[Piero] Partir, c'est mourir un peu

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Dès sa fondation par le dieu guerrier Sigmar, l'Empire a dû faire face aux invasions et aux guerres civiles. depuis plus de deux mille cinq cents ans, il survit néanmoins aux périodes de trouble et aux batailles grâce à la bravoure et à la discipline de ses armées

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Accoudé sur le ponton, Herr Tatverter posait un regard torve et fatigué sur les berges qui défilaient. Un bout de viande à la bouche, encore frêle d'une vie sans doute oisive et d'une adolescence trop récente. Sous ses cheveux roux taillés au bol avec une frange qui lui mangeait le front et les paupières supérieures il avait l'air d'un novice de temple défroqué. Une épée large de bonne facture ceignait pourtant son flan, même si la façon dont il l'avait positionnée voulait tout dire sur son manque d'expérience au combat. Peu impressionné par la présence de cet étranger sale et parlant fort avec un lourd accent, le gamin fit surtout part de sa mauvaise humeur:

-"Ouais ouais, je picole pour oublier surtout... Putain, que moi, Dalien Tatverter, je me retrouve embarqué dans cette porcherie flottante vers le pays des..."

Il arrêta avant son dernier mot, sans doute trop conscient des conséquences probables s'il insultait le pays natal d'une bonne partie de l'équipage et notamment des gorilles de bord. Un comportement pareil ne passerait pas, pas du tout...Et si l'un d'entre eux nettoyait négligemment le canon d'une arquebuse chargée dans sa direction?

-"Bon, bon... Ca va ouais, ça va."

La discussion s'achevait là pour le moment. Le gosse n'avait aucune envie de parler et il ne fallait pas être magicien pour comprendre qu'il n'avait aucune envie d'être là. C'était le destin de bien des hommes: forcés à suivre un chemin tracé pour eux, sans autre choix. Certains le vivaient bien et s'épanouissaient dans cette vie, d'autres se résignaient et décrétaient que ce n'était pas pire qu'autre chose, les derniers enfin le vivaient mal, très mal. Etait-il de ceux-là?
L'après-midi coula le long du Reik jusqu'à ce que le ciel ne se couvre et que le doux froid de la journée ensoleillée cédait la place à la moiteur du crépuscule. Le repas se passa bien, dans la tranquillité. Les estaliens avec les estaliens, les tiléens avec les tiléens, les autres à parler reikspiel. Entre trantiens on se comprenait et même si Piero était un inconnu pour ce bataillon fluvial habitué à traverser le chemin ensemble il y avait des anecdotes, des morceaux de vie qui ne trompaient pas.


-"Ah j'ai hâte de revoir la Plaza del Sol Myrmidia, avec les filles du temple qui lavent le linge. Je jure que j'en ai déjà vu une qui faisait tout son possible pour se tremper et ainsi attirer l'œil des badauds..."

Quelques rires gras suivis de petites prières furtives car se moquer d'une servante de la Mère de la Guerre restait un petit blasphème en soi. Fernando prit à son tour la parole pour repartir sur un sujet plus sérieux:

-"Non moi c'est pour mes deux sœurs. Les pauvrettes dépendent de ma solde pour manger un mois sur trois et sinon elles travaillent comme tourneuses de ciment dans les nouvelles fondations de la Porte de la Bretonnie. Je vous les présente pas, je n'aimerais pas les marier à des ivrognes!"

Nouvelle bordée de rires, nouveau tour de vin.

Le repas était correct, l'atmosphère tranquille. On passait le temps comme on pouvait à la lumière de torches accrochées à des endroits stratégiques pour ne pas risquer de brûler le navire. Même si dans les faits la flamme d'une torche était très insuffisante pour réellement enflammer un bateau en cœur de de bois et humide de surcroit. On joua donc des sommes symboliques aux dés. Il était bien trop tôt pour parier des soldes entières et il fallait rester en bon terme jusqu'à bon port. Un certain Augusto proposa le "Legionario", un jeu de Mirigliano qui se jouait un peu comme un cul de chouette mais simplifié. Comprenons qu'il n'y avait pas besoin de parier des poutres de la longueur d'une salle de gymnase.
Après quelques parties la luminosité ne permettait plus de correctement distinguer les dés et les yeux fatigués de l'effort demandaient à dormir. Piero put partir s'occuper de Furpoil et se coucher pendant que les gardes reprenaient les rondes. Le bateau naviguerait encore une heure ou deux tant que le fleuve était tranquille puis on le laisserait au milieu du fleuve, à attendre le lever du jour.

Le paysan d'un côté, Herr Tatverter de l'autre et Furpoil non-loin, Piero tomba dans un lourd sommeil paisible, posé sur la paille à bestiaux. En face, l'équipage et quelques gardes dormaient déjà.

Perdu dans ses songes, le temps passa, jusqu'à ce qu'un bruit sourd frappe la coque...

Un peu de son?
Des beugles, des hurlements; l'impression que la coque de noix tremblait de toute part, les bêtes qui paniquaient, les gens se réveillant en sursaut, puis les cris provenant du pont.
"ALERTE! ALERTE! ON NOUS ATTAQUARGH!" Dans la cale les réactions furent variées. Les trantiens avaient vite compris ce qui se tramaient et, prévoyants, ils enfilaient déjà leurs armes et armures laissées près d'eux pendant la nuit pour grimper sur le pont en urgence, quatre à quatre. Les marins encore ensommeillés et moins habitués attrapaient dans un noir quasi-complet des coutelas, sabres, dagues et couteau avant d'hésiter à monter. Les plus intrépides y allaient déjà, en chemise et une simple arme à la main, les autres attendaient un temps plus propice. Plusieurs coups de feu claquèrent, signe que les arquebuses parlaient. En montant à son tour sur le pont Piero comprit d'un coup la situation: d'épais harpons et grappins s'étaient accrochés au bois et une troupe d'hommes-bêtes hideux avaient tiré le bateau, sur un affluent étroit, près de la rive avant de commencer à grimper. Gustavo sortit peu après, un épais tromblon dans les mains, paniquant à moitié mais cherchant de ses yeux ses hommes. Fernando gisait près du bastingage gauche, près du bord, un javelot lui perçant l'épaule. Le jeune garnement bourgeois? Dans la cale, les yeux exorbités par la surprise.

Mais les trantiens ne comptaient pas se laisser faire:


-"J'en vois... J'envois dix-sept... Putain celui-là il est monstrueux et... BORDEL A L'AIDE!"

Une main griffue fort épaisse l'avait attrapée au collet et essayait maintenant de faire passer le dénommé Alexandro par-dessus bord histoire qu'il tombe dans le gros de la troupe qui se pressait pour percer la coque à coup de hache. Pour le moment aucun chaotique n'était encore parvenu à grimper sur le pont et les trantiens se rassemblaient déjà en un comité d'accueil plus que courtois. Piero avait donc le choix entre laisser Alexandro à son sort en espérant qu'un autre l'aide, à s'occuper des blessés, descendre à la cale pour surprendre les bouchers ou même sauter dans la mêlée!

Le Reik se teindrait de rouge dans tous les cas.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Bon visiblement le gamin avait l'amabilité d'un contingent de percepteurs de taxes et la motivation d'un halfelin après le repas de quinze heures. Après tout il n'avait pas choisi d'être ici. Prisonnier de cet état de fait. Après tout, les gens qui choisissaient de mener leur propre barque étaient pas nombreux. Il y avait lui. Enfin. Peut être, ou peut être que le gosse naïf qu'il était avait choisi de suivre le sillage de Fantini. Il ne dérangea pas Dalien plus longtemps et repartit arpenter le navire en sifflotant l'Amour sur l'Aver.
L'avantage d'être sur un navire de marchands d'armes c'est que le matériel pour les entretenir ne manquait pas. Il se décida à passer l'après-midi à aiguiser son sabre. La traversée de l'empire avait été rude avec ce souvenir d'acier.

Sacrée Maria-Isadora, il faut se l'avouer, tu ne manquais pas de mordant. Avec un ricanement il inspectait la lame et le reflet du soleil lorsqu'il l'orientait.

Lorsque ce fut l'heure de taper dans les collations du soir, il rejoint le cercle des Trantiens. Ici les rots gras et forts étaient de bons camarades comme la bande de soudards bourrus qui étaient ses compatriotes. Chacun allait de ses petites histoires, lui conta alors une péripétie qui lui était arrivé il y a fort longtemps sur les quais de Luccini. Une histoire avec une bande de norses qui n'avaient pas apprécié qu'il trempe la moustache dans les futs d'hydromel. Une fois échaudé par le vin, Piero parla même de la Rosa Bianca, le lieu de mauvaise vie où il avait pourtant vu le jour. Pourtant j'ai tout sauf mal tourné comme ces messieurs peuvent en attester ! déclara-t-il tout en replaçant son chapeau à plumes sur sa tête plus qu'alourdie par le rouge des collines trantines.
Puis on jouait aux dés et aux cartes, ces petits jeu de bonnetiers qui faisaient la fortune des escrocs en tout genre. Bien entendu, Tiléens oblige, il fallait plus de temps pour s'accorder sur les règles qu'à jouer véritablement. Ranald devait être content de voir ses ouailles ainsi lancer les dés à la lueur des torches.
Enfin, délaissant chemise et veste il alla s'écrouler dans un bon matelas de paille encore si fraîche. La chaleur des hommes et des bêtes n'avait rien à envier à celles des granges où la troupe de truands dormait si souvent. Et il aimait bien plus le piquant de la paille que le sol froid des cachots.

BONK !
Quoi Bonk, comment ça bonk ?

"ALERTE! ALERTE! ON NOUS ATTAQUARGH!"

Par les généreux attributs myrmidéens, c'était la merde. Il se dépêcha d'enfiler son barda et d'empoigner son matériel à la suite des soldats et des matelots. En passant il gueula à Dalien -Si ils font un trou, plante ton épée au travers niño !

Dehors c'était la nuit, l'heure des bêtes, littéralement. Il passa d'un teint crème à celui d'un bloc d'albâtre. Les Hommes-bêtes, les monstres du Nordland. Karl, Boerich, Morouène... Des regards bleus comme le ciel du nord ou d'un noir aussi obscur que les dédales oubliés des nains se posèrent sur lui. Il tremblait. Puis, secouant la tête, il fit un pas, puis un autre. Chacun lui semblait plus périlleux que de sauter des falaises de Los Cabos. Mais un homme appelait à l'aide. Piero serra sa lame à s'en briser les phalanges, puis partit à sa rescousse. Il allait frapper le bras du monstre à coup de sabre et précipiter le bâtard du chaos en bas en tirant dessus, de sa position avantagée. Il se battrait, après tout Fernando le lui avait dit. Sur un bateau, on gagne, on meurt, ou on se rend. Mais face à ces bêtes seules les deux premières issues seraient acceptables.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

N'écoutant que son courage et sa détermination, Piero se jeta, le sabre au poing, en direction du pauvre Alexandro qui se débattait comme il pouvait alors que le bras aussi poilu que musclé d'un homme-bête à tête de chien le tirait en direction de la berge. Agrippé par l'autre main à un harpon, le monstre claquait des mâchoires avec délectation en pensant à cette chair tendre qui chuterait bientôt vers sa mort. Les rires de gorge se transformèrent en hurlement de douleur quand l'acier tiléen vint trancher la chair et les os à grands coups. La bête, sous la surprise, lâcha prise et chuta d'un bon mètre avant de se rouler au sol, pleurant son membre disparu.
Une si faible déconvenue n'entama pourtant pas la détermination des monstres, surtout poussés par ce demi-homme monstrueux qui les lançait depuis les bois, plus gros et plus horrible à regarder que tous les autres avec ses multiples visages humains portés à la ceinture et son immense marteau de guerre de pierre brute, volé sans doute à une statue. Alexandro arracha à sa gorge la main griffue et crispée et remercia Piero d'un signe de tête avant de dégainer sa propre lame. Fernando hors-course il ne restait que sept gardes accompagnés du capitaine et des marins les plus courageux.

Modification reçue sur Discord.

Test d'INT/2 de Piero: 8, échec.
Contrairement à ce qu'on pouvait attendre de lui, Piero ne resta pas sur le bastingage pour se battre avec les autres, non! Il fonça aider Fernando qui se débattait au sol avec son javelot planté dans l'épaule. Suant abondamment, geignant de douleur mais serrant les dents pour n'en laisser rien paraître, il hésitait sur la marche à suivre pour retirer le projectile. La vue de Piero au-dessus de lui parut le calmer quelque peu.

-"J'peux pas marcher avec ça, putain... Allez à trois tu tires, bordel..."

En soi la plaie ne paraissait pas particulièrement profonde: le cuir épais qui servait de simili-uniforme aux tiléens avait fait sa part et la localisation de la blessure garantissait que rien de vital ne soit touché. Il n'était pas impossible que l'articulation soit brisée cependant, ce qui condamnerait l'infortuné à ne pouvoir profiter de la solitude qu'avec sa main droite. A la une, à la deux... Et à la troisième Piero arracha d'un coup sec l'épieux avec la délicatesse d'un bûcheron ulricain ivre. Fernando eut un hoquet de douleur et parut perdre connaissance une poignée de secondes avant de se relever, le bras gauche inutilisable.

-"Bordel, comment j'vais m'faire payer maintenant... Tu peux... M'aider?"

A défaut de pouvoir faire plus, Piero lui offrit une épaule amicale pour le soutenir et le faire marcher jusque dans la cale. Il vivrait sans mal mais à cet instant le choc était trop fort et il faudrait le considérer hors-combat. Avant de repartir dans les profondeurs de la grande barque, notre héros lança un coup d'œil à la scène de bataille qui se jouait: jusque là la poudre de Nuln et le métal de Trantio parvenaient à tenir à distance les enfants du Chaos. Les coups de haches répétés sur la coque inférieure ne présageaient rien de bon.
Le blessé déposé sur un tas de paille à côté de Furpoil, il fallait prendre une décision sur la suite: remonter ou rester là avec les cinq derniers marins et le jeune Dalien Tatverter, pâle comme la mort, qui tenait son épée droit vers un petit rayon de lune sortant du bois brisé. Une paire d'yeux passa au travers de la fissure et un ricanement sourd suivit. La stratégie des abominations fût vite facile à comprendre: les petits et les faibles faisaient perdre du temps aux tireurs alors qu'à la faveur de la nuit les costauds se tailleraient un chemin droit dans la coque. Il ne devait pas en rester beaucoup cependant car les coups de feu perdaient en intensité.

Un ultime coup de hache à deux mains portée avec toute la rage de Khorne fit alors voler en éclat la paroi du navire accosté de force. Trois hautes silhouettes caprines, aux muscles énormes et couverts de sang séchés se bousculèrent alors pour entrer dévorer la chair fraîche des hommes. Le chef n'était pas visible encore, mais il ne tarderait pas... Comme à son habitude, saisissant le bon moment, Piero tira dans le tas avant de se joindre à la mélée.

C'est l'heure du combat!

Piero tire sur un gor (+2 TIR car très proche): 10, réussite. Le Gor 1 subit 45 points de dégâts.

Tour 1:

Test de peur pour Dalien: 17, il ne participera pas au combat.

Pour des raisons de lecture, je ne vais pas détailler les combats de tout le monde mais me concentrer sur celui de Piero, qui sera contre Gor 2.

Les deux sont aussi rapides l'un que l'autre, aussi ce sera joué. Piero vs Gor: 14 vs 10, Gor attaque en premier.

Gor attaque: 16, échec.

Piero attaque: 13, échec.

Tour 2:

Gor attaque: 16, échec.

Piero attaque: 4, réussite. Parade du Gor: 7, réussite. Vous lui infligez une perte de 21 PV.

Tour 3:

Gor attaque: 17, échec.

Piero attaque: 7, réussite. Parade du Gor: 5, réussite. Vous lui infligez une perte de 18 PV.

Tour 4:

Gor attaque: 13, échec.

Piero attaque: 11, échec.

Tour 5

Gor attaque: 17, échec.

Piero attaque: 8, réussite. Parade du Gor: 7, réussite. Vous lui infligez une perte de 24 PV.

Test de moral du Gor: 4, réussite! Il se bat!

Tour 6:

Gor attaque: 3, réussite. Parade de Piero: 14, échec. Vous lui infligez une perte de 24 Pvs. Il reste 46 Pvs à Piero.

Piero attaque: 19, échec.

Tour 7:

Gor attaque: 5, réussite. Parade de Piero: 20, échec critique. Vous lui infligez une perte de 25 Pvs. Il reste 21 Pvs à Piero.
Le combat tournait au carnage. Les marins se défendaient comme ils pouvaient mais les bêtes, déchainaient, faisaient de larges moulinets qui occupaient tout l'espace. Le gor blessé par balle ne tarda pas à chuter cependant, malgré l'hésitation des hommes, qui se rabattirent ensuite sur le troisième, laissant Piero se débrouiller avec sa propre cible. Il paraissait en effet plus débrouillard qu'eux, à voir comment il esquivait les coups de hache à deux mains envoyés par cette brute meuglante aux narines écartées et aux yeux injectés de sang. Son sabre trouva la chair à plusieurs reprises, sans jamais entailler en profondeur, puis ce fût la fureur. Avec une colère incroyable la chose asséna deux coups de lame sale au pauvre tiléen qui tomba au sol, en perdant son épée. Triomphante, la créature leva les bras en l'air, prête à achever le coup fatal. Désarmé et sonné, les yeux du bandit se tournèrent vers Dalien, prostré dans un coin du bateau. Après un ultime sanglot celui-ci détacha sa rapière dans un geste de courage étonnant. Restait à savoir si Piero saurait saisir l'occasion.
Retour au tour 7:

Piero attaque: 20, échec critique. Pas d'attaque au prochain tour.

Tour 8:

Gor attaque: 19, échec.

Tour 9:

Gor attaque: 13, échec.

Piero attaque: 5, réussite. Parade du Gor: 5, réussite. Vous lui infligez une perte de 21 Pvs. Gor est mort!
La fine lame fût totalement ignorée par le gor qui se contenta d'écarter le bras indécis de notre héros vaincu. Il pécha par orgueil cependant, car Piero put esquiver l'assaut fatal, répliquant dans un ultime mouvement pour transpercer le flanc et les organes vitaux de l'homme-bouc, qui hésita, indécis, avant d'expirer. Le troisième ne tarda pas à le suivre, entouré qu'il était de marins rendus fous par la douleur et les blessures qui le lardaient au surin, au coutelas et à la dague. Les animaux, traumatisés, beuglaient de terreur tandis qu'un cor proche rappelait à l'ordre les maigres survivants de la troupe des bois.

Piero chuta dans un sommeil douloureux. Il y aurait un lendemain pour lui, mais ce soir il faudrait se reposer...
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Piero Orson
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Il leva le sabre dans l'obscurité, un éclair d'acier, et avec la force de ses deux mains frappa comme avec un marteau-pilon sur le membre. La créature cynocéphale poussa des hoquets de douleur tandis que l'Estalo-Tiléen donnait du tranchant. La fourrure, la peau, la viande, l'os, les tendons. C'est incroyable tout ce que nécessite un bras pour fonctionner, alors qu'avec soixante centimètres d'acier on passe à travers.
La bête s'écrasa sur la rive. Alexandro sauvé, Piero reporta son attention sur Fernando. Il fallait le tirer de là et tirer le javelot fiché sous son épaule. Les soudards et les marins avaient l'air de bien se débrouiller, les détonations des arquebuses couvraient les rugissements gutturaux des hommes-bêtes.
Le pauvre bougre était mal en point, pas au risque de calancher mais ça donnait pas envie d'essayer. Attrapant le javelot sous son ordre, la moustache la plus reconnue de ce côté-ci du Reik tira. Avec l'épaule en jambon serrano, il ira pas loin le Fernando.
-Allez mon gars, j'vais t'mettre à la cale, puis j'remonte leur fait tâter d'mon sabre à ces saloperies.

Sa tragique épopée nordlandaise lui avait appris à ne pas sous estimer les démons des forêts. Par contre le Fernando pesait un âne mort. Tout en l'amenant en bas il entendit alors ce bruit très caractéristique. Celui des coups de hache contre du bois. Posant l'autre Tiléen dans la paille, l'aventurier se retrouva aux côtés du gosse terrifié et de quelques marins peu rassurés. Les gors ne tardèrent pas à se tailler une ouverture assez grande pour faire irruption dans la cale. Tout ça pour recevoir un plomb dans leur sale truffe comme comité d'accueil.
Rangeant son calibre à la ceinture à côté de son grand frère, c'est au sabre que Piero attendait l'attaque du gor qui se ruait sur lui, écumant de rage. Ils étaient beaucoup moins patauds que leur aspect pouvait le laisser croire, il l'avait appris sur le tas au nord. D'une première manœuvre il réussit à entailler son énorme patte griffue, mais il visait le cœur. Un autre échange, une autre entaille, puis une autre. L'animal poussait des cris rauques chargés d'une haleine fétide. Il puait le charnier, littéralement.

Et le drame arriva, Piero frappa d'estoc, pensant achever un adversaire en bout de course, mais le monstre bipède avait de la réserve, et une ruse de renard. Il esquiva le fer du Tiléen. Un Mierda... fila d'entre ses lèvres surprises tandis qu'il se prit la lame rouillée du gor en plein dans le flanc. Il ne s'arrêtait pas, il le transformerait en pulpe sanglante pour mieux dévorer ses restes encore tièdes. Piero chut. Il avait mal, si mal. Son sang coulait à gros bouillon, ses côtes lui faisaient mal, l'autre continuait de le maltraiter. Sa vision se brouilla sous la douleur. Bordel crever ainsi...Si, si prêt du but.
Sa tête dodelina jusqu'à ce que son regard trouble se pose sur le gosse encore terrifié. Il passait des salons chics de la bourgeoisie nulner à la cale d'un navire en plein assaut. Putain, c'était peut être ce vieux Piero qui serait sa première vision d'un macchabée. Putain...
Mais un dieu devait encore avoir de l'affection pour l'aventurier à la cape en calicot. Car Dalien, prostré dans son coin, avec plus de peur que de rage au ventre vint lui jeter sa rapière.
Il tendit le bras pour ramener à lui l'arme, pour l'empoigner et pouvoir frapper le gor aux jarret et, et...à échouer lamentablement lorsqu'un homme-bête imperturbable appuya de son sabot fendu sur son bras. Il jura entendre ce fils de caprin ricaner avant d'abattre son arme sur...La coque du bateau. Dans sa pirouette, l'aventurier avait attrapé l'épée fine de son autre main et enfonça soixante centimètres d'acier à travers toute sa machinerie interne. Une brochette de tripes façon Piero.
Le Tiléen hoqueta, le gor s'effondra à ses côtés.
-Ça c'était pour Karl cabrón...
Il était fatigué, si fatigué, il avait si mal. Ses yeux se fermèrent...
il était si fatigué...
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

-"... Revient à lui? Ah!"

Une douleur vive percutait tous les muscles de Piero quand il émergea de son coma pour s'éveiller sur une bien mauvaise paille à bestiau. A droite le regard torve de Furpoil qui contemplait, impuissant, son maître. A gauche et au-dessus de lui les visages de Gustavo de La Santa Felicia et d'un garde trantien nommé affectueusement par ses pairs Pacito. Le tiléo-estalien tenta d'agiter ses mains mais des pognes puissantes le maintinrent au sol, immobile.

-"Du calme, ami, il vaut mieux que tu ne bouges pas."

Reconnaissant la voix de Fernando sur sa gauche, l'aventurier tourna la tête dans sa direction. Le bras gauche en bandouillère et immobilisé par une attelle, le garde de convoi lui maintenant le bras au sol de sa main valide. Il était pâle, mais ses traits laissaient percevoir une inquiétude bien plus grande encore. Une sensation de chaleur se répandait au niveau de son ventre et de son épaule et c'est avec horreur que Piero découvrit des bandages épais gorgés de sang frais: le sien. Gustavo, qui voyait trop bien la panique qui menaçait d'atteindre Piero, prit sur lui de le rassurer.

-"Ca va aller, ça va aller! Pacito est barbier de formation, il sait s'y prendre avec les blessures. Vous êtes hors de danger!!"

La douleur persistante dans tout son corps n'assurait pourtant pas de ça! Après quelques secondes le temps de le laisser émerger, les mercenaires lâchèrent prises et lui posèrent une couverture dessus. Se lever était possible mais Pacito l'en défendit.

-"Aucun mouvement brusque jusqu'à demain midi. Il faut que les plaies commencent à se refermer."

La lumière des torches de la cale permettaient de distinguer quelques marins travaillant à colmater la brèche créée par les bêtes et d'autres corps étalés dans la paille, à côté des animaux. L'odeur du bétail saisissaient le nez, mêlée au parfum déprimant du sang, de la pisse et de la douleur humaine. Pas une trace de Dalien en revanche, il devait être sur le ponton. Une demi-douzaine de personnes accompagnaient Piero dans son lit de douleur, la plupart gémissaient faiblement ou laissaient sortir des sifflements aigus en se pinçant les lèvres. Bien vite le capitaine et le médecin de fortune remontèrent, non sans avoir demandé aux artisans s'il en faudrait pour long de réparer le trou. Ils répondirent que dans une heure ils pourraient naviguer normalement. Ce fût fait. Dans le silence du soir, quand les coups de marteaux se turent, l'explorateur en devenir put entendre son compagnon Fernando ronfler et parler dans son sommeil:

-"Ne m'en veux pas... Pas pu faire plus vite..."

Puis Morr invita Piero dans son royaume des songes.

A l'aube il sentit une main ferme le secouer doucement. Rien de bien érotique en réalité: c'était simplement Cédric, un marin nulnois, qui passait réveiller tous les blessés pour vérifier qu'ils respiraient toujours. Il était environ huit heures d'après ses dires et El Hijo de Manaan avait repris son chemin paisible sur le Reik. De ce qu'il en avait comprit de Pacito, il en était quitte pour une mâtinée peu passionnante à attendre couché dans la paille, entre le cheval et le cochon. Fernando, qui s'éveillait également, s'étira avant de se raviser, sentant une douleur à sa blessure. La peau à cet endroit était devenue noire et rouge sombre.


-"Ah putain la fracture! Je suis bon pour un mois de glande..."

Il souffla péniblement. Pour un garde, se battre faisait partie du métier, mais comment se battre avec des os brisés? Avec un peu de chance Gustavo lui verserait une prime pour tenir le coup, mais serait-elle suffisante? Le mercenaire se laissa retomber les fesses dans la paille, fâché.

-"Par Myrmidia, je n'ai pas mérité ça... Mais... Merci Piero, ça m'a fait plaisir que tu m'aides."

Alors Fernando lui offrit un sourire sincère. Notre héros vit alors Dalien, à l'autre bout de la cale, près des marins. Il était très pâle et avait l'air complètement perdu dans ses pensées.

-"Allez, du courage! On est bientôt de retour au pays!
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Si de notre versant des Voûtes on n'entraperçoit de la Tilée que ses marchands, ses mercenaires et ses idéologues, il est aisé d'imaginer le peuple, ou plutôt les peuples tiléens comme un troupeau plus important de ces aventuriers aux goûts flamboyants, exubérants, enivrés de récits et d'or, véritable chaînon manquant entre le nain et l'homme.
Mais les cités-états ne sont guère épargnés, je pense même, connaissent une situation plus terrible encore que l'Empire, par la misère humaine qui vient se loger dans les lézardes des grandes villes.Toutes ces âmes basses, ces hères roués ruinés n'ayant ni ressources ni origine connues…
Ils s'entassent dans les taudis et les faubourgs de villes de plus en plus à l'étroit des murailles dont ils chérissent tant la protection. Tous les rebuts et laissés pour compte des républiques et des principautés, vagabonds, soldats renvoyés de l'armée, échappés des casernes et des bagnes, escrocs, voleurs à la roulotte, saltimbanques, escamoteurs et tire-laines, joueurs, maquereaux, patrons de bordels, portefaix, écrivassiers, joueurs d'orgue d'Arabie, chiffonniers, soulographes sordides, rémouleurs, rétameurs, mendiants, en un mot toute cette masse errante, fluctuante et allant de ci-de là que les Tiléens appellent les "Bisognosi."

Étude de cas : La Tilée, de la République aux Princes, Alexei Johannes, polémiste impérial.

Trantio, il y a toute une vie

Avec d'énormes gestes, la matrone frappait de son tranchoir sa planche souillée de sang de poisson. Une à une les truites de la matinée subissaient une décollation exemplaire.
Puis se sentant épiée par des dizaines d'yeux perçants elle gueula à la marmaille de déguerpir. C'était un jour banal dans la cité du marbre. Grégaires, les gosses de tout les bas-quartiers finissaient ensemble, à vaquer dans les ruelles et les marchés, épiant les curiosités d'un monde adulte qui ne manquait jamais de se rappeler à eux. Il y avait tout ce que le petit peuple trantien pouvait pondre : Orphelins crasseux, enfants de poissonniers, maquignons, cordonniers parés dans des tuniques de lins tachées de boue, gosses du guet aux airs impérieux qui voulaient jouer au chef de la petite brigade dépenaillée, et puis les bâtards. Rejetons de mercenaires en demi-solde, de bourgeois ou de nobles, fils d'hommes venus d'ailleurs pour repartir derechef.
L'un d'eux était Piero. Entre huit et dix ans, pas le plus grand, pas le plus petit. Une tignasse noire, l'air bêcheur des gosses qui ne connaissaient pas la faim trois jours de suite et avaient de quoi dormir au chaud. Un sourire édenté. Et la vie devant lui.
Mattia, dit "Mati", affublé d'une cervelière cabossée qu'il avait déniché dans le dépotoir que laissaient les compagnies de mercenaires aux abords de la cité; proposa de se rendre à la fontana della vittoria. C'était à coup sûr l'un des meilleurs coins où vagabonder avec la troupe. Et puis il faisait chaud, et la Fontaine érigée pour commémorer le triomphe de la Principauté sur l'une de ses rivales offrait une eau potable et de quoi rincer ces corps maculés de poussière.

À la fois fluide et compacte, la troupe s'élança donc dans le dédale de venelles, d'escaliers, de traverses élargies à la hâte pour le passage des chariots que constituait Trantio. Il y avait des tripots immondes où une masse d'ivrognes aux nez rosacés descendaient leurs litrons en frottant les cuisses grasses des rombières et en essayant d'oublier un peu le dur labeur des carrières. Des bâtisses tordues où s'entassaient les travailleurs, au rez-de-chaussé des boutiques et des échoppes d'artisan proposaient tour à tour, souliers refaits à neuf pour deux sous, menuisier tout bois ou quincaillerie et ferronnier. Leurs regards croisaient celui des citadins les plus modestes qui, calot sur le crâne, partaient rempiler le service avant l'heure du repas, mais il y avait aussi un spectacle aussi inquiétant que fréquent.
Des gaillards grisâtres, lugubres, à faire passer les Morriens pour des bons vivants. Des ratiers. Presque aussi nombreux que les minots des rues, leurs chiens nerveux grognaient en reniflant le sol. Ils portaient à l'épaule les bâtons garnies de rats crevés gros comme des chatons. Pichetto disait qu'ils faisaient un travail plus noble que le guet et encore moins bien payé. En tout cas ils avaient dans les yeux quelque chose de vide, Piero sentit un frisson dans sa nuque.

Après un raccourci à travers des ruelles truffées de tapineuses et de clients peu regardants, ils se retrouvaient dans des rues commerçantes où les corporations régnaient en maître. Tonneliers, taillandiers, chandeliers, verriers. ici c'était le royaume de l'artisanat de haut rang. On exportait partout monsieur je vous ferais dire. D'ailleurs les enfants de cette classe besogneuse et artisane se devaient de suivre les traces paternelles dans l'espoir d'accéder au sacro-saint statue de bourgeois, de nouveaux riches issus du monde des affaires. Vissés devant des ateliers dès que l'âge le permettait, cette jeunesse s'échinait à reprendre un savoir-faire. La bande de bons à rien en guenilles regardait ça d'un air goguenard, car après tout, être un pauvre ne demandait pas d'apprentissage.

La dernière ligne droite jusqu'à la place de la fontaine offrait un spectacle dont les enfants ne percevaient pas tout le cynisme. Il y avait les bestiaux, bœufs, porcs, volailles dans leurs caisses, moutons des Appucinis, toute la bidoche sur pieds qui servait à nourrir une ville. La ville est un ventre perpétuellement affamé et on égorgeait le bétail pour débiter assez de viande pour gaver les riches et donner du gras dans la soupe aux miséreux. Mais le ventre urbain avait aussi besoin d'une autre forme de viande. Les Hommes. Car la place de la victoire servait de point de chute à la soldatesque. Il y avait ceux qui, dans leurs beaux uniformes attendaient les ordres des armateurs de tout bord, les autres, plus grossiers, plus...Locaux, qui défendaient les tripots, les bordels, les entrepôts, pour une modique paye. Mais il y avait surtout les épaves humaines, toute la masse de ceux qui, une fois éclopée, une fois brisée, venaient joncher les rues boueuses comme des jouets abandonnés par des gamins lassés. Et ces rebuts demandaient l'aumône, pour les vaillants défenseurs de la ville, au nom de la pleureuse ou de la dame de la guerre, patronne du Sud. Des outres à vin à la manche droite flottante ou se déplaçant en béquilles, ces éborgnés, ceux qui, attendaient, devenu silencieux ou débiles après une bataille de trop. Trantio se gorgeait de troupes, mercenaires comme locaux. Et une fois digérés par la guerre ils finissaient ici. Impassibles, d'immenses hommes du Nord marchaient entre les mendiants, attendant de rejoindre les vastes camps de mercenaires ceignant la cité. On parlait d'une nouvelle guerre, la troisième en dix ans. Et une fois de plus les Hommes mourraient, et les marchands écouleraient encore plus d'armes.

Mais pour la bande des déshérités, la vraie menace n'était ni Pavona ni Miragliano. C'était la bande des faubourgs.
"-Cette fontaine est à nous ! Allez jouer de l'autre côté des remparts ! Contadini !
-Regardez ça les gars, les chiards aux tapineuses en ont marre de la tétée et viennent faire les coqs !"
Bref topo de la sociologie trantienne. La troupe de Mattia, Pichetto, Mirko, Luca ou Piero, pour ne citer qu'eux avait beau être le lisier de la société urbaine. Ils étaient de la ville. Le lisier sur lequel poussait tout le reste. Les ventres féconds des femmes donnaient ainsi la masse des futurs travailleurs, bisognosi ou même soudards, le fluide vitale d'une ville. Les faubourgs eux, étaient ceux qui, attirés comme les papillons de nuit par le luxe de la grande ville, quittaient les campagnes pour venir se terrer au pied des murailles. Si les deux camps étaient pauvres comme un jour sans pain, l'un vivait en revendant des poulets, l'autre en nettoyant les rues de tout ce qui avait une valeur en cuivrées. Et bien sûr, laissez deux bandes de gamins sur le même bout de quartier et ils voudront s'étriper.
Pas de coup de semonce, les premiers pâtés de boue volèrent. L'issue de l'esclandre serait le contrôle des lieux une matinée de plus. Puis on en vint aux mains. Piero se précipita sur un adversaire, une perche aux cheveux cendrés qui faisait bien une tête de plus. On s'empoignait, on se cognait, on mordait comme des beaux diables. Mais la bande perdait. Certains avaient détalé et la bande du faubourg compensait le nombre par l'âge et la carrure. Mirko en fuite, un autre loustic vint détacher Piero en furie du fils de bouvier, le tenant assez fermement pour qu'il se fasse corriger. L'issue du combat était donnée d'avance lorsqu'une bidasse, le genre à venir de loin, fit se disperser les ennemis mortels à grand coup de botte au séant. Les mercenaires étaient agacés par les piailleries et les jets de boue. Ne demandant pas son reste, blessé dans son orgueil et perclus de bleus, le lardon à Donna Orsone fila sans se retourner. Prenant la route pour les hauteurs et la maison, il finit par se retrouver près d'une fontaine bien plus modeste, entre un chevrier abreuvant ses bêtes et un ivrogne cherchant à calmer sa gueule de bois. Son arcade gauche gonflait doucement, cachant son œil. Il avait de la boue jusque dans les oreilles, les lèvres ébréchées et assez d’ecchymoses pour pouvoir copier la couleur des cieux. S'essuyant tant bien que mal dans le bassin qui se troubla, il finit par tituber, pathétique ficelle au crin sombre, jusqu'au lupanar familiale.

La Rosa Bianca n'était pas un vulgaire bordel des bas-fonds, il était au niveau des quartiers plus réputés, où les marchands installaient leurs hôtels particuliers. Sans être le Palais princier, le coin ne débordait pas de mendiants. Ici c'était les contremaîtres des chantiers, les maîtres des corporations ou des guildes qui circulaient. Mais les Hommes ont tous leurs besoins alors, il y avait les tavernes et les auberges qui servaient des bières sans glaire et du vin non coupé, et il y avait la Rose blanche. Le grand bâtiment de pierre était logé dans une courtine où en dehors de leurs heures de travail, les belles-de-nuit lavaient leur linge, préparaient le repas ou juste attendaient. Un étrange microcosme tenu d'une main ferme par la Mère supérieure Francesca Licitra. Le plus vieux métier du monde exposait au risque certain de voir son ventre s'arrondir avec un marmot à la clé. Il n'était pas le seul gamin à vaquer ici. Des bambins apprenaient à marcher sur leurs petites jambes malhabiles sous le regard attendrie de leurs mères, d'autres plus grands revenaient comme Piero de leurs aventures urbaines. Mais Piero cherchait surtout le réconfort maternel. Et elle était là, sous le perron d'une dépendance à la maison-close, les mains sur les hanches. Lucia Orsone.
-Gianpiero Orsone ! C'est comme ça que tu rentres ! On dirait que tu as fait toute la Plaza del Sol Myrmidia en rampant !
Au delà de son caractère trempé, elle était surtout une mère, inquiète pour les bêtises grandissantes de son fils.
-C'est la bande à Ciofani, ils nous sont tombés dessus ! On pouvait pas se laisser faire enfin. Penaud, il vint se coller contre le giron protecteur, abattu.
-Pierino, Pierino, Pierino...Tu sais bien que ce n'est pas en te battant comme des chiffonniers que tu feras quelque chose de ta vie !
Si le fils tenait de son père, qu'il ne connaissait que par les récits qu'on en faisait, une chevelure corbeau, sa génitrice avait des cheveux d'une couleur qu'on s'accordait à appeler le blond luccinien. Picoté de fils roux, sa chevelure blonde était pour le moment attachée. Ses yeux cernés, travail nocturne oblige, regardèrent son rejeton avec ce regard que seul une mère peut donner. Elle n'avait même pas vingt sept années.
-Mais quoi faire enfin ? On a pas d'argent, pas de terre, pas de nom. C'est toi qui le dit. On n'est rien.
Un soufflet vola jusqu'à sa joue.
-Tu n'es pas rien ! Tu es mon fils. Je ne peux pas t'offrir ce que les Dieux ont de mieux mais jamais je ne veux entendre que tu n'es rien. Tu n'es pas un de ces va-nu-pieds avec qui tu traînes. Tu trouveras ta voie Piero. Tu as ton destin. On en a tous un. Elle s'accroupit pour se mettre à sa hauteur et l'enlacer.
-Alors tu te redresses, tu regardes le monde en face et tu te dis qu'un jour, il t'appartiendra. Tu es un Orsone. Tu es mon fils, et je t'aime. Et maintenant va te changer avant que je te fasses plus de bleus que tu n'en as déjà !
-Oui mamma !

Le Reik, 2530

Il avait mal, bon sang qu'il avait mal. C'était comme si il était passé sous la meule d'un moulin à eau. Et pourtant il en était passé entre des meules, mais des plus accueillantes. Sa tête tournait, il y avait son cheval, Fernando, Gustavo et...Pacito, oui. Voilà. Bon sang ils étaient à sa veillée funèbre ou quoi ?
Vu la douleur, Morr le père l'avait pas encore rappelé. Bordel à orques, ça remuait dans sa cervelle comme un tour de potier. Mais en plus il était empaqueté comme un rôti. C'était son sang à lui tout ça ? On en a vraiment autant à l'intérieur ? Puta madre.
Gustavo lui assurait qu'il était hors de danger. Si c'était le cas il allumerait une bougie ou deux à la grande Myrmidia. Car là c'était pas passé loin du coup de trop. Et ça fouettait. Le bétail certes, mais aussi les autres. Il voulu demander si il y avait eu des pertes, si tout le monde allait bien mais...Trop faible. La gorge trop sèche. Et par les divines mamelles, vous êtes vraiment en train de taper au marteau ? On peut agoniser dans la paix que diable ?!
Bon...C'était les travaux oui. Fallait colmater un trou format gors. Ils s'étaient pas ratés l'un l'autre. Foutus hommes-bêtes. Le Nordland le l'avait jamais laissé tout compte fait. Sauf l'Elfe, et les Hommes. Il ne restait que lui, lui, les oignons et les monstres des bois. Putain...

Puis le sommeil encore. Et de grandes femmes aux cheveux corbeaux, à l'argumentaire bien garni et portant des boucliers...Oh ça oui d'énormes boucliers. Ou bien des cheveux de feu et des lances, et puis elles...
-Qué...Que...Nan j'suis pas encore mort. Rah... Cédric n'avait pas la grâce d'un songe. Mais au moins il apprit qu'on naviguait à nouveau. Et puis ce n'était pas un pirate fluvial qui venait lui trancher la gorge. Déjà ça de gagné.
Fernando n'en menait pas large non plus. Mais au moins ils étaient tous les deux de côté-ci de la berge.
-"Par Myrmidia, je n'ai pas mérité ça... Mais... Merci Piero, ça m'a fait plaisir que tu m'aides."
-Je ne pouvais pas laisser un frère comme ça enfin...On est sur le même bateau quoi...Littéralement. Dis...Tu sais si on a perdu du monde ? Ils y sont pas allé de main morte ces bâtards, enfin. Sauf la main sur Alexandro. Un rire et...Aie les côtes. Foutues côtes.
Puis il vit le gosse. De sa voix la plus portante il lui lança :
-Merci Niño ! Ié té dois la vie sur cé coup ! Avant d'enchaîner à la remarque de Fernando, Oui...Au pays. La plus belle cité du monde... La nôtre. Combien de temps que tu l'as quitté Fernando ? Moi-même j'ai l'impression d'avoir passé plus d'années au loin que sous les clochers de la Plaza, que sur les murs... Il est long le chemin du retour. Il est long Fernando mais... On y rentre à ce pays, Myrmidia le bénisse.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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[MJ] Le Djinn
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par [MJ] Le Djinn »

Midi sonna dans la fraîcheur de l'hiver qui battait son plein. Des pas résonnèrent dans l'escalier menant au pont principal, des pas lourds de costaud. En effet il s'agissait du marin en charge de la cuisine, ou plutôt de la soupe au fourre-tout. C'est à dire qu'on y mettait tout ce qui était périssable, histoire que ça ne se gâche pas. En sortait une mixture aux arômes divers, mariant des légumes secs et quelques uns frais, avec des fruits de tout à autre. Au moins, on pouvait pas lui reprocher son épaisseur: elle était pas transparente pour deux sous, ressemblant même à de la purée certains jours. Rien à voir avec les espèces de tisanes plus proches de l'eau que du potage qu'on pouvait boire dans les auberges du Middenland! Le métier de la vente d'armes devait rapporter, et pas qu'un peu, pour que Gustavo puisse offrir aussi régulièrement ce genre de choses.

-"Allez, à la soupe les gars, double ration pour les blessés!"

Un tas de bol de terre cuite lavés à l'eau de rivière servis, des estomacs satisfait malgré le goût pour le moins salé de la décoction culinaire. Fernando, assez requinqué, se releva à son tour avant de se tenir le bras gauche.

-"Ah! Par Myrmidia c'est encore frais. Je te donne l'autre épaule."

Histoire d'aider Piero, le trantien se pencha pour offrir le bras droit à son compère d'infortune. Les plaies du bandit le lancèrent quand ses muscles se contractèrent et la grimace sur le visage de Fernando démontrait qu'il n'en menait pas large non plus. Après avoir jeté un dernier regard inquiet au trou colmaté de la coque, le duo attrapa du rab de soupe à aller manger à l'extérieur, sur le bastingage. Le passage était complexe, avec des petits rapides et un fond assez faible, forçant à naviguer lentement, voile baissée, avec prudence. Gustavo à la barre, les marins couraient en tout sens pour prendre des mesures, pousser des troncs flottants avec leurs perches, pousser les branches des arbres qui risqueraient de s'agripper au mât. La navigation sur rivière était une expérience différente de celle en mer, mais pas forcément beaucoup plus simple. Mangeant comme il le pouvait avec une main, Fernando ne put s'empêcher de commenter:

-"J'crois qu'on devait arriver ce soir à Wissenburg, mais vu comme c'est parti on va débarquer au milieu de la nuit. Hé, Alfonso, du mouvement?"

L'intéressé, un mercenaire trantien qui surveillait l'avant du bateau, une arquebuse chargée dans les mains, sursauta en se retournant.

-"Pas une queue de cerise qui bouge. Mais j'ai pas confiance, c'est toujours la merde ce passage."

Fernando haussa les épaules avant de retourner à son bol.

-"Je crois que j'ai dû faire le voyage une dizaine de fois, on a été attaqué ici... Cinq ou six fois? Comme c'est compliqué de naviguer ici les locaux le savent et font parfois des embuscades. Encore que généralement c'est des pécores qui se démotivent dès qu'on tire en l'air."

Quelques secondes de flottement, le temps d'échanger des banalités, puis un coup de feu, derrière eux. Des cris de douleur, des cris de panique et une voix en tiléen:

-"FOUTEZ LE CAMP BANDE DE LÉCHEURS DE CULS D'ORCS!"

Avec son flegme toujours aussi étonnant, le camarade de Piero ponctua:

-"Qu'est-ce que je disais. T'en as vu un Alfonso?"

-"Trois connards qui se planquaient. Y'en a un qui pourra plus jamais enculer sa femme."

C'était donc la sixième ou septième attaque sur le chemin... Devant sa barre, le capitaine souriait sincèrement, sans cet air cruel qui caractérise si souvent les marchands d'arme. A se demander si l'homme avait beaucoup de cœur ou beaucoup de cynisme.
La galère continua encore trois heures, avec de ponctuels arrêt du Hijo de Manaan sur des rochers. Rien de grave cependant, ou en tout cas rien qu'un équipage expérimenté ne savait gérer. Comme le confia Hermin, un matelot vieillissant:
"La première galère en est une, la quinzième est une routine."

En fin d'après-midi le Reik revenait à une forme plus classique, avec une large étendue d'eau profonde battue de courants moyens, l'ensemble parfait pour naviguer. Sur la rive quelques chaumières émettaient une chaleureuse fumée blanche, alors que des femmes lavaient du linge dans l'eau gelée du lac. Elles gagnèrent une bordée de sifflements de la part des soudards présent. Evidemment ils n'aboutirent à rien malgré qu'un marin jurait:

-"Hé, parfois elles nous montrent leurs mamelles!"

Restait le début de soirée et de nuit, qui se déroula dans un calme parfait. Les jeux de dés ne furent pas chanceux et personne ne souhaita vraiment jouer. La fatigue du combat tombait sur les épaules alors que l'adrénaline disparaissait. On sentait la lassitude des corps. Bientôt, au loin, une lumière lointaine.

-"Voilà Wissenburg! Nous allons rester là pour ce soir et nous la rejoindrons demain à l'aube. Nous y resterons jusqu'au lendemain matin, j'ai quelques affaires à gérer."

Même Dalien, toujours pensif dans la cale, monta pour voir ça. Au loin, dans la nuit, Wissenburg la capitale honoraire du Wissenland brûlait comme un phare dans l'obscurité. Elle n'était qu'un tas de murailles raides et sévères entourant une grosse bourgade de gouvernants frileux et de nobles déclassés, mais pour le voyageur égaré dans la nuit, elle était la plus belle lumière du monde.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Piero Orson
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Re: [Piero] Partir, c'est mourir un peu

Message par Piero Orson »

Tout en lapant sa pitance, l'aventurier convalescent ne pouvait qu'affirmer à haute voix le fond de ses pensées :
-Y a pas à dire. Si j'avais su qu'on mangeait mieux ici qu'à l'armée ou sur les routes je me serais fait garde depuis longtemps !

Il avait tourné aux brouets plus insipides que l'eau de rinçage des légumes, aux bols de lentilles et au pain noir depuis tant de semaines. La viande séchée dure comme la semelle de ses bottes lui aurait presque manqué. Mais là... Quel délice. Un potage assez épais pour tenir au corps.
Fernando proposa d'aller boire la deuxième tournée à l'air libre. M'enfin ouais. Puis il commençait à rancir à force de fixer le cul des bêtes ou les planches de la cale. Bras dessus, bras dessous, on se portait dehors comme deux éclopés s'en allant à la la piazza.
-Nous auront pas raté ces enfoirés hein ? Par tous les dieux j'ai vu plus de ces salopards d'hommes-bêtes en six mois d'Empire que dans toute une vie en Tilée. Et y avait même pas de minotaure cette fois-là.
Sous les bandages ça frottait, ses plaies le tiraillaient... Pas une vie d'avoir si mal j'vous le dit.

Une fois sur le pont il observa le manège des marins, sous les explications de Fernando. Un bien beau bordel pour circuler sur ce fleuve, et niveau bordel il était une référence académique.
-Tu sais c'qui me manque Fernando ? Les pâtes. Ces sauvages ne connaissent pas ça, un bon plat de pâtes à l'ail et à l'huile. Ou Cacio e pepe. Et les gressins ? Quand j'avais un ou deux sous avec Mamma on en achetait dans les boulangeries de la via mugnaia. C'est peut être pas le lieu parfait dont parlent les chansons mais c'est chez nous.

Puis lorsque la discussion dériva sur les attaques, il pensa un instant à son passé. Après tout. Des fourberies, guetter les chariots aux passes les plus étroites, frapper comme une bande de rapaces. Il l'avait fait. Comme quoi être d'un côté ou de l'autre du canon d'une arquebuse ça dépendait de bien des choses. Et Alfonso tira. Aïe. Lui il l'avait pas volé. Foutus impériaux, à toujours imiter le génie tiléen.

-"Trois connards qui se planquaient. Y'en a un qui pourra plus jamais enculer sa femme."
Bien entendu il se fallait de commenter : -Parait que le prince de Tobaro en a fait greffer une en or sois pas surpris.
Un ramassis de gardes brutaux, des marins taciturnes, un vendeur d'arme à la conscience bien trop tranquille, des gosses de riches ennuyés et votre serviteur, la croisière s'amusait sur le Reik. Pour un peu il avait l'impression de n'être jamais parti.

Puis, observant le paysage monotone, Piero chantonna, tout en se perdant à la vue des arbres, du fleuve, et en écoutant les invectives des marins et les discussions de fond de caserne de Fernando et des gardes.

Qu'elle est longue la route pour ceux qui rentrent chez eux... Un sentier semée de doute, un chemin de mille lieues... Mais plus longue encore est ma voie, car je n'ai pas de chez moi...

Plus tard il vit les marins et les gardes se ruer contre le bastingage, tout en claudiquant il s'approcha aussi. On sifflait, avec toute la beauté du mâle affamé, une bande de lavandières. Entre deux frères de ville mimant des gestes obscènes, il fit un mouvement de gentilhomme, saluant les impériales avec une révérence de son couvre-chef. Il fallait garder un peu de courtoisie pour changer. Toutes les femmes n'étaient pas des putains... Sauf Maman.

-Du nerf les gars, vous aurez toutes les mamelles que vous voulez à la ville...

La soirée fut morne. Certains étaient à peine assez vivant pour se plaindre, incapables de jouer aux dés ou aux cartes. Pour occuper le temps de ces messieurs, il demanda à Alexandro de lui passer sa guitare.

-J'avoue que d'habitude je chante devant un public bien plus charmant et prompt à lâcher des pistoles mais...Je ferais exception ce soir. Haut les cœurs figli trantini.
C'était ce genre de chansons qu'il apprenait auprès de Fantini, de Serena et de toute la bande, quelques accords et on y collait des paroles à chanter tous en chœur au premier refrain.

Briller comme une étoile filante
C'est l'aventure qui les tente
Et puis cet étrange pouvoir
Qui s'est glissé dans leur regard.
Vivre plus riches que les autres
Avoir un pied dans le futur
Vivre les rêves qui sont les nôtres
Et obéir à sa nature.

C'était vraiment une bande de républicains, que leur sommeil morrien reste paisible, ils lui manquaient comme d'autant de parents et de frères.

Puisque rien ne dure vraiment
Et les princes des villes
Ont bien besoin d'armure
Sous leurs belles dorures.
Les rêves sont faciles
Et leurs portraits à l'huile
Sont accrochés aux murs.
Mais rien n'est vraiment sûr
Et l'avenir fragile
Pour les princes des villes.
Des idées nouvelles
S'élèvent dans les ruelles
Par des penseurs rebelles.


Ça oui, l'avenir était bien fragile. Pour les princes des villes comme pour les pauvres débiles. Pour les rois de la rue et ceux portés aux nus. Très fragile.

Qu'on les adore, qu'on les jalouse
Comme des maîtresses andalouses
Qu'on leur élève des statues
Qu'on les affiche dans les rues.
Mais au matin d'un nouveau jour
Qu'on les piétine, qu'on les insulte
Qu'on établisse de nouveaux cultes.
Et qu'on les oublie pour toujours
Puisque rien ne dure vraiment.


Barde c'était un métier pas si terrible, mais toujours trop de problèmes. C'était un coup à se faire embrigader dans les problèmes familiaux de quelque nobliaude. Trop de risques, pas assez de retour sur investissement. Alors qu'aventurier au grand cœur. C'était de quoi devenir le protagoniste d'une légende. Une légende qu'il écrirait lui même au besoin.

Mais les princes des villes
Ont bien besoin d'armure
Sous leurs belles dorures.
Les rêves sont faciles
Et leurs portraits à l'huile
Sont accrochés aux murs.
Mais rien n'est vraiment sûr
Et l'avenir fragile
Pour les princes des villes.
Des idées nouvelles
S'élèvent dans les ruelles
Par des penseurs rebelles.
Des rêves et des mots
Vibrent sur les toits de Trantio
Et de Miragliano.
Des idées nouvelles
S'élèvent dans les ruelles
Par des penseurs rebelles.
Des rêves et des mots
Vibrent sur les toits de Trantio
Et de Miragliano.


Ensuite c'était l'heure de s'allonger. De s'allonger et de laisser mère nature, cette peau de vache de Rhya, lui recoudre tous les trous qu'il avait dans le corps. C'était pas une vie d'avoir autant de plomb sous la peau à son âge. Pas une vie ça...
L'aube arriva et avec elle l'escale wissenburgeoise. Tous ceux qui le pouvaient se précipitèrent sur les quais de la capitale officielle du Grand Comté. Claudiquant derrière eux, les blessés valides, moustachu chapeauté inclus, avançaient pour découvrir ce que pouvait offrir les immeubles tordues et les rues de la ville. À croire que c'était un instinct naturel chez la gent tiléenne que de traîner dans les allées des cités du vieux monde. Il était trop tôt pour le bordel ou la taverne. Mais il y avait de quoi visiter jusqu'à l'heure de la graille.
Quelques statues souillées de fientes représentant tel ou tel héros des guerres de l'Empire, le bal des petites gens qui se levaient tôt pour trimer jusqu'à tard. Par contre ce que constatait les deux trantiens c'était à quel point les plus habillés avaient l'air coincé. D'après Fernando c'était parce que c'était une capitale. Peut-être. Ils passèrent devant des poutres calcinées que le temps avait commencé à attaquer. Ils apprirent que c'était le lupanar locale. Et un soupir de désespoir résonna jusqu'au versant septentrional des voutes.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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"Ma qué ?!"

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