[Armand de Lyrie] Maman

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par [MJ] Katarin »

Alors qu'Armand ne cesse de remercier l'inconnue, cette dernière ne peut s'empêcher de rougir, prenant un air timide et gêné, contrastant d'autant plus avec la vaillance dont elle avait fait preuve quelques secondes plus tôt. Si elle ne sembla pas particulièrement affectée par la découverte de son visage et de son identité, elle parut en revanche particulièrement honteuse lorsqu'Armand lui demanda son nom.

- La Dame me pardonne, répondit-elle avec un débit de parole rapide qui trahissait son anxiété, avec cette agitation j'en oublie les bonnes manières messire, et ne me suis même pas présentée, veuillez m'en excuser. Je me nomme Constance et je... j'attendais avec impatience votre venue messire.

Un court silence suivit sa déclaration, avant qu'elle ne se rende compte des potentiels sous-entendus de sa première déclaration. Ses joues devinrent plus rouges encore qu'auparavant, et lorsqu'elle reprit la parole, ce fut cette fois en détournant le regard.

- Non, ce n'est pas ce que je... enfin vous... c'est compliqué. Je... Il faut quand même qu'on s'éloigne de ce couloir, plusieurs déréliches y font irruption assez régulièrement, c'est dangereux de rester. L'étude de votre père est plus calme, on pourra y discuter tranquillement, et vous pourrez vous asseoir... que les larmes de Shallya vous soient dédiées, vous êtes méchamment blessé, si seulement j'étais intervenue plus tôt, j'espère que vous me pardonnerez d'avoir tant tardé...

S'assurant qu'Armand ait la force de se déplacer quand bien même sa cheville blessée l'obligeait à clopiner, elle ne proposa cependant pas son aide pour qu'il prenne appui sur elle, sans doutes pour ménager sa fierté. Ils progressèrent ensemble jusqu'à la porte en fer de l'étude d'Armand VII, qu'ils poussèrent afin d'y entrer. L'héritier de la Lyrie eut la surprise de découvrir une pièce partiellement épargnée par les dégâts qu'il avait pu constater partout dans le château. Tout était tel que dans ses souvenirs : les trois petites fenêtres à croisillons, les bibliothèques pleines à craquer de livres provenant de tout le Vieux Monde, les trophées de chasse accrochés au mur, les flammes dans la cheminée qui donnaient à ces derniers d'inquiétantes ombres, le fauteuil posé juste en face permettant de lire devant le feu ou de laisser son regard se perdre dans sa contemplation, l'imposant bureau en chêne au milieu de la pièce avec une carte de la Lyrie déroulée en son centre... La poussière et les toiles d'araignée permirent de le rassurer quant à l'absence d'illusions surgies du passé, mais Constance prit malgré tout les devants pour dissiper ses éventuels doutes :

- C'est moi qui ai entretenu la cheminée. L'étude est relativement épargnée par les déréliches, et j'avais besoin de lumière pour lire les ouvrages de feu votre père. Installez-vous messire, allez vous réchauffer, la chaleur d'un foyer vous fera du bien. Je... je...

Un court silence pendant lequel elle sembla chercher ses mots. Après quelques tentatives avortées pour terminer sa phrase, elle se rua vers une besace abandonnée dans un coin de la pièce, dont elle sortit des bandages et un bocal rempli d'une mixture gris-verte à l'aspect repoussant.

- Je... je peux essayer de soulager vos blessures si vous... retirez... votre armure.

Nouvelle contemplation de ses bottes, laissant le seul crépitement des flammes remplir l'atmosphère sonore de la pièce.


Jet d'empathie (CHAT+INT /2 ) : 11, raté de 1, versus fille : réussi de 1.
==> Raté.

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Armand de Lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par Armand de Lyrie »

Le premier réflexe de la jeune fille est de présenter des excuses. Y a de quoi surprendre. Elle vient juste de me sauver la vie. Elle m’a extrait d’un enfer cauchemardesque. Elle m’a tiré de visions immondes qui tentent de s’insinuer dans mon esprit, et qui ne cessent de se rejouer dans mon cerveau paniqué et pulsant d’adrénaline. Et elle devrait présenter des excuses pour ne pas avoir pris le temps de se présenter ? Bah, heureusement qu’elle me vouvoie et me donne du « sire », tiens, imaginez ma colère si elle avait manqué à cette politesse si essentielle !
Elle me dit aussi qu’elle m’attendait. Je pouffe de rire. Pas un rire honnête ou amusé ; Un rire nerveux. Le rire d’un gars qui a vu son père avec un tentacule enfoncé au fond de sa gorge, et sa mère piétinée. Le rire d’un gars qui a le bras qui pulse après avoir été violemment enserré, et tout le flanc de son corps qui lui lance. Le rire d’un gars qui sait pas dans quel traquenard monstrueux il est en train de s’enfoncer.

Elle me dit que des Déréliches passent ici. Ça me glace encore un peu plus le sang. Je ne veux plus en rencontrer. Plus jamais. Je sais qu’elles sont partout, elles lézardent chaque recoin, chaque pierre que ma curiosité fait retourner, chaque putain de pièce de mon château où j’ai grandi. Mais après ce que je viens de vivre, elles me terrifient trop. Mon instinct me donne très envie de me cacher. Tout le sang-froid dont j’ai fais excellemment preuve, il a été dépensé au combat. Maintenant, je veux juste être en sécurité. Au moins quelques secondes. Au moins une minute. Juste une minute de répit, je donnerais n'importe quoi pour une minute sans avoir à regarder au-dessus de mon épaule.
Je pose ma tête contre le mur, prend une grande respiration et suit prit à nouveau d’un petit ricanement névrosé, lorsqu’à présent elle présente des excuses pour ne pas être arrivée plus tôt.

« Vous me faites, marcher Constance ! Elle me fait… Marcher…
Vous êtes… Venue juste à temps… Je pourrai jamais assez… Vous remercier. »


Les derniers mots je les dis en grimaçant alors que je me retourne sur ma cheville foulée. Je grogne. Avec ma main droite, je fais traîner mon épée au sol – j’ai même pas l’énergie de la rengainer. Là, j’utilise tout ce qui me reste de force pour me trimbaler le long du mur jusqu’à l’étude qu’elle m’a désignée. Ce sont des pas qui me paraissent si long. Je titube, pigne un petit peu.
C’est là que je me rends compte de quelque chose de très, très inquiétant :
Quand je respire, ça siffle. J’ai aucune idée d’à quel point on m’a frappé fort. La Déréliche s’est acharnée, plusieurs fois, sur exactement le même point du plastron. Heureusement qu’elle a utilisé une épée et non un marteau. Avec sa force de bœuf, ça me lance dans les côtes. Et le souci, c’est que ça risque d’être une loterie infernale ; Si ce fieffé Ranald est avec moi, ce qui me fait souffrir, c’est juste le contre-coup, peut-être un truc qui s’est gonflé. Je suis vraiment dans la merde si mes côtes ont décidé de perforer quelque chose d’utile. Un organe. Si c’est le cas, loin de se calmer, la douleur va juste devenir de plus en plus insupportable.
Après mon combat dans Cuilleux, j’ai subi une semaine de martyr épouvantable, fiévreux et endolori par un début de septicémie. L’aide de Constance est salvatrice, mais je sais pas si j’aurai droit à la bénédiction de Shallya deux fois. J’en deviens livide. Tellement inquiet qu’en fait ça augmente encore plus mes souffrances. Je me sens devenir pâle, et seule la frousse à l’idée de mourir m’encourage à marcher sur ma cheville traînante.

En découvrant l’étude de mon père en très bon état, avec un joli feu de cheminée, j’ai un haussement de cœur qui saisit mes côtes et un mouvement de recul. Je crois que je n’ai jamais été aussi ravi de voir des toiles d’araignée et de la poussière dans les coins. Constance a le réflexe de me rassurer, puis me dit d’aller me mettre près du feu. Moutonnier, j’obéis tout de suite sans même me poser de questions, sans même me mettre à élaborer huit mille théories inquiétantes comme vous devez penser que j’ai l’habitude de faire – je souffre trop et je suis trop apeuré pour contester le moindre ordre. Elle m’a sauvé la vie, elle dit que si je vais près de la cheminée ça me fera du bien. J’approuve en hochant plein de fois la tête parce que c’est moins douloureux que parler avec ma bouche, et je titube bêtement jusqu’au fauteuil devant l’âtre. Je m’affale dessus avec un couinement, et place mon épée entre les jambes.
Je soupire en tremblotant de tout mon corps. Je pourrais m’endormir ici si seulement s’endormir après un choc ce n’était pas déconseillé.

Constance arrive avec un bocal et des bandages. Toute penaude, avec une voix minuscule, elle se propose de me soigner. Je la regarde un moment, droit dans les yeux.
J’ai plus du tout l’énergie d’être inquiet. Je me sens en train de partir. Quand vous douillez comme moi, vous appréciez le premier Samaritain qui passe, peu importe de qui il s'agit.

Je retire mon gros casque de ma tête. Je me penche pour le poser sur une table basse toute proche, mais je suis tellement gauche qu’au final je la manque et mon heaume se cogne et choit par terre, ce qui me fait rager d'un « fait chier ! » typique de Margot, sifflé entre mes molaires enserrées. Je pose ma main à ma ceinture, et tente bien maladroitement de la défaire afin de libérer mon plastron. Je vais mettre un temps fou à me déshabiller, alors je tourne mon regard vers la jeune fille.

« Heu… Pardonnez-moi… Sincèrement… Je ne veux… Surtout pas… Abuser… De votre… Bonté, mais... »

Chaque mot arrive avec le sifflement au fond de ma gorge. Ça me fait un mal de chien. C’est juste ma politesse et ma timidité qui me font atrocement souffrir ; Si j’avais moins de manières, sans doute que je m’épargnerais pas mal de douleurs, en plus de salive.
Mais vous me connaissez, j’adore parler.

« Auriez-vous… Si ça… Vous dérange pas… ‘fin…
Vous pourriez m’aider… À me dévêtir ? Je comprendrais que… Non, mais, ‘fin... »


Je retire une sangle avec ma main gauche – sauf que c’est la main que je me suis écorchée à travers le gantelet de plate sur les chitines du tentacule. Je déboucle avec la main droite, sauf que là c’est tout le poignet qui tremblote, il se remet d’avoir été écrasé. Pas facile.
En même temps que j’essaye de retirer ma cuirasse, je peux pas m’empêcher d’essayer d’assouvir ma curiosité.

Qu’est-ce qu’elle fout là, et pourquoi m’a-t-elle sauvé ?

« Qu’est-ce que… Vous faites… Ici ?
J’veux dire… ‘fin… Oué… Vous arrivez… À dormir, alors que ce lieu est hanté ? »
que je demande avec un rire sardonique. La douleur ça améliore pas mon humour.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 11 juin 2020, 16:38, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total d'xp : 187
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
Image

Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 10 / END 9 / HAB 10 / CHAR 12* (11) / INT 8 / INI 10 / ATT 13 / PAR 11 / TIR 8 / NA 2 / PV 67/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
- Vœu de la Pureté : +2 dans la résistance aux tentations terrestres
Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 0 protection
Reste du corps : 0 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 12 / SAU 7* (8) / RAP 9* (10) / INT 8 / DOC 11 / ATT 9
*Malus pour cause de barde et caparaçon
Corps et croupe : 15 protection (Barde de plaques)
Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
Équipement divers :
0 Co

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par [MJ] Katarin »

- Ah, euh, non ! Enfin, non, ça ne me dérange pas, pas non, je ne veux pas. Je... ne bougez-pas.

Clairement, l'ambiance était à la gêne. L'instant était tellement surréel, ancré dans la timidité de deux jeunes adultes, si niais qu'on aurait eu bien du mal à croire qu'ils avaient affronté ensemble, une minute plus tôt, une vingtaine d'illusions meurtrières. Constance posa ses bandages et son bocal sur le bureau, et s'approcha d'Armand pour l'aider à défaire les multiples sangles retenant toutes les pièces de son armure. Ses mains, vêtues de longs gants en tissu, étaient gauches et maladroites : elle n'avait clairement aucune expérience pour déséquiper un chevalier de ses surcouches métalliques. A plusieurs reprises, Armand voulant l'aider, leurs doigts se croisèrent dans des instants qui ne firent qu'augmenter encore leurs bafouillages respectifs. Elle ne cessa de s'excuser tout du long : pour son impéritie, pour ces moments où, retirant une sangle et relâchant la pression de l'armure sur ses blessures, Armand lâchait un grognement de douleur, puis pour avoir oublié de lui proposer à boire et à manger.

Abandonnant Armand sur son fauteuil, désormais à moitié dévêtu, elle fila vers sa besace pour en sortir une petite bourse, puis ouvrit l'un des tiroirs de l'étude pour y dégoter une bouteille en verre. Dans la première, des dates séchées, et dans la seconde, l'un des cognacs de mûre que son père gardait à l'abri dans son bureau : à elle seule, cette bouteille valait une petite poignée d'écus d'or. Du bureau, Constance sortit également un verre à pied sur lequel elle souffla pour chasser la poussière, avant d'y verser le liquide, qu'elle apporta ensuite à Armand.

- Le cataplasme sent très mauvais, et ça risque de vous faire mal à l'application, alors... ça pourra pas vous faire de mal, lui dit-elle avec une voix fluette, accompagnée d'un sourire timide.

Elle ne mentit pas. Après avoir utilisé la bouteille de cognac pour arroser les blessures d'Armand, elle s'attela à ouvrir son bocal dont le bouchon semblait récalcitrant. Après quelques secondes de lutte, une odeur atroce de moisi s'en échappa pour annoncer sa victoire. Elle retira son gant gauche, enfourna sa main dans le bocal pour mettre sur ses doigts une abondante quantité de pâte, et sans la moindre hésitation elle en tartina abondamment le poignet et les doigts ensanglantés d'Armand. Sa main était glacée, la pâte aussi, et une douleur cinglante se diffusa sur ses blessures au moment de l'application. Néanmoins, elle faisait preuve d'une vraie douceur dans ses mouvements.

- C'est pas si terrible ici vous savez. Enfin, si, c'est terrible. C'est juste... c'est pas comme si j'avais trop le choix, je suis piégée. Enfin si, le choix de ne pas venir, j'aurais pu le prendre, je savais que c'était dangereux, je savais que la Lyrie ne m'accueillerait pas à bras ouverts, mais je pouvais pas deviner que... enfin tout ça quoi.

Plus elle essayait, plus elle bafouillait.

- C'est compliqué, je ne sais pas par où commencer messire. Il y a moi, et puis ma mère, et puis la vôtre, et vous, et les déréliches, et cet endroit, et cette rapière, et les souvenirs qu'il y a ici et... et puis...

Elle retira sa main soudainement, comme agacée par sa propre incapacité à communiquer :

- Et puis vous êtes Armand. Je... Il y a des souvenirs de vous ici. Je voulais pas épier votre vie, mais cet endroit... je... je suis désolée. D'avoir vu, et... de ce lieu, ce qu'il est, ce qu'il fut. De ce que vous avez du faire. Je n'aurais pas du venir.

Elle poussa un très long soupir. Elle avait badigeonné de son immonde cataplasme le ventre d'Armand, son poignet, ses doigts, mais aussi ses côtes et sa cheville. Selon elle, en plus de désinfecter les blessures, la mixture pouvait apaiser les douleurs un temps, à défaut de les soigner : de quoi permettre à Armand de tenir debout sans avoir l'impression que son prochain souffle sera sans doutes le dernier. Désormais, elle se saisissait de son rouleau de bandages, dont elle déroula des mètres et des mètres pour enrouler les blessures du chevalier.

- Je vais essayer de rien oublier. Alors, euh... ma mère, Cécilia, elle a servi la vôtre quand elle était jeune. Ici, au château. Je sais pas pourquoi, mais à un moment elle a été blessée, et Anne lui a permis de quitter son service. Ma mère a fait quelque chose de terrible je crois, mais elle a jamais voulu en parler, mais c'est évident que Anne lui était redevable, parce qu'on vivait dans une ferme isolée, sur le domaine des Elbiq, et qu'on manquait jamais de rien. Le seigneur Elbiq nous faisait parvenir de la nourriture, des vêtements, pis j'avais le droit à des cours pour savoir lire, et aussi pour me battre. Ma mère me disait que le monde n'était pas ce qu'il paraissait, qu'on pouvait pas compter sur la chevalerie, et que c'était important même pour une femme de savoir se défendre lorsque les gens honorables devenaient dangereux. Mais elle a jamais voulu me dire pourquoi on était privilégiés, ce qu'elle avait fait pour gagner ça : je voyais bien que les autres au village ils nous détestaient, ils nous enviaient, que notre confort n'était pas normal.

Elle s’interrompit pour s'excuser quatre fois en entendant qu'Armand avait poussé un gémissement de douleur, alors qu'elle serrait ses bandages autour de ses côtes douloureuses.

- Elle... elle est morte il y a quelques mois. Elle... elle m'avait fait promettre de ne jamais venir ici, mais je... j'avais besoin de savoir. Et puis il y a eu les nouvelles que Armand de Lyrie, le fils d'Anne, il avait dénoncé sa famille qui était corrompue, que le Duc avait lancé un ost punitif, et que désormais le château était vidé de ses occupants. Et j'ai pensé "s'il n'y a plus de danger, c'est l'occasion d'aller fouiller les ruines pour tenter de percer les secrets de ma mère". Alors voilà, j'ai pris mon baluchon, j'ai abandonné la ferme, et je suis venue à cheval. Sauf qu'entre le moment où les nouvelles m'étaient parvenues et le moment où je suis arrivée, il s'était passé des choses bizarres en Lyrie, et le Duc avait mis toute la seigneurie en quarantaine. J'ai traversé des faubourgs vides, franchi les portes grandes ouvertes, et suis entrée dans le château en ruines. Votre mère... son fantôme, il m'a attaquée. J'ai cru que j'allais mourir mais... au dernier moment elle m'a épargnée. Elle m'a appelée par le prénom de ma mère, et... elle a semblé apaisée de me voir. Et puis elle a disparu.

Un autre soupir. Un autre tour de bande.

- J'aurais pu fuir à ce moment, mais... j'étais à destination, et le fantôme m'avait épargnée ! J'y ai vu un signe du destin, quelque chose qui me disait "Vas-y Constance, tu as la bénédiction du spectre pour rester ici, alors fais ce que tu es venue faire". Alors j'ai fouillé ce château. Il y avait déjà des déréliches à l'époque, mais vraiment pas beaucoup : c'était facile de les éviter, même si elles faisaient peur j'ai vite compris qu'elles pouvaient pas trop quitter les secteurs qu'elles occupaient. Lire chaque document que je trouvais, retourner chaque pièce pour tenter de comprendre le passé de cet endroit, dénicher les passages secrets, ça m'a pris des jours, des semaines. Les déréliches, je voyais bien qu'elles se multipliaient, mais... malgré le danger, ça m'arrangeait. Parce que plus que toutes les notes manuscrites que je pouvais dénicher, elles montraient la vérité du passé. Chaque nouvelle déréliche, c'était une nouvelle pièce du puzzle qui s'animait sous mes yeux.

Elle était clairement mal à l'aise dans son récit. Après tout, ne racontait-elle pas comme elle s'était faufilée dans le fief en ruines du chevalier devant elle, et comment elle avait fouiné partout dans une demeure qui lui appartenait par héritage ? Sans compter les secrets familiaux qu'elle avait sans doutes aperçu...

- Mais peut-être que ma mère avait raison. Peut-être que j'aurais mieux fait de pas venir. Ce qu'il s'est passé dans ce château, partout, des années durant, c'est... innommable. J'aurais préféré... peut-être que c'était mieux de pas savoir. J'aurais pas du trahir ma promesse. C'est bien que vous ayez eu le courage de vous dresser contre votre famille, messire. Votre mère, elle... elle... elle vous aimait, mais... mais elle... je suis désolée messire, mais je dois vous avouer que je déteste sincèrement et de tout mon cœur chaque foutue pierre de votre château. Il aurait fallu le raser entièrement, et brûler la terre sur laquelle il se tenait.

Elle venait de terminer de bander son torse, et s'attaquait maintenant à son poignet et ses doigts.

- Mais je... je digresse. Euh, alors, les déréliches, oui. En fait, j'ai trouvé comment survivre avec elles, grâce à votre mère. Elle le fait moins maintenant, mais quand je suis arrivée, elle prenait possession de certaines illusions et elle... elle essayait de changer le passé. De modifier des moments... mais ça ne servait à rien. Ça n'a jamais de conséquence - les déréliches improvisent quelques secondes, parfois minutes, puis l'illusion se romps et... recommence. C'est pareil si on les tue : une autre revient quelques jours plus tard, et répète le même schéma. Ça ne s’arrête jamais. Mais j'ai vu votre mère les posséder, et à chaque fois, les déréliches criaient de douleur. Ça faisait trop de bruit, qu'elles disaient. Elles n'aimaient pas ce bruit, ça les blessait. Au début, j'ai cru qu'il suffisait d'être discrète quand j'étais en leur présence : mais ça marchait pas. J'ai failli mourir sur cette supposition. Mais j'ai fini par comprendre : les souvenirs qu'elles montrent, c'est pas le moment du repas, le moment du câlin, les scènes banales. Non, ces monstres choisissent les pires moments, ceux avec des émotions terribles, bouleversantes. Alors j'ai essayé de... penser à rien. Faire le vide. J'ai fermé les yeux, j'ai chassé toutes les pensées qui me parasitaient, et j'ai cessé d'écouter les horreurs que les souvenirs proféraient et... ça a marché. Elles m'ont ignoré. Elles ne m'ont pas entendue.

Petit à petit, et malgré un débit toujours trop rapide, on sentait que Constance reprenait confiance en elle. Perdue dans les souvenirs de son récit, elle se faisait transporter par sa mémoire, et en oubliait partiellement sa gêne.

- Bien sur, je devais rester prudente, mais ça m'a permise de continuer de fouiner encore un peu. Les nouvelles déréliches m'ont permise de comprendre ce qu'avait fait ma mère ici, ce qu'avait fait la vôtre. Et je... cet endroit, je sentais qu'il ne voulait plus que je parte. Je crois c'est l'influence de votre mère - elle voulait que Cécilia reste avec elle, lui tienne compagnie, d'une certaine manière. A chaque fois, je me disais "demain je pars", et à chaque fois, ma volonté faiblissait, tandis qu'une curiosité maladive m'emplissait. J'avais toujours besoin de découvrir plus, pire encore, d'en voir plus. Les choses qui m'horrifiaient dans ce château me sont devenues banales, au point que... je pouvais réciter certaines scènes de tête. Comme... une spectatrice qui va toujours voir la même pièce de théâtre. Et je me disais "j'ai déjà vu ce moment atroce huit fois, mais peut-être ai-je raté quelque chose d'important, il faut que je le revoie encore "

Elle venait de terminer ses soins. Désormais, Constance rebouchait son pot de mixture, et rangeait ses affaires.

- Je... à un moment j'ai pris conscience que quelque chose n'allait pas. Que je devais partir. Mais... je n'ai pas pu. j'ai voulu quitter le château, prendre ma monture, et fuir en traversant les faubourgs mais... il n'y avait pas que dans votre castel que les déréliches s'étaient multipliées. Il y en avait partout dans le faubourg, et je... je n'ai pas réussi à me calmer, à faire le vide. Je fuyais cet endroit par peur, parce que je me rendais compte qu'il m'affectait, qu'il me changeait. J'étais terrifiée. Je ne pouvais pas être silencieuse pour les déréliches et elles... mon cheval s'est fait tuer. Moi, j'ai couru, couru à perdre haleine, et je me suis réfugiée au château. J'étais piégée comme un rat.

Elle laissa s'échapper un long soupir, trahissant la fatigue d'avoir autant parlé. Sans aucune cérémonie, elle récupéra un second verre dans l'étude d'Armand VII, et se servit un verre de cognac dont elle but quelques gorgées. Aussitôt, elle se mit à tousser en rougissant de plus belle.

- Bon sang, c'est immonde ce truc.

Ce qui ne l'empêcha pas d'en reboire après avoir retrouvé son souffle.

- Et voilà. J'avais plus beaucoup d'espoir de quitter cet endroit. Mais votre mère, la nuit, on peut l'entendre dans les murs. Et elle, elle était persuadée que vous viendriez. A chaque fois que le désespoir m'emplissait, je l'entendais murmurer "Armand viendra nous sauver, Cécilia". C'est tout ce que j'avais. L'espoir que l'héritier vienne reprendre son château. Je m'attendais à une armée, pas à... vous tout seul, messire, mais... je suis contente que vous soyez venu. Le château, il y a toujours des bruits des déréliches et leurs souvenirs dedans, alors je me suis pas inquiétée de Loyse qui faisait ses trucs dans la salle d'audience. Mais je vous l'ai dit, je connais le rythme de chaque souvenir par cœur et... les sons qui provenaient jusqu'ici n'étaient pas les bons. J'ai cru que votre mère avait pris possession de certaines illusions pour tuer Loyse encore une fois mais... j'ai eu une intuition, j'ai pris ma lance, et... enfin vous savez.

Elle laissa son regard fuir vers les murs de la pièce, esquivant celui d'Armand.

- Et euh... c'est quoi le plan maintenant ? Je serais contente d'être la princesse à délivrer, de monter à l'arrière de votre destrier et qu'on fuie ensemble le château des monstres vers le soleil levant, mais... euh... je suis pas une princesse, et je pense pas que vous êtes venu pour moi. Vous... vous allez affronter... Anne, c'est ça ?
Tu regagnes 1d10 pvs : 3.
Tes blessures ont été partiellement anesthésiées : ça veut pas dire qu'elles sont guéries, juste que tu sens moins la douleur. Donc évidemment, si tu forces dessus, notamment ta cheville, ça sera encore PIRE après :mrgreen:

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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par Armand de Lyrie »

Une espèce de cacophonie de petites voix résonne dans la pièce. Deux imbéciles qui sont terrifiés à l’idée d’être impolis se répondent mutuellement avec un tout petit ton. « Pardonnez-moi » « Non-non vous excusez pas » « je suis désolée » « C’est moi qui veux pas abuser de votre gentillesse... » « Pardon, je- » « Oh, merci, vous- »

Elle s’occupe de moi. Ça fait plaisir d’avoir de l’attention de la part de quelqu’un, surtout quand on vient de prendre de la haine plein la gueule. Je me sens tout aussi gêné et mal à l’aise qu’elle de me retrouver à moitié nu, avec juste mes braies pour m’offrir un peu de pudeur, mais enfin, elle décide de s’occuper de moi. Elle m’aide à retirer mes grosses pièces d’armure. À un moment, avec une toute petite voix minuscule parce que je veux surtout pas la déranger et j’ai conscience de déjà lui demander beaucoup, je lui demande si, enfin, si ça la dérange pas bien sûr, et au fond c’est pas grave, mais quand même, si elle pouvait ne pas laisser mon beau manteau de plumes en tas parce que ça fait des plis. Tout de suite après, Constance est paniquée et replie bien soigneusement le manteau, en s’excusant quatre ou cinq fois de pas y avoir pensé, ce qui me fait répondre six ou sept fois que non-non c’est moi qui abuse parce qu’elle m’a sauvé la vie donc au fond froisser mon manteau de plumes c’est pas si grave.

Elle m’offre un cognac. Comme un bonhomme, je l’avale quasi cul-sec, en trois gorgées. La seconde qui suit, je peux lentement me détendre alors qu’une douce aboulie m’envahit en même temps que je profite de la robe du délicieux liquide ambré.
Ça dure qu’une seconde. Parce que celle d’après, je me mets à devenir tout rouge, à avoir la gorge qui pique et ma langue qui sent plus le goût, et je pleure comme une madeleine en toussotant. Si je voulais paraître viril en parvenant à descendre de l’alcool, c’est raté.
Mais enfin, je me laisse faire alors qu’elle me soigne. C’est froid, piquant, et ça me crispe – jusqu’à ce que, avec de tendres massages, son espèce de pâte répugnante parvient à me tranquilliser. Je m’enfonce dans mon fauteuil. Ça m’avait manqué un peu de tendresse. Les chevaliers ça aime bien faire les bonhommes solitaires qui sont mariés à la route, mais être enlacé ça ferait du bien à n’importe qui, même au Roy Louen. Je me détends, alors qu’elle prend bien soin de m’adoucir, et de panser mes plaies. Et elle se met à parler. Elle parle, très, très longuement. Je réagis assez peu à ce qu’elle dit, physiquement je veux dire – c’est la chute de tension. C’est le fait qu’il y a même pas dix minutes, mon cœur battait à toute vitesse et je sentais Morr qui me regardait, et maintenant, j’ai un coup dans le nez, je suis agréablement installé devant un foyer, et une jeune fille s’assure que tout va bien. J’ai les paupières mi-closes, je respire encore bizarrement, tout mon flanc gauche a pris une teinte mauve là où la lame d’une épée a percuté ma cuirasse, mais grâce à Constance, je ne défaillis pas.

Si physiquement je réagis pas, mes oreilles sont bien ouvertes. De temps à autre, je hoche la tête lentement pour qu’elle sache bien qu’elle parle pas à un sourd. Elle me dit comment faire en sorte que les Déréliches nous ignorent – j’admets que ça aurait été plus simple de faire comme si les Déréliches n’avaient aucun effet sur moi si seulement c’était pas des gens que je connaissais qui étaient constamment remis en scène. Elle demande pardon de m’avoir épié. Ça me fait un peu froid dans le dos – j’ai peur qu’elle ait vu les actes illicites et licencieux que j’ai commis. Et qu’autrui a commis sur moi.

Elle a parlé tellement longtemps. Et quand elle a fini, je me ressaisis et comprend qu’elle attend une réponse qu’avec un délai de latence. Je tends ma main vers les dattes qu’elle m’a servi, et commence à en mâchouiller. Ça estompe mes frissons et mes tremblements. Jamais les fruits secs n’ont eu un tel goût. Essayez : Subissez un gros traumatisme puis allez grignoter quelque chose, ça sera délicieux.
Je commence à dire quelque chose la bouche pleine. Je m’arrête, donne trois coups de molaires pour avaler au fond de mon gosier avant de recommencer à parler :

« Oh c’est pas pour la princesse que je suis inquiet, c’est pour le soleil couchant. Ça fait moins épilogue de chanson de geste de s’échapper dans la nuit verte. »

Je lui fais un petit sourire après ma gentille blague. Elle est aussi gênée que moi, ce qui est un peu compréhensible vu qu’on est perdus dans un putain de château hanté qui veut apparemment la piéger et possiblement s’amuser à nous torturer tous les deux.
Je reprends.

« Vous avez parlé très longtemps, je…
Je vais te tutoyer – Mais c’est pas le tutoiement d’un noble qui parle mal à un paysan, hein, c’est juste que… Que c’est plus simple pour moi. Sauf si tu trouves ça irrespectueux, enfin, vous trouvez ça irrespectueux, vous pouvez- tu peux- ‘fin, vous me dites... »


Évidemment, elle-même va bafouiller comme moi pour m’assurer que j’ai le droit de tutoyer ou vouvoyer comme je veux, alors on va perdre cinq minutes à bien se mettre d’accord sur le fait que je le fais par familiarité, et que, elle aussi, ça me ferait plaisir qu’elle me tutoie.

« Enfin si vous- si tu veux hein ! Je t’oblige pas ! Mais, heu, bref... »

Bref. Je toussote, je remange quelques dattes, puis je prends une grande inspiration qui me fait beaucoup moins mal que tout à l’heure avant de reprendre.

« Puisque tu m’as tout raconté, je vais tout te raconter aussi, et puis, vu qu’apparemment tu as passé un bon bout de temps à m’espionner, ça te permettra peut-être de coller les morceaux ensemble. »

Je me rends compte qu’elle va peut-être croire que je lui fais un reproche. Alors j’agite vite la main avant qu’elle dise « désolé » pour la vingt-et-unième fois :

« Enfin je dis pas ça comme un reproche ! Je veux dire, les Déréliches, elles montrent bien ce qu’elles veulent, ‘fin…
Bref. T’as dû voir l’essentiel. J’étais un sale enfoiré, plus jeune. Mais y devait y avoir quelque chose en moi, une voix, un petit morceau de moi qui a pas su être corrompu… C’est tout ce qui m’a suffi pour me mettre à avoir peur de mes parents. Une nuit j’ai réussi à m’enfuir et mon père m’a laissé m’échapper à toute vitesse, alors que le reste de la secte souhaitait me marquer et me prendre dans leurs bras de force. J’ai dénoncé ma famille au Duc, et il a réglé le problème.
Comme tu dis, les soldats, ils auraient bien fait de démolir ce maudit château à coup de trébuchets. Ça aurait épargné beaucoup de soucis, à toi comme à moi.
Tu heu… Peux-tu me resservir un verre s’il te plaît ? Enfin s’il en reste assez- je veux surtout pas abuser et puis... »


Je reprends donc un beau verre avec des désolés auxquels répondent des mercis. Pour pas changer.

« J’aurais bien aimé jamais remettre les pieds ici. En fait, je comptais même quitter le duché. J’ai pris mon épée, une vieille carne, et je suis parti dans le duché de Quenelles me battre contre l’Orque.
Je pense qu’une petite partie de moi voulait y mourir. Je suis pas certain. Mais tout comme toi tu sens qu’il y a une force qui t’empêche de partir de ce château, moi aussi y a dû avoir… Je sais pas si c’est les Dieux, ou si c’est le Serpent, ou juste le putain de destin. Je suis tombé, sur… Je sais pas si t’as trouvé des infos, dans les livres, dans les souvenirs des Déréliches, dans tout ce que t’as pu épier…
Je suis tombé sur… Margot de Ternant, la fille de Loyse. En chair et en os. Je l’ai trouvée blessée, dans un vieux tumulus où il y avait un… Un tableau. Une toile. Nicolas Naudin je crois. Tu le connais peut-être pas, mais c’est le plus grand peintre que la Bretonnie aie jamais connu, surtout parce qu’il était contemporain de Gilles, et-
-Enfin, quand je dis que tu le connais peut-être pas, je veux pas sous-entendre que tu es inculte, juste… ‘fin, tu le connais ? Pardon…
Mais, cette peinture, c’était… C’était un truc immonde. Les flammes peuvent pas le brûler. Les épées peuvent pas le taillader. Et encore aujourd’hui, il est… Comme gravé dans ma cervelle. Si je ferme les yeux, je peux encore me remémorer chaque détail. Chaque, détail, comme s’il était juste devant moi.
Les serviteurs du Serpent qui sont encore en vie en Aquitanie souhaitaient ce tableau. Pourquoi ? Je ne sais pas. T’en sais peut-être plus que moi. »


Je prends une pause pour boire. J'en ai vraiment besoin.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 12 juin 2020, 13:15, modifié 1 fois.
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Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
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Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
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Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
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- Un beau doublet
- Un grand manteau
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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par [MJ] Katarin »

Elle laisse échapper un éclat de rire à la plaisanterie d'Armand, accueillant avec joie une parenthèse de légèreté dans des moments si pesants. Armand arrive peu à peu à la mettre plus à l'aise, et elle se met à moins hésiter en parlant, à plus facilement se laisser aller, à cesser de laisser son regard fuir à travers toute la pièce. Le tutoyer la fait rosir la première minute, mais elle s'y habitue lentement, et cette invitation à casser les codes de l'étiquette entre eux semble l'aider à prendre en confiance.

Était-ce à cause des événements récents, de la fatigue, la douleur, d'avoir cru sa vie proche de la fin, du sauvetage, ou de ce moment d'insouciance où la jeune femme s'était occupée de soigner ses plaies ? Surement un mélange de tout cela, mais Armand ne put s'empêcher de remarquer qu'à sa manière, Constance avait un certain charme. Pourtant, son visage était sale, ses cheveux gras, et la peau de ses joues présentait quelques cicatrices et crevasses trahissant les marques d'une maladie dans sa jeunesse. Malgré cela, ses traits étaient fins comme sa carrure, ses mouvements étaient touchants tant dans leur douceur que dans leur maladresse, sa voix était mélodieuse et laissait s'échapper ses émotions avec une sincérité désarmante, et tout cela couplé au souvenir de son assurance au combat contribuait à renforcer son magnétisme. Ou bien était-ce par narcissisme, face à une paire d'yeux qui ressemblaient comme deux gouttes d'eau à celle qu'il pouvoir voir dans le reflet d'un miroir ?

- Toi aussi tu parles beaucoup.

Voyant que sa remarque troubla Armand qui ne semblait pas savoir comment la prendre, elle pouffa de rire avant d'immédiatement reprendre une contenance plus sérieuse. Ses joues étaient toujours rosies, mais peut-être le cognac n'était-il pas étranger à cette coloration, et à sa lente prise de confiance. Elle s'en resservit d'ailleurs, à l'instar du chevalier, puis leva les yeux au ciel, à la recherche de ses souvenirs des multiples visions qu'elle avait aperçu dans le château.

- Je suis bien consciente que la situation est... bizarre. C'est comme si je vous... t'avais espionné toute votre vie. Et maintenant, je... je me rend compte que je sais des choses sur toi, que tu ignores toi-même. On ne s'est jamais rencontrés avant aujourd'hui messire, et pourtant avec tout ce temps passé ici, j'ai l'impression de te connaitre. Comme... comme si un personnage de livre prenait vie devant mes yeux. Tout était moins réel avant que tu n'apparaisse, tu as rendu tout ça très... tangible. Mais je... je dirai jamais rien à personne. Sur ici. Je le jure sur la Dame.

Elle boit encore, à la recherche d'un peu de courage. Puis elle prend une grande inspiration, et trouve la force d'affronter le regard d'Armand.

- Margot de Ternant... elle fait partie des souvenirs de ce lieu. Sa mère l'évoque quelques fois, et... elle danse avec toi dans la salle de bal. Anne et Loyse se disputent en vous regardant. Ta mère ne l'aimait pas beaucoup. Mais elle n’apparaît pas davantage dans les illusions. Vous...

Elle s’interrompt une seconde, cherchant ses mots, avant de reprendre :

- J'ai fini par comprendre que les souvenirs de ce lieu sont ceux de ta mère. Il n'y a qu'elle, partout, et les moments importants qu'elle a traversé. Ses choix, ses regrets. Comme... comme si elle s'imposait tout ça, consciemment ou non. Et elle... elle est partout ici. Dans l'air, dans les murs, dans les déréliches. Au début je ne m'en rendais pas compte, mais avec les jours qui passaient, c'est devenu différent. J'ai pu percevoir sa tristesse qui résonne avec tant de force qu'à chaque réveil ici, mes joues sont inondées de larmes. J'ai pu, lorsque les déréliches sont silencieuses, entendre ses pleurs résonner dans les couloirs. Mais aussi, j'ai pu, en posant ma main contre les murs, sentir sa colère qui les fait vibrer. Son fantôme, il... il pleure, il supplie pour ton retour, ton pardon, mais des fois, et de plus en plus souvent il... il devient plus sombre. Il hurle de colère, un cri à glacer le sang, si chargé de haine qu'en l'entendant je finis toujours recroquevillée à trembler, les indexs dans mes oreilles, à supplier pour qu'il s'arrête. Il évoque les souffrances infinies que tu mérites de ressentir. Il prend le contrôle des déréliches laissant apparaître des visions de toi, et torture ou massacre sauvagement tes doubles, même les plus... jeunes. Et puis... et puis les cris redeviennent des pleurs, et le fantôme supplie à nouveau pour ton pardon. Et ces cycles empirent de plus en plus.

Son regard glisse lentement vers l'intérieur de son verre, mais elle n'y prend pas de nouvelle gorgée. Elle se contente d'observer le cognac, imprimant à la boisson des mouvements circulaires avec son poignet.

- Si je n'ai pas vu ou appris grand chose sur cette Margot, je crois pourtant savoir de quel tableau tu parles.

Un silence de mort. Son regard fait un rapide va-et-vient entre son verre, et la bibliothèque du mur ouest. Elle semble non plus timide, mais triste et désemparée désormais.

- Je... je suis pas sure que ça t'aidera. Mais votre... ton père a une pièce, cachée, secrète, derrière ce mur. En fouillant dans ses livres je l'ai trouvée par hasard. Et il... la déréliche derrière, elle évoque un tableau pendant qu'elle... sur cette fille, et...c'est... c'est vraiment sordide, là, derrière. Je... je peux vous montrer comment ouvrir le passage mais... c'est pas quelque chose qu'on a envie de voir. Ou de se souvenir.


Zut, j'avais oublié les jets :D Je les ajoute ci-dessous :
Jet de CHA (séduction) de Constance : 1
Jet de mental d'Armand : 3. C'est bien, mais contre une réussite critique c'est insuffisant :D
==> Indubitablement, elle dégage qqch de graou.

On inverse :
Jet de CHA d'Armand : 6, réussi de 6.
Jet de mental de Constance : caché.

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Armand de Lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par Armand de Lyrie »

Ça me fait rire de la voir rire.
J’ai encore les doigts qui tremblent, je fais sautiller mes genoux de nervosité – j’ai vu des trucs horribles. Je dis « des trucs » pour pas avoir à me remémorer les scènes qui ont envie de continuellement défiler devant mes yeux.
Je chasse toutes ces horreurs au cognac, et à entendre le rire d’une petite paysanne. C’est tellement rare de croiser quelqu’un qui ne me regarde pas avec méfiance, ou colère, ou en me regardant comme un type qu'il peut utiliser pour ses propres objectifs. Triboulet ou Margot sont trop attachés à mon passé et mes mauvais souvenirs. Constance c’est plus… Étrange. Elle semble douce. Gentille.

Elle m’avoue connaître énormément de choses sur moi. Trop, sûrement. Je ne lui en veux pas. Elle est venue ici pour chercher des réponses. Moi-même, si j’ai renvoyé tous les chevaliers, c’était certes pour protéger leurs vies face à l’ire de maman ; mais je mentirais s’il n’y avait pas aussi, derrière mes tentatives répétées de jouer un rôle au sein leurs sordides pièces de théâtre, une envie de satisfaire une curiosité maladive.

« Je suis pas inquiet à l’idée que t’ailles tout répéter à d’autres. Je te fais confiance. C’est juste que…
Que c’est des souvenirs de moi que je voulais garder bien enfouis. »


Elle me parle de Margot et moi. Puis de maman. Alors mon sourire s’estompe, et la joie qu’elle avait pu insuffler en moi se dissipe en même temps que la sienne. Elle passe au glauque. Elle parvient à m’obliger à subir de la chair de poule quand elle parle de la manière avec laquelle ma mère anéantit des Déréliches jouant mon rôle.
Mon regard se perd dans le vide et je termine mon verre cul sec. Toussote un peu. Passe un doigt sous mes lèvres larmoyantes avec l’alcool, et peut-être d’autres choses. Je garde le verre vide dans mes mains pour le faire tournoyer.

Elle en vient à une scène qui me donnera peut-être des informations sur le tableau. J’expire longuement.

« Je… je pense que ça peut attendre. Il faut que je regarde. Ce tableau il est terrifiant, et dangereux.
Mais ça attendra. »


Je tords mes lèvres. Suis silencieux quelques instants. Puis je toussote et me redresse dans mon fauteuil.

« Je suis pas venu tout seul. Je sais pas si t’as entendu du grabuge, sûrement que oui…
Le Duc m’a envoyé avec une Prophétesse du Graal et une lance de chevaliers. On a pas passé le hall d’entrée. Ma mère nous est tombés dessus, avec des Déréliches, et des maléfices, et…
Et j’ai vu une Prophétesse échouer face à sa sorcellerie. Quand une Prophétesse échoue à vaincre un adversaire, y a de quoi avoir froid dans le dos, hein ?
J’ai dû implorer ma mère de les épargner. Ils attendent dehors. Ils me laissent jusqu’à la levée du jour pour… Pour m’occuper du problème. Après quoi ils vont galoper jusqu’au Duc et probablement revenir avec une armée. »


Je la laisse enregistrer l’information. À moins qu’elle sache déjà ça.

« J’aurais aimé jamais remettre les pieds ici. Mais si le Duc m’a envoyé moi et pas d’autres chevaliers bien plus doués que moi, c’est que ma mère m’a…
Je sais pas en fait. Je sais pas. Je crois qu’elle m’a… Lié, à elle. Par… Par un envoûtement, ou quelque chose du genre. Elle peut pas se détacher du château tant que je suis vivant.
J’ai aucune idée de ce que je suis censé faire, Constance. J’ai aucune idée de si je dois… L’attaquer, ou autre chose.
Mais quand je l’ai implorée dans le hall, tout à l’heure… J’ai pu la sentir. Sentir son émotion. Je sais pas, à quel point elle est encore consciente, ou… »


Mon soupir est un peu plus tremblant.

« Tu vois, ce qu’elle ressent envers moi, eh bien je ressens la même chose envers elle. C’était une femme monstrueuse. Ignoble. Une partie de moi se dit qu’elle mérite non seulement de mourir, mais de souffrir. »

Je dis ça avec du vrai fiel. En serrant un peu des dents.

« Mais c’était quand même ma mère. C’est difficile de haïr ses parents. Même quand ils méritent.
J’ai envie de lui demander pourquoi. Pourquoi elle m’a…

… Mais je pense pas que j’obtiendrais un jour une réponse satisfaisante. »


Je déballe beaucoup à la pauvre Constance. C’est le genre de trucs que j’aurais du mal à confier à quiconque. Mais elle sait déjà tellement sur ma vie. Il y a peu d’autres personnes qui seraient capables de comprendre comme elle.

« Je t’ai croisée aussi, parmi les Déréliches. Quand t’étais petite…
Ma mère avait l’air de beaucoup t’aimer. Dans la grange, y avait une scène où… ça ressemblait à une scène d’adieu. »


Je me redresse en posant mes coudes sur mes genoux. Et je regarde bien Constance, intensément, directement dans ses yeux.

« Je crois que tu sais des choses, même à moitié. Moi j’ai peut-être l’autre moitié.
Aide-moi ; Qu’est-ce que tu peux me dire de plus sur ma mère ? Qu’est-ce que je suis censé faire maintenant ? »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 19 juin 2020, 12:45, modifié 1 fois.
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- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par [MJ] Katarin »

Lorsqu'Armand rejetta sa proposition d'aller dans la pièce secrète adjacente à l'étude, Constance ne put dissimuler le relâchement de ses épaules et de sa tension : même si cela ne faisait que retarder l'évènement, cette décision sembla la rassurer. Elle écouta attentivement ce qu'il avait à dire, son regard redevenu sérieux s'assombrissant, tandis qu'elle hochait la tête régulièrement pour confirmer muettement ses suppositions. Oui, elle avait entendu du bruit dans le hall, mais n'y avait pas preté attention - souvent Anne prenait le contrôle des chevaliers présents pour les forcer à s'entretuer dans un vacarme similaire.
Quand il parla de la défaite de la prophétesse, ses yeux s'agrandirent comme des soucoupes de surprise, avant qu'elle ne reprenne une mine plus dépitée, ses lèvres pincées, son regard balayant le sol. Comme si malgré le choc de pareille information, quelque part au fond d'elle, Constance avait assimilé depuis longtemps l'idée que le fantôme d'Anne de Lyrie ne pourrait être vaincu, et que ces nouvelles ne faisaient que confirmer sa sinistre intuition.
Au moment d'évoquer le possible lien entre sa mère et lui, elle ouvrit la bouche pour l'interrompre, mais se ravisa, préférant ne pas couper la parole à son interlocuteur. Elle attendit patiemment qu'il termine pour lui répondre d'une voix triste et résignée.

- Ça ne peut pas être moi que tu as vu, Armand. Je n'ai jamais mis les pieds ici avant aujourd'hui. Tu as vu ma mère, il y a presque vingt ans. Ramenant la rapière maudite du Moussillon, celle qu'ils nomment "Symbiose". Celle que Anne a utilisé pour te sauver alors que tu n'étais encore qu'un enfant ayant à peine fêté sa première année.

Elle leva sa main droite gantée, qu'elle se mit à observer. Tout son bras tremblait, et elle-même semblait avoir des difficultés à contrôler les émotions qui l'étreignaient.

- Je... je ne suis pas là par hasard n'est-ce pas ? Si la Dame t'a guidé ici, alors moi aussi je... je dois... réparer... ses erreurs ?

Sa voix était montée dans les aigus tandis que ses yeux s'embuaient. Un mélange de peur panique et de tristesse secouaient Constance, qui jeta tout à coup son verre à travers la pièce pour qu'il se brise dans la cheminée. L'alcool alimenta un sursaut de flammes qui fit danser les ombres de la pièce. Ce moment de violence lui permit de retrouver le contrôle de son corps. Un voile noir traversa ses pupilles bleues, et quand elle reprit la parole sa voix était animée d'une froide détermination, le ton qu'on utilise lorsqu'on ne peut que se soumettre à la fatalité.

- Nous sommes nos propres déréliches. On est liés - non, prisonniers de notre passé. Et nous sommes condamnés à rejouer une scène, comme de vulgaires pantins. C'est... c'est tellement... tellement cruel. Oh maman, si seulement je t'avais écoutée...

Elle poussa un long soupir dépité, avant de chercher à nouveau à croiser le regard d'Armand. Désormais, ses yeux n'exprimaient plus rien d'autre qu'un mélange de tristesse et de résignation.

- Je peux t'expliquer avec des mots. Ou laisser les déréliches te montrer ce qu'elles m'ont montré. Comment tu as été sauvé. Ce que tu... non, ce que nous devons faire ensuite te sera évident alors.

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Armand de Lyrie
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par Armand de Lyrie »

Constance me ressemble. C’est peut-être pour cela que je me sens autant en confiance auprès d’elle. Je suis contraint de hocher plusieurs fois la tête, lorsqu’elle m’explique que c’est sa mère, et non elle, que j’ai observé auprès de ma maman.
J’ignore quelle force nous a entraînés ici, tous les deux. Des Dieux, ou des Démons. Ou juste le hasard du farceur Ranald.

Je ne comprends rien à ce qu’elle dit. Cette histoire de rapière. Mais Constance parvient à me faire sursauter en balançant son verre aux flammes.
Pour une fois, je ne vais pas vous saouler à inventer des dizaines de théories. Je vais vous foutre la paix avec ça. Je me sens proche de la vérité, comme je n’ai jamais été si proche… Et alors que, depuis Cuilleux, je suis constamment à la recherche de réponses, je commence enfin à me demander si j’ai réellement envie de comprendre.

Je me lève de mon fauteuil en grinçant. L’alcool et les soins de la jeune fille m’ont rendu amorphe, ont dissipé la douleur, mais je sens que mon corps a du mal à suivre. Il aimerait bien se reposer longuement au lieu d’être contraint d’à nouveau se piéger dans un cercle de fer. J’approche de la cheminée pour me mettre à côté de Constance, et pose une main sur la pierre pour bien rester debout en prenant appui sur quelque chose – je veux pas trop mettre ma cheville à l’épreuve.

« Je vais être très honnête avec toi, même si c’est pas glorieux :
J’ai peur. »


J’ai un tout petit éclat de rire. Un rire nerveux. C’est un sourire tremblant que je lui offre.

« Je le cache bien mais je suis terrifié, Constance. Vraiment, c’est insupportable. »

Un chevalier dit qu’il a peur à une roturière. Un homme confie qu’il flippe à une femme.
Que dirait la bonne société Bretonnienne devant cet aveu de faiblesse ?
Je passe une main sur mon visage, mais ça parvient pas à me redonner de la contenance.

« Je… J’ai un devoir à faire. C’est le château de mes ancêtres, c’est mon fardeau, je le sais. Je peux pas fuir. Mais ça me fout les jetons quand même.
Si on va voir les Déréliches, tu… Je veux bien mais…
Mais tu peux rester près de moi ? J’ai… Elles me donnent vraiment la chair de poule maintenant. J’ai peur qu’elles nous attaquent. »


Je la regarde avec de grands sourcils obliques sur mon front. Je préférerais même qu’elle se contente de m’expliquer difficilement. Mais j’ose pas lui demander.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 19 juin 2020, 14:10, modifié 1 fois.
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*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
- Vœu de la Pureté : +2 dans la résistance aux tentations terrestres
Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
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*Avec la compétence Coups puissants
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*Malus pour cause de barde et caparaçon
Corps et croupe : 15 protection (Barde de plaques)
Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
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- Un beau doublet
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- Une jolie écharpe

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[MJ] Katarin
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par [MJ] Katarin »

« Je vais être très honnête avec toi, même si c’est pas glorieux : j’ai peur.
Je le cache bien mais je suis terrifié, Constance. Vraiment, c’est insupportable. »
- Alors on est deux.

Elle avait répondu immédiatement et sans même sourire, son regard se perdant désormais dans la danse des flammes à l'intérieur de la cheminée. Puis, alors qu'il lui demandait à cœur ouvert de rester près de lui, de le rassurer par sa présence, elle mit un long moment avant de quitter du regard les bûches en feu, pour remonter lentement vers le chevalier. Elle semblait à la fois effrayée et résolue.

- Je connais un chemin sûr. Quant aux déréliches que je veux te montrer, leur souvenir ne leur permet pas de nous prendre par surprise, et le cas échéant je saurais les tenir à distance comme je l'ai fait dans la salle d'audience.

Un sourire triste, résigné.

- Je te protégerai des déréliches, je te le promet.

Dans les minutes qui suivirent, Constance aida Armand à renfiler son plastron. Aucun d'eux n'avait envie de quitter la sécurité de cette pièce, aussi leurs mouvements semblèrent lents et gauches, prouvant qu'ils étaient accomplis à contre-cœur. A quelques excuses près couvrant leurs maladresses respectives dans l'opération, Constance se montra bien plus silencieuse : quoi qu'elle ait compris en discutant avec Armand, cela semblait peser sur sa conscience.
Récupérant sa lance contre le mur, elle ouvrit la marche, rouvrant la porte par laquelle ils étaient arrivés, puis jeta un coup d’œil de chaque côté du couloir. Levant son poing en l'air de manière autoritaire, elle ordonna à Armand de s'immobiliser derrière elle : désormais armée, Constance semblait retrouver l'assurance qui lui faisait tant défaut lorsqu'elle parlait. Le chevalier comprit vite ce qui inquiétait la jeune femme : toute trace de poussière au sol avait disparu, et d'étranges bruits étouffés provenaient de la porte fermée de la salle de bains devant eux. Au loin vers l'ouest, Armand aperçut une silhouette quittant la salle des chevaliers, lanterne en main - mais il n'eut pas le temps de l'identifier. Rapidement, Constance intima au seigneur de Derrevin de reculer dans l'étude, et referma la porte.

- On attend.

Elle plaqua son oreille contre la porte de l'étude, laissant sa main brandie en l'air pour interdire à Armand de se manifester pendant qu'elle attendait une ouverture. Armand ne put donc qu'attendre pendant les longues minutes qui suivirent : mais qu'il le veuille ou non, dans l'atmosphère silencieuse de l'étude, son excellente ouïe ne put que percevoir les bruits qui provenaient du couloir et de la salle de bains. Il distingua des gémissements de plaisir, suivis du bruit caractéristique de couinement de la porte de la salle de bains dont les gonds n'étaient jamais assez huilés. Puis ensuite, des cris non plus de plaisir, mais de dispute : les voix qu'il percevait correspondaient à celles de Loyse, de son père et de sa mère. Impossible néanmoins de comprendre ce qu'ils disaient exactement : mais le conflit dura de longues minutes, avant qu'enfin ils ne se dispersent, pour que ne règne plus que le silence.

Constance rouvrit la porte, pour cette fois-ci ne plus trouver que le château poussiéreux et silencieux.

- On y va. D'habitude je me faufile entre les débris du couloir sud, mais avec ton attirail tu ne pourras pas faire de même. On va prendre un autre chemin que j'ai découvert.

Aussi partirent-ils vers l'est, s'approchant de l'escalier en colimaçon qui permettait d'aller sur le toit du château. Mais à la plus grande surprise d'Armand, ils n'empruntèrent pas les marches : sous l'escalier, Constance poussa de vieilles caisses afin de soulever le tapis sur lequel elles se trouvaient, dévoilant ainsi une épaisse trappe en bois. Retirant le loquet de fer la bloquant, elle la souleva, ce qui fit automatiquement tomber jusqu'à l'étage du dessous une échelle en bois télescopique.
Suivant Constance, Armand l'emprunta tant bien que mal avec son armure, perdant quelques plumes lorsque sa cape racla contre l'ouverture trop fine de la trappe. En contrebas, il eut la surprise d'arriver dans l’alcôve nord-est du château, celle avec le rideau tâché de sang et le présentoir à armure manquant. La jeune femme, toujours aussi prudente dans ses déplacements, se mit à progresser alors vers la porte menant à la chapelle. Lorsqu'Armand lui manifesta qu'il avait déjà eu l'occasion de croiser les déréliches de cette pièce, elle lui répondit en murmurant avec un air grave :

- Elles ne se limitent pas à un souvenir par lieu. Il y a un autre fragment de passé dans la chapelle, qui fait suite au précédent. Viens.

Sans plus d'hésitation, elle poussa l'une des deux portes en bois menant à la chapelle, et guida Armand vers le balcon en bois, juste devant le trône qui siégeait derrière la balustrade. D'ici, l'on avait une vue sur toute la chapelle... et ce qui s'y déroulait.

Lorsqu'il était entré dans la chapelle, Armand avait cru qu'aucune déréliche ne s'y manifestait, car l'éclairage nocturne de Morrslieb était strictement identique à celui qu'il avait abandonné en quittant ces lieux un peu plus tôt. Mais en remarquant l'absence de poussière sur le trône et la balustrade, puis les deux protagonistes qui officiaient en contrebas, il comprit immédiatement son erreur. Et lorsqu'il entendit les pleurs étouffés d'un bébé résonner contre les murs de pierre, il ne put que deviner la présence d'un troisième personnage dans cette nouvelle scène du passé : lui-même, vingt ans plus tôt.

Les deux femmes lui tournaient le dos. Anne de Lyrie était couchée sur le flanc, sur l'autel en pierre, recroquevillée en direction des vitraux. Armand ne pouvait distinguer l'enfant qu'elle gardait contre son sein, mais l'entendre suffisait à deviner sa position. Et devant l'autel, quand bien même il ne voyait pas son visage, Armand ne put que reconnaître la chevelure et la carrure de Cécilia. Dans sa main droite, elle tenait une arme dont la simple vision lui fit se dresser tous les poils de son corps sur sa chair : une longue rapière noire et rouge, irradiant d'une aura noirâtre malsaine, et d'une fumée atroce évoquant celle qui accompagnait les déréliches. Cette chose suintait le mal à l'état pur : inutile d'être un expert en artefacts magiques pour ressentir l'énergie impie que dégageait cette lame.

A cet instant, Armand sentit quelque chose toucher ses doigts. C'était Constance, à sa droite, observant elle aussi la scène, qui avait levé sa main gantée pour croiser ses doigts avec ceux d'Armand. Une façon muette de l'ancrer à la réalité, de lui offrir sa présence comme une aide pour le rassurer face à ce qui allait se produire.

La voix de Cécilia se fit entendre.

- Peut-être qu'on pourrait... que... qu'il y a un moy... demanda t-elle d'une voix qui trahissait des sanglots retenus.

- J'ai fait mon choix, coupa Anne dont la gorge semblait elle aussi nouée d'émotion. Je refuse qu'il meure. Il est trop tard pour reculer. Pour nous trois.

- Je... je sais. M'dame, juste je... j'voulais vous dire que... merci pour tout.

- Non Cécilia. Merci à toi.

- Vous... vous êtes... prête ?

Anne se recroquevillait toujours un peu plus, serrant son fils contre elle davantage encore. Ses pleurs étouffés continuaient de résonner dans la chapelle.

- Oui. Finissons-en.

Cécilia s'approcha. Le bras qui tenait la rapière était littéralement englouti dans l'aura noire de l'arme, absorbé dans l'étrange fumée noire qu'elle dégageait. Elle arma son bras en arrière, et se prépara à frapper.

- Maman t'aime mon trésor. Pardonne-moi de ne plus pouvoir être là pour te voir grandir.

Cécilia frappa. D'un coup d'estoc, un seul, la rapière transperça le dos d'Anne, et même si Armand ne pouvait le voir, il sentit la lame le transpercer comme s'il était à la place du bébé, là-bas, dans les bras de sa mère.

Anne hurla, alors que le bébé ne fit plus aucun bruit. Le cri de la mère d'Armand était déchirant de douleur, striant les tympans des spectateurs comme si une banshee venait de hurler dans la pièce. La mère et le fils s'élevèrent alors, lévitant dans les airs au-dessus de l'autel, nimbés par l'aura noire de la rapière qui les reliait par le sang. des flots carmins s'écoulaient d'eux pour tâcher la table en pierre et le bras tendu de Cécilia en dessous. La jeune fille relâcha la fusée de l'arme, laissant les deux corps flotter - néanmoins, son bras était toujours relié à la rapière par des filaments noirâtres.
A la manière des apparitions qu'Anne avait invoqué dans le hall du château, le corps de la mère d'Armand sembla se disloquer, son squelette incapable de retenir une superposition de versions éthérées d'elles-mêmes. Mais c'était différent des apparitions : ici, cet amas éthéré semblait arraché de son corps pour être aspiré par l'enfant, comme si le bébé lui dérobait son énergie... ou son âme. Le hurlement strident de Anne était sans fin, disloqué en plusieurs versions qui résonnaient les unes sur les autres, trahissant une souffrance inimaginable. Jamais Armand n'avait jamais pu entendre pareille manifestation de douleur, un supplice que seule la magie noire pouvait permettre, et que personne au monde quels que soient les sévices qu'il ai pu commettre ne pouvait mériter.

Cécilia se rua alors sur l'autel. Elle bondit sur la table de pierre, puis prit appui sur cette dernière pour sauter en direction des deux corps qui lévitaient. Sa main droite se referma sur la poignée de la rapière, qu'elle serra de toutes ses forces. Le hurlement d'Anne changea soudain pour devenir plus terrifiant encore, formant désormais un mot surpuissant qui résonna encore et encore contre les murs.

- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !

Puis, la gravité faisant son effet, elle arracha l'arme des deux corps pour retomber vers le sol.

Une onde de choc noirâtre implosa dans la pièce au moment même où la rapière quittait la chair de la mère et de son fils. Une déflagration sourde et terrible, dispersant de la poussière noire partout dans la pièce, fusant dans toutes les directions y compris celle des spectateurs. Elle glaça le sang d'Armand lorsqu'elle le percuta de plein fouet, qui se retrouva dans le noir complet. Les ténèbres avaient envahi la chapelle, et il ne voyait plus rien devant lui sinon la plus parfaite obscurité. S'il dut céder à la panique, c'était sans compter la présence de Constance, qui imprima une pression de ses doigts contre les siens. Il n'était pas seul.

La poussière noire se dissipa lentement, pour permettre à la lueur verte de Morrslieb d'illuminer faiblement la chapelle.

Au rez-de-chaussée, sur l'autel de pierre, le corps d'Anne était inanimé et ensanglanté. Prostrée, elle avait réussi à garder Armand serré dans ses bras jusqu'au bout : le bébé ne faisait plus un bruit, ne bougeait plus, et était recouvert de sang. Un peu plus loin, Cécilia gisait sur le sol, elle aussi inconsciente. Dans sa main droite, elle tenait toujours la rapière désormais inanimée, présentant un aspect tout ce qu'il y avait de plus normal. Néanmoins le bras de la jeune fille était complètement carbonisé : ne restait de son membre que de la chair noirâtre racornie et fondue, qui dégageait une atroce odeur de brûlé dans toute la pièce. La seule émanation d'énergie noire résiduelle présente dans la pièce était sur son bras fumant, dansant paresseusement autour du membre détruit, comme un prédateur qui avait fini son repas.

La rapière :
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Les jets :
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Re: [Armand de Lyrie] Maman

Message par Armand de Lyrie »

Mon cœur est plus lourd qu’il n'est véritablement résolu. J’avais plus de courage, et une plus grande impression d’être prêt à sacrifier ma vie, lorsque j’étais flanqué par des frères chevaliers prêts à tout pour faire leur devoir. La mort aussi cruelle que soudaine d’Artur de Fluvia a balayé tout ça. J’ai promis à Dame Mélaine que j’étais assez fort pour affronter ma mère seul. J’ignore encore si je mentais plus certainement à elle, ce qui serait un péché mortel, ou si c’est moi-même que je trompais.
Ce qui est certain, c’est que j’ai les jetons. Et la seule chose qui me retient de véritablement céder à la panique, c’est Constance. Je me demande si elle éprouve exactement la même chose, de façon inversée ; Un mois qu’elle est coincée ici. Un mois à vivre dans un domaine hanté, piégée par des monstres qui s’amusent à rejouer ad nauseam quelques-uns des pires crimes dont ma famille s’est rendue coupable. Elle aurait pu n’être qu’une simple pilleuse de châteaux abandonnés. Mais sa mère est présente dans les souvenirs, elle aussi est impliquée personnellement. Elle aussi a des raisons d’être malmenée.
Au moins, elle n’a jamais passé sa vie ici. Elle mérite de s’en sortir.
Plus que moi.


Et pourtant voilà qu’elle prend le rôle de me guider et de me protéger, après m’avoir aidé à recouvrir mon corps nu et meurtri de la toile d’un gambison et de l’acier forgé d’une plate Montfortoise. C’est elle qui passe devant, qui m’ordonne. Je la suis avec mon épée dégainée, de dextre, plat de l'arme contre l’épaule afin de pouvoir taillader de haut en bas si nous sommes attaqués. Nous ne sommes pas attaqués. Elle me guide à travers les allées-et-venues de Déréliches, qui m’auraient certainement pris en embuscade sans son soutien, et en attendant patiemment que les scènes lascives qui se rejouent à huis clos soient achevées pour continuer de me guider. Elle révèle alors un énième passage secret bien commode, qui nous permet de sauter rapidement d’un étage. Je grommelle comme pas permis alors que je me retrouve forcé à poser ma patte blessée sur les échelons de bois. J’ai même pas le courage de sauter pour me réceptionner sur mes talons lorsque j’arrive au bout, et au contraire, pose très soigneusement ma cheville blessée en dernier, après que j’ai trouvé un appui.

« Si je dois reconstruire un château je penserai à mettre des accès pour les estropiés. »

Cela se voit qu’aucun de mes ancêtres n’avait une patte folle. Toute l’opulence et l’ingéniosité d’Armand IV « Le Bâtisseur » aurait pu au moins le convaincre de penser à rendre son castel plus accessible aux infirmes, sans vouloir manquer de respect à mon arrière-arrière-grand-père.
Constance s’approche de la chapelle du Graal, je l’arrête.

« Je suis déjà passé par là, en montant. J’ai vu le souvenir que les Déréliches jouaient. C’était… À ma naissance, je crois. Ma mère implorait l’aide de la Dame, mais Elle n’est jamais venue pour l’aider.
– Elles ne se limitent pas à un souvenir par lieu. Il y a un autre fragment de passé dans la chapelle, qui fait suite au précédent. Viens. »

J’approuve d’un simple hochement de tête, et la suis. Mais je ne suis pas réellement rassuré par l’idée que les Déréliches puissent repeupler la chapelle aussi vite. Il ne leur a vraiment pas fallu longtemps pour remplacer celles que ma mère a tué.
C’est là où mon cœur s’est mis à pulser un peu plus fort. On s’est posés près de la rambarde, devant le trône comtal, et j’ai vu…



Je suis pas encore certain de ce que j’ai vu.



Je me suis vu moi-même. Aucun homme n’a jamais cette occasion au cours de son existence – observer soi-même dans le passé. On peut, dans les songes que joue le Veilleur, rejouer des scènes, accéder à des remembrances, des éléments construits ou reconstruits qu’on a enfoui dans son âme.
Là, c’est pas pareil. Je me suis vu moi-même, enfant. Plus qu’enfant. Je devais avoir… Quelques mois d’existence. À me voir, on penserait plutôt que ça ne fait que quelques semaines.
Je me vois de loin, mais je me rends vite compte que c’est pas un bébé bien portant que ma mère serre dans ses bras. Je suis chétif. Maigre. J’ai pas cette allure potelée qu’ont les gosses bien grassouillets, après avoir été nourri au sein d’une nourrice mercenaire – notons que je n’ai jamais eu de frère de lait. Ma mère, en dépit de tout ce que l’aristocratie Bretonnienne faisait, m’allaitait elle-même.
La mère de Constance est là. Jeune adolescente, loin d’être encore une adulte. Elle a une telle… Telle confiance en ma mère. Telle obéissance. Assez pour porter une arme démoniaque pour elle. Assez pour se rendre complice d’un crime qui est puni par la question et le bûcher selon les lois séculaires et divines de notre nation. Pourquoi n’ai-je jamais entendu parler d’elle ? Je ne l’ai jamais vue dans la domesticité, jamais dans la mesnie de ma famille. Je n’ai jamais entendu ni les vassaux, ni les gardes-chasses, ni le chambellan ni les valets prononcer son nom ou évoquer son souvenir. Et pourtant, elle a l’air tellement liée à ma mère…

Ma mère me dit m’aimer sur un autel de la Dame. Et alors, après avoir juré une ultime fois à Cécilia qu’elle est prête à se sacrifier, voilà qu’elle blasphème une chapelle religieuse dédiée à ma Déesse. À Celle qui m’a guidé et sauvé. À Celle dont je peux ressentir la présence à travers la vulgaire épée bâtarde que j’aie baptisée en l’honneur d’une promesse de violence meurtrière.
Symbiose transperce le dos de ma mère. Elle traverse sa poitrine, ressort de l’autre côté, et arrache mes chairs à moi. J’ai senti mon sang se glacer. J’ai eu un vif mouvement de recul. Constance serre ma main. De toutes mes forces, je serre la sienne. Malgré nos deux gants, cette pression autour de mes doigts entrelacés est la dernière chose qui m’empêche de sombrer.

Je… Je ne saurais pas décrire ce que j’ai vu. J’ai vu une horreur noire. L’effet de la magie pernicieuse. La corruption, sans parvenir véritablement à la caractériser, ou l’intellectualiser. Nous sommes liés par une lame, et pourtant, je n’ai jamais vu de cicatrice de perforation sur mon corps, ni sur le sien – et les vices de ma mère sont tels que je connais son corps nu. Je me vois moi, mon corps si faible, être enlacé d’un voile obscur.
Et puis Cécilia a, soudainement… Peut-être un changement d’avis. Une hésitation. Elle se jette sur l’autel et interrompt le rituel. Nous détachent, ma mère et moi. Nous chutons tous les deux. Et ensuite, plus personne, plus aucun des trois participants à l’odieuse incantation, n’est capable de bouger. Ma mère et moi sommes dégoulinants de sang. Comme prix, la mère de Constance a dû payer un bras.




Symbiose, c’est le nom de la rapière que tient Cécilia dans sa main. Non-équivoque, comme nom. Je… Je ne suis pas sûr de ce que j’ai vu. On aurait dit…
On aurait dit que ma mère m’a insufflé de la vie. Donné une partie d’elle-même. Est-ce ainsi qu’elle comptait assurer ma survie ?
Vingt ans. Vingt ans se sont écoulés. Et je me suis toujours senti si fort, si altier.

Je tire doucement la main de Constance pour l’éloigner un peu. Reculer derrière la chaise comtale. Je colle mon dos au mur, et lève mes yeux au ciel, et murmure, sans la regarder.

« Le fantôme de ma mère est dans mon ancienne chambre. C’est là, où, adolescent, elle m’a lié éternellement à elle. Elle m’a… Je crois qu’elle m’a fait boire une potion. Je pensais que c’était ça, le lien entre nous. »

Ce que je viens de voir…
Non. Non ce que je viens de voir, j’étais incapable de l’imaginer.

Constance m’avait promis qu’après avoir vu ce souvenir, la façon de procéder serait évidente. Elle est très loin de la réalité.

« Explique-moi ; À quoi est-ce que je viens d’assister ? »
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 22 juin 2020, 23:27, modifié 1 fois.
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- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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