[Fallout] Hommes d'honneur [Aventure - Chapitre 1]

Où s'écrivent les histoires, hors du temps et des règles compliquées du monde réel...
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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[Fallout] Hommes d'honneur [Aventure - Chapitre 1]

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Lundi 11 octobre 2280.
9h43
Station de métro Châtelet-les-Halles, commune de Paris
10°C, nuageux.





Le Forum des Halles est une ruche. Une immense cité souterraine antédiluvienne, un monument bâti pour représenter le raffinement et l’excès Parisien, de ce qui avait été la Ville-Lumière cherchant, avec une grande insolence, à se faire reconnaître comme la capitale de l’Europe. Au beau milieu du 1er arrondissement, au cœur même de la cité de Paris, la terre avait été creusée et dynamitée pour y constituer un immense abysse, dans laquelle les touristes et les riches habitants de la ville pouvaient, sans se presser, arpenter des galeries marchandes, des épiceries fines et des salles de cinéma dernier-cri, dans une ambiance détendue grâce à des sculptures de marbre, des fontaines, des jardins souterrains, et des hologrammes accueillants, toujours prêts à guider ses visiteurs temporaires.
Le Forum des Halles était à l’image de ce qu’était la France rêvée d’avant-guerre : Un paradis. Un paradis froid, aseptisé, où règne la tranquillité garantie par un ordre froid et imperturbable. On trouvait dans le Forum un commissariat disposant d’une armurerie, et la police parisienne était toujours prête à mater d’éventuels fauteurs de trouble avec une violence aussi brutale que rapide.

Puis les hordes sino-soviétiques s’étaient déversées sur la métropole. Et le Forum des Halles devint une base militaire, et elle en avait laissé des traces : le long de la canopée, on trouvait la carcasse rouillée d’un char d’assaut ZTZ-177, et le long des murs, d’innombrables affiches et posters jaunis et déchirés du Secrétariat à la Coopération et Amitié Franco-Chinoise, qui rappelaient en termes simples, laconiques, l’importance du silence, de la méditation, et du travail.

Et ensuite il y eut les bombes. Il y eut le feu atomique. Il y eut la colère sainte, le hurlement des Anges, le retour du Messie, et l’ordre de Dieu tout-puissant : « HOLOCAUSTE »
Et alors le peuple de Paris se rua dans la station, il s’enferma sous terre, il profita de la protection du béton armé et de l’espace des commerces et des rames RATP pour se réfugier face à la contamination radioactive. Ils rebâtirent une société. Ils rebâtirent une civilisation. Pour des décennies, ils restèrent ainsi, dans l’insalubrité, dans l’humidité, à vivre de peu, à nourrir leurs enfants, à retrouver leurs prédations humaines, leurs rivalités idéologiques, leur cupidité égoïste, et, il est vrai, parfois, leur solidarité, leur amour du prochain, leur union face aux éléments, face aux créatures mutées qui s’immiscent dans les souterrains, face à la nécessité d’entretenir les systèmes mécaniques et électroniques qui leur permettent de boire, de manger, de s’éclairer, de respirer.

Deux siècles étaient passés. Châtelet-les-Halles s’était rouverte. La surface commençait à être reconquise. On se reconnectait avec le continent. On recommençait à voyager. Plus lentement. Avec de plus grands dangers.
Mais Paris était redevenue ce qu’elle avait été par le passé :

La Ville-Lumière.

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L’essentiel du quotidien d’une bande de la Pieuvre, c’est de garder son quartier.
Loin d’être une famille mafieuse parfaitement hiérarchisée et organisée, le Milieu Parisien est en fait un foutoir de gangs, de bandes, de petits groupes qui se contentent de collaborer à couteaux tirés, et d’assurer leur survie en reversant diligemment, chaque mois, une part de leurs bénéfices au Parrain qui trône au-dessus d’eux depuis son confortable étage de la Tour Montparnasse. Depuis trois ans maintenant, Jérôme Franc avait saisi de force le pouvoir, en faisant tuer ou plier tous ses concurrents. Après deux décennies de règne de Pierre Hutain depuis la station « Gare de Lyon », une nouvelle ère semblait se dessiner pour le Milieu.

Une bande doit vendre. Dealer. Plus-ou-moins discrètement, selon la collaboration des autorités. À Châtelet-les-Halles, plus grande station Parisienne, et lieu de vie de dizaines de milliers d’âmes au moins, plaque-tournante du commerce international (Le mot n’avait rien d’anachronique, tant Paris était peuplée), ces autorités étaient de moins en moins tolérantes. Les « Mousquetaires », nom des mercenaires servant de guet à Châtelet, ignoraient autrefois le commerce de stupéfiants, qui était somme toutes un produit comme un autre, entre les côtelettes de porc brillant, les munitions de .38 spécial, et les êtres humains.
Mais la Commune de Paris s’était fondée. Alors qu’autrefois la Ville-Lumière était connue pour son anarchie, la menace du Duc de Normandie et ses hordes de chevaliers aussi bien entraînés qu’équipés avait fait craindre à toutes les stations, toutes les communautés et toutes les factions Parisiennes de devoir accepter l’ordre et la loi Normande, notoirement écrasante. Dorénavant, une parodie de gouvernement existait à Paris. Un conseil municipal clientéliste et incompétent, des délégués corrompus et paresseux – mais un gouvernement quand même. Et soudain, la drogue qui n’était qu’un produit comme un autre, commençait à être banni de station en station, sous les auspices bienveillants du diocèse apocaliste de l’Île.

Loin d’endiguer le problème de la consommation, la prohibition n’avait fait que rendre la Pieuvre plus puissante. Si un produit est illégal, son prix augmente, alors que les taxes disparaissent, mais le transport doit être assuré par des armes à feu et des pots-de-vins. Châtelet n’était pas le siège de la Pieuvre, mais c’était l’endroit où on pouvait s’enrichir, si on n’avait pas peur de finir au pilori des mousquetaires, ou dormir avec les Mollusques de la Seine.




Tito se réveillait, comme toujours depuis plusieurs semaines maintenant, avachi dans des draps confortables d’une petite chambre exiguë, mais coquette – une rame de métro RATP qui avait été retapée pour servir de lieu de vie aux loyers exorbitants. Il y avait des photos sur le pan de contre-plaqué apposé à la tôle de la rame, et un fusil de chasse à deux-coups qui trônait au-dessus du lit. Une petite commode avec un abat-jour en peau humaine, qui servait à limiter la lumière d’une lampe à huile.
Et dans le lit, quelqu’un d’autre, en train de dormir avec de la bave dégoulinante du coin de ses lèvres – Arthur, un homme d’honneur.
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Tito n’était pas homosexuel, mais il n’avait plus eu le confort d’une chambre et d’un matelas depuis bien longtemps, alors il s’y résignait. Arthur lui avait permis d’avoir trois repas chauds par jour, et une douche chaude le matin, ce qui dans un tel monde était un véritable luxe – un luxe que la famille Tancredi s’offrait, avant que le culte Apocaliste ne décide de serrer ses griffes autour de la Provence, comme il serrait aujourd’hui ses griffes dans Paris. Depuis que les Ducs de Normandie avaient lié leur destin aux curetons et aux soutanes, ces férus d’anges et de croix devenaient de plus en plus omniprésents. C’était un miracle que Paris ait pu se former et les repousser il y a quatre ans. Un miracle qui risquait d’être très bref, tant on connaissait la réputation belliqueuse et guerrière des voisins de l’autre côté du Vexin.

Arthur l’avait trouvé au bordel. Il n’y entrait jamais avec son beau complet-cravate – l’homosexualité peut souiller un homme d’honneur, c’est un motif pour l’humilier, et ensuite l’égorger et le laisser se vider de son sang dans un caniveau. Mais peut-être était-ce là un grand avantage, un moyen de pression sur lui.
Qu’est-ce que Tito savait de lui ? Ce qu’il avait bien pu lui dire, et ce qu’il avait découvert par lui-même. Qu’il était le fils d’un Albionnais – son père venait de Grande-Bretagne, et s’était installé à Paris pour monter une brasserie à Charenton. Elle avait fait faillite après quelques années d’activité. Il était devenu « associé », le nom qu’on donne à toutes les petites mains et ceux qui rendent des services divers et variés au Milieu. Alors qu’il avait quatorze ans et qu’il traînait où il valait mieux ne pas traîner, il s’agissait surtout de faire le guetteur, puis, on lui avait filé une douzaine de seringues de Med-X à garder sous son oreille dans une sacoche. Il gravit les échelons petit à petit, jusqu’à ce que, à l’âge de vingt-trois ans, un mentor accepte de le parrainer pour entrer officiellement dans la famille.
Il lui fallait commettre un crime de sang. C’était la nécessité pour être baptisé : tuer quelqu’un. Un concurrent gênant, un témoin qui va dire des crasses, un truand qui cherche à se repentir en rejoignant le clergé Apocaliste, et dont on craint qu’il aille donner des infos… Peu importe. Personne ne fait officiellement partie du Clan sans avoir pris une âme humaine. Toujours un assassinat de plein jour, devant des témoins, fait par un jeune gamin tête-brûlée qui s’enfuit en courant sitôt avoir vidé son barillet – c’était la preuve de l’impunité du Milieu.
Après quoi on pouvait bien faire une cérémonie grandiloquente où on saigne sur un dessin de pieuvre tentaculaire, et se tatouer la peau pour commémorer sa vie de criminel.

« Tiens, tu me fais du café mon poussin ? »

La voix rauque du mafieux, rendue nasillarde par de la morve bouchant son nez, résonna doucement. Il renifle pour avaler le mucus, toussote un peu en se redressant.
Ce n’était pas un brave type. Tito l’avait vu s’énerver une fois dans un bar. Une bagarre qui avait dégénéré, à partir d’un rien ; Arthur avait défoncé le crâne d’un type en le tabassant encore, et encore, sous la semelle de sa godasse. Personne dans toute l’échoppe n’osa bouger pour arrêter l’ivrogne – toucher un homme d’honneur, c’est péché.
Il faisait flipper. Il était grossier, et rustre. Mais il saurait protéger Tito, pour l’instant. Et surtout, il avait mêlé son amant à la bande. Il l’avait fait entrer en tant qu’associé, après avoir vu de quoi il était capable.

Alors que Tito ait à servir le petit déjeuner au lit, c’était peut-être un petit prix à payer pour le tremplin qui lui était ainsi offert.

« Cet aprèm’ on va chercher du produit hors de Paris.
T’es prêt à conduire la bagnole ? Ça se trouve pas partout des gens qui savent conduire une bagnole, faudra surtout pas décevoir, hein. »


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Habdaik
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« Tiens, tu me fais du café mon poussin ? »

-Tout de suite Boss

Les pieds nues de Tito le trainèrent jusqu'à la cafetière italienne installée sur un réchaud. C'était du café de seconde vie, la denrée était si rare (venue de l'autre coté de la mer, imaginez le périple) qu'une fois utilisé le café était séché à nouveau, pour être réutiliser, puis séché encore et encore. Là, c'était un café "seulement" de seconde vie, autant dire du caviar, preuve s'il en fallait de la stature et du luxe que pouvait se permettre Arthur.
Tout ces mois passés à sucer mieux et plus à fond que les autres gigolos avaient fini par payer.

Il ne lui manquait plus qu'un type comme Arthur. Certes, les amis de ce dernier présentaient un fort taux de mortalité, mais Tito n'avait pas prévu de graviter longtemps autour de cette misérable petite frappe des bas fonds puants de Babylone. Arthur était son tremplin, la seconde étape de son ascension jusqu'au trône. Pour Tito il n'existait pas une telle chose que le "juste milieu" dans la vie, soit on était un Baron, soit on dormait avec les poissons.

« Cet aprèm’ on va chercher du produit hors de Paris.
T’es prêt à conduire la bagnole ? Ça se trouve pas partout des gens qui savent conduire une bagnole, faudra surtout pas décevoir, hein. »


ENFIN !
Tito eut un sourire si éclatant qu'il en faillit renverser son café.
Évidemment que Tito savait conduire. Il conduisait avant même de savoir marcher, son père le prenant sur ses genoux, lui prenant le volant de son coupé sport, relique inestimable. Ah, que de souvenirs les courses entre nobles à Monaco, toute la fine fleur de Provence et d'Italie. Moi j'étais sur les circuits monégasque là où toi, sombre glaire, tu essayais de réveiller ta mère qui comatait après son dernier shoot pour réclamer quelques miettes de bouffe. Sombre glaire !

-Oui ça ne se trouve pas partout. T'as bien vu de quoi j'étais capable la dernière fois chou. Je peu te dire que j'ai piloté plus de bagnoles que n'importe qui ici, nous les italiens on a le sport automobile dans...
-Attends, je crois que tu me confonds avec quelqu'un qui en a quelque chose à foutre de ce que tu dis. Alors bouffe un truc en vitesse et enfile vite quelque chose avant que ce soit moi qui le fasse.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Fallout] Hommes d'honneur [Aventure - Chapitre 1]

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Avant de partir, Arthur attrapa un gros sac de gym qu’il cachait dans une armoire fermée par un solide verrou à code chiffré.

On croisait le monde entier aux Halles de Paris.

Quittant les ténèbres de la station de métro, Tito et Arthur, revêtus de longs par-dessus qui cachaient de jolies chemises de cachemire de Hase, et, dans le cas d’Arthur, un holster près du ventre pour son pistolet, le duo de serviteurs de la Pieuvre rencontraient la grandeur et l’exotisme des habitants. Au-dessus des rames qui avaient été ménagés en étables grillagées pour des animaux grouillants et puants, on pouvait sentir des épices de l’autre côté de Méditerranée, croiser des marchands parlant toutes les langues, découvrir des bonhommes tatoués provenant d’Albion et des Sabins d’Italie ; Surtout, on croisait énormément de Rhénans. Venus de Nancy, de Strasbourg, de Mayence ou Cologne, des hommes vêtus de cuir et des femmes aux jolis bracelets d’étain autour de leurs chevilles étaient de plus en plus nombreux ici, se vendant comme caravaniers ou pelleteurs de merde de Brahmine ; selon la rumeur, ce pays hostile et dangereux était soumis à une folle dingue nommée Épona, qui forçait les tribus et les communautés qu’elle rencontrait à se soumettre ou à fuir. Avec leurs vieillards et leurs gosses, de nouvelles bouches à nourrir échouaient dans la Commune de Paris, avec l’espoir de se faire un sort.

On voyait des gens à la peau noire, d’autres avec des yeux bridés. On voyait des descendants de dizaines de peuples, anciens ou nouveaux. Des juifs qui priaient selon un rite millénaire, rescapé d’un Déluge bien plus lointain ; et des animistes qui avaient découvert de nouvelles croyances dans ce qui restait du feu atomique. C’était tout ça, Paris.

Il y avait surtout beaucoup d’hommes armés. Les Mousquetaires, les flics du coin, étaient beaucoup plus forts qu’à une autre époque. Avant la bataille de Poissy, ils n’étaient qu’un groupe de mercenaires parmi tant d’autres, gagnant du fric en allant nettoyer des stations face à des monstres mutants. Mais depuis que les Normands avaient été obligés de se replier devant Paris, les Mousquetaires étaient devenus une force militaire éprouvée et respectée. On voyait leurs uniformes azur tout autour des Halles, fusils lasers ou armes à feu hétéroclites bien dégainées à la vue de tous. Ils faisaient rêver les gamins qui faisaient la queue pour se faire engager.

Finalement, Tito et Arthur quittaient le complexe et marchèrent longuement dans les avenues vides de Paris. Les grands complexes Haussmanniens rasés, les voitures désossées depuis fort longtemps part des récupérateurs. Les artères Parisiennes, autrefois pleines de monde, n’étaient plus parcourues par les caravanes qui allaient d’une station à une autre, les gangs psychotiques, et les rapaces qui évitaient soigneusement les goules sauvages et les robots fous pour chercher du matériel à aller piller et revendre.

Rue Étienne Marcel, Arthur s’arrêta devant une grosse porte de garage verte. Il toqua dessus selon un certain rythme, puis appuya sur la poignée, sans trop se gêner.
À l’intérieur, un gros homme, chauve et laid, était avachi sur une table à jouer au solitaire à la lueur d’une bougie, la clope au bec. Il la retira de ses lèvres et l’écrasa dans un cendrier en voyant les deux arrivants, qu’il salua de la main.

« Hé là, boss.
– Pas d’emmerdeurs ?
– J’aimerais bien les voir essayer, boss. »

Le gros monsieur s’appelait Harmann ; un Rhénan, à en juger par son accent. Pour ponctuer sa menace, il posa sur la table un gros fusil à canon scié retapé, un double-canon qui crachait du calibre 12 à courte portée.
Arthur approuva d’un simple hochement de tête, et guida Tito à l’intérieur du garage.
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Tito s’était vanté d’avoir déjà conduit des véhicules de course ; La caisse du garage était bien loin de ressembler aux bolides monégasques. C’était une vieille Renault citadine, aux portes rouillées et à la peinture qui foutait le camp, le pare-brise et l’habitacle fait de morceaux de différents modèles – c’était très difficile de trouver une voiture qui n’avait pas été cannibalisée par des récupérateurs, et très peu de modèles d’origine subsistaient encore.
Au moins la voiture paraissait en état de marche. Un mécano avait la tête dans le capot surélevé. Arthur siffla très fort.

« Holà, Ambroise, comment ça va ? »

Ambroise s’éloigna du capot, jeta son chiffon contre son épaule et alla à la rencontre des deux.
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Ambroise avait une sale tête. Crâne dégarni comme le portier, il était vêtu de haillons et avait une jambe blessée enfermée dans une attelle.
Arthur vint lui serrer virilement la main, avant de désigner son camarade.

« Tito, je te présente Ambroise, ex-récupérateur qui m’aide pour quelques services. Ambroise, je te présente Tito, ça va être mon porte-flingue.
– Salut mon gars. »

Ambroise serra la main de Tito avec sa pogne pleine de suie et de liquide de vidange. Arthur observa la voiture en posant ses mains sur ses hanches, et siffla d’admiration.

« La bagnole tiendra jusqu’à la Chevreuse ?
– C’pas un tout-terrain, faut rester sur la route autant que possible, mais j’ai rechargé la pile à fusion ; vous d’vriez faire l’aller-retour sans soucis.
Là j’ai changé les plaquettes de frein. Pas retapé plus que ça.

– C’est sympa Ambroise, merci bien. »

Arthur jeta son sac de gym sur le sol. Il ouvrit la fermeture éclair et tira de l’intérieur du sac une grosse liasse de billet qu’il lança en l’air. Ambroise leva sa main pour la récupérer au vol, et recompta à toute vitesse.

« Du papier-monnaie des Flandres, ça.
– C’est peut-être du papier mais ça a de la valeur.
– Jusqu’au jour où Épona fera cramer Anvers…
– Rah, tu vas pas t’y mettre à croire à ces conneries, toi aussi ?
D’après ce que j’ai compris c’est juste une grosse gouine entourée de gigolos en pagne et avec des lances. Si c’est pas les Normands qui lui montrent c’est quoi des vrais hommes, ça sera Paris.

– La prochaine fois qu’tu me payeras, j’exigerai que ce soit en argent ou en or.
– Fait pas chier, Ambroise, t’es pas irremplaçable.
Allez, casse-toi. »


Ambroise fit un simple hochement de tête et se cassa sans demander son reste. Arthur soupira, avant de faire signe à Tito de s’approcher.
Son sac de gym débordait de liasses de billets. Il devait y en avoir pour dix à vingt mille florins là-dedans. Si Tito lui volait le sac et mettait le pied au plancher pour atteindre les Flandres, il y avait probablement de quoi flamber pendant quelques mois dans les villes marécageuses du carrefour du commerce Européen.

« Maintenant le but de notre journée c’est d’atteindre la baronnie de Montabé, dans le parc de la Chevreuse. Tu verras, c’est magnifique : d’immenses champs à perte de vue, remplis d’esclaves qui font pousser les plantes avec lesquelles notre chimiste synthétise notre produit.
Mais comme tu vois, je me trimballe avec un bon pactole sur moi, et rien que ça c’est dangereux, alors… »


Il tira quelque chose de son pantalon : Un flingue.
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On aurait dit un de ces vieux pistolets de l’armée chinoise, mais la crosse avait été entourée d’un scotch bleu pour que la main adhère mieux. Arthur appuya sur un bouton pour faire tomber le magasin, puis l’inséra de nouveau en tirant sur la culasse pour l’armer.

« Quinze balles, 9mm. Si jamais quelqu’un nous emmerde tu dois être prêt à l’utiliser.
Tu sais te servir d’un flingue, hein ? Je peux te faire confiance avec ? »


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Habdaik
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Message par Habdaik »

Ça y est ! Mon heure est venue ! Sono tornato, Co-Dillo !

Tito était fier. Tito avait le sourire. Tito avait l'assurance retrouvée du prince né qu'il était ! Menton haut, dos bien droit, il lissait sa moustache bien trop entretenue et élaborée pour un parisien.
Tito faisait tache dans le tableau.

Arthur, malgré sa belle gueule et ses sapes sublimes, se comportait comme toute crapule de Paris : c'est à dire avec une démarche entre celle d'un gorille dos argenté et celle d'un Mac de New York dans les années 70. Une main sur sa boucle de ceinture, l'autre ballante sans but aucun, croulante sous le poids de ses chevalière, bracelets et autres montres dorées. Mastication de chique, regard de celui qui avait vu la guerre et en été revenu, renâclant comme un ancien de 80 piges qui observait avec dédain et dégout cette "jeune génération de fiotte", Arthur avait tout du Parisien parfait : un mépris affiché pour tout ce qui s'offrait à sa vue et un orgueil de petit dictateur en puissance manifesté avec un éclat des plus brillant.

Arrivés devant une porte de garage, rue Étienne Marcel, Arthur expulsa sa chique baveuse avant de toquer le code lui permettant d'ouvrir le garage.
A l'intérieur ils furent accueillit par une énorme masse de Knödel, l'air tout aussi crapuleux qu'Arthur, quoique plus sobre dans son accoutrement.

Un autre larrons émergea d'un tas de tôle rouillé.

« Tito, je te présente Ambroise, ex-récupérateur qui m’aide pour quelques services. Ambroise, je te présente Tito, ça va être mon porte-flingue.
– Salut mon gars. »
- Respect mon gars.

« La bagnole tiendra jusqu’à la Chevreuse ?
– C’pas un tout-terrain, faut rester sur la route autant que possible, mais j’ai rechargé la pile à fusion ; vous d’vriez faire l’aller-retour sans soucis.
Là j’ai changé les plaquettes de frein. Pas retapé plus que ça.
– C’est sympa Ambroise, merci bien. »

Tito siffla à son tour d'admiration, jetant un regard par la fenêtre coté conducteur du véhicule.
"Véhicule", c'était quasi littéralement un moteur de tondeuse à gazon autour du quel on aurait scotché du carton et de la tôle.
C'était une veille rogne, un tas de rouille avec l'élégance d'un parpaing. En somme une belle merde montée sur quatre pneus déglingués.

- Du super boulot mon gars ! T'as du y passer quelques heures. En tout cas ce bolide a un look du feu de dieu. Beau boulot, vraiment.

La conversation continua sans prendre plus en compte l'intervention aussi inutile que baveuse de Tito.

« Du papier-monnaie des Flandres, ça.
– C’est peut-être du papier mais ça a de la valeur.
– Jusqu’au jour où Épona fera cramer Anvers…
– Rah, tu vas pas t’y mettre à croire à ces conneries, toi aussi ?
D’après ce que j’ai compris c’est juste une grosse gouine entourée de gigolos en pagne et avec des lances. Si c’est pas les Normands qui lui montrent c’est quoi des vrais hommes, ça sera Paris.
– La prochaine fois qu’tu me payeras, j’exigerai que ce soit en argent ou en or.
– Fait pas chier, Ambroise, t’es pas irremplaçable.
Allez, casse-toi. »

Et Tito de rajouter, un sourire en coin tout en gardant un œil sur Arthur pour guetter la moindre trace d'approbation :
-Ouais c'est ça, casse toi pov'con !

Le vieux mécano eut tôt fait de tourner des talons.

« Maintenant le but de notre journée c’est d’atteindre la baronnie de Montabé, dans le parc de la Chevreuse. Tu verras, c’est magnifique : d’immenses champs à perte de vue, remplis d’esclaves qui font pousser les plantes avec lesquelles notre chimiste synthétise notre produit.
Mais comme tu vois, je me trimballe avec un bon pactole sur moi, et rien que ça c’est dangereux, alors… »

Tito connaissait vaguement le coin, les quelques mois d'esclavage dans les plantations autour de Paris lui permettait d'imaginer sans trop de difficulté vers quelle genre de paysages ils allaient devoir évoluer.

A la surprise de l'italien, Arthur lui confia une arme. Une petite pétoire d'avant guerre, une relique rafistolé par quelques soudures et du scotch de chantier. Magnifique.
Tito n'était clairement pas un as de la gachette. Il avait bien tiré quelques fois à la carabine et au fusil de chasse. En Provence, on éduquait les jeunes nobles au maniement de la lance et surtout de la rapière. Ce genre de gadget était vue comme une arme de lâche, de sournois et de bandit.

« Quinze balles, 9mm. Si jamais quelqu’un nous emmerde tu dois être prêt à l’utiliser.
Tu sais te servir d’un flingue, hein ? Je peux te faire confiance avec ? »


-T'inquiètes Boss, je suis avec toi. Je vais pas te décevoir, je peux te le jurer.


Arthur lui claqua la joue pour tout acquiescement avant de se glisser sans plus attendre dans le véhicule, son sac de frique sur ses genoux et, sur le sac, son canon scié.

Tito prit immédiatement place coté passager, ayant le réflexe bien inutile de chercher une quelconque ceinture de sécurité. Puis il se mit en quête d'une clés pour démarrer ce tas d'ordure rouillée. Pour toute réponse, Arthur lui tendit un tournevis.
Mais t'es le maitre étalon de la stupidité, pauvre glaire, qu'est ce que tu veux que j'en foute de ta connerie ?
-Heu, il y a une clé pour démarrer Boss ?
-Ouais, mets ce tournevis dans le démarreur.
-Ha.

Étonnamment le moteur rugit immédiatement après que l'outil eut violer l'un de ses orifices. Tito resserra sa prise sur le volant, il comprit aussitôt que cette saloperie allait se manœuvrer comme un char de la première guerre.

-On est partis Boss !
-Ok, je vais te guider. Rien de plus con pour l'instant, faut longer la seine plein Est puis piqué sur l'A6. Je garde l’œil ouvert.


* * *

La première demie heure fut la plus laborieuse, évoluant parfois au pas au milieu des ruines parisiennes. Arthur se trouvait aussi tendu qu'un rad-pigeon auquel on aurait coupé les ailes et lâché dans le métro. Il furetait tout azimut, une main sur le flingue et l'autre plus occupée à éponger la sueur dégoulinante de son front.
Mis à part quelques récupérateurs et une goule hébété sur les bords de Seine, le voyage fut des plus affreusement ennuyant pour Tito. Une fois que l'échangeur donnant accès au périphérique atteint, l'italien eut la plus désagréable des surprises de constater que son véhicule ne pouvait pas dépasser les 50. Une vitesse qu'il estimait purement au nez, car là où se trouvait jadis le cadran des kilomètres/h et la jauge de charge de la batterie, ne se trouvait plus qu'un trou béant donnant un accès privilégié au moteur.
FANTASTIQUE.

A ce rythme, ils en auraient pour trois heure de route, uniquement pour l'aller !

La route se fit plus calme et moins encombré par la suite alors qu'ils s'engageaient sur la portion d'autoroute. Le chemin fut monotone assez de secondes consécutives pour qu'Arthur trouve le temps insupportablement long et qu'il décide d'y remédier en se roulant un petit stick de hashish.

Ils croisèrent plus de monde sur cet axe routier, déjà plus entretenu que les autres. Des marchands, des négriers, quelques caravanes. Plus rien pendant un long moment. Un poste de garde abandonné. Quelques tentes défoncés. Encore des négriers.
Les seules autres véhicules qu'ils croisèrent fut aux abords de Villejuif, il s'agissait là d'un convois de camion, escortés par quelques buggy bien armés. Un camion citerne qui pouvait contenir aussi bien du lait de brahmine que de l'huile ou de l'eau purifiée.

Arthur interrompit alors son roulage d'un troisième stick en apercevant au loin quelques casques étincelant marchant dans la même direction que eux. Ils étaient cinq, peut être six, dont deux tabards des "mousquetaires" évoluant aux cotés de leurs alasytns chargés. Les casques étincelants appartenaient à un autre groupe de mercenaire bien connu de la capitale, "les gardes élyséens". Jadis un simple gang de tox évoluant dans la capitale, ces derniers avaient changé radicalement après avoir dévalisé l'armurerie de l'ancienne garde républicaine. Depuis ils pavanaient avec leurs ridicules casques à plumeaux, vendant leur service aux plus offrant.
Les gardes élyséens et les mousquetaires c'étaient tirés la bourre pendant plusieurs années, tout du moins jusqu'à la bataille de Poissy. Depuis il était devenu aussi étrange que fréquent de voir les deux groupes mercenaires évoluer dans des unités mixtes aux alentours de la capitale. Mais ne vous y trompait pas, ces derniers agissaient la plupart du temps plus comme des bandits de grands chemins que comme des douaniers intègres !

-AH ! Regardes moi ces petites lopettes ! Hurla Arthur en les voyant.

Soudainement surexcité à la vue de cette bande de mercenaire, Arthur prit le volant pour essayer de les faire davier dans leur direction en vue d'opérer un strike et ainsi de laver un affronts passé dont notre pauvre Tito ignorait tout.
Tito, paniqué alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres des mercenaires qui se précipitaient sur le bas cotés, tira le volant de son coté pour éviter de justesses les canassons chargés du groupe de mercenaires.

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Lundi 11 octobre 2280.
13h15
Manoir de Montabé, Commune de Paris.
12°C, nuageux.


La guerre avait fait que plus l’on s’éloignait de Paris, plus les routes devenaient praticables.

La capitale s’étalant à l’horizon le long du périphérique, on pouvait y découvrir tous les stigmates du Déluge – les carcasses rouillées de véhicules blindés, les stations-essences où flottaient des drapeaux de groupes armés, les antennes relais arrachées net comme par un géant, les glissières d’autoroute soufflées… Depuis deux siècles, les caravaniers avaient vidé les embouteillages de familles entières partant en exode dans des monospaces et des citadines avant de tomber en rade faute d’essence ou de piles rechargées : les restes des véhicules jonchaient les ravins et le bas-côté, devenant des nids grouillants de mouchams qu’il fallait sortir au gaz et à la grenade à fragmentation.

Mais enfin, rapidement, ce ne fut que l’ennui. Arthur ayant soulagé sa crampe, le capo s’était désintéressé de son comparse conducteur pour s’acharner sur le reste d’autoradio ; mais il avait beau tourner le bouton dans tous les sens, tout ce qui sortait des ondes n’était qu’une friture bruyante.

Il fallut qu’il parle à nouveau à Tito lorsque vint le moment de s’engager sur des départementales. Ils suivirent la vallée de l’Yvette, parcoururent un ruisseau, et traversaient des ruines calcinées et pillées de lotissements péri-urbains. Certains étaient occupés par quelques modestes communautés –
cinq bramines et huit familles, c’est assez pour déjà constituer un village qui vit d’une simple agriculture, surtout quand ils ont des fusils pour se défendre. Ils parcouraient la D838, une route qui traversait une forêt épaisse, mutée au VEC ; là, Arthur fut bien obligé de se réveiller et de se saisir de son canon scié. Beaucoup de guildes de chasseurs faisaient leur gagne-pain à traquer des créatures dangereuses dans ces coins, pour la viande et les peaux. Mais s’ils étaient si bien payés, c’est que leur boulot était risqué.

« Bien, on est plus très loin, donc je vais te briefer un peu sur le baron…
Son nom c’est Thaïs. Il se dit « baron », mais il n’a pas du tout les atours d’un chevalier, plus un genre d’aristocrate foncier, élégant, mais une vraie tarlouze.
C’est un gars précieux. Plutôt courtois, mais retors – il adore renégocier les prix. Et un moulin à paroles, une pipelette insupportable, le genre de gars qui se sent obligé de faire dix minutes de blabla avant de parler affaires.
Pour ça aussi que j’ai demandé que tu viennes, plutôt qu’un vrai costaud comme Bruno ou Ousmane. On deal pas avec un tox’ qui a assez de mauvais goût pour se tatouer le visage et se foutre un anneau dans les narines. Je compte sur toi pour tailler le bout de gras et l’amadouer un petit peu. »


Au bout d’un moment, les arbres disparurent, et à la place, ce fut un pays ouvert qui se découvrait devant eux. Des champs. De la plaine. Et du grillage haut de deux mètres, fils barbelés au-dessus. Un énorme périmètre qui cachait derrière des rangées d’arbustes fleuris, où on découvrait des gens en haillons, majoritairement des hommes, qui portaient de gros draps blancs à plusieurs, tandis qu’un comparse à la machette arrachait les fruits qu’il pouvait atteindre.
Arthur guida Tito du bout du doigt. Il l’amena jusqu’à l’entrée de la propriété : Une immense porte faite de tôle, avec un petit mirador qui serait de caserne. Tito ralentit tandis que ses pneus écrasaient le gravier du chemin. Un homme dans le mirador s’approcha avec un fusil de chasse à verrou, qu’il utilisa pour tenir en joue le conducteur.

Arthur baissa la vitre en plusieurs roulis de manivelle.

« Halte là ! Vous entrez sur une propriété privée ! »

Arthur passa une main par la fenêtre et montra sa tête.

« Je viens ici pour acheter des graines de Bienfaisante au sire Thaïs ! Dites-lui que monsieur Arthur, homme d’honneur de Paris, est ici !
Il sait que je suis de confiance !

– Un instant s’il vous plaît ! »

Le garde s’éloigna du mirador pour attraper une radio. Il appuya dessus, sembla s’agiter pour dire quelque chose. Arthur soupira tout en tapotant sur le tableau de bord, impatient.

« Je le reconnais pas ce type, et d’habitude les portes sont pas fermées…
Ils sont à cran. J’aime pas ça. »


Au bout d’un moment, le loquet des portes de tôle se déverrouilla. Deux gardes, fusils de chasse en bandoulière, béret sur la tête, ouvrirent les grands battants. Ils firent signe au conducteur de démarrer, et en roulant lentement sur le chemin de gravier, Tito put aller tout au bout jusqu’au manoir.

C’était une de ces grandes maisons de plantation ; Une sorte d’immense palace de marbre blanc et de briques à étage, un palais provincial construit très cher par de vrais architectes et de vrais artisans – la preuve de sa réussite personnelle, là où la majorité des gens du nouveau monde squattent dans des ruines retapées plutôt que de rebâtir eux-mêmes. Depuis le grand balcon de la plantation, on pouvait observer tout le domaine. Ces grands arbustes à perte de vue. Au centre, une jolie fontaine avec une sculpture d’un bosquet de roses d’albâtre. Autour, un gros pick-up retapé, et un quad comme véhicules.
Et un tas d’hommes armés.

Au moins une dizaine de gens avec des flingues, des gros fusils à deux-coups ou des revolvers en bandoulière. Certains étaient mal vêtus : gros blousons, bottes crottées, casquettes en feutre. Ce devait être des gardes-chasses, des hommes de mesnie. Mais il y avait aussi des garçons coquets : chemises en cachemire, polos noués autour du cou, moustaches fines. Certainement toute la famille consanguine du baron, sa tripotée de neveux et de cousins qui se marient entre eux.

« Gare-toi là. Et garde ton flingue caché, ils ont l’air nerveux ces crétins. »

Tito arrêta le véhicule. Alors, Arthur tira sur le petit rétroviseur pour mieux se regarder, cracha dans sa main afin de plaquer une frange de cheveux sur son crâne, et força un sourire aussi hypocrite et carnassier alors qu’il mettait le nez dehors.

« Jean-Marie ! Mon vieil ami ! Oh je vois que toute la famille est ici ! Bonjour, bonjour, tout va bien ?
– Monsieur Arthur, toujours un plaisir. »
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L’homme qui descendait des marches du manoir était un vieil homme plutôt laid. Cheveux en pétard, moustache peu soignée, il portait à la fois un très beau costume fort coûteux et des lunettes de soleil un peu ridicules. Il schlinguait à vingt mètres l’eau de Cologne (Car la Cologne Germanique fabrique toujours des eaux de toilettes exportées), et avait des poils gris dans le creux de ses oreilles.
Mais surtout, il avait à sa ceinture un gros revolver, un flingue au canon bien long, sûrement pas un calibre commun. Il leva lui aussi grand ses bras, et voilà qu’Arthur et lui se faisaient la bise.

« Jean-Marie, je vous présente mon collègue, Tito Tancredi. Il vient de-
Tancredi ? Comme la famille de Provence ?! »

Presque personne à Paris ne notait ce nom de famille – certainement trop de gueux, trop d’imbéciles, trop de cuistres qui préfèrent rester éternellement chez eux que de s’intéresser au monde autour. L’avantage quand on est une ville-capitale immensément peuplé, c’est qu’on n’a pas l’impression que les voisins sont intéressants.
Mais Jean-Marie se dégagea vite d’Arthur, et offrit un gigantesque sourire à Tito.

« Je… Je n’imaginais pas voir un Tancredi venir ici ! Si j’avais su ! Hé bien, signore, permettez-moi de me présenter : Je suis le maître d’hôtel de cette demeure.
Approchez donc, permettez-moi de vous présenter la famille du sire baron Thaïs de Montabé ! »


Il posa une main paternaliste sur le jeune Tito, et l’accompagna en haut des marches. Soudain, toute la clique d’attardés armés sembla se détendre : ils rangeaient leurs flingues dans leurs holsters, remettaient leurs bandoulières, s’étendaient sur les crosses de leurs fusils comme s’il s’agissait de béquilles.
Devant une petite table où on pouvait boire le thé, se tenait un robot Protectron. Le gros attirail de métal et de flingues lasers restait en veille.

« Jolie nouvelle acquisition…
– La sécurité a été doublée depuis votre dernière visite, monsieur Arthur, et nous avons acheté ceci à un récupérateur Parisien.
Les Normands inquiètent énormément sire Thaïs de Montabé, et à juste raison – ils voudraient exproprier des hommes d’honneur qui ont toujours vécu ici, au nom de leur morale dévoyée !
Tenez, signore Tito – permettez que je vous appelle Tito ? – je vous présente sire Bastien, et sire Jean-Léonard, et ceci est Néophyte, son neveu par alliance avec- »


Et il présentait un par un les trognes des jeunes hommes tout bien habillés. Ils partageaient en effet des traits d’atavismes : Ils étaient d’une laideur infâme. Nez proéminents, oreilles décollées… Et, alors qu’on lui serrait la main et qu’on lui échangeait à tour de rôles quelques politesses bien conçues, Tito ne put s’empêcher de remarquer comment « Bastien » et « Néophyte » avaient tous les deux une petite cicatrice après l’auriculaire ; ils étaient nés avec un 6e doigt non-viable, qui avait dû être coupé à la naissance.
Oui, ils ressemblaient à cette aristocratie Parisienne bien établie, et qui s’était changée en un club très fermé durant l’ère des Seigneurs de Guerre. En Normandie, en Occitanie, en Auvergne, la noblesse avait été d’abord faite de toxs, de psychotiques, de raiders en tout genre qui furent rendus dociles (Pour ne pas dire domestiqués) par des prêtres apocalistes, pour leur apprendre à rendre la justice, à bien se marier, et à défendre leurs sujets. Dans le Bassin Parisien, des familles entières avaient colonisé les bois et les espaces humides face à des arriérés ; ils les avaient chassés, violés, martyrisés, jusqu’à acheter des esclaves et terroriser leur monde avec leurs armes à feu. Ils n’ont jamais inspiré ni l’amour, ni le respect de quiconque – alors, ils se sont mis à se reproduire entre eux.
Ils étaient riches, de la géothermie, du bétail et de l’agriculture. Pour ça, ils avaient du pouvoir. Mais tous leurs usages et leurs coutumes étaient singées, des parodies de l’amour courtois des bardes des autres cours.

« Pourquoi tous ces flingues, Jean-Marie ?
– À cause de ça, monsieur Arthur – on voudrait nous l’arracher ! »

Et du bout du doigt, il pointa les acres de terrain occupés par ces arbustes fleuris, où des esclaves étaient en train de se fatiguer à bosser.

« La Bienfaisante que vous êtes venus chercher, cette plante est un cadeau de la nature – une des rares bonnes choses à être sortie de l’Apocalypse. Sa culture est noble, les sauvages la faisaient déjà pousser avant que la famille de sire Thaïs ne s’installe ici il y a sept générations.
Mais les Normands veulent en faire interdire la culture. Lorsqu’ils se sont installés dans le Maine, ils ont envoyé des chevaliers et des sergents dans des expéditions punitives, brûlant les plants de Bienfaisante, brisant les chaînes des esclaves, leur donnant des bâtons et des arcs pour qu’ils tuent leurs maîtres et en violent les jeunes filles.
On aurait pu croire que Poissy les ait calmés, mais les Normands mettent leurs sales pattes partout. Signore Tancredi en sait sûrement quelque chose ! En ce moment même, des chevaliers du vicomte d’Avranches vont en Provence pour imposer leur foi Apocaliste dont personne ne veut ! »


Arthur fit un grand sourire, en faisant semblant de comprendre de quoi il parlait.

« Êtes-vous à Paris pour représenter votre noble maison, signore ? »

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Habdaik
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Re: [Fallout] Hommes d'honneur [Aventure - Chapitre 1]

Message par Habdaik »

-Tenez, signore Tito – permettez que je vous appelle Tito ?
-Avec grand plaisir, seigneur Thaïs !
–Je vous présente sire Bastien, et sire Jean-Léonard, et ceci est Néophyte, son neveu par alliance avec...

Une belle galerie de monstres. Cette "famille" était une étrange brochette de déglingué, étrange en effet, comme des fanatiques dépourvus de religion. Ils affichaient tous la même arrogante assurance, celle des "biens nés" d’être en tout point supérieur à la plèbe, alors même que la moitié d'entre eux avaient certainement moins de neurones qui connectaient entre elles qu'un cerveau cliniquement mort.

Le vieux patriarche continuait à présenter son innombrable portée consanguine, à la manière d'un éleveur de poules qui entrait dans l'enclos, attrapant les volailles l'une après l'autre pour les montrer à un potentiel acheteur. De la même manière les plus jeunes de la portée commençaient à rire et zigzaguer à tout vas, comme s'il s'agissait là d'un jeu.
Le pauvre vieux Patriarche peinait à cacher son malaise devant ses invitées alors que son autorité était sapée par de pauvres moucherons de 5 à 8 ans. Alors que Thaïs venait de mettre la main sur un des gosses, celui ci s'extirpa de la poigne molle de son grand père (ou père, ou oncle, ou que sais je) alors le vieux éclata un bref instant :
-Je vais te faire courir moi le petit rouquin là bas tu vas voir !
Sacré Jean-Marie ! Celui ci retourna son attention auprès de Tito, abandonnant sa chasse, retrouvant le sourire :
-Ah ça me rajeunit !
Arthur reprit alors la main sur la discutions, posant la question qui lui brulait la langue depuis leur arrivé dans la plantation :

« Pourquoi tous ces flingues, Jean-Marie ?

– À cause de ça, monsieur Arthur – on voudrait nous l’arracher ! »

Et du bout du doigt, il pointa les acres de terrain occupés par ces arbustes fleuris, où des esclaves étaient en train de se fatiguer à bosser.

« La Bienfaisante que vous êtes venus chercher, cette plante est un cadeau de la nature – une des rares bonnes choses à être sortie de l’Apocalypse. Sa culture est noble, les sauvages la faisaient déjà pousser avant que la famille de sire Thaïs ne s’installe ici il y a sept générations.
Mais les Normands veulent en faire interdire la culture. Lorsqu’ils se sont installés dans le Maine, ils ont envoyé des chevaliers et des sergents dans des expéditions punitives, brûlant les plants de Bienfaisante, brisant les chaînes des esclaves, leur donnant des bâtons et des arcs pour qu’ils tuent leurs maîtres et en violent les jeunes filles.
On aurait pu croire que Poissy les ait calmés, mais les Normands mettent leurs sales pattes partout. Signore Tancredi en sait sûrement quelque chose ! En ce moment même, des chevaliers du vicomte d’Avranches vont en Provence pour imposer leur foi Apocaliste dont personne ne veut ! »


« Êtes-vous à Paris pour représenter votre noble maison, signore ? »

-Plus que la représenté, seigneur Thaïs, je suis ici pour la restaurer.

Mains dans le dos, Tito entreprit de guider les autres dans une petite marche autour de la propriété. Thais était suspendu à ses mots, Arthur lui, était bien forcé de les suivre dans cette discutions qui ne l'intéressait en rien.

-La Provence est déchirée depuis quelques années, les normands n'ont eut de cessent de nous tourmenter. Leurs agents ont dressés les pères contre leurs fils, les bannerets contre leurs seigneurs. Si le vicomte d'Avranches a déplacer ses hordes normandes jusqu'en Provence, c'est parce qu'il veut se faire entendre une fois pour toute...

Thais le coupa, la main dressé comme un philosophe grec, il hasarda avec conviction :

-Comme on le dit si bien chez vous signore : Y habló el buey, y dijo y mu !

C'est de l'hispanique pauvre tanche. Et un hispanique des plus approximatif. Ton arbre généalogique dessine des cercles depuis trop longtemps pauvre glaire.

-Tout a fait seigneur Thaïs ! Voilà que ces lâches barbares normand viennent imposer par les armes ce qu'il n'ont pas pu obtenir par la ruse : la soumission définitive de la Provence !

-Et bien, Titi, je peux vous appeler Titi ?

-Faites donc seigneur Thaïs.

-Et bien Titi, puis je vous demander qu'en est il des Tancredi ? Excusez la bête curieuse que je suis.

-Le poison de la discorde n'a malheureusement pas épargné ma maison, seigneur Thaïs. Mon frère, se bigot fanatisé, a écarté mon père du pouvoir, puis et a plongé notre nom dans le déshonneur en s'agenouillant devant le vicomte d'Avranches.
Mais rassurez vous mon bon seigneur, nos partisans sont nombreux en Provence. Assez nombreux pour s'opposer à mon perfide frère, mais, hélas ! pas assez pour affronter les normands. C'est pourquoi je suis ici. Pour nouer de puissantes alliance, pour faire barrage au fanatisme et à la haine des normands.


Tito s’arrêta un moment, observant un esclave attaché autour d'un tronc d'arbre, le dos offert aux coups de fouets d'un des gardes qui s 'en donnait à cœur joie. Ils avaient déjà fait le tour de la propriété, se retrouvant derrière le manoir qui s'ouvrait sur une terrasse et un petit jardin d'apparat où jouait les gosses baveux et attardés à se jeter de la boue et des pommes de pins.

-Faire barrage à la haine, voilà tout ce qui m'importe Titi. C'est bien pour cela que j'ai doublé ma garde ! Hé hé.
Excusez moi. Je veux dire, pour votre famille... un si noble nom, c'est terrible. Terrible déshonneur.
Hm.
Avant de parler affaire je voudrais...


Tito le coupa immédiatement, le prenant à son propre jeu :

-Les affaires ? Quelles affaires ? Vous voilà soudainement bien cavalier seigneur Thaïs ! Ces histoires d'argent sont bien assommante pour nous autres, laissons cela à plus simple que nous. Allons, buvons et rions mon ami.

-Bien dis camarade !

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