Un cœur où règne la haine ressent toujours de la douleur.
Proverbe danois remontant à 1757.

Pluie et ciel ombragé sur la plaine près de la Drakwald.
Il fait nuit dans l’Ostland. Une région de l’empire du Vieux-Monde considérée comme « perdue ». En effet, depuis la tempête du chaos l’Ostland est l’une des régions de l’Empire qui a le plus souffert.
La tempête du chaos, événement majeur ayant failli pousser le monde à la dévastation, a vu l’arrivée des serviteurs impies des puissances de la ruines descendre sur les mondes civilisés. Rassemblés sous l’égide d’Archaon, l’élu éternel, maréchal du chaos et seigneur de la fin des temps, ils se déversèrent sur le Vieux-Monde.
C’est à Middenheim qu’Archaon fut défait par un héros improbable du nom de Valten, réincarnation de Sigmar.
La guerre fut terminée et le monde fut sauvé. Les hommes purent reconstruire et prospérer…
Mais au final, les races civilisées, les hommes, les elfes ou les nains, ne connaitront pas une fin prématurée, juste incertaine et lointaine.
Incertaine, certes, mais assurée. Car oui, le paysan se tuera à la tâche si ce n’est pas son bailli qui le fera, le marchand se fera dépouiller puis assassiné, le noble mourra d’une crise cardiaque du fait de sa gourmandise.
Tout à une fin et personne n’y échappera.
Revenons au monde réel.
L’Empire put à nouveau prospérer et se développer.
Du moins, toutes les régions sauf l’Ostland, grand perdant de cette incursion ténébreuses.
Les barbares du chaos n’ont rien laissé de reconnaissable derrière-eux. Les bandits, anciens soldats, proliféraient comme des rats. Les autorités étaient dépassées, les marchands hésitaient à se rendre ici car rien ne les attendait. Wolfenburg restait une ruine.
Et les chasseurs de primes se faisaient plaisir à profiter du vide juridique pour malmener et tuer en toute impunité.
Sous cette nuit, le ciel pleurait la condition ostlandaise. Comment les dieux ne pouvaient-ils pas plaindre ces gens qui ont tout perdu : maison, intégrité, familles et ce qui faisaient d’eux des humains. Certains devinrent si terreux qu’on se demandait s’ils étaient encore humains, de véritables coquilles vides dans des hameaux où le simple fait d’être heureux n’était qu’un signe pour les habitants que leur labeur et leur souffrance continueront sans qu’ils en voient la fin.
Pour peu qu’ils puissent la voir cette fin…
Comment ne pas ressentir de la haine pour ceux qui sont à l’origine de ces séides ?
Si seulement la haine du chaos et de ces cruels personnages pouvait prendre forme. Une forme silencieuse comme la rancune et vengeresse…
Plus loin, aux bords de la forêt de la Drakwald, on entendit un bruit métallique…
Une immense masse de fer sortait des bois. Elle jeta un objet aux formes irrégulières.
Une tête roula au sol, tête ornées de cornes, fasciés d’un hideux croisement entre une chèvre et un pleutre.
La tête d’un des serviteurs favoris des puissances de la ruines, un homme-bête , roulait mollement au sol.
Un soufflement dans l’air. Un soufflement froid, emprunt du métal fusionnant avec sa chair.
Ar’Karan se réveilla, ou du moins la pluie le sortit de sa torpeur…
Il n’était pas épuisé, il était même avide et vigoureux. Comme si l’amertume rongeant son cœur lui donnait une inépuisable énergie lui permettant de chercher l’objet de sa haine.
Ce n’était toutefois pas la pluie qui l’avait réveillé. C’était des cris. Ils provenaient d’une lueur au loin.
On entendit des hurlements, des sanglots et des rires hagards et gras. Entre les arbres, il put apercevoir une lueur brillante plus fortement que la lumière vacillante que sa peau émettait.
Des flammes et une odeur de sang frais. Son regard empreint d’une lumière grise lui permettait de voir plus clairement dans la pénombre.
Que pouvait-il se passer par-ci ? Qu’est-ce qui avait pu le tirer de son repos bien mérité ?
Le fils de Malice se dirigea vers cet endroit…
Il restait dissimulé derrière des buissons. Il vit alors un spectacle qu’il n’était plus vraiment surprenant de voir en Ostland.
Des hommes, gourdins en mains, s’en prenaient à quelques autres personnes. Des femmes tenants leurs enfants fort dans leurs bras. Des pères se faisant brutaliser devant leur famille.
Des réfugiés sans doute.
Les malandrins prenaient un malin plaisir à faire ce que leur cruauté leur chantait. Ils ressemblaient à des hommes comme tout les autres, vêtements quelconques, surement volé à quelqu’un, des armes de guerres (parfois) des surcôts et des gambisons chapardés par-ci par-là.
Ils n’étaient visiblement pas en train de débuter à effectuer des actes abjectes et impardonnables. Ar’Karan pouvait voir des corps brisées et des esprits abasourdis par la violence : des hommes morts, des femmes tremblantes en haillons. La pluie et le froid ambiants gelaient les chairs mortes ou non-couverts.
On entendit des « pitiés » dont des rires gras et méchants furent la seule réponse. On brisait des jambes car l’envie le disait.
Les hommes libres étaient capables de faire preuve d’une cruauté sans égale. Des érudits, qui ne sont plus là pour parler, disaient que le chaos offraient la véritable liberté : celle de l’affranchissement de toute mœurs humaine et naturelle.
On pouvait voir ici ce qu’il se produisait en l’absence de mœurs humaines…
Personne ne semblait avoir aperçu Ar’Karan.
Tel un prédateur tapi dans l’ombre, il était invisible à leurs yeux car ils étaient concentrés sur autre chose.


