribuées à quatre soldats de tête, qu'on devinait à leur poil blanc être vétérans et plus fidèles que la racaille constituant généralement les équipages fluviaux. Malgré ça il n'y avait pas de véritable danger à l'horizon, évidemment. C'est qu'attaquer un navire était autrement plus difficile qu'une charrette ou un petit convoi d'arrière-pays. Impossible de se jeter dessus en beuglant pour percer la tête du palefrenier ou du cocher, il fallait des grappins, des cordes, des échelles à minima et des armes à distance un peu efficaces. Puis la difficulté également que tout cela impliquait: moins d'effet de surprise car plus de temps entre les premiers signaux et l'assaut lui-même, une position plus facilement défendable par les gardes, des points d'attaque moins nombreux, plus aisément repérables et qui du coup permettaient à des convoyeurs de se préparer plus efficacement... Et enfin un dernier détail, une remarque souvent oubliée ou qu'on considérait comme un racontar de taverne: l'opiniâtreté des marins.

Même pour Piero qui avait un peu de bouteille la réputation des hommes des flots était exagérée. On parlait d'abordages sanglants où des équipages entiers s'étaient entretués, de matelots aux yeux injectés de sang pourfendant à eux seuls une dizaine d'hommes armés... C'en devenait ridicule! Qu'avaient donc ces gens-là pour être à ce point "pire" que les traditionnels brigands des forêts et des montagnes? Un garde nommé Fernando avec lequel Piero partagea une demi-pipe du Mootland sur le bastingage apporta un élément de réponse dans un tiléen de Trantio.


-"En fait c'est pas vraiment une question de talent au combat ou de capacités folles, hein. J'ai vécu une partie de ma vie dans les Appucinis et les gars du Hijo sont pas plus terribles que les Écorcheurs de la Passe de Darsona ou que les Pendus du Mont Aligueri. Mais on est sur un bateau et il y a nulle part où s'enfuir en cas d'attaque. La plupart des gars savent pas nager et même s'ils sautaient à l'eau en hiver quelles seraient leurs chances? Et puis y'a pas toujours de route en bordure de fleuve, même si on sautait et qu'on atteignait la rive, on irait où, sans chemin tracé? Ca fait que quand tu te bats sur un bateau t'as que trois choix: vaincre, mourir ou te rendre. Selon qui t'affronte les deux dernières se valent. Et c'est encore pire sur mer, hein. Voilà d'où vient la réputation des marins."

Les concernés ne parlant souvent pas tiléen et encore moins avec le vocabulaire de la Ville de Marbre, aucun n'avait vraiment réagi. De toute façon ils étaient occupés à vérifier les voiles, compter la cargaison encore et encore, récurer le pont, diriger le bateau à travers les troncs et pierres de surface ou alors à faire du sondage à main sur la proue histoire d'éviter de cogner un haut-fond. En les regardant, pourtant, on voyait qu'ils affichaient nombre de cicatrices, de coups reçus, d'hématomes et autres. Fernando n'avait pas tort et on pouvait même ajouter que si sur l'eau chaque combat devait être le dernier alors cela expliquait beaucoup de la réputation de démons des pirates sartosiens.

Vers midi il était temps de déjeuner. Les gardes organisèrent un roulement pour que chacun puisse manger tranquillement. Piero avait acheté au port quelques rations de viande sèche, de vin rouge violent du pays et des biscuits secs. Don Gustavo, qui décidément devait avoir des karls et avoir envie de choyer ses hommes offrit quelques pommes séchées achetées à Nuln. Elles avaient perdues la majorité de leur intérêt nutritif durant la transformation mais avoir un petit coup acidulé et sucré durant un repas d'hiver ne faisait pas de mal. C'est ce moment que choisi l'homme ivre de tantôt pour apparaître sur le pont, son souffle projetant d'intenses volutes de vapeur contenant probablement assez d'alcool pour allumer une lampe.


-"Ah, Herr Tatverter, venez vous asseoir, nous mangions justement!"

Le concerné, qui à vu de nez ne devait pas avoir dix-huit ans, vint s'asseoir. Un visage fin aux pommettes rougies par la boisson qui piqua sans vergogne dans les pommes centrales. Le capitaine ne se départit pas de son sourire:

-"Herr Tatverter fils est l'enfant de Herr Tatverter père, le troisième plus gros commerçant en lames d'acier forgé de Nuln, son père souhaite lui faire découvrir les coulisses de notre beau métier. Prenez soin de lui."

Abruti par un mal de tête, le gamin en riches habits ne répondit rien mais les regards blasés des marins en disaient long sur leurs arrière-pensées. Le reste du repas se déroula calmement, Piero appris qu'il y aurait quatre cent cinquante kilomètres à parcourir entre Nuln et Kreutzofen où s'achevait l'Empire et commençait la Tilée. Avec des conditions normales et en ne trainant pas trop aux différents arrêts, on en aurait pour une semaine environ. Le bateau naviguant la première moitié de la nuit également, les choses iraient donc assez vite. Il n'y avait pas grand travail à réaliser pour lui en ce moment cela dit et ses muscles seraient surtout mis à contribution à Pfeildorf et Kell ou alors en cas d'attaque, qui étaient proables à trois points différents.

Il faudrait donc s'occuper autrement pour une bonne part du trajet...
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Et c'était l'Empire qu'il laissait derrière lui. Comme les animaux qui muaient à la saison chaude, perdant leur épais et blanc pelage d'hiver pour un poil court printanier, Piero observait la cité des Mérogens s'éloigner tandis que l'embarcation remontait le Reik.
Accoudé au bastingage il regarda passer Don Gustavo et ses craches-feus. Formidables engins de mort ça. Bruyants mais terribles. Les armes à feu ça se vendait comme des brioches en Tilée. Rendez-vous compte. Vous êtes sur un rempart en pierre épais de dix pieds, et en bas il y a des orques qui déboulent sur vous. Un nain vous direz que c'est un Aubentag normal. Mais je m'égare, vous avez donc ces masses de brutes épaisses qui chargent. Et là une salve de tirs et les premières rangées sont criblées de pruneaux de plomb propulsé par une détonation savamment provoquée. C'est miraculeux, la ville est sauvée et vous pouvez recommencer à vous tuer entre gens intelligents et surtout tiléens. Et lors des émeutes... Un régal.
Mais là les gaillards n'avaient pas d'orques à dessouder. Juste le léger clapotis de l'eau. Alors l'aventurier sifflota en passant entre les marins travailleurs et les gardes aux aguets. Il mémorisait les faciès de ses nouveaux compagnons.
Un des soudards, en pause, l'invita à discuter. Fernando, Piero, les salutations étaient faites. On avait tous une raison de quitter Trantio et d'y retourner. Et on discuta autour de ce tabac si gouteux que faisaient le petit peuple. Tout en remplissant ses poumons d'un mélange qui réchauffait toute la tuyauterie interne, Piero écouta les sages paroles de Fernando. Un autre habitué des Appucinis. C'était toujours bon à savoir. Trantio n'était pas un pays de marins, la mer était loin, il fallait se rendre à Urbimo, une cité soumise à la ville du marbre, mais Urbimo n'était pas Trantio. Et les Urbimois n'étaient pas trantiens.
Il n'y avait donc pas d'alternative lorsqu'un combat arriverait. Défendre son scalp jusqu'au bout, un absolutisme qui n'avait jamais été le fort de l'aventurier. Mais si sa traversée de l'Empire lui avait appris un truc, c'est qu'on ne pouvait vivre en lâche jusqu'à la fin.
-Les Appucinis... Il me tarde de revoir les blancs sommets depuis les murailles de la ville. Dix-sept ans...C'est beaucoup trop long. Et toi Fernando, du monde t'y attends ?

Plus tard au repas, tandis qu'il suçotait une pomme séchée, assis contre le rouf avec les autres passagers, il observa l'imbibé de la veille qui pouvait tout aussi bien encore boire des biberons vu son âge. C'était donc un de ces gosses de bourgeois qui devait se faire déniaiser par la vie. Passé dix-huit berges c'était dur. À cet âge là il faisait le truand depuis cinq bonnes années, c'était l'Estalie en ce temps-là.
Une fois le déjeuner englouti et l'équipage reparti à sa tâche il alla chercher le gamin.
-Salute, Herr. Piero da Trantio pour vous servir, la nuit fut longue, on a célébré le départ vers la Tilée comme il se doit ?

Il y aurait sûrement de quoi occuper quelques heures de la journée en échangeant avec le gamin, peut être même était il amateur d'escrime et voudrait faire quelques passes, ou bien était-il amateur du travail d'armurier et voudrait observer le sabre de Los Cabos. Dans tous les cas il irait étriller Furpoil avant la tombée du jour et causer avec les Trantiens. Peut-être même avec Gustavo si il avait du temps à lui accorder. L'après-midi s'écoulerait au rythme lent du Reik. Et au rythme lent du Reik il rentrerait chez lui.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Lien: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_piero_orsone_da_trantio
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"Ma qué ?!"

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